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L E |
GES,
E COLLECTION
DE TOUTES LES RELATIONS DE VOTAGES
PAR MER ET PARTERRE,
QUI ONT ÉTÉ PUBLIÉES JUSQU'À PRÉSENT DANS LES DIFFÉRENTES
LANGUES DE TOUTES LES NATIONS CONNUES:
CONTENANT
Ce qu'il y a de plus remarquable , de plus utile, €$ de mieux avéré, dans les Pays où les
Voyageurs ont pénétré,
Touchant leur Situation, leur Etendue, leurs Limites, leurs Divifions , leur
Climat , leur Terroir, leurs Produétions , leurs Lacs , leurs Rivières,
leurs Montagnes, leurs Mines , leurs Citez & leurs principales
Villes, leurs Ports, leurs Rades, leurs Edifices, &c.
AVEC LES MOEURS ET LES USAGES DES HABITANS,
LEUR RELIGION, LEUR GOUVERNEMENT , LEURS ARTS ET LEURS
SCIENCES, LEUR COMMERCE ET LEURS MANUFACTURES ;
POUR FORMER UN SYSTÈME COMPLET D'HISTOIRE ET
DE GEOGRAPHIE MODERNE, QUI REPRESENTERA
!
LETAT ACTUEL DE TOUTES LES NATIONS:
ENRICHIE DE CARTES GÉOGRAPHIQUES
Nouvellement compofées fur les Obfervations les plus autentiques ;
pe PLANS, er, pe PERSPECTIVES; pe FIGURES D'ANIMAUX,
DE VEGETAUX,HABITS, ANTIQUITEZ, &c.
NOUVELLE EDITION,
Revue Jur l'Original Anglois, € où l'on a non-feulement rétabli avec foin ce qui a été fup-
prime ou omis par le Traduêteur ; éxaltement difiingué fes Additions du Refte de l'Ou-
vrage; €S corrigé les Endroits où il s'eft écarté du vrai Sens de fon Auteur ;
Mais même dont les Figures & les Cartes ont été gravées par & fous la Direétion
de J. vanper ScuLev, Elève diftingué ducélèbre PicarT LE ROMAIN.
T O0 M E S E C OQ N D.
D. 2
A LA ESSAYE,
Ch PIERRE DE HO ND T,
M DCC KLVIZ
Avec Privilege de Sa Majefté Imperiale.
de Nos Seigneurs les Etats de Hollande €? de efifrife.
avoue
digne
progr
(°) des
auroié
| LETTRE
| M. B E L L I N,
INGÉNIEUR DE LA MARINE,
A
M L’ABBÉPREVOST.
MONSIEUR,
MSOICI des Epreuves de toutes les Cartes qui doi-
vent entrer dans le fecond Volume de votre Re-
cueil des Voyages. Quoique j’aye employé tous
Ÿ mes foins pour répondre à l’'emprefflement que
2 UN "AUS Ze Public a marqué pour cet Ouvrage, je n’6[e-
4 CAD rois affürer qu'il ne me foit échappé quelquecho-
"fe; Eÿ je crains, malgré toute ma bonne volonté, de ne pas fatis-
+ faire affez parfaitement aux engagemens que vous m'avez fait preu-
| dre dans la Préface de votre premier Volume. Cependant je vous
avouerai que j'ai fait tous mes efforts pour n’étre pas tout-a-fait in-
M digne de la façon dont vous vous exprimez fur mon zèle pour le
progrès d'une Science que je cultive dès ma première jeuneffe , avec
D (*)des/ecours que perfonne n'aeus jufqw’ici, Eÿ qui en d’autres mains
M auroient fans doute un fuccès plus brillant que dans les miennes.
N Vous /érez peut-être furpris que je n’aye pas toûjours fuivi
4
;
les
(*) Le Dépôt des Cartes, Plans € Fournaux de la Marine.
* 0
IV LETTRE pr M BELLIN,
les Cartes & les Plans que les Auteurs Anglois nous ont donnés
pour ce fècond Volume ; mais je ne leur ai pas trouvé l'éxaétitude
nécoffaire. [me paroit qu'ils ont pris de côté &ÿ d'autre fans beau-
coup de choix , € que leur critique s’eft bornée à la narration. Ils
n'ont pas même remarqué qu'il leur manquoit beaucoup de Cartes
pour Pintelligence de leur Collection ,&? qu’il étoit impoflible , avec
celles qu’ils donnoient , de füivre les Navigateurs dans toutes les Par-
ties de leurs Poyages ; que ces Cartes étoient mal diflribuées , &
fatiguoient un Leéleur attentif qui veut tout avoir fous fes yeux.
CES défauts fe remarquent ai[ément dans le premier Volume.
Mais il n’a pas été pofible d’y remédier affez promptement. Cette
entreprifè me demandoit un tems qui auroit empêché le Libraire
de fatisfaire aux engagemens qu’il venoit de prendre avec le Public :
mais comme vous fpavez auf]i-bien que moi qu'il n’épargne rien de
tout ce qui peut contribuer a la perfetlion de l'Ouvrage, je fuis
convenu avec lui de donner un Supplément de Cartes pour le pre-
mier Volume, qui feront finies Ed délivrées au mois de Décembre
prochain avec le troifième Volume.
PARMI ces Cartes,on en trouvera une générale de tout ? U-
nivers, qui m°a paru abfolument effentielle dans un pareil Recueil.
Cette Carte ne fera pas une Mappemonde telle qu'onnous les pré-
fente ordinairement. Cette Projeclion circulaire embarraffe &? les
yeux éÿ l’efhrit du plus grand nombre, &? ne leur permet pas de
comparer les grandeurs €ÿ les diflances des diverfes Parties de la
Terre € des Mers. Te me fervirai de la Projection ufitée pour
nos Cartes marines, qui repréfènte les Méridiens € les Paralleles
par des lignes droites ,en faifant du Globe de la Terre un Cylin-
dre, qui devient alorsune furface plane, dont le développement ne
préfente aux yeux de tout le monde qu'une Carte femblable à celles
auxquelles on ef} accoutumé € d'un ufage facile ,tant pour fuivre
les Fournaux des Navigateurs, &? pointer fur la Carte les mêmes
routes qu’ils ont faites à la mer, que pour marquer celles qu'il
convient de faire pour toutes les Parties connues de notre Globe.
À Pégardde Pordre dans lequel les Cartes du premier Volume
Jont difiribuées, & dont je ne fuis pas content, je Jens re ne
éroit
ont donnés
P'éxaélitude
e fans beau-
ration, Îls
b de Cartes
ofible , avec
tes les Par-
ribuées, E?
us fes yeux,
y Volume.
ent. Cette
e Libraire
le Public :
rne rien de
e, je füis
ur le pre-
Décembre
» tout PU-
il Recueil.
us les pré-
affe E? Les
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rties de la
fitée pour
Paralleles
un Cylin-
bement ne
le à celles
ur fuivre
les mêmes
elles qu'il
re Globe.
r ’olume
s qu'il ne
Jeroit
A M. LABBE’' PREVOST, V
feroit guères poffible d'y remédier, fs l’on vouloit fuivre dans la
difiribution des Cartes le cours biflorique du Recueil ; car on trou-
ve différens Voyages > en différens temrs pour les mêmes Parties
du monde, ce qui met le Leéleur dans la néceffité de revenir aux
mêmes Cartes. Ainfi dans quelque endroit qu'on les plaçät par
préférence, on trouveroit qu’elles manquent dans d’autres, où
elles font auffi néceffaires.
ON ne peut eviter cet inconvenient, qu’en retirant toutes les
Cartes Géographiques (E? c’efl le confeil que je donne a mes amis)
dont on formera un Volume féparé, qui aura l'avantage d'offrir
un corps de Géographie affez fingulier &? curieux, d'autant que
dans la fuite je puis donner des morceaux qui ne font pas communs.
I] fera aifé d'y arranger toutes les Parties de D tes en proche,
au moyen de la Cartegénérale dont nous venons de parler. Nous fe-
rons plus; nous donnerons à la fin de Ouvrage une Lifle de tou-
tes les Cartes, dans l’ordre qu’on les dit ranger, € l’on Len
un Frontifhice convenable pour un tel Volume. C’eft-là l'unique
moyen de lever toute difficulté fur la manière d'arranger Eÿ dis-
tribuer les Cartes ; mais il eff indifpenfable de continuer à les
mettre dans chaque Polume qui paroîtra, en y apportant le plus
Pordre qu’il jèra poffible (a).
VoiLA, Monfieur ,les obfervations dont j'ai cru devoir vous
faire part, pour répondre à la confiance que vous avez eue en
moi, en me chargeant de la Parti: Géographique de votre Ou-
vrage, € je ne ferois pas fâché g.. :# Publicen eut connoiffance.
ÎL ne me refle plus qu’à vous prier de faire quelque attention
aux additions € aux changemens que j'ai faits dans les Cartes
deflinces pour ce fècond Volume. |
1°. JAI fait cinq Cartes de parties affez confidérables , €? qui
manquoient dans la Colletlion Angloife; la première contient le
Golfe de Bengale, C’efl-a-dire ,PIfle de Ceylan, les Côtes de Co-
| romande),
(a) Par la même raifon, quelques Figu- renvoyées à l'Hiftoire Naturelle de chaque
res particulières d' Animaux €ÿ de Plantes, Région ,où tout ce qui appartient à la Phy-
qui Je trouvoient difperfées fans ordre à l'uc- Jique eft recueilli, fuivant la méthode an-
cafon de quelque incident pafJager , Jin noncée dans les Priflees
3
VI LETTREDE M BELLIN
romandel, de Golconde , d'Orixa ,de Bengale, d Aracan, d' Ava,
de Pegu ; celles de Tenafferim , €? de Queda, jujqu’à la prefqu’ fe
de Malaca, avec la partie féptentrionale de Sumatra, &? les Ifles
qui en font au Nord. La feconde comprend les Ifles de Sumatra,
Java, Borneo; les Détroits de la Sonde &ÿ de Banca, celui de
Malaca &? fa prefqu'Ifle, avec le Golfe de Siam. Cette Carte ef
extrémement néceffaire pt lintelligence de plufieurs Voyages
fr pis dans ce fécond Volume. La troifième contient les Côtes
de la Cochinchine, celles de Tunquin, & partie de celles de la
Chine jufjqu’a Canton. La quatrième comprend la fuite des Côtes
de la Chine, la Corée &? les Lfles du Japon. La cinquiéme renfer-
me les Ifles Philippines, les Moluques, PIfle Célèbes ,&ÿc. Tai
dreffé ces Cartes avec tout le foin poflible: les latitudes &? les lon-
gitudes de beaucoup d'endroits font déterminées par des obferva.
tions affronomiques; &ÿ lorfquw’elles me manquoient, les remar-
ques des plus babiles Navigateurs m'ont fervi de guide pour ne
me point égarer dans la ru » le gifflement 9 les différen-
ces de ce grand nombre d'Ifles.
CES cinq Cartes , avec les fept que les Anglois ont mifès dans
le premier Lolume , © qui font tirées des Cartes pre A AE
que j'ai dreffées depuis quelques années pour le fervice des V asf-
feaux du Roi, forment une fuite de Côtes depuis le Détroit de G:i-
braltar jufqu’aux Parties les plus Orientales de l Aie ; au moyen
de laquelle 1l fera facile de furvre les Voyageurs dans les divers
Pays qu'ils ont parcourus, © pour rendre cette fuite complete, :
nous joindrons une Carte des Côtes depuis le Nord de l’Europe juf
qu'au Détroit de Gibraltar.
2°. J'AI deffé une Carte des Ifles Canaries. Si vous la com-
parez avec toutes celles qui ont paru , vous ferez étonné des erreurs
dans lefquelles leurs Auteurs font tombés. Ils n'ont pas placé ces
les dans leurs latitudes. On ne trouve aucune vérité dans les
diflances © les gifemens. Les contours © la grandeur des Ifles
Sont fans aucunes proportions. En voict quelques exemples, Ces
Cartes placent l'Ifle Canarie Eft & Ouef, avec PIfle Fortavan-
ture, au lieu qw'elles giflent Nord-Eft © Sud-Ouef! ; F ee 5
omère
; A _ ,
re u
, ‘4 ls
umatra ,
celui de
Carte ef
Voyages
les Côtes
Îles de la
des Côtes
: renfer=
ÿc. fai
? pa de
obferva-
remar-
pour ne
différen-
fes dans
aphiques
s p. aif°
rt de G3-
n moyen
s divers
plette , :
tope juf*
la com-
erreurs
acé ces
fans les
es Îfles
. Ces
Latan-
alme
omère
f
il:
A M. L’ABBE’ PREVOST. vit
ère à 14 heuës l’une de l'autre, au lien de 8 à 9 lieuts au
pur Sainte Croix dans l’Ifle de T'énérife, € la Gate dans l’Ifle
de Canarie, Nord-Ouefl quart de Nord, © Sud-Ef? quart de
Sud, à 16 lieuës de diflance ; au lieu que les relevemens faits par
des Navigateurs à la vie de ces deux lieux, donnent 10 lieuës de
diflance de l'un à l'autre, © leur giffement Sud-Eff © Nord-
Gael Te ne finiross pot fi je vouloss entrer dans la dijiuffion de
tous les points. C’efl des Journaux de dr qui font au Dé-
pôt de L Marine, tant des V'aiffeaux du Ros, que de ceux de
la Compagnie des Indes, que j'ai tiré le nombre prodigieux de
remarques néce[faires pour conflater ma Carte, € me donner la
bardiefe de m + salé de tous ceux qui m'ont précédé dans
ce genre de travai Ne
3°. JA1 donné une Carte particulière de PIfle-de Ténérife,
toute différente de celle des Anglois , qui n’efl qu'un morceautrès-
informe, © duquel on ne peut tirer aucune lumière , tant pour la
grandeur, que pour la forme de cette Ifle. Les Bayes &ÿ la con-
figuration des Cotes y font fans aucunes proportions , de même que le
Pie € les autres Montagnes de l'Ifle. Pour en étre convaincu, 1l
Suffit de remarquer qu'us n’y ont misni Graduation ni Echelle.
ILs ont traité de même l'Ifle de Madère, T'en ai fait auffi
une petite Carte, où j'a tâché de dar toutes les connos[jan-
ces que l'on en a. D) at ajoûté l'Îfle de Porto-Santo, que les
Angloss avotent oublié ; £ÿ j'ai donné aux Ifles Défertes la gran-
deur € la pofition qui leur convient. |
4°. JAI fait beaucoup de correëtions €? de changemens à la
Carte des Îfles du Cap-V'erd, &? à prefque toutes les drverfes Par-
tres de la Côte Occidentale d'Afrique.
5°. J'AI refar en entier la Carte du cours du Sénégal que les
ÆAngloss ont tirée de ce qui en a été publié par le Père Labat,
mass qu'ils n'avoient pas bien éxécutée. Ÿy ai ajohté des degrés de
latitude & de longitude pour plus de précifion, & j'ai retranché
des Plans particuliers, pour les placer ailleurs. Les Anglois en
avotent chargé la même Carte, ce qui faifoit une efpèce de confu-
Jion qu’on ne fjauroit trop éviter en Géographie. er
7, J'AT
VIII LETTRE pe M. BELLIN.
6. J'Ax donné une petite Carte de l'Ifle d'Argum © de le
Côte vosfine, avec un détail affez précis des bancs de fable &# des
Sonds qui l'environnent,
D. J'AI donné un Plan de la Ville &ÿ du qe de S, Ja-
go, ou Ribeiro Grande, Capitale des Ifles du Cap-l'erd, qua
été levée fur les lieux par un Ingénieur François ; E? je le mets
sci avec d'autant plus de plaifir, que les Anglois ont donné une
mauvaife petite Vie ou Plan de la Rade ns) Ville de S. Tage,
qu'ils ont tiré des Voyages de Darnpierre, &? que j'ai laiffé jub-
fer , pour que l'on puiffe faire la comparaïfon ES je convaincre de la
néceffité où nous nous trouvons de ne les pas copier aveuglément,
8°, Y: 1 donné un Plan de l Ifle de Gorée &? de fes fortificas
tions. On peus y avoir quelque confiance. Il m'a étécommun:
par Meffieurs les Direéteurs de la Compagnie des Indes, On le
trouvera différent de celui que les Angloss ont donné, que j'ai
laiffé fubfifer dans le même efprit de comparaifon dont je viens de
parler, Ÿ'ai ajoûté à mon Plan, les détails de la Mer, c’eft-a-
dire, les Sondes 6? les Mouillages , qui font autour de P'Ifle.
JE pourrois pouffer ce détail beaucoup plus lois , mais ceci
me paroit fuffifant pour prouver que je tâche d'entrer dans vos
vées, 6 que je n’épargne ni travail ns foins pour approcher de ce
degré de perfeétion fi defirable, &ÿ dont je fens que je fuis encore
for 4 é loigné, .
HISTOIRE M
& de la
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“4% Je-
d, quia
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ISTOIRE
G E N EE R A LE
DES VOYAGES
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVe. SIÉCLE,
| SECONDE PARTIE.
à LIVRE TROISIÈME.
Î GEL ec EI LES RE EL MERE Eh GED x ED x RE EL x UD
De :
_
PREMIERS VOYAGES DES ANGLOIS AUX IN-
DES ORIENTALES,ENTREPRIS PAR UNE
COMPAGNIE DE MARCHANDS.
CHAPITRE PREMIER.
Voyage du Capitaine James Lancafter en 1601. (a).
ç LI.
ML toit tems pour les Anglois de recueillir le fruit de tant
M de dépenfes extraordinaires & de périlleufes entreprifes.
CR [La Relation de Davis, qui fut publiée immédiatement a-
ER près fon retour, ne laiflant plus de lumières à defirer, &
ER devenant un nouveau motif pour les mettre en ufa co] il
MCE fe forma aufli-tôt une puiflante Société de Marchands, fous
de nom de Compagnie des Indes Orientales, avec tous les a-
vantages qu’elle pouvoit en efpérer de la proteétion de la Cour, & de l’ex-
périence
par divers paflages que celui qui l'a écrite a été à
bord de l'Amiral; & c'eft-là tout ce qu'on en fait.
(a) La relation de ce Voyage fe trouve dans
Purchef] ‘sPilgrims, Vol.I. pag. 147. Hparoît
IL, Part,
LaNcasTen,
1601.
Nouvelles
idées des An-
glois & leurs
préparatits,
» VOYAGES DES ANGLOIS AUX L
Lancasren, périence de fes propres Chefs. Elle donna ce titre 4 Lancafter & à Davis.
1601. e premier, qui avoit fait le Voyage de l'Inde en 1591, avec les circon-
ftances qu'on a vû dans fa propre Relation, fut choili pour premier Capi-
taine, ou pour Amiral de la Flotte qu’on fe hâta de faire équiper. Davis, 4
Lettres pa- LAS rempli des idées qu'il venoit de publier , & fur lefquelles onfondoit 4 M
sain Com. 68 Principales efpérances de l'entreprife, | fut nommé premier Pilote, La FA
pagnie des In. Reine accorde des Lettres Patentes, qui ouvroient fans exception le Cor
des Orienta- merce des Indes Orientales à la Compagnie; & les Négocians dont elle étoit
les. compofée firent un fond de 72000. livres fterling, pour l'équipement des
Vailleaux & pour l'achat des marchandifes.
La Flotte confiftoit en quatre gras Bâtimens, le Dragon de fix cens ton-
neaux & de deux cens deux hommes , commandé immédiatement par Lan-
cafter ; lHeëtor de troie cens tonneaux & cent huit hommes, par le Capitaine
Jean Middleton ; l'.4ftengton de deux cens foixante tonneaux & trente-deux
hommes, par William Brand ; la Sufane de [deux cens guerre) tonneaux
Flotte de & quatre-vingt-quatre hommes, par Jean Hayward. Chaque Vaifleau eut
quatre Vaif. trois Faéteurs, qui devoient remplacer füucceflivement chaque Capitaine en |
AS cas de mort. On joignit à cette Flotte un Bâtiment de centtrente tonneaux,
nommé le Gue?, pour le tranfport des vivres. Toute la cargaifon, en y
comprenant des provifions pour vingt mois, ne montoit qu'à la valeur de
27000 livres fterling; mais le refte du fond avoit été employé à l'armement
des Vaifleaux & des Soldats. Comme les grandes aétions demandent une
autorité abfolue dans les Chefs, la Reine revêtit Lancafter de toute la fien-
ne, fans en excepter le droit de vie & de mort. [Elle lui donna auffi desk#
Lettres de recommendation pour divers Princes des Indes, à qui elle offroit
de contraéter alliance avec eux.]
IL partit de Woolwich le 13 de Février 1-1. Mais faute de vent il fut
arrêté fi long-tems dans la Tamife & aux Dunes, qu'il ne put arriver que
vers Pâques à Darmouth, où il employa cinq ou fix jours à prendre du bif-
cuit & d'autres provifions. Il remit à la voile le 18 d'Avril jufqu’à
Projet de na- Tolbay, où l’on convint d’une méthode de navigation, & de divers rendez-
M ue vous, dans la fuppoñition des tempêtes qui pouvoient féparer les Vaiffeaux.
Les principaux lieux furent les Calmes de Canane, la Baye de Saldanna, fi
l'on ne parvenoit point à doubler le Cap de Bonne-Efpérance , le Cap S.
Roman dans l’Ifle de Madagafcar, l’Ifle de Cirne ou Diégo Rodrigues | & Su-
matra, qui étoit le terme.
Le 22 d'Avril, on partit d’un fort bon vent pour les Ifles Canaries , &
le $ de Mai au matin on eut la vûe de celle d’Alegranza , qui eft la plus
Route de la Septentrionale. Mais ayant pris entre Jürte- Ventura & la grande Cana-
Fique rie, on fut arrêté au Sud de celle-ci par un calme, qui vient ordinaire-
ment de la hauteur des terres au long de cette Côte. Le 7 de Mai un
vent INord-Eft vint lever cet obftacle, & l’on avança Sud-Oueft par Sud
& Sud-Sud-Oueft, jufqu’au vingt-unième degré & demi. Depuis le vingtiè-
me jufqu’à l’onzième , on porta prefque toûjours au Sud, & l’on changea
peu jufqu'au huitième , parce que le vent fouffa toujours du Nord ou du
Nord-Eit. :
A cette latitude, les calmes & les vents contraires devinrent fuccefive-
ment fort incommodes. C’eft le propre des Côtes de Guinée dans cette Lu
on. 0
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r. Davis, 6.
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25
(b)
INDES ORIENTALES, Liv. II. Cnar. I. 4
fon. Les tonnerres, les éclairs, les ouragans y caufent des révolutions efra-
yantes. Aufli-tôt que ces accidens fe font preffentir par quelque altération
dans l'air ou dans le Ciel , on fe hâte de baiffer toutes les voiles ; mais il
arrive fouvent, malgré la vigilance des Pilotes, que le mal eft plas prompt
que tous les foins. Depuis le 20 de Mai jufqu'au 21 de Juin, + Flotte fut
arrêtée par un calme fi profond, ou repouflée par des vents fi contraires ,
u'elle eut beaucoup de peine à parvenir au fecond degré du Nord. Elle
écouvrit un Vaifleau, dont elle fe faifit, après lui avoir donné long-tems
la chaffe. Il appartenoïit à ge Particuliers de Viane en Portugal.
Etant parti de Lisbonne avec deux Caraques , & trois Galions , il en avoit
été féparé par la tempête. Sa cargaifon confiftoit en cent quarante-fix
muids de vin, cent cinquante barils d'huile , & cinquante-cinq de plufieurs
fortes de liqueurs (b). Ce fecours imprévû fut diftribué fur la Flotte avec
une parfaite égalité. Es
ELLe pafña la Ligne le dernier jour de Juin avec un vent Sud-Eft, &
[Davis obferva comment] on perdoit par degrés la vûe de l'étoile du Nord.
Énfüuite portant au Sud-Sud-Oueft avec un vent Sud-Eft , il doubla le Cap
Saint Auguftin à la diftance de vingt-fix lieuës en mer. Le 20 de Juillet,
il fe trouva pouflé à 19 degrés 40 minutes de latitude du Sud, & de jour en
jour le vent s’élargifloit vers l'Eft. Ce fut-là qu'il réfolut de décharger le
Bâtiment de tranfport, fur lequel on avoit embarqué toutes les provifions qui
n’avoient pû trouver place dans les quatre Vaiffeaux ; après quoi l'ayant dé-
pouillé de fes voiles & de fes mâts, & s'étant accommodé de tout le bois
propre au chauffage, il l’abandonna aux vents & aux flots. Le 24il pañlale
Tropique du Capricorne avec un vent Nord-Eft par Nord, & la navigation
fut continuée Fft:Sud-Eft. Pour être parti d'Angleterre cinq ou fix femai-
nes trop tard, on avoit été fi long-tems fous la Ligne que les maladies a-
voient commencé à fe répandre dans chaque bord. Lancafter à qui fon an-
cienne expérience faifoit redouter ce terrible obftacle, donna ordre à fes
trois Capitaines de relâcher à la Baye de Saldanna ou dans l’Ifle Sainte-Hé-
lène, pour y prendre le tems de fe rafraîchir.
CEPENDANT ils ne fe trouvèrent, le premier d’Août, qu'à 30 degrés du
Sud; mais ils eurent le bonheur d'y voir lever un vent Sud-Oueft, qui fou-
lagea beaucoup les Equipages. Le fcorbut commençoit à faire un ravage fi
affreux, qu’à peine fe trouvoit-il affez de Matelots en bonne fanté pour
fournir à-la manœuvre. Le même vent dura jufqu’à deux cens cinquante
lieuës du Cap de Bonne-Efpérance. Enfuite changeant à l'Eft, il y demeu-
ra conftamment pendant douze ou, quinze jours, que ceux qui avoient com-
“Himencé à fe rétablir devinrent beaucoup plus malades; [fans parler de la di-
fette d’eau qui augmenta de jour en jour jufqu’à forcer] les Faéteurs , dans
l'épuifement abfolu de tous les Matelots, de mettre la main à la voile, &
de faire les plus vils éxercices du Vaifleau. Enfin le vent étant devenu moins
contraire, toute la Flotte arriva le 9 de Septembre à la Baye de Saldanna.
Lancafter y jetta l'ancre le premier, pour fe hâter d'envoyer fa Chaloupe ,
avec
(b) Angl. cinquante- cinq muids de farine. R. d. E.
A 2
Lancasren.
1601.
Elle prend
un Vaifleau
Portugais,
Maladies qui
fe répandent
fur la Flotte,
Elle arrive à
la Baye de
Saldanna.
#
di Mondra .
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Ampale De ! c' A .
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LANCASTER,
16017.
Régime con-
ucle Scorbut,
. Les An rlois
fe rétabliffcnt,
Leurs précau-
tions contre
les Négres,
Réglement
de Lancatter.
4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
avec une partie de fes gens, ‘au-devant des trois autres Vaifleaux, dont te
Matelots n'étoient plus capables de fc remuer. Ceux de l’Amiral avoient con-
fervé plus de force, & devoient leur fanté au jus de limon, dont il avoit ap-
orté d'Angleterre un grand nombre de boutcilles. Il leur en avoit fait aval-
Rx tous les matins une cuillerée à jeun, en leur défendant de prendre la
moindre nourriture jufqu'à midi. Ce régime les avoit garantis prefque tous
du mal, quoique fon Equipage fût plus nombreux du double que tous les au-
tres; & l'on eft perfuadé qu'avec un préférvatif fi fimple il y auroit peu de
Matelots attaqués du fcorbut, s'ils pouvoient fe réduire au bifcuit & fe pri-
ver de chair falée.
L'iNDusTRIE de Lancafter fit bientôt régner fur la Flotte toutes fortes de
rafraichiflemens. 11 defcendit lui-même à terre pour chercher les Sauvages.
Avec des clouds, des couteaux & de petits morceaux de fer, il fe procura
des bœufs & des moutons en abondance. Sans entendre le langage des Né-
gres, il trouva le moyen de leur faire comprendre fes befoins, en imitant
le cri des animaux qu'il leur demandoit. Mais étant réfolu de ne fe remet-
tre en mer qu'après avoir rétabli la fanté de tous fes gens, il fit apporter les
voiles à terre, pour en faire des tentes, qui devinrent comme l'Hôpital de
la Flotte, 11 les fit environner d'un retranchement contre lis attaques impré-
vûes des Négres; & tandis que ceux qui fe portoient bien s'occupèrent à la
chaffe, ou à commercer avec les Sauvages , il prit un foin paternel de fes
Malades.
SES précautions s’étendirent particuliérement fur la méthode du Commer-
ce. Il fçavoit par le récit de Davis avec combien de facilité les Négres fe
livroient à leurs défiances, & ce qu'il en avoit coûté aux Hollandois dans le
Voyage précédent, pour les avoir allarmés mal-à-propos. Le reméde qu'il
y apporta fut de donner à cinq ou fix de fes gens la commiffion de traiter
pour les beftiaux, & de défendre à tous les autres, fous de rigoureufes pei-
nes, d'approcher des Négres dans le tems du marché. Cependant, pour
tenir aulti ces Barbares en refpeét, il donna ordre que pendant la vente, &
dans toutes les occafions où l’on fouffriroit qu'ils s’'approchaffent, il n'y eût
jamais moins de trente Anglois fous les armes. Ces deux Réglemens Are
obfervés avec tant de foin, que pendant tout le féjour qu’il fit dans la Baye,
fes gens n'ofèrent attaquer un Négre fans fa permilion, ni les Négres s’ap-
procher des Tentes & des Chaloupes fans y être appellés par fon ordre.
Auñli conferva-t-on la paix avec eux jufqu’au dernier moment. Douze jours
après l’arrivée de Ja flotte, on s’étoit déja procuré mille moutons & qua-
rante-deux bœufs. 11 n’auroit pas été plus ditlicile d'en obtenir davantage ,
fi l’on en avoit eu befoin dans le même tems. Lancafter n'en ayant acheté
un fi grand nombre que pour les engraiffer dans un Parc, autour de lui, ilfe
pafla quelques femaines fans qu'il parût en defirer d’autres. Mais lorfqu'il
recommença les fignes pour fe faire amener quelques bœufs de plus, les Né-
gres lui montrérent de la main ceux qu'il avoit encore dans le Parc, en lui
faifant entendre qu’ils pénétroicent fon deffein, qui étoit fans doute de s’é-
tablir dans leur Pays. ‘Telle fut du moins l'explication qu'il crut devoir
donner à ce figne, & à l'obftination qui les empécha de revenir. Leurs
bœufs font aufli gros que ceux d'Angleterre, Les moutons font beaucoup
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oute de s’é-
crut devoir
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plus
“lus gras,
INDES ORIENTALES, Liv. III Cnar. I. $
& d'un goût plus fin que ceux des Dunes d'Effex, dont on van-
e la bonté. La couleur des Habitans de cette Côte eft fort bazannée, fans
tre noire. Ils font communément de fort belle taille, agiles dans tous
Meurs mouvemens, & très-légers à la courfe. Leur langage eft fi guttu-
Mal & fi mal articulé, que pendant fept femaines que la Flotte pafla dans
Meur Baye, aucun Anglois ne put en diftinguer une feule fillabe. Cepen-
dant ils répétent affez facilement les mots des Langues de l'Europe 4e
L'air & les alimens du Pays furent fi falutaires aux Malades, qu'à la ré-
rve de quatre ou cinq, ils recouvrèrent tous leurs forces. On en cpmptoit
éanmoins, à leur arrivée, cent cinquante-quatre, qui étoient à peine en (d)
tat de fe remuer. [La joye qu'ils reffentirent de leur guérifon, & la nouvelle
igueur qu'ils reprenoient dans un climat fi chaud, les fit tomber dans un
éréglement qui faillit de ruiner toutes les précautions de l'Amiral. Les Con-
alcfcens, moins aflujettis à fes loix, avoient la liberté de fe promener &
“Mc fe faire des amufemens convenables à leur fituation. Ils en abufèrent pour
fttirer quelques femmes Sauvages, qui ne firent pas payer trop cher la com-
Wblaifance qu'elles eurent pour eux. Mais les Négres s'en apperçurent; & les
arques de leur mécontentement firent juger à l'Amiral que fes gens les a-
Moient offenfés dans quelque occafion qu'ilignoroit. Il n’en fut informé qu'après
Mévoir levé l'ancre. Quoique cette raifon n'eut pas contribué à fon pd sil
“ne fut pas fâché que fes réfolutions fe fuflent accordées avec un fi jufte fujet
d'abandonner leur Côte.]
% (+) Le 24 d'Oëtobre, après avoir renouvellé fa provifion d’eau & de bois,
A1 fit publier l’ordre de retourner à bord, pour mettre à la voile au premier
vent. Dès la nuit fuivante (f) il fortit de la Baye, en côtoyant une petite Ifle
Maui cit l'entrée, & qui fourniroit feule des rafraîchiflemens à la Flotte la plus
Mhomb'eufe, tant il s’y trouve de veaux marins & de Pengouins. Au-deflus de
a Baye, on trouve une montagne fort haute, dont le fommet eft fi plat qu’on
lui a donné le nom de Table. Il n’y a point d’endroit fur toute cette Côte qui
Mpuile étre fi facilement diftingué, car on l’apperçoit de dix-fept ou dix-huit
dicuës en mer.
M4 LE Dimanche 1 de Novembre, la Flotte doubla le Cap de Bonne Efpé-
Wrance avec un bon vent Oucft-Nord-Oueft. Le 26, elle tomba vers la pointe
ec l'Ifle de Madagafcar , un peu à l’Eft du Cap S. Sebaftien. Elle ne trouva pas
oins de vingt braffes d’eau à cinq ou fix mille du Rivage. La variation de
Aiguille étoit d'environ 16 degrés. Cette obfervation eft d'un grandufage dans
htles Voyages à l'Eft & à l'Oucft, mais fur-tout dans celui des Indes Orientales.
+ Deruis le 26 de Novembre jufqu'au 15de Décembre, on s’efforça toû-
“jours de porter à l'Eft, pour gagner l'Iflc de Cirne, qui porte dans quelques
Mcartes le nom:de Diégo Rodrigues. Mais depuis qu'on fut arrivé à la vûe
Mde Madagafcar, le vent ne ceila point d'être Eft, ou Eft-Sud-Eft, ou Eft-
hi. Nord-Eft ;
0 (ce) Angl. ils comprennent dabordles fignes
… qu'on leur fait. R. d. E,
* (Cd) Angl. Ces 4 ou 5 qui moururent ,
ris a SM pee avant que R, d. E.
€ ; (4 nar , aliOic cent- } ï » HT N
ne. cinq hommes. Le rcfte de lÉdute Lu GO AAUE IEEE LE Lg us
A 2
ÿ
j
va plus fain & plus fort en quittant cette Baye,
qu'en partant d'Angleterre. R. d. E,
rr]
LANCASTER.
1601.
Leur langage.
Facilité des
Femmes Sau-
vages,
Obfervation
importante,
Ce ) Ici commence la 2de, Section de l’Original. .
6 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Lancaseun, Nord-Eft; de forte qu'il fut impoffible de tenir cette route. D'un autre cd. ercés
1601. té, comme il auroit été dangereux de lutter perpétuellement contre le vent, "Miards d'
* dans l'efpérance de le voir changer, parce que le fcorbut recommençoit "ais ils
Baye d'An. fesravages, onprit la réfolution de relâcher dans la Baye d'Antongile, pour meuré
tonglle, fe délivrer de cette fâcheufe maladie avec le fecours des oranges & des li-
mons.
ON découvrit le 17, la partie méridionale de Ifle de Sainte-Marie, &
le jour fuivant on jetta l'ancre entre cette Ifle & celle de Madagafcar. Les
Chaloupes qui furent envoyées à Sainte-Marie en rapportèrent une fort bon-
ne p'ovifion de limons & d'oranges ; mais à peine furent-elles revenues ,
qu'une furieufe tempête enlevant les quatre Vaiffeaux de deflus leurs ancres,
les agita pendant feize heures avec la dernière violence. Cependant ils n'eu-
rent pas de peine à fe rejoindre lorfque le vent fut appaifé. L’Ifle de Sainte.
Ille de Sainte. Marie efluneterre haute & couverte de bois. Ses Habitans font noirs; mais
Marie, fes Ha. ils ont le vifage agréable & la taille fort haute. Leurs cheveux font frifés, &
bitans &fes Je foin qu'ils prennent de leurs toupets leur rend le front femblable à celui
produâions. es femmes de l'Europe. Ils font nuds, excepté vers le milieu du corps. Leur
caraétère eft fort humain, quoiqu'ils paroiffent vifs & courageux. Ils fe nour-
riflent de ris & de poiflon; mais comme ils étoient à la veille de leur moif-
fon , & que leurs provifions étoient épuifées, on ne put obtenir du ris
d'eux , qu’en fort petite quantité. Ils ont de l’eau fraîche en plufieurs en-
droits de l’Ifle (g). Les chèvres y font en abondance , & les Habitans en ai-
ment le lait; mais à la vûe de la Flotte, ils eurent foin d'écarter leurs chè-
vres & leurs autres beftiaux , fans que les offres des Anglois fuffent capables
de les faire confentir aux échanges ordinaires. [Il auroit été dangereux d'y: perte
. Les Anglois €mployer la force. ] Aïnfi voyant peu d'avantage à tirer d'eux, l'Amiral Ê M y iu
entrent dans hâta de gagner la Baye d’Antongile ; d'autant lus qu'étant à la fin de la bon- 486:
la Baye d'An- ne faifon, les vents d'Eft & les maladies de fes gens lui faifoient craindre
tonglle, beaucoup d’'embarras.
IL entra dans la Baye le 25 de Décembre. Les quatre Vaïifleaux y jetté-
rent l'ancre fur huit brafles de fond, entre une petite Ifle & la Côte, qui
forme en cet endroit une Rade fûre & commode, [ Ceux qui mouillérent le}
plus près de l'Ile furent à l'abri d'un gros tems qu'on eut à effuyer. ] Quel-
ues Anglois étant defcendus dans l’Îfle y trouvèrent fur les rocs unë in-
Infcription {Cription en langage Hollandois, qui leur apprit que deux mois auparavant,
qu'ils trou- quelques Bâtimens de cette Nation avoient perdu dans la Baye, environ 4U&
Pas fur des Jeux-cens hommes, par diverfes maladies. PCet avis portoit encore que# Cap
les Hollandois avoient trouvé beaucoup de fecours dans l'humanité des Fa-
bitans. ]
IL ne fe pañlfa pas deux jours fans qu'on vît paroître plufieurs Négres; &
fur la foi de l’Infcription, l'Amiral fit avancer quelques-uns de fes gens pour
les recevoir. On comprit par leurs fignes que les Vaiffeaux Hollandois étoient
Commerce au nombre de cinq, & qu'ils avoient acheté la plus grande partie des provi-
avecles Né. fions du Pays. Cependant ils apportérent du ris, des poules, des oranges,
gres. des limons, & d’autres fruits, mais en petite quantité; & paroïffant fort
éxcrcés
itaine
lemilicu |
(g) Angl. en deux ou trois endroits, où R. d. L.
l'on peut s'en pourvoir mais avec peine.
U X
D'un autre cô.
contre le vent,
recommençoit
ntongile, pour
ges & des li.
te- Marie, &
dagafcar. Les
. une fort bon-
Iles revenues ,
sieurs ancres,
idant ils n'eu-
'Ifle de Sainte-
nt noirs; mais
x font frifés, &
nblable à celui
du corps. Leur
ux. Ils fenour-
: de leur moif-
btenir du ris
1 plufieurs en-
Habitans en ai-
rter leurs chè-
uffent capables
dangereux ds
, l'Amiral fe
fin de la bon-
oient craindre
eaux y jetté-
la Côte, qui
mouillérent let
uyer. ] Quel-
rocs unè in-
s auparavant,
Baye, environ
t encore que#
anité des Fa-
Négres; &
es gens pour
hndois étoient
ie des provi-
des oranges,
aroiflant fort
éxCrcés
INDES ORIENTALES, Liv. II. Cuar, L
reés au commerce, ils les mirent à fort haut prix. Le marché étoit fur les
ards d'une grande Rivière ; les Anglois ÿ étoient venus dans leurs Chaloupes ;
is ils n'avoient fait defcendre que leurs Marchands, & les autres étoient
meurés à vingt ou trente pas du rivage, armés & prêts à recevoir ou à dé-
dre leurs Compagnons dans le befoin, Il fe pa p ufieurs jours, fans qu'on
Ac s'accorder pour le prix des marchandifes. L'adreffe des Sauvages confifte
faire avantageufement leur premier marché , parce qu'enfüite ils ne donnent
ais la même chofe à plus bas prix, fous divers prétextes ils trou-
t fouvent l'occafion de le haufler; & s'il arrive que plufieurs Européens
hécent à La fois, c'eft toûjours celui qui offre le plus, qui devient la régle
tous les autres, L'Amiral ayant pénétré l'artifice des Négres, trouva le
yen de s'en défendre, en failant faire une mefure pour le ris, qui étoit fon
ncipal befoin, &. réglant combien de grains de verre on donneroit pour
d'un air ferme, il déclara qu'il ne vouloit point de trafic autrement. A-
s quelques marques d'incertitude, les Négres y confentirent, & le com-
Hce fe ft de bonne-foi dans ces termes. Les Anglois achetèrent ainfi quinze
bhcaux de ris, cinquante boiffeaux de pois ,un grand nombre d'oranges & de
jons, huit bœufs & quantité de poules. |
Prnpanr le féjour qu'ils firent dans cette Baye, ils conftruifirent une Pi-
Me de dix-huit tonneaux , dont ils avoient apporté tous les matériauxd'Angle-
rc. Les arbres du pays leur fournirent encore des planches pour la revetir
double fond. Elle devoit fervir dans l'Inde, à précéder la Flotte lorfqu'elle
Mbrocheroit de quelque Port. Mais tous ces avantages n'approchérent point
pertes que les Anglois effuyérent dans la Baye d'Antongile. . Soit que
y fut pernicieux à leur tempérament, foit qu'ils ne s'y fuflent point
dez ménagés dans l'ufage des alimens, qu'ils trouvoient en abondance, ou
qué l'eau ne fût pas auñli faine qu'ils fe l'étoient figurés, la plûpart furent
Squés d'un flux qui devint mortel pour un grand nombre. Le Chirurgien,
liniftre, le Contre-Maître & dix Matelots, moururent en peu de jours
ns le Vaifleau de l’Amiral. Les trois autres Bätimens ne perdirent pas moins
onde. Un accident ençore plus trifte fit périr le Capitaine & le Contre-
itre de l'Afcenfion. Ils s'étoient mis dans leur Chaloupe pour accompagner
ques morts à la fépulture; & comme c’eft l'ufage en mer de tirer quel-
iéces d'artillerie à l'enterrement des Officiers, un Canonier mit le feu
Wiiennes fans avoir fait attention qu'elles étoient chargées à boulet, Le
Capitaine eut la tête emportée, & le Contre-Maître fut coupé en deux par
lemilieu du corps: étrange coup du hazard, qui les fit defcendre au tom-
u en y conduifant les autres. La maladie qui attaqua la Flotte, venoit
aremment de la mauvaife qualité des eaux du Pays. On étoit en hiver.
s pluies continuelles avoient groffi les Rivières & chargé l'eau d’un limon
t mal-fain. On remarqua aufli qu’il étoit dangereux fur cette Côte de fe
à ET nud, comme il arrive aux Matelots lorfqu’ils font échaufés
e travail.
L'AMIRAL
Ch) Pourn'avoirpaspris cette précaution,
a beaucoup nui au commerce des Pianta-
us de la Virginie. Quelques perfonnes, foit
ar néceffité, foit par une trop grande facili-
P
Lé, y ayant trop payé certuines chofes, les ont
fait monter à un prix exceflif, Purcha/],
ea
te quantité (b). Ilfit de même un réglement pour les oranges & les limons ;.
LANCASTEA,
1602.
Les Angluts
contftruifent
une Pinafle,
Accidens fà-
cheux dans la
Baye d'An-
tongile,
LanNcasTen,
1602,
ifle de Ro
quepiz & fes
agrqnens.
Dangereufes
chaines de
Trocs,
On fe rafrai.
chit aux iles
Nicobur,
8 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
.
L'AminRAL ayant quitté la Baye d'Antongile le 6 de Mars, fe trouva de
16 à la vûe de l'Ifle Koquepiz , vers le rot, degré 30 minutes du Sud. Il y
envoya fa Chaloupe pour chercher une Rade commode; mais la profondeur
extraordinaire de Fan lui faifant trouver peu de füreté fur fes ancres, il cô.
toya l'Ifle fans s'y arrêter. En obfervant la terre, il trouva la perfpeëtive
fi agréable, qu'il regretta que la difficulté d'y jetter l'ancre ne permit point
d'en faire un lieu de rafraïchiffement. 11 s'en exhaloit une odeur auffi douce
ue fi l'Ifle entière n'eûc été qu'un jardin de fleurs. Les Cocotiers & quan-
tité d'autres arbres couvroient la campagne jufqu'au bord du rivage. Les
oifeaux de toute efpèce y étoient en fi grand nombre, que venant voltiger
au-deflus des. Vaifleaux , les Matelots en tuèrent plufieurs avec leurs crocs
& leurs rames. Pendant tout le Voyage, ils n'en avoient point encore trou-
vé de fi gras ni d'un goût fi délicieux.
Le 30 de Mars, ils tombèrent vers le 6 degré du Sud, fur une chaîne
de rocs, qu'ils découvroient clairement à moins de cinq brafles. Ce danger
leur caufa d'autant plus d'effroi qu'il n'avoit pas été prévû ; mais s'étant a-
vancés avec beaucoup de précaution, ils trouvèrent bientôt huit brafles , &
la crainte s'évanouit à mefure qu'ils s'avançoient à l'Eft. Un Matelot apper-
çut du haut de fon mât, unelfle versle Sud-Eft, à cinq ou fix lieuës de dif:
tance, La difpofition de la terre, qui étoit fort baffle, la fic prendre pour Can-
du, quoique par eftimation les Pilotes ne fe cruffent point fi avancés à l'Eft,
Treize ou quatorze lieuës plus loin, on tomba fur une nouvelle chaîne de
rocs. On en trouva d'autres encore à douze lieuës de-la, vers le Sud; de
forte qu'en éxaminant bien tous les rapports de cette chaîne, on ne douta
point que la Flotte n’en fût environnée, dans un efpace qui n'avoit pas
moins de cinquante braffes de fond. Le danger parut d'autant plus grand qu'on
ne voyoit aucune voye pour l'éviter. Cependant, après deux jours d’inquié-
tude , pendant lefquels la Pinaffe alloit en fondant fans ceffe, à la tête des
quatre Vaifleaux, on trouva une fortie vers le Nord, fur fix braffes d'eau,
à 6 degrés 3 minutes. [Lancafter fe crut fi heureux d'étre délivré de ce pc:
ril, qu'il fit éclater fa joye par une fête publique.]
LA navigation fut lente, & les vents fort variables jufqu’au 9 de Mai,
qu’on eut à quatre heures après midi la vûe des Ifles Nicobar. On porta droit
au Nord du Canal, où l’on mouilla dès le même jour. Mais le vent ayant
changé au Sud-Oueft , on fut forcé de lever l'ancre, & de gagner le côté du
Sud, où l'on fe mit à couvert fous une petite Ifle, qui eft contre le rivage.
On trouva, dans ce lieu, moins de rafraîchiffemens qu'on ne s'en étoit pro-
mis. Cependant les Infulaires s'approchèrent de la Flotte dans de longs Ca-
nots, dont chacun pouvoit contenir plus de vingt hommes. Ils apportèrent
des gommes, qu'ils vendirent aux Anglois pour de l'ambre; car tous c&
Peuples du Levant ne cherchent qu'à tromper. Ils avoient aufli des poule:
& des noix de cocos ; mais il les rent fi cher qu'on en prit fort peu. Com:
me on ne fe croyoit plus fort éloignés du terme, l'inquiétude étoit médiocr:
pour les provifions. L'Amiral ne penfa qu'à réparer un peu fes Vaiffeaux , à
qu'à difpofer fon artillerie à tout événement.
Arrès y avoir employé dix jours, il partit le 20 de Mai, pour faire voile
droit à Sumatra. Mais la force des courans & le vent Sud-Sud-Oueft lui pré
paroient de nouveaux obftacles. Pendant que tout l’art de fes Matelots s'enr k.
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lu rivage. Les
venant voltiger
avec leurs crocs
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fur une chaîne
fes. Ce danger
mais s'étant a-
huit brafles , &
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fix lieuës de dif
rendre pour Can-
avancés à l'Eft,
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, à la tête des
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On porta droit
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agner le côté du
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, pour faire voile
d-Oucft lui pré
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Matelots s'em "
ployoi ,
INDES ORIENTALES, Liv, III,
ployoit à les vaincre, un de fes Vaiffeaux courut le dernier 7 le par
deux voyes d'eau qui s'y firent fubitement, Il fe vie forcé de relâcher dans
l'Ile de Sombrero (1), à dix ou douze licuës au Nord de Nicobar, En mouil-
lant fur la Côte, qui eft parfemée de rochers, il perdit une de fes ancres.
Cependant il fur confolé de toutes ces difgraces par les fecours qu'il tira des
Habicans de l'Ile, Ils font fi doux & fi timides, qu'ils furent quelque tems
fins dler prendre confiance aux fignes qu'on leur fit pour les raflürer, Mais
lor‘que cette première crainte fut diflipée, ils ne refufèrent aucun fervice à
la Flotte, Ils font nuds, à l'exception d'une piéce de toile qui leur fert de
ceinture, & de laquelle il te détache une autre piéce qui leur pañle entre les
jambes, Leur couleur eft fort noire; mais ils la relèvent par diverfes pein-
tures dont ils ont le vifage bigarré, L'Amiral n'ayant pas fait difficulté de pé
nécrer dans leur ffle, avec une bonne eftorte, vit quelques-uns de leurs Pré-
tres, qui étoient couverts d'habits, mais fi ferrés fur leur corps qu'ils y pa-
roifloient coufus. Ils avoient deux cornes fur la tête, le vifage peint de verd
& de jaune, &, par derrière, une queuë qui pendoit jufqu'a terre; ce qui
les rendoit fort femblables à nos images du Diable, [Quand il leur demanda
Cnar, I, @
&|a raifon de cet équipage, ils lui répondirent qu'ils écoient ainfi habillés, par-
ce que le Diable, dont ils étoient les ferviteurs C)
leur apparoifoit fous
cette forme, dans les facrifices qu'ils lui offroient.] L'Ifle cit remplie d'ar-
bres, qui par leur hauteur & leurs autres proportions, pourroient fervir de
mâts aux plus grands Vaifleaux. Les Anglois déouvrirent fur le fable duri-
vage une petite plante, qui croît affez pour devenir un arbre, mais qui fe re-
üre dans la cerre lorfqu'on y touche, & qui s'y enfonce afféz pour n’en être
arrachée qu'avec effort. Lorfqu'on l'en a tirée, on trouve avec admiration
que fa racine eft un ver, qui diminue à mefure que la plante s'élève, & qui
prend par degrés la confiftence du bois. L'Auteur Lire que cette trans-
formation eft un des plus étranges phémomènes qu'il ait vûs dans tous fes
Voyages ; & le refte n'eft pas moins merveilleux, car fi l'on arrache la plan-
te us fa jeuneffe, elle acquiert en féchant la dureté d'une pierre, jufqu'à
devenir tout-à-fait femblable au corail blanc; de forte que le ver fe change
fucceflivement en deux natures effentiellement différentes. Il ne paroît pas
que la vérité de cette obfervation puifle être fufpeéte (7), puifque les An-
xlois de la Flotte prirent plufeurs de ces plantes, & les rapportèrent en
Angleterre.
En) À la diftance où la Flotte Angloife étoit de Sumatra , elle n'avoit be-
foin que d’un vent favorable, pour gagner en peu de tems le Port d'Achin.
File remit à la voile le 29 de Mai; & découvrant les Côtes de l'Ifle le 2 de
Juin, elle mouilla, le 6, dans la Rade, à deux milles de la Capitale. 11 s’y
trouvoit dix-huit ou vingt Bâtimens de divers Pays, tels que Bengale, Calé-
cut, Guzarate, Pégu & Patan. A la vûc de quatre Vaifleaux Européens,
deux
7(i) Elle eft ainfi nommée parce qu'à la
pointe méridionale de la plus grande des Ifles,
qui font là en affez grand nombre, il y a une mon-
tagne qui reffémble à la figure d'un Parafol,
e>7(k) Cette réponfe peut bien être uncinven-
tion ou une erreur de Lancafler, quin'aura pas
entendu Ie langage de ces gens-là.
IL, Part. B
(1) Cette réflexion n'eft point dans l'Origi-
nal, qui ditau contraire que c'eft- là vrai-fem-
blablement une l'able, quitire peut-être fon O-
rigine de ce qu'on voit quelques-fois du Corail
croître fur des coquillages. R, d, E.
(m7) Ici commence la 36, Seétion, K.d. E,
LAN casvren,
1604
Ifle de Som.
broro, & te
lab ltans,
Alfreuls fu:
re de lours
Prètres,
Arrivée des
Anglois au
l'ort d'Achin,
Lancasrvan,
1 60 2e
Us font blen
reçus du Hoi,
Difficultés
pour la Lettre
de la Cour
d'Angleterre,
Aceucil fait
aux Anglois,
10 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
deux Hollandois qui avoient été retenus l'année précédente, & qui avoient
appris dans cec intervalle la larigue & les ufages du Pays, fe hätèrent de
venir à bord, & n'y apportèrent que d'heureules nouvelles, Ils avoient été
traités par le Roi beaucoup plus favorablement qu'ils ne l'avoient efpéré,
Ce Prince fouhaitoie de voir des Ecrangers dans fes Ports, La réputation de
l'Angleterre s'y étoit répandue, depuis les grandes viétoires que cette Cou-
ronne avoit remportées fur l'Efpagne, & les Anglois devoient s'attendre à
toutes fortes d'avantages pour leur Etabliflement & pour leur Commerce,
Des le même jour, l'Amiral fit defcendre le Capitaine Middieton, ac-
compagné de cinq ou fix Officiers de la Flotte , pour informer le Roi que
l'Amiral d'Angleterre, chargé d'une Lettre de fa glorieufe Reine au puiflant
Roi d'Achin & de Sumacra, demandoic la liberté d'entrer dans fa Ville, &
l'honneur de faire une écroice alliance avec lui, Middleson devoit obtenir un
fauf-conduit pour tous les Anglois de la Flotte, ou convenir de recevoir &
de donner des cages, fuivant les Loix établies dans toutes les Nations,
IL fut reçu du Roi avec de grands cémoignag:s de joye & d'amitié, Non-
feulement fes demandes furent accordées ; mais après lui avoir fait quantité
de queftions, ce Prince ordonna qu'on lui fervit des rafraîchiffemens,. & lui
fic préfent, à fon départ, d'une robe & d'un curban brochés d'or, Ille char-
gea de dire à l'Amiral qu'après les fatigues d'un fi long voyage, il devoic
prendre un jour pour fe repofer à bord; mais que le jour fuivant 11 étoit li-
bre de venir à l'Audience, & qu'il pouvoit compter d'etre auffi tranquille
dans fes Etats qu'au centre de l'Angleterre; que s'il doutoit néanmoins de fa
parole royale, on lui donneroit des Otages, & couces les füretés qu'il pour-
roit defirer.
L'AminaL attendit trois jours pour fe rendre au rivage, Il y defcendic
avec une efcorte de trente hommes, Les Hollandois s'y. trouvèrent pour le
recevoir, & le conduifirent à la maifon qu'ils avoient dans la Ville, parce
qu'il n'en voulut point accepter d'autre avant que d'avoir vû le Roi. Il lui
vint aufli-tôt un Seigneur de la Cour, pour le faluer de la part de ce Prince,
& lui demander la Lettre de la Reine, Mais l'Amiral refufa de la remettre,
en s'excufant fur l'ufage de l'Europe, qui oblige un Ambaffadeur de rendre
fes Lettres au Prince même à qui elles font adreflées. Le Seigneur Indien de-
manda là-deflus à voir la fufcription, qu'il lut à haute voix, & dont il tira
une copie. Îl prit auffi par écrit lenom de la Reine, & fa curiofité s'attacha
particulièrement à obferver le Sceau. Enfüuite renouvellant fes civilités à l'A-
miral, il l'affüra que le Roi fon Maître recevroit avec joye les éclaircife-
mens qu’il alloit lui porter.
EN effet, le Roi n'eut pas plutôt reçu la réponfe qu'il attendoit , que don-
nant divers ordres à fes Oficiers, il fit partir fix grands éléphans , avec quan-
tité de trompettes & de tymbales, & un cortège fort nombreux, pour aller
au-devant de l'Amiral. Le moindre (n) des éléphans avoit treize ou quator-
ze pieds de hauteur, & portoit fur le dos un petit château , de la forme d'un
carofle, couvert de velours cramoifi. Au milieu du château, on avoit placé
un grand baflin d'or, couvert d'un drap de foye fort richement travaillé, fous
lequel on mit la Lettre de la Reine. L'Amiral monta fur un autre éléphant.
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(n) Angl. le plus grand, R. d.E,
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pour aller
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Une
{ B 2
INDES ORIENTALES, ILav. III Cm, L ii
Une partie de fa fuice fur invitée à monter auffi fur les autres , & le’ refte le
fuivie à pied, Mais lorfque le any fut arrivé à la Cour ,un Seigneur pria
l'Amiral d'arrêter , pour fe donner le tems de prendre les ordres du Roi. Il
revine prefqu'aufli-côt, en apportant la permiflion d'entrer.
L'AmitnaL fe préfenta devant le Roi d'un air ferme & modefte (0). II
Jui déclara qu'il étoit envoyé par la crès-puiffante Reine d'Angleterre, pour
e félicicer de fa grandeur, & lui propofer un Traité de paix & d'amitie, Sa
arangue devoit être plus longue, mais le Roi l'incerrompit, pour lui dire
u'il le croyoit fatiqud du long voyage qu'il venoit de finir heureufement,
u'il le prioit d'acceprer des rafraïichiffemens, Il ajoûta qu'il pouvoit comp-
ter d'écre traité favorablement à fa Cour, par confidération pour la Reine ‘à
laicrefle, dont le mérite & la gloire s'étoient répandus jufqu'aux Indes.
L'Amiral comprit que le Roi s'ennuyoit de lui entendre parler une Langue
trangère, Il lui préfenta la Lettre de la Reine, que ce Prince reçut avide-
ent, & qu'il remit à quelques Scigneurs Indiens qui étoient derrière lui. Les
réfens furent apportés. C'étoit un baflin d'argent, avec une fontaine, du
oids de deux cens cinq onces , une grande couppe de méme métal, un ri-
ghe miroir; un bonnet orné de plumes; quelques belles épées avec leurs
Æcinturons, & plufieurs éventails, Toutes ces richeffes furent reçues par des
Seigneurs de la Cour; mais le Roi prit entre fes mains un éventail, & l'ayant
conlidèré avec plaifir, il le remit à une de fes femmes, pour en faire aufli.
“uôc l'effai. Les Anglois crurent s'appercevoir que de tous ces divers préfens,
c'étoit celui qui lui plaifoit le plus,
ALons on propofa au Général Anglois de s'affvoir à terre, fuivant l'ufa-
“pce du Pays. Ille fit, à limitation du Roi & de toucc fa Cour, On fervit auiti-
œûc un grand feftin, dans des plats d'or, où d'un autre métal fort eftimé aux
des, qui eft un mélange d'or & de cuivre, & qu'on nonume Tombak, Pen-
gant ce repas, le Roi qui étoit aflis un peu plus loin, fur une eftrade élevée
ic deux ou trois pieds , but plufieurs fois à la fanté de l'Amiral, Sa liqueur
avorite étoit l'Arrack, efpèce d'eau-de-vie dont j'ai déja expliqué la compo-
2Mficion. L'Amiral la trouva fi force, qu'il fe fit donner de l'eau pure avec la
Mpcrmiflion du Roi,
& Arrès un grand nombre de cérémonies, le Roi donna ordre qu'on fit en-
er les Danfeufes; & fes propres femmes commencèrent à jouër des airs de
anfe fur divers inftrumens. Elles étoient richement vêtues, & parces de
bracelets & de pierreries. C'étoit une faveur extraordinaire pour l'Amiral,
jar le Roi n'accorde la vûe de fes femmes qu'à ceux qu’il honore d'une con-
Midération diftinguée, 11 lui fit enfuite préfent d'une robe de calico, brodée
en or, d'une belle écharpe de Turquie, & de deux Cres, qui font une
EAP de poignards, dont un Seigneur arme fur le champ celui que le Roi
diftingue par cette faveur, L'Amiral fut ainfi congédié, avec de nouvelles
carefés, & la permiffion de fe choifir dans la Ville une maifon de fon
“goût. Mais il ne jugea point à-propos d'accepter cette offre, & retour-
La à bord, il laifla au Roi le tems de faire fes réfléxions fur la Lettre de la
" Reine,
4: Daws
Co) Angl, l'Amiral fe préfenta devant le
. 1Sr. Pays, R. d, K,
Roi, en faifünt la révéronee à la manière du
Lincare
10032,
Ciremonte du
l'Audlluner,
Tombak, trés
tal Indicn,
Arrack , Île
queur,
Chanteufes
ù Danfiuivs,
LANCASTER,
1602.
Seconde Au-
dience & fes
effets pour le
comuncree,
Commiflaires
Indiens, &
leur conféren-
ces,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Dans la feconde Audience
long fur l’objet de fon voyage.
les demandes.] Le Roi protefta que fi les fentimens de la Reinc étoient auf
fincères qu’elle l'en affüroit dans fa Lettre, elle trouveroit ua retour fidèle
dans les fiens; que pour le Traité d'Alliance qu'elle lui propofoit, il y confen-
toit avec joye: enfin, qu'à l'égard du Commerce, il avoit déja donné ordre
à deux de fes principaux Officiers d’en conférer avec l'Amiral, & d'entrer
fans exception dans toutes les intentions de la Reine. Cette réponfe fut fui-
vie d’un nouveau feftin. Le jour füuivant, l'Amiral envoya demander aux deux
Seigneurs que le Roi lui avoit nommés, quel tems ils avoient choifi pour la
Conférence. L'un étoit le grand Pontife du Royaume, homme d'efprit &
d'honneur ; qui méritoit l’eftime que le Roi & toute la Nation avoient pour
lui. L'autre étoit un des Chefs de la Nobleffe, perfonnage fort grave, mais
moins propre aux affaires que le Prélat.
ON prit un jour pour s'aflembler. La Conférence fe tint en Langue Ara-
be, que le Prélat & le Seigneur Indien entendoient parfaitement. L'Amiral
fe fervit pour Interprête , d'un Juif qu'il avoit amené d'Angleterre, & qui
parloit fort bien cette Lan: 1e. Sa première propofition regarda la liberté du
Commerce pour les Marchands Anglois. Le Prélat, fans répondre directe-
ment, lui demanda quels motifs il avoit à faire valoir pour engager le Roi
à lui accorder cette grace. L’'Amiral faififfant volontiers cette idée, allégua
d’abord les offres d'amitié de fa Reine, le mérite éclatant de cette Princef-
fe, fon courage & fes force; pour réfifter au Roi d'Efpagne (p), qu’elle re-
La eut de ce Prince, il s'expliqua fort au
gardoit comme l’Ennemi commun de l'Angleterre & des Rois de l’Inde ; [lax
générofité avec laquelle elle avoit refufé les offres qu'il lui avoit faites (4), de
la mettre en pofleflion des pays qui lui obéifloient dans ces contrées ;] la con-
fidération extrême qu’elle s’étoit acquife dans toute l'Europe, & qui avoit
déja porté l'Empereur de Turquie à rechercher fon Alliance. Il s’étendit en-
fuite fur les raifons tirées en général des avantages mêmes du Commerce. Le
Roi ne pouvoit ignorer que c'étoit pour vous les Princes une fource conti-
nuelle de richeffes & de profpérités; que la puiffance d'un Etat croiffant à
mefure que les Sujets devenoient plus riches, il n’y avoit que le Commerce
qui pût augmenter leurs biens & leurs commodités ; & que pour rendre Ie
Commerce floriffant, il falloit recevoir & traiter favorablement les Etran-
gers; qu'à l'égard d’Achin en particulier, la fituation du Port étoit admi-
rable pour le Commerce de Bengale, de Java, des Moluques & de la Chi-
ne; que l'efpérance d’y vendre leurs marchandifes y améneroit bientôt tous
les Négocians de ces diverfes Régions; qu’en peu de tems le Roi d’Achin
verroit croître fes forces, & diminuer celles des Efpagnols & des Portugais :
que s’il avoit befoin d'Ouvriers & d’Artiftes , il pouvoit s’affürer d’en rece-
voir d'Angleterre, à la feule condition de leur faire recueillir quelque fruit
de leur voyage, & de leur laiffer la liberté de retourner dans leur Patrie,
Jorfqu’il feroit fatisfait de leurs fervices: qu'il trouveroit de même toutes for-
| tes
>p) Il étoit alors Roi de Portugal, & par
conféquent Maitre de leurs poficflions dansles
lides.
6 (g) Ceci fuit allufion aux
mariage du Roi Philippe IL avec la Reine F-
lizabeth, auxquelles ceile-cine voulut pas cour
icotir,
propofitions de
Les réponfes avoient été préparées comme 8 volo
L’
une ;
eurs
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d'ail
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ja donné ordre
1, & d'entrer
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lander aux deux
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me d'efprit &
h avoient pour
rt grave, mais
n Langue Ara.
nent. L'Amiral
eterre, & qui
la la liberté du
ondre directe-
ngager le Roi
idée, allégua
cette Princef-
p), qu'elle re-
de l'Inde ; [lar
it faites (4), de
trées ;] la con-
__ & qui avoit
Il s’étendit en-
Commerce. Le
fource conti-
tat Croiffant à
le Commerce
our rendre le
ent les Etran-
‘tt étoit admi-
& de la Chi-
it bientôt tous
: Roi d’'Achin
des Portugais :
rer d'en rece-
quelque fruit
leur Patrie,
ne toutes for-
tes
vec la Reine F-
ec voulut pas cour
14
parées comme
hi] & de fortie. 3°.
LA
æ
INDES ORIENTALES, Liv. IL Cnam k 13
tes de commodités & de fecours dans les Etats de la Reine, qui confentiroit
M volontiers à coutes fes prapolitions, lorfqu ciles n'auroient rien de conti aire
"à fon honneur, aux loix de fon Royaume, & à fes Traités avec les Princes
j ue RAL demanda de plus, que Île Roi fit défendre à tous fes Sujets par
une proclamation publique, de caufer le moindre trouble aux do C
eurs ufages & dans le cours des affaires. Cet article fut accordé fur le
hamp, avec fi peu de réferve, que malgré les Loix du Pays qui ne permet-
tent point aux Habitans de fortir pendant la nuit, il fut permis aux Anglois
d'aller nuit & jour fans aucun obftacle ; affüujettis feulement, lorfqu'ils fe-
roient rencontrés par la Juftice après une certaine heure, à fe voir conduire
chez leur Amiral, entre les mains duquel ils feroient remis.
0 En finiflant la Conférence , les deux Commiflaires Indiens demandérent
4 par écrit à l'Amiral un Mémoire des raifons qu'il leur avoit expofées X des
“privilèges qu'il demandoit au nom de la Reine. Ils lui promirent d en faire
Eur rapport au Roi des le même jour , & que la réponfe de ce Prince ne
* “feroi pas long-tems différée. Quelques jours fe pañférent. L’Amiral futin-
évité à voir un combat de cocqs, qui faifoit un des principaux amufemens
Mau Roi. Il prit cette occafion pour le fupplier par fon Interprète de nc pas
# faire craîner les affaires en longueur. Cinq ou fix jours après il reçut de fa
N propre main un Traité auquel il ne manquoit rien pour la forme. . Tous les
Ù articles du Mémoire avoient été copiés fort proprement par un Sécretaire,
| Le Roi les avoit revètus de fon autorité & de fon feing. En les remettant à
l'Amiral, il y joignit un compliment fort civil, & de nouveaux témoigna-
ges de fatisfaétion & d'amitié. Il feroit inutile de faire entrer ici la traduc-
À tion de cette piéce. Elle contenoit en fubftance, r°. que les Anglois joui-
æ voient dans le Royaume d'Achin d'une entière liberte pour leurs perfonnes ,
.h leurs biens & leur commerce. 2°, Qu'ils feroient éxempts des Droits d'encre
Que s'il arrivoit à leurs Flottes quelque accident qui les mît
en danger, ils feroient fecourus, eux & leurs marchandifés, par les Vaiffeaux
du Pays. 4°. Qu'en cas de mort, ils auroient la liberté de difpofer de leurs
biens & de leurs effets par un ‘Feftament. 5°. Qu'ils éxerceroient la Jufti-
ce, fuivant leurs Ufages, fur les Criminels de leur Nation, 6e. Qu'on re-
cevroit leurs plaintes, & qu'on leur accorderoit fatisfaétion , lorfqu'ils fe-
% roient offenfés par les Ilabitans du Pays. 7°. Qu'on ne metiroit jamais de prix
forcé à leurs marchandiits. 8. Enfin, qu'ils jouiroient perpétuellement de la
liberté de confcience.
Les Faéteurs Anglois commencèrent auffi-tôt à raflembler du poivre pour
la cargaifon: mais la ftérilité de l'année précedente l’avoit rendu fort rare,
Ayant appris de quelques Habitans qu’il s’en trouvoit d'avantage dans un Port
nummé l’riaman, à cent cinquante lieuës d’Achin, vers le Sud de l'Ifle, ils
y envoyèrent la Suzane, un de leurs moindres Vaifleaux , commandé par le
Capitaine Middieton. Ii: avoient trouvé beaucoup à rabattre aux. promef-
fes de Davis, leur premier Pilote, qui les avoit aflürés en partant de Lon-
dres que le quintal de poivre ne leur reviendroit qu'a quatre réaux d'Efpa-
gne. Ils le payoient prefque vingt. Cette erreur jetta l'Amiral dans un
grand embarras, Ses marchandifes & les fommes qu'il avoit apportées ne pa-
roillant pas füuffire pour rendre fa cargaifon complette , il confidéroit com-
bien
4
Laxcasren,
1602.
. Demandes
de l'Amiral
Anglois.
Traité con.
firmé par le
Roi d'Achiu,
Exercice du
commerce &
fes diMicultés.
LanNcasTer.
1602.
Artifice des
Portugais, qui
leur réuilit
mal,
Efpion des
Portugais, &
fes entrepri-
fes.
L'Amiral Ar-
glois pénétre
les vûües de
l'Efpion.
LS
14 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
bien il lui feroit difficile de conferver à fa Nation une certaine eftime qui eft
le fondement du Commerce, & quel défagrément ce feroit pour lui de re-
tourner prefqu'a vuide. D'un autre côté, il avoit à combattre les intrigues
d'un Ambaffadeur Portugais , qui étoit depuis quelque tems à la Cour d'A:
chin, & qui n’y demeuroit vrai-femblablement que pour obferver fes démar-
ches. Ce n'eft pas qu’il y fût regardé de fort bon œil. Il avoit demandé
au Roi dans fa dernière Audience, la permiflion, non-feulement d'établir un
Comptoir de fa Nation, mais encore de bâtir un Fort à l'entrée du Port,
fous prétexte que la Ville étant forc fujette aux incendies, les Portugais au-
roient befoin d'une retraite pour y mettre leurs marchandifes à couvert, Le
Roi, pénétrant fon artifice , lui avoit répondu : ,, Votre Maître penfe-t'il
»» à marier une de fes filles avec mon fils, lorfqu'il marque tant d'inquiétude
pour la confervation de ma Ville capitale ? Dites-lui qu'il n'a pes befoin
pour cela d’un Fort, & que je donnerai à fes gens pour leur Comptoir une
bonne maifon à deux lieuës de ma Ville, où ils n'auront à craindre ni le
» feu, ni leurs Ennemis, fous ma protcétion. ,, L'Ambañadeur s'étoit retiré
fort mécontent, & le Roi s’étoit fait un amufement du chagrin qu'il lui avoit
caufé par fa réponfe.
(r) IL arriva, quelque tems aprés, dans le Port, un Vaiffeau Portugais
chargé de ris. Il venoitde Sengale. Le Capitaine fe lcgea chez l’Ambaffadeur
de fa Nation. Entre les gens de fon Equipage, il y avoit plufñeurs Indiens
ui éxerçoient aufli un commerce proportionné à leur état, füuivant l’ufage
e ces Régions, où tout le monde fe pique de la qualité de Marchand. Il
s’en préfenta un chez l’Amiral Anglois, avec des poules qu'il offroit à ven-
dre. L’Amiral ne douta point que cc ne fût un efpion des Portugais. Il
acheta fes poules & les paya libéralement. Enfüuite, prenant occafon de fon
trafic pour le faire parler , il lui marqua quelque regret de voir un homme
d’une figure telle que la fienne, avili par un emploi qui lui convenoit fi peu.
L'Autcur, en rapportant cette converfation, prend foin d'avertir que le récit
eft précicux par fa fidelité.
L'IND1EN répondit: Je fers ce Capitaine Portugais, fans fçavoir fi je
fuis libre ou efclave, quoique je fois né de condition libre : car il y a fi long-
tems que je le fers qu'il s’eft accoutumé à me regarder comme un bien qui
cft à lui; & les gens de cette Nation font fi puiflans qu'on ne peut rien
leur difputer.
S1 tu connois le prix de Ja liberté, lui dit l’Amiral, il eft certain que tu
parois digne de l'obtenir. Que ferois-tu pour quelqu'un qui te l’offriroit, &
qui t'épargneroit, la peine d'avoir là-deflus des difputes avec ton Maître ?
Ma liberté, repliqua l'Indien, me feroit plus chère que ma vie, & j'expo-
ferois hardiment ma vie pour celui qui me donneroit la liberté. Mettez-moi
là-deffus à l'épreuve, & vous verrez que je vous tiendrai parole.
Ex bien, reprit l'Amiral, tu me fais naître l'envie d’éprouver effeétive-
ment fi tu parles de bonne-foi, J'ai une queftion à te faire. Que dit l’Am-
baffadeur Portugais de moi & de ma Flotte, & qu’elles. font ici fes vûes ?
[L vous obferve continuellement, répondit l’indien, fans que vous puif-
fiez vous appercevoir qu'il vous regarde. Il a pour efpion autour de ee
Flotte
LE]
LE]
LE
Cr) Ici commence la 4e, Section dans l'Original. R. d. FE.
Bucrre
foient a
Md'appre
de ce d
*
UX
eftime qui ef
our lui de re-
e les intrigues
_Ja Cour d'A:
ver fes démar-
ivoit demandé
nt d'établir un
rée du Port,
Portugais au-
couvert, Le
tre penfe-t'il
t d'inquiétude
l'a pes befoin
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raindre ni le
s'étoit retiré
| qu'il lui avoit
eau Portugais
Ambaffadeur
feurs Indiens
aivant l’ufage
farchand. Il
)ffroit à ven-
Portugais. Il
ccafon de fon
r un homme
renoit fi peu.
tir que le récit
fçavoir fi je
il y afilong-
un bien qui
e peut rien
rtain que tu
l’'offriroit, &
on Maître ?
e, & j CXpo-
Mettez-moi
cr effeétive-
ue dit l’Am-
es vûes ?
vous puif-
1 de votre
Flotte
4
Le
D
L;
K
Minais le nombre & le calibre de votre artillerie jufqu’à la moindre piéce. Il
INDES ORIENTALES, Liv. IL Cuar. I. 15
h lotte, un Chinois, qui s’eft familiarifé avea vos gens. Il a fait tirer le plan
Mie tous vos Vaifleaux. Il connoît non-feulement leur forme & leur grofeur,
Mçait combien vous avez de Matelots, ceux qui fe portent bien & ceux qui
fonc infirmes. Il trouve que vos Vaifleaux font forts & bien équipés; mais
ü eft perfuadé qu'ayant un grand nombre de malades, vous nétes point à
puvert d'une furprile, ou même d'une attaque ouverte par des forces iné-
ocres ; & dans cette idée, il doit envoyer fes plans à Malaca, pour enga-
er le Gouverneur à vous caufer de l'embarras à vorcre départ.
L'AmtraL luidit, en affeétant de rire, ton Amballadeur n'eft pas fi ridi-
ule que tu le repréfentes; car il fçait affez que je crains peu les forces de
Nation dans cette Mer. Il veut te faire croire, à toi & à ceux qui l'é-
utent, que les Portugais font aufli redoutables qu'ils fouhaiteroient de l'e-
e. Va, fois tranquille pour ma Flotte, Mais viens m'apprendre néanmoins
ns quelques jours fi l'Ambafñfadeur a fait partir fes plans ; & quoique je
en embarrafle fort peu, je te promets la liberté , pour récompenfer tes
nnes intentions,
CL'Inoien partit fort fatisfait. Cette occafion parut fi fingulière à l'Amiral,
que ne balançant point à la faifir, il fe promit de faire tourner la trahifon
ntre ceux qui avoient voulu l'employer. Son cipérance ne fut pas trompée.
Tout ce que l'Ambañfadeur faifoit pendant le jour , lui étoit rapporté le foir
@u le jour fuivant. L’Indien étoit un Traître éxercé, hardi, fubtil, capable
de tromper également & l'Ambafladeur Portugais, & les Anglois de la fuite
Me l'Amiral; le premier, en le repaiffant de faufles nouvelles, pour lef-
Quclles il étoit récompenfé ; ceux-ci en feignant de ne venir fi fouvent dans
@ur Cmptoir que pour les entretenir dans la difpofition d'acheter fes pou-
, &les conjurant même de garder le filen:e fur un commerce par lequel
Mbfembloit craindre de déplaire à fes Maîtres. L’Amiral étoit le feul avec
“quel il fit un rôle fincère; encore affcétoit-il de lui parler d'un air fimple,
Witendant toûjours qu'il fût interrogé, comme s’il n'eût fait que répondre à
Mes queftions. Ce détail étoit néceflaire, non-feulement pour expliquer com-
ent l'Amiral fe défendit contre les mauvais offices des Portugais, mais encore
four faire connoître le caraétère des Indiens, qui eft naturellement artifi-
eux & trompeur.
MLe Roi faïoit appeller fouvent l'Amiral pour s’entretenir ou pour boire
avec lui. Un jour, il lui parla d’un Ambaffadeur que le Roi de Siam lui
avoit Envoyé, pour lui propofer la conquête de Malaca. L’Ifle de Sumatra
eft capable d'armer un grand nombre de Galères, quand le tems ne lui man-
que point pour fes préparatifs; & le Roi de Siam fafoit demander à celui
@'Achin quelles forces il vouloit joindre aux fiennes. L’Amiral ne manqua
point de feconder les difpofitions qu'il voyoit à ce Prince pour déclarer la
Guerre aux Efpagnols. Il lui repréfenta la hauteur avec laquelle ils fe condui-
. oient au milieu de fa Cour, & le droit qu'ils s’attribuoïient de mettre tous les
Rois Indiens dans leur dépendance. Il les traita d'Ennemis publics de la liberté
& du Commerce. Enfin, n'épargnant rien pour rendre le change à leur Am-
bañadeur, il ne fit pas difficulté d'affürer qu'il n’écoit qu'un Eipion, chargé
d'approfondir les forces & les fecrets de la Cour d'Achin. Le Roi furpris
de ce difcours, voulut fçavoir quel en étoit le fondement, Alors s'ouvrant
fur
LANCASTER,
1602.
Réponie qu'il
Lai fuit,
Perfidie des
Indiens.
Les Anglois
rendent un
fort mauvais
Oilice aux
Portugais.
LancasTen,
16002,
© Artifiee de
leur Amiral,
Deux Portu-
gais arrotes
avec leurs pa-
picrs.
Chagrin des
Portugais; ils
veulent quit-
ter Achin,
leur départ
cft retardé.
16 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fur tout ce qu'il avoit appris de fon Indien, il en conclut que les Efpions de
l'Ambañfadeur n'obfervoient pas moins le Roi que les Anglois. Quoique
cette preuve n'eut point la force d'une démonflration , elle fuffoit pour ai-
grir un Prince foupçonneux. Il répondit qu'il connoifoit les Efpagnols pour
fes Ennemis, & qu'il leur rendoit leur haine au double; maïs qu'il appre
hendoit peu les forces qu'ils avoient à Malaca. L'Amiral, fatisfait de le
voir irrité, réfolut d'employer une ruft innocente, pour foûtenir tout à la
fois fa réputation &' fe garantir des périls qui menaçoient la Flotte Angloife
à fon départ. Il dit au Roi que ce qui l'inquiétoit dans les deffeins de l'Am-
bafideur Portugais n'étoit pas la crainte d'être attaqué par les Vaifleaux de :
Malaca, mais celle au contraire de ne les pas rencontrer dans fa courfe, par-
ce qu'infailliblement les plans & les avis qu'ils devoient recevoir de leur Am-
baladeur, ou plûtôt de leur Efpion, leur ôteroient la hardieffe de venir à fa
rencontre; que dans le defir de les rencontrer, & dans la certitude de les
battre, il prioit fa Majefté de faire arrêcer deux domeitiques de l'Ambaila-
deur , qui devoient partir dans trois jours avec fes avis & fes plans. Outre
l'effet qu'il paroïfloit defirer , il fit entendre encore au Roi, qu’en fe faififfant
des Meflagers de l'Ambafadeur , il ne manqueroit point de tirer quelques
nouvelles lumières de leur bouche ou de leurs Lettres.
CETTE contremine fut pouffée avec tant de foin & d'adreffe, que l’A-
wiral informé par fon Efpion du départ des deux Meflagers, en apprit au
Roi le tems & les circonftances. Ils s’étoient rendus dans un Port, à vingt-
cinq lieuës d'Achin; & payant leur paflage fur le premier Vaifleau qui mità
la voile, ilss'y embarquèrent en qualité de Marchands étrangers. Mais, fur
l'ordre fecret du Roi, une Frégate, qui fut envoyée après eux, arrêta leur
Bâtiment prefqu'a la fortie du Port. Les Officiers d'Achin feignirent de
vouloir éxaininer fi les marchandifes avoient fatisfait aux droits du Prin-
ce. Ils découvrirent les deux Portugais en montant à bord. Ils affectérent
de la furprife, & leur demanderent qui ils étoient, d’où ils étoient venus,
quel étoit leur deffein & le motif de leur voyage. Toutes ces queftions les
ayant troublés, en vain répondirent-ils qu'ils venoient d'Achin & qu'ils ap-
partenoient à l’Ambañladeur Portugais. On feignit de reconnoître à leur
trouble qu'ils étoient des fcélérats, qui prenoient la fuite après avoir vo-
lé leur Maître, Le principal Officer fe fait d'eux, & fe chargea de les
remettre à l'Ambafladeur. Mais fous prétexte de vérifier leur vol, on
leur enleva leurs plans & leurs Lettres. Ils furent en effet renvoyés à
l'Amboaffadeur, fur une nouvelle réflexion de l'Amiral, [ qui crut cette voyc:
plus fûre pour déguifer fon artifice, & qui trouva le moyen de la faire goû-
ter au Roi.
QUELQUE jugement que l'Amhafadeur pât porter de cette avanture, il
n'eut aucun prétexte pour faire éclater fes plaintes, fur-tout lorfqu’enlui pré-
fentant fes deux domeftiques avec tous leurs effets, on affeéta de faire va-
loir le fervice qu'on lui avoit rendu. 11 fe difpenfa même de réclamer fes
plans & fes Lettres; ce qui fit juger à l’Amiral qu'ayant quelque foupçon de la
vérité, il ne vouloit pas s’expofer à des railleries plus humiliantes que l’ou-
trage. L’Auteur ne nous apprend point ce que contenoient fes Lettres.]
Mais le chagrin de voir manquer fon projet par cette voye, lui fit prendre
la réfolution de partir lui-même , pour fuppléèr apparemment à l'intercep-
tion
Li:
“réfolu
J'obli
Ÿ
“de le
LL
à Roi d’
. quelqu
qu'ils
toutes
U X
: les Efpions de
lois. Quoique
ifhfoit pour ai-
Efpagnols pour
is quil appre
fatisfait de le
renir tout à la
Flotte Angloife
Teins de l'Am-
s Vaifleaux de :
fa courfe, par-
oir de leur Am-
le de venir à fa
certitude de Îles
de l'Ambafla-
es plans. Outre
u’en fe faififfant
tirer quelques
‘ee, que l'A-
, en apprit au
a Port, a vingt-
iffeau qui mità
ers. Mais, fur
ix, arrêta leur
feignirent de
roits du Prin-
Ils affectérent
‘toient venus ,
>s queftions les
n & qu'ils ap-
nnoître à leur
près avoir vo-
hargea de les
leur vol, on
t renvoyés à
rut CCtte VOyC:
e la faire goû-
e avanture, il
rfqu’enlui pré-
h de faire va-
k réclamer fes
foupçon de la
antes que l’ou-
fes Lettres.]
ui fit prendre
t à l'interccp-
tion
INDES ORIENTALES, Liv. IL Cup, I.
Urion de fes Meflagers. L'Amiral, qui fut informé de ce nouveau deffein,
“réfolut encore d'en arrêter l'éxécution. Il repréfenta au Roi que la faifon
“obligeant de fe remettre en mer avec fa Flotte , il alloit perdre tout le fruit
de leur rufe commune, fi l'Ambaffadeur partoit avant lui. 11 le preflà de fai-
re naître quelque raifon, qui fufpendît feulement le 7 ah des Portugais pen-
dant dix jours. Cette. ropofition n'étoit pas fans difficulté , parce que le
Leflentiment de l’Ambaffadeur Ini ayant fait abréger les formalités , il avoit
éjà pris congé du Roi & fait fes adieux à toute la Cour. Cependant l’en-
ie d’obliger l'Amiral, ou, fi l'on veut, la paflion de nuire aux Portugais,
n lui donnant l’occafion de les battre, fur laquelle il ne ceffoit pas de tenir
e même langage, porta ce Prince à fuppofer quelques fujets de plaintes con-
re les Matelots de l'Ambafladeur. Avant que cette accufation fût éclaircie,
es Anglois eurent le tems de mettre ordre à leurs affaires.
Iz ne reftoit à l’Amiral qu'à prendre congé du Roi, parce que dans l'em-
arras où je l'ai repréfenté pour fa cargaifon , il s’étoic déterminé à laiffer
derrière lui quelques-uns de fes principaux Faéteurs, fous prétexte que le
Boivre étant fi rare, ils prendroient foin d'en ramaliler jufqu'au retour de la
lotte. D'ailleurs, de fes quatre Vaiffeaux , il n’y avoit que l’Afcenfion qui
ne fut point allez chargé pour quitter le Port avec honneur. [Lorfqu'il prit
ongé,le Roi lui recommanda de ne pas revenir fans lui amener quelque jolie
Portugaife.] Un Bâtiment Hollandois qui étoit arrivé depuis peu, fous le
Commandement du Capitaine Spilerge, & que la rareté ou la cherté du poi-
dvre avoit mis, comme les Anglois, dans la néceflité de partir fans achever
fa cargaifon , s’offrit à les accompagner. [L'Amiral accepta fi volontiers
Weette offre, que pour l’affermir dans fa réfolution , il lui céda la huitième
Mbartie de fes marchandifes. Enfin la veille de fon départ il préfenta au Roi
Mefieurs Starkey & Styles, deux honnêtes Facteurs qu'il laifloit fous la pro-
%ection de ce Prince ; & s'étant confirmé dans l'opinion de fa bonne-foi
Dar les nouveaux témoignages qu’il en reçut, il mit à la voile le r1 de Sep-
ON a fçû dans la fuite que le Roi foûtenant la diflimulation, continua de
%etarder l'Ambafladeur Portugais, malgré l'empreflement qu'il avoit de par-
ir. Un'jour, embarrafté de fes inftances , il lui dit qu'il s’étonnoit de lui
oir cette ardeur pour fe mettre en mer, tandis que les Anglois, quine pou-
Voicnt étre fort éloignés, l’attendoient peut-être à fon paffage & ne pouvoient
Manquer avec des forces fupérieures , de lui faire courir un grand danger.
L’'Ambalïadeur répondit qu'il les craignoit peu, parce que fa Frégate étoit fi
Jégère, que s’il pouvoit gagner le devant fur eux, feulement de fa longueur,
nil les défioit avec tous leurs efforts de pouvoir jamais la joindre. Eh bien, lui
dit le Roi, je vous laïffe donc partir d'autant plus volontiers, que je n'aurai
“rien à craindre pour votre füreté. En effet il lui en accorda la liberté ; mais
Ki y avoit déja vingt-quatre jours que les Anglois avoient mis.à la voile. Ils
‘inavoient pà recevoir une marque plus fignalée des favorables difpofitions du
, Roi d'Achin; car la Frégate Portugaife étoit fi bonne, qu’en partant même
quelques jours après eux, elle eût été capable de fe rendre à Malaca, avant
… qu'ils euffent gagné les Détroits, & de faire fortir par conféquent de ce Port
. toutes les forces des Portugais pour leur couper le paflage ; au lieu que
… perfonne n'y étant informé de leur approche, ils relâchèrent tranguille-
IL. Part. ment
17
Lancasrzn,
1602.
Départ des
Angiois.
Bravade des
Portugais,
LANCASTER,
1602.
Les Anglois
s'arrêtent près
de Malaca,
Ils prennent
un Vaifleau,
ls retour-
nent à Achin,
18 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ment à vingt-cinq lieuës de la Ville fans qu'elle en cût la moindre con.
noiffance.
Le 3 d'Oétobre, étant entrés dans les Détroits de Malaca, ils découvri-
rent un Vaifleau vers l'entrée de la nuit. L'ordre fut donné auili-tôt pour s'affü.
rer de cette proye. Ils fe féparèrent l’un de l’autre à la diftance d’un mille,
dans la crainte qu'elle ne proticât des ténèbres pour trouver un pañlage. Elle
tomba près l'Heëtor , qui la falua brufquement d'une volée de canon. Les
autres Vaifleaux s'étant raffemblés autour d'elle , on continua quelque tems
le feu de l'artillerie; mais la crainte de la couler à fond fit prendre le parti
d'interrompre le combat jufqu'au jour. A peine commençoit-il à paroître que
le Capitaine fe mit dans fa Chaloupe avec quelques gens de fon bord, & vint
fe rendre volontairement. Il étoit parti de Saint-Thomas, dans la Baye de
Bengale, pour tranfporter des marchandifes & quantité de Paffagers à Ma-
laca. Il avoit à bord plus de fix cens perfonnes des deux féxes & de tou-
tes fortes de conditions. Son port étoit de neuf cens tonneaux. L'Amiral
fic paller fur fa l'lotte ce qu'il avoit de plus précieux. C'étoient de riches
étoffes, de la porcelaine, des perles & d'autres pierreries. Le ris & tou-
tes les marchandifes groffières, furent négligées. 11 fallut beaucoup de fer-
meté, & les plus rigoureufes ordonnances , pour empêcher le pillage. L’A-
miral laiffa fa prife fur fes ancres, fans avoir fait la moindre infulte aux
Paffagers.
UN butin fi riche le mettant en état, non-feulement de rendre fa cargai-
fon complette au Port d'Achin, mais de faire honneur à la Nation Angloi-
fe en y reparoiffant avec les fruits de fa viétoire, il ne balança point à pren-
dre la réfolution d'y retourner, [Son efpé:ance étoit encore de rencontrer 4
l'Ambaffadeur Portugais, & de lui faire payer fort cher toutes les marques
qu’il avoir reçu de fa haine. Il fut privé de cette dernière fatisfaétion.]
Mais le vent lui fut fi favorable qu'il rentra le vingt-quatre d'Oétobre dans le
Port d'Achin. [Dans la route il craignit d'être fubmergé par un Torrent jt
d’eau , qui tomba fort près de lui. Ces fortes de pluies tombent, non
goute à goute, mais comme une feule mañle, & cela avec tant d'impétuofi-
té, que fi elles rencontrent un Vaifleau, elles peuvent le couler à fond en
un inftant. Elles durent quelques fois plus d’un quart d’heure, & elles frap-
pent la Mer avec une telle force qu’elles la font écumer.]
(s) Les deux Faéteurs Anglois, agréablement furpris de fon retour , fe
préfentèrent fur le rivage pour le recevoir. Il y defcendit fans attendre la.
permiflion du Roi, fur-tout lorfqu’il eut appris avec combien de bonté ce
Prince n’avoit pas ceflé de protéger le Comptoir , & de favorifer les Fac-
teurs. Dans l'abondance des richeffes qu’il venoit d’acquerir par les armes,
il fe crut obligé de lui faire un préfent confidérable. Cette galanterie fut
reçue avec tant de reconnoiffance, qu'après avoir beaucoup loué la valeur
des Anglois, le Roi offrit à l’Amiral le choix de tout ce qui pouvoit lui plai-
re dans fes Etats. Le il lui dit en riant, qu'il avoit sublié la commiflion jé
la plus importante dont il l’eut chargé, c’étoit de ‘ui amener une jolie Por-
tugaife. L'Amiral répondit qu'il n'en avoit vû aucune qui méritât de lui ê-
tre
(s) Ici commence la se, Se@ion. KR, d. E.
dans |
moin:
* charg
U X
moindre con:
, ils découvri-
tôt pour s'affà. |
ice d’un mille,
paflage. Elle
: Canon. Les
quelque tems
rendre le parti
à paroître que
n bord, & vint
ns la Baye de
Tagers à Ma-
es & de tou-
x, L'Amiral
ent de riches
Le ris & tou-
aucoup de fer-
pillage. L'A-
re infulte aux
dre fa cargai-
ation Angloi-
point à pren-
de rencontrer x
s les marques
fatisfaétion. ]
Jétobre dans le
un Torrent}
bmbent, non
t d'impétuofi-
er à fond en
, & elles frap-
on retour , fe
s attendre la.
de bonté ce
ifer les Fac-
ar les armes,
galanterie fut
ué la valeur
uvoit lui plai-
a commiilion f#
e jolie Por-
tât de lui é-
tré
NAN ES,
k INDES ORIENTALES, Liv. II. Car. L 19
| éfentée.] La feule faveur qui pôt flatter des Marchands, étoit de pou-
Fe? pe, % Dons de he de canelle & de girofle. Mais: il étoit fi
vrai que l'année avoit été ftérile, qu’en joignant à tout ce que la Flotte avoit
emporté, ce que les Faéteurs avoient recueilli depuis fon départ, on ne put
faire une cargaifon complette. L'Amiral réfolut de fe rendre à Bantam dans l'Ile
de Java, où il avoit appris que ces marchandifes étoient en abondance & à
eilleur marché. 11 communiqua fon deffein au Roi, qui ne put le défavouèr.
ans une longue conférence qu'il eut avec lui, ce Prince lui remit une Let-
een Arabe pour la Reine d'Angleterre, avec un riche préfent. [On en peut
nclure que le premier départ de l'Amiral avoit été fimulé, & qu'il n'avoit
Mhit voile vers Malaca que pour y chercher l’occafon qu'il en avoit trouvée
d'enlever quelque Bâtiment aux Portugais ; fans quoi l'on ne concevroit point
Bourquoi la Lettre & les préfens auroient été remis à fon retour.] Le Roi
@'Achin envoyoit à la Reine Elifabeth trois piéces de drap d'or curieufement
aie , avec un gros rubis enchaffé à la mode du Levant. Il fit préfent
fi d’un fort beau rubis à l'Amiral. En recevant fes derniers adieux, il lui
manda fi l'on avoit en Angleterre les Pfeaumes du Roi David, ,, Oui, ré-
pondit l'Amiral; & nous les chantons tous les jours. Je veux donc , re-
ÿ prit le Roi, en chanter un pour la profpérité de votre voyage avec ces
; Nobles qui font autour de moi. ,, La deflus, il entonna un Pfeaume, &
s Seigneurs de fa Cour le chantèrent avec lui fort folemnellement. Aprés
voir fi, il fit connoître à l’Amiral qu’il lui feroit plaifir d’en chanter un, füi-
ant l’ufage de l'Angleterre, avec les gens de fa fuite. Les Anglois du cor-
e, étoient au nombre de douze , qui fe mirent aufli à chanter avec l'Ami-
FL Enfin les careffes & la bonne-foi du Roi d’Achin fe foûtinrent fi conf-
mment , qu'on en peut tirer une confirmation pour le doute que j'ai mar-
Qué fur fa querelle avec les Hollandois.] 2
% L'Amtraz partit d'Achin le neuf de Novembre. Deux jours après, il dé-
êcha l'Aféenfion en Angleterre, avec des Lettres; & tournant le dos à cc
âtiment, qui prit vers le Cap de Bonne - Efpérance, il fuivit les.Côtes de
umatra pour ferendre à Bantam. Dans fa courfe , il tomba pendant la nuit
ventre certaines Ifles, qui lui caufèrent d'autant pu d’embarras qu’il s’y trou-
voit engagé fans s'en être apperçu. Les bas-fo |
ées le mirent plufieurs fois en danger. Ayant pañlé la Ligne pour la troi-
Mme fois depuis fon départ de l’Europe, il arriva au Port de Priaman, où la
janne avoit déja fait une partie de fa cargaifon. Le hazard fit qu'à fon
arrivée il s’y trouva du poivre pour l’achever. Comme il n’en croît point
“aux environs de ce Port, les Habitans en avoient fait venir une nouvelle
*provifion d'un lieu plus éloigné dans les terres, qui fe nomme Manangcabo.
Mais le Canton de Priaman porte de la poudre d'or, qui fe trouve mêlée
dans le fable de plufieurs Rivières. L'air y eft d’ailleurs excellent, quoiqu'a
4 moins de quinze minutes de la Ligne. L’Amiral fe voyant offrir de quoi
? charger entièrement la Sufanne, prit le parti de faifir l’occafion, & de ren-
voyer encore ce Bâtiment en Angleterre.
Ox étoit au 4 de Décembre, lorfqu'il remit à la voile pour Bantam. Il
s’engagea le 15 dans les Détroits de la Sonde , où il mouilla l'ancre fous une
Ifle nommée Poln Panfa, à trois lieuës de cette Ville. Le lendemain étant
entré dans la Rade de Bantam, il y fit connoître fon arrivée par une dé-
charge
C 2 ‘
LANCASTER,
1602.
Intelligence
des Anglois &
du Roi d'A-
chin contre lc:
Portugais,
Le Roi fait
chanter des
Pfeaumes aux
Anglois.
nds dont elles font environ-
LANCASTER,
1602.
Les An-
glois arrivent
à Bantam dans
l'Ifle de Java],
y! Leur Ré-
ception à la
Cour du Roi].
1603.
> [Commer-
ce des Anglois
établi à Ban-
tan].
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
charge de fon artillerie, telle que les Habitans n'en avoient jamais entendu,
Le 17, il envoya le Capitaine Middleton dans une Chaloupe, pour décla.
rer au Roi qu'il étoit venu avec des Lettres de la Reine d'Angleterre, &
qu'il lui demandoit la permiffion de defcendre dans fes Etats pour les lui
préfenter. On répondit à Middleton que les Anglois feroient reçus volon-
tiers; & fans éxiger d'autres explications, un Seigneur Indien fe rendit à
bord avec lui, pour inviter au nom du Roi l'Amiral à defcendre librement.
Le Roi étoit un enfant de dix ou onze ans, [qui ne laifloit pas de gouver-
ner, avec le fecours d'un Confeil. impatience qu'il eut de voir les An lois”
lui fit abréger les formalités de l'Audience; & l'Amiral que fon caractère
rendoit fupérieur à toutes fortes de craintes, ne fit pas difficulté de fe laiffer
conduire fans précautions. ]
IL trouva le jeune Monarque aflis dans un cabinet, dont la forme étoit
ronde , avec feize ou dix-huit Seigneurs qui l'environnoient à quelque dis-
tance, Après une courte harangue, à laquelle ce Prince fit une réponfe
gracicufe , il lui préfenta les Lettres de la Reine. Il avoit fait apporter di-
vers préfens, qu'il y joignit aufli-tôt, & qui furent reçus avec les mar-
ques d'une vive fatisfaction. Le Roi fe les fit apporter fucceflivernent, &
prit long-tems plaifir à les confidérer. Enfüite, aflürant l'Amiral de fon
amitié & de fa proteétion, il le remit, pour l'explication des affaires, entre
les mains d'un Seigneur de l'Affemblée, qui étoit le Chef de fon Confeil.
ON fit pañler l'Amiral dans un autre appartement, où fa conférence dura
près de deux heures avec ce grave Indien. Elle finit par de nouvelles afüran-
ces de proteétion au nom du Roi, & par la pérmiflion d'acheter ou de vendre
toutes fortes de marchandifes dans les Etats de ce Prince, L'Amiral demanda
la liberté de choifir une maifon commode. Elle lui fut accordée, & dans
l'efpace de ueux jours les Faéteurs Anglois fe trouvérent en état de com-
mencer leur vente. Mais un Seigneur de la Cour vint avertir l’Amiral que
l'ufage du Pays étoit de fournir le Roi avant fes fujets. Cette préférence pa-
rüt d'autant plus jufte aux Anglois, qu'on les aflüra que leurs marchandifes
feroient vendues plus cher à la Cour qu'aux Particuliers.
Lorsque le Roi fut fatisfait, les Faéteurs commencèrent publiquement
leur vente. La preffe y fut fi grande, qu’en moins de cinq femaines ils firent
de quoi fuppléer abondamment à la cargaifon des deux Vaifleaux, Le poivre
qu'ils avoient acquis dans cet intervalle, montoitdeja à deux-cens foixante-
feize facs, chacun de foixante-deux livres de poids, au prix de cinq réaux
& demi de huit ; chaque réale revenant à quatre fchellings & demi d'Angleter-
20
avr
gourf e
re. On n’y comprend point les droits de l'ancrage & de la Douanne ; car par I
par une convention particulière avec le Scha Bandar, c’eft-à-dire, le prin- J'Ami
cipal Officier du Port, on devoit payer pour l’ancrage des deux Bâtimens, pmpol
uinze-cens réaux de huit; & pour les droits de la Douanne, une réale par une fe
ac. Quoique les Habitans de l'Ifle de Java paflent pour une Nation inquié- dau n
te & livrée au vol, le commerce s’éxerça fort paifiblement. Sur une ou deux on
infultes que les Anglois avoient reçues d'abord , l’Amiral fut autorifé par le Eu qui
Roi à faire main-bafle fur tous ceux qui s’approcheroicnt de fa maïfon pen- le jett
dant la nuit. Quelques éxemples de févérité devinrent un frein pour les plus j
indociles ; & l'on continua feulement de faire une garde éxaéte aux.environs 4: (t).
da Comptoir. # R d. ]
À 4
+
K
UXx
amais entendu,
e, pour décla-
ngleterre , &
s pour les lui
t reçus volon-
en fe rendit à
dre librement,
as de gouver-,
oir les Anglois
> fon carattère
ilté de fe laifler
Ja forme étoit
à quelque dis-
it une réponfe
it apporter di-
avec Îles mar-
ffivenent, &
Amiral de fon
affaires, entre
n Confeil.
nférence dura
velles affüran-
r ou de vendre
miral demanda
dée, & dans
état de: com-
l’Amiral que
préférence pa-
s marchandifes
publiquement
aines ils firent
x. Le poivre
ens foixante-
C cinq réaux
ai d'Angleter-
ouanne ; Car
lire, le prin-
ix Bâtimens,
ine réale par
ation inquié-
rune ou deux
torifé par Île
maifon pen-
pour les plus
aux, environs
À
“
n,
‘2
INDES ORIENTALES, Liv. II. Cnar, I. 21
i
” A mefüure qu'on achetoit le poivre, l'Amiral avoit ordonné qu'il fût tranf
orté à bord; de forte que le 10 de Février 1605, la cargaifon fut achevée;
la Flotte prêce à partir. Mais le Capitaine Middleton tomba malade fur
Vaiffeau qu'il commandoit, L'Amiral ayant établi pour régle que l'un. ou
Hautre feroit coûjours à bord, fe hâta d'y retourner. 11 le trouva beaucoup
plus mal, qu'on ne le craignoit d'une attaque fi récente. L expérience qu'il
oit de la nature du climat lui fit juger cout d'un coup qu'une fiévre violen-
, accompagnée d'une furieufe oppreffion de poitrine, ne laifferoit pas vi-
e long-tems fon Collegue. En effet Middleton, qui fe croyoit encore au-
nt de force que de courage, ne laiffa pas de mourir le lendemain,
Carre perte fut une nouvelle raifon de hâter le départ. Cependant l'A-
iral ne voulut point retourner en Europe, fans s'être établi quelque rela-
on aux Ifles Moluques. Il fit charger fa Pinafle, qui étoit d'environ qua-
nte tonneaux, d’une quantité de marchandifes choifies, & la confiant à
uze de fes Anglois, il l'envoyaaux Moluques, pour y jetter les fondemens
commerce jufqu'à fon retour. 11 laiffa aufli à Bantam, trois Faéteurs , auf-
els i! donna pour Chef M. William Starkey, avec la commifion de vendre
For marchandifes qui reftoient à terre, & de tenir des épices pour une au-
e cargaifon. Enfüite il prit congé du Roi, qui lui remit une Lettre pour la
Reine d'Angleterre, & quelques belles piéces de Bézoar. Le préfent qu'il
geçut pour lui-même fut un beau poignard de Java, avec quelques pierre-
jes &, qu'il eftima beaucoup moins que les diftinétions dont elles furent
ccompagnées.
(u) Tous les Anglois de la Flotte s'étant retirés à bord le 20 de Février,
s deux Vaifleaux. faluérent l'Ifle de Java d'une décharge de leur Artillerie,
#% mirent fur le champ à la voile. Ils employérent les deux jours fuivans à
Gaverfer le Sond. Le 24, ils perdirent la vûe des Ifles, & dirigeant leur
gourfe au Sud-Oucft, ils fe trouvèrent dés le 28 au huitiéme degré quarante
inutes du Sud. Le Dimanche 13 de Mars, ils paflérent le Tropique du Ca-
7 Se
Dricorne, en tenant toûjours la même courfe. Le 14 d'Avril, fe trouvant à
..
ente-quatre degrés, ils jugèrent qu'ils avoient l’Ifle de Madagafcar au Nord.
€ 28, ils eurent à combattre une furieufe tempête, qui les força pendant
ingt-quatre heures de s’abandonner aux flots, fans faire aucun ufage de leurs
oilcs. RATER ils ne reçurent aucun dommage qui ne püût étre réparé
r leurs foins, à la réferve de quelques voies d'eau auxquelles il fallut remé
er par un travail continue] pendant tout le refte du voyage.
Mais la tranquillité qui fuivit cette tempête fut troublée trois jours après
ar un autre orage, Le. battement des flots fut fi violent contre la prouë de
W'Amiral, que l'ouvrage de fer s'étant détaché, le bec (x) du Vaifleau fut
emporté, & s'abima fans reflource. L'effroi s'empara de tous les cœurs. Il
Une fe préfentoit aucun reméde aux Matelots les plus expérimentés. Le Vaif-
Afeau n'ayant plus la force de réfifter aux vents ni aux flots, étoit emporté,
Mcomme l'auroient été fes débris après un naufrage. 11 s’approcha jufqu'à trois
ou quatre licuës du Cap de Bonne-Efpérance, & bien-tôt un vent contraire
le jetta prefqu'au quarantiéme degré du Süd, au milieu de la gréle & de la
nége,
R ( cui avec une belle pierre de Bézoar, (u Ici commence la 6e: Scétion, R, d. l', .
x
fe)
Le 3 i
à d. E, (x) Angl, le Gouvernail.
; C3
3
LANCASTER,
1603.
œY| Mort de
Mid.iluton,.!|
‘Lancafter
aile trois
d'acteurs à
Bantan,
Préfens du
Roi.
La Flotte pari
de Java pour
retourner en
Europe.
Tempête fu
rieulc,
Autre orage
& iesefets,
22 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Laxcwren, nôge, Ce pañlage prefque füubit de la chaleur au froid, fut un autre mal qui
160%. acheva d'accabler les Anglois.
Défufpoir des Dans cette cruelle extrémité, l'Æeftor ménagea fa courfe avec tant d'art,
ue re qu'il ne s'éloigna point de l'Amiral. Sander Cole, qui avoit été nommé pour
sai commander ce Vaiffeau dprès la mort de Middleton, fic conftruire fur fon
bord une machine (y) qu'il crut capable de remédier au malheur de fon Col.
legue, Mais après quantité d'efforts, & lorfqu'on croyoit avoir rendu l'ou.
vrage propre à fa deftination, un furieux coup de mer fit quitter prife à ceux
qui l'attachoient, & l'enfevelit auffi dans les flots. Tous les gens de l'Ami-
ral, confternés de cette nouvelle difgrace , demandèrent à pafler fur l'Heétor,
Les plus hardis avoient perdu l'efpérance, & fe difpofoient à changer de bord
fans attendre l'ordre de Ver Chef. Au milieu de cet abbatement public, l'A-
Exemple d'un miral prit une réfolution qui n'a point d'éxemple dans l'Hiftoire, 11 affemble
a cd à hé fes gens, & compofant fon vifage à la joie, il les affüra que par des moyens
que, pe ù pe ps . , f
u'il venoit d'imaginer, il ne défefpéroit pas de fauver le Vaifleau, Enfüuite
Ctant entré dans fa chambre, il écrivit cette Lettre en Angleterre à la Com-
pagnie qui l'avoit employé.
s ESSIEURS, vous apprendrez par le Porteur de ma Lettre ce qui
à s'ef+ pallé dans le voyage que j'ai entrepris jrar vos ordres, les éta-
» bliflemens que j'ai faits pour votre commerce, & ies autres événemens
» qui méritent votre attention. Je vais employer tous mes efforts pour fau-
» Ver mon Vaiffeau & fes marchandifes. Vous n'en douterez pas quand vous
, fçaurez que je. n'épargne dans ce deffein, ni ma vie, ni celle des gens qui
» font fous mes ordres. J° ne puis vous dire où vous devez envoyer un au-
» tre Vaifleau pour me fecourir; car je fuis le jouët des vents & des flots.
» Adieu. Je prie le Ciel qu’il m'accord: le plaifir de vous revoir avec quel-
» que füujet de fatisfaétion pour vous & pour moi.
IL datta cette lettre ,, Du retour des Indes Orientales en Europe ; ,, & pour
fe rendre utile en périffant, il ajoûta, für les lumières qu'il croyoit s'être pro-
curées, que le pallage aux Indes Orientales, étoit à foixante-deux degrés &
demi par Nord-Ouelt, du côté de l'Amérique. Après quoi faifant venir San-
der Cole dans fa Chaloupe, il lui donna ordre en fecret de partir la nuit fui-
vante pour l'Angleterre, & de remettre fa Lettre à la Compagnie. [Sa pen-4
fée étoit que le courage pourroit renaître à fes gens lorfqu'ils auroient per-
du la reffource de l'Heétor, ou du moins que ce qu'ils feroient forcés de fai-
re pour conferver leur vie, ferviroit peut-être à la confervation des mar-
chandifes.]
SaxDper Cole feignit de céder à fes volontés; mais il lui étoit trop atta-
L'Amiral ché pour l'abandonner dans fon infortune. L’Amiral le voyant le’ lendemain
trouve heu brefqu'a la même diftance, dit à l'Auteur même de cette Relation: ,, Ces
AARRS gens-là n'ont aucun égard pour mesordres. ,, On étoit fort éloigné für fon
{es ordres. bord be. !
(y) L'Original dit que ce fut l'Amiral mê- fort mal, parce qu'on manquoit de ce qui é- … foixa
me, qui après avoire iyé inutilement de fup- toit néceffaire pour cela; de forte qu'au bout Re
pléer au Gouvernail en fe fervant d'un mât,en de trois ou quatre heures, ce nouveau gouvet-
it faire un comme il put; on l’attacha, mais nail fut auffi emporté, R. d. E,
AUX
autre mal qui
vec tant d'art,
é nommé pour
ftruire fur fon
eur de fon Col.
roir rendu l'ou-
ter prife à ceux
ens de l'Ami-
er fur l'Hecétor,
hanger de bord
ent public, l'A-
ire, 11 affemble
ar des moyens
iffeau, Enfüuice
terre à la Com-
a Lettre ce qui
rdres, les éta-
res événemens
orts pour fau-
+ quand vous
le des gens qui
nvoyer un au-
ts & des flots.
oir avec quel-
pe 5, & pour
'yoit s'être pro-
ux degrés &
ant venir San-
rcir la nuit fui-
gnie. [Sa pen-#4
auroient per-
forcés de fai-
ation des mar-
toit trop atta-
le’ lendemain
tion: ,, Ces
loigné für fon
bord
uoit de ce qui é-
forte qu'au bout
nouveau gouver-
donnée la veille fervit du moins
INDES ORIENTALES, Lav. IIT, Cnar. I.
bord d'entendre le fens de cette plainte. Cependant l'efpérance qu'il avoit
réveiller fes gens pour le cravauil, Le fer
Mui manqrant, ou la commodité de le forger, il avoit concerté penclant tou-
“te la nuit avec le Charpentier du Vaiffeau, un moyen d'y fuppiéer par des
Mencrelaffemens de cordes (z) & de folives. [Cer expédient luppofoit à la vé-
tité que la Mer deviendroit plus tranquille ; mais quelle apparence au li
‘une tempête qui avoit duré plus de quinze jours pdt etre fur éloignés de
fin! En cffer] dès le jour fuivant, la Mer prit une face moins cerrible;
l'ouvrage fut pouffé fi vivement, qu'il fut biencot en état de fervir au lou-
gement du Vaitfeau. [Il arriva cependant un nouveau malheur, mais ce fut
dernier ; la grande vergue tomba, & précipita dans la Mer un homme, qui
perdit la 1 On ne put douter, par la hauteur où l'on étoic, qu'on n'eit
ublé le Cap de Bonne-Efpérance. Malgré l'éloignement de l'ffle de Sante
23
Hélène, ce fut le lieu qu'on erûc devoir chercher pour azile. Le 5 de Juin,
on pañla le Tropique du Capricorne; &% le 16 au matin, on découvrit heu-
feufement l’Ifle où l'on brûloit d'arriver, |
M LA joie fut fi exceilive dans les deux Vaiffeaux , qu'oubliant tous les maux
és, Capicaines & Muacelots ne fongèrent qu'a célébrer leur délivrance par
s fêtes, jufqu'à perire l’idée du péril qu'ils devoient encore appréhenuer
dans ie Port. La vûe d'une petite Chapelle que les Portugais avoient bätie de-
puis long-tems fur le rivage, fit croire au Pilote de l'Heétor qu'il pouvoit s'en
approcher [fans précaution. Il toucha contreun rocher qui le mic dans la né-
Eité de recevoir de l'Amiral une partie des fervices qu il lui avoit rendus. ]
“Cependant ils jetrérent l'ancre tous deux dans le même lieu, fur douze bral-
es de fond. Perfonne ne fe préfentant à cerre, ils fe hätèrent d'y defcenire.
Divers écrits, qu'ils trouvèrent fur les rocs du rivage, leur apprirent que les
Caraques des Indes Portugaifes n'étoient parties que depuis luc jours.
0 Quoique le défaut des provifions ne fût pas la plus preffante néceñité
es Anglois, tant de fatigues les firent penfer d'abord à fe procurer des ra-
raîchifflemens. L'eau ne manque point à Sainte Hélène, & l'on y trouvoit
ufli des fruits de toute efpéce que la terre produifo:t naturellement. Mais
ans un tems où l’Ifle étoit encore déferie, il n’y avoit point d'autres vivres
efpèrer que la chair des animaux fauvages. Si les chèvres y évoient en
bondance, il falloit des peines infinies pour les tuer dans les bois & les mon-
nes. L’Amiral fe fit une méthode pour cette chaffe. Il plaçga au milieu de
Pile quatre Tireurs fort habiles, accompagnés chacun de quatre hommes
pour aire lever le gibier, & pour le recucillir vingt autres hommes al.
Moient tous les foirs au rendez-vous, & rapportoient à bord tout ce qui avoit
“été tué pendant le jour. En peu de tems, les deux Vaifleaux furent abon-
4 damment pourvus. Le refte de l'Equipage s'occupoit d'un autre côté à les ra-
A douher. Tous les malades fe rétablirenc ; & le nombre n'en pouvoit etre
médiocre, après une navigation qui avoit duré trois mois.
C Les Chaffeurs trouvèrent dans les bois un Hermite Portugais, qu'ils pri-
rent d'abord pour une bête farouche parce qu'ils le furpriren: étendu fur 1 her.
be. Ils faillirenc de le tuer dans cette fituation. C'étoit un vieillard d'environ
à foixante-dix ans qui vivoit depuis plufieurs années dans la folitude , pour ac-
compiir
(3) Angl. il fit un nouveau gouvernail, R. d. E.
Lamceavre
100 7.
left délivré
du péril,
Ils courent
un nouveau
danger en a-
bordant à
Suints Hélène,
Methode de
l'Anial pour
f_ procurer
des vivres.
Hennite Por
tugais à Sainte
Hulene,
LANCAITEN,
1003,
Départ de
Sainte - Hg:
lène,
L'Afcenfion
lle délerte,
{ile de Fucgo.
Ifle Saiute-
Marie,
La l'lotte «r-
rive aux Du-
lus,
24 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
complir le vœu qu'il en avoit fait au milieu des flots, Son Vaiffèau ayant
péri par un naufrage, il fe crovoit redevable de fa vie au fecours du Ciel,
qui l'avoit conduit à la faveur d'une planche fur le rivage de Sainte-Hélène,
Il y croit arrive pd tems-la cent Vaiffeaux de différentes Nations, qui
lui avoient offert de le prendre à bord, Muis dans la réfolucion de mourir
fidèle à fa promefle, il n'avoic accepté que les matériaux néceflaires pour fe
batir une cabane au milieu des bois, Il y vivoic des fimples produétions de la
nature, fans avoir jamais pris la peine d'allumer du feu pour cuire fes alimens,
C'évoient des figues qui failoient fa principale nourriture , avec du lait de
quelques chèvres qu'il avoit apprivoilées, Son embonpoint étoit admirable,
fa fanté ferme & vigoureufe, Il n'avoit point d'autre marque de vicillefle
que la blancheur de fa barbe, qui lui comboit jufqu'à la ceinture, Ses che-
veux avoient été de la même couleur ; mais il les avoit perdus depuis deux
ans, & fa téte droit fi nue ares menton, qu'elle paroifloit avoir coûjours
été fans chevelure, Les Anglois lui firent la même offre qu'il avoit conttam-
ment rejectée, Il les remercia fans affeétation; & l'unique préfent qu'il con-
fencit à recevoir, fut celui de deux jeunes chèvres qu'ils avoient furprifes &
arrétées vivantes, ]
Arnès un mois de féjour dans l'Ifle de Sainte-Hélène , l'Amiral crut fa
Flotte en état d'achever le voyage, fans relicher fur aucune Côte, Il par-
uit le 5 Juillet, en tournant fes voiles au Nord-Oueit, Le 13 il pañla près
de l'Ifle de l'#féenfion, dont la vûe ne le tenta point de changer fon projet,
Elle eft abfolument ftérile, & fans eau, La Mer yeft fi profonde & la Cô-
te fi cfcarpéc, que dans les tems les plus tranquilles , l'accès en eft force diffi-
cile aux Vailleaux. L'Amiral continua fa navigation avec un vent Sud &
Sud-Eit, jufqu'au 19, qu'il pafla la Ligne. Le 24 il étoit à fix degrés du
Nord; &, fuivant le calcul des Pilotes, à cent cinquante lieuës des Côtes de
Guinée, Enfüuite portant Nord quart à l'Oueft & Nord jufqu'au 29, il eut
la vûe de l'Ifle de Züuego. Mais il y fut furpris d'un culme qui dura cinq jours
entiers, Envain s'efforça-t-il de pañler à l'Eft de cette Ifle. Le vent ne re-
commença que pour changer au Nord-Eft, de forte qu'il fut obligé de porter
Oueft & Nord-Oueit,
Le 7 d'Août 1603, il toit à feize degrés, & le 12 il pañla le Tropique
du Cancer, à vingt-huit degrés & demi; en portant direétement au Nord.
Le vent redevint Oueft, & ne changea point jufqu'au 29, que la Flotte eut
la vûe de l'Ifle Sainte-Marie, Le 7 de Septembre, on ne fe crut guère à plus
de quarante lieuës de Lands'End. On commença joyeufement à faire ufage de
la fonde, & l'on eut dès le lendemain la vûe des Côtes d'Angleterre. L'onze
du même mois on arriva heureufement aux Dunes.
Variation.
Le 21 Novembre 1601, un peu à l'Eft du Cap Saint-Sébaftien dans l'Ifle
de Madagafcar, la variation de l'Eguille fut de 16 d. oo.
Latitudes.
Isze de Roquepiz, 10 degrés 30 fec. lIfle de l'Afcenfion, 8 degrés
[NB. Les Latitudes ne paroïffent pas avoir été prifes avec beaucoup d'éxac-f
titude ] | (a) LETTRE
UX
Vaifleau ayant
ours du Ciel,
Sainte-} Iélène, 2
# Nations, qui
ion de mourir
Maires pour fe
oduétions de la
ire fes alimens,
vec du lait de
toit admirable,
ue de vicillefle
ure, Ses che-
us depuis deux
avoir toujours
avoit conttarn-
éfent qu'il con-
nt furprifes X
Amiral crut fa
Côte, Il par-
3 il pañla près
ser fon projet,
onde & la Cô-
en eft fort diffi-
in vent Sud &
fix degrés du
ïs des Côtes de
‘au 29, il eut
lura cinq jours
€ vent ne re-
bligé de porter
à le Tropique
ent au Nord.
la Flotte eut
ut guêre à plus
à faire ufage de
erre. L'onze
jen dans l'Ifle
» 8 degrés
ucoup d'éxac- ff
a) LETTRE
INDES ORIENTALES, Liv, IL Car, I.
(a) LETTRE de la Reine EvisannmTu au Roi D'Acuiv.
as
ISABETH (b}, par la grace de Dieu, Reine d'Angleterre, [de
Efae) HAN . Proteétrice de la Foi & de la Religion Chré-
tienne, au grand & puiffant Roi d'Achin, ec. dans l'Ifle de Sumatra, notre
n frère bien aimé, falut & profpérité. | |
, Læ Dieu éternel & M + rm , par fa fagefe & fa providence divine,
a tellement difpofé fes bénédiétions & les bons ouvrages de fa création pour
l'ufage & la nourriture du genre humain, que malgré la diverfité & l'éloi-
nement deslieux où les hommes prennent naiffance, l'infpiration de ce
‘réateur bienfaifanc les difperfe dans toutes les parties de l'Univers; afin
non-feulement qu'ils reconnoiffent la multitude infinie de fes mervcilleufes
roduétions qui fe rouvent répandues de telle manière qu'un pays abonde
uvent de ce qui manque à l'autre, mais encore afin qu'ils puiffent for-
L mer enfemble le lien de l'amitié, qui et une chofe toute divine,
%,, Cusr par ces confidérations, noble & puiffant Roi, & tout à la fois
wpar la haute idée que nous avons de votre générofité & de votre juftice à
égard des Etrangers qui vont commercer dans vos Etats, en fatisfaifant
'aux juftes droits de votre Courunnc, que nous fommes portés à nous ren-
dre aux defirs de plufeurs de nos Sujets, qui fe propofent de vifiter votre
Royaume dans de bonnes & louables intentions, malgré les dangers & les
fatigues indifpenfables d'un voyage qui eft le plus long qu'on puille entre-
rendre au-monde, Si l'éxécution de leur deflein eft approuvé de votre
lautefle, avec autant de bonté & de faveur que nous le defirons & qu'il
convient à un fi puiffant Prince, nous vous promettons que loin d'avoir
jamais fujet de vous en repentir, vous en aurez un très-réel & née arr
de vous en réjouir. Nos promeflés feront fidéles, parce que leur conduite
fera prudente & fincère ; & nous efpérons qu'étant fatisfait d'eux , vous fou-
haiterez vous-même que leur entreprife devienne le fondement d'une ami-
tié conftante entre nous, & d'un commerce avantageux entre nos fujets.
Votre Hauteffe peut s'affürer d’étre bien fournie de marchandifes, & mieux
qu'elle ne l'a jamais été par les Efpagnols & les Portugais, nos Ennemis,
qui font jufqu'à préfent les feuls Peuples de l'Europe qui ayent fréquenté
les Royaumes de l'Orient, fans vouloir fouffrir que les autres faffent le mé-
me voyages fe qualifiant dans leurs écrits, de Scigneurs & Monarques ab-
folus des Exars & des Provinces qui vous appartiennent, Car nous avons
» reconnu par le témoignage de plufieurs de nos fujets, & par d'autres preu-
+ ms ves inconteflables, que vous êtes légitime pee & héritier d'un grand
Royaume qui os eft venu de votre Père & de vos Ancêtres, & que non-
feulement vous avez glorieufement défendu vos poffeffions contre ces avi-
des ufüurpateurs , mais que vous leur avez porté juftement la guerre dans
les Pays dont ils fe font rendus les maîtres. C’eft ainfi qu'à leur honte ex-
trême & à la gloire de vos invincibles armes, vos Soldats les “ont atta-
»» ques
n Ici commence la 7e, Seétion. R. d. E, ‘tion; fans parlet de l'adreffé avec laquelle
b) Outre les raifons hiftoriques qui obli- ‘Elizabeth tâche de rendre les Efpagnols & les
ent de placer ici cette Lettre & la fuivante, Portugais odieux au Roi d'Achin. R. d. ’F.
n trouvera que le ftyle mérite quelque atten-
II, Part.
Lancarren,
1603,
Lettre au Kol
d'Achin,
LANCASTER,
1603.
Réponfe à la
Lettre précé-
dente,
26
LE
»
LE]
LE]
LE
29
5?
L2]
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
qués (e) à Malaca, l'an 1575 de la redemption humaine, fous la condui
te du vaillant Ragamekoten, votre Général.
» S'1L plaît donc à votre Hauteffe d’honorer de fa faveur & de recevoir mi
M
4
My
fous fa proteétion Royale ceux d'entre nos Sujets qui partent: chargés de
notre Lettre dans une fi douce efpérance; le Chef de cette Flotte de qua:
tre Vaifleaux a reçu ordre de nous, fous la permiflion de votre Hauteffe,
de laifler dans vos Etats un certain nombre de Faéteurs, & de leur pro:
curer ue maifon de Comptoir, oùils puiflent demeurer dans l'éxercice
du commerce jufqu'à l’arrivée d’une autre de nos Flottes, qui fera le mé.
me voyage après le retour de celle-ci. Ces Faéteurs ont ordre aufli d’ap.
prendre le langage & les coutumes de vos Sujets, afin qu'ils puiffent vi.
vre & converfer plus doucement avec eux. Enfin pour confirmer notre
amitié & notre alliance, nous confentons, fous le bon plaifir de votre
Hautefle , qu'il fe faffe une Capitulation que nous autorifons le Chef de
cette Flotte à figner en notre nom; donnant notre parole Royale de l'éxé.
cuter entièrement , aufli-bien que tous les autres articles qu’il eft char.
gé de communiquer à Voire Hautefle. Nous defirons donc qu'on l'écoute
avec confiance, & que Votre Hauteffe accorde à lui & à nos autres fu
jets qui l’accompagnent, toutes les faveurs qu'ils peuvent attendre de fa
bonté & de fa juftice. Nous répondrons dans le même degré à tous fes ne
dèfirs dans l'étendue de nos Etats & de notre puiffance ; @& nous deman-
dons pour témoignage de foh confentement royal, qu'il lui plaife de nou:
faire une réponfe par le Porteur de notre Lettre; n'ayantrien plus à cœur
que de voir Commencer heureufement notte Alliance, & de la voir durer
pendant un grand nombre d'années.
LETTRE du Roiv'Acnin à la Reine ELIZABETH, (d)
Cru foit rendue à Dieu qui s’eft glorifié lui-même dans fes ou:
3 vrages, qui a établi les Rois & les Royaumes, & qui eft exalté feul
en pouvoit & en Majefté. Son nom ne péut être expfimé par les paroles
de la boùche, ni connu par la force de l'imagination. Ce n’eft point un
vain Phantôme, quoiqu'il ne puiffe être repréfenté par aucune comparai-
fon, éomme il ne peut être compris dans aucunes bôrnes. Sa bénédiétion
& fa paix font fupérieures à tout. Il à répandu fes bontés fur du à
ss 11
(c) L'avantage que le Roi d’Achin avoit
remporté dans cette occafion pouvoit faire la
matière d'un compliment; mais, fi l’on en
croit Faria, il eft ici pouffé un peu trop loin.
Cet Hiftorien rapporte que dans l’année dont
parle la Reine, la Flotte d’Achin, forte de
quarante Galères, & d'environ cent autres
Bâtimens, vint mettre léfiége dévant Malàca;
Triftan Vas de Vegas, qui commandait dans
cette Place, fit monter trois braves Capitaines,
Jean Pereyra, Bernardin de Sylva ,'& Ferdinand
de Pallares, chacun fur un Vaiffeuu, avec Ha
meilleure partie de la Gafnifon, Mais ils furent
battus fi entièrement qu'ils périrent tous trois
dans l'afion, & qu'il ne fe fauva que cinq hom:
mes de leur fuite, A peine reftoit-il cent-cin:
uante Portugais dans Malaca pour fe défer:
re, la plüpart âgés, iralades & fans munitions
Un état fi trifte les tint dans le flence & dan
l'ination. Mais cette langueur, qui venoit de
leur défefpoir , produifit an effet des plus étran:
ges. La Flotte d’Achin s'imaginant qu'ils étoien!
occupés de quelque itratagême, qui he tarde
roit point à paroître, furent faifis d'une terreur
panique qui les fit retourner dans leurs Port:
Afie Portugaile, vol. IIL page 334
(4) Cettre Lettre a été traduite de l’Arabt
par William Bedwel , le feul Profefléur qu
l'Angleterre eut alors dans cette Langue;
#
D
Li
*
UX
fous la condui.
& de recevoir
ent: chargés de
Flotte de qua:
votre Fauteile,
& de leur pro:
dans l’éxercice
ui fera le mé.
rdre aufli d’ap
ils puiffent vi
onfirmer notre
laifir de votre
ons le Chef de
Royale de l’éxé-
qu'il eft char.
qu'on l'écoute
nos autres fu
- attendre de fa
& nous déman-
ii plaife de nou:
rien plus à Cœur
de la voit durer
rit (d)
he dans fes ou-
i eft exalté feul
par les paroles
n’eft point un
cuñe comparai-
Sa bénédiétion
fur l'ouvrage de
TEL
reftoit-il cent-cin:
alaca pour fe défer:
les & fans munitions.
s le fente & dans
eur, qui venoit de
effet des plus étran
ginant qu'ils étoien
me, qui he tarde
t faifis d'une terrelf
er dans leurs Porti
age 334
Là de l’Aralt
feul Profefféur qu
cette Langue,
gré à tous fs M4, cafter; Dieu veuille lui accorder long-tems fes bienfaits.
INDES ORIENTALES, Eav IIL nav. 1. 27
fa création. I a été proclamé de bouche par fon Prophéte. H l’eft encore
M, par fes écrits. [Sa révélation eft deilinée à la Ville, qui n'efi: pas lache
4, quand il s'agit de donner des preuves de fon Amour envers lui: par elle
il entretient cette fociété qui remplit avec joie l'Horizon; & c'eft en fa fa-
veur qu'il a fait des fignes qui en perpetucront le fouvenir. Il bénit ceux dont
la requis eft jufte ; ‘qui fe conduifent honnêtement, & qui donnent des preu-
ves de leur bon naturel, en faifant du bien; en aidant aufñi bien ceux qui
font dans la profpérité que ceux qui fe trouvent dans l’adverfité; en don-
nant libéralement aux pauvres, & à ceux qui font dans le befoin; en fecou-
rant avec empreffement ceux qui font dans le danger. C’eft en leur confidé-
ration qu’il s’eft fait connoître dans l'Inde & dans l'Arach (e) en fufcitant
& deshommes diftingués, pour appeller à lui les meilleures de fes Créatures.]
7 , Cerre Lettre ceft à la Sultane qui régne fur les Royaumes d’Angieter-
à re, de France, d'Irlande, de Hollande & de Frizeland. Que Dieu confer-
3 ve fon Royaume & fon Empire dans une longue profpérité.
» Et comme celui qui a obtenu cette Lettre du Roi du Royaume d’Achin
# (f); régnant avec un abfolu pouvoir, a répandu de vous un glorieux té-
moignage, qui a été reçu avec joie de la bouche du Capitaine Tartes Lan-
Et comme vos
Lettres parlent de recommandation , de privilèges & d'amitié ; Dieu tout-
puiffant veuille avancer le fuccès d'une fi honorable Alliance, & confirmer
une fi digne Ligue.
» ET pour ce qui regarde le Sultan d’Afrangiah, (g)
c 1 que vous nous dé-
clarez pour votre ennemi & pour l'ennemi de votre Peu
votre le, dans quel-
4 que lieu qu'il fait depuis le commencement jufqu'aujourd'hui. En vain
"44 s éleve-t-il orgucilleufement, & fe donne-t-il pour le Roi du monde. Qu'’a-t-
ul de plus que fon orgueil? C’eft un furcroît de joye pour moi, &une con-
gfirmation de notre Alliance, qu'il foit notre ennemi commun dans ce mon-
de & dans l’autre. En quelque lieu que nous puiffions le rencontrer, nous
4 lui Ôterons la vie par un fupplice public. "
3 Vous affürez de plus que vous defirez notre amitié & notre Alliance.
Que Dieu foit béni& remercié pour la grandeur defes graces. Notre in-
tention & notre defir font qu’il vous plaife d'envoyer vos Sujets à notre
iBandar , (h) pour éxercer un honorable trafic ; & que quiquonque viendra
Midans cette vûe de la part de Votre Hautefle, foit admis à la même fociété
3718 aux mêmes privilèges; car aufli-tôt que le Capitaine Jacques Lancafter
» & fa Kormpagnle font arrivés, nous leur avons permis de former une fo-
ciété libre, & nous les avons revêtus de la dignité convenable à leur en-
treprife. Nous leur avons accordé des privilèges; nous les avons inftruits
des meilleures méthodes du commerce, & pour leur faire connoître la
fraternité & l'amitié que nous voulons entretenir avec vous dans cé mon-
» de,
(ce) Ce mot défigne a L
AN voifine des CPR HS A De
fan ou la peus ou peut-être auffi s'agit-il de
Wrak, où Erak, qui eft l’ancienne Chaldée.
(Cf) Ty a dans l’Original Ashey.] Si c’eft-
le véritable nom de ce Royaume, Achenen
D 2
eft une corruption.
(g) C'eft un nom que les Arabes donnent
en géneral à toute l'Europe, dont les Efpagnols
fe donnoient alors pour les Maîtres.
HACb) [Principal Officier du ] Port d’Achin,
LANCASY Eu.
1603.
23 : VOYAGES DES. ANGLOIS AUX
» de, nous vous envoyons par les mains du Capitaine, fuivant l'ufage de
1608. >, la fameufe Ville Go une bague d'or, enrichie d'un rubis, & deux pié.
b
LANCASTER.
» Ces d'étoffe tiffues & brodées d'or, enfermées dans une boëte rouge de
» Trin(k). Donné l'an de Mahomet 1011 (/). La paix foit avec nous. (m)
(i) 11 paroît incertain fi le Roi parle de dans l'Original Tarikb, &] répond à 1602 de
Londres ou d’Achin, ou peut-être de la Mec- l'Ere Chrétienne.
que, d'où tous les Princes Mufulmans font (m) Il eft étonnant que le nom du Roi
gloire de tirer la fource deleurs ufages.R.d.T. d'Âchin, ne fe trouve point dans la Traduétion
(k) Bedwell prétend que c'eft la Chine. de cette Lettre; car vray-femblablement il ett
a) Cette année de l'Hégire [eft nommée dans l'Original.
ASAMDI AMI IANDIAERNL LR LAID AUDILEN AR
C H A P IT R E. II
Voyage du Capitaine Middleton en 1604, au nom de la Compagnie des
Indes Orientales.
Henxi [LE retour du Capitaine Läncafter mit comme le fceau à l’établiffement de: #4.
Mipueron. 4 la Compagnie d'Angleterre. Il n’y manquoit rien dans l'opinion des I
De Anglois, lorfqu'elle étoit également fondée fur l'autorité de leur Reine &
des Anglois fur le confentement des Monarques Indiens, dont les Etats faifoient l’objet
par raportau de leur commerce. Les privilèges de l’Efpagne & du Portugal , fondés fur !
commerce des Ja donation du Saint-Siége, ou fur le droit de poffeffion, leur parurent éga-
indes Orientä- Jement chimériques ; les uns parce que s'étant féparés de l'Eglife Romaine,
ils ne reconnoifloient plus fes loix; les autres, parce que ne penfant point à
s'établir aux Indes par des ufurpations & des conruêtes, ils fe perfuadèrent,
fur les fimples principes de la nature, que tous les biens du monde font pro-
pofés à l’honnête induftrie des hommes, & doivent être la récompenfe du
plus habile & du plus laborieux. Cependant comme ils ne s’attendoient point
à faire goûter aifément ces maximes aux Sujets de l'Efpagne & du Portugal,
ils prirent la réfolution de fe tenir toûjours fur leurs gardes, moins pour at-
taquer que pour fe défendre, comme il convient à des Négocians, qui
cherchent leurs avantages fans s’oppofer à ceux d'autrui, & de rendre
tous les Vaiffeaux de la Compagnie également propres à la guerre & au
commerce,
Récompenfe L'ANCASTER avoit mérité par fes longs travaux, non-feulement la digni-
le Lancalter. té de Chevalier qu’il obtint de la Cour, mais encore le privilège de jouir dé-
. formais de fa réputation & de fes richeffes à la tête d'une Compagnie qui le
reconnoifloit pour fou fondateur.] Elle choifit pour commander fa Flotte,
La Compagnie Henry. Middleton, proche parent de celui qui étoit mort à Bantam. Les
choifit Mid- Vaiffeaux furent les mêmes qui avoient déja fait le voyage avec Lancafter.
ons ls partirent de Gravefend le 25 de Mars 1604: Comme ils avoient différens
fa Motte. ordres, & qu'ils fe féparèrent dans le cours de leur navigation, il nous eft
refté deux Relations de ce Voyage ; l'une écrite à bord de l'Amiral , qui fe
borne aux négociations de Middleton dans l’Ifle de Java, & aux Moluques;
l'autre compofée fuivant les apparences, à bord de l'#/renfion, où l’on trou-
ve
AUX
ant l'ufage de
, & deux pié-
oëte rouge de
ivec nous. (m)
] répond à 1602 de
e le nom du Roi
: dans la Traduétion
emblablenent il ett
ILE XAN
TI.
pagnie des
'établiffement de
s l'opinion des
e leur Reine &
faifoient l’objet
gal , fondés fur
parurent éga-
glife Romaine,
penfant point à
e perfuadèrent,
onde font pro-
récompenfe du
ttendoient point
& du Portugal,
moins pour at-
Jégocians , qui
| & de rendre
a guerre & au
lement la digni-
ge de jouir dé-
mpagnie qui le
der fa Flotte,
Bantam. Les
vec Lancafter.
oient différens
bn, il nous cft
Amiral , qui fe
ux Moluques;
, où l’on trou“
ve
À INDES ORIENTALES, Lav. I. Cnar. IL. 29
Me des circonftances qui ont un rapport plus géneral à toute la Flotte. PurchaîT
“hous a confervé l’une & l’autre (a) | |
La première (b) pafle fur tous les accidens de la route, en faifant ob-
rver feulement qu'ils eurent moins de.danger que de fatigue, & d'ennui.
iddleton arriva le 20 de Décembre dans la Rade de Bantam. Il y trouva
plufieurs Bâtimens Holkandoïis, qui le faluëèrent, civilement de toute leurartil-
Brie, & qui lui donnèrent dès le lendemain un féftin magnifique, avec tous
S5 Officiers. Il ne les traita pas moins fomptueufement le dernier jour de
hnnée; & defcendant à terre le jour füuivant , il préfenta les Lettres du nou-
Meau Roi d'Angleterre au jeune Monarque de Bantam, qui étoit encore fous
tutelle de fon Confeil.
“0 ArRrès avoir reglé les affaires du commerce, Middleton fit partir l'Hec-
“or pour l'Angleterre, avec les marchandifes qui s'étoient trouvées prêtes à
"Fembarquement; & diverfes raifons le preffant de fe rendre aux Moiuques ,
kmit à la voile pour ces Ifles dès le feize de Janvier. Les vents ayant mal
fécondé fon impatience , il n’arriva que le 7 de Février à Veranula. Les Ha-
bitans de ce lieu, dans la haine mortelle qu'ils portoient aux Portugais, a-
Joient appellé les Hollandois à leur fecours, après leur avoir promis de fe
Hioûmettre à leur Domination, s'ils les délivroient de leurs Ennemis. [ Quoi-
e les Marchands de Hollande fuffent peu difpofés à la guerre, ils n’avoient
u rejetter des offres fi favorables à leur commerce. ] En un mot, s'étant
pprochés du Château d’Amboyne, ils avoient fommé les Portugais, au nom
Prince d'Orange de leur remettre cette Place avant la fin du jour. Le
âteau n’avoit pas laiffé de foûtenir plufieurs attaques ; maïs s’étant rendu
r compofition, les Hollandois s’y étoient établis; & le premier ufage qu'ils
é d’éxiger des Habitans qu’ils n’entreroient dans aucun commerce avec les
hglois.
LA gucrre avoit continué entre les Hollandois & les Portugais, mais toû-
rs moins en leur propre nom, que fous celui des Nations Indiennes aux-
elles ils prêtoient leur alfiftance. Les premiers avoient pris parti pour le Roi
Ternate, & les Portugais pour celui de Tydor. Ils étoient dans la plus
€ chaleur de ce différend, lorfque les Anglois arrivant à Veranula, décou-
irent entre Pulocafially & Tydor, deux Galères de Ternate qui s’avançoient
s eux à force de rames & de voiles ; avec un Pavillon blanc, & d’autres
Bnes pour les engager à les attendre. En même tems il parut fept Galères
* dé Tydor , qui ne faifoient pas moins de diligence pour couper celles de
Ternate, en s’efforçant de fe mettre entr’elles & la terre. Middleton igno-
fant quel étoit leur deffein, fe préfenta fur le pont, pour écouter le Roi de
«gernate qui parut avec plufeurs de fes Nobles & trois Marchands Hollan:
bis. Ce Prince implora fon fecours [en Langue Portugaife,] & pour fa Ga:
e & pour celle qui le fuivoit. Il avoit à faire, lui dit-il, à des Ennemis
els, qui abufoient de l’avantage du nombre , & dont il n’efpéroit aucun
artier. La feconde Galère avoit à bord plufieurs Hollandois, qui couroient
le
«y(b) Voyez la Colleétion de PurchalT Vol. I.
pag. 703. .
D 3
(a) Ces deux Relations fe trouvent fépa-
1Mées dans la collcétion.de PurchafT, parce.que
fct Auteur n'a pas pu avoir l’une aflez-tôt.
FENRI
MipDLETON.
1604.
Elle arrive à
Lantain,
160$.
Middleton
fait voile aux
Moluques.
Gucrre entre
les Hollandois
& les Portu-
gais.
lavoient fait de leur puiffance, après en avoir chaffé les Portugais, avoit .
Les Anglois
y prennent
Part,
Hennr
MibDLETON,
160$.
Piufeurs Hol-
landois mafTa-
crés à la vüe
des Anglois,
Les Anglois
accufent les
Hollandois
d'ingratituce,
gs VOYAGES DES ANGLOIS AUX
le même danger. [Enfin le Roi de Ternate ne croyant pas les Anglois eg.
pables de fe déterininer uniquement en fa faveur, tit beaucoup valoir l'in
térét d’une Nation à laquelle il fuppofoit des liens plus étroits avec l'Angic.
terre.] Middleton fit tirer aufli-côt quelques piéces de canon fur les Galères
de Tydor: mais elles n’abordèrent pas moins la feconde de T'ernate, où tout
le monde fut Pen au fil de l'épée, à la réferve de crois [Marchands Hoi,
landois ,] qui fe jettèrent à la nage , & qui furent reçus par les Chaloupa
Angloifes.
Le deffein de Middleton ayant été d'aller à Tydor , F& fa jaloufie d'ail.
leurs n'étant déja que trop allumée contre les Hollandois par les informa-
tions qu'il avoit reçues à Bantam, il ne paroîtra point furprenant qu'il eut
marqué fi peu d'ardeur à les fecourir. Cependant] le Roi de Ternate, &
les trois Marchands qui l'accompagnoient , le fupplièrent , avec tant d'in.
ftances, de ne pas les abandonner à la fureur de leurs ennemis , qu’il leur
accorda plus efficacement fa proteétion. L’Auteur avoue qu'ils l'achetérent
à force de promefles, c'eft-à-dire, en s'engageant à fournir aux Anglois des
monts de girofle & de canelle; mais il ajoûte qu'après le péril le fervice fut
oublié. 1l reproche même au Roi de l'ernate une baffeffe indigne de fon
rang: La frayeur l'ayant fait trembler de tous fes membres en paflant fur la
Flotte Anglo“e, Middleton, qui le crut tremblant de froid, lui mit fur les
épaules une fort belle robe de damas verd, galonnée d'or & doublée de
velours. Le Monarque, trop occupé apparemment de fes réflexions, oubli
de la rendre, & l’emporta même fans aucun remerciment. Il joignit à cet:
te lâcheté une ingratitude beaucoup plus odieufe, [quoique l’Auteur en accu:
fe encore plus particulièrement les Hollandois.] Middieton s'étant rendu à
Tydor, après les avoir fauvés de leurs ennemis, apprit, avec étonnement,
qu'il avoient fait avertir le Roi de Tydor, par des voies indireétes , de ft
défier des Anglois, parce qu’on ne devoit attendre d’eux que des noirceurs
& des trahifons. Un récit de cette nature auroit à peine trouvé foi dans l’ef.
prit de Middleton, fi quelques affaires l'ayant obligé d'envoyer trois de fe
ens au Commandant Hollandois, il n’eût apprit d'eux qu'on le chargeoit i
Rérnte d'avoir pris parti pour les Portugais, & qu'on ne s’y fouvenoi
plus de l'important fervice que la générofité & la pitié lui avoit fait rendre
au Roi.
CIL n'eut pas de peine à fe juftifier par le témoignage même des Prifon
niers qu’il avoit fait fur les Portugais. Alors les Hollandois dirent pours’ex
cufér, qu'ils tenoient ce fait d’un Renégat de Guzarate, mais qu'ils n’y ajow
toient pas foi. Pour comble d'ingratitude, peu de tems après le Roi FA Ter
nate témoignant quelque bonne volonté pour les Anglois, les Hollandoisk
menacèrent de l’abandonner, & de fe joindre au Roi de Tydor, fon Enne
mi, s’il accordoit quelque liberté de commerce aux Anglois, qu’ils difoient
n'être que des Pyrates, au lieu que le Roi de Hollande étoit plus puiffait
par Mer que tous les autres Princes de l’Europe (c). Middketon donna
dément
«#(c) L'Auteur de la Relation conclut de ce thètes injurieufes, qui, fuivant une remarqu:
fait qu'on a tout à craindre des Hollandois, fi de Purchaff, ne tombent que fur les Marchands
. une fois ils viennent à s'établir dans lesindes qui font toûjours animés les uns contre lesat:
Orientales ; & il accompagne ée qu'il dit, d'Epi- tres, & non fur toute la nation Hollandoif
UX
les. Anglois eg.
oup valoir l'in à
s avec l'Angie
r fur les Galères
ernate, Où tout
Marchands Ho.
r les Chaloupcs
a jaloufe d'ail.
ar les informa-
renant qu'il eut
le Ternate, &
avec tant d'in-
mis, qu'il leur
ils l'achetérent
aux Anglois des
ril le fervice fut
indigne de fon
en pañlant fur la
, lui mit fur les
& doublée de
éflexions , oublia
Il joignit à cet
"Auteur en accu
n s'étant rendu à
ec étonnement,
direétes , de f
ue des noirceurs
uvé foi dans l’ef
yer trois de fe
bn le chargeoïit à
ne s’y fouvenoi
avoit fait rendre
ême des Prifon
dirent pour s’ex
is qu’ils n’y ajow
ès le Roi de Ter
les Hollandoisk
ydor, fon Ennc
s, qu'ils difoient
oit plus puiffan
dketon donna
dément
uivant une remarqli
ue furles Marchand
les uns contre les au:
ation Hollandoife.
INDÉS ORIENTALES, Liv. IL. Cuar, IL. ET
% L'Aureun n'ajoûte à cette Relation du voyage de la Flotte aux Molu-
es que deux Lettres, traduites par Bedwellos ; l'une du Roi de Térnate, &
atre du Roi de ‘l'ydor. Quoiqu'elles ne contiennent aucun fait hiftorique,
en peut conclure que ni la faveur des Hollandois à Ternate, ni celle des
ortugais à T'ydor. n'empêchérent point Middleton de fonder , dans ces deux
es, des efpérances confidérables pour fon commerce, C eft par cette rai-
n fans doute; autant que par leur qualité de piéces originales, que Pur-
ChalT les juge dignes d'être confervées précieufement.
LETTRE du Roi de Ternate au Roi d'Angleterre. (d)
4
Capitaine Zrançois Drake, qui paffa dans ces Mers il y a trente ans,,
fous le régne de mon Père. Il fut chargé, par mon Père & mon
Prédécefleur, d’une bague pour la Reine d'Angleterre. Si François Dra-
ke vivoit enco:e il pouroit vous informer de l'étroite amitié qui fubfiftoit
alors entre la Reine & nous; cat Drake agifloit au nom de la Reine; &
| mon Père non-feulement en fon propre nom, mais encore au nom de fes
Succeffeurs. Depuis le départ du Capitaine nous avons attendu impa-
tiemment fon retouf. Mon Père a continué de vivre plufieurs années,
MI j'ai vêcu, après fa moft, dans la même efpérance , jufqu'à ce que je
MMfuis devenu pere d’onze enfans. Dans les premiers tems , on nous avoit
"hiürés que les Anglois étoient une Nation fort méchante, qui venoit
moins pour éxercer paifiblement le commerce que pour s’empärer de nos.
Etats. Mais nous apprenons, du Capitaine Middicton , porteur de cette
Lettre, que c'étoit un faux rapport, & nous en avons beaucoup de joie.
Après avoir long-tems attendu les Vaiffeaux que le Capitaine Drake nous
lavoit fait efpérer ,ileneft arrivé plufieurs que nous avons pris d’abord pour
des Angloiss Cépendant ils étoient au Prince d'Hollande, & n'ayant plus
Maucune cfpérance d’être fecourus par ceux d'Angleterre, nous nous fom-
Mmes vûs dans la néceflité d'écrire au Capitaine de Hollande pour lui de-
wiMander fon afiftance contre les Portugais nos anciens ennemis. ,Il s’eft
des Forts qu'ils avoient à Amboyne & à Tydor. Comme vous m'avez
Miécrit une Lettre fort affeétionnée , par votre fujet le Capitaine Henri
Middieton, je vous protefte qu'elle ne m'a pas caufé peu de joie. Le
Capitaine Henri Middleton m'a témoigné beaucoup d'envie d'établir iciun
M Comptoir. . J'étois fort difpofé à lui accorder fa demande. Mais le Capi-
M tainc des Hollandois ayant appris fon deffein, eft venu me faire un reproche
ñ d'avoir oublié la promefle que j'ai faite au Prince d'Hollande de ne per-
4 ° mettre
(d) J'ai confervé, comme le Traduéteur Anglois, toute fa fimplicité à cette Lettre. R. d. T.-
w» YE me fouviens d’avoir entendu vanter votre réputation par le grand
purendu à notre prière, & par la force de fes armes il a chaflé nosennemis :
Hznarï
Minneron,
160$.
Lettres des
Rois deT'erna-
te & deT'ydor,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Hennt mettre ici le commerce à aucune autre Nation que la fienne, s'il mefecou.
Minperon. , roit affez puiffamment pour chaffer les Portugais. Ainfi je me fuis trouvé
1605. obligé, contre mon inclination, de me rendre aux remontrances du Ca-
pitaine des Hollandois. | J'en demande pardon à Votre Hautefle, & je lui
promets que fi elle m'envoye d'autres aiffeaux à l'avenir ils feront bien
reçus, quoique le Capitaine de Hollande me follicite beaucoup de n'enre-
cevoir aucun de votre Nation. Et pour marquer à votre Hauteffe le de.
fir que j'ai d'entretenir fon amitié , je lui envoye un petit préfent, qui
confifte dans un tonneau de girofle ; car ce Pays eft pauvre & ne produit rien
de meilleur. Plaife à votre Hauteffe de le recevoir de bonne part. Signé
T'ernata.
LETTRE du Roi de Tydor .au Roi d'Angleterre.
Et Ecrit du Roi de Tydor au Roi d'Angleterre eft pour faire con-
noître à Votre HautelTe que le Roi de Hollande a fait pafler dans nos
Mers une Flotte qui s’eft jointe au Roi de Ternate notre ancien ennemi,
& qu'étant venu nous attaquer enfemble, ils ont ravagé une partie de nos
Etats, avec la réfolution de nous détruire, nous & nos füujets. Apprenant
aujourd'hui que Votre Hauteffe a ceflé d'être en guerre avec le Roi d’'Ef-
pagne, nous la prions de prendre pitié de nous, & de ne pas fouffrir que
nous foyons opprimés par les Rois de Hollande & de Ternate, à qui nous
n'avons fait aucun mal, quoiqu'ils employent toutes fortes de moyens pour
nous dépouiller de notre Couronne. Comme tous les granus Rois de la
terre font établis en puiflance par le Ciel pour. aflifter ceux qui font injufte-
ment perfécutés, je demande à votre Hautefle fon fecours contre mes en-
nemis, dans la.confiance d'y trouver le fecours dont j'ai befoin. S'il plaît
à Votre Hautefle d'envoyer ici une Flotte, je lui demande en grace que
ce foit fous le commandement du Capitaine Henri Middleton ou de fon
frère, avec lefquels je fuis lié d'amitié. Que Dieu augmente l'étendue de
vos Royaumes, & qu'il. accorde fa bénédiétion à Vous & à tous vos con-
feils. Signé, T'ydor.
LETTRE du Roi de: Bantam au Roi d'Angleterre.
fPETTE Lettre eft écrite par votre ami le Roi de Bantam , à ‘vous
le Roi d'Angleterre, d’Ecofle, de France & d'Irlande , avec une
prière à Dieu tout-puiffant , afin qu'il -conferve votre fanté, & qu'il
vous agrandifle de plus en plus, vous & vos confeils. Votre Général
» ‘Henri Middleton étant venu à ma Cour en bonne fanté, .j'ai appris de lui
» que Votre Hauteffe eft parvenue à la Couronne d'Angleterre, je m'en ré:
»» Jouis dans la fincérité de mon cœur. C'eft à préfent'que Bantam & l’An- -
» gleterre ne feront qu'un. J'ai reçu auffi de Votre Hautefe un préfent dont
» Je la remercie. Je lui envoye deux pierres de Bézoar , dont l’une pèfe
» quatorze mafT , l'autre trois. Que Dieu vous accorde fa proteétion Qui ne
» Vigné, Bantam. : à mencen
“près de
0 & un
LED
‘U X
, S'ilmefecou.
me fuis trouvé
rances du Ca-
tefle, & je lui
ils feront bien
oup de n'enre-
JautefTe le de-
L préfent, qui
ne produit rien
nne part. Signé
our faire con-
pafler dans nos
ncien ennemi,
e partie de nos
ets. Apprenant
ec le Roi d’Ef-
pas fouffrir que
ate, à qui nous
le moyens pour
nus Rois de la
qui font injufte-
contre mes en-
foin. S'il plait
e en grace que
ton ou de fon
e l'étendue de
tous vos Con-
tam , à vous
de , avec une
anté , & qu'il
Votre Général
i appris de lui
e, je m'en ré:
antam & l’An- :
un préfent dont
lont l’une pèfe
fa proteétion.
ç1
en
INDES ORIENTALES, Liv. III Car. I. 33
| $. I.
Voyage du Capitaine Colthurft de Bantam à Banda.
ANDIS (a) que l'Amiral fe rendit aux Moluques, l'Afcenfion partit
de Bantam par fes ordres, pour faire voile à Banda, & les deux au-
s Vaifleaux de fa Flotte, l'Heëtor & la Sufanne, ayant achevé prompte-
nt leur cargaifon, retournèrent en Europe (b).
CocruursrT, Capitaine de l'Afcenfon, après avoit lutté quelques jours
ntre le vent, ne trouva point de parti plus für , que de rejoindre fon Ami-
, avec lequel , continuant fa navigation jufqu'à la vûe d'Amboyne, il fut
moin du malheur des deux Galères de Ternate. Mais ayant remis à la voi.
aufli-tôt vers fon terme, il découvrit les Ifles de Banda le vingt de Fé-
jer,& dès le même jour il mouilla l'ancre à Nera, qui en eft la princi-
e Ville. On compte environ trente lieuës de la partie méridionale d'Am-
e à Banda. La latitude de cette Ifle eft de que degrés quarante mi-
füites. L'entrée du Port eft du côté de l'Oueft. Elle eft fi étroite qu'elle ne
ht être apperçue qu'à la diftance d'un demi mille. À gauche, il fe préfen-
une montagne fort haute, qui jette continuellement des flammes, au long
de laquelle on trouve d'abord vingt braffes d'eau ; mais cette profondeur di-
Binuc par degrés jufqu’à cinq bralles, & ne change point enfuite jufqu'au
Mort. Vis-à-vis le Volcan font deux petites Ifles, nommées Pulouay & Pu-
Min, qui rétréciflent ainfi le Canal; mais elles en forment un autre du côté
ppofé, & l'on affüra Colthurft que le pañfage n’en eft pas moins für que le
emier, quoiqu'il foit encore plus étroit; de forte que le choix en eft fort
différent pour l'entrée & pour la fortie.
HA [L'AurTeur s'étend fort peu fur les motifs & les circonftances de fon fé-
r dans l'Ifle de Banda. Il y avoit été envoyé par Middleton pour y jetter
es fondemens du commerce, & fa commiflion ne peut avoir été fans fuccès,
juifqu'il y pañla cinq mois entiers. Le caraétère doux & fociable des habitans
Bontribua prefqu’autant à l'y retenir que le foin de fa cargaifon. Dans le def-
in qu'il avoit de recommencer plus d’une fois le voyage des Indes, il prit
MMette occafion pour apprendre la Langue; & quoiqu'il fe confeffe bien éloi-
Mihé d'y avoir réufli parfaitement , il fit aflez de progrès pour fe croire en é-
%t de voyager déformais fans interprête. Les Anglois de fon bord ne trou-
wèrent point dans les femmes de Nera cette averfion pour leurs carefles qu'ils
k avoient
à (a) Thomas Clayborne, Auteur de cette
“lation, [étoit un des Faëteurs du Vaiffeau,
n'écrivoit rien fans le communiquer à fes
mpagnons de voyage.] CetteRclation eft dans
Colleétion de Purchafl. Vol. I. pag. 185.
(b) Le Traduéteur fupprimeicile jou du
k oyage depuis l'Angleterre aux Indes, mais
à ne contient rien d’intéreffant. En voici l'Ef-
Mentiel. La Flotte partit d'Angleterre au com-
…. mencement d'Avril 1604. Le 24 elle fe trouva
le lendemain on voulut aller apprendre de fes
nouvelles, mais il n'y eut pas moyen de s'ap-
procher de l'Ifle. Le 16 de Mai on pafñfa la Li-
gne, & le 13 “a Jui on fut à 15 lieuës du
Cap de Bonne-E pére Le 17 on jettal'an-
cre dans la rade de Suldanna, où feize mala-
des, aïtaqués du fcorbut, recouvrèrent leur
fanté. Cole, Pilote du Heëtor, fe noya dans
cet endroit. L'on en partit le 20 d'Août, &le
23 de Décembre l’on jetta l'ancre dans la ra.
de de Bantam, où l'on trouva fept Vaifleaux
Hollandois & trois ou quatre Pinaffes. R.d.E.
près de l'Ile de Mai. L'on defcendit à terre,
; un Marchand fut enlevé par les Habitans;
II. Part.
re
É
“%
{
Henxur
MibbLETON,
160%.
Séparation de
la Flotte An-
gloife à Baa-
tan,
Situation de
l'Ifle deBanda,
Double en-
tréc du Port.
Séjour deCol-
thurft äNera.
Il apprend la
langue du
Pays.
Henni
MipDLETON,
1605.
Vents & cit-
nat de Banda,
Maladie des
Anglois.
Ils quittent
Banda.
IesCélèbes,
Colthurft re-
vient à Ban-
tan,
Il y retrouve
deux Vaif-
feaux de la
Flotte,
Soupçons de
Colthurft,
34 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
avoient remarquée jufqu'alors dans les autres lieux qu'ils avoient. vifités, ni ain
dans les maris & les pères autant de délicatefTe ou de jaloufe qu'à Bantam, Æ, ;
& dans l'Ifle de Sumatra. L'Auteur laifle entendre que, pour je faciliter lé. nire
tude de la Langue, Colthurit forma des liaifons fort étroites avec plufieurs e ja
femmes Indiennes, fans que perfonne lui fitun crime de fes galanteries. Mais mo
il ne cache point qu’elles écoient beaucoup plus fenfibles à l'intéréc qu'àla Géto
tendreffe, & que la facilité des pères & des maris paroifloit Venir de la mé. oi
me caufe. Les vents contraires favorifèrent auffi l'inclination de Colthurft |
our la Langue ou pour les femmes du Pays.] Ils furent extrêmement varia-
Êles depuis le milieu de Mars Ve de milieu d'Avril. Enfüuite ils fe fixèrent,
pendant quatre mois, entre l'Éft & le Sud-Oueft. Les Habitans affüroient
qu'ordinairement cela duroit cinq mois; que pendant cinq autres mois, ils
n'étoient pas moins conftans entre l'Oueft & le Nord-Oueft, & que les deux
mois de refte font fujets à des variations continuelles. Dans l’abfence de la
Lune, l'air eft fort humide à Banda, & les pluies trés-fréquentes. Quelques
qualités qu'on veuille leur attribuer, il eft certain, füuivant l'obfervation de
l'Auteur , qu’elles font capables de caufer des maladies dangereufes aux Eur
ropéens. Les Anglois s'en reffentirent. [Mais comme l’Auteur avoue qu'ils.
fe livrèrent à toutes fortes d'intempérances, il femble que , fans accufer l1
luie, cette caufe fuflit feule pour expliquer la perte d'un] grand nombre de
atclots Anglois, qui moururent prefque tous de la diffenterie.
CoLTuursT partit enfin de Banda le 21 de Juillet. Le lendemain il tom-
ba vers l'extrémité méridionale de Burvo. Quatre jours après, il commença
à découvrir l’Ifle de Defelem, au Sud de laquelle il s’approcha, en laiffant de
l'autre côté fept petites Ifles. Il continua de côtoyer Defelem à l'Oueft juf.
u’au fixiéme degré dix minutes de latitude. Enfuite, fans changer de vent
& de courfe pendant dix-huit lieuës, ils allèrent tomber près des Bas-fonds,
qui font à la pointe Sud-Oueft des 1fles Célèbes. Ils fe dégagèrent heureufe-
ment de ce dangereux pañlage, dont l’extrémité méridionale eft au fixième
degré de latitude, & leur navigation fut continuée vers l'Oueft, HN
Le 16 d'Août ils arrivèrent dans la rade de Bantam, où ils furent furpris M
de retrouver l’Amiral. [Colthurft ayant amené de Banda une Indienne qui.
l'avoit fuivi volontairement, les Officiers du Port lui firent un crime de cette
liberté, qu’ils traitèrent d'enlèvement, & l'affaire fut portée devant le Roi.
Mais ce jeune Prince, après avoir entendu l’Indienne, décida qu’on ne pou:
voit l'empêcher de fuivre fon inclination. Elle avoit paru défefpérée de fe
voir éloignée, pendant quelques jours , des Anglois, & fa joie ne fut pa
moins vive lorfqu’elle leur fut rendue.]
Les trois Vaifleaux s’arrêtérent encore jufqu’au 6 d'Oétobre pour achever
parfaitement leur cargaifon. [Colthurft devenu fort cher aux Indiens depuis
u'il s’étoit mis en état de leur parler & de les entendre, fut vivement pref
é de demeurer parmi eux. Leurs inftances devinrent fi forces que malgré les
apparences d'amitié dont elles étoient couvertes, elles lui firent foupçonner
des vûes plus profondes. Il s’imagina qu'ayant marqué de la curiofité pour ke
approfondir leur gouvernement & leurs ufages, il pouvoit leur avoir fait naî-
tre quelque défiance de fes intentions ; ou du moins que leur politique étoit
capable de leur faire fouhaiter qu'il ne portât point en Europe trop d’éclair
cillcmens & de lumières fur la fituation & les propriétés de leur Pays. Li
craint
UX
ient vifités, ni
2 qu'à Bantam,
r je faciliter lé.
y avec plufieurs
alanteries. Mais
l'intérêt qu'à la
venir de la mé.
nn de Colthurit
'émement varia-
e ils fe fixèrent,
bitans affüroient
autres mois, ils
& que les deux
s l’abfence de la
entes. Quelques
l'obfervation de
ereufes aux Eu-
eur avoue qu'ils
fans accufer la
rand nombre de
crie.
ndemain il tom-
s, il commença
a, en laiflant de
m à l'Oueft juf:
hanger de vent
s des Bas-fonds,
rérent heureufe-
> eft au fixième
eft.
ils furent furpris
e Indienne qui:
1 crime de cette
e devant le Roi
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défefpérée de fe
joie ne fut pa
bre pour achever
x Indiens depuis
t vivement pref
s que malgré les
rent foupçonner
curiofité pour
r avoir fait nai-
r politique étol
pe trop d’éclair:
leur Pays. Li
craint
Ÿ INDES ORIENTALES, Liv. IL Cuam ll 35
rainte d'étre arrêté malgré lui, contribua autant que le fuccès de fa cargai-
Ton à lui faire lever l'ancre deux ou rois jours avant l'Amiral.] Ils fe rejoi-
nirent le rs de Novembre, au trente-unième degré quarante-huit minutes
de latitude. Le même jour il fe trouvèrent, par la négligence des Pilotes,
moins de deux coifes d'un rocher qui leur caufa beaucoup de frayeur, Il
n'étoit pas couvert d’une braffe d'eau. Dans tout l'efpace qu'il occupoic, l'eau
oiffoit brune & bourbeufe, mais autour des deux Vaifleaux , elle écoit aufi
jre & aufli épaifle que fi elle eût été mélée de terre; & , dans quelques en-
its, elle fembloit bouillonner. La variation de ce lieu eft de trente-un de-
és, en diminuant du Nord à l'Oueft.
Le 16 de Décembre, aux premiers rayons du jour, la Flotte cut la vûe
s Côtes d'Ethiopie, à la diftance d'environ douze lieuës. Le 26, ils arri-
rent au trente-quatrième deg é treize minutes de latitude, où l'impétuofi-
du vent fépara Colthurft de l’Amiral. Il continua fa navigation fort heu-
Teufement, & doublant de même le Cap de Bonne-Efpérance, il prit la ré-
qu de relâcher dans la Baye de Saldanna, pour y attendre fes Compa-
s: mais fa furprife fut égale à fa joie , lorfqu'après y avoir apperçu deux
fafeaux à l'ancre fans avoir pû d’abord les reconnoître, il découvrit enfin
c'étoient l'Amiral & l'Heétor,
ELUI-C1, qui étoit parti de Bantam avec la Sufanne, il y avoit plus de
E mois, avoit effuyé toutes les difgraces de la Mer ; mais plus heureux néan-
Dins que la Sufanne : il l’avoit vûe périr, fans qu'il s'en fût fauvé un feul
mme (c). Enfüuite ayant continué d'être le jouët des vents, il avoit été jet-
ia quatre ou cinq lieuës du Cap de Bonne-Efpérance, avec dix hommes
Bi lui reftoient de cinquante-trois. Fos dix malheureux, épuifés de maladie
ide fatigue, ignoroient dans quel lieu du mondeils étoient, lorfqu’un bon-
Meur prefqu'incroyable leur avoit fait rencontrer l’Amiral à la hauteur du
Gp. Ils étoient arrivés depuis deux jours dans la Baye de Saldanna, où l’ex-
mité de leurs befoins les avoit fait defcendre aufli-tôt dans la petite Ifle
eft à l'entrée de cette Baye. Les veaux marins, qui s'y trouvent en a-
Mändance, avoient été leur premier rafraîchiffement. Colthurft, dont les
vifions commençoient aulli à manquer , profita de celle qu'ils avoient dé-
faite d'un grand nombre de ces animaux.
IDDN étoit au fix de Janvier. L'Amiral délibéra s’il devoit pénétrer avec fa
te réunie, jui u’au fond de la Baye, ou remettre à la voile pour gagner
le de Sainte-Hélène. Sa pitié pour les malheureux reftes de l’Heétor lui
fitiprendre le premier de ces deux partis. Des dix hommes qui compofoient
encore ce trifte Equipage, il en mourut deux dès les premiers jours. L'Ami-
ral & Colthurft prirent chacun fur leur bord une partie des malades, & mi-
t à leur place un nombre füffifant d’autres Matelots. La facilité qu'ils trou-
rent à lier commerce avec les Négres du Pays, leur procura bientôt des
mens & d’autres fecours. Dans l’efpace de dix jours, ceux qui paroifloient
urans à leur arrivée, furent affez rétablis pour demander eux-mêmes, d’al-
refpirer un meilleur air à Sainte-Hélène.
à , , ,
ON leva l'ancre le 16 au matin, [& l'on
Le ù pañfa entre l'Ifle de Penguin & le
Continent. ]
(ce) Angl. il perdit de vücla Sufanne, dont on n'eut plus aucune nouvelle, R, d.E,
E 2
Héwar
Miopieron
160$.
Les Anglois
artent de
antan,
La tempête
les fépare,
Ils fe retrou
ventäla Baye
de Saldanna,
Naufrage de
la Sufanne.
Extrémité de
"Hcétor.
1606,
La Flotte fe
rétablit dans
la Baye.
Elle part pour
l'Ifle de Sain-
te-Hélène,
Henat
MibbL£Ton,
1606,
Inquiétude de
l'Arniral pour
l'Heétor,
L'Hcfor tc-
joint l'Amiral;
fon retour en
Europe,
36 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Continent.] L'Amiral étant forti le premier de la Baye, fut rejoint le jour
fuivant par l'Afcenfion: mais après avoir vû quelque tems l'Heétor à leur
fuite, ils furent furpris de le voir difparoître. Îls paflèrent inutilement tout
le jour à s'attendre, Cependant comme le vent n'avoit rien de redoutable, ils
remirent à la voile fans inquiétude, jufqu'au 31 de Janvier, Se trouvant au .
feizième degré de latitude, ils conçurent qu'ils devoient être peu éloignés de * À
Sainte-Hélène. L'Amiral qui commençoit à s'allarmer pour l'Hcétor, jetta
l'ancre à cette hauteur fur vingt-huit braffes de fond. Après y avoir pañé
le refte du jour & la nuit fuivante , il continua d'avancer à petites voiles,
jufqu'à une heure après midi, qu'il découvrit l'Ifle de Sainte-Hélène. Il en
étoit à douze ou treize lieuës. L'impatience qu'il avoit de revoir l'Heétor,
li fit encore mouiller Lol ee lendemain. Il ne concevoit point ce M
qui avoit pû retarder fa courfe dans un cems fi favorable, Enfin n'efpérant
lus rien de fes foins, il s’approcha du Nord de l'Ifle, & vers midi il jetta
’ancre dans la Rade, fur dix-fept brafles de profondeur.
L'Isze préfente au Nord-Eft une pointe de terre, & au Nord-Eft quart 4 "
l'Eft une montagne qui fe termine en pointe ,au fomm, "de laquelle on a plan-
té une Croix. La Chapelle que les Portugais ont bâtie depuis long-tems, eft
dans une vallée remplie d'arbres, qui regarde le Sud-Eft. L'autre pointe eft
au Sud-Oueft. [C'eft dans les bois qui font au deflus de cette dernière pointes; LA
qu'un Hermite Portugais Fait fa demeure. L’Amiral qui l'avoit connu dans neuviè
le voyage de Lancafter, ne put réfifter à la curiofité de le revoir. 11 le l'Eft à
retrouva dans fa cabane, mais fi changé , que nele croyant pas éloigné de fa tuent g
fin, il lui propofa de venir recevoir fur la Flotte des fecours qui pouvoient êche
rétablir fa fanté. Ses préventions contre la Religion des Anglois ne lui per- qu'
mirent point d'accepter cette offre. Dans l'état de langueur où ils le laifré- la Ma
rent à leur départ, fa vie ne pouvoit être de longue durée.] | quide
Le 3 de Février, on découvrit vers le foir un Vaiffeau qui s'approchoit # dévore
au Sud de l'Ifle, & qu'on reconnut enfin pour l'Heétor. Le vent étant à "M tie des
l'Eft, il eut beaucoup de peine à gagner la Rade. [L'accident qui l'avoit:. merce
arrêté, étoit une voie d'eau, dont les Matelots ne s’étoient apperçus qu'a: M les plu
près le départ, & qui l’avoit forcé de retourner à l'Ifle de la Baye , où il 4 rais OÙ
avoit eu befoin de trois jours pour fe mettre en état de fupporter la navigae #4 &6rs,
tion.] Après avoir pris de nouveaux rafraîchiffemens à Sainte-Hélène , la Æg=E toit
Flotte en partit le 11 avec un vent Eft-Nord-Eft, & porta direétement au L que les
Nord-Oueft. [A la referve de plufieurs calmes, qui l'arrêtèrent quelquefois: toit mé
quatre jours entiers, elle fut fi heureufe dans le rette de fa courfe , que fans celui à
avoir mouillé dans aucun Port ,] elle arriva aux Dunes le 6 de Mui. j de à 5
<l
Eatitudes 6Ÿ Variations. D syctier
o Deg Min. La pre
Rade de Saldanna . . . . . . . … . . , . . 933 56 venda
Pointe Sud-Oueft des Célèbes . . . . . . . . . - 6 cou le. L:
Noôe fous PEU. à 0 4 6 + 6 ce ee 6 à gi 48 0 ces de
Variation près du Roc . , . … . . . . . . . . 91 oo MN nés,c
Nord-Ouelt de Sainte-Hélène . , . . . . . . . . 16 oo
Variation à Sainte-Hélène . … . . . . . . 4 . . 7 45 (a)l
l'Origin:
J X
ces le jour
cétor à leur
ilement tout
edoutable , ils
trouvant au |
u éloignés de
Icétor, jetta
avoir pale
etites voiles,
élène. Ilen
ir l'Heétor,
oit point ce
in n'efpérant
| midi il jetta
J-Eft quart à
Île ona plan-
ng-tems, eft
re pointe eft
rnière pointe}
connu dans
evoir. Ille
éloigné de fa
ui pouvoient
is ne lui per-
ils le laïfè-
ent étant à
perçus qu'a-
Baye , où il
r la naviga.
Hélène , Ja
cétement au
t quelquefois:
e , que fans
ai.
Deg. Min.
33 56
6 co
31 48
QT 00
16 O9 =
Z 45 és
s'approchoit
t qui l'avoit: »
INDES ORIENTALES, Lav, III, Car, LH. 37
Supplément aux deux Rélations prévédentes (a).
Voyages, avoit laifTé pour Faéteur à Bantam, Edmond Scot , avec or-
dre de prendre adroitement toutes les informations qui pouvoient être utiles
au commerce des Anglois, Scot étant revenu avec Middleton, fon Mémoi-
re ne fut point imprimé à Londres avec les deux Relations précédentes, [par-
ce que l'intérét de la Compagnie ne permettoit point encore de publier des
lumières dont elle vouloit recueillir tout le fruit.] Mais Purchaff (b) n'a
pas fait difficulté de l'inférer dans fon Recueil, comme une piéce d'autant
plus curieufe, qu'elle contient l'origine & les circonftances des différends qui
s'élevèrent aux Indes entre les Anglois & les Hollandois, & qui portèrent
“un coup irréparable au commerce d'Angleterre. [On y trouve auffi plufieurs
M particularités très incéreffantes fur l'Ifle de Java, & fur les mœurs, lé carac-
tère, & le génie de fes Habitans; de forte qu'on peut la regarder comme
un excellent fupplément aux deux Voyages À hr 58
La Grande Dava, où Bantam eft fitué, eft une Ifle donc le centre eft au
neuvième degré de latitude. Elle a cent quarante-fix licuës de longueur de
l'Eft à l'Oueft, & nonante de largeur, du Sud au Nord. Soncentre ne con-
tient guères que des montagnes, mais d'une hauteur médiocre , & qui n'em-
êche pas qu'en plufieurs endroits [on ne puifle y monter à pied ou à cheval
qu'e ” ne foient habitées, du moins celles qui ne font pas éloignées de
la Mer. Les autres fervent de retraite à toutes fortes de bêtes farouches,,
qui défcendent fouvent dans les plaines, & jufques fur le rivage, où elles
dévorent toûjours quelques Habitans. Vers les Côtes , la plus grande par-
tie des terres eft bafle & marécageufe. Les principales Villes pour le com-
merce, ont leur fituation au Nord & au Nord-Eft de l’Ifle. On nomme pour
les plus célèbres, Chiringin, Bantam, Jacatra & Jortan où Greefy. Les ma-
rais où elles font fituées rendent l’air fort mal-fain, fur-tout pour. les Etran-
ers, & ne produifent point d'autres marchandifes précieufes que le poivre.
étoit à Bantam qu'il fe raffembloit de toutes les parties de l'Ifle , [avant
L que les Hollandois l'achetaffent indifféremment par-tout.] On y en appor-
toit même de divers autres pays; ce qui rendoit le marché fort fupérieur à
celui d’Achin, & fans exception le plus confidérable de toutes les contrées
de l'Inde.
BaNTaM a dans fa longueur environ trois milles. I eft fort peuplé. Il
s'y tient chaque jour trois marchés; un le matin, & deux dans l'après-midi.
La preffe y eft fort grande, fur-tout à celui du matin. Cependant il ne s’
vend aucune forte de beftiaux, parce qu'il n'y en a point de privés dans l’If-
le. La nourriture commune eft le ris, la volaille & le poiflon. Les édifi-
ces de Bantam font de bois & de cannes, c’eft-à-dire fort légers ; mais or-
nés, chez les Seigneurs, de fculptures & de vernis qui leur donnent de l'é-
clat.
7 (L) Voyez Purchaf] ‘s Pilgrims Voi. L.
pig. 164.
E 3 ‘
(a) Le Chapitre HI commence ici dans
l'Original Anglois. R, d. E.
Ancaîter qui commandoit la Flotte Angloife dans le premier des deux :
Enmono
Scor,
1602,
Edmond Sent
Faëteur à Ban:
tam y écrit fes
obfervations.
Situation &
qualité de l'If.
le de Java,
Defcriptiorde
Bantam,
38 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Enmowv clat On voit dans quelques maifons une grande chambre de brique , dont
Scor. … Je feul ufage eft pour mettre les meubles à couvert dans le cas d'un incendie, - ca
160% Ji coule dans la Ville quantité de petits ruifleaux, Le Port eft für & com. "4 joues |
mode, Enfin f l'induftrie ne manquoit point aux Habitans, on pouroit fai. : “ el
re de Bantam une des plus belles Villes des Indes, Elle eft environnée d'un cé des :
* mur de brique , qui elt flanqué par intervalles de tours & de boulevards. A une lés
Les Habitans affürenc que cette muraille a été bâtie par les Chinois ; & fi \eête, &
l'on en juge par fes ruines, qu'on néglige de réparer, elle doit être fort
ancienne, , à
Ville Chi: Las Chinois ont à l'extrémité de Bantam un quartier , qui porte le nom
nolie,près de Je Ville Chinoife. Elle n'eft féparée de l'autre que par une Rivière, qui
enticrer
robe ou
Peuple
des rein
dis coule de-là au Palais du Roi, d'où elle fe répand dans la grande Ville, Cet- leurs, |
te Rivière eft affez grande pour recevoir avec la marée, des Galères & des plufieur
Barques chargées. Ville Chinoife eft bâtie prefqu'entièrement de briques paille ,
entremélées de cannes qui fe croifent. Les maifons font quarrées, &plates #Ù l'ixilité
au fommet. Mais aufli-tôt que les Anglois y eurent porté leur architecture, } 5mmes
les plus riches Flabitans s'empreffèrent de la fuivre. [Les Hollandois & les} ont ord
Anglois ont auffi leurs logemens dans cette Ville; leurs Maifons ne diffé- cette fo
rent des autres qu'en ce qu'elles font plus grandes & plus hautes. Les. Hol- celle de
landois en ont bâti une qui eft coute de brique ; elle leur a couté beau- chevaux
— ! hommes
1 "Roi de Bantam jouit d'un pouvoir abfolu. Depuis la dépoñition & la ke, &c
mort de l'Empereur de Damake, il eft regardé comme le plus puiflant Roi La 1
de l'Ile. Ses Sujets font d'une fierté extrême, quoique la plûpart foient fort M des perf
pauvres, C'eft la pareffe qui caufe leur indigence. Les Chinois plantent, dans leu
cultivent & recucillent le poivre. Ils fément aulli leris; & l'avantage qu'ils © un Prop
tirent de ces emplois fous des maîtres indolens, leur fait compter pour rien
d'être regardés comme leurs efclaves. Un Javan pouffe l'orgueil fi loin qu'il & qui «
ne fouffriroit pas que fon égal fût aflis d'un pouce plus haut que lui. Le ca- Diable,
Licheté des raétère général de la Nation eft la lächeté & la vengeance. Quoique tous les “ obligés
favans dans naturels de l'Ifle foient grands & robuftes , s'ils prennent querelle, ils em. \ qu'à Die
ce, "8%" ployent ordinairement toute leur adrefle à faifir l'avantage du tems ou du M “Les
ieu; & fondant fur leur adverfaire, ils l'affaflinent fans lui laiffer le. moyen Æideux fé
de fe reconnoître. Leur Loi pour le meurtre eft de payer une amende au autre, e
Roi. N'ayant pas d'autre frein, les parens & les amis du mort ne manquent La pauvr
point de tuer aufli le meurtrier, tandis que le Roi s'affige rarement d'une vec avid
multiplication de crimes qui augmentent fon revenu. L'arme ordinaire des kgfans de
Leurs armes Javans eft un poignard qu'ils appellent crife, long d'environ deux pieds. La MU corromp
dans l'If)
Peuple ;
de fa bo
pt opt plûpart en enioifonnent le fer dans la trempe, de forte que de mille blefu-
| res, il n'y en a prefque pas une qui ne foit mortelle, La poignée ou le
manche de ce funefte inftrument eft de corne ou de bois , travaillé affez ha-
bilement pour repréfenter la forme du Diable, à qui la plûpart des Javans M plus d'ur
rendent des adorations. A la guerre, ils font armés de piques, de dards & 4 partie de
de targettes; [quelques-uns ont appris depuis peu à faire ufage du Mousquet,K 1 vans éto
mais ils le manient affez mal-adroitement ]. | | à
Leurs maria. . La Loi des mariages borne les hommes à trois femmes: mais cet ufage
ges & leurs eft refferré par une autre Loi, qui oblige les hommes de naiffance libre à M se : ss
Ie donner à chacune de leurs femmes dix Éfclaves pour la fervir. Auñila po- chair hum:
ligamic
X INDES ORIENTALES, Liv, III Cnar, IL 39
que , dont iramie n'eft-elle commune parmi les Seigneurs & les plus riches Mar-
in incendie, chande, qui ont d'ailleurs la libéré d'ufer indifféremment de toutes les Ef-
dr & com. % cjaves qu'ils donnent à leurs femmes. [fi celles-ci font convaincues d'adulté-
pouroit fai : ÆÙ ciles font dabord punies de mort aufli-bien que leurs galants, L'autori-
onnée d'un "des Maîtres fur les Efclaves eft telle, qu'ils peuvent les fajre mourir pour
boulevards, " ;% jugère faute, ] L'habit des perfonnes de diftinétion, eft un curban fur la
nois ; & fi rète, & une fimple piéce de calico autour des reins, Ils ont le refte du corps
t étre fort entiérement nud; quoique dans certaines occafions ils portent une forte de
robe ou de cafaque, qui eft de velours ou de quelqu'autre étofFe de foye. Le
rte le nom Peuple a la tête couverte d'une tocque de velours, ou de taffecas, Autour
ivière, qui
Ville, Cet-
lères & des
des reins, ils ont en forme de ceinture un pagne, ou une piéce de deux cou-
leurs, large d'une aune, dont l'étoffe vient de Clyn, où l'on en fabrique de
lufieurs fortes. Ils ont dans l'Ifle même de Java, l'invention d’une toile é-
de briques paiffe, de cocton ou de feuilles d'arbre , dont ils pouroient tirer beaucoup
s, &plates Ù d'urilité ; mais leur pareffe fait qu'ils s'en trouve fort peu. La vanité des
chiteëture, :"" j}ommes les fait aller fouvent tête nue, pour montrer leurs cheveux, qu'ils
dois & les} ont ordinairement fort épais & forc bouclés, Les femmes fe donnent auffi
18 ne diffé- cette forte d'agrément; & leur chevelure étant beaucoup plus longue que
. Les, Hol- celle des hommes, elles la portent flottante, & noude comme la queuë des
couté beau- chevaux l'eft en Europe. Elles ont à la ceinture une piéce d'étoffe comme les
hommes, mais elles y joignent une forte d'écharpe, qui leur palfe fur l'épau-
fition & la le, & qui tombe négligemment par derrière,
uiflant Roi LA Religion dans l'Ile de Java n'eft guères refpeétée que des Grauds &
t foient fort des perfonnes riches, Ils fréquentent peu les T'emples; mais ils entretiennent
s plantent, " dans leurs maifons des Prêtres Mahométans. Ils honorent Jefus-Chrift comme
antagequ'ils M4 un Prophéte, fous le nom Arabe de Nabi-[fa, qui fignifie le Propbéte Pi
r pour rien # Le Peuple fe borne à reconnoître un Dieu, qui a créé le Ciel & la Terre,
fi loin qu'il & qui eft fi bon qu'il ne peut caufer aucun mal. Mais ils admettent aufli un
il. Le ca- Diable, qui eft le principe de tout mal, & fi porté à nuire, qu'ils fe croyent
ique tous les # obligés de lui rendre autant d’adoration pour calmer fon humeur maligne,
e, ils em 4 qu'a Dieu pour obtenir fes bienfaits.
tems ou Cu 7 Les excès d'incontinence font également communs à Bantam dans les
le. moyen deux féxes. [ Un homme riche fe procure aifément les objets de l'amour d'un
amende au autre, en cherchant quelque prétexte pour lui prêter de l'argent; parce que ]
e manquent Ja pauvreté, qui eft commune à tous les Habitans, fait accepter les prêts a-
ent d'une vec avidité, ue Ja Loi autorife le Créancier à faifir la. femme & les en-
dinaire des Xf-fans de fon Débiteur, [ Tous ceux qui éxercent quelqu'emploi, fe laiffent
ieds. La corrompre par des préfens.] Le penchant au vol R un vice prefque général
mille bleflu- "7 dans l'Ile de Java. Les premiers Seigneurs n'en font pas plus exempts que le
rnée ou le
é affez ha-
des Javans
Peuple; & l'étude d'un Etranger doit être continuellement de veiller au foin
de fa bourfe & de fon bagage. A l’arrivée des Anglois, on ne comptoit pas
plus d’un fiécle jufqu’au tems où les Chinois avoient apporté dans l'lile une
de dards & 4 partie de leurs goûts & de leurs ufages. Avant cette communication, les Ja-
Mousquet,K# " vans étoient fi barbares, qu’à peine vivoient-ils en fociété (c). Ilsontconfervé
si de
s cet ufage
ce libre à « (c) l'Original dit que la Barbarie des Ja- Colleétion remarquent que Scot avance ce fait
Auffila po- #_ vans confiftoit en ce qu'ils fe nourriffoient de un peu trop légèrement; car outre qu'il n'eft
Li A # chair humaine, Sur cela les Auteurs de cette pus encore bien décidé, s'il y a réellement des
ganu 4 peuples
Evmonn
Scor,
1602.
Leur Religion:
Ils (ont fans
mœurs,
Voleurs.
40 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
de leur ancienne barbarie une extrême averfion pour le travail. [ Ils aimentt#
fort la Mufique.] La plûpart pañlent le jour affis à terre, & les'jambes croi. #4 po pe
fées, à couper un petit bâton, ou à perfectionner le manche de leur crife, MMMOu qu'118
ce qui les rend prefque tous fort bons Sculpteurs. Leur indolence & leur oifi: "# " Lx 3h
veté n'empêche, pas qu'ils ne mangent eh np Mais elle les réduit ME: 11°
au ris, aux racines & à la pêche pour fa
la chaffe, ou quelque travail pour la nourriture & l'entretien des beftiaux,
pouroit leur procurer de meilleurs alimens. Entre les fruits de la terre , ils
ont les feuilles d'un arbriffeau qu'ils nomment Betel, & qui préparées avec
la noix de ( d ) Pinango, forment une compofition dont ils font leurs délices.
La qualité en eft fort chaude. Ils en mâchent continuellement: pour s'échauf-
fer l'eftomac & fe préferver de la diffenterie. Ils n'ont pas moins de pañlion
pour le tabac & pour l’opium.
Comme ils manquent de génie pour le Gouvernement & pour les affaires "8
politiques, la plûpart des grands emplois font occupés à Bantam par des In- !"
diens de C/yn, qui ne réufliflent pas moins à s'enrichir qu'a s'élever aux hon-
neurs. Cependant les plus grandes richeffes tombent entreles mains des Chi-
nois, par l'extrême habileté qu'ils ont pour le commerce. Il n'y apoint de
finefles & de rufes dont l’ufage ne leur foit familier. Ils font humbles, mo-
deftes , infinuans , capables de fouffrir toutes fortes d'injures & de fuppor- :
ter toutes fortes de travaux. Mais s'ils deviennent Javans, comme ils y
font quelquefois forcés pour éviter le fupplice après avoir commis quelque
crime, ils contraétent alors toute la fierté & la parefle de ceux dont ils
prennent l’habit, & dont ils embraffent les principes & les ufages. Il eft
difficile d’ailleurs de juger quelle eft leur Religion. Ils font partagés en plu-
fieurs feétes; mais dans chaque parti, la plûpart font Athées. Ceux qui fe
diftinguent le plus par leurs pratiques religieufes, font profeflion de croire
qu'après la mort ils doivent pafler dans d’autres corps, pour être riches &
honorés s'ils ont bien vécu, & pour éxercer les plus vils métiers, ou pour
animer quelque bête méprifable (e), s'ils ont irrité le Ciel par leurs crimes.
Aux nouvelles Lunes, ils font divers facrifices par le feu, où toute la viéti-
Leurs facri- me eft confumée. Leurs prières font une efpèce de chant ; accompagné du
fices. fon d’une petite Cloche, qu'ils fonnent enfuite de toutes leurs forces lorfqu'ils . #
font à la fin de la cérémonie. Ce qu'ils brûlent néanmoins n’eft ordinaire.
ment que du papier qu'ils taillent en diverfes figures, car ils mangent les vian-
des qu'ils ont offertes au Ciel, &: l'holocaufte ne fe fait parfaitement que
dans les cas d’une nécefñité preffante, où le Ciel leur paroît fourd à leurs
invocations. L’Auteur leur ayant demandé plufieurs fois à qui ils les adref-
foient , ils répondirent toûjours que c’étoit à Dieu. Mais les Mahomé-
tans prétendent que c’eft le Diable qu'ils invoquent , & que la honte les
empêche d’en convenir. Plufieurs d’entre eux font fort verfés dans l’Aftro-
nomie & dans Ja Chronologie. ïls n’obfervent point de Sabbat, ni d'autre
jour
Enmonvo
Scor.
1602.
Parefleux,
Gourmands.
. à À al ,
tisfaire leur gourmandife; tandisque ## hine d
f fumigatic
Sans génie
pour la politi-
que.
Leurs em-
plois & leurs
richeffes font
la proie des
Etrangers,
fur-tout des
Chinois,
élèvent
. depuis m
qui dans |
ficux dan
Moant de x
Madrefic à €
nement d
ré LELtOt
otion ur
4 L'an
par deffus
Religion des
Chinois de
Java.
peuples Antropophages, il n’eft guères appa-
rent que fi les Javans euffent été réellement
tels, l’éxemple de quelques étrangers les eut
changé au point que de leur faire perdre ca
peu de tems leur ancienne habitude, & deles
engager à renoncer prefque à toutes fortes de
viandes, pour ñe fe nourrirque de ris. R. d.E.
(4) Je ne change rien à l'Anglois; car nos
Relations nomment cette noix Æreka. R. d.T.
WF(e) Ceux qui font dans ces idées font del:
fc&c de Fo.
que quatri
la dureté
IL Par
X
Ils aimentt# Ml
ambes croi-
: leur crife,
& leur oifi-
e les réduit
; tandis que
es beftiaux,
terre , ils
arées avec
urs délices.
ur s'échauf-
s de pañlion
les affaires
par des In- !
er aux hon-
uns des Chi-
y apoint de
mbles, mo-
de fuppor- :
omme ils y
mis quelque
ux dont ils
ges. Il eft
agés en plu-
Ceux qui fe
1 de croire
e riches &
s, ou pour
urs crimes.
ute la viéti-
pmpagné du
es lorfqu'ils .
ordinaire-
ent les vian-
tement que
d à leurs
s les adref-
s Mahomé:-
a honte les
ans l’Aftro-
ni d’autre
jour
de ris. R. d.E.
glois; car nos
dreka, KR. d.T.
dées font dela
INDES ORIENTALES, Liv. Ill, Cnar. Il. 41
jour privilégié. Seulement lorfqu'ils entreprennent quelque affaire difficile,
“ou qu'ils jettent les fondemens d'un édifice, ils célébrent leur entreprife par
un jour de fête. L'ufage, pour les Chinois riches, qui meurent à Bantam,
ft qu'on brûle leurs corps, & qu'on envoye leurs cendres à leurs amis de la
Chine dans des urnes de porcelaine, Les cérémonies funébres confiftenc en
“fumigations de différentes fortes , auxquelles ils ne peuvent donner d'expli-
sation. Pour réponfe à ceux qui en demandent, ils affürent que c'eft l’ufage
fe la Chine.
Æ ILs prennent beaucoup de plaifir aux fpeétacles, & quoiqu’ils chantent
ort mal, ils aiment la mufique avec pafion. Leurs Comédies femblent faire
bartie de leur Culte religieux, car elles ne fe repréfentent que dans les mêmes
pccafions où j'ai remarqué qu'ils confument toutes leurs viétimes par le feu.
Si le tems eft mauvais, par éxemple, au départ des Vaifleaux qu'ils envoyent
à la Chine, ou de ceux qu’ils en attendent, ils joignent la Comédie à l'ho-
MMocaufte pour folliciter les faveurs du Ciel. Leurs fpeétacles font publics. Ils
élèvent des théâtres au milieu des rues, & le divertiflement dure quelquefois
. depuis midi jufqu’au jour fuivant. Ils ont aufli des Prophètes ou des Devins,
qui dans l'agitation de l'efprit qui les infpire courent fouvent comme des fu-
.rieux dans les rues & les places publiques, l'épée nue à la main, & mena-
Wçant de mort ceux qui manquent de refpcét pour leurs infpirations. On s'a-
refle à eux pour fçavoir le fort des Vaiffeaux qu'on met en mer, & l'évé-
nement de: aures les plus intéreffantes. Si le fuccès ne répond point à leurs
rélétiors ne manquent pas de rejetter le mal fur le doute ou l'indé-
wotion dCi, s “ontultent.
L'uanir des Cintioi Hantam c't une longue robe, avec une cafique
Bpar deffus. [ils fe couvreus 2 re ac clpèce de bonnets, faits de foie ou
Mde poil. Ceux que porcent les y, ue qualité, font de différentes façon; il
en aqui refflemblent à un caapeau , & d'autres n'ont point de bord. Ils ont
Àes cheveux longs, mais ils és nouent au deffus de la tête.] Ils font les plus
efléminés de tous les hommes, & les plus capables d’une aétion lâche &
onteufe. Le vol & l’infamie ne leur coûtent rien lorfqu'il eft queftion: de
enrichir. Ils font hauts & robuftes, les yeux petits & noirs, {ans poil au
ifage. Ils achétent des Efclaves qui leur tiennent lieu de femmes; car ils
’ont pas la liberté d'en amener de la Chine. Lorfqu'ils y retournent , ils em-
Menent avec eux leurs enfans, & vendent les mères. S'ils meurent à Bantam,
XFlé Roi hérite de tous leurs biens. [Si une fois ils fe coupent les cheveux, ils
me peuvent jamais retourner dans la Chine; fans que cependant cela ôte à
À ue . la liberté d'y aller , s'ils ont toûjours confervé entière leur che-
elure.
COx fit à Scot un récit qu'il a cru digne d'entrer dans fon Mémoire. Un
hinois qui avoit paflé plufieurs années à Bantam, & qui avoit acquis d'im-
enfes richefles, fe trouvoit père d’un prodigieux nombre d’enfans. On lui
n connoifloit foixante ,‘ qu’il avoit eus de vingt différentes mères. Il fe dif-
pofoit à quitter Bantam pour retourner à la Chine, & fes femmes étoient
déja vendues. Mais le Roi de Bantam apprit qu’au lieu d'emmener fes enfans,
1 cherchoit aufli à fe défaire du plus grand nombre, & qu’il n’en deftinoit
que quatre au voyage. Sa conduite fut obfervée. Au premier enfant qu’ileut
la Fr d'expofer en vente, un Javan chargé fecrétement des ordres du Roi,
. Part. F a
10
À 4
Enmoxr
Scor.
1602.
Leur ufage
pour les
morts,
Leurs fpeéta-
cles.
L.curs Prophé-
tes,
L'AUTRE
leur caracieic.
Hiftoire d'u:
Chinois. .
Enomonp
ScoT.
1602.
Ordres que
Lancafter a-
voit laiffés à
fon départ de
Bantam,
Querelle des
Anglois avec
les Javans.
42 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fe préfenta pour l'acheter. D'autres achetérent. fucceffivement tout le refte,
Enfin le Roi fit paroître le père devant lui, & feignant d'ignorer fes difpo-
fitions , il lui demanda, entre plufieurs queftions fur fon départ, s'il avoit
déja fait partir fes enfans pour la Chine. Le Chinois confus du reproche au-
quel il s’attendoit, crut devoir faifir l'occafion qu’il avoit de l’éviter. Il ré.
pondit que toute fa famille étoit embarquée. Le Roi prenant une contenance
furieufe, le traita d’impofteur, qui avoit fans doute des vûes pernicicufes à
l'Etat dans lequel il s’étoit enrichi ee Ôfoitemployer le menfonge pour
déguifer fa conduite, & le fit charger de fers, En même tems fe faifant prc-
fenter une Requête au nom des cinquante-fix enfans qui avoient été vendus :
our l’efclavage, quoique nés dans une condition libre, il feignit de fe ré-
jouir pour l'intérêt du Ch-:ois que ce crime ne fût pas digne de mort; mais
il lui fit déclarer que c’étoit une raifon de fe confirmer dans la défiance qu'il
avoit de fes intentions, parce qu'un père capable de vendre fes enfans fans
y étre forcé par l’indigence, ne pouvoit avoir que des vâûes criminelles, & 1"
qu'un foupçon fi jufte le feroit retenir en prifon, jufqu'à ce que le tems ou
d’autres preuves ferviflent à l’éclairciffement de la vérité. Le Chinois offrit
envain de reprendre fes enfans. On lui répondit qu'un père capable de les
vendre , le feroit peut-être de les tuer. Enfin comprenant qu’on en vouloit
à fes richeffes, il prit le parti d'offrir une fomme confidérable pour appai-
{er le Roi. Mais, foit que le chagrin de fon avanture eût altéré fa fanté,
foit qu'on eût avancé la fin de fes jours par quelqu’autre voie, il mourut dans
fa prifon. Le Roi fe mit en pofñleffion de tous fes biens, fuivant le droit é-
tabli; & pour juitifier fes intentions, non-feulement il rendit la liberté aux
enfans qu'il avoit fait acheter, mais après leur avoir accordé une portion de
l'héritage , il les fit élever dans la Religion & les ufages de fa Nation.]
(f) L’AurRaz Lancafter, en partant de Bantam le 21 de Février 1602,
avoit laiffé neuf Anglois dans cette Ville, fous le commandement de William
Stackey. Il y avoit laiffé auñi fa Pinaffe fous les ordres de Thomas Keith, avec
treize Matelots & un Faéteur nommé Tudde, pour fe rendre à Banda. Ce
Bâtiment chargé de différentes marchandifes, s’étoit hâté de mettre à la voi-
le; mais il avoit trouvé les vents fi contraires, qu'après avoir lutté contre
eux pendant deux mois, il avoit été forcé de retourner à Bantam. Ainfi les
Anglois fe trouvèrent au nombre de vingt-quatre, dans deux maifons que
l’'Amiral leur avoit procurées. Elles étoient fi remplies de marchandifes de-
puis le retour de la Pinaffe, qu’ils fe virent obligés d'en mettre une petite
partie chez les Hollandois qui s’étoient ouvert aufli l'entrée de l’Ifle de Java,
& qui avoient obtenu une maifon à Bantam.
AvanrT le départ de Lancafter ,'il s’étoit élevé une querelle entre fes gens
& quelques Indiens. Sa prudence l’avoit appaifée. Mais à peine eut-il levé
l'ancre, & la Pinaffe eut-elle mis à la voile, que les Javans cherchèrent les
moyens de fe venger. Leur première entreprife fut de mettre le feu pen-
dant la nuit à la principale maifon des Anglois par le moyen de plufeurs
flèches enflamées. Il n’y eut qu’une vigilance extrême & des foins conti-
nuels qui purent la garantir de fa ruine. Cependant le retour. de la ?inafle
arrêta
(f) Ici commence Ia 2€, Sc&ion du Chap. IH, de l'Orizinal. R, d. E,
beauc«
ÂVvE0C
es qualit
dies fort
dont ils
‘de la Co
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par les fl:
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Hinfultes &
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à (g)rA
Mes qu'on ce
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ille durér
| X
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rer fes difpo-
ct, s'il avoit
reproche au-
éviter. Il ré-
e contenance
pernicieufes à
enfonge pour
fe faifant pré-
it été vendus
nit de fe ré-
e mort; mais
défiance qu'il
:s enfans fans
iminelles, &
e le tems où
Chinois offrit
ipable de les
n en vouloit
> pour appai-
éré fa fanté,
mourut dans
nt le droit é-
: libcrté aux
ne portion de
Nation. ]
évrier 1602,
t de William
Keitb, avec
Banda.
ttre à la voi-
lutté contre
am. Ainf les
maifons que
handifes de-
re une petite
Ifle de Java,
ntre fes gens
> eut-il levé
rchèrent les
- le feu pen-
de pluñeurs
foins conti-
de la Pinafe
arrêta
1 INDES ORIENTALES, Liv. III.
H
Ce!
Car. IT. 43
Mrréca (g ) les plus témeraires. Mais leur reffentiment s'étant communiqué
(qu'à diver” Seigneurs, il arriva malheureufement pour les Anglois que le
Protcéteur que la Cour leur avoit nommé (b) vint à mourir , & que celui qui
fut fubititué , fe trouva rempli des pee que les mécontens s’étoient
Méfforcés de répandre. Stackey, Chef du Comptoir, avoit commencé à bâtir
pe magafin de foixante-douze pieds de long, & large de 36. Le nouveau Pro-
téteur, fans faire connoître ouvertement fa haine, apporta tant d'obftacle
la continuation de cet ouvrage, qu'il jetta les Anglois dans des dépenfes &
s embarras prefqu'infarmontables. Pour comble d'infortune Stackey fe fi-
les fic expofer dans fa cour avec trop peu de précaution; ce qui les alté-
beaucoup en terniffant leur couleur.
A vec toutes ces difgraces, les Anglois avoient à fe défendre des mauvai-
és qualités du climat, qui fe faifoient déja fentir à plufieurs par des mala-
dies fort dangereufes ; lorfqu'il arriva un malheur commun à toute la Ville,
dont ils eurent particulièrement à fouffrir. Un Capitaine Chinois mécontent
‘de la Cour, déchargea fur Bantam quelques volées de canon qui y caufèrent
un furieux incendie. Quantité de Maifons & de magafins furent confumés
par les flammes. Le Comptoir des Hollandois, où Stackey avoit mis quel-
“ques marchandifes, ne put être fauvé par tous leurs foins. Il perdit de mê-
F une grande provifion de poivre, qu'il avoit retiré dans une maifon Chi-
“oifc. Mais ces deux pertes n’égaloient pas celle dont il fut menacé dans
propre maifon. Le feu s’en approcha fi furieufement, que les barres de
r qui défendoient les fenêtres, en devinrent brûlantes, jufqu'à n’y pouvoir
“toucher avec la main. Cependant la diligence de fes gens arrêta le progrès
à flammes. Mais fon inquiétude fut encore plus vive pour fe garantir des
Mnfultes & du pillage des Javans, qui l’environnoient nuit & jour.
: Dansle cours du mois d'Avril, de l’année fuivante, il arriva dans la Rade
de Bantam neuf Vaifleaux Hollandois, commandés par Wiborne Van War-
ik. Cette Flotte fe divifa prefqu'’aufli-tôt. Deux des plus gros Bâtimens mi-
Sent à la voile pour la Chine; deux pour les Moluques, & trois pour Sortan.
La Pinaffe Hollandoife fut envoyée au Port d’Achin, pour rappeller à Ban-
Æm quelques Vaifleaux qui étoient revenus de Ceylan, où ils étoient allés
mparer d’un Fort Portugais, fous la conduite du Capitaine Spilberg. L’A-
al demeura feul avec fon Vaiffeau, pour les attendre. Pendant le féjour
qu'il y fit, les Anglois eurent beaucoup à fe louër de fes civilités & du fecours
qu'ileut la générofité de leur accorder, Il leur devoit cette reconnoiffance pe :
œeux qu'il avoit reçus du Chevalier Richard Lufon, dans une tempête où :
avoit été menacé du naufrage. Aufli n’épargna-t'il rien pour s'acquitter, par
es foins qu'il prit des Anglois malades, avec lesquels il partagea jufqu’à fa
ovifion de bifcuit & de vin. Ses difcours ne furent pas moins refpeétucux
our la Cour d'Angleterre. Mais l’Auteur remarque que les Hollandois de
Mn Equipage ne traitèrent pas l'Angleterre, & la Reine même , avec tant
e ménagemens. Ils s’efforcèrent de rendre cette Princeffe & fa Nation odieu-
| fe
Ch)
ÆAngl. Ic Proteéteur ou le Tuteur du
Roi. Rd. E,
F 2
nn (g) l'Anglois dit au contraire queles inful-
fes qu'on eut à fouffrir de la part de cette ca-
ille durérent près de deux ans, R, d.E,
ra mal-à-propos que fes plus précieufes marchandifes avoient befoin d'air, .
Evmoxn
Sco’r.
1602.
Autres fujcts
d'embarris.
Incendie de
Bantan,
1603.
Arrivée de
neuf Vaifleaux
Hollandois.
EDMOND
Scor.
1603.
{Amiral de
Bantim favo-
rife les An-
glois,
Leur Comp-
toir s'achéve-
Ils perdent
fur le poivre.
Mort du
l'aéteur Stac-
key.
Danger qui
menace les
Anglois,
44 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fe aux Javans, pe desrécits, où la vérité, fuivant les termes de Scot, n'é.
toit pas moins bleffée que la bienféance.
Les maladies continuoient d’affoiblir de jour en jour les Anglois. Ils per.
dirent Thomas Morgan, leur fecond Faëteur. Stackey fut lui-même attaqué
dangereufement. Les Matelots qui étoient revenus de Banda avec la Pinaffe,
fe reffentoient prefque tous du même mal. [L'art des Chirugiens de l’Euro-:
pe ne füuffifoit pas pour des maladies qui leur étoient inconnues, & perfon.
ne n’avoit la hardieffe d'employer les remédes Indiens qu'ils connoiffoient
encore moins]. William Chafe un des Faëéteurs de la Pinafle , mourut dans
des convulfions violentes, dont on ne put pénétrer la caufe, Vers le même
tems quelques Officiers du Roi vinrent leur défendre de travailler davantage
à leur édifice ; apparement parce qu’ils n’avoient point encore fait de préfent
au nouveau Proteéteur. Mais apprenant que cet Officier & le Scha Bandar
ne jouifloient point d’une faveur affürée, ils portèrent leurs plaintes à Kay
Tamongone Gobay, Amiral, qui étoit par fa bonté le père de tous les Etran-
ers. Ilfut touché de leur fituation. La voye qu'il prit pour les fecourir fut
= donner une grande Fête, à laquelle il invita les principaux Seigneurs de
la Cour. Là, dans la chaleur du plaifir, il fit tourner l'entretien fur l'affaire
des Anglois, en repréfentant combien jl étoit honteux pour le Roi & pour
toute la Nation de traiter avec fi peu dé bonne-foi des Marchands étrangers.
Il protefta que fi quelqu'un les empêchoit d'achever leur maifon, il étoit ré.
folu de leur abandonner la fienne, & de fe loger plutôt dans une cabane que
de violer fa promefle, Enfin fes difcours firent tant d’impreffion fur l’Affem-
blée, que tout le monde s'engagea par ferment à laiffer finir leur ouvrage, &
l'édifice fut bientôt porté à fa perfeétion.
STaAcKkEY craignant que l’arrivée des Hollandois, & l'attente de quelques
autres Vaiffeaux de la même Nation, n'augmentât beaucoup le prix du poi-
vre, en avoit acheté une quantité confidérable; mais comme fon Magafin
n'étoit point encore fini, il avoit payé la marchandife avant qu’elle fût li-
vrée. Les Hollandois commencèrent bientôt leur cargaifon. Dans l’empref:
fement avec lequel ils achetoient tout ce qui leur étoit offert, il fe crut obli-
gé de retirer ce qu'il avoit acheté; fans quoi, peut-être auroit-il rifqué de
perdre fon poivre & fon argent. Mais la même raifon le mettant dans la né-
ceffité de prendre le poivre au hafard, il s'en trouva beaucoup d’une mar
vaife qualité.
La maladie de Stackey fembloit s’irriter par ies remèdes. Il tomba dans
une langueur, qui finit le dernier jour de Juin par fa mort. L’Amiral Hot
landois, conftant dans fes génèreux principes, lui rendit les derniers de-
voirs avec toute la pompe qu’il pût s’imaginer. Le 4 de Juillet, quelques Ja-
vans mirent le feu au grand Marché qui étoit à l'Eft de la Rivière, dans
vûe de piller les effets des Chinois. Cette infame entreprife leur réufit fi
bien, que non-feulement les Chinois y perdirent des biens confidérables , mais
que les Anglois eurent beaucoup de part à leur perte. L’incendie recon-
mença le 27, & ne caufa pas moins de dommage.
LE 5 d'Août, à dix heures du foir, Spilberg , Powlfon, & quelques au:
tres Capitaines Hollandois vinrent avertir les Faéteurs d'Angleterre , qu'ayant
été Je même jour à J’Audience du. Proteéteur , il leur avoit demandé fi la Flotte
dé
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6
INDES ORIENTALES, Liv. II Car. IL.
e Hollande prendroit parti pour les Anglois dans les Re les Javans
ouroient avoir avec eux. Spilberg avoir répondu que les Hôllandois étant
s plus proches voifins de l'Angleterre, il étoit jufte que les deux Nations
entr'aidafTent à repoufler les violences. Le Proteéteur n'avoit pas laifTé d'in-
Biter fur le deffein qu'il avoit de mortifier les Anglois; & faifant beaucou
de plainces vagues, 1l l’avoit prié de ne pas s'offenfer de ce qui devoit arri-
Mer. Un avis de cette importance obligea l’ Auteur de cette Relation, qui étoit
venu le Chef du Comptoir, depuis que les Anglois avoient perdu Stackey,
e fe rendre aufli-tôt chez le Proteéteur, & de lui faire un préfent. Il fut
Ecu à l'Audience, & fon préfent fut accepré; mais le Seigneur Javan dé-
aignant de répondre à fes plaintes, fe contenta de lui dire qu'il le feroit a-
ertir le lendemain de fes intentions. Scoc encore plus allarmé de cette
onduite, eut recours à l’Amiral Hollandois, qui envoya fur le champ fon
ls chez le Proteéteur, pour lui demander des explications fur les menaces
… qu'il faifoit aux Anglois. Illes défavouä. Mais ayant fait appeller Scot le
matin, il voulut fçavoir de qui il avoit appris que fon deffein fût de nuire au
Comptoir d'Angleterre. Scot ne balança point à lui dire qu’il l'avoit aopris
des Hollandois. C’eft donc de quelque Efclave, répondit le Protecteur.
Non, répliqua Scot; c’eft de plufieurs braves Capitaines. Le Javan parut
“fe faire violence pour déguifer fa colère; mais il ajoûta: fi c'étoit quelque
Chinois ou quelque Javan, je le ferois amener fur le champ & poignarder à
os yeux. Après s'être un peu compofé , il fe plaignit avec plus de dou-
“ceur de ce que les Anglois ne s’adrefloient point à lui dans leurs affaires, &
Membloient donner toute leur confiance au Scha Bander ou à l’Amiral. Scot
s'excufa fur fa qualité d’Etranger , qui ne lui permettoit pas de connoître
. ds tous fes devoirs. 11 promit qu'a l'avenir les Anglois n’épargneroient
‘rien pour mériter fes bonnes graces. Cet entretien finit par des protelta-
tions mutuelles d'amitié & de bonne-foi; mais il n’y entroit que de la difi-
#mulation de la part du Proteéteur, qui faigeoit à tirer de l'argent des Fac-
“ueurs Anglois. Quelques jours après, on avertit Scot que le deflein du Roi
… étoit de lui emprunter cinq mille réaux de huit. Il comprit que c’étoit un
“artifice pour l'engager à les offrir volontairement: mais fans s'informer d’où
Hcet avis étoit venu, il prit le parti d'attendre que le Roi les lui fît demander.
buvertement.
A SPILBERG ayant vendu fes marchandifes & chargé fes Vaifleaux de poi-
ivre, mit à la voile pour retourner en Europe. [L'Amiral Warwick fit re-
marquer aux Anglois que ce départ le rendoit beaucoup plus foible, & que
ne pouvant attendre de lui le même fecours, ils devoient fe conduire avec
d4 beaucoup plus de précautions. Cependant ils furent forcés d’oublier ce con-
fil] Le 17 d'Août, ayant mis à l'air quelques marchandifes qui avoient be-
(foin de ce préfervatif, un Javan, Efclave d’un des principaux Seigneurs du
Pays, y jetta quelques méches fouffrées, qu’ils n'éteignirent point fans pei-
e. Dans le premier reffentiment de cette infulte, ils le pourfüuivirent, l’ar-
rétérent, & le conduifirent devant Kay Tomongone , Amiral de Bantam,
qui le fit aufli-tôt charger de fers. Une heure après il s’afflembla près de fa
: prifon un grand nombre d'autres Efclaves, qui entreprirent de le délivrer.
Les gens de l’Amiral parurent avec leurs armes. On fe battit avec chaleur.
Mais les Efclaves ayant été mis en fuite, l'Amiral fit conduire fon prifon-
l 3 nier
45
3
Enmonn
Scor.
1603.
Scot appaile
le Protcéteur.
Apparence
trompeufe,
Malignité
d'un Éfclave
qui caufe de
l'embarras
aux Anglois.
46 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Enmonv nier au Palais du Roi. Les Anglois balancèrent s'ils devoient porter leurs
SCO. plaintes jufqu'à la Cour. Ils n'ignoroient pas qu'il n'y a guères d'autre pu:
J Pan nition à Bantam que celle de mort, parce que le defir de la vengeance eit
PL D. fi vif dans la Nation, qu'un Efclave même regardant tout autre châtiment com.
geance. me un outrage, ne manque point d attenter enfuite à la vie de fon Maître ou
de fon Juge. D'ailleurs le crime dont ils avoient à fe plaindre fembloit ex.
pié par la prifon; ou s'il étoit devenu capital par fes fuites, c’étoit l'Amiral
“Hoicnt
MQue no
# Le
on, :
“ont c
"il fe
uelle
que la pourfuite regardoit comme l'offenfe, Ils furent délivrés de ce doute en &
ii leu
par les follicitations du Maître de l'Efclave , qui étoit un des Favoris du
Roi, & qui ne fut pas long-tems fans obtenir grace. Il étoit lui-même
. . ! . * . ‘ * À f antam
ami des Anglois ; de forte qu’à la fin ils s'unirent à lui pour fauver le cou- Jabitar
pable. AS AUTRE Re Bnc ma
[Dans tous ces différends, ils n'étoient embarraflés qu'a trouver la four-: M oupèr
Les Anglois ce des chagrins qu'on ne cefloit pas de leur fufciter; car malgré la mauvai- rcère
fe déiient du
Proteéteur, 1 Opinion qu'ils avoient des Javans, ils ne pouvoient fe figurer que de fim. *MEn vai
ples Efclaves, avec lefquels ils n'avoient aucun démélé, fe portaflent à fou. fe ; fan
haiter leur ruine, s'ils n’y étoient pouflés par quelque reflort fecret. Leurs té de
foupçons ne pouvoient tomber que fur le Frotcéteur.] Au milieu d'une nuit * fouvent
Infultes qu'ils fort obfcure , tandis qu'ils étoient à chanter les Pfeaumes de 1 Eglife Angli- "MMéhâtimd
TOSSIYENN cane, une troupe de Voleurs vint brifer leurs fenêtres, & feroient entrés prir
dans le Magafin s'ils n’euffent tiré quelques coups de fuiil pour les écarter. "tete per
Scot n'ignorant point les difcours injurieux de quelques Hollandois , auroit Moit ces
fait tomber fur eux fes défiances , s’il ne les avoit quelquefois vûs fouffrir cur dot
eux-mêmes de l'infolence des Javans. Prefque dans le meme tems ils eurent
avec eux une querelle fi violente, qu'elle aboutit de part & d'autre à la mort
de plufieurs perfonnes. À la vérité les Hollandois l'avoient fait naître, par
des excès de débauche, que l'Auteur traite de fcandaleux pour le nom chré- Quc les
tien. Il ajoûte que le caraétère des Matelots Hollandois, lorfqu'une fois ils Roi
ont pris terre dans quelque Port, eft de ne plus connoître aucune régle de 4
foûmiffion ni même de refpcét pour leurs Officiers. Quoiqu'il en foit, s'ils
tuèrent quelques Javans dans le tumulte , ils perdirent deux hommes, qui
furent poignardés de fang-froid par les amis ou les parens des Morts. Ilss’en
plaignirent au Proteéteur, [en prétendant qu'il devoit mettre beaucoup dei
différence entre les fautes qui leur étoient échappées dans l’ivrefle, & des af-
faflinats prémédités.] Il leur demanda quelles Loix ils reconnoifloient dans
leurs Voyages de Commerce, c’eft-à-dire, s'ils en avoient entr’eux, ou s'ils
fe foûmettoient à celle du Pays où ils étoient reçus. Leur réponfe ayant été
que fur mer ils fe gouvernoient par les Loix de leur propre Pays, & qu’à
Plaifante ré- terre ils étoient fujets à celles du lieu de leur féjour: Hé bien , leur dit le
NE er Proteéteur , voici les nôtres. Pour la mort d'un Efclave , on paye vingt
auR “7 réaux de huit; pour celle d’un homme libre, cinquante, & cent pour celle
d'un Noble. [Aïnfi (i), pour vos deux hommes il vous reviendroit deux
fois cinquante réaux: mais comme vous nous avez tué trois Javans qui n'é-
toient
Les JTollan-
dois s'attirent
des querelles,
(i) Ce bon mot du Proteéteur ne { trouve les prier de tenir ce fait fecret, en leur offrant
point dans l'Original, qui ne parle que d’un cependant de leur faire avoir les cinquante
feul homme de tué, & qui dit que toute la fa- réaux qui leur revenoient, KR. d. E,
tisfaétion qu’on accordi aux Hollandois, füt de
UxXx
nt porter leurs
es d'autre pu.
vengeance ef
châtiment com.
: fon Maître ou
e fembloit ex.
c'étoit l'Amiral
is de ce doute
les Favoris du
toit lui-même
fauver le cou.
rouver la four-: M
uré la mauvai-
er que de fim-.
rtaficnt à fou-
fecret. Leurs
lieu d'une nuit !
| Eglife Angli-
eroient entrés
ir Îles écarter, !
ndois , auroit
is vûs fouffrir
tems ils eurent
‘autre à la mort
ait naître, par
r le nom chré-
qu'une fois ils
une régle de
en foit, s'ils
hommes, qui
orts. Ilss’en
beaucoup dei
efte, & des af.
oifloient dans
r’eux, ou s'ils
onfe ayant éte
ays, & qu'à
, leur dit le
n paye vingt
nt pour celle
endroit deux
ans qui n'é-
toient
, en leur offrant
ir les cinquante
Êl
41
INDES ORIENTALES, Laiv. II Cap. Il.
oient point Efclaves, c'eft encore cinquante réaux que vous nous devez, &
ue nous voulons bien vous laiffer à compte. ]
M Le s de Septembre, il arriva au Port de Bantam un Yonc de l'Ifle de Lam-
Mon, qui cit ficuce dans les détroits du Sond. Les Fabitans de cette Ifle
Mont ennemis jurés de celle de Java, X articuliérement de Bantam , quoi-
d'il fe trouve quantité de Javans qui s'aflocient à eux. Leur occupation con-
huile cft le meurtre & le brigandage. Ils entrent audacieufement dans les Vil-
4: & dans les maifons, ils volent en plein jour , & coupent la tête à ceux
ii leur réfiftent. Pendant plus d'un mois qu’ils pañlèrent aux environs de
antam, les Anglois furent troublés continuellement par les lamentations des
Jabitans. Un jour qu'ils étoient à diner, ces perfides affaffins entrèrent dans
ne maifon voiline du Comptoir , où ne trouvant qu'une femme, ils lui
oupèrent la gorge; mais les cris du mari, a arriva au même moment , les
orcérent de prendre la fuite fans qu'ils euflent le tems d'emporter la tête.
n vain les Anglois fe mirent à les pourfuivre. Ils font fort prompts à la cour-
fe ; fans compter que leur reflemblance avec les Javans leur donne la facili-
té de fe mêler dans la foule, & de fe contrefaire avec t'1t adreffe, que
fouvent ils reviennent parmi les curieux au lieu même d'u! la crainte du
Méhätiment vient de les chaffer. Scot raconte que plufieurs femmes de la Vil-
Me prirent cette occafion pour fe défaire de leurs maris, en leur coupant la
Meéte pendant la nuit, & la vendant aux Lampons. Il ajoûte la raifon qui por-
oit ces Brigands à couper tant detêtes. Ils étoient gouvernés par un Roïqui
“lcur donnoit une femme pour chaque tête d'Etranger qu'ils lui apportoient ;
Mc forte, continue l’Auteur, qu'ils déterroient quelquefois les Morts, pour
Mromper leur Roi par un faux préfent. |
M Les Anglois ne furent pas éxempts de crainte. Ils s’apperçurent fouvent
Que les Lampons rodoient pendant la nuit autour du Comptoir, & qu'ils en
Lo: à leurs têtes ou à leurs marchandifes. Les allarmes de Scot devin-
ent bien plus vives, fur un avis fecret qu’il reçut de quelques perfonnes de
diftinétion, & particulièrement de l’'Amiral, dont l'amitié ne fe réfroidiffoit
“point pour les Anglois. Il fut averti que plufieurs Seigneurs Javans, qui a-
oient plus de faîfte que de bien, & qui tâchoient de fuppléer par leurs bri-
Œandages à ce qui manquoit à leur fortune, avoient formé le deffein de fon-
e pendant la nuit fur le Comptoir, de faire main-baffe fur le petit nombre
Anglois que les maladies avoient épargnés, de fe faifir de toutes leurs ri-
heffes, que la renommée groffifloit beaucoup, & de publier le lendemain
que c'étoit l'ouvrage des Lampons. Scot ne trouva point d'autre reffource
mque d'allumer chaque nuit autour du Comptoir quantité de feux, non-feule-
dent pour infpirer de la crainte aux plus hardis, mais pour fe mettre en état
e pouvoir les diftinguer malgré leur couleur. D'un autre côté tous les An-
lois eurent ordre de pañfer le tems de l’obfcurité fous les armes, & les Trom-
ettes de fonner lorfqu’ils verroient paroître quelque Indien. Les Lampons
M les Javans qui n’appréhendent rien tant que les armes à feu, ne purent
- Wouter qu'avec ces précautions les Anglois n’euflent leurs fufils prêts à les re-
Ææcvoir. La même garde fut continuée aflez long-tems. Enfin, par les mefu-
res que l'on prit dans la Ville, il y eut un grand nombre de Lampons arrê-
tés, & punis du dernier fupplice. Mais les reftes de cette dangercufe trou-
pe fe jettérent dans la Ville Chinoife. C’étoit un nouveau péril pour pre
glois,
47
À
Enmono
Scor.
1603,
Afafins de
l'Ifle de Lam-
pon.
Raifon qui
les porte à
couper lus tà-
tes,
Les Anglois
craignent les
Lampons & fe
muniilent.
48
glois, qui avoient de grandes liaifons de Commerce avec les Chinois, & quan-
tité de marchandifes entre leurs mains. Ils entendirent du Comptoir les cris
d'une infinité de maifons, défolées par le pe ou par la mort des Marchands,
Enmonp
Scor.
1603.
Impreffions
extraordinai-
res de la crain-
te & du bruit,
Pourquoi il
régnoit tant de
défordre à
Bantam.
Holl: :dois
aflailinés.
Les Anglois
fichés d'être
confondus a-
vec les Hol-
landois,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Ce bruit & ces inquiétudes perpétuelles firent fur eux tant d'impreffion , qu'en
fonge , dit l'Auteur, ils fe figuroient être attaqués par les Javans ou les Lam-
pons, & que malgré la profondeur de leur fommeil, après tant de veilles &
de fatigues, ils fe levoient cout endormis pour courir aux pue C& une fois!
il arriva qu'ils fe bleffèrent les uns les autres avant que q elqu'un eut eu ke
tems de les venir éveiller. Pour prévenir dans la fuite de pareils accidens,
on penfa à éloigner les armes de ceux d'entr'eux qui dormiroient; mais on
réfléchit en même-tems, qu'en cas d'attaque, ils ne féroient pas alorsfi prèts
à fe défendre ; ainfi on réfolut de fe contenter d’avoir toûjours quelqu'un qui
veillàt éxaétement , & comme ils étoient en petit nombre, Scot veilla à fon
tour comme les autres, & fouvent le bruit que fes gens faifoient entr'eux lui
caufa autant de peur que les Javans.] La crainte du feu agifloit encore plus
fortement fur leurs imaginations. Îls en avoient vû des éxemples fi terri-
bles, & les circonftances en rendoient le fouvenir fi vif, qu'à la moindre al-
larme ils fe croyoient environnés de flammes. O feu! s’écrie Scot dans
Relation, ton feul nom, dans quelque Langue qu'il eût été prononcé près
de moi, m'auroit tiré de la plus profonde létargie. Il fat obligé, dit-il, pour
fe garantir des treffaillemens mortels où ce mot le jettoit, de défendre à tous
fes gens de le prononcer autour de lui, s'ils n'y étoient forcés par l'occafion. .
Au refte il affüre que cette difpofition étoit celle de tous les autres Anglois,
& qu'auffi-tôt que Lee foins du Gouvernement eurent diftipé les fujets «le tant
de craintes, tous les gens du Comptoir dormirent pendant plufieurs jours
d'un fommeil fi profond, que les tambours & les trompettes n'avoient point
la force de les réveiller.
S1 l'on eft furpris qu'une Ville, telle que l’Auteur a repréfenté Bantam,
fût füujette à des défordres de cette nature, il fait confidérer qu'elle avoit a.
lors un Roi fort jeune, & que les Seigneurs du Confeil, occupés de leurs in.
terêts, fermoient les yeux à tout ce qui n'intérefloit que le Peuple. Dans l'ef:
pace de trois mois la Vilk effuya cinq incendies confidérables, mais à l'E
de la rivière, c’eft-a-dire, dans un Quartier qui n’étoit habité que par la Po:
pulace, ou par des Chinois, que PA ER cherchoient à piller. Quoique le
Comptoir des Anglois en fût fort voilin, & que la flamme s’en fût plus d'u.
ne fois approchée, leur vigilance & la faveur du vent le garantit autant de
fois de fa ruine.
k) À peine étoit-on revenu de ces allarmes, qu’il s'éleva de nouveaux
différends entre les Naturels du Pays & les Hollandois. La fource en fut en
core un excès de débauche, dans lequel ceux-ci infultèrent mal-à-propos
quelques Javans. Bientôt la vengeance éclata par des effets fort tragiques.
Plufieurs Hollandois furent affafinés le foir, fans qu'on pât reconnoître les
meurtriers. Le péril s’étendit jufqu'aux Anglois, par une raifon qui n’eftpas
fans vrai-femblance, dans un Ecrivain même de cette Nation. Jufqu’alors ces
deux Peuples avoient été confondus par les Javans fous le nom d’Anglois
foit, comme l’affüre Scot, que les Hollandois, à leur arrivée , euffent trouvé
Çk) Dans l'Original la 3e. Se&tion du Chap. HI. commence ici. KR. d.E,
Cas
Be l'ava
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m faifo
Auteur
Ber que fi
& derni
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th; ca
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C aux /
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, [C& une fois!
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ils accidens,
nt; mais On
alors fi préts
quelqu'un qui
veilla à fon
: entr'eux lui
encore plus
iples fi cerri-
a moindre al.
Scot dans là
rononcé prés
dit-il, pour
éfendre à tous
ar l'occafion,
res Anglois,
fujets «le tant
ulieurs jours
voient point
nté Bantam,
elle avoit à:
és de leursin-
le. Dans l'ef:
mais à l'Ei
ue par la Po:
. Quoique le
fût plus d'u:
tit autant de
de nouveau:
ce en fut en:
al-à-propos
rt tragiques.
onnoître les
qui n'eft pas
ufqu’alors ces
d’Anglois;
uffent trouvé
Œ à dif
INDES ORIENTALES, Liv. Ill.
Car, Il.
e l'avantage à prendre le nom de leurs, voifins, foit que la reffemblance
49
leur habillement eûc fait naître cette erreur, Souvent 1: Peuple de Ban-
im faifoit retentir fes plaintes contre les Anglois, quoiqu'il fûtcertain, dit
Auteur, que ceux-ci du Le rien à fe reprocher, elles ne pouvoient tom-
Mer que fur les Hollandois. Enfin , craignant les mal-entendus à l'occafion de cet-
& derniére querelle, les Chefs du Comptoir Anglois commencèrent à cher-
Der quelque marque pour fe faire diftingzuer. On approchoit du 17 de No-
mbre, qui étoit la :'ête anniverfaire du Couronnement de la Reine Elifà-
th; car on ignora pendant le refte de l'année à Bantam , & même une par-
de l'année fuivante, que l'Angleterre eût changé de Maître. Scot fit pren-
sc aux Angclois des habits neufs de foye, avec des écharpes de tafFetas blanc
rouse, Il fic faire auili un nouveau Pavillon, qui portoit une croix rouge
Br un fond blanc; & pour différence entre les Maîtres & les Valets, il fit
Border leur écharpe aux premiers d'une frange d'or.
à Le jour de la iete étant arrivé, ils arborèrent l'étendart de Saint-Geor-
ges au lommet de leur maifon. Enfüite ayant annoncé leur joye par quelques dé-
charges de leur moufqueterie , ils fe rangèrent en fort bel ordre fur leur
opre terrain, & firent plufieurs marches au fon des timbales & des trom-
ttes, Le bruit attira auili-tôt le Scha Bandar & plufeurs autres Seigneurs,
is'informèrent curieufement du fujet de cette réjouiffance. Scot leur apprit
e c'étoit la Fête de fa Reine, ou plûtôc le renouvellement d'une Fête qui
oit été célébrée quarante-fept fois, parce qu'il y avoit autant d'années que
tte grande Princelle étoit fur le Tronc; & que tous les Anglois, dans quel-
e lieu du Monde qu'ils puffent fe trouver, ne manquoient point à ce de-
ir. Le Scha Bandar louä beaucoup une pratique qui marquoit dans un Peu-
: autant d'attachement que de refpeét pour fon Souverain. Les Javans s’é-
t affemblés en grand nombre, 1ls demandérent pourquoi les Anglois de
autre Comptoir ne témoignoient pas le même zèle, On fe hâta de leur ré-
ndre que ce n'étoient point des Anglois, mais des Hollandois, qui loin d’'é-
Sujets de la même Reine, n'étoient meme gouvernés par aucun Roi ;
il étoit aifé de les diftinguer, puifque fi l’on y vouloit faire attention,
ne parloient pas le meme langage, & que leurs ufages mêmes étoient af-
différens. Scoc n'oublia point de faire paroître fes gens pendant l'a-
s-midi dans tous les Quartiers de la Ville, avec ordre de répéter les
es difcours à ceux qui auroient la curiofité de les entendre. Leurs é-
charpes & leurs cocardes firent une figure brillante. Le Peuple apprit ainfi
inguer les deux Nations; & [Scot, fort prévenu en faveur de la fien-
, ajoûte avec complaifance pour la fupériorité qu'il paroît s’attribuer,
e] les enfans de Bantam s’écrioient, en voyant pañler les Anglois: Oran
gaces bagh ; oran Hollanda jahad, es Anglois font bons, les Hollandois ne
lent rien.
L'AutRAL Warwick partit dans cet intervalle pour Patama, dans le def-
n de fe rendre enfuite à la Chine. Les deux Vaifleaux qu’il y avoit en-
yés fix mois auparavant arrivèrent le 6 de Décembre à la Rade de Ban-
tm. Ils avoient trouvé à l'ancre, dans l’Ifle de Macao, une Caraque Por-
mMupaife, chargée de foie crue , de mufc & d’autres marchandifes précieufes,
dont ils s'étoient faifis prefque fans réfiftance, tandis que l'Equipage étoit à
Ærre. Après en avoir tiré de quoi compofer leur cargaifon, ils avoient
Où II. Part. G brûlé
Enmonpn
Scor”r,
1603,
Ce qu'ils font
pour être dif:
tingués,
Fèt dus An:
glois.
Difcours
qu'ils tiennent
aux Javans.
Deux Vail-
feaux Hollan-
dois s’empa-
rent d’une ri-
che Caraque.
Enpmonn
Scor.
1603.
Ils attaquent
un Vaiffeau du
&oi de Siam
leur Allié, :
Un Capitaine
Hollandois
pris pour Ii
pion & com-
ment traité,
Le Protcéteur
veut leur ex-
torquer de
l'argent.
Réponfe de
Scot.
s5 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
brûlé le refte, qui de leur propre, aveu faifoit encore le double de ce qu'ik
avoient enlevé, Dans leur retour ils avoient rencontré un Tone de Siam
(1), qu'ils avoient attaqué. Ils ne s’étoit rendu qu'après avoir perdu trente.
trois (m) hommes & leur en avoir tué plufieurs. Mais en le reconnoiflan
ur Siamois ils l'avoient laiffé libre, parce qu'ils fe propofoient d'établir ur
omptoir dans cette Nation. Le Capitaine, qui périt dans le combat , x
voit refufé de leur dire à quel Prince il appartenoit. T'elle fut du moins l'ex.
cufe des Hollandois, pour juftifier l'infulte qu'ils avoient faite aux Suj:u
d'un Roi dont ils recherchoient l'amitié. Ils ignoroient encore la valeur di
mufc; de forte qu'ayant rencontré un Vaifleau Japonois, ils lui avoient cé 4
dé prefque pour rien ce qu'ils avoient enlevé à la Caraque. Dans l'efpac%
d'environ quarante jours, qu'ils paflèrent à Bantam, ils prodiguèrent de mé.
me la plus riche partie de leur butin. Le 17 Janvier, ils levèrent l'ancre, ave
deux autres Bätimens de leur Nation ; l'un, qui avoit chargé à Bantam:
l'autre, arrivé deux mois auparavant de la Chine, & parti de Hollande depui
quatre ans. Il en avoit paflé quatorze mois à la Cochinchine, où par une tra
hifon dont l'hiftoire n'appartient point à cet Ouvrage, ils avoient d’abord ét
retenus prifonniers. Leur Capitaine, que les Cochinchinois foupçonnoien
d'étre moins un Marchand qu'un Pyrate ou un Efpion, avoit été forcé de f
tenir à genoux pendant vingt-quatre heures, le col nud fous un fabre, don
on feignoit à tout moment de lui vouloir couper la têce, pour lui faire con
fefTer le deffein de fon voyage. Mais il fe trouva heureufement que la plu
grande partie de l'Equipage étoit compofée de Hollandois Catholiques ; «
ui leur attira la proteétion de quelque Religieux Portugais, fans lefquel
ls étoient tous menacés de perdre la vie. ls furent traités enfuite ave
plus de douceur, mais obligés néanmoins de racheter leur liberté par un
groffe fomme.
Les Anglois de Bantam fe Br Te depuis quelques mois à couvert d
|
toutes leurs anciennes craintes.
tre; & l'expérience leur ayant appris qu’elles venoient particulièrement d
la chaleur du poivre, dans le foin qu'ils prenoient eux-mêmes de l'épluche:
& de le faffer, ils s’étoient déterminés à louër des Chinois pour leur rer
dre ce fervice fous l'infpeétion de leurs domeftiques. Dans cette heureui
fituation de leurs affaires, ils virent arriver ce qu'ils avoient redouté depui
long-tems, fans pouvoir s'en garantir. Le Proteéteur fit prier Scot de li
rêcer deux mille piéces de huit, ou, s’il n'avoit point cette fomme , à
ui en fournir du moins la moitié. 11 falloit choifir entre le danger d’un re
fus , ou le défagrément de voir fouvent renouveller cette fâcheufe demar
de; car on ne propofoit ni conditions ni terme pour la reftitution. Scot pri
le parti de répondre que l’Amiral Lancafter lui avoit laiflé beaucoup de mar
chandifes, mais peu d'argent; que les Javans lui devoient de grofles fomme
dont il ne pouvoit fe faire payer; enfin qu’il étoit encore tres-éloigné d#
voir acheté autant de poivre qu'il en auroit befoin pour les Vaiffeaux dot
il attendoit l’arrivée.. Ces excufes furent mal-reçues. 11 fut aifé de prévoi
*L
Ê
EF
s n’avoient eu que les maladies à combat: * 4
que les Anglois n'auroient jamais un ami fincère dans le Proteéteur; tand
qu à
(1) L'Auteur de la Relation dit Sfon. . (Cm) Augl. (oixante-quatre, R. d. E.
e le
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ntre, R. d. E.
iladies à combat :
es de l'épluche:
INDES ORIENTALES, Liv. IIL Car, IL. 51
e les Hollandois, qui l'avoient corrompa en lui prodiguant les richeffes
ils avoienc enlevées aux Portugais, en obtenoient toutes fortes de faveurs.
leur avoit accordé depuis peu la permiflion de fe bâtir une maifon magni-
que quoiqu'ils en euflent dja trois, fous le nom d'autant de Marchands
i ne cefloient point d'acheter tout le poivre qu'on leur offroit. Les Chi-
is proficoient de cette avidité pour méler dans leurs marchandifes de l'eau,
fable & d'autres corps étrangers, qui en augmentoient tellement le poids,
e ceux qui éxerçoient cette friponnerie, achetant eux-mêmes le poivre
s cher qu'ils ne le vendoient, ne laiffoient pas d'y gagner douze ou quin-
k pour cent. Les Anglois fe trouvoient forcés de le prendre avec ces al-
rations, parce qu'il y auroit fallu renoncer entièrement s'ils en avoient
tendu d'une autre efpéce.
CerenpanrT le Proteéteur s'étoit fi peu rebuté des excufes de Scot,
Muc (ous de nouveaux précextes il lui fit demander mille piéces de huit. Les
itances dont cette propofition fut accompagnée, ne firent que trop con-
floîcre aux Anglois le péril qu'il y avoit à la rejetter, Ils fçavoient d'ail-
Jours que les Hollandois fouhaitoient ardemment de les voir mal avec les
incipaux Officiers du Roi, & qu'ils y contribuoient peut-être par des voies
Mndireétes. Ainfi ne penfant plus qu'à fe faire un mérite du facrifice dont
s ne pouvoient fe difpenfer, ils proteftèrent que c’étoit l'ardeur de leur
le qui les portoit à s'incommoder beaucoup pour fatisfaire le Proteéteur,
que dans l'impoñlibilité de fournir mille piéces, ils en donneroient volon-
Mers cinq cens qu'ils retranchervient à leurs propres befoins. Cette fomme
Mat acceptée.
2 ON vit arriver à la fin de l'année, un Jonc chargé de Hollandois, qui
noient de quitter, avec leurs biens, le Comptoir qu'ils avoient à J'abor. Le
Roi du Pays attaqué & vivement preflé par les Portugais , qui lui offroient
1 paix, à condition de leur livrer les Hollandois qu'il avoit dans fes Etats,
Mvoit mieux aimé s'expofer à toutes les extrémités de la guerre que d’enache-
Rer la fin par ce honteux Traité ; mais il avoit prié fes hôtes de fe recirer
“Holontairement. Leur entrée à Bantam fut fignalée par deux incendies, qui
Méon'umèérent une partie de la Ville, fans nuire encore aux Anglois.
0 L'ANNÉE 1604, n'offre que des meurtres, des vols, des guerres, desin-
Æendies & des trahifons. Pour commencer par une tragédie : les Anglois
oient dans le Comptoir un Mulètre de Pégu , qui étoit venu d'Achin fur
rs Vaiffeaux. Un jour que plufieurs Matelots Hollandois, arrivés de Pa-
tama, étoient à fe réjouir avec les Domeftiques Anglois, le Prévôt du Bâti-
ment voulant retourner à bord donna ordre au Mulatre de l'y conduire. La
ête étoit échauffée par le vin & les liqueurs. [Deux Courtifanes que les
omeftiques y avoient appellées, contribuoient encore à rendre la débau-
he plus vive.] Le Mulatre refufa brufquement d'obéir, & le Prévôt cho-
ué de fa réponfe, le maltraita de plufieurs coups. Cette querelle n'eut pas
®8 abord d'autre fuite. [Mais à mefure que le Mulitre (#) continua de boi-
@c, il reffentit plus vivement l'infulte d’un homme qui n’avoit aucune autori-
té
À Cn ) Suivant l'Anglois ce ne fut pasle Mu- qui avoit réfolu de venger l'affront fait à fon
it maltraité parle Prévôt, qui committous ami, R. d. E.
cs meurties, mais un de fes compatriotes
k r 2
Enmonp.
Scor.
1604.
Friponnerie
des Chinois de
Bantarn,
Les Anglols
fint forcés de
fitisfaire l'avas
tice du Pro-
tuteur,
Ho!landois
fuaitifs de Ja-
hor.
Accidens fu.
neiles,
|
|
1
|
Enmonp»
Scor,
1604.
Divers meur-
tres d'un Mu-
lâcre,
Les Hollan-
dois le punif-
ent,
Déteftable
entreprile
contreles An.
glois,
ss VOYAGES DES ANGLOIS AUX
té fur lui, Sans s'ouvrir aux Matelots ni aux Anglois,] il confia fes plain
tes à un Eftlave du Scha Bandar, qui étoit fon ami intime, & capable com.
me lui d'une aétion violente, Dès le même jour ils cherchèrent l'occafon
d'éxercer leur vengeance, mais le Prévôt étant déja retourné au rivage il
pañlèrent la nuit à l'attendre, fans que ce délai changeât rien à leur réfolu.
tion, Le Prévôt ne manqua point de revenir le jour fuivanr avec un homme
du pays, qu'il avoit pris pour interprête & pour guide, Ils le tuèrent de
mille coups. Mais le Mulâtre effrayé de fon aétion après l'avoir commife,
prie le parti défefpéré de tuer aufli, non-feulement le Guide (v) du Prévôr,
mais l'Éfclave même qui avoit partagé fon ‘crime, Ce furieux defféin lu
réuffit pour le Javan, tandis que l'Efclave découvrant à fes yeux de quelle
récompenfe il étoit menacé, fe déroba par la fuite. [Cependant le Mulätre#
ne jugeant fa perte que plus certaine, s'il laifloit échapper fon Complice,
courut fi agen former après lui, qu'il le joignit à l'entrée de la Ville où j
le tua d'un feul coup. Mais il perdit le fruit d'une précaution fi cruelle, en
commettant ce dernier crime à la vûe de quelques Javans qui fe häcérent de
l'arrêter, En vain reclama:t-il les Anglois.} Le Proccéteur informé de fon
aétion, fe le fit amener ; & faifant appeller le Chef du Comptoir, il éxiger
fur le champ cinquante piéces de huit pour la mort du gp & vingt pour
celle de l'Efclave, [A cette condition le Muiätre leur fut rendu. ,
CzrenNpanrT les Hollandois qui n'étoient point compris dans cette fatis.
faétion, réfolurent de s'en procurer une plus férieufe pour la mort de leur
Prévôt. Ils firent demander le Criminel aux Anglois. Scot peurs ve l'ayant!
e
racheté des mains du Proteéteur, il étoit abfous par cette efpèce de Senten:
ce. Il s'éleva là-deflus une querelle fi vive entre les deux, Nations, que dans
les premiers reflentimens, on fût prêt d'en venir aux armes, Mais les An:
glois étoient en fi petit nombre, qu'ils ne pouvoient rien gagner par leur
obftination. Il:ne leur reftoit que dix hommes. Le courage fut forcé de cé:
der au nombre.] Les Hollandois firent enlever le Mulâtre par une Compa:
gnie de Matelots armés, & le firent éxécuter fur le rivage, dans le lieu mé.
me où le crime avoit été commis.
Le même jour, qui étoit le 16 d'Avril, leur Vice-Amiral partit pour l4
Hollande avec deux autres Vaiffeaux. Le 22 ilarrivaun grand Jonc de la Chi:
ne, qu'on avoit cru perdu, parce que les Vaifféaux qui partent de ce pays-
là arrivent ordinairement en l'évrier ou en Mars. L'arrivée de ce Bâtiment
rendit les Lashes communs & les Réaux rares, ce qui nuilit. beaucoup au
commerce des Anglois; qui, pour furcroît de malheur, eurent plufeurs Mar-
chandifes gâtées par l'humidité de leurs Magazins. ]
(p) Ainsi le trifte état du Comptoir Anglois l'expofoit.à toutes fortes de
violences & d’affronts, fans aucune reflource pour s’en défendre. Un Chinois,
qui avoit embraffé la Religion des Javans, fe trouvoit établi près du Comp-
toir, dans une maifon où il vendoit de l'arrack. La vûe du magafin, dont
il n'étoit féparé que par une cour, lui fit naître l'envie de trouver quelque
moyen pour s'y introduire, Cene pouvoit être par des voies extérieures, La
cour étoit expofée aux yeux pendant le jour, & ne demcuroit jamais fans
Garde #
(0) Le Guide, fuivant l'Anglois, étoit le (p) Ici commence la 4e, Sedion du Chap.
Mulètre même maltraité parle Prévoit, R. dE, IL, de l'Original. R. d, E.
arde p
brie d'ou
u'au ce
e bra
ouv
il, Av
re pro
uation
dut
bler, à
pntinue!
eur qu
épaiffeu
s trahir
nte, À
r.pron
& percer
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Ce deffei
écautio
“ bois, i
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dr la fum
toutes |
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‘|
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poudre
ircir la lu
mbeaux
ertis de
es déford
“brales, Il
es fecours
(g) !'
UX
fia fes plain
capable com.
nt l'occafon
au rivage , ils
leur réfolu-
ec un homme
le tuèrent de
oir commife,
) du Prévûr,
x deffein lu
ux de quelle
nt le Multre“
n Complice,
la Ville où
ñ cruelle, en
e hätèrent de
formé de fon
ir, il éxiger
& vingt pour
1,
ns cette fatis-
mort de leur
lit que l'ayant:
ce de Senten:
ns, que dans
Mais les An:
ner par leur
forcé de cé:
une Compa:
ns le lieu mé.
partit pour li
nc de la Chi:
de ce pays-
ce Bäitiment
beaucoup au
ufeurs Mar:
tes fortes de
Un Chinois,
ès du Comp
gafin, dont
ver quelque
rieures. Lys
jamais fans
ion du Chap.
Garde *
INDES ORIENTALES, Lav. I, Cuar, IL. 9
Marie pendant la nuit. 11 s'affocia huit autres Chinois, avec lefquels il entre-
brie d'ouvrir un foûterrain, qui devoit les conduire, dans leurs idées, juf-
“u'au centre du magafin. L'invention paroifloit d'autanc plus fûre, qu'ayant
nc brafferie d'arrack dans la partie de fa maifon qui touchoit à la cour, on
ouvoit étre furpris d'y voir un certain mouvement que demandoie le tra-
il Avant que de commencer l'entreprife, il fur obligé de creufer un puits
€ profond fur fon propre terrain, pour fécher la cour des Anglois que fa
uation rendoit fort humide, 11 eut foin, pour déguifer fes vûes, de plan-
du tabac dans la fienne; comme fi le puits n'eut été creufé que pour l'ar-
bier, & tandis que fes Aflociés ouvroient le chemin fous terre , on le voyait
pntinuellement occupé de fes plantes. L'ouvrage fut pouffé avec tant de vi-
eur qu'ils arrivèrent au deffous du Magafin. Mais ils y furent arrêtés par
épaifleur des planches qui en faifoient le fond. Le moindre bruit pouvant
s trahir, il étoit queftion de s'ouvrir un paflage au travers de cette char-
bente. Après avoir tenté toutes fortes d'expédiens, un Serrurier du complot
r.promit d'y réuflir, 11 fit rougir un fer, avec lequel il n'eut pas de peine
& percer une planche (g); & fon efpérance étoit qu'a force de répéter cet-
te opération, il rendroit le trou allez pe pour } faire pañfer un homme,
Ce deflein pouvoit produire quelque effet s'il eût été conduit avec plus de
écaution, Mais en prenant foin que le feu n'agît point trop vivement fur
bois, ils ne firent point attention que le plancher étoit chargé de balots
Menvcloppés de nattes, & que le bout du fer y communiquoit fon ardeur,
Æn cffet quelques nattes prirent feu, & l'incendie auroit bientôt fait d'autres
progrès fi les balots euflent été moins humides.
H Penpanr ce tems-là les Anglois étoient fans foupçon. Le magafin étoit
Mien fermé, & la Garde éxaéte ra la nuit, On avoit porté les précau-
Mons contre le feu jufqu'a faire plâtrer les fenêtres ; ce qui empêchoit de fen-
dr la fumée, quoiqu'elle n'eût pas tardé à fe répandre. Scot venoit faire lui-
éme la première garde, & s'étoit retiré tranquillement, Mais à la feconde,
helqu'un crut fentir une odeur de fumée, qui augmentoit fans cefle. Onen-
la dans le magazin: il en étoit rempli. Cependant après avoir jetté les yeux
toutes parts, on ne remarqua aucune trace de feu, Ce ne fut qu'à force
è remuer une infinité de balots qu'on découvrit quelques nattes qui brûs
ent fans flamme; mais on fe défioit encore fi pu de l'artifice, que les
Ms entendus n'attribuërent cet accident qu'à la fermentation du poivre qu'ils
brent capable de prendre feu dans un lieu fi bien fermé. Scot averti du
danger vint joindre fes recherches à celle des autres. Avec une immenfe
quantité de poivre, il avoit dans le magalin trente mille piéces de huit. Ce-
ndant fon premier foin fut de faire tranfporter dans la cour deux tonnzaux
poudre qui y étoient auf. L'épaifleur de la fumée augmentant jufqu'à ob-
ircir la lumière des chandelles, on fut obligé de lier enfemble douze grands
mbeaux de cire pour éclairer toutes les parties du magafñn. Les Hollan lois
Mertis de ce qui fe palloit envoyérent une Garde armée pour arrêter d'au-
mes défordres, & des Ouvriers fidéles qui éteignirent enfin ks nattes em-
“brafées. Ilfe rélenta quantité de Chinois, dont on ne voulut point asc:pter
fecours; & parmi eux étoient les Auteurs mêmes de l'incendie,
À
&
IL
(4) l'Aaglois dit qu'il fe fervit pour cela d'une chandelle, R. d. E,
4 La
ÿ
Evomonr
Scor,
160%. ,
On fuit un
Couterrain
pour volur le
Comptoir,
l'er brûlant
pe en percer
us planches,
On découvre
c fou,
Circonflan-
ces de l'incen-
die,
EnmMonp
Scor.
, 1604.
On en dé-
couvre la cau-
fe,
On arrête
quelques cou-
pables.
Scot fe fait
juftice à lui-
même.
Excès de ver-
geance.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
IL reftoit à fçavoir quelle pouvoit être la caufe d'un accident de cette na
ture, Scot rejettant l'explication que j'ai rapportée, choit beaucoup ;
foupçonner les Portugais ; mais il ne pénétroit pas mieux les moyens qu'il
avoient employés; car le trou du plancher étoit encore fi petit, que dans k
fumée, & la confufon, perfonne ne l'avoit apperçu. Le matin, un Brique
tier Chinois qui travailloit au Comptoir Hollandois affûra que de mal venoï
de quelques gens de fa Nation, & qu'en cherchaat avec foin, il étoit impof
fible qu'on n’en decouvriît pas la fource. Il ajoûta pour confirmer fon témoi
gnage, que les Ouvriers de la maifon voifine avoient déja pris la fuite, O:
recommença aufli - tôt les recherches. Enfin l'on apperçut le trou qui étoi
au plancher. Un bâton qu'on y fit entrer ne trouvant rien qui lui réfiftât,
Scot prit une hache avec laquelle il rendit l'ouverture affez large pour lui fai
re découvrir le fouterrain. 1l aggrandit encore le paflage. Deux hommes :
54
defcendirent armés, & marchérent jufqu'à l'entrée, qui répondoit à la maifor M
du Chinois. On avoit envoyé dans l'intervalle une Garde, pour s’affürer de
ceux qui pouvoient encore s’y trouver. Il n'y reftoit que trois Chinois , don
l'un y logeoit habituellement; mais les deux autres y étoïent par hazard &
n'avoient aucune connoiflance de ce qui s’étoit paflé. Scot les fit arrêter tou
trois & charger de fers. Il députa fur le champ au Protetteur pour lui expli
uer fon avanture, & lui demander juftice. On promic de le fatisfaire, mai
date des termes qui lui donnèrent peu d'efpérance.
Les Hollandois qui fe crurent intéreflés à pénétrer le fond de cette terribl
entreprife, & qui avoient aflez de forces dans le Port pour s'attirer des méns
gemens, interrogèrent les trois Chinois qu'on avoit arrêtés. Celui qui logeoi
dans la maïfon juitifia les deux autres, en reconnoiflant qu'ils étoient venu
pour la première fois. Mais fur le refus qu'il fit de s'expliquer davantage, a
de menaça d'un fer brûlant qui le rendit plus fincère. Il confeffa que lé crim
avoit été commis par le Maître de la maïfon & fix autres Chinois qui s’étoien
évadés, fans avouër qu'il eût été leur complice. On le mit férieufement à |:
torture. Il reconnut enfin qu’il étoit coupable. Scot voyant qu'il avoit pe
de juftice à efpérer du Proteéteur, réfolut de fe la faire à lui-même, & f4
tuer ce malheureux, fans que les Javans paruffent s’en plaindre. Au contra
re, dans la haine & le mépris qu'ils ont pour les Chinois, ils lui reprochill
rent fon crime, en le voyant conduire au fupplice; & le Proteéteur qui nil
voit pas voulu fe charger de fa punition, ne fit pas difficulté de l’approx
ver. À quelques injures qu'il reçut des Javans au lieu de l’éxécution, il ré
pondit:,, Les Anglois fout riches & je fuis pauvre: pourquoi ne leur prer
» drois-je point ce qui leur eft moins néceflaire qu’à moi? ,,
L'AmiRAL Hollandois envoya le lendemain à Scot un autre Chinois, d
nombre des Complices, que fes gens avoient arrêtés fur le rivage. La tort
re lui fit confeffer qu'il-étoit l'Auteur de l'invention du fer rouge, & qui
avoit abufé de fon art dans d'autres occafions pour altérer les monnoyes. Li
facilité que Scot avoit trouvé dans les Javans à lui laiflér prendre l'autorité d:
Juge, !Li fit porter peut-être fes reffentimens trop loin. Il n’y eut point &
cruautés qu'il n'éxercât contre le Coupable. Le récit en eft affreux dans Î
ble.
dre les oncles, brûler les mains, les bras, les épaules, & le col; il ordo
nl
propre Rélation. [Il fit infinuer un fer rouge fous les Ongles de ce Miférrs
Voyant qu'à peine il donnoit quelque figne de fenfibilité, il lui fittor
a qu'a
lui raclà
:s os d
ât avec
#4
f
6}
ra
" deflein c
ecmpen
Jomplice
re
J X
t de cette na
t beaucoup i
moyens qu'il
t, que dansk
n, un -Brique
4e mal venoi
il étoit impol
ner fon témoi
is la fuite. CO:
trou qui étoi
i lui réfiftàt, F
e pour lui fai
ux hommes :
it à la maifor *
ur s’affürer de
Chinois ,-don
par hazard À
ft arrêter tou
our lui expli
atisfaire , mai
le cette terribl:
uirer des ména
elui qui logeoi
étoient venu
davantage, 0
a que lé crim
is qui s’étoien
ieufement à |:
e,. Au contri
de l'appror
cution, il ré
i ne leur prer
9
e Chinois, d
ge. Latorti
ouge, & qui
F eut point &
ffreux dans Î
de ce Mifé
, il lui fittor
col; il ordot
ni
u'il avoit pas
i-même, & fs
lui reprochii
eéteur qui nl
monnoyes. L .
e l’autorité di”
INDES ORIENTALES, Liv. III. Cnar. Il.
a qu'avec une rape de fer on lui enlevât la chair de deffus le Corps, qu'on
ui raclât la peau des os avec un fer chaud; qu'on lui enfonçât une vis dans
“es os des bras pour la retirer enfüite tout d'un coup, & enfin qu'on lui bri-
“ic avec des pinces tous les os des doigts & des orteils ; malgré tous ces tour-
Mmens (r), il ne répandit pas une feule larme , & quand on lui faifoit quel-
que queftion, pour ne pas répondre il mettoit fa langue entre fes dents, &
ppoit du menton contre fes genoux pour la couper. Enfin Scot le fit re-
ettre aux fers: alors les fourmis, qui font en très grand nombre dans ces
artiers, s’introduifant dans fes plaies lui cauférent enfin plus de mal que
s Anglois ne lui en avoient fait. | Après deux jours de cette cruelle ven-
eance, il le fit tuer à coups de fufil; [ & cela à la follicitation des Officiers
u Roi, à laquelle il ne fe rendit qu'après plufieurs inftances. ] Mais pour
ftifier fa conduite, il prétend que fans un éxemple de la dernière févéri-
“Mé, il auroit pû craindre que les Chinois n'euffent formé quelque nouveau
"'deflein contre les Anglois. Ce fut dans la même idée qu’il promit une ré-
ecmpenfe confidérable à ceux qui remettroient entre fes mains les autres
Jomplices. | 14 |
ON peut douter fi c’eft le reffentiment de tant d'inquiétudes & de pertes,
qui fait faire à l’Auteur une affreufe peinture des Javans & des Chinois de
Bantam. Il les repréfente comme les plus lâches & les plus fcélérats de
ous les hommes, fans en excepter les Seigneurs, entre lefquels il ne fait
race qu’au Scha Bandar, à l’Amiral, & à deux ou trois autres, qui n'étoient
as même de l’Ifle, & qui étoient venus s’y établir de Clyn. Il raconte à
Moccafon du danger que le Comptoir avoit couru, qu'un des Complices ayant
rouvé un azile chez un Seigneur Javan, nommé Pangram Mandelike, pro-
e parent du Roi, il avoit été le fupplier lui-même au nom du bien public,
@ par tous les motifs qui pouvoient faire impreflion fur un honnète-homme,
de ne point accorder fa proteétion à des miférables qui devoient être regar-
és comme l'opprobre du pays. Le Seigneur Javan lui répondit qu'il pou-
oit garder fes repréfentations pour ceux qu'il croyoit capables d'en étre
puchés, s’il en connoiffoit quelqu'un; mais que pour lui, il confefloit natu-
Mellement qu'il ne s’embarrafloit ni du bien, ni. de l'honneur de fon Pays.
Quelque tems après, le même Seigneur ayant befoin de plufieurs marchan-
es Angloifes, vint les acheter au Comptoir, en demandant crédit de fept
VB huit-cens piéces de huit. Scot trop bien inftruit de fes principes, s'ex-
eBia fous divers prétextes. Enquittant le Comptoir, Pangram dit aflez haut
# être entendu ; il eftbienfâcheux que cette maifon foit deftinée à périr par
feu. [En effet, pendant plus de fix femaines, toute la vigilance des Anglois ne
ut empêcher que de deux ou trois jours l'un, ils ne reçuflent fur leurs toits ou
ontre leurs fenêtres , des fléches enflammées & d'autres feux d'artifices , qui les
irent plufieurs fois dans le dernier danger. N'ayant pû réu'fir par l'incendie,
angram employa un artifice fans éxemple à Bantam, &-dont le fuccés lui parut
rtain , par l'imprellion que fa fingularité même devoit faire fur le Roi & fur
ut la Nation. Quoique l’ufage tienne les femmes refferrées chez leurs ma-
ris
55
(r) Onne croiroit jamais qu'un Anglois
ut pu poufler la Darbarie aufli loin. $Scot
ible avoir été un Monfire de cruauté élevé
dans l'Inquifition. Eft-il poffible qu’un hom-
me foit capable d'inventer, & de raconter
lui-même de parcils tourfnens,
Enmonwn
Scor.
1604.
Affreux ca-
raétère des Ja-
vans & des
Chinois de
‘bantun. .
Difcours d’un
Seigneur Ja-
van,
Moyen qu'il
employe pour
fe venger des
Anglois.
Enmono
Scor,
1604.
Les Anglais
fe jultilient
devant le Roi.
56 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ris ou leurs pères, il envoya au Comptoir Anglois deux des fiennes , d'un
âge & d'une beauté qui pouvoient donner du crédit à l'impofture qu'il mé-
ditoit. Elles y arrivérent portées à la mode du pays, dans des palanquins,
fur les épaules de quantité d'Efclaves. Scot apprenant que c’étoient des fem.
mes de diftinétion qui avoient la curiofité de voir fon magafin, & qui vou:
loient acheter des bijoux de l'Europe , fe crut obligé de répondre à cette fa.
veur par toutes fortes de galanteries. Après leur avoir fait voir ce qu'ilavoit
de plus précieux en marchandifes d'Angleterre, il les introduifit dans un ca.
binct où il avoit fait préparer des rafraîchiffemens. Elles reçurent fes civi-
lités avec complaifance ; mais lorfqu'il les pi prêtes à goûter ce qu'il
leur offroit de fi bonne grace, elles jettérent des cris qui attirérent tous les
Anglois du Comptoir, & les Efclaves qu'elles avoient amenés à leur fuite.
Scot n'avoit alors avec lui que Towt/on, autre Faéteur Anglois. Il ne com-
prit rien à ces marques de douleur & de crainte. Mais voyant les deux M
Javanes, qui continuoient leur grimaces, & qui prefloient leurs gens de les
faire fortir, il fit peu d'efforts pour les arrêter. Elies le quittèrent brufque-
ment, Le feul foupçon qu'il forma de cette avanture tomba fur quelques
nets qu'il leur avoit fait fervir à la manière de l'Europe , & dont il jugea
que la vûe pouvoit les avoir choquées.
Le lendemain il reçut ordre de fe rendre à la Cour. Le Roi, quoique
fort jeune, prit un air févère en le voyant paroître, & lui demanda par
quels déteftables principes il fe croyoit autorifé à violer les femmes d’autrui.
Dans le premier étonnement de ce reproche, Scot marqua de l'embarras à ré.
ondre, Cependant aprés s'être rappellé ce qui pouvoit y donner occafion,
H expliqua au Roi d’un air fi fimple les circonftances de fon avanture, que ce
Prince, connoiffant le caraétère de Pangram, n'eut pas de peine à déméler la
vérité. Le Scha Bandar, qui afliftoit à cette explication, & qui avoit été
furpris du crime dont les Anglois avoient été accufés, aida beaucoup à leur
juftification, en rendant témoignage que depuis qu’ils étoient à Bantam, il
avoit admiré plufieurs fois leur continence. En effet Scot affüre, à l'honneur
de la fienne, qu'il n’avoit eu jufqu’alors que du dégoût pour les plus belles
femmes du Pays, & que veillant à la conduite de fes gens, il avoit toûjours
éloigné du Comptoir cette forte de débauche.
CEPENDANT Pangram comptant à la Cour fur l'effet de fon artifice, a-
voit fait répandre dans toute la Ville, que les Faéteurs Anglois étoient con-
vaincus d’avoir violé fes femmes. On s’attendoit à les voir punir fi rigou-
reufement, qu’en fortant du Palais, Scot trouva une foule de peuple, qui
demandoit quel feroit fon fupplice. Il paña d’un air fi tranquille, qu’on re.
marqua aifément qu’il avoit fäatisfait le Roi; & ce Prince prit foin lui-même
de difliper la calomnie. Pangram, quoique décrié par fon caraétère & par
fes mœurs, avoit acquis tant de crédit dans une longue minorité, que le
Confeil de Régence ofoit à peine lui réfifter. Mais le Roi commençoit à
tenir de fes propres mains les rênes du Gouvernement; & s’il avoit quelque
indulgence pour les injuftices & les emportemens d’un homme qui lui appar-
tenoit de fort près par le fang, il étoit fort éloigné de les autorifer par fon
(s) approbation. ] () 1
(s) Au lieu de cette longue Addition du Traduéteur, l'Original dit que Mandelike tàchi
d'engager
; | 3 (t)
te pou
Jong-te
lois |
SM
« pour co
1] voul
que fon
choifir.
La rire d
" mander
“blanc, «
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& qui .vou-
e à cettc fa.
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ter ce qu'il
rent tous les
1 leur fuite.
Il ne com-
ant les deux
gens de les
rent brufque-
fur quelques
ont il jugea
oi, quoique
lemanda par
nes d'autrui.
mbarras à ré.
ner occafion,
hture , que ce
> à démêler la
ui avoit été
ucoup à leur
Bantam , il
, à l'honneur
plus belles
oit toûjours
artifice, a-
étoient con-
nir fi rigou-
beuple , qui
e, qu'on re-
in lui-même
ère & par
ité, que le
mmençoit à
voit quelque
ui lui appar-
ifer par fon
(t) IL
Jandelike tàch
d'engage
INDES ORIENTALES, Lw. IIL Cnar. I, :57
(t) IL arriva dans le inême tems aux Anglois une avanture affez plaifan-
À te pour les réjouir beaucoup, fi la ljaifon qu'elle avoit avec celle qu ils ve-
À noicnc d'effuyer ne les avoit obligés de la regarder d'un autre œil. Un Chi-
noïs qui demeuroit dans le voifinage du Comptoir , ayant enlevé la femme
d'un autre, fut pourfüuivi de fi près par le Mari, que cherchant à cacher fa
proie, il ne vit point de reffource plus préfente que de la faire paffer par deflus
Ml'enclos du Comptoir. Les Anglois avoient faflé nouvellement leur poivre,
EX la chaleur excefive du magafin les oblig:oit d’en tenir la porte ouverte,
MDans la crainte où la femme du Chinois étoit encore de retomber entre les
mains de fon Mari, elle fe gliffa promptement par la porte du magafin ; & la
difficulté ne fut pas grande à s’y cacher. Cependant n'ayant pû fupporter
long-tems la chaleur du ri elle revint prendre l'air à la porte. Un An-
glois qui l’apperçut dans l'obfcurité crut le danger fort grand, & répandit
Paufi-tôt l'allarme. Scot parut avec fon aétivité ordinaire. Il prit fes armes
M pour commencer lui-même les recherches. Enfin ne trouvant qu'une femme,
il voulut fçavoir quel motif l'avoit amenée. Elle répondit pour fa défenfe ,
que fon Mari l’avoit voulu battre, .& qu'elle n'avoit point eu d'autre azile à
choifir. Les Chinois font accoutumés à battre leurs femmes , fur-tout lorf-
* qu'elles font d'un pays étranger. Celle-ci étoit une Efclave Cochinchinoife.,
| qui n'avoit point de parens à Bantam. On ne laïiffa point de continuer la vi-
à lite du magafin; &, tout y étant tranquille, on employa le rcite de la nuit
à rire de cette fauffe allarme. Le Mari fe préfenta le lendemain pour de-
"0 mander des nouvelles de fa femme ; mais il ne fit cette queftion qu’en trem-
“blanc, comine fi l'éxemple du Chinois que Scot avoit fait mourir dans les
fupplices, lui eût fait redouter le même fort. On lui rendit ce qu'il cher-
" choit, fans lui fouhaiter d'autre mal que celui de vivre avec une telle femme,
n Le Protecteur affeétant quelquefois du zèle pour la juftice , avoit donné
aux Anglois, en forme de confifcation, la maifon & le terrain du Chinois
aui avoit confpiré contre eux; mais quoique ce préfent eût paflé pour gra-
“Jtuit, jamais les Anglois n'ont payé fi cher un fi petit efpace de terre dans au-
cun Pays du monde. Cependant il leur devint extrêmement utile ; & dans
la fuite ayant acheté une autre maifon qui n’étoit pas moins proche du Comp-
toir, ils fe trouvèrent logés fort avantageufement. Leurs fatisfaétions étoient
Mtoûjours courtes, ou mêlées de quelques défagrémens. Le 9 de Septembre, on
publia par l'ordre du Proteéteur une Proclamation qui défendoit aux Chinois
de vendre du poivre aux Etrangers. Scot dîna le même jour avec les Chefs
du Comptoir Hollandois, qui ne lui parurent point aufi inquiets qu’ils de-
voient l'être de cette innovation. lIls.lui dirent avec le même air d'indiffé-
rence, que le Protcéteur leur devoit dix mille facs de poivre. Sa réponfe fut
qu'il les croyoit trop fins pour avoir été capables d'une fi folle confiance. [ Mais
avec un peu de réflexion fur tous ces incidens , il jugea que le deffein du
Prorcéteur étoit de véxer les Anglois par une efpèce de Monopole, dans le-
quel
LS
d'engager un Chinois À mettre le feu au loge-
ment des Anglois; mais que ceux-ci en ayant
été avertis par le Chinois même, s'an plaigni-
ærent inutiement au Roi & au Protcéteur ; &
pouce cependant ils réuMrent à fe garantir de
IT. Part.
toutes les tentatives qu'on fit pour réduire
leur Magafin en cendres. R. d. E,
(#) Ici commence la 5e. Sc&tion du Chap,
HI de l'Original, KR. d, E,
IT
EDMOND
$-OT.
1604.
Plaifant
événement.
Les Anglois
Étargiflent leur
terrein à Ban-
tam.
Monopole du
Protecteur.
Enmonp
Scor,
1604,
Caraétère
d'une Dame
Javane.
Elle prend
perti pour les
Anglois,
La maifon
des Anglois eft
briülee,
58 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
quel il y avoit beaucoup d'apparence que les Hollandois entroient pour quel.
ue chofe, En effet ayant appris qu'on achetoit quantité de poivre au nom
u Roi, & par conféquent à moindre prix, fuivant le droit du Souverain,
il ne put douter que ce ne fût dans l'intention de le vendre plus cher aux
Anglois , lorfqu’on l'auroit rendu plus rare. II conçut aufñli que les dix mille
facs dont les Flollandois lui avoient parlé n'étoient qu'un artifice concerté,
pour les mettre à couvert de l'augmentation du prix. Dans le chagrin de cette
nouvelle injure ,] il rélolut de ne rien épargner pour faire entrer dansfes in-
téi ts une vieille Dame de la Cour, qui gouvernoit fi abfolument. le Pro-
teéteur , que fans être de la Famille Royale , on l’appelloit communément
la Reine de Bantam. Elle étoit demeurce veuve d’un Seigneur Javan, qui
lui avoit laiflé d'immenfes richefles, & fon efprit joint à beaucoup de fer-
meté dans le fond du caraétère, lui avoit acquis une confidération générale
dans toute la nation. Scot n'avait plus befoin d'interprête pour s'expliquer
dans la langue du Pays. Il expofa fes plaintes [avec cette noble fimplicité, qui? "
eft également éloignée de la bañefle & de l'artifice. Il y joignit les flatre-
ries qui font toûjours impreffion fur le cœur d’une femme , & l'offre de ce
qu'il avoit de plus précieux entre fes marchandifes.] Elle fit prier auffi-tôt le
Proteéteur de fe rendre chez elle. Et dans la préfence même de Scot, elle
lui demanda pourquoi il ôtoit la liberté du commerce aux Anglois? Il répon-
dit qu’il fe trouvoit dans la néceffité d'acheter dix mille facs de poivre pour
le Roi. Scot ne balança point à lui dire, que füuivant ce qu'il avoit appris
des Hollandois mêmes, cette quantité de poivre étoit pour eux, & leur étoit
due. Le Proteéteur parut embarralTé, & ne fe fauva que par des excufes fans
vrai femblance. La Reine de Dantam, éxigea de lui qu'il cefléroit de chagri-
ner les Anglois, en lui promettant de leur parc beaucoup de refpeét & d’at-
tachement. Cette réconciliation produifit des effets de quelque durée. Les Chi:
nois charmés de voir le commerce rétabli, s’empreffèrent d'apporter leur
poivre aux Anglois; & Scot aflüre que s’il avoit eu huit ou dix mille ducats
de plus, les Hollandois auroient eu peine cette année à faire leur cargaifon.
1! ajoûte, [d'un ton que la concurrence des deux Nations rend nn peu fuf#
peét,] que les Hollandoïis étoient alors déteftés à Bantam , & qu'ils ne de-
voient les faveurs qui leur étoient accordées, qu'au grand nombre de leurs
Vaiflenux, dont toutes ces Régions de l’Inde étoient remplies.
LE 15 de Septembre, un accident, dont on ne peut accufer que le ha-
zard, caufa dans la Ville un fi furieux incendie, que toutes les précautions
des Anglois ne purent garantir leur maïfon de l'impétuofité des flammes. II
n'y eut que le nagafin de fauvé. A peine leur refta-t-il un lieu pour placer
le lit de Scot, & tous les autres furent obligés de camper fous des tentes au
milieu de leur cour. Le Scha Bandar vint leur offrir fon fecours dans le tu-
multe. L’Amiral leur envoya un grand nombre d'Ouvriers fidéles. Les Chi-
nois les plus riches accoururent pour les fervir, ou du moins pour veiller à
la confervation de leurs meubles; & d'une partie de leurs marchandifes, qui
étoient expofées comme au pillage. Le Comptoir Hollandois échappa fort
heureufement, & les Anglois ne firent pas difficulté d’en recevoir diverfes
fortes d’alliftances. Scot remarque debonne-foi, que fur tousles points qui n'a-
voient pas de rapport au commerce, les deux Nations étoient fort unies, &
n'auroicnt pas Lalancé, pour s’entr’aider, à s’expofer aux derniers périls.
07 aux autrd
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4
"0 ce alla jufqu'à faire vendre publiquement le ris & fes Prifonnicrs.
pour placer 4
07 aux autres édifices.
Pendant :
INDES ORIENTALES, Iav. II Car, II. 59
M Pendant plus de deux mois, qui furent employés à réparer les édifices, la
© néceflité de veiller continuellément fous les armes, fit mener aux Angloisune
0 vic militaire. Ils n'auroient pas réfifié à la multitude de Brigands qui les ob-
fervoient fans cefle, s'ils n'euflent été foûtenus par la Garde du Scha Bandar
0 & celle du Comptoir Hollandois. |
Le territoire de Bantam ne fourniffant point aflez de vivres pour la moi-
tic de la Ville, elle recevoit le refte de fes provifions de plufieurs endroits
el'Ifle, & des Pays voilins, par un grand nombre de Joncs qu'on y voyoit
aborder tous les jours. Un commerce fi nécefluire s'éxerçoit fans armes &
fans précautions. Mandelike, ce même Prince Javan, dont j'ai rapporté les
violences, entreprit de piller les Joncs, pour fuppléer à fa fortune, quis'al-
téroit de jour en jour par fes débauches. Avec le fecours de fes Eifclaves
qu'il avoit foin d'élever dans les mêmes principes, il attaqua un Jonc char-
gé de ris, & d'une multitude de Paffagers des deux féxes; & fon impuden-
C'étoit
le moyen d'affamer la Ville, en répandant l'effroi parmi ceux qui appor-
toient ds vivres. Le Roi & le Proteéteur lui envoyérent ordre de bites
»” ce qu'il avoit pris. Il rejetta fièrement leurs Meflagers ; & paroïffant dif-
4 pofé à toutes fortes d'excès, il fe fortifia dans fa maïfon, comme s'il eut
compté d'y être affiégé. ‘Tous les Scigneurs qui avoient diflipé leur bien,
& qui efpéroient de rétablir leur fortune dans la confufion d'une guerre ci-
vile, fe déclarèrent pour lui. Le Scha Bandar & l’Amiral avertirent les
Anglois de fe tenir fur leurs gardes. En effet le nombre des Rebelles aug-
mentant de jour en jour, le commerce fut interrompu, & les Habitans CA
Pays ne s’allarmèrent pas moins que les Etrangers. Chacun penfant à fa fü-
“reté, Scot emprunta plufieurs petites Piéces d'artillerie de queiques Chinois
naffeétionnés, & fe retrancha dans le Comptoir avec des chaînes & de grof-
…fcs poutres. Il voyoit les Efpions des Rebelles roder fans ceffe autour de lui,
W& quelques-uns eurent la hardieffe de jui demander quel étoit le but de tant
A de précautions. 11 leur répondit ouvertement que s’attendant chaque nuit à
L fe voir attaquer par des gens de leur efpèce, il fe mettoit en état de les bien
recevoir.
M [Dans la crainte d'une révolution qui pouvoit ébranler les fondemens de
QW'Etat, le Confeil réfolut de s’adreffer au Roi de Jacatra, oncle du jeune
"Roi de Bantam. Ce Prince avoit été forcé d'armer lui-même pour fe dé-
fendre contre une partie de fa Noblefle. Après avoir fait entrer fes Enne-
mis dans la foûmiflion, il confervoit encore une partie des Troupes qu'il
+ avoit employées à les réduire. ] Sur les inftances de fon Neveu, il vint fe
préfenter le 20 d'Oëtobre aux portes de Bantam, avec quinze-cens hommes,
füuivis d'un corps plus nombreux qu'il avoit laiflé à quelques lieuës de la Vil-
le. Il fit défier les Rebelles au combat; mais les trouvant peu difpofés à
4 quitter leurs retranchiemens , il envoya chercher les principaux Anglois du
À Comptoir, pour leur demander fi par quelques fecrets de l'Europe ils ne pou-
voient pas brûler Mandelike & fes Affociés, dans leur retraite, fans nuire
Scot lui répondit que s'il eûc été queftion d'un Vaif-
feau dans la Rade, il auroit pà rendre ce fervice au Roi de Bantam, mais
7 qu'avec quantité de fecrcets inconnus aux Indiens, il n’avoit pas celui d’arré-
on ter l'action des flammes. te il ajoûta qu'en faifant abbatre à quel-
I 2 que
Enmoywypn
Scor.
1604.
Mandelike
pilleles provi-
fions de la
Ville,
Il menace
Bantam d'une
guerre civile.
Le Roi de
Jacatra vient
au fecours de
Bantam.
Enmonv
Scor.
1604.
Scot offreun
moyen de brû-
ler les Re-
belles,
Ms deman-
dént un ac-
commode-
nent,
Mandelike
eft chafté du
Royaume,
Bonne con-
duite des An-
glois.
L'Empereur
de Damak af-
fafiné par fon
fils.
60 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
que diftance les édifices qui fervoient de communication, il ne défefpéroi
pas de fauver la Ville; & quant aux Rebelles; il promit de les réduire en
cendres en moins de vingt-quatre heures, avec tous leurs retranchemens,
fans expofer un feul homme de l'Armée de Jacatra. Son defféin étoit de tirer
à boulets rouges fur leurs maifons de canne. Le Roi ne fit pas difficulté d'ac-
cepter fes offres. On commença aufli-tôt à démolir quelques édifices par où
le feu .pouvoit fe. communiquer. Les Anglois,que Mandelike avoit fifouvent
menacés de l'incendie, fe réjouifloient de lui faire éprouver les mêmes ter-
reurs. Mais le bruit en fut porté jufqu'aux Rebelles, & leur caufa tant
d'épouvante, qu'ils demandèrenc un accommodement dés'le même jour.
Scot confeilla aux deux Monarques de ne recevoir aucune condition qui ne
commençât par l’éxil perpétuel de Mandelike. Ce fier Javan fe vit contraint
d'accepter fa grace à ce prix. Il fut chaffé du Royaume avec fes femmes, &
trente Efclaves dont on lui permit de fe faire accompagner. Pendant dix
jours entiers, les Anglois s'étoient attendus à voir les deux Partis aux mains,
& fe croyoient menacés d’une fcéne. fort fanglante. Mais tant de mouve-
rent ne produifit pas la mort d'un feul homme. Outre la lâcheté naturelle
aux Indiens, Scot donne une autre raifon de cette modération apparente.
Leur principale richeffe confiftant dans leurs Efclaves, ils craignent l'occafion
de fe bartre arce qu'elle les expofe à les perdre. La tranquillité étant réta-
blie dans la Ville, les Anglois donnèrent le 17 de Novembre un grand fef-
tin pour célébrer le couronnement de la Reine Elifabeth, qu'ils croyoient
encore fur le Trône; & leur artillerie, qui avoit été chargée jufqu'alors, fut
éxercée fans regret dans. une fi douce occafion. Ils reçurent des complimens
fur leur conduite , non-feulement de tous les Etrangers qui fe trouvoient à.
Bantam, mais des Seigneurs mêmes de la Cour, à qui leur courage. infpi-
roit autant d'admiration que leur prudence. On étoit furpris que dans le pe-
tit nombre auquel ils.étoient réduits, & parmi tant de dangers qui les avoient
menacés continuellement, ils fe fuflent foûtenus avec une fermeté qui:-les a-.
voit.fait triompher de tous leurs ennemis. Ils étoient les feuls Etrangers qui
cuffent accoutumé les Javans à recevoir d'eux, ou des cenfures ou des puni-
tions. La querelle fanglante qu'ils avoient eue avant le départ de leurs Vaif-
feaux , avoit fait douter s'ils pourroient foûtenir cette fierté lorfqu'ils feroient
fans aucun autre appui que les paliffades de leur Comptoir. Mais ceux qui
en avoient mal auguré, fe virent démentis par les événemens. D'ailleurs,
autant qu'ils temoignoient de fermeté à repoulfer les injures, autant paroif-
foient-ils doux & civils dans les devoirs de la fociété & dans les affaires du
commerce; fort différens des Hollandois, répéte l’Auteur , qui fe faifoient
haïr. mortellement des Javans.& des Chinois. [Ils ne négligeoient rien pour
amaffer du Poivre; mais les Chinois ne vou‘oient pas leur en vendre dès que
les Anglois vouloient le payer au même prix, & quand ceux-ci n’eurent plus
de réaux les Chinois leur firent crédit jufqu’à l'arrivée de leurs Vaïffeaux , qui
étoit incertaine, pendant qu'ils auroient pû avoir de l'argent comptant des
Hollandois.]
Vers le même tems l'Empereur de. Damak, que fatyrannie avoit fait dé-
pofer quelques années auparavant par les Rois voifins, & qui s'étoit procu-
ré uu azile à Bantam, fut aflafiné par un de fes fils, dans un voyage fort
çourt quil faifoit par mer, dans un autre lieu de l'Ile, [On porta divers
jugemer:
A:
Si
f
TR
qral
remens
l'efpé
omis fa
ais ceu
lil n'ét
ur une
re lui v
nion ;
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Dindre p
LE 14
» APP
de l’'Av
ne leur
ée de cel
L'un
cien Chef
ytrouva |
ms. Lai
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favoit cr
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xeftoit-il c
ment à ]
Dûpart de
mi ceu
X
défefpéroi
réduire en
anchemens,
toit detirer
ficulté d’ac-
fices par où
it fi fouvent
mêmes ter-
caufa tant
même jour.
ion qui ne
it contraint
femmes, &
Pendant dix
aux mains,
de mouve-
cé naturelle
apparente,
it l'occafion
étant réta-
grand fef-
croyoient
qu’alors, fut
omplimens
rouvoient à.
rage. infpi-
dans le pc-
les avoient
é qui- les a-.
angers qui
des puni-
leurs Vait
‘ils feroient
s ceux qui
D'ailleurs.
ant paroif-
affaires du
e faifoient
rien pour jf
Ire dès que
eurent plus
Caux , qui
hptant des
oit fait dé-
bit procu-
yage fort
jugemer:
rta divers
INDES ORIENTALES, Lav. Il.
Cuar. IL
remens de ce parricide. Les uns prétendirent que le jeune Prince gagné
61
l'efpérance de remonter fur lé Trône après la mort de fon pére, avoit
omis fa mort à cette condition, au Roi de Clyn, fon principal ennemi.
ais ceux qui avoient pénétré dans leurs affaires domeftiques, aflurèrent
lil n'étoit queftion entre le père & le fils, Lee d'une concurrence d'amour
ir une Efclave que lé jeune Prince avoit achetée à grand prix, & que fon
e lui vouloit-enlever. Les circonftances parurent s accorder avec cette
nion ; car après s'être fouillé du fang de fon père, le Prince fe retira
s l'Ifle de Sumatra avec les femmes qu'il avoit à bord, fans marquer la
indre prétention aux autres parties de fon héritage.]
Le 14 de Décembre, une Pinaffe Hollandoife, qui arriva au Port de Ban-
, apporta aux Re n les premières nouvelles de la mort de la Reine,
de l'Avénement du Roi Jacques d'Ecoffe au Trône d'Angleterre. Mais el-
ne leur apprit rien de leur Flotte ; & leur inquiétude dura jufqu'à l'arri-
e de celle de Hollande, où ils trouvèrent trois Lettres dans le Vice-Ami-
ral. L'une étoit de la Compagnie de Londres , adreflée à M. Stackey, an-
cien Chef du Comptoir de Bantara, & mort depuis près de deux ans. Scot
y-trouva le départ de Middleton annoncé, mais fans aucune certitude du
éms. La navigation des Hollandois avoit été retardée par tant d’accidens,
"en fuppofant la Flotte Angloife partie dans la faifon favorable, elle ne
Mppuvoi‘ :tre long-tems à paroître. Cette efpérance confola Scot du triom-
he de {es Rivaux, qui répandirent dans l'intervalle des bruits peu honora-
Ples pour l'Angleterrc.] Il eut la confolation d'apprendre que certains Chi-
bis de fes amis avoient découvert & fait arrêter Unicte, Chef des Incendiai-
és qui avoient miné le Comptoir. Ce Brigand s’étoit retiré dans les mon-
gnes, d'où la faim & la foif l'avoient forcé de revenir aux environs de la
Ville; &:les plus honnêtes-gens de fa Nation s’étoient fait un devoir de le
Wrer aux Anglois. Scot en fit donner avis au Proteéteur, mais ce fut pour
mi déclarer qu'il fe chargeoit de la punition & qu'il ne la feroit point at-
tendre long-tems. Il vouloit feulement tirer du coupable quelque éclairciffe-
ment fur la retraite de fes autres Complices. Son imagination n'avoit point
gté tranquille ,. depuis que cette troupe de fcélérats s'étoit dérobée à fa ven-
geance. Il-n'avoit perdu qu'une feule fois le Comptoir de vûe; & dans cet-
#a courte abfence,. il avoit été troublé par tant d’allarmes, qu'à fon retour
iavoit crû trouver fon Magalin en proie aux flammes. Trois fois la {emai-
n6, il ne manquoit pas de faire la vifite de toutes les maifons Chinoifes qui
étoient voifines de la fienne, & d’obferver fur-tout s’il n’étoit pas menacé de
quelque nouvelle mine. [Cet air d'autorité ne lui auroit peut-être pas réuñi
vec les Javans; mais à qui les Chinois auroient-ils adrelMe leurs plaintes,
prfque les Javans mêmes prenoient plaifir à les voir humiliés ?]
ENrinN, le 22 de Décembre, on découvrit vers le foir la Flotte Angloife
ii entroit dans la Rade. Mais l'empreflement & la joie que Scot fit éclater
# cette heureufe nouvelle , furent bien tempérés par l'état déplorabl: où il
(Hrouva l'Amiral Middleton, & la plus grande partie de fes gens. A peine
ftoit-il cinquante hommes fains fur la Flotte. Loin d’efpérer leur récablif-
ment à Bantam, l'air n’étoit propre qu’à redoubler les maladies. Au Ja
plûpart de ceux. qui en étoient atteints y moururent-ils miférablement; &
mi ceux qui jouifloient de la meilleure fanté, un grand nombre efluya !e
13 même
EDMON»
Scor
1604.
Les Anglois
apprennent la
mort de leur
Reinc,
Arrivée d'u-
ne flotte Hol
landoife.
Chef des In-
cendiaires ar-
rêté,
Allarmes de
Scot.
Une Flo
Aagloil:?
ve à Beni
Son trift:
111
i
[4e
it,
ÉnMonp
Scor,
1604.
Sçot fait éxé.
cuter l'Incen-
aiure,
Confeil tenu
entre les An
}
{ Jen
blu:
L'Amiral fe
nréfente à
‘Audiance du
Roi,
Les Anglois
font accablés
de maladies,
160$.
Û
62 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
même fort. Middleton étoit fi foible qu'à peine eut-il la force d'écouter |,
récit des affaires du Comptoir, Cependant la néceflité ranima fon courage
lorfqu'il eut compris de quelle importance il étoit pour l'honneur de fa N
tion, & pour le fuccès de fes efpérances, de partager du moins le cham
avec les Hollandois. 11 chargea immédiatement Colthurft, fon Vice - Am:
ral, de defcendre au Rivage avec quelques-uns des principaux l'aéteurs,
pour annoncer fon arrivée à la Cour; & dans la vûe de relever le nom Ar
glois, Schot chôifit le même jour pour faire éxécuter l'Incendiaire qu'il re
tenoit dans les fers. Il en refloit quatre à punir; deux qui s'étoient fauvé
dans le Royaume de Jacatra, un qui avoit accompagné Manlelike dans fa
éxil & le quatrième qui vivoit encore à Bantam fous la protcétion de Air
Sanapati Lama, Seigneur Javan fort oppofé à l'établiffement des Anglois, M
Dans un Confeil qui fe tint le 23 à bord de l'Amiral, diverfes raifons
firent prendre le parti d'envoyer deux des quatre Vaiffeaux de la Flotte au
Moluques, le Dragon & l'Afcenfion, tandis que l'Heïor & la Sufanne feroier
leur cargaifon de poivre à Bantam, pour retourner direétement en Angl:
terre, Les rafraîchiffemens du Pays ayant fait reprendre à l'Amiral une par
tie de fes forces, il fe trouva capable, dès le 25, de donner à diner fur fo
bordaux Chefs de la Flotte & du Comptoir de Hollande, [Là , dans la cha
leur du vin & de la bonne chère, on convint de bonne grace que tous les fi:
jets de plainte feroient mutuellemeut oubliés, & que pour le bien commu
onremettroit à d’autres tems la difcuflion des intérêts publics ou particulier:
Cette précaution étoit d'autant plus fage, que les Javans mêmes s'attendoien
à voir éclater des jaloufies funeftes aux deux Nations, & s’en promcettoicn
d'avance un fpcétacle amufant.] Le 31, Middleton, acconipagné de tou
les Marchands à qui leur fanté permit de le fuivre, fe rendit au Palais, 0
il remit au Roi la Lettre de Jacques I. & les préfens. C’étoit une aiguiéret
un baïlin de vermeil, deux coupes & une cuillière de même métal, avec fi
moufquets. Ces témoignages de l'amitié d’un grand Roi furent bien reçu
Middleton employa le jour fuivant à vifiter les principaux amis des Angloï
tels que le Scha Bandar, l’Amiral & les riches Chinois. I leur fit aufi du
préfens, auxquels ils parurent fort fenfibles. Ses foins fe tournèrent enfüite.
féparer les marchandifes qu'il deftinoit aux Moluques. Mais à mefüure que fe
gens gucrifloient du fcorbut, ils étoient faifis d'une diarrhée prefque au!
dangercufe ; de forte que manquant d'Ouvriers, il vit peu d'apparence à pu
voir remplir fes vûes ayant la fin de la faifon. Les Vaifleaux Hollandois q
étoient au nombre de neuf fans y comprendre les Pinafles & les Chaloupe:
partirent le 7 de Janvier pour Amboyne & les Moluques ; tandis que les Anglo
demeuroient prefque fans efpoir de finir cette année leur cargaifon. Ceper
dant ceux qui étoient nommés pour Banda fe déterminèrent le 18 à metit
à la voile, Scot qui continua fon office à Bantam , laiffa le foin d’écrit
leur voyage à ceux dont on a lû les Relations. À peine eurent-ils quitté !
Port, que le Proteéteur abufant de l’état des deux Vaifleaux qui devoier
retourner en Europe, augmenta les droits de fortie. Scot réfifta d’abord
cette tyrannie ; mais voyant que toute fa fermeté ne ferviroit qu'à reur
der la cargaïfon des deux Vaifleaux, il prit le parti de payer les marchait :
es préfentes, en remettant la conclufion du différend au retour de l'A
miral.
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Li”
INDES ORIENTALES, Liv. IIL Cuapr. [I 63
La Sufanne & l'Heétor mb une fi grande partie de leur Equipage
ant qu'ils fuffene en état de mettre à la voile, que les Faéteurs furent obli-
s de louër des Chinois & des Guzarates, non-feulement pour aider au
avail du Port, mais pour fuppléer à la manœuvre dans le cours de la navi-
Mirion. C'étoit une dépenfe fort onéreufe, Enfin, par mille fatigues, on
Rérvint à charger les deux Bâtimens; mais on ne put les mettre en état de
tir avant le mois de Mars. Ils quittérent Bantam le 4. L'Heétor avoit à
d foixante-trois hommes de différentes Nations, La Sufanne en avoit
Brante-fept. Dans l'un & dans l'autre, la plüpart des Anglois n'étoient
int encore rétablis.
Le 6 de Mai, il arriva au Port de Bantam un Vaiffeau de Hollande, qui
Étant joint fur la Côte de Goa avec deux autres Bâtimens de la même Na-
bn, avoient pris quatre Vaifleaux Portugais, dont trois étoient chargés
Mimmentes richefles. Le quatrième ne portant que des chevaux , les Hol-
HMndois l'avoient brûlé avec fa cargaifon. Ce premier Vaiffeau de Hollande
Étoit parti d'Amfterdam au mois de Juin 1604, c'eft-à-dire, depuis que Mid-
"dléton avoit quitté Londres ; mais il n'apportoit pas de nouvelles aux An-
bis de Pantam qu'ils n'euffent déja reçues par leur Flotte, Le Capitaine,
Mahi fe nommoit Cornelius Syverfin, étoit un homme grofier & fans clprit, qui
avoit aucune teinture d'humanité. Son arrivée ruina le commerce d'ami-
& de policeffe que l'Amiral Warwick s'étoit efForcé d'établir entre les
ux Nations. On ceffa bientôt de fe voir ; & les plus pénétrans comprirent
be ce refroidiffement annonçoit une rupture éclatante,
M(v) La Ville de Bantam faifoit alors les préparatifs d'une Féte qui pa-
bifloit intérefler vivement toute la Nation. Le jeune Roi n'avoit pas enco-
B été circoncis. Cette Cérémonie devoit etre célébrée au mois de
Jin; & depuis l'arrivée des Joncs de la Chine, qui commence à la fin de
vrier, on n'avoit pas ceflé de travailler aux ornemens d’un fi grand jour.
voyoit déja dans une grande place verte, devant la première Porte du
lais, un vafte théâtre environné de paliffades. Au front , paroifloit une
BBurc monftrueufe, qui répréfentoit le Diable ; & fur le theâtre on avoit
Placé trois efpèces de trônes: l'un, qui étoit élevé plus haut de deux pieds,
Mur le jeune Monarque, & les deux autres, pour Fes fils du Pangram Go-
, qui étoient les plus proches héritiers de la Couronne.
MCEsr l'ufage, dans tous les Royaumes Mahométans des Indes , de faire
un préfentau Roi, le jour de fon Avenement au Trône ou de fa Circonci-
mfion. Ce devoir folemnel s’éxécute avec toute la magnificence pollible; &
geux à qui leur fortune ne permet pas de faire une dépenfe confidérable ,
trangers où Naturels du Pays, s'affocient à leurs femblables pour s’acquit-
r du tribut commun. La l'éte commence ordinairement le 15 de Juin,
« continue non-feulement le refte du mois, mais tout le mois fuivant , par-
qu'il ne faut pas moins de tems à tous les Députés des Compagnies pour
porter leur préfent au pied du trône. Le Proteéteur commença la Céré-
onie, Tous les autres vinrent fucceflivement, fans diftinétion de rang &
nobleffe, fuivant que chacun avoit été plus prompt à faire fes prépara-
tifs ;
:4
(u) Ici commence la 7e, Sc&tion de l'Orizinal. R. d. E,
Enmon»
Scor,
160$.
Départ de la
Sufune & de
l'Heétor
Riche prire
des Hollan.
dois,
Semence de
haine entre lc5
deux Nations,
Circoncifon
du Roi de
Bantam,
Divers ufa-
es de cette
Fête,
Enmoxp
Scor.,
160$.
Difpute pour
le rang entre
les Anglois &
les Hoilan-
* dois,
Difcipline de
la Garde du
Roi,
Les Anglois
& les Hollan-
dois en vien-
nent aux
Mains,
Jeux & fpec-
tacles de la
Cérémonie de
lu Circonci-
fon,
CE) VOYAGES DES ANGLOIS AUX
tifs; de forte que certains jours étoient employés du matin jufqu'au foir, 4
ue dans d'autres jours il ne fe préfentoit que trois ou quatre Compagnie,
omme les | y avoient encore peu d'armes à feu, le Proteéteur avoit pri:
les Anglois & les Hollandois de faire les décharges de moufqueterie, Ils
leva une querelle entre les deux Nations, pour le rang dans l'ordre de h:
marche, .Le petit nombre des Anglois fit donner la préférence à leurs con
currens, Mais pour fe venger par une autre forte de diftinétion, Scoc fichu
biller fes gens avec la dernière propreté, &%. voulue qu'ils fifenc l'arrière-gar.
de du cortège; tandis que les Hollandois, qui affeéloient de marcher à k
tête, n'y parurent, dit-il vs me pe exciter larifée, par leurs gran
chapeaux pointus , leurs habits tarodés & leur hautes chauffes p:ndantes, &
leurs chemifes qui tomboient entre leurs jambes. À
Cnaque jour au matin, la Garde du Roi, qui étoit d'environ trois cey
hommes, venoit fe ranger autour du théâtre. Elle fe place en plufieurs rang
de files, fuivant la difcipline de l'Europe, mais la marche en eft fort difé "
rente. Tous les Gardes défilent l'un après l'autre, en ferrant le plus qu'il cl
poflible, & tenant la pique élevée, Ils ne connoiffent point encore l'éxer
cice des armes à feu; de forte que ceux mêmes qui paro floienc en petit nom:
bre avec des arquebufes ou des moufquets, s'en fervoient de mauvaife grace
Leurs tymbales font de larges bañlins, d'un métal qu'ils appellent Tonbag,
& rendent un fon fort défagréable. Ils ont leurs Compagnies & leurs Enfi.
gnes, comme la Milice de l'Europe; mais leur Etendart royal eft d'une for.
me extrêmement bizarre. C'eft une perche fort lonzue, dont le fommet f
courbe en arc, à l'extrémité duquel font fufpenduss les couleurs, qui defcen M
dent prefque jufqu'à terre , fans avoir plus d'une aune de largeur. WA
Le premier jour de la Fête, qu'on s efforça de rendre le plus magnif:
que, on repréfenta vis-à-vis le théâtre pluficurs châteaux de cannes, qui fu.
rent attaqués & défendus par rod cn Tandis que le Roi & touce fa Cour :
étoient occupés de cette fcène badine, les Anglois & les Hollandois renou:
vellèrent leur querelle, avec une chaleur qui leur fit employer férieufemen:
leurs moufquets. Le Proteéteur, informé du défordre, les fit prier inftammen
de füufpendre leurs animofités ce jour-là. Le foir du même jour, Scot de
manda à quelques-uns de leurs Marchands fi leurs prétentions fuppofoient que
la Hollande fût capable de fe mettre en comparaifon avec l'Angleterre, &
s'ils avoient oublié que fans le fecours des Anglois ils auroient été la plu
vile Nation de l'Univers. Quelque amertume L che y eût dans cette queftion,
les Marchands Hollandois fe contentèrent de répondre que les tems & les fi
tuations étoient changés , [& il ne faut pas douter qu'iln’y en eut plufieurs par: "M
mi eux qui fe croyoient en état de réfifter à toute autre Nation. Mais jen
feaurois dire, ajoute Scot, quel eft la-deflus le fenciment de ceux qui font à
Ja tête (x) du Gouvernement.]
Le Roi de Bantam fe faifoit tranfporter chaque jour au théâtre fur les €
paules d'un homme robufte, [dans la pofture où l'on peint Anchife fur celles:
d'Enée,] & faifoit quelquefois le tour de la Place dans la meme fituation.
Plufieurs Efclaves foûtenoient autour de lui & :ur fa tête de riches pRre
à
(x) PurchaMremarqueicique comme cet- mais perfonnelle, il a adouci les expreffon #
te faute des Hollandois n'eft pas nationale, dures de l'Auteur.
\UXx
Qu'au foir, 4 4
> Compagnis “4
teur avoit pri 0
eterie, Îlse
l'ordre de he “
> à leurs con
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"L'CONCIS1 021
BRSNYDRNIS
INDES ORIENTALES, Jav, III, Car, IN, 65
fa Garde, qui avoit marché devant lui, fe plaçoic autour du théâtre, dans
l'intérieur dé la baluftrade, A fa fuite venoient grand nombre de qe er
qui avoient À + marqué pour s'approcher fueceflivement de lui. Lorf-
qu'il s'étoit placé fur fon trône, les Von commençoient par une marche de
la Compagnie des Moufquetairés , qui étoit fuivie de celle des Piquiers, cha-
un avec leurs inftrumens de mufique, [qui confiftoient en des ‘baflins de
ombago, que deux perfonnes frappoient avec des petits batons.] ÆEnfüite
paroifloit la Compagnie des Porte-boucliers, Corps plus diftingué que les deux
récédens par leurs fonétions auprès du Roi. On voyoit pafler enfuite fur le
épaules d'une infinité d'Efclaves plufeurs forces d'arbres avec leurs fruits. À
ce fpcélucle fuccédoic une procellion d'animaux de toute efpèce; les uns vi-
vans, d'autres arcificiels, mais fi bien repréfentés, qu'ils ne paroiffoient pas
différens de la nature, Cette fcène faifoic place à quantité d'hommes & de
{cmimes dont la profeflion étoit de danfer, dechanter, & de:faire des tours
“de lorce ou d'agilité. Ils éxerçoient leurs talens devant le Roi, qui les ho-
nora fouvent de quelques marques d'approbation. Hs étoienc fuivis de trois
‘cens jeunes femmes, portoient des préfens, avec une vieille matrone à
“chaque dixaine, pour les contenir dans l'ordre. Ces préfens étoient de peu
“de valeur, mais ils étoient portés dans de petits paniers fort galans. On
commençoit alors à voir paroître des préfens plus riches, tels que des tur-
bans brodés en or , des étoffes d'or & d'argent , des perles, & d'autres pierre»
ies pour l'ufage du Roi, C'étoient encore des femmes qui portoient toutes
ces richefles; & quantité d'eftlaves marchoienc à leurs côtés, avec des pa-
rafols qui les tenoient à couvert. [Après elles, marchoient les hommes qui
avoicnt leur propre tribut à préfenter, & les Députés des Compagnies que
'indigence avoit formées pour fatisfaire à l'ufage.] Enfin l'on voyoit venir
“es cnfans & les héritiers de-ceux qui faifoient un préfent en leur propre
Mmom, aflez galamment vêtus, en étoffes peintes ou brodées , avec des brace-
Mets & des ceintures où les pierreries éclatoient au milieu de l'or. Ils étoient
“accompagnés d'Efclaves de l'un & de l’autre féxe, qui les garantifloient auffi
e la chaleur avec des parafols. À mefure que les préfens étoient offerts an
oi & rangés au pied du théâtre, ceux qui les avoient apportés s'affeyoient
par terre fur des nattes.
Arrès cette longue procefion, un Crieur public qui s’introduit dans la fi-
re du Diable, crie par la bouche de cet hideux coloffe, que le Roi im-
pofe filence à toute l'affemblée. Alors la mufique fe fait entendre feule, avec
«un mélange de la moufqueterie par intervalles. ŒEnfüuite les Piquiers & les
…Porte-boucliers commencent le jeu du dard & de leurs autres armes. Ils s’en
ervent fort adroitement, Leur attaque fe fait avec divers pas de danfe, au
milieu defquels l'habileté confifte à choifir un moment pour lancer le dard,
x rarement manquent-ils leur coup. Entre plufieurs autres fpeétacles on voit
Mides Joncs chargés de ris & d'autres marchandifes , qui voguent par l'effet de
decriains reflorts. Il fe fait aufli des repréfentations hiftoriques, dontle fond
ft tiré des Chroniques de Java, & des Livres de l’ancien Teftament, dont
bla communication doit leur être venue des Arabes, des Turcs, des Perfans
& des Chinois , mais qu'ils ont altérés par cent chimères de leur propre ima»
lgination.
: E ro stéé préfentèrent au Roi un eau grenadier, couvert de fon fruit.
. Part, Ils
sal
à Ÿ
À
Evmonb
Scor.
160$.
Préfens des
Anglois dans
la Cérémonie.
£nmMono
Scor.
1605.
Inégalité des
Anglois & des
Hollandois.
Le Roi de
Jacatra vient
prêter hom-
mage à celui
de Bantam.
66 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
lis l'avoient enfermé dans une efpèce de cage où les ornemens n'étoient point
épargnés; & fur le gazon verd qui couvroit fes racines, ils avoient mis trois
lapins blancs. Ces animaux font fort rares aux Indes. Entre les branches il,
avoient attachés plufeurs petits oifeaux, qui dans l'agitation de tant de bruit
& de mouvemens, firent entendre fort à-propos leur ramage. Ils avoient
aufli quatre furieux ferpens, ou plutôt quatre repréfentations, dont ils étoient
redevables à l'induftrie des Chinois, & qui contrefaifoient la nature jufqu'a
caufer de l'épouvante aux fpeétateurs. Ces préfens étoient fuivis de cinq pié:
ces d'étoffe pour l'ufage du Roi, & de plufieurs autres pour les Officiers de
fa fuite. Ils y joignirent une paire de piftolets damafquinés, avec les four. M
reaux de velours cramoifi relevé de feuilles d’or battu. Comme [leur qua: M
lité d'Etrangers ne leur permettoit point de fe mêler dans la marche des pré. M
fens, ] & qu'ils n’avoient point de femmes qu'ils puffent charger de cette
commiffion, ils fe procurèrent trente des plus jolis enfans qu'ils purent trou:
ver, & deux Piquiers Javans, pour les accompagner en qualité d'Huifliers
ou de Gardes. Le Chef de cette petite Troupe étoit un jeune Chinois, don
le père avoit été tué au fervice de Scot dans une attaque de quelques Vo:
leurs, Il étoit vêtu prefqu’aufli bien que le Roi. Dans le petit difcours qu'l
devoit prononcer à ce Prince, les Anglois faifoient remarquer que fi leu
nombre avoit répondu à leurs defirs, ils n’auroient pas manqué de paroître
“avec beaucoup plus d'éclat. [ Le Roi, & ceux qui étoient autour de lui,
prirent beaucoup de plaifir à contempler les lapins & à voir quelques Feux
d’Artifice dont on accompagna le préfent. Les Femmes en furent épouvan:#
tées & pouflérent des cris, comme fi le Palais alloit être réduit en cer.
dres.
Les Hollandois, accoutumés à faire valoir leurs moindres'avantages, re
levèrent beaucoup ce qu'ils firent dans cette occafion. 1ls vantèrent extrême :
ment leur Roi; car c’eft le nom qu'ils donnoient continuellement au Comit
Maurice. Leur querelle avec les Anglois fe renouvella plufeurs fois, & c'e
toit toûüjours après avoir bû qu'ils la recommençoient. Scot qui avoit à ré
pondre d’une grande quantité de marchandifes, & qui voyoit fes gens en {.
petit nombre, cherchoit continuellement à rapprocher les efprits. Les Ar.
glois r’étoient que treize. [Middleton avoit eu befoin de tout fon monde «
partant pour Banda; & loin que la Sufanne ou l’Heétor euflent pû laiff:
quelques - uns de leurs gens au Comptoir, ils s’étoient vûs dans la néceflit
d'employer des Etrangers pour leurs propres befoins.] Au contraire, foit
Port ou dans la Ville, les Hollandoïis étoient plus de cent.
Le 18 de Juillet, on vit arriver à Bantam le Roi de Jacatra , qui venoi
faire fes préfens & rendre fon hommage. Cette Cérémonie fe fit encore ave
éclat. Dès la pointe du jour, les Gardes de Bantam [habillés en rouge] f
rangèrent fur la Place du Palais. Scot & les autres Faéteurs, que la curic
fité y avoit conduits, fe tenant debout près du théâtre, il leur vint fucceit
vement plufieurs Officiers du Roi, pour les prefler de s’afleoir à terre ;
il n’eft pas permis de demeurer dans une autre pofture devant le Roi, & ls
perfonnes de marque. Mais Scot répondit qu’il falloit donc lui faire appot
ter (y) des fiéges; [ fans quoi il prendroit le parti de retourner chez lu
conti
contre
Oh leurs
le leur
Mcoir à
milieu
loient pas
. nb e , : ils auroie]
&7(y) Il y avoit de: l’impriden“e ‘dans cette conduite, car fi. ces Etrangers LA
oiei
’étoient point
ient mis trois
4%
; branches ik;
tant de bruit
Ils. avoient
ont ils étoicnt
ature jufqu'a
s de cinq pié-
s Officiers de
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ne [leur qua:
rche des pré:
rger de cette
s purent trou-
té d'Huilliers
Chinois, dont#
quelques Vo:
: difcours qu
er que fi leu
é de paroîtr
utour de lui, :
quelques Feux
rent épouvar
éduit en cer
vantages, ré
rent extrême. :
ent au Comti
s fois, & ct
i avoit à ré
fes gens en ile
Les An ÿ
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traire, foit a
» qui ven!
encore avt
en rouge] À
| que la curit |
vint fucceli
à terre ;
le Roi, &
i faire appof
rner chez lui:
conti
trangers save
016:
INDÉS ORIENTALES, Liv. II, Cuar. IL.
bontre l'intention du Roi & du Proteéteur, qui avoient fouhaité qu'il añiflàc
leurs l'êtes.] Les Hollandois firent la même réponfe. On n'entreprit point
Mc leur faire violence; mais dans l'ufage établi pour tout le monde, de s'af-
Meoir à terre lorfqu'on fe trouve dans le même lieu que le Roi, fût-ce au
Mnilieu des boues les plus noires & les pius épaiflès, ceux qui ne purent fup-
borter que les Anglois & les Hollandois paruflent autrement, s'éloignérent
deux; & les Gardes mêmes qui en étoient proche, changèrent de ofte, Il
rivoit fouvent, dans des occafions domeftiques ,que les Javans s'offençoient
M voir un Facteur de l’un ou de l'autre Comptoir, p."ndre place fur un
offre ou fur quelque autre meuble, tandis qu'ils étoient à terre fuivant leur
fage; & leur ficrté leur faifant regarder la fupériorité de polture comme
ine infulte , ils auroient poignardé volontiers ceux de qui ils croyoient recc-
oir cet affront.
A neuf heures le Roi de Bantam fe fit porter fur fon trône.
"éntendit un grand bruit, qui annonçoit l'approche de celui de Jacatra, à la
tête de deux-cens de fes propres Gardes. Lorfqu'il fut arrivé à la Garde de
Bantam, il laifla fes gens derrière lui nour la traverfer. Mais s'étant apper-
çu qu'il devoit pañler aufli au milieu de plufieurs petits Princes voifins , qu'il
onnoifloit pour fes mortels Ennemis, il s'arrêta tout-d’un-coup , dans la crain-
Mte qu'ils ne priflent cette occafion pour l’aflafliner. Ce n'eft pas qu'il man-
uât de courage, il pafloit au contraire pour un des plus braves Princes de
Inde. Mais dans l'impoflibilité qu’il voyoit à fe défendre, s’il étoit làche-
ment attaqué, il prit le parti de faire avertir le Roi de Bantam qu'il atten-
doit fes ordres; & dans l'intervalle il s’afit fur une piéce de cuir, telle que
Ma plûpart des fpeétateurs en avoient apporté; [ cependant les Gardes de
Bantam apprétérent leurs Armes, pour le défendre, au ças qu'il fut atta-
ué]. Le Roi de Bantam apprenant qu'il étoit fi proche, envoya aufli-tôt
leux de fes principaux Officiers pour le conduire jufqu'au trône. Il le reçut
vec de grandes marques de diftinétion. Il l’embrafla; & la cérémonie de
’hommage étant achevée , il le fit affeoir près de lui, fur une petite eftra-
e beaucoup moins élevée que fon trône, qui fembloit avoir été préparée
ans cette vûe. Les petits Princes rendirent leur hommage après lui, &
rirent place enfüuite dans un rang fort inférieur. Vers midi, on vit paroî-
re les préfens, dans l’ordre que j'ai déja repréfenté. Entre une infinité
Manimaux, on admira beaucoup une forte de lion, que les Indiens appellent
'Machan, & qui pañle pour la plus terrible de toutes les bêtes féroces, Il efk
marqueté de blanc, de rouge & de noir. Sa force & fon agilité font fiex-
traordinaires, qu'il s’élance à plus de dix-huit pieds fur fa proye. Ils’en trou-
e un affez grand nombre dans l’Ifle de Java, & les ravages qu’ils y font
ans certains tems, obligent les Rois mêmes d’armer pour les détruire, Cet-
te chafle cft fi dangereufe, qu’elle coûte ordinairement la vie à plufieurs Sol
dats. Elle fe fait quelquefois la nuit, [ parce que le Machan n’apperçoit rien
dans l’obfcurité, quoiqu'il forte de fes yeux des traits de flamme qui le font
découvrir. ] Celui que le Roi de Jacatra avoit pris vivant, fut apporté dans
une
6”
‘
Bientôt on
oient pas fe conformer aux coutumes du pays du Théatre, ou fe difpenfer d'affifter à cet-
jils auroient pu ne pas s'approcher de fi prés te fête,
I 2
Enmonr
ScuT,
1605.
Machar ,
bête cxtrême-
ment férocc,
EDMOND
ScorT.
L6O$.
Jour de la
Circoncifion.
Retour de
Midleton à
Bantam.
Jaloufies des
Hollandois,
Leur effet
tragique.
68 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
une cage traînée par deux bufles, & laifloit voir dans cete fituation dequoi
fa fureur l’auroit rendu capable en liberté. On vit paroître encore avec:plus
d'admiration un jardin tout entier, couvert non-feulement de fleurs & de
légumes, mais chargé d'arbres; fans parler d’un étang, rempli de poiffons,
qui nageoient dans l'eau. [ Mais Scot a foin d'ajoûiter que tout étoit artifi-}
ciel, & que cette machine n'avoit point au fond d'autre mérite que celui
d'une grandeur prodigieufe, qui demandoit une infinité d'hommes & d'ani.
maux pour la traîner. La plûpart de ces ouvrages venoient de l'induttrie eroit
des Chinois ; car la groffièreté des Javans les rend peu capables d'invention. MT DE u
H eft furprenant, fuivant la remarque de. Scot, qu'ils puilfent traiter avecle ‘ilando:
dernier mépris une Nation qui fert.ainfi prefqu'également à les amufer & à "0 Cambo
les faire vivre.] [On apporta enfuite un magnifique lit complet.. Les cou-; rtugais
vertures étoient brodées en Or, les Oreillers étoient de foie, & galonnés ML'Asc
d’or ; le bois du lit étoit doré & orné d'ouvrages de fculpture.] La marche oisfet
fut fermée par le fils du Roi de Jacatra, qui parut fur un char traîné par ux Vai
des bufles. Cet attelage eut peu d'agrément pour l’Auteur, Mais il re: beaucoup
marque que l'Ifle de java eft mal fournie de chevaux, & qu'ils n'y font pas eipaux
d'une taille avantageufe.. Aufñli ne les.y employ: -t'on jamais à tirer, nimé.
me à d’autres éxercices que ceux de la courfe, qui fe fonc le Samedi au foir,
& qui reffemblent beaucoup à ceux de Barbarie.
ENFIN, le dernier jour des Fêtes, qu'on avoit fait tomber exprès à leur
Sabbat, le Roi fut porté au Temple, fur l'échaffaut même d’où il avoit veu
tous ces fpeétacles, & fut circoncis avec un grand nombre de cérémonies
bizarres. On affüra Scot que plus de quatre cens perfonnes avoient été em-
ployées à porter l’échaffaut ; mais à juger par la grandeur. même.de cette
machine il trouva de l’éxagération dans ce récit.
(x) Le 24 de Juillet, Middieton ,rentrant dansle Port de Bantam-avec une
riche cargaifon de Girofle, apprit à Scot les triftes marques qu'il avoit reçues
de la-reconnoiflance des Hollandois ,. après les fervices qu'il leur avoit ren.
dus. [En comparant cette conduire avec celle qu'ils tenoient depuis iong-temst
dans l'Ifle de Java, il ne fut pas difficile aux Anglois de prévoir cequ'ils en
devoient attendre à l'avenir. Cependant Middieton ne ceffa peint de répéter
aux Faéteurs du Comptoir qu'il falloit évite” toutes les occafions de querelle,
& fe faire un appui de la confidération que leur.honnêteté même & leur
modération ne. manqueroient pas de.leur attirer de la Cour. En effet ils
continuèrent.de recevoir du.jeune Roi des témoignages d’une eftime diftin-
guée;] & le Roi de Jacatra, qui pafla quelques femaines à Bantam, fit l'hon-
neur à .Middieton de le vifiter fur fon bord. [Mais ces apparences de dif. y
tinétion devinrent un nouveau fujet de jaloufie pour les Holl:.:.:c13.] Lepre-
mier d’Août,. tandis que Scot travailloit ardemment au Magzïn ; avec une
partie de fes gens , il vit arriver deux Anglois du Vaiffleau de Middleton
ui étoient pourfuivis par: quelques Hollandois, & qui en avoient reçu plu-
dense bleflures. Dans le reffentiment de cette infulte, il fortit avec la pre-
mière. ar ;e qui tomba fous fes mains, & fes gens le fecondérent fi bien . que
non-feulement il fit prendre la fuite à fes Ennemis , mais qu’il en tua un &
coupa
Mbbupa les
Les deux
hhaintes :
ne de re
Miprit le
; au. Ù
Œucoup
(3) Ici, commence la 8e, Seétion de l'Original. R, d,.E..
X
tion dequoi
re aveciplus
fleurs & de
dc poilons,
étoit artifi-à
e que celui
es & d'ani-
e l'induttrie
d'invention,
aiter avec le
mufer & à
& galonnés
La marche
traîné par
Mais il re-
d'y font pas
irer, nimé-
medi au foir,
kprés à leur
il avoit veu
cérémonies
ent été em-
ne.de cette
am‘avec uno
avoit reçues
avoit ren-
is long-temsi
cequ'ils en
t de répéter
de querelle,
me & leur
En effet ils
ime diftin-
m , fit l'hon-
ices de dif-#
is] Lepre-
; avec une
; Middieton
t reçu plu-
avec la pre-
fi bien. que
à tua un &
coupa
Mbbupa les bras
+, 1
Les cou;
{[NDÉS ORIENTALES, Liv. IIL Cnar. Il:
69
à deux autres. I! n'étoit encore rien arrivé de fi vif entre
Le Chef du Comptoir Hollandois en porta aufli-tôt fes
mais il le trouva fi bien informi, qu'ayant été obli-
& de reconnoître que l'injuftice & la violence étoient du côté de fes géns,
Mipric le parti de boire pendant le refte du jour avec les Anglois du \ aif-
Véau. Le Roi de Bantam;: à qui l'on fit le récit de ce combat, fe réjouit
Bucoup que le mort füc un Hollandois, & déclara publiquement qu il s'af--
croit peu que tous les autres euffent le mène fort. k |
AT D£ux ou trois jours auparavant il-étoit arrivé de Ternaté un Vaifesut:
M ilandois nommé le grand Enchuifen:. Le 11:d'Août deux Vaiffeaux partis
MD Camboye amenèrent dans le port une riche-prife qu'il avoient faite fur les
jrtugais. Le même jour il arriva un autré Bâtiment de Ternate. ]
IL'AscENSsION n'ayant pas tardé long-tems à fuivre l'Amiral, [les An-
bis fe trouvèrent en état de faire face à leurs Ennemis , pendant que ces
deux Vaifleaux demeurèrent à Bantam.. Auffi trouvèrent-ils les Hoïandois
beaucoup plus humains dans cet intervalle. ] Le 8 de Septembre, les prin-
@ipaux Marchands de Hollande donnèrent à Middieton & à fes Faéteurs
nf magnifique feftin , où l'amitié parut fe renouveller avec une parfaite
ffanchife. Cependant deux jours après cette réconciliation , il s’éleva
le nouvelle querelle, où pluiieurs perfonnes furent bleffées dans les deux
rtis.
[Le 15 deux Vaifleaux Hollandois chargés de poivre , de clous de g;-
Me , & de ce qu'ils avoient enlevé aux Portugais, firent voile pour la
ollande. Le 21: l’Amiral-Hollandois arriva de Banda, & le lendemain-le
Énéral envoya quelques Marchands pour le complimenter. ]
MrLe retour de cet. Amiral, nommé Syverfon, & la groifièreté de fon ca-
fétère , devinrent encore l'oecafion de plufieurs combats. ] Un jour que
ddleton étoit aflis à la porte du Comptoir Anglois, dans un entretien a
quille avec quelques Portugais, un yvrogne du Vaiffeau de Syverfon vint
fleoir impudemment à-fes- côtés. Il le força de fe retirer. Au même
Dment plufieurs Matclots du:même bord parurent avec leurs couteaux, pour
Mcenir leur Compagnon. Les Anglois fortirent du Comptoir, dans la feule
Mc de fe défendre. On en vint aux mains avec:la dernière chaleur ,-&: les
Æbllandois. furent pouflés jufques dans la maifon d'un Chinois, où ils ne par-
Mirent à fe méttre à couvert qu'après avoir eu plufcurs de leurs gens blef-
8% Mais à peine les Anglois fe furent-ils délivrés de ces Ennemis, qu'ilen
gevint une autre Troupe, avec leiquels: il fallut recommencer le combat.
Comme la plûpart étoient yvres, & que la curiofité en amenoit d’autres fans
cun deffein de prendre part à la querelle, Middleton parut lui-même,
ur garantir les plus fenfés de la fureur de fes gens, & leur offiir un
ile dans le Comptoir, Aüinfi rien n'étoit plus étrange que d’en voir
je partie aux mains avec les Anglois, tandis que les autres en étoient trai-
avec autant dé civilité que d'amitié. Enfin les yvrognes furent. affez
Maltraités pour fe repentir de leur infolence, & chercher leur falut dans
k fuite. Syverfon, malgré fon arrogance naturelle , fe vit obligé de re-
Ro le vort de fes Macclots, & prit le parti d’en faire des-excufes à:
à eton. |
deux Nations.
aintes à Middieton;
Mais
I 3
Enmonn
SCOT.
1605.
Autres fan:
glans démêlée:
EnmMonD
Scor.
160%.
core plus ter-
ribles,
Stratagéme
de quelques
Matelots An-
glois,
Middleton
termine les
différens par
compofition.
Menaces en-
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Mars (a) ce qui commença bientôt à caufer de plus juftes allarmes aux
d
79
nglois
Anglois, ce fut d'apprendre de quelques Matelots de leur Nation qui fer. Holla
voient fur les Vaifleaux de Hollande, d'a le Contre-maitre de l'Amiral Sy. férieu
verfon avoit confeillé à tous les Hollandois, de ne jamais fortir fans armes, cés ©
& de poignarder fur le champ le premier Anglois qui donneroit devant eux
quelque marque de fierté ou de réfiftance. Cet avis parut d'autant plus fc.
rieux, que ceux dont on l'avoit reçu étoient retenus à bord avec de grande:
précautions, & que pes le donner , ils avoient été obligés d'employer un
ftratagême qui avoit fort heureufement réufli. A la vûe de quelques Anglo
qui avoient pafTé dans une Chaloupe auprès de la Flette Hollandoife , ils x
voient jetté dans l'eau une petite boëte qui contenoit une Lettre en Angloi.
Ce ne fut pas fans peine qu'elle fut pêchée par les gens de la Chaloupe ; &
loin de s'attendre à ce qu'elle contenoit, il n’auroient pas jugé qu’elle mc.
ritât les mouvemens qu’ils fe donnèrent pour la prendre, s'ils n'avoient en.
tendu crier dans le même tems, have a care, c'elt-à-dire, prenez garde. A"
prés avoir reçu ce terrible avis, ils furent tentés de faire main-baife fur tous
les Hollandois qu'ils rencontrèrent en allant au Comptoir. Mais ne. voulu:
rien entreprendre fans l'ordre de Middleton , il lui remirent la boëte & |
Lettre. Ontint Confeil aufli-tôt. :es Hollandois avoient alors fept grand:
Vaifleaux dans le Port, & le norubre des Anglois fe réduifoit à deux. Iln'e
toit pas queftion d'attaquer, fur-tout lorfqu’au milieu des reffentimens on n'x
voit que des vûes de paix & de commerce ; mais des craintes fi preffante
obligeoient de ne rien négliger pour fe défendre. Après avoir pourvû à kl
garde du Comptoir, Middleton envoya ordre fur les deux Vaïfleaux de ni
laifler fortir perfonne pendant le refte du jour; & faifant la même défeni
aux gens du Comptoir , il prit … varti de fe rendre chez les Commandar
Hollandois , fans autre fuite que 1on Sécretaire & deux domeftiques. La,
fans faire connoître les lumières qu’il avoit reçues, il témoigna beaucoup t
chagrin des femences de haine qu'il voyoit croître tous les jours entre li.
deux Nations ; & ne balançant point à prétendre que la faute venoit de
Hollandois, puifqu’on ne pouvoit pas fuppoñfer raifonablement que dans ur:
fi grande inégalité de forces les Anglois fuflent les agrefleurs , il pria k
Commandans de s'expliquer avant fon départ fur leurs véritables inter
tions , afin qu’il n’eût point à fe reprocher d'avoir abandonné le Compto:
Angli
mutins
iddleto:
- de fait po
à l'obteni
ans, €
cette Traduction que dans l’Original. Voici ce
qui fe lit dans le dernier. ,, Ce qui avoit aug-
» meénté l’Animofité des Anglois, étoit un avis
,» qu'ils avoient reçus de quelques-uns de leurs
,» Compatriottes qui étoient fur la Flotte Hol-
, landoife, qui leur avoient appris que le Pi-
» lote de l'Amiral étoit allé de Vaiffeau en ,, miral Hollandoïis, accompagné de plufcu noueg
» Vaiffleau pour exhorter l'équipage à fortir ,, Capitaines & Marchands, vint au logent it des n
, toûjours armés & à tuer tous Iles Anglois
, qu'ils rencontreroient. Ainfi les Hollandois
;; loin d’avoir raifon de fe plaindre, devoient
au contraire fe louër d'avoir été traités fi
doucement par les Ang'ois, qui en auroient
o
cÿ(a) Tout ce paragraphe eft autrement dans ,,
pu tuer pluficurs dans cette difpute, fi k:
Général avoit voulu le permettre. Aurci
ce fut un fujet d'étonnement pour tous À:
babitans de Bantam , de voir que les
glois qui n’avoient que deux Vaiffeaux 0!
fent en venir aux Mains, avec des g
qui en avoient fept. Après cette affaire. À
des Anglois, & après qu’on eut un peu p!
lé de la difpute, l’'Amiral reconnut le torti
fes gens, & promit d'y mettre ordre, €
fuite après plufieurs politeffes de part&du ,
tre on fe fépara bons amis, KR. d. E;
qu'ils avoi
eux, leur
INDES ORIENTALES, Liv. III Car. II. 71
nglois à la difcrétion de fes Ennemis ; tandis qu'il croyoit au contraire
Tlollande unie d'intérêts & d'amitié avec l'Anglecerre, Un difcours
férieux réveilla toute l'attention des Hollandois. Ils convinrent des
cés où l'yvrognerie avoit quelquefois emporté leurs Matelots ; mais
fe plaignirent qu'au lieu de demander de juftes fatisfaétions , ar les
yes qui convenolent au bien commun , les Anglois s'attribuaflent le
it de fe faire juftice par leurs propres mains. Middleton répondit a-
itement que ce n'étoit donc qu'un mal-entendu , puifqu'il n'avoit ja-
is eu d’éloignement pour les termes qu’on lui propofoit, mais que l'é-
jcé demandoit qu’il y eût des régles établies, fur lefquelles les Anglois
flent compter. Cetteouverture fut reçue de bonne grace. Syverfon re-
nnut lui-même que l’intempérance de fes Matelots devoit étre rete-
e par quelque frein. On convint d'établir des châtimens éxemplaires pour
mutins & les querelleurs. Tes cas & les peines furent réglés de concert ; &
iddleton promit au nom des Anglois qu'ils n'employeroient point les voyes
-bafte fur tous fait pour fe venger , fans avoir demandé juftice trouvé de la difficulté
is ne: voular à l'obtenir. Ce l'raité fut publié fur les Vaifleaux des deux Nations & dans
a boëte & I les deux Comptoirs. Middleton en prit une copie, pour l'emporter en An-
rs fept grand: gletcrre, avec la fatisfaction de pouvoir prouver par les articles & les ter-
deux. lin'c. Milles mêmes de la Tranfaction, que la fource des querelles étoit toûjours ve-
timens on n' Me des Hollandois. Syverfon, & tous fes Faéteurs, l'accompagnérent quel-
fi preffante se ems dans la rue, pour faire éclater Jeur réconciliation. Le jour fuivant,
pourvû à k bi fut choifi pour la publication du Traité, ils acceptérent un feftin au Com-
Meaux de n° toir Anglois, où les promefles furent folemnellement ratifiées. Middleron
nême défenf t traité de même au Comptoir Hollandois, & l'on ne fe quitta qu'après
| Commandar poir fcellé l'amitié par de nouvelles proteftations. A
tiques. Là ELLE fut confirmé par un événement qui fembloit intéreffer les deux Na-
à beaucoup & MONS. Quelques Javans qui appartenoient au plus grand Seigneur de la Cour,
ours entre l: euvérent le moyen de dérober neuf moufquets à bord de l’Afcenfon. [Une
de: dote dl ârdiefe de cette nature parut d'une fi dangereufe conféquence aux deux
que dans ui iraux , qu'avant d'en porter leurs plaintes à la Cour, ils feignirent pen-
s , il pria K 08 t quelques jours de 1 ignorer, dans l'efpérance que l'impunité ramenant
bles “inter smèmes Voleurs, qu'on ne connofloit point encore, on pourroit les pren-
é le Compti > fur le fait. Les Chaloupes des deux Flottes veillèrent pendant plu-
Angli rs nuits. Enfin l'on découvrit une Barque du Pays , qui s'avançoit dans
dbfcurité, & qui s'approcha de l'Amiral Anglois. Mais au moment que les
Javans , encouragés par le filence & les ténébres, alloient appliquer une échelle
qu'ils avoient apportée, le bruit des Chaloupes qui fondirent brufquement fur
œux, leur fit prendre le parti de fe fauver à la nage. ] On ne laiffa point d’en
rêter deux. Ils furent interrogés auffi-tôt par les deux Amiraux (b). L’ef-
Qérance qu'on leur donna d'être traités avec douceur , leur fit confeffer le
emier vol, & l'intention dans laquelle ils étoient venus d’en commettre
Mb nouveau. Ils déclarèrent le nom de leur Maître & l'ufage qu'ils avoient
dit des neuf fufils. Middleton prit le-parti de les envoyer au Protecteur ,
à fc contentant de lui faire redemander fes armes. Mais le bruit de cette
avanture
X
larmes aux
ion qui fer.
Amiral Sy:
fans armes,
t devant eux
rant plus fc.
c de grande:
employer un
Iques Anglo:
doife , ils 2
:en Angloi.
haloupe ; &
é qu'elle mc
n'avoient en M
ex garde. À
VU
—
te difpute, fi
rmettre., Aurt
nent pour tous
: voir que les À
eux Vaiffeaux 0:
, avec des g
s cette affaire.
pagné de plufieu
, vint au loge
on eut un peu pt
reconnut le tort
mettre ordre, t |
Tes de part& Gus
s, R. d. E:
(b) Angl. par Scot. R. &. E,
Evmoxp
Scor,
1605,
Accordentre
les deux Nu
tions,
Vol fait aux
Anglois.
Les Voleurs
font arrêtés
par artilice.
EnmMonvb
Scor.
1605.
Leur punition,
Incendics à
Dantuin,
Départ de la
Flotte An-
gloife.
Fuite d'un
jeune Hollan-
&ois avec une
tie Javane.
”2 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
avanture étant allé jufqu'au Roi, le Seigneur même à qui ils appartenoicr
crut fon honneur intéreflé à folliciter leur punition. Ils furent condamné
à mort avec tant de confidération pour les Anglois , que d'autres raifon
ayant fait différer le fupplice d'un jour ou deux, le Proteéteur leur en fi
faire des excufes. Middleton s'imagina d’abord que c’étoit un artifice pour
fauver les coupables, & ne defirant point leur mort , il étoit réfolu de f
borner à cette fatisfaétion. Cependant il apprit, deux jours après, qu'on l4
conduifoit au lieu de l'éxécution. La pitié le preffa de s'y rendre. 1 arrên
le cortège, en proteftant qu'il ne demandoit point d'être vengé. Mais k
Bourreau lui répondit.qu'après l'ordre du Roi, il n’étoit au pouvoir de per.
fonne de les fauver , & que toutes les offres du monde ne lui feroient px
fufpendre fon devoir. Les deux coupables fouffrirent la mort avec beaucoup
de patience. C'eft le caraétère des Javans, d'être aufli fermes lorfqu'ils voyen
la mort mévitable, qu'ils font liches & timides à la vûe d'un péril qui
peuvent éviter par la fuite. Ils tremblent dans une bataille, & meurent tran
quillement par la main d’un Bourreau.
Le 26 de Septembre, la moitié de Bantam fut ruinée par un Incendie,
dent les Hollandois ne purent fauver leur Comptoir. Les Anglois furen
plus heureux; & devant leur fûreté à la faveur du vent, ils eurent la liber :
té de s'employer avec zèle au fecours d'autrui. Ils aidèrent à préferver de
flammes le grand Magalin de Flollande ; mais tous les édifices extérieurs fu
rent confumés, avec tant de dommage pour Îles Particuliers , que plufieun
Marchands Hollandois qui éxerçoient le Commerce depuis l'origme de l'Eu,
Lliflement, perdirent tout ce qu'ils poffédoient. Le feu reprit deux fois dan
l'efpace de quatre jours, & mit les Anglois à leur tour dans le befoin d'être
afiftés. Cependant ils en furent quittes pour des frais de tranfports & pou
des inquiétudes qui ne furent nuifibles qu'a leur repos. Middleton ne voyur
plus rien qui dût retarder fon départ, prit congé de l'Amiral & de tous le
Officiers Hollandoiïs par un grand feftin, où l'éxécution du Traité fut juré
au milieu de la bonne chère & de la joye.
LE 4 d'Oétobre, tous les Marchands Anglois, qui devoient partir avc
la Flotte, fe rendirent à la Cour avec Middleton. Ils y reçurent du Roid
nouveaux témoignages de la proteétion dont il n'avoit pas eetlé de les honc
rer. Scot qui étoit de ce nombre eu’ la fatisfaétion de voir fa conduite ap
prouvée de ce Prince & de tous les Seigneurs, & d’entendre former à vo
le monde des vœux ardens pour fon retour. On fe rendit à bord le 6, &1
lendemain à trois heures après midi, on leva l'ancre, au bruit de quelqu:
coups de canon dont on falua Ja Ville & la Flotte Iollandoife.
La nuit fuivante, entre onze heures & minuit, on aborda dans une If
où Middieton s’étoit fait devancer par quelques Matelots pour y couper d
bois. [ Tandis qu’on etoit à l'embarquer, il arriva une petite Barque Indier
ne, qui n’avoit pour conduéteur qu'un jeune Hoilandois , accompagné &
deux femmes de Java. Scot, qui étoit à terre, s'étant préfenté à leur débar
quement, reconnut le Hollandois, pour l'avoir vû plufieurs fois avec fü
père, qui étoit un Faéteur de leur Comptoir. Aufii s'apperçut-il que fa pré
{ence lui caufoit de l'embarras; fes queftions le troublèrent encore plus. Et
fin foupçonnant du myftère dans l’état où il le voyoit, avec deux femmes,
dont j'une étoit fort jeune, & quelques males qui annonçoient le defli
d'u
‘un plus
Europe.
Ctucufe
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4 II. Part.
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Barque Indicr
compagné de
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t-ilque fa pit
ore plus. Er
lcux femmes,
ient le pe
j
du
INDES ORIENTALES, Ia. IL,
Yun plus long voyage, il lui demanda au hazard s'il vouloit retourner en
Europe. Le jeune homme prit cette demande pour une offre, & ferrant af-
Meétucufement la main de Scot, il l'aflüra que s'il obtenoit de lui ceute fa-
Meur, il croiroit lui être redevable de la vie. Ses vûes ,. protefta-t'il, évoient
Mhnocentes. 11 vouloit retourner à Midelbourg où il étoit né, pour revoir fa
dre qu'il aimoit beaucoup. C'étoit malgré lui que fon père lui avoit fait
re le voyage des Indes. La jeune Javane qui étoit avec lui vouloic bien
ccompagner en Europe, & l'autre étoit une Efclavequiavoit confenti vo-
ntairement à les fuivre. Scot, embarraflé de cetteprière, s'excufa fur le
u d'autorité qu'il avoit fur la Flotte, & lui confeilla de s'adreffer à l'Ami-
Mais le jeune homme, l’embraflant avec ardeur, le conjura de fe ren-
e lui-même fon proteéteur auprès de Middieton. Quoiqu'on fe difpofàt à
ver l'ancre, Scot lui promit de faire fufpendre le départen fa faveur. Il fe
ndit à bord de l'Amiral, fort perfuadé que le fond de cette avanture étoit
Cuar, il, 79
—
‘ Si galanterie de jeunefle, & doutant déja s'il convenoit aux Anglois
e s’y prêter, Middleton s'en fit encore plus de fcrupule. C'étoit ofFenfer les
* Hollandois dans la perfonne d’un de leurs principaux Faéteurs; & s'il étoit
queftion d’un enlevement , comme ils étoient portés l’un & l’autre à le croi-
é, c'étoit irriter cout à la fois les Javans, qui font extrêmement fenfibles à
honneur de leurs femmes & de leurs filles. Dans cet embarras, l’Amiral ré-
fbiut d’être infenfible aux prières du jeune homme, & lui fit dire par Scot
Que diverfes raifons ne lui permettoient point de le recevoir, Cependant fes
rimes, qui commencèrent à couler en abonlance , & celles de la jeune Ja-
ane, qui fe défefpéroit de la penfée de reparoïre à la vûe de fon pére,
fenc tant d'impreflion fur Scot, qu'il entreprit de les fervir par une autre
love. La Flotte n'étoit qu'à cinq ou fix lieuës de Bantam. Il obtint de l’A-
Miral la permilfion de s’y rendre dans une Chaloupe, avec l'affürance, finon
1e faire agréer leur déparc à leurs parens, du moins de faire goûter au Roi,
@& même aux Hollandois, la conduite de Middleron, qui n’avoit pas voulu
hs leur participation, favo‘ifer une fuite dont ils pouvoient être également
@oqués. L'offre d’un fi graad fervice rendit le jeune Hollandois tout-à-fait
ficère, d'autant plus que devant attendre le retour de Scot fur la Flotte,
Bfuppofoit que fi les repréfentations de fon intercelfeur fe trouvoient inuti-
les, les Anglois ne feroient plus difficulté de le recevoir. Il avouä donc que
djeunc Javane étoit fille de Manmack, Seigneur de la Cour ; qu’il l’avoit vâe
pOur la première fois à la l’ête de la Circoncifion, & que par l’entremife
de l'Efclave, qu’il avoit gagnée à force de préfens, il avoit trouvé le moyen
‘de s'en faire aimer: que c’étoit elle-même qui avoit eu le courage de lui pro-
fer leur fuite, & que ne pouvant douter avec cette preuve d’affeétion
il n'en fût aimé parfaitement, il perdroit mille fois la vie plûtôt que de
bandonner, Ce détail augmenta le zèle de Scot à les fervir. Etant retour-
à Bantam , il commença fa négociation par les deux péres, qu’il trouva
ale nent aMigés de la perte de leurs enfans ; mais loin d’avoir leur colé-
Ba vaincre, il comprit que ce qui pouvoit leur arriver de plus heureux , é-
t de les revoir. Cette ouverture lui fit efpérer de finir l'avanture par une
prompte réconciliation. La difiiculté n’étoit que pour les deux Amans, qui
@toient menacés de ne fe revoir jamais. Scat preflentit la-deflus les deux péè-
æÆs. Us firent la méme réponfe; c'eft-à-dire, que n'ayant point entr'eux de
IL. Part. ; K reproche
8
Enmono
ScorT,
1605.
Enmonn
Scor,
1605.
MICHELBUR-
NE.
Flotte indé-
pendante de la
Compagnie
des Indes,
1604.
Départ de
Michciburne
& fa réfolu-
tion.
Rade d’Ara-
tana.
Abondance
de poiffons &
d'oifeaux.
"4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
reproche à fe faire, & ne croyant point leurs enfans indignes l'un de l'an
tre , ils ne propofèrent point d'autre obftacle que celui de la Religion. Sco:
s'imagina que c'étoit un article qu'on pouvoit leur laiffer le foin de déméler,
& que fi l'un des deux Amans étoit capable d'abandonner la fienne, il y
voit beaucoup d'apparence que le changement feroit à l'avantage du Chrif
tianifme, Après cette réflexion, dit-il lui-même, il ne fic pas difficulté d'ap.
prendre aux deux pères dans quel lieu il avoit laiffé leurs enfans. Ils le r:mer.
cièrent tous deux de cet important fervice, & fe mettant dans une Pinafk
Hollandoife, ils l'accompagnèrent jufqu'à la Flotte. Scot n'ajoûte rien à «
récit; mais on trouvera dans une des Relations fuivantes, quelques circon.
ftances qui femblent regarder le même événement.]
Le 9, Middleton remit à la voile, & fa navigation ne fut point inter
rompue jufqu'en Angleterre.
ne De EEE ut De arSEO Te MEN CEE EEE xx GIE CARS KEER CE ETES UM di HIDE LE
CH A PI T R E III (4)
Vuyage du Chevalier Edouard Michelburne à Bantam, en 1605.
[JE paroît que les Privilèges de la Compagnie Angloife des Indes Orient
les n’étoient point exclufifs, puifqu'on trouve plufieurs Voyages entre
pris fous la proteétion du Roi d'Angleterre , fans aucune dependance de k
Compagnie pour le a ha Michelburne, dont PurchafT nous a conferv:
la Relation (), étoit un Gentilhomme opulent, à qui le goût des avante
res & le defir d'augmenter fes richefles, firent équiper deux Vaiffeaux avan
le retour de l’Amiral Middleton. Il en prit le commandement lui-même, &
partant de Cowes, dans l'Ifle de Wight, le 5 de Décembre 1604, [il déch:
ra dès le premier jour à fes gr , que n'étant pas fort entendu dans les af
faires du Négoce, il n’attendoit rien que de la fortune & du courage, Il par
le de fa cargaifon, fans nous apprendre de quoi elle étoit compofée; mai
le nom de fes deux Vaiffeaux étoient le Tygre & le Whelp. Il étoit accomp:
gné du Capitaine Davis, qu’on a déja vû paroître dans deux Voyages, l'ur
avec les Hollandois , l’autre avec Lancafter. [ Un autre Jean Davis fut aul
de ce Voyage; c’eft le même qui publia en 1615 (c) quelques direétions «
rieufes pour ceux qui voyageroient en différentes parties des Indes Orientales.
MicHELBURNE arriva le 23 de Décembre à l’Ifle de Ténérife, où ilje
ta l'ancre dans la Rade d’Æratana; & jufqu'au 16 de Janvier , qu’il paña :
Ligne, il eut beaucoup à fouffrir de l'excès de la chaleur & de divers on:
ges. Son premier deffein étoit de gagner l’Ifle de Loronba. À trois degrés à
Sud , il trouva une quantité incroyable de Poiffons, & fur-tout de Bonites {
de Dauphins. La facilité de les prendre lui parut aufñli furprenante que de
ant
même Voyage, & que par conféquent cel:
ci étoit fon troifième. |
(ce) Voyez Purchaf] s Pilgrims Vol. Ip
440 À 444
(a) C'eft le Chap. IV. del’Original.R. d. E,
(b) Voyez Pilgrims, Vol. I pag. 132. Cet-
te relation y eft intitulée Second Voyage du Ca-
Pitaine Davis; mais mal-à-propos , puifque
Davis avoit déja fait auparavant deux fois ce
Mau rivage
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rife, où il jet
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de divers ort
rois degrés dt
de Bonites
nte que l’abot
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grims Vol. I. 74
UP
INDES ORIENTALES, Lauv, IL Cuar, I,
Se nd fût en pleine mer, il vit d'épaif-
“fes nues d'oifeaux, auxquels les atelots ont donné le nom de Pecharaboves
& d'Alcantrazes. Les premiers viennent fe repoñfer fur les Vaiffeaux pen-
Man la nuit, & s'effrayent fi peu de la vûüe des hommes, que fi on leur
%er | le bras, ils fe perchent deflus. L'Alcantraze eft une forte d'oifeau de
roye, qui fe nourrit de fa pêche, & qui fait particulièrement la guerre au
ion volant,
La Flotte aborda le 22 de Janvier à l'Ifle de Loronha, au 4° degré de la-
ude méridionale. L'agitation des vagues y eft fi violente, que la Cha-
upe fut renverfée en s’approchant du rivage, Richard Michelburne, pa-
nt de l'Amiral, eut le malheur de fe noyer , fans pouvoir être fecouru.
‘rois jours après, le même accident arriva à la Barque longue, & ficpérir
eux Matelots. Quoique cette Ifle foit commode aux Voyageurs par fa fi-
ation, rien n'eft fi dangereux que fes bords. Peu de jours auparavant, un
aiffeau Hollandois, que le befoin d'eau & de bois y avoit amené comme
Michelburne, y avoit perdu fa Chaloupe avec quantité de Matelots, qui
s'étoient brifés contre un rocher.
Lus Anglois qui defcendirent dans l'Ifle n’y trouvèrent qu'un Pays défert,
dont tous les Habitans fe réduifoient à fix Négres. Elle étoit autrefois remplie
e Chèvres & de Vaches fauvages ; mais ces animaux ont été détruits par les
araques Portugaifes, qui s’y ratraïchiffent en allant aux Indes, Les Portu-
ais y ont laiflé un pee nombre de Négres, pour tuer des Chèvres , dont
s malheureux Efclaves boucannent la chair & la tiennent prête au pañlage
es Vaifleaux. Cependant Michelburne ne put s’en procurer qu'une quantité
édiocre. Mais, fes gens tuërent une multitude de Tourterelles, d'Alcan-
azes, & d’autres oifeaux dont la chair leur parut délicieufe. Ils trouvèrent
fi du Maïs ou du bled d'Inde en abondance; du coton, des gourdes fau-
ages & des melons d'eau.
N Le 12 de Février, vers le 7e. degré de latitude méridionale, ils furent
but-d'un-coup effrayés par un étrange phénomène. La mer jetta des flam-
es fi vives au milieu de la nuit, après que la Lune eût quitté l’horifon, que
lumière ne le cédant guéres à celle du jour, on lifoit facilement les plus
etits caraétères d’impreflion.
La Flotte pafla, le 13 au matin, à la vûe de l’Ifle, ou plûtôt du Roc de
Afcenfion, au 8e, degré 30 minutes du Sud. Le premier d'Avril, elle dé-
Ouvrit la terre d'Afrique, en portant au Sud-Sud-Eft; quoique, fuivant le
cälcul des Pilotes, on s’en crût éloigné de quarante lieuës. Le lendemain on
fe trouva fort près du rivage, dix ou douze lieuës au-deffous de la Baye de
Paldanna; & le jour fuivant on tomba près d’une petite Ifle que le Capitai-
e Davis prit pour celle qui n’eft qu’à cinq ou fix lieuës de Saldanna. L’A-
iral, curieux d’y defcendre, fe mit dans la Chaloupe avec trois de fes
is & quatre rameurs. Mais tandis qu'il étoit à terre, il s’éleva une
mpête, qui fit perdre, pendant deux jours, la vûe de l'Ifle à fon Vaif-
au. Îl y trouva dans cet intervalle un fi grand nombre de Lapins, qu'il
15
fi
Mance du nombre & des efpèces.
hi donna le nom de Coney j/land , ou Îfle des Lapins. Le 8, on alla jetter l'an-
cre dans la Baye de Saldanna, & tout le monde eut la liberté de defcendre
Mau rivage.
1 Le lays qui environne cette Baye eft fi bien fourni de toutes fortes de pro-
“ K 2
vifions,
MicHetouun
NE,
160$.
Ile de Loron:
ha,
Ses bords
font fort d'ur-
gercux.
E!le n'eft ha-
bitée que par
fix Négres.
Etrange Phé-
noménc,
Ifle desLapins.
Micnetnuu-
Nb,
160$.
Baye de Sul-
dannu,
Groffièreté
des Négres de
Saldannua,
‘Tempête.
Feu que les
ortugais ap-
cllent Corpo-
anto,
lle de Diego
Ruiz.
76 VOYAGES DES ANGLOIS.AUX
vifions, que les Sauvages ne jouiflent nulle part d'une fi parfaite abondance.
Il eft rempli de Bœufs & de Moutons, dont on rencontre de grands trou.
peaux comme en Europe, de Chèvres, de Daims, d'Antilopes, de Renards,
de Liévres, de Grues, d'Autruches, de Hérons , d'Oyes, de Canards, de
Failans, de Perdrix, & d'autres fortes d'excellens Oifcaux, IE eft arrofé par
une infinité de fontaines & de ruiffeaux d'une eau erès-pure , qui defcendanr
du fommet de plufeurs hautes montagnes, rendent les vallées agréables &
fertiles. On y trouve au long des Côtes un arbre qui reflcmble beaucoup au
Buis , mais beaucoup plus dur. Les Palmiers y font en abondance, A pui.
ne les Anglois eurent-ils pris terre, qu'ils virent les Flabitans du Pays em.
preflés à l:ur apporter toutes fortes de provifions. Un Veau gras ne leu
coûtoit qu'une demie-livre de fer; & pour deux ou trois clouds ils ache.
toient un Mouton. Mais le Monde n'a peut-ctre poiut d'hommes aufli grof.
fiers & d'un efpric aufli borné que ces Négres,
qu'une peau de Bête, pallèe fur les épaules, & vers la ceinture une autr,
iéce qui couvre à peine leur nudité, Pendant que la Flotte demeura dans
eur Baye, ils fe nourrifloient des inteflins de toutes les parties des animau
que les Anglois rejettoient, fans les nettoyer & fans y apporter d'autre pré
paration que de les couvrir un moment de cendre chaude ; après quoi fe c:
tentant de les fecouër un peu, ils mangeoient avidement cette viande à de
mi-crue & mélée de cendre. Ils fe nourriflènt aufli de racines, que le Pay
produit abondamment,
La bonté des rafraïchiffemens rendit la fanté & les forces à tous les Mi
telots, qui avoient beaucoup fouffert du fcorbut depuis qu'ils avoient pal:
la Ligne. On remit à la voile le 3 de Mai, après avoir emprogé vingt-ciny
ou vingt-fix jours dans la Baye de Saldanna. Le 7, on fe trouva doux
lieuës au-delà du Cap de Bonne-Efpérance, & l'on pafla heureufement pen:
dant la nuit les écucils du Cap das Aguillas. Le 9 il s'éleva une tempête qu
fépara les deux Vaifleaux pendant quarantc-quatre heures, & qui fut ac
compagnée d'un tonnerre épouvantable. Les Portugais appellent cet en.
droit Je Lion de la Mer, non-feulement parce que les orages y font prefque
continucls, [ mais à caufe d’une efpèce de rugiffement que l'agitation des
flots y produit, & qui répand la terreur dans les ames les plus intrépides.'
Au fort de la tempête, on vit fur le grand mät une flamme de la groflur
d'une chandelle, qui parut fucceflivement pendant deux nuits, Ce Phén
méne n'a ricnd'effrayant. Les Portugais l'appellent Corpo Janto, & croyen:
qu'il annonce la fin du péril. On l’a regardé long-tems comme un Efpri,
qui s’intéreffe au fort des Vaiffeaux mal-traités. Mais depuis qu’on fe borne
à des caufes moins éloignées, on n’a pas cherché d'autre explication que les
vapeurs qui s’élevent de la Mer dans une violente agitation des flots. [ Sur
vant quelques Voyageurs ] l'expérience a fait connoître ae la tempête
n'eft point alors éloignée de fa fin; & lorfqu’elie finit , il cft naturel que k
beau tems lui fuccède.
La Flotte pouffée par un vent favorable, découvrit, le 24, à la diftanct
de fept ou huit lieuës, l’Ifle de Diego Raiz, qui eft fituée au 19°. degré qu
rante minutes de latitude du Sud; 98 degrés trente minutes de longit
de. On fe propofoit d'y relicher ; mais le vent, qui augmenta pendant h
nuit, fit abandonner ce deflein, Les environs de l’Ifle {ont peuplés +
gra
ls n'ont pour habillement MM
Drand nc
lues «
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'on #'i
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r habillement !
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ès quoi fe Con.
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tous les M
avoient palle
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lent cet en:
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le la grofleur
Ce Phén
, & croyen:
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ication que le:
s flots. [ Sur
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à la diftanc
De, degré qua
s de longiti
ta pendant h
peuplés d'u
granl
Baux, cn poi on & en cocos,
L
([NDES ORIENTALES, Lav, IT.
r}
L 2.1
CE
Car. Li,
and nombre d'oifeaux blanes, qui n'ont pour queuë que deux grandes
umes de la même couleur. Ils fuivirent long-tems les Vaifeaux , malgré
force d'un vent fi contraire, que les voiles furent brifées en plufieurs en-
oits. On avança fi peu pendant neuf ou dix jours, que le 3 de Juin, lorf-
@'on s'imaginoit gagner l'Ifle de Cirné (d), on apperçut encore celle de
Diego Raiz. Michelburne reprit le deffein d'y aborder, dans la réfolution
Be accen !re un meilleur vent; mais la multitude de rochers qui s'y préfente
fit craindre de ne pouvoir jetter l'ancre en füreté, On prit le parti de
tinucr la navigation pour les Indes. Le r5, on eut la vüe des Ifles de
mbas , à fix degrés trente-fept minutes, de latitude du Sul, & cent neul
grés de longitude. C'eft une erreur dans la plûpart des Cartes que de les
acer beaucoup plus à l'Oueft. On en compte cinq. Elles abondent en oi-
Mais en cherchant au Sud & à l'Oueft, il
it impoilibie de trouver un bon ancrage. Dans certains lieux, on ne trou-
a poinc de fond; & dans d'autres, la pointe des rocs effraya les Pilotes.
Le 19 on fe trouva proche l'Ifle Diego Gracio/a, au 7°, degré trente minutes
de latitude du Sud, & cent dix degrés quarante minutes de longitude. Sans
Mrelächer , on reconnut à la perfpeétive que le Pays en eft fort agréable ,
capable de fournir toutes fortes de rafraîchifemens , fi l'accès en était
oins dificile, Mais le vent & la marée fe trouvant contraires , ilne parut
s poflible de vaincre les obftacles. Michelburne donne à l'Ifle Graciofa
x ou douze licuës de longueur, Elle eft couverte de Cocotiers, & fi rem-
ie d'oifeaux, qu'ils y forment continuellement une cfpéce de nuée, Le 12
Juin on wi. + la Ligne, où le calme , la chaleur , le tonnerre & les
lairs caufèrent beaucoup de fatigue & d'inquiétude à la Flocte,
L(e) Le 19 on découvrit une terre qui parut fuivie d’une infinité d'au-
s, que Michelburne reconnut pour autant d'ffles , fituées fous la haute
re de Sumatra , [à deux degrés de latitude du Nord.} La Mer s'y brife
ec tant de violence, que les Pilotes n'ofèrent y aborder, quoique les Ha-
tans euflent allumé fur la Côte un grand nombre de feux, pour le: encou-
ger par cette invitation, [Le 25 on jetta l'ancre près d'une petite Ifle,
mplic d'arbres de Cocos, mais qui avoient peu de fruit. ] Les Anglois y
rent quelques habitans qui [les appellèrent par des fignes, & qui étant tout-
fait vêtus, ] fembloient être des Européens qu'on avoit apparemment laif-
@ dans ce lieu, pour y recucillir des noix de coco, & les tenir prêtes a l'ar-
méc des Vaifleaux de leur Nation. Le 26, on mouilla l'ancre près d'une
nde Ifle déferte, qui fe nomme Bata (f), à 20 minutes du Sud. Elle a
E, bois & des Rivières en abondance, Les finges y font en fort grand nom-
re, avec une cfpéce d'oifcaux qu'on appelle la chauve-fouris ce cette Ifle.
ichelburne en tua une de la longueur d'un lièvre, & de la taille d'un écu-
euil. Seulement il lui pend de chaque côté une forte de peau, qu'elle étend
à fautant de branche en branche, & qui reffemble véritablement à des aîles.
Elle
( (d') Quelques-uns la prennent pour l'Ifle
dde Diego Ridrigues & d'autres pour celle de
| $:. Maurice,
Du (Ce) Dans l'Original la 2de, Scétion du
K 3
Chap. IV, commence ici. R, d. E, ”
@ (f) Onlaappellée dans la fuite China
Bata,
MiciteL Ru Re
NE,
160$,
Ile Graciofu.
Grand nom:
bre d'ifles.
Ifle de Bata,
1.4
=
1.25
IMAGE EVALUATION
TEST TARGET (MT-3)
#
<#
É
MIcHELRURe
NE,
160$.
Rencontre
de trois Bar-
ques Portugai-
fes,
Les Anglois
en arrêtent
une,
fs joignent
aufli les deux
autres,
Les Anglois
retrouvent
leur Vaiffzau.
78 VOYAGES DES ANGLOIS AUX À
Elle eft d'une agilité extrême; & fouvent pour parcourir toutes les branche |
d'un arbre, elle ne s'appuie que fur fa queue. miräl,
Le 29, Michelburne étant à fe promener au long du rivage, crut dé. paratic
couvrir ur Vaiffeau, fous une petite Ifle qui n'eft qu'à quatre lieuës de cel. non, (
le de Bata. Il le prit pour fon fecond Bâtiment, qui ne l’avoit point enco. E yé pluf
re rejoint, depuis que la tempête les avoit féparés. Il y envoya aufñi -tô: Ms CR tu
cft fitu
le Capitaine Davis, qui trouva trois Barques à l'ancre; mais fe défiant’ que #0
ce fuflent des Portugais, il n’approcha qu'autant qu’il falloit pour les obferver. MM AP
On l’invita par des fignes à s'approcher , en lui offrant des poules & d'au. MA POIVTe
tes alimens. Ses foupçons ne firent qu'augmenter. Il retourna vers fon MM Préfent
Vaiffeau, dans le deffein de s'armer aflez pour ne’rien craindre , & le len.* à Ma: Le
ai
demain il s’avança fi proche des trois ss que jugeant de fes intentions, WA
a con
elles levèrent auffi-tôt l'ancre. [Il ne balança point à les pourfuivre, quoi-3l#
qu’il n'eût que dix hommes dans fa Chaloupe, & qu’enfemble elles n’en eut #0 pofitio
fent pas moins de vingt. Outre les moufquets & fabres , il avoit apporté M A
s, s'd
deux petites piéces de canon, dont il fes falua fi heureufement qu'au premier #
boulet il tua deux hommes à la dernière & la força de s'arrêter. Elle con- M 7".
tenoit encore fix Portugais de Priaman, qui étoient chargés de cocos, d’hui: (M d'Achi
le, de nattes, & de provifions de bouche. Ils affurèrent Davis que Priamar BB cadet €
n'étoit éloigné que de quatre ou cinq jours de navigation, & qu’à leur dé. M dans la
part ils y avoient laiflé un Vaifleau Anglois. Cette heureufe nouvelle fu SR Parti ce
recompenfée par les bons traitemens du Vainqueur, qui fe contenta de leur M} 121 plu
prendre leurs poules & leurs autres provifions fraïches.] Ayant rejoint auf. M ferré da
tôt Michelburne, il le preffa de remettre à la voile le 4 d’Août. Trois Mi VOIRE
jours après ils découvrirenc au long des Côtes, les deux autres barques que mA ponves
la crainte avoit fait retourner vers Priaman (g). Ils les prefférent fi vive: MS 4° ? he
ment qu'il les forcèrent de fe faire échouër volontairement fur le rivage, ME 7 °V®'e
» ceflion.
d’où tous les Portugais gagnèrent les montagnes. Davis, envoyé avec li re P
Chaloupe, n'y ayant trouvé que des cocos, de l'huile, & desnattes, dédai- M nfticée
gna un butin fi vil, & n’en prit qu'une petite quantité. 16 d des
LE 9, Davis ayant continué de ranger le rivage dans la Chaloupe , ap. MM peu 4
perçut huit Pares , près d’une Ville nommée Tico; & dans l'efpérance d'y; I FR 2 Roi
trouver le Vaifleau qu’il cherchoit , il ne balança point à s’en approcher. "# nas
C'étoient des Indiens qui lui confirmèrent du moins que le Vaifleau Angloï fe Lt
étoit à Priaman, & que cette Ville n’étoit plus éloignée que de fix lieuës. ue es
IL fe hâta de porter cette agréable certitude à l'Âmiral On mit toutes Fed
les voiles au vent, pour arriver au Port de Priaman avant la nuit. Mais à AN loré
peine eut-on fait une lieuë, qu’on donna contre un banc de fable, fous un Pn vices ei
rocher qu’on auroit pris à fa couleur pour du corail blanc. Le chagrin de DS de Jeur
Anglois fut égal à leur impatience. Cependant à force de travail & de foins, SL uifèren
ils fe dégagèrent affez tôt pour entrer le même jour dans la Rade de Pris: PSS is par
man, où le premier objet qui frappa leurs yeux fut le #/help, aui leur avoit MS ,is n’éta
caufé tant d'inquiétude. Dans le mouvement de leur joie, ils le faluèrent MS mencé à
de toute leur artillerie. Le Capitaine vint dans fon Efquif au devant de l'A: 5 Flotte,
miral, elles fur
avouèêre
(g) Angl. Is découvrirent une Barque. R. d, E. virons d
qui avoi
| X
les brancher M
INDES ORIENTALES, Liv. IL Crar. IL. 79
miräl, & lui raconta toutes les dif races u'il avoit effuyées depuis leur fé-
paration. fl avoit rencontré un Vaiffeau ortugais de quarante piéces de ca-
non, qui lui avoit donné la chaffe pendant deux jours, & dont il avoit effu-
point enco. à yé plufieurs volées qui l'avoient mis dans un extrême danger.] Michelbur-
oya auffi -tér | ne jetta l'ancre à la vûe de Priaman, fur un excellent fond. Cette Ville
s défiant: que WE eft fituée à quarante minutes de latitude du Sud.
les obferver. FR APR Ès avoir fait demander au Gouverneur la permifion d'acheter du
es & den he à poivre, & de prendre des rafraïchiffemens dans fon Pays, il lui envoya un
rna vers fon M préfent confidérable, dans l'intention de le voir lui-même, & de régler a-
& le len. "MR vec lui quelques articles qu il jugeoit néceffaires pour la füreté des Anglois.
. “0 Mais quoique fon préfent & fes Députés fufent bien reçus, il ne put obtenir
(4 la conférence qu’il faifoit demander. Le Gouverneur répondit à cette pro-
pofition, que la guerre où le Royaume d’Achin étoit malheureufement enga-
| gé, l'obligeoit de s'obferver beaucoup. Le Roid’Achin, qui avoit alors deux
fils, s’étoit déterminé à faire entr'eux pendant fa vie, le partage de fa fuc-
à ceflion. Il avoit donné le Royaume de Pedir au fecond, en réfervant celui
d’Achin pour l'aîné. Mais celui-ci choqué, de voir entrer tout-d’un-coup fon
cadet en pofleffion d’une Couronne , tandis qu'il étoit condamné à demeurer
dans la dépendance de fon père pour attendre fon héritage, s’étoit fait un
parti confidérable entre les Grands; & fous prétexte que l’âge ne permet-
toit plus au Roi de gouverner, il s’étoit faifi de fa perfonne, & l'avoitref-
ferré dans une étroite prifon. Enfuite, déclarant la guerre à fon frère, ila-
voit prétendu que le Royaume de Pedir étoit une partie de fes Etats, quine
pouvoit être démembrée, ou du moins, que fon frère ne devoit pofféder
qu’à titre de Vaffal & de Tributaire. Les Anglois jugèrent fur cerécitqu'ils
n’avoient rien à fe promettre dans un lieu fi peu tranquille; & le 2x , ils par-
| tirent pour Bantam.
Le même jour, ils rencontrèrent deux Pares, dont les hommes fautèrent
aufli-tôt dans l’eau. Michelburne, furpris de voir cette facilité à s’effrayer
dans les Indiens , qui devoient être accoutumés à la vûe des Nations de l’Eu-
rope, donna ordre à fes gens de vifiter leurs Barques. Quelques Anglois s’a-
vancèrent dans la Chaloupe avec trop peu de précaution. 1 étoit refté der-
\ rière les voiles plufieurs Indiens, qui bleffèrent dangereufement ceux qui fe
“préfentérent les premiers, & qui fe jettant à la nage évitèrent le châtiment
“auquel ils devoient s'attendre. [Cependant Davis qui avoit été lui-même at-
1e, crut dé.
ieuës de cel.
les n’en euf. M
ivoit apporté M
qu’au premicr MI
tr. Elle con. =
> cocos , d’hui-
s que Priamar #h
qu’à leur dé. PS
nouvelle fut h
Août. Troi
s barques que
èrent fi vive-à
ur le rivage, le
voyé avec ll
nattes, dédai
haloupe , ap
efpérance d'
en approcher.
iffeau Anglois à
+ fix lieuës.
)n mit toutes!
uit. Mais i
blé. fous un R malgré l'adreffe avec laquelle ils fe déroboient en plongeant ; & Davis , qui
| avoit eu l’occafion, dans fes voyages précédens, d’apprendre quelques mots
chagrin des de leur langue, n’attendit pas l’Interprête pour les interroger. Ils ne lui dé-:
nil & de foins, SE suiférent point qu'ils étoient en mer pour enlever fans diftinétion tout ce qui
ade de Pris PSN leur paroïfloit plus foible qu'eux, & qu'ils vivoient de cette pyraterie. Da-
qui leur avoit vis n'étant point encore fatisfait de cette réponfe, parce qu'ils avoient com-
s le faluérent MS mencé à fuir avant qu'ils fuffent attaqués par les Anglois, les conduifit à la
devant del'A- Flotte, & leur fit faire d’autres queftions par l’Interprête. Les menaces dont
miral, MN elles furent accompagnées, leur arrachèrent une confeflion fort étrange. Ils
avouérent que dans une des petites Ifles qui font en grand nombre aux en-
virons de celle de Sumatra, ils avoient les débris d’un Vaiffeau Européen
qui avoit fait naufrage fur leurs Côtes, & qu’en ayant fauvé plufieurs hom-
mes
. teint d’une flèche au bras, prefla les rameurs de les fuivre. On en prit deux.
Mrcuezsun-
Ne,
160$.
L'Amiral ar-
rive à Pria-
man,
Guerre entre
les deux Prin-
ces d'Achin.
Indiens pris
fur mer, &
leur confcf-
fion,
Plufieurs
Portugais ar-
rêtés par les
Indiens.
Micnezaun
N
160$.
lis implorcit
le fecours des
dngois.
Tiifte fitua-
tion de trois
Dames Portu-
gaifes.
80 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Î
24
K
sr
mes & quelques femmes, ils les retenoient depuis long-tems parmi eux. Mi PM M
chelburne fut le plus ardent à vouloir approfondir ce récit. Îl crut qu'indé. M qui f
sendamment de la guerre ou du commerce, il n’y avoit point de Nation de Cent
"Europe qu'il ne fut obligé de fecourir dans une fi trifte fituation. Quatre à cr:
hommes, qu'il fit entrer dans une Pare avec deux Indiens , fervirent de guides M & de
à Ja Flotte ; & remontant au deffus de Priaman, il arriva le foir au travers M prife
de plufieurs autres Ifles, à celle d'où les Indiens étoient partis. Entre pli. M glois
fieurs Habitans qui fe préfentèrent fur le Rivage, il parut deux hommes vi. truét:
tus à l'Européenne, que les Anglois reconnurent aïfément pour des Portu.! neur,
gais. Ce fut une raifon de balancer s’il leur offriroit du fecours; mais le mo. # s'y ét
tif qui avoit déterminé Michelburne eut la force de foûtenir fa générofité, I foluti
fit jeter l'ancre à cinquante pas du rivage, & Davis fut envoyé dans hf donn:
Chaloupe pour recevoir des informations. 0 cn el
IL revint bien-tôt à bord avec les deux Européens qu'on avoit reconnu. M renvo
C'étoient des Portugais, qui n’ignorant point les juftes plaintes que les An il pri
rlois avoient à faire de leur Nation, fupplièrent d'abord l'Amiral de confidé. M Portu
rer moins leur Pays que leur qualité d'hommes , & de fe laiffer toucher à 4 tèreni
pitié de leurs infortunes. Ils lui racontérent qu’étant partis de Ternate pour M de fa
Caleeut, leur Capitaine s’étoit obitiné à vouloir relâcher au Port d'Achin,: vec le
par la feule curiofité d'aborder dans un lieu qu'il n'avoit jamais vi; &% Pares
qu'en traverfant les petites Ifles qui bordent la Côte Méridionale de Suma:! aucun
tra, il n'avoit pû fe garantir de la force des courans, qui l'avoient fait bri. étoien
fer contre celle de Æiurma; que de trente deux hommes dont l'Equipage MM le paf
toit compofé , il ne s'en étoit fauvé que fept, avec trois femmes, dont l'x! de fen
ne étoit Maria Pratencos, jeune veuve du Gouverneur Portugais de Bra toute
cor: que les Habitans de l’Ifle ne leur avoient pas refufé les fecours nécef femm
faires à la vie; mais que les trois femmes avoient payé l'hofpitalité fort cher: de da
que le Gouverneur de l'Ifle , Chef d’une troupe de Pyrates, fous la prote fuyard
tion du Roi de Pedir, avoit forcé la jeune Veuve de devenir fa femne; & MW amena
que deux de fes Officiers avoient fait la même violence aux deux autres Por. PAM tres P
tugaifes: que depuis plus de cinq mois, ils languifloient tous dans le plu favori:
trifte efclavage, cherchant fans cefle le moyen de gagner l’Ifle du Sumatra, tre ch
pour fe réfugier dans les Etats du Roi d'Achin: qu’à fi peu de diftance, ih Mi
n’auroient pas défefperé du pañlage, s’ils n’avoient pas été retenus par un W leur o
fentiment de compaffion pour les trois femmes, qui les conjuroient tous li #Ætrouve
jours de ne pas les abandonner à leur miférable fort; que le Gouverneur In.» rent le
dien, brûlant d’une vive pañion pour la fienne, ne la perdoit pas un mo-à appart
ment de vûe; qu’ils avoient formé plufieurs fois le deflein de le tuer, fan MR une V
en avoir encore trouvé l’occafon; que l’Ifle contenoit environ quatre-vinx M [L:
Indiens, dont la moitié ne le quittoit jamais, tandis que le refte écumoit h il ne v
Mer, ou pilloit les Côtes voifines, & faifoit peu de quartier aux fujets du s'en €
Roi d’Achin: que fi la pitié touchoit les Anglois en faveur des trois Dames, man,
il ne doutoit pas qu’au feul bruit des armes à feu, les Pyrates n'acceptaf qu'elle
fent toutes fortes de compofitions; que pour lui & fes Compagnons, l'A: h Jia «
miral pouvoit difpofer de leur vie, mais que s’il étoit aflez génereux pour & voient
oublier qu’ils étoient Portugais, & les délivrer d’une fi malheureufe fitua- LE
tion, il ne devoit pas douter qu'ils n’employaflent volontairement tout leur PSS viron
fang à fon fervice, Hi} quoiqu
MICHELBURNE À Z..
‘e M
U X ;
Bye |
‘ }
armi eux. Mi M
crut qu'indé. M
de Nation de
ation. Quatre D
irent de guide: 0
oir au traver; #
s. Entre pu."
x hommes vi. !
ur des Portu.
rs; mais le mo.“
| générofité, |
nvoyé dans li M
voit reconnus M
:s que Îles An M
ral de confidé. M
er toucher à hi
> Ternate pour M
Port d’'Achin,
jamais vi; & 8
nale de Suma:f
roient fait bri- ln
. l'Equipage € UM
mes, dont l'ile
ugais de Bran |
fecours nécel
alité fort cher
fous la protec
fa femne; &h
eux autres Por
s dans le plu
le du Sumatra,
e diftance, il
etenus par ul
iroient tous le;
souverneur In.
t pas un mo
+ le tuer, fans
n quatre-vingt b
fte écumoit kif
aux fujets duh
s trois Dames, Ë
es n’acceptaf |
pagnons, l'A
rénereux pouf Pi
eureufe fitua: BR
ent tout leur
Ë
LCHELBURNE à
INDES ORIENTALES, Liv. IL Caar. NI. 81
MicueLsurNe fut fitouché de ce difcours, qu'oubliant en effet pour
qui fon cœur étoit attendri, il fe difpofa fur le champ à faire fa defcente.
Cent douze hommes qu’il avoit fur fes deux Vaifleaux, ne lui laifloient rien
à craindre dans fon entreprife; mais il falloit affürer le fort des trois femmes
& de tous les Portugais, contre les précautions qu'on pouvoit avoir déja
prifes pour les éloigner. Aufñi-tôt que l'obfcurité fut venue, cinquante An-
glois bien armés defcendirent fous la conduite de Davis; & fuivant les inf-
truétions des deux Portugais, ils s’avancèrent jufqu'a la maifon du Gouver-
neur, qui n'étoit bâtie que de cannes , à la mode du Pays. Tous les Indiens
s'y étoient raffemblés, & leurs mouvemens fembloient marquer quelque ré-
folution de fe défendre. Davis ayant placé fes gens fur deux lignes, leur
donna ordre de fe tenir prêts à tirer, mais fuccetfivement ; de forte qu'iln'y
en eût jamais qu'une partie dont les armes fe trouvaflent vuides. Enfuite
renvoyant les deux Portugais aux Indiens, pour s’affürer .de leur fituation,
il prit le parti d'attendre le jour , qui étoit déja prêt à paroître. Un des deux
Portugais revint bien-tôt avec deux autres de fes Compagnons. Ils rappor-
tèrent que fans pénétrer l'intention des Anglois & par le fimple mouvement
de fa défiance, le Gouverneur fe difpofoit à pañfer dans une Ifle voifine, a-
vec les femmes Indiennes & Portugaifes; mais que ne pouvant gagner leurs
Pares avant le jour , il feroit aifé de les couper en chemin. Davis ne vit
aucun rifque à fuivre le confeil des Portugais, après avoir fait réflexion qu'ils
étoient les plus intéreflés au fuccès de fon entreprife. Il fe laiffa conduire fur
le pañfage du Gouverneur. Bien-tôt il le vit paroître avec un grand nombre
de femmes ; & fe montrant à lui de fort près, il jetta tant de frayeur dans
toute la troupe, que le Gouverneur fut le premier à fuir, avec toutes fes
femmes & fes Indiens. Il ne refta que les trois Portugaifes, accompagnées
de deux hommes de la même Nation. Davis, pour augmenter l’effroi des
fuyards, fit tirer quelques coups de fufil fans aucun deflein de leur nuire. 11
amena ainfi fort tranquillement les trois femmes à bord; tandis que deux au-
tres Portugais, qui avoient feint de demeurer avec le gros des Indiens pour
favorifer l'évafion du Gouverneur, fe rendirent aufli à la Mer par un au-,
tre chemin.
MicHELBURNE, après avoir confolé les trois femmes par fes politefles,
‘1 leur offrit de les débarquer à Priaman, où elles pouvoient fe promettre de
trouver quelques Portugais; ou de les conduire jufqu’a Bantam. Elles choifi-
rent le dernier de ces deux partis, comme le plus fûr; quoique, fuivant les
apparences , elles n’euffent rien à redouter dans le Port de Priaman, qui étoit
une Ville régulière & dévouée au Roi d’Achin.]
. [LE 25 on apperçut un Bâtiment qu’on envoya reconnoître, mais comme
il ne voulut pas amener, on l’attaqua, & après un combat aflez long, on
s'en empara. C’étoit une Barque de quarante tonneaux équipée pour Pria-
man, & chargée de fel, de ris, & de marchandifes de la Chine. On apprit
qu'elle appartenoit à des Marchands de Bantam; & cela fut caufe qu’on lui
laiffa continuer fon Voyage , fans lui rien enlever; parce que les Anglois a-
voient alors un Comptoir dans cette Ville.]
Le 2 de Septembre, la Flotte rencontra un petit Vaifleau Guzarate, d’en-
viron quatre-vingt tonneaux. Elle s’en faifit fans réfiftance; [& le butin,
quoique médiocre , fut utile aux trois Portugaifes, parce que la plus grande
IL. Part. L partie
Micursuune
Nr.
1605.
Elles font dé
livrées par les
Avglois,
Conduite d
Davis pour af
fürer fon en
treurite,
11 délivre les
Portugais.
Prife d'un
Vaifleau Gu-
Zaratc,
MicneLeur-
NE,
Rade de Sil-
libar.
Michelburne
arrive à Ban-
tam,
Ifs traite les
Hollandois
fans ménage-
nent,
Il part de
Bantam , & fe
faifit de trois
Pares.
82 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
artie confiftoit en étoffes des Indes, dont Michelburne leur offrit généreu. M la fuit
ement les plus belles Piéces pour fe faire des robes.] Il mouilla le même main
jour à quatre degrés de latitude du Sud, dans la Rade de Sillibar, où le grand M à. ftor
nombre de Pares qu'il y vit fans celle arriver , lui caufa de l'étonnement. M ré, p
Les Indiens y étoient attirés par l'abondance des provifions; eau fraîche,
bois, ris, chair de bufle & de chèvre, poules, racines & poiflon de toutes
fortes d'efpèces; [mais tout y eft fort cher.] Les Habitans prennent ent
et, des toiles & des étoftes, ru préfèrent beaucoup à l'argent; mais
ils paflent pour les plus grands voleurs de cette Côte, & les Etrangers ont
befoin d'une vigilance continuelle (b), pour s'en défendre. La facilité que "M8
les Anglois tirérent de leur prife pour fe procurer des rafraîchiffemens qui ne
HOT
hais |
1e rer de 0 armes :
leur coûtoient rien, les fit demeurer à l'ancre jufqu’au 28. [Le 23 d'OétobreH Ches er
ils jettérent l'ancre à la Rade de Marrbah dans le détroit de la Sonde. 1ls y "2 bouclice
trouvèrent de l'eau, & autant de provifions qu'à re Ayant remis { ‘4 plûpart
la voile , ils arrivèrent deux jours après à trois lieuës de Bantam , d'où ils M Le
envoyéèrent la Chaloupe au Port de cette Ville. Ils s’attendoient d'y trou: #" Jeurs n
ver encore la Flotte de Middleton; mais elle étoit partie depuis trois fe- À wfñ «
maines. cés d'y
Les Faéteurs du Comptoir s’empreférent de venir au devant de leurs Com- M" ve Jeur
patriotes. Ils leur apprirent que depuis le départ de Middleton, les Hollan: UN côté dt
dois n’avoient pas ceflé de leur rendre toutes fortes de mauvais offices, en 'j 4 trouva
les repréfentant au jeune Roi de Bantam comme des Pyrates & des Scélé- MM terre at
rats, qui ne cherchoient que l’occafion de nuire par l'artifice ou par la vio- » des arb
lence. Ils avoient encore fept (i) Vaifleaux dans la Rade, dont l’un étoitde
fept ou huit cent tonneaux ; mais la plûpart des autres étoient fort inférieurs.
Michelburne échaufé par ce récit, & comptant fur la bonté de fon artille-
rie, réfolut de les traiter fans ménagement. Il envoya un de fes gens à leur
Amiral pour lui faire des plaintes au nom de la Nation Angloife, & lui dé-
clarer que fi, dans le deffein où il étoit d’aller jetter l'ancre à fes côtés, il
s'appercevoit que les Hollandoïs en vouluffent ufer mal avec lui, il le cou-
leroit à fond. L’Amiral ne fit aucune réponfe à ce brufque compliment; ce
qui n’empêcha point les Anglois d’entrer dans la Rade, & de mouiller à la
portée du canon. Pendant plus d’un mois qu’ils y demeurèrent, ils trouvé-
rent tant de retenue & de modération dans les Hollandois, qu’à peine en vi-
rent-ils defcendre un fur le rivage.
APRÈS avoir chargé quelques marchandifés qui convenoient à fes projets
de commerce, Michelburne quitta Bantam pour fe rendre à Patane. Entre L.
Malaca & Podra Branca , il rencontra trois Pares, à qui la crainte fit gagner
à préfent:
auffi-tôt le rivage. Les ayant invitées inutilement à s’approcher ,ilmit dix- MS I
huit hommes dans fa Chaloupe, avec ordre de les fuivre jufqu’à terre, &de MScourans
leur demander fn payant, un Pilote, qui fût capable de le conduire à Pulo MOSS dans l'in
Timacu. Mais les Indiens qui étoient en grand nombre dans les Pares , voyant [mes réf
les deux Vaiffeaux fur leurs ancres à plus d’un mille, rejettèrent fièrement
toutes fortes de propofitions. Davis prit aufli-tôt le parti de les attaquer, & M |
dans l'efpace d’une demie-heure, il en força une de fe rendre. Une autre prit MS ni a ve
a (1) L'é
(b) Dans l'Original ceci eft dit des Habi- (5) Angl. cinq Vaiffeaux. R. d.E. homes q
tans de Marrbab. R. d. E.
X
rit généreu-
la le même
où le grand
stonnement,
au fraîche,
on de toutes
rennent enk}
rgent; mais
rangers Ont
facilité que !
mens qui ne
onde. lls
ant remis
n, d'où ils
nt d'y trou-
uis trois fe- à ”
> leurs Com-
les Hollan-
; offices, en
ct des Scélé- "1
| par la vio-
Ê
un étoitde “
rtinférieurs.
fon artille-
gens à leur
, & lui dé-
es côtés, il
, il le cou-
pliment ; ce
ouiller à la
ils trouvé-
peine en vi-
fes projets
ane.
ne autre prit
la M
KR. d. E.
3 d'O obre! |
Entre |
te fit gagner |
r,ilmitdix- #
terre, &de »
duire à Pulo Wa
res , voyant Ph
t fièrement
attaquer , & 4
INDES ORIENTALES, Lav. III. Car. Il. 83
la fuite. La troifième fit une longue défenfe, & ne fe rendit que le lende-
main à la pointe du jour; c'étoit la plus riche, Elle étoit chargée de Denjoin,
de ftoras , de poivre, & de porcelaine de la Chine. Michelburne [défefpé-
ré, pendant le combat, de ne pouvoir s'approcher avec fes Vaiffeaux , en-
voya tout ce qu'il put mettre de gens fur les Efquifs. Sans ce fecours, l’aétion
00 auroit duré plus long-tems. Il n’y perdit néanmoins que deux hommes ; &]
M0 Jorfqu'il eut appris que les Indiens étoient des Javans, il leur reftitua tou-
© tes leurs marchandifes, en fe contentant de prendre parmi eux deux Pilotes.
Ils venoient de Palimbam, pour fe rendre à Gri/y, Ville maritime de l'Ifle de
Java au Nord-Eft. [Les Javans font fort courageux dans le danger. Leurs
armes font des javelines, des dards, des poignards, & une efpèce de flé-
ches empoifonnées qu'ils lancent avec des farbacanes; Ils fe fervent aufli de
boucliers, & ils ont quelques arquebufes mais qu'ils manient mal. Ils font la
plûpart Mahométans.]
Le 26, les Anglois découvrirent, au Nord-Oueft, certaines Ifles, dont
leurs nouveaux Pilotes ne purent leur apprendre le nom; & le vent fe trou-
va fi contraire à leur courfe, que fans les connoître mieux , ils fe virent for-
cés d'y relâcher. Cependant à mefure qu'ils s’en approchoient, la perfpeéti-
"2 ve leur en parut fi trifte, qu'ayant Le l'ancre à À diftance d’un mille, du
M) côté du Sud, ils envoyèrent une Chaloupe pour reconnoître les Côtes. Elle
trouva que ce qu'ils avoient pris pour des Ifles, étoit un refte de quelque
00 terre abimée dont on ne voyoit plus dans quelques endroits que le fommet
0 des arbres, & dans d'autres lieux, des collines nues & défertes. Il ne s’y
préfenta d’ailleurs aucune forte d'animaux. Cependant comme le vent ne de-
venoit pas plus favorable, les deux Vaifleaux s’approchèrent du côté qui
leur parut le plus élevé. On y jetta l'ancre fur un fort bon fond; & la cu-
riofité, plûtôt que le befoin, porta Michelburne à defcendre. Il trouva fur
la Côte une fource d’eau très pure, avec diverfes traces , qui lui firent juger
+ ce lieu n'avoit pas toûjours été défert. [Mais il admira beaucoup que
ans l’e‘sace de plus de deux lieuës , qu'il prit plaifir à parcourir , il ne pa-
ut point un oifeau , ni le moindre animal. Il ouvrit la terre dans plufieurs
endroits, fans y trouver non plus aucun infeéte.] Le mauvais tems l'obligea
éanmoins de pafler fept ou huit jours dans ce trifte lieu. Dans cette fai-
fon 4 PA ne ceflent point fur cette mer d'être Nord, Nord -Oueit, ou
Nord-Eft. ‘
. (k) Ox leva l'ancre le » de Décembre, en s’efforçant, avec beaucoup de
\ difficulté , de porter conftamment vers Patane. Le 12, en pañlant près de Pu-
0 Laor, le Whelp découvrit trois Bâtimens dont il ne put reconnoître la gran-
deur. Il détacha fa Chaloupe pour les obferver ; mais dans l’impétuofité des
+icourans & du vent, elle fut bientôt perdue de vûe; & toute la nuit fe paffa
dans l'inquiétude de fon fort. Cependant elle étoit montée de quinze home
mes réfolus (7), qui s'étant approchés d’un des trois Bâtimens, avoient eule
bonheur
iX
ES
ie
*
Ck) Ici commence la ge, Scétion de l'Origi- n'attribue pas à clle feule l'honneur de cette
prifes car il remarque qu’elle avoit été déta-
chée avec la Pinaffe. R. d. E;
A pal. À. d. E.
(4) L'Original ne dit point le nombre des
hommes qui étoient dans la Chaloupe; & il
L 2
Micneraua.
NE.
1605.
Ifles ablinées.
Vents qui
régnent dans
cette faifon.
Hardieffe de
quinze An-
glois.
MicneLaoun:
NE.
160%.
Obfervation
(ur les vents &
ICS Courans,
Panhang
Pays fertile,
Pyratcs Ja-
ponois pris
parles An-
glois,
4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
bonheur de s'en rendre maîtres, quoiqu'il fut d'environ cent tonneaux, [&zl Æ Lis
qu'il eût dix - huit hommes à bord.] Ils reparurent le lendemain avec leur de celle
proie, C’étoit un Jonc de Panhang, chargé de ris & de tag qui faifoit Mort ci
voile à Bantam. Michelburne ne jugea pas que ce butin fut digne de lui. 1| ÆMMde dive
n'en prit que deux petites piéces de fonte, dont il paya même la valeur aux gier là-
Indiens ; & tirant peu d'utilité des Pilotes qu'il avoit enlevés aux Javans,il “cune ar
en demanda un, pour prix de fa générofité, au Capitaine du Jonc, en lui
donnant les deux autres comme en échange.
Le 13, en voulant s'approcher de Pulo Timacu, Ifle voifine de Panhang,
on eut beaucoup à combattre les vents & les courans. La Mer, depuis le
commencement de Novembre jufqu'au commencement d'Avril, fe porte con.
tinuellement vers le Sud; & depuis Avril, jufqu'au mois de Novembre,
elle retourne au contraire vers le Nord. De même, le vent pendant les
cinq premiers mois, eft ordinairement Nord, comme il eft Sud pendant les M
fept autres. Tous les Vaiffeaux de la Chine, de Patane, de Tor ,de Panbang, M leurs fa
& des autres lieux au Nord, prennent la mouffon du Nord pour venir à "” Je Vaifl
Bantam, ou à Palimbam, & celle du Sud, pour leur retour. On eft für , en | Il s'en !
fuivant ces obfervations, d’avoir toûjours les vents & les marées favorables; œer leur
au lieu que les Anglois, à qui ces lumières manquoient encore , trouvoient A les flots
tant d'obftacles à vaincre, qu'en trois femaines de navigation, ils n’avan.
çoient pas plus d'une lieuë.
PANHANG (m) eft un Pays extrêmement fertile, & diftingué par la po: lt
litefle de fes Habitans. Il eft fitué entre Jor & Patane, s'étendant au long MM MOurut
: . , " , a 5:14 les diffé
de la Côte jufqu'au Cap. Tingeren. Ce Cap s’avance beaucoup. C'eft 1 ;
première terre qui fe préfente aux Caraques de Macao, aux Joncs de la Chi. a Jonc,s
ne & aux Pares de Kamboya, dans leur route pour Malaca, Fava, Sumatra, M bloient
Fambo , Fur, Palimbam, & les autres lieux de commerce vers le Midi. DR 5 Etant
EN s'approchant de Patane, la Flotte Angloife rencontra un Jonc char: EM préfenc
gé de Pyrates Japonois, qui avoient éxercé leurs brigandages fur les Côtes NAME mnt de
de la Chine & de Kamboya. Ayant perdu leur Pilote, ils s'étoient trouvés MMM lent en
dans un fi grand embarras pour fe conduire, qu'ils avoient été jettés fur les reffourc
bancs de la grande Ifle de Borneo. Mais la haïne qu'on porte à leur Nation crélen
dans toutes ces contrées de FInde, ne leur avoit pas permis d'aborder dans
l'Ile. Ils s'étoient fauvés dans leur Chaloupe après avoir perdu leur Vaif
feau, ils avoient trouvé un Jonc de Patane chargé de ris, dont ilsavoient
maffacré l'Equipage; & l'ayant équipé de leurs débris ,. ils fe propofoient de | ét
retourner au Japon, lorfqu'ils tombérent entre les mains des Anglois. Is! PRES
étoient au nombre de quatre-vingt-dix, & beaucoup trop pour un Bâtiment Mi 7°7°T"C
… feul qui
“toit pas
|mettre
a ET L + + ot 5 pr 2 p;
qui pouvoit à peine les contenir. La plûpart étoient habillés. trop galam- ee
ment pour des Matelots. Quoiqu'ils euffent un Chef, qui étoit chargé de M Vées { d’
l'autorité , ils paroifloient tous égaux; ce qui fit encore juger aux Anglois lu
De ù es CE AE tout cet
que ce n’étoient pas des gens d’une condition vile. Ils n’avoient pour car- M fuffent E
gaifon qu'une groffe provifion de ris, mais fort corrompue par l'humidité, #A Leerrible
parce que leur Jonc faifoit eau de toutes parts. à des deux
D partic,
pas d’êtr
Il n'y er
Les!
(Cm) Il faudroit peut-être prononcer. Pau- 16 par d’autres Voyageurs Pubaung & Pam.
A
bang ; car c'eft le même pays qui eft appel-
Ù X
nneaux , [44
in avec leur M
, qui faifoit M
ne de lui. Il M
a valeur aux
ax Javans, il
onc, en lui
de Panhang,
r, depuis le
fe porte con.
Novembre ,
pendant les
1 pendant les M
de Panhang, !
our venir à.
n eft für ,en !
:s favorables;
, trouvoient
, ils n'avan-
ué par la po- h
dant au long
up. C'eft la
ncs de la Chi:
ua, Sumatra,
Midi.
Jonc char:
fur les Côtes
bient trouvés
jettés fur les
leur Nation
aborder dans
du leur Vaif-
bnt ils avoient
propofoient de
un Bâtiment
trop galam-
it chargé de
, ae
aux Anglois w"
ent pour car: WA
r l'humidité , A
baung & Pam.
… feul qui fût aflez prompt pour fe i
1 autres en refpeét au pañlage de l'écoutille,
Mviolente qu'ils faififloient d'une main : bout des piques Angloifes, pour al-
Anglois. Ile
INDES ORIENTALES, Lav. Il Cuar, IL. 85
Les Anglois ayant jetté l'ancre avec leur prife, fous une petite lile roche
de celle de Bantam, y pañlèrent deux “md pendant lefquels ils traitèrent
fort civilement leurs prifonniers. Ils efpéroient tirer d'eux la connoiffance
de divers lieux, & du pallage de certains Vaiffeaux de la Chine, pour ré-
gler la-deflus leur propre voyage. Mais ces hardis Avanturiers ne voyant au-
Mcune apparence de pouvoir retourner au Japon dans un aufli mauvais Bâti-
ment que celui qu’ils avoient, prirent entr'eux la réfolution de hazarder leur
vie pour fe faifir du meilleur des deux Vaifleaux Anglois. Quoiqu'il n'y en
eût que cinq ou fix à qui l'on eût laiffé leurs armes, Michelburne conçut quel-
que défiance en les voyant profiter de l'honnéteté avec laquelle il avoit vou-
Ju qu'ils fuffent traités, pour venir quelquefois fur fon bord au nombre de
vingt-cinq ou trente, Il donna ordre à Davis de faire éxaétement la vifite de
leur Jonc, pour s'affürer s'il n'y cachoient point d'autres armes, & de leur
ôter même À eu qu'on leur avoit laiffé. Mais Davis fe laiffa tromper par
leurs fauffes démonitrations d'amitié & de tranquillité. 11 vifita légèrement
"Je Vaifleau, où il ne trouva qu'une petite quantité de ftorax & de benjouin.
Ml s’en fait, & ce fut comme le fignal auquel ils entreprirent de faire écla-
ter leur deffein. Ceux qui étoient fur le Jonc y tuérent ou précipitérent dans
“les flots, le petit nombre d'Anglois qui étoient à le vifiter. Davis fut prefque le
ctter dans [a Chaloupe ; mais le défordre n'é-
voit pas moindre fur le bord de l'Amiral, & lorfqu'il penfoit y rentrer pour y
mettre tout le monde fur fes gardes, il fut percé de cinq ou fix coups, dont 1l
mourut prefqu’aufli-tôt. C'étoit environ trente Japonois qui fe trouvant dans
"les différentes chambres du Vaifleau, lorfqu'ils avoient entendu du bruit fur leur
Jonc, s’étoient jettés fur les premières armes qu'ils avoient apperçues, & fem-
bloient menacer tous les Anglois de leur perte. Cependant Michelburne
s'étant trouvé heureufement fur les ponts avec plulieurs de fes gens , avoit eu la
préfence d’efprit de fauter vers l'écoutille, où il pouvoit les empêcher facile-
ment de pañler. Quatre ou cinq, Fo l'avoient prévenu, & qui fe trouvé-
rent en tête fur les ponts une multitude d'Anglois, n’eurent point d'autre
reffource ge de fe jetter à la nage; mais ce ne fut point fans avoir mafla-
cré le malheureux Davis au moment qu'il rentroit. Michelburne tenoit les
uoique leur impétuofité fût fi
Monger de l'autre leurs coups d'épe On en tua cinq ou fix des plus fu-
ieux. Cette forte de combat auroit uuré plus long-tems, fi l’on ne s'étoit
…apperçu que dans la chambre du Capitaine, où le plus grand nombre étoit
reflerré, ils s’efforçoient de mettre le feu au Vaifleau.
Alors aucun remé-
de ne paroiffant trop dangereux pour un mal extrême , Michelburne fe fou-
vint qu'il avoit, fous le demi-pont , deux petites couleuvrines qu'il avoit enle:
vées à d'autres Indiens. Il les fit charger de morceaux de fer, de bales & de
tout ce qui fe préfenta. Au hazard de fe perdre lui-même, il voulut qu’elles
fuffent bracquées à bout portant contre les ais de féparation. Le fracas fut
% terrible. Rien ne put défendre les Japonois, non-feulement contre la charge
» des deux piéces, mais contre les éclats même du bois, qui en écraférent une
«| partie, & qui eftropièrent les autres de mille manières. Leur rage ne laifla
| pas d'être fi obftinée, qu'ils fe firent couper en piéces, fans offrir de fe rendre.
I n'y en eut qu'un, qui fe voyant fans bleffure, trouva le moyen de gagner
L 3 le
Micuetnur
Ne.
160$.
Refolutlon
défefhérée des
Corfaires Ja
pono:s.
Le Capitaine
Davis elt tué
de plufeurs
coups,
Les Japonois
font coupés au
picces,
86 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Micnmsun. le bord du Vaiffeau & de fe jetter dans la Mer; mais qui perdant l'efpe !
pe rance d'arriver au Jone, lorfqu'il le vit déja fort éloigné, revine à la ra
1008 ge, & demanda quartier. Michelb écha fes gensde le tuer. 1
Obflinacion ge, emanda quartier. Michelburne empêcha fes gens de le tuer. Ile
barbare d'un fit reprendre à bord, & lui reprochant fa crahifon, il lui demanda quel avor
Corfaire, été fon deffein: ,, de vous couper la gorge à tous , répondit-il fiérement,
» & de prendre votre Vaiffeau. ,, Il refufa de répondre à toutes les autre M
queftions, & la feule grace qu'il demanda fut d'être poignardé prompt.
ment.
Le lendemain, après avoir un peu réparé le défordre du Vaiffeau, Mi
chelburne ordonna que ce furieux Japonois fut pendu. Il fe laiffa pendre
fans réliftance; mais fes mouvemens furent fi furieux lorfque l'Exécutew
l'eut abandonné, qu'ayant rompu fa corde, il tomba dans la Mer, fans qu'on
pôc fçavoir sïl fe noya dans les flots, ou s’il eut le bonheur de fe fauver à h
nage. Ses Compagnons (n) avoient pris leur courfe vers une petite Ifle à M
l'Oueft, où l'on ne penfa point à les pourfuivre. 1
1606. MicuezLBurNe rencontra le jour fuivant un petit Bâtiment de Patane, de qui :
Deffein de de qui il s’informa fi les Vaifleaux de la Chine étoient arrivés dans ce Port, bic cté
Michelburne Apprenant du Capitaine qu'on les y attendoit dans peu de jours, il le pri *
fur les Vaif- pour lui fervir de Pilote, dans la réfolution de ne pas s'écarter avant l'arri:! gais
pe ee la vyée des Vaiffeaux Chinois. Le 12 de Janvier, les Anglois découvrirent du
haut des mâts, deux Vaiffeaux qui venoient vers eux. Il continuèrent aufi =
Le de s'avancer ; & fe trouvant à l'entrée de la nuit fort près du plus grand, ik
un Chan” l'attaquérent avec peu de précaution. Après un combat fort court, ils l'abor. M
&payent fes dèrent & s'en rendirent maîtres. L’ancre fut jettée pendant la nuit. Le
marchandifes. lendemain Michelburne ayant vifité fa prife, en tira quelques balots de foy
crue, ou travaillée; mais il prit le parti de la payer au-delà de fa valeur,
& de ne pas toucher à l'or & à l'argent. Cette modération, & le bon trai:
tement qu'il fit aux vaincus, venoient du chagrin de ne pas trouver fa proye
conforme à fes efpérances, & de la crainte que le bruit de fon entreprife aiflean
ne lui fit manquer des Vaiffeaux plus confidérables. Il vouloit gagner China" Micx
Batta ; mais les vents étant devenus plus contraires que jamais, il fut re US, ottre
pouflé le 22 vers deux petites Ifles à l'Oucft, [ que les Javans nom’ #
ment Pulo-Sumatra,] & fe vit forcé d'y relâcher. [Quelques hommes vêtus à lEu-
ropéenne, qu'il apperçut fur le rivage, lui firent envoyer fa Chaloupe, pour
Naufrage les reconnoître. Il apprit bientôt, par l'empreffement même de plufieurs de . |
d'un Bâtiment ces malheureux, qui vinrent à bord avec fes gens, qu'ils étoient les reftes LE 24
Po. cugais. d'un Bâtiment Portugais, parti de Macao, qui avoit fait depuis quinze jours Mfürent en]
un trifte naufrage à la vûe de cette Ifle, Le Capitaine qui fe nommoit Pere: Es für le
Diatriz, ou Diatriz Perez, avoit perdu la vie dans les flots avec-trente-deux MS, furent
de fes gens; & le refte, au nombre de dix-huit, s'étoit fauvé contre tou: prés, u
te efpérance, avec le fecours de la marée qui les avoit pouflés vers le riva: | ar Ja mê
ge. Dans une Ifle déferte, où ils n’avoient trouvé que de l'eau fraîche & andéc p
quelques animaux fauvages, ils étoient devenus fi maîgres par un jeûne pref Mort civile
que continucl, qu'a peine confervoient-ils la figure humaine. Un jeune hom etien ple
formé d
ant cette
river des
ifpofé à 1
oignage
er,
.(n) L'Original dit que ce furent les An. tite Ifle, où il s'arrétérent trois jours pour} À
Sois qui prirent Icur courfe vers cette pe- faire provifion de bois & d'eau, R. d. E
J X
erdant l'efpé.
vince à la na
le tuer. Ilk
1da quel avor
il fièrement,
tes les autres
rdé prompte
Vaiffeau, Mi
laiffa pendre y
e l'Exécuteu
er, fans qu'on
fe fauver à h
petite Ille is
INDES ORIENTALES, Lav, 11L Cuar, IL 47
e de quinze ou feize ans , fils du Capitaine, étoic à l'extrémité, Enfin
eur mifère parut fi exceflive aux Anglois, qu'elle les coucha de compaflion.
ichelburne leur fic porter aufli-tôc quelques rafraîchiffemens , qu'il les aver-
it de ne pas prendre avec trop d'avidité. Ce confeil étoit fi néceflaire , que
pour avoir négligé de le fuivre, deux des Portugais furent crouvés morts le
ndemain, de plenitude & d'indigeftion.
CerenpanT Michelburne étant defcendu dans l'Ifle avec une partie de
s gens, jugea fur le témoignage de fes Chafleurs , qu'elle ne manquoit
oint d'oileaux, ni d'autres animaux, & que les Portugais n'avoient été ré-
uits fi bas, que faute d'armes ou d'induftrie, Il fit prendre tant de foin du
une homme , qu'ayant rétabli fes forces en peu de jours, il reconnut à fa
gure & fes excellentes qualités qu'il méritoit un meilleur fort. Le fervi-
e qu'il avoit reçu des Anglois le porta naturellement à s'ouvrir fur fon in-
ortune. Elle étoit d'autant plus irréparable , qu'étant né à Macao d'un
“tommerce d'amour , il ne connoifloit ni la famille de fon père, ni perfonne
nt de Patane, # de qui il pût efpérer le moindre fecours. Cependant, non-feulement il a-
dans ce Porté je été élevé depuis fa naiffance dans la Religion & les Ufages des Portu-
urs, il Le pri fais; mais fon père, qui l'avoit aimé fort tendrement, & qui l'avoit eu d'u-
avant l'art MMS fémme du Pays, avec laquelle il avoit vécu pendant feize ou dix-fepe
couvrirent di MMS, qu'il avoit été Faéteur à Macao, l'avoit légiimé en époufant fa mère
inuèrent au M l'heure de fa mort. Il fe nommoic François Diatriz. C'étoit en fa faveur
plus grand, 1 © fon Père avoit pris la réfolution de quitter Macao, & de retourner en
art, ils l'abor- MR stugal pour lui affürer tout fon bien qu'il apportoit fur le même Vaif-
tla nuit. LR, & pour le reconnoître dans le fein de fa famille avec la qualité de
balots de foy En fils. Son malheur étoit fi grand qu'il ne lui reftoit pas même de quoi
de fa valeur rouver la vérité de fon hiftoire, où du moins qu'il n'avoit que le té-
4 1 des Portugais qui étoient échappés comme lui à la fureur de la
| # qui l’avoient vû dans les droits de fa naïflance à Macao & fur fon
aifleau.
MicHELBURNE, pénétré de tendreffe & de pitié, lui confeilla de ne pas
mettre plus loin à tirer de tous ceux qui l'avoient connu à Macao une at-
ftation de naiflance & de fortune, qu'il figneroit lui-même avec fes prin-
Gpaux Anglois en qualité de témoins. Enfuite il lui offrit le choix, ou de
rrêter dans quelque Ville de l'Inde avec les Portugais, ou de le fuivre en
rope.]
gagner China
ais, il fut re"
Javans nom
es vêtus à l'Eu
ialoupe, pour
plufieurs de .
ent les refte LE 24, il s'éleva un fi furieufe tempête, que les deux Vaiffeaux Anglois
s quinzC Jour Séfürent enlevés de deflus leurs ancres, au milieu même de la Rade, [& pouf-
ommoit ler Ms fur le rivage avec une impétuofité qui les y fit échouër. Cependant ils
c-trente-deux n furent quittes pour quelques dommages frciles à réparer.] Peu de jours
$ contre tou: prés, une Flotte Hollandoïfe de cinq Vaiffeaux, qui avoit été fort mal-traitée
vers le riva: Mar la même tempête, entra dans la Rade pour s’y radouber. Elle étoit com-
au fraîche à andée par l'Amiral Wibrantz van Warwick. Ce Général prit des manières
in jeûne pref Mort civiles avec les Anglois. Il invita les principaux à diner ; & dans un en-
n jeune hon- Mfretien plein de confiance & d'amitié, il leur apprit que le Roi de Bantam
me Mnformé du deffein qu'ils avoient d'attaquer les Vaifleaux Chinois, & reyar-
ant cette entreprife comme une infulte pour lui, parce qu’elle devoit le
rois jours pour; MBriver des avantages que ces Bâtimens apportoient dans fes Ports, paroifloit
eau, R. d. Ë ifpofé à maltraiter les Anglois. On peut fuppoñfer que Warwick faifoit en-
| trer
:#$
né.
Micnrtavs-
NB,
100$.
Mifères dos
reftes de l'E-
quipage.
Hiftoire d'u
jeune Portu-
gais.
Tempête fu-
rieufe,
Avis que Mi.
chelburne re.
çoit d'un Ami-
ralHoliandois.
MicneLaur
NE,
1606.
Retour de
Michelburne
en Angleterre.
88 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
trer aufli dans cette crainte les intérêts de fa Nation. Mais de quelque four.
ce que puflent venir fes confeils, il donna aux deux Capitaines Anglois ce. ax
lui de renoncer à leur deffein, & de mettre à la voile avec lui pour retour.
ner enfemble en Europe, Michelburne crut entrevoir dans cette exhortation
quelque autre vûe que celle de l'amitié; & ce foupçon lui fit déclarer ner.
tement que n'ayant point encore atteint au but de fon Voyage, il ne penfoi M Vova
pas fitôt à l'incerrompre, Cependant après le départ de la Flotte Hollan "A nd
doife, qui fut le 3 de Février, il fit des réflexions plus férieufes fur les in. L
térêts de fa Patrie, Elles fe trouvèrent fortifiées par l'état de fon Vaiffeau, [ A
qui n'avoit plus que deux ancres, avec des cables auxquels on ne pouvoir s'attend
prendre de confiance. Enfin il prit la réfolution de partir , en fe born vor
au médiocre profitqu'ilavoit tiré jh ao de fon Voyage. Il mit à la VOLE vices
le 5 de Février ; &. le 7 d'Avril, il eut la vûe du Cap de Bonne - Efpérar: “4 fan dr
ce, après avoir effuyé une furieufe tempête. ; er È
Le 17, il relächa dans l'Ifle de Sainte-Hélène, où fes gens l'auroient arM ni pe
rêté fort long-tems, s'il n'avoit confulté que le befoin qu'ils avoient de ri." l'abrége
fraîchiffemens , & le goût qu'ils prirent pour un fi beau féjour. Mais ne pr "ee
. . CH nm é ce ’
férant rien à fa Patrie depuis qu il avoit manqué le but de fon Voyage, | emport
fe remit en mer le 3 de Mai, il pañla l'Equateur le 143 &, le a e A currens
ilarriva au Port de Mildfort dans le Pays de Galles. Le 9 de Juil |
ct, il jetu KR
l'a re à Portfmouth, après une abfence de 19 mois. ob Fe
TABLE DES POSITIONS. mad
doit l'H
Latitudes Longitudes. »
Ifle de Loronha. . . . | oo Sud, _. Prnen |
Ifle de l'Afcenfion. . . 30 0e e dé
Ile de Diego Ratz. . . 1 do à à à 6 à 98 | de Do
4
8
Ifle dos Banho 6
anhos. . . . Tee eee 109 «E.
Ifle Graciofa. . . . . 7 4 dl rans ,
2
o
0
4
6
0 0 + + + + 110 Han: ei
Ifles près de Sumatra. . oo oo Norit. ‘a he P
Ifle Bachina Bata. . , o 20 20 Sud. ré mn
Rade de Priaman. . , o 40 40 | ps < le :
Rade de Sillibar, . . . 00 oo | Kecli ke
Bantam. , . . . . 40 40 L ue la
: Leona ,
S trouva
(a) CA
(bb) V
Relation,
| cure, &
! peut-être
compte de
ce qu'il ab
les endroit
en fe fou
donner un
Auglois , 1
II, Pa
cHaArM
J X
quelque four.
y Anglois ce.
pour retour.
€ exhortation
Cuar, 1V,
#9
INDES ORIENTALES, Lav, I.
OVER ERLIT EL, EAU REX LN ET EVUTET EX)
€ cxhortat CH A PI T RE IV.(«)
Clare CL
| CE 08 RER , Voyage du Capitaine William Kecling, à Bantam € à Banda, en 1607.
ès fur les in. q°
on Vaiffeau, [ A’ RES s'être ouvert l'entrée des Indes Orientales, malgré l'oppoñition
des Couronnes d'Efpagne & de Portugal, les Anglois ne devoient Le
ai-
1 NE POUVONS s'attendre que les obftacles qui leur reftoient à vaincre, & qui devoient
n fe born ;e avorter une partie de leurs entreprifes , vinffenc d'une Nation de qui leurs
nit à la VOLS frvices & leurs bienfaits les mettoient en droit d'attendre de la reconnoif.
ne - Efpérar fance à plufieurs titres. Cependant on va s'appercevoir par degrés , qu'ils n'eu-
rent pas de plus dangereux Ennemis que les Hollandois, ] Kecling, qui a
compofé lui-même l'Hiftoire de fon Voyage, dont ilne refle néanmoins que
l'abrégé dans Purchaff (b), confefle qu'avec les vûes ordinaires du Com-
: merce, dans une entreprife à laquelle 1l écoit employé par la Compagnie, il
| emporta une vive curiofité d'approfondir les intentions de ces nouveaux con-
currens de l'Angleterre, & de s oppoler à leurs progrès; mais que fes for-
ces nerépondant point à fon courage ,il ne put exécuter que le premier de fes
deux deffeins. Il partit des Dunes le premier d'Avril 1607, avec trois Vaif-
feaux, le Dragon, l'Heëtor & le Confent, qui avoient à bord trois cens-dix
hommes. 11 montoit le Dragon avec la qualité d'Amiral. Hawkins comman-
doit l'Heétor, & David Middleton le Confent, Cette Flotte commença par
l'auroient ar.
point de ri.
Mais ne pre
n Voyage, i
27 de ui ds
uillet , il jetu
Longitudes. efluyer divers défaftres, [ qui firent craindre aux trois Capitaines pour le fuc-
cès d'un Voyage fi peu favorifé du Ciel. ] Elle pañla la Ligne au commence-
ment de Juin; mais en arrivant vers le 5°, degré de latitude du Sud, elle
98 SM fur forcée par la fureur des vents & des orages, par l'impétuofité des cou-
st rans , & par la multitude des maladies, de retourner vers le Nord, après
avoir perdu de vûe le Confent. L'efpérance des Pilotes étoit de gagner l'Ifle
de Loronha. Ils eurent le malheur de la manquer, fans pouvoir deviner
la caufe de leur erreur ; de forte que, perdant l'efpérance de remonter. con-
tre le vent, ils fe crurent dans la néceflité de reprendre vers l'Angleterre.
“_Kecling fe rappella d'avoir 10 dans Hackluyt, qu'après une difgrace telle
que la fienne, un Vaifleau Anglois avoit pris le parti de fe rendre à Sierra
ona ,
CHA
0 s'y mettre à couvert.
trouva d'
L
(a) C'eftle se, Chap. de l'Original. R. d. E,
@œ(b) Voyez Pilgrims Vol, I. pag. 188. Cette
Relation, eft écrite d'une manière très obl:
cure, & le ftile en eft peu corref&t, Mais
peut-être faut-il mettre ces défauts fur le
compte de Purchaff, qui gâtoit presque tout
ce qu'il abrégeoit. On devra nous pardonner
les endroits qui nous paroîtront un peu fecs ,
en fe fouvenant que notre defféin étant de
donner une fuite complette des Voyages des
Anglois, nous devons éviter également d'ê-
II, Part.
Il fe fit apporter ce Livre
autres éxemples qui le confirmérent dans la même idée, Cependant
(c), où il
une
tre trop longs & trop courts dans nos Ex-
traits.
(ce) Purchaf remarque ici que Thomas
Smith lui a affüré que ce Livre a fauvé vingt-
inille livres à la Compagnie , qui auroit per-
du la valeur de cette fomme, fi la Flotte é-
toit retournée en Angleterre.
KeeLinu,
1607,
Reffonemens
des Anglois
contre les Hol
landols,
Départ de
Keeling avec
trois Vail
fcaux.
Difgraces de
fa L'lotte,
Les Livres de.
Voyages font prefque autant utiles fur la Mer ,
que les Cartes ; & cette confidération n'a pas
peu contribué à nous faire entreprendre cette
Colleétion,
M
KZELING,
1607.
Il prend le
parti de ga-
ner Sierra
cona,
Bancs de
Sainte-Anne,
Situstion du
Cap & des
lieux voifins.
Obfervations
reconnues
fauffes,
90 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
une partie de fes Officiers panchoient pour Mayo. Ces deux fencimens fx.
rent pefés, avec d'autant plus d'attention que tout le monde reconnoifloit 1
la néceflité de renoncer à pénétrer plus loin vers le Sud. Enfin l'on fe dé. M
termina pour l'idée de l'Amiral, & tous les Matelots en témoignèrent beau. Ms
coup de joye. 7)
Le 4 d'Août, on apperçut le matin. fur la furface de l'eau, une grande
quantité de fleurs; ‘ge qu'on croit prefque certain pour marquer qu'on ab. î
proche de la terre; &, vers le foir, on trouva un fort bon fond, depuis
vingt-deux jufqu'à dix-huit braflés. Cependant on ne découvrit aucune at.
parence de Côte. Plufieurs Matelots expérimentés furent envoyés dans un
Efquif à quelque diflance de la Flotte, pour obfirver la qualité des. cou-
rans. Ils trouvérent qu'ils alloient contre le vent, Sud-Eft par Eft. On
porta le jour fuivant à l'Eft, & à l'Eft par Sud, avec la fonde à la main.
Flle faifoit erouver depuis trente & vingt jufqu'à dix brafies ; mais on pañla
le jour entier & la nuit fuivante fans Het encore la terre. Enfin , vers
neuf heures du matin, elle fe fit voir, à la diftance d'environ dix-huit lieuës.
‘d). C'étoit une forte de Promontoire, médiocrement élevé, & rond dans
{a e. A midi, les obfervations firent trouver 7 degrés 56 minutes de
latitude. On porta le refte du jour à l'ER, tournant quelquefois un peu au
Nord ou au Sud, fuivant que la fonde trouvoit plus ou moins de fond ; car |!
s'il étoit fouvent de dix brafles , prefqu’au même moment il. diminuoit à :.8N
fept, ou même à fix. On fe crut fort proche des bas-fonds & desbancs de
Madeira Bomba, ou de Sainte-Anne. Depuis midi jufqu’au foir, on fit envi-
ron. quatorze lieuës dans cette incertitude. A l'entrée de la nuit, on jetta
l'ancre fur vingt braffes de fond au Sud du Promontoire , qu'on reconnut
enfuite pour la Verde. Le C. :e Sierra Leona, qui n’eft qu'une pointe
affez baffle, en eft à huit lieuës. 11 fe préfente Nord par Eft;. mais quoi-
qu'il ne À vom être apperçu de fort loin, les verres, qui font au-deflus, s'é-
lèvent affez pour fe faire-reconnoître, dans un jour ferain, à plus de quin. #
ze lieuës.. 4
Vers fix: heures du matin, on fe remit en mouvement pour gagner la #4
Rade. Le fond fut tofjours entre feige & dix brafles, jufqu'à ce qu'on fùt ‘#4
au Nord & au Sud du lieu, c'eft-à-dire, à un mille & demi d’un roc, qui
fe trouve à un mille du Cap, & qui n’eft pas plus proche d'aucun autre en- 4
droit du rivage. On ne trouve là que f#pt braffes; mais l'ancrage ne ceffe LA
pas d’être excellent; & lorfqu'on à pañlé le roc, on retrouve vingt brafles..
dix-huit, feize , douze & dix jufqu’au rivage, quoiqu’au Nord, à la.diftan-.
ce d’une lieuë on apperçoive un banc de fable, contre lequel la mer vient à
battre impétueufement. Lapointe de Sierra Leona porte Oueft - Nord ; la
pee Le ai de la Baye porte Nord-Oueft ; & le bancde fable, Nord-
Qr@- ».
Dans l'après-midi, l'Amiral découvrant fur le rivage quelques: hommes
qui l'appelloïent par des fignes, y envoya fa Chaloupe avec deux ôtages. Elle
lui amena quatre Négres, . qui lui promirent toutes fortes de rafraîchiffemens.
Il eft fort remarquable que toutes les obfervations fur les variations de lE-
guille depuis le 2°. degré de latitude du Nord jufqu'à çe lieu, furent trouvées
a:
j SIERRA Leova. |
| BAYE de
Bar van
faufles;
(d) Angl. huit licuës. K, d, E.
TT
x ]
ntimens fu
econnoiffoit
l'on fe dé. 1
érent beau.
|! IRAN
une grande
er qu'on ab-
ond, depuis
| aucune ab-
yés dans un
té des. cou-
ir Eft. On
e à la main.
ais on pañla
Enfin , vers
t-huit lieuës.
: rond dans
minutes de
s un peu au
e fond ; car
diminuoit à
desbancs de
on fit envi-
it, on jetta
>Jh reconnut
’une pointe
mais quoi-
«deflus, s'é-
Jus de quin-
n
J SIERRA Leo.
o j Serbora .
BauI var
Terres &---
Zazderyen van
7 BAYE de
ir gagner la
e qu'on fût
roc, qu!
in autre en-
ge ne ceffe
gt braffes,
à la.diftar- !
a mer vient |
t- Nord; la
able, Nord- *
CxZIoT van de RÉE in de Bar van SIXRRE LEONA. |
| Veue de l’Entrée de la BAYE de SIERRA LroNA.
es: hommes *
ôtages. Elle
fchiflemens.
ons de l'E-
bnt trouvées !
fauftes;
|
| \ Ÿ.
\ #4
fl 1h
1 RAR
LAN à .
QU IE
1! | (INTER
QULD CR
FL ;
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fauftes ;
il faut :
Ouelt,
à la ter
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L Le ?
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4 eurs À
0! & préle
d'or, qi
qui étoi
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pout Je
cher l’e
& d'un
cours al
LE te
0Ù miral fe
d'un gr:
Ja Flott
leurs all:
cer trop
me s'ils
des Mat
rent ave
tité de |
Ché régl
Les jour
ué la
aval
tèrent di
mais en
: pour che
de ce pe
plus func
| I& moind
| Les Nég
fe hâtère
auroit Co
payer le
lé. Ses a
de quatr
Æ ment fi |
INDES ORIENTALES, Ian. TI Cnar. IV. yi
fauffes; car à chaque diftañée qui fe rapporte à quelque Méridien Oriental ,
il faut ajoûter trente licuës; & de ccliés qui ont rapport à des Méridiens
Oueft, il faut retrancher le méme nombre. En uñ mot la Flotte ; en touchant
à la terre, fe trouva trente lieuës plus à l'Oueft qu'elle ne l'avoit fuppofé &
les obfervations. L'expérience, ajoûte l’Auteur, eft une régle fûre; au lieu
que les inftrumiens trompent fouvent les plus habiles.
Le 7 d'Août, la Chaloupe étant retournée 4 verre avec deux Otages &
uelques petits préfens , oh vit approcher dans pe Barques du Pays plu:
1 feurs Névres de meilleuré apparence. Les ôtages Anglols revinrent lefoir,
M & préfentèrent à l'Anital ;, dé l4 part du Chef dés Négres, un petit anneau
1 d'or, qui fut eftitné fepc où huit fthellings. Comme il étoirtard, les Négres
qui étoient venus à botd #6 voulufent point rétoutner aurivage, & ne firent
pas difficulté de paller la nuit au milidu des Atiglois, fans aucune précaution
pout leur füreté. Le lendémain, 6h émploya tfariquillément le jour à cher-
0 Cher l'eau la plus pure, entre plufeuts ruifleaux qui fe trouvérent excellens
07 & d'un accés fort aifé. Les Négres s'empreflérént même de prêter leur fe-
cours aux Matelots Anglois.
Li Le tems devint fi beau, qu'en attendant qu'on pût fe fier à fa durée, l'A-
0 miral fe fit un amufément de la pêche au long du rivage. Il euc le fpeétacle
d'un grand nombre de femmes, que les Négres y avoient amendes pour voir
la Flotte. Mais quoiqu'ils euffent marqué peu de défiance pour eux-mêmes,
leuts allarmes parurent exceflives lorfqu’ils vVoyoieñit quelque femme s'avan-
“Ù cer trop vers es Chaloupes. Ils les forçoient brufquemenit de fe retirer ,com-
04 moe s'ils euflent app
1 des Matelots. L'Amiral ‘leur fit diftribuer quelques bagatelles, qu'elles reçu-
rent avec uné ävidité extrême. Il reçut d'elles en échangé unie grande quan-
| tité de limôns, qui doivent être fort communs fur cette Côte, puifqu'à mar-
1 ché réglé, on en pouvoit obtenir deux cens pour un petit coutéau d’un fol.
Les jours fuivans devinrent pluvieux jufqu'au 14; cé qui n'empêcha point
} que la pêche ne fût abondante, On prit dans l'éfpacé d'uné heure fix mille
avaïlos , petit poiflon, mais d’un éxcellent goût. L’Armiral acheta, pour
cinq auries de toilé, [& fept ou huit livres de fér en barré] une dént d’E-
4 léphant qui péfoit foixante-trois livres. Le 15, Hawkins pfofita d’un court
mtérvalle de beau terms pour defcendré ä tefre dvec une efcorté convenable,
MS fe rendre à l'habitation la plus voifine, [Quelques gens dé f& fuite affec-
tèrent de s’approchér des femmes ; fous prétexté de fé procurér dés limons,
mais en effet pour mettre à l'épreuve 14 jäloufie des Négtes, où peut-être
pour chercher l’occafon de fe réjouir aux dépens dés maris. L'inquiétude
: de ce peuple jaloux fut fi vifible, qué le Capitaine en rédoutant dés marques
1 plus funeftes, défendit à fes gens, fous les plus rigoureufes peinés, de faire
| la moindre cäreile aux femmes. I} éni retira néantoiris quelque avantage.
à Les Négres, pour ôter à leurs femmes tout prétexte d’ééouter lés Anglois ,]
fe hâtèrent d'offrir au Capitaine uné groffe provifion de lions, qui ne lui
« N auroit couté que la -pemé de les émporter, s'il n’avoit rhieux aimé léur en
#7 payer le prix en bagatelles de plufieurs fortes. Il en compta jufqu’à tfois rnile
le. Ses obfervations dans ce petit Voyage ne lui firent pas découvrit plus
“ de quatre ou cinq arpens femés de ris. La furface de la terte eft générale-
Hi ment fi pierreufe, qu’à péine Fee être oùuvéfté avec le fer. [Cependant
à 2
KEBLINO
1607.
On lie com-
merce avec
les Négres.
Leurs allar-
mes pour leurs
femmes.
réhendé qu':lies ne fe rendiffent trop facilementauxfignes .
Hawkins vi-
fite l'habita-
tion voifine.
Qualités du
Pays.
KezLino.
1607.
Obfervations
de Jean Ro-
gers fur les
Négres de
Sierra Leona.
92 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
on voit dans l'éloignement une grande abondance de Palmiers, qu'on croi:
roit plantés en allées régulières, tant la perfpeétive en eft agréable, & qui
font juger que le terrain eft plus doux à quelque diftance du rivage.] [Lorf-#
qu'on y a trois heures de féchereiTe dans un jour , on eft fort content de la
beauté du tems.]
IL fe trouvoit tant de Limons fur les deux Vaifleaux, que l'Amiral donna
le 16, à tous fes Matelots, une Fête, [où le Pounch (e) fut diftribué avec
rofufion. Comme cette partie de joye fe faifoit fur le rivage, les Négres
jugeant que la chaleur de la débauche pouvoit expofer leurs femmes à quel-
que infulte, les tinrent fort reflerrées, & s'affemblèrent même avec leurs
armes à quelque diftance de leur habitation. Mais le bon ordre que l'Amiral
entretint parmi fes gens rendit cette précaution inutile. ]
U n' des ôtages qu'il avoit envoyés d’abord aux Négres, & qui fe nommoit
Jean Rogers, s'étoit déterminé volontairement à profiter de l'occafion pour
pénétrer dans le Pays. Il revint en bonne fanté, le 20, chargé de divers
réfens qu'il avoit reçus des Sauvages, & fort fatisfait de la douceur de leur
caraétère. Entre plufieurs curiofités, il apportoit à l'Amiral une piéce d'or,
en forme de croiflant, de la valeur à peu près d’un ducat. Il raconta qu'ayant
été jufqu’à la principale habitation, qui étoit à huit ou neuf lieuës de la mer,
il y avoit vû le Chef de la Nation. [ C'étoit un Souverain fans Cour & fans
fall, qui n'étoit diftingué de fes Sujets que par la fupériorité du rang. Sa
Ville paroifloit contenir environ fix cens maïlons. Le Pays ne manquoit pas
de culture; & contre l'ufage ordinaire des Négres, les champs étoient en-
tourés d’une forte de haye. C’étoient les femmes qui prenoient foin d'y
planter des racines & d'y femer du ris. Ce travail prefque continuel, joint
à la chaleur extrême du climat, les rendoit fi dégoutantes, qu'il falloit être
Matelot pour les trouver aimables, & Négre pour en être jaloux. Rogers
ne s'apperçut point qu'elles fiffent d'antre ufage de leur induftrie que pour la
préparation des alimens. Elles n'ont aucun art propre à leur féxe , ni aucun
exercice qui puifle les occuper. Les hommes vont à la chaflé des Eléphans,
& laiffent en paix les autres animaux, quoique le nombre en foit fort grand.
dans leurs montagnes. Ne mangeant point de chair, à la réferve de quelques
poules qu’ils nourriflent dans leurs maifons & dans leurs jardins, ils netuent
les bêtes fauvages qu'autant qu'ils ont befoin de peaux pour revêtir leurs ca-
banes dans certaines faifons, & pour fe couvrir le corps vers la ceinture.
Ceux qui habitent le rivage joignent à leurs racines l’ufige du poiffon ; mais
leur adreffe eft fi bornée pour le prencre, que ce mêts ne leur eft pas fort
ordinaire. Rogers ne. put découvrir s'ils avoient quelques traces. de Religion;
car en leur voyant lever fouvent les yeux vers le Soleil, il eft difficile de ju-
ger fi c'eft pour lui rendre un culte, ou pour en tirer les pronoîtics ordinai-
res du tems. L'or n’eft pas aflez commun parmi eux pour faire fuppofer qu’ils
en connoiffent des mines, ou que leurs rivières en charient beaucoup. Ce-
pendant la petite piéce que Rogers avoit rapportée, & qu’il avoit obtenue
de leur Chef pour un couteau, fit regretter à l’Amiral den’avoir point d’In--
terprête qui pût lui procurer plus de lumières. ]
s LE.
(e) Liqueur Angloife, compofés de fucre ,. d'cau-de-vie & de lümons.. R d..'T..
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rées l'eau
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de Nord,
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Matelots.”
| leur Lang
M Capitaine |
0 te heureuf
“0 tems pour
0 tons, dou:
dant plufie
à provifion.
Ù Où
(f) La 0
INDES ORIENTALES, Liv. III Cuar. IV. 93
Le 7 de Septembre, huit Chafleurs Anglois entreprirent de tuer quelques
M Ciephans.: Ils en virent plulieurs, dont ils ne purent s'approcher. C2 ne
MD fut que vers le foir qu'ils en furprirent deux à la portée du fufil. Ils convinrent
MD de tirer tous fur le plus proche; &tous fe flattèrent de l'avoir bleffé, Mais
la nuit, qui commençoit à devenir obfeure , les obligea d'abandonner leur
proye. [Kceling ne rend point d'autre compte de ce qui l'occupa fur certe
"4 Côce juiqu'au 14 de Décembre; ce qui fait foupçonner à PurchalT qu'il tira
0 du commerce des Sauvages quelque profit qu'il affeéta de cacher. In effet,
! il paroît peu naturel qu'il eût paîlé près de trois mois dans l'oifiveté avec
une Nation qui connoifloit l'or & les dents d'élephans. Cependant il finit
par une remarque qui femble détruire ce foupçon. Après avoir admiré lui-
même que les Négres de Sierra Leona fuflent fi mal pourvûs d'or & d'yvoi-
re, il en rejette la caufe fur leur indolence naturelle, qui les borne à vivre
groffiérement de leurs racines, & qui va jufqu'à leur faire négliger la chaf-
0 fe d'une infinité d'anjmaux qui viennent fouvent ruiner leurs Jardins.] On
7 pourroit s'imaginer que la pareffe eft un vice contagieux dans ce Pays, lorf-
» qu'on lui voit confelièr qu'il fe propofa fouvent d'obferver la latitude de la
… Rade, & qu'il partit fans l'avoir éxécuté. Son Pilote prit néanmoins cet-
… te peine, & trouva qu'elle eft à 18 degrés 36 minutes du Nord. Il vérifia
M auili que la variation eft d'un degré 50 minutes à l'E.
+ [La meilleure Rade & la place la plus commode pour fe pourvoir d’eau
dans ces quartiers, eft la quatrième Baye, qui eft à l'Eft de la pointe de
Sierra Leona. Elle eft fituée Oueft Su Ouelt , & dans les plus hautes ma-
rées l'eau y monte 12 pieds.]
L L'AurTeur fe tranfporte, fans autre liaifon, à la vûe de 11 Baye de Sal-
>danna, où il arriva le 17 de Décembre, [après trois jours de Navigation;
Il eut d'abord un Vent d'Eft qui fut fuivi d'un calme & enfuite d'un vent
de Nord, qui le retarda beaucoup.] Son defléin étoit de porter Eft-Sud-Eit,
& Sud-Eft quart à l'Eft, pour doubler le Cap. Mais tous fes gens, fains &
malades, demandérent fi ardemment de relâcher dans la Baye , qu'il fe ren-
dit à leurs inftances. Ils paflèrent entre la petite Ifle des Pengouins & le riva-
& ge, qui n'en eft qu'à fept milles. Ils jettèrent l'ancre au fond de la Baye,
Xp fur cinq brafles & demi d'eau. La Pointe occidentale & l'Ifle des
« Pengouins eft fituée Sud quart à l’Oueft. Au Sud de l’Ifle il y a un Banc
‘ de Sable, à un mille de diftance , & un autre à une demi-lieuë au Sud-
HE] L'Amiral permit à fes gens de defcendre à terre. [ls furent reçusa-
. vec beaucoup de carefles par quantité de Négres, qui reconnurent deux
: Matclots.] Le premier objet qui frappa les Anglois fut une infcription dans
0 leur Langue, qu'ils apperçurent fur un roc. Elle portoit que Middleton,
0 Capitaine du Confent, écoit entré dans la Baye le 24 de Juillet 1607. [Cet-
0 te heureufe rencontre les délivra de l'inquiétude où ils étoient depuis long-
#0 tems pour ce Vaifleau.] Ils achetèrent dès le premier jour cent deux Mou-
4ù tons, douze Bœufs & trois Veaux. Ce trafic continua fi heureufement pen-
dant plufieurs jours, que les deux Bâtimens n'eurent rien à défixer pour leur
n provilion.
: (f) ILs remirent à la voile, le premier de Janvier 1608, avec un ue
ÈS i
(f) La ade, Scétion du Chap, V. de l'Originai commence ici. R. d. E.
M 3
KesLino.
1607,
Chafe d'Ele-
phans.
Kecling ci
foupçonné
d'avoir caché
fes proiits,
Latitude de
Sicrra Leona,
Les Anglois
relâchent à
Saldanna,
Infcription
qu'ils y trou-
vent,
Is remet-
tent dla voile,
2 NN
| diem | SIERRAI
Huzen op---
= -
E—
E=- +
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==
TT en
es ee 2 + ee
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| 1 c#asons de----
Huizen op---
ùE-
Maison du Capitui
(Paleis van Kaptyn)
Znopras.
pe
ht A
LA
Ca
% , VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fi favorable, qu'ils n'avoient aucune défiance des deux malheurs qui les mc.
maçoient, Le premier fut une voye d'eau qui fe fic à l'Heëtor ss dont on
ne #apperçut que le 19, c'elt-à-dire, lorfqu'il étoie déja fort difficile d'y remc.
dier. L'humidité avoit gagné jufqu'aux balots de draps, dont la plûpar
furent endommagés. L'embarras fuc extrême , foit à wuidér le Vaiffeau,
foit à faire fécher les draps. Enfüuite , lorfqu'on fe crut en repos après une
occupation fi fatiguante, on tomba dans d'autres inquiétudes, en découvrant
la terre à douze lieuës de diftance au Nord-Nord-Oueft. L'Amiral fut moins
furpris que les autres, parce qu'il connoifloit la force imperceptible des cou:
rans. Cependant comme on fe trouvoit au ga degré de latitude, ileut pei-
ne à comprendre que la terre pôût être fi voifine; & fuivant fes propres cal. !
culs, il conclut que l'erreur devoit être au moins de cent lieuës, [L£ 22,9
à 34 degrés 4 mmutes de latitude , l'Auteur comptoit qu'on avoit fait 33
lieuës EÎT quart au Nord, par un venc de Sud, & Sud-Sud-Oueft; mais par M
fon calcul on devoit fe trouver à une latitude différente de cinquante minu-
tes. Les Courans étoient encore caufe de cette variété, & jufqu'au 26, de
femblables différences firent comprendre qu'on pouroit tomber dans des
erreurs très dangereufes, fi l'on s'en fioit uniquement au calcul, fans fair:
attention à la force des Courans,] Le 17 de Février, on découvritencore
la terre, à fept ou huit lieuës; &, vers le foir, on fe trouva près de deux
petites Îfles, que la nuit empêcha de reconnoître; d'autant plus qu'avec le =
defein de jetter l’ancre, on ne trouva point de fond à deux mille du rivage.
Le lendemain les obfervations ne purent fe faire avec éxaétitude, parce qu'il
étoit arrivé quelque défordre aux inftrumens (b). On s'approcha d’une autre
Ifle qui n'eft qu'a trois lieuës des deux premières, en Éifrant celles-ci au M
Sud. Le Pilote de l'Amiral reconnut la Baye de S. Auguftin. On prit 1 M
réfolution d'y relâcher. [Dans cet endroit la variation fuc de r5 degrés 30
Minutes, & par une autre obfervation faite le même matin, on l'a trouva de
15 degrés 26 Minutes.
Le 19 on mit à la voile, & l'on eut le malheur de rompre une Ancrc.]
La Baye fe préfenta fi favorablement que les deux Vaiffeaux y entrérent à
lcines voiles. On mouilla contre le rivage du Sud, fur un fond de dix-fept
rafles; Hawkins fut chargé par l'Amiral, qui fe trouvoit indifpofé, de def:
cendre à terre avec les deux Chaloupes bien armées. Il revint à bord le foir,
fans avoir rencontré un feul Habitant ; mais il avoit remarqué un grand nom-
bre de traces qui lui avoient paru fort fraîches ; & trouvant une petite Bar-
que abandonnée, il y avoit laïflé des grains de verre & quelques petits cou-
teaux. Ce rapport donna peu d’efpérance à l’Amiral de fe procurer des ra-
fraîchiffemens. Cependant “er Matelots qu'il avoit envoyés d'un #utrc
côté à la pêche, dans un Efquif, l'affürérent qu’en s’approchant du rivage
ils y avoient vA de grands os de Bêtes, auxquels ils reftoit encore de la
nn D
chair. [Dans ce tems-là un nommé Gorge Evans fut mordu dangereufe-1l4
ment par un Æfigator.] Le 2r, on apperçue quatre Sauvages, qui ne mar-
quérent aucun effroi en voyant approc
leur envoya divers petits préfens , qui achevèrent de les rendre fi fami
er d'eux une Chaloupe. L’Amird Ps
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£ator, ef
Quoique
INDES ORIENTALES, Lav, I, Cnar, IV, 95
rs, qu'ils promirent auili-eûe, par des fignes , d'amener au rivage beau-
po de beftiaux. ee rpg il en parut quantité d'autres qui n'amenèrent
rien, L'Amiral, impatient, defcendie lui-même avec un cortège affez nom-
ubreux pour n'avoir rien à redouter. Les Sauvages [prirent la fuite à la vûe
des armes, On les fuivic,, mais fans marquer crop d'ardeur à les fuivre,
Un Anglois, qui eut la hardieffe de s'avancer feul près d'un petit Bois, y
découvrit douze ou quinze de ces Barbares avec environ le même nombre
de Veaux & de Chèvres. Hs étoienc armés d'arcs & de fléches; mais voyant
qu'on ne paroiffoit pas difpofé à les ac » il s'en détacha deux qui vin-
rent au-devant de l'Amiral, chacun avec l'animal qu'il avoit amené, ] Ils étoienc
bien faits & robuftes. Quoiqu'ils euffent le corps ceint d'une peau, ils ap-
portoient peu de foin à cächer leur nudité, L'un menoit un veau & l'autre
un mouton, L'Amiral tira quelques fchellings de fa poche, & leur préfenta
de l'autre main plufieurs petits Couteaux, pour leur laiffér le choix de ces
deux payemens. Ils entendirent ce 1 muet, Après avoir balancé quel-
ques momens , ils prirent tous deux un fChelling & un couteau , qu'on leur
sentonse volontiers. A peine furent-ils retournés au Bois ,que leurs Comp1-
gnons en forcirent avec ardeur, & vinrent offrir leur marchandifé pour le
même prix.
L'AM t1R AL fort facisfaicde cette ouverture, & des apparences de douceur
qu'il avoit remarquées dans les Sauvages, réfolut d'attendre fans empref.-
ment qu'ils continuaffent de lui apporter des provifions. II fe ft conduire
dans fa. Chaloupe au long du rivage, pour obferver le fond de la Baye. Lu
différence des Hots lui fit biencôc qu'il y entroit quelque rivière. I] con-
tinua d'avancer jufqu'à l'embouchure, qui n'a pas plus d'un mille de largeur,
& comptant d'y trouver bientôt l'eau douce , il la remonta l'efpace d'envi-
non deux lieuës, Sun efcorte le raffüroit contre toutes fortes d'accidens. 11 fut
futisfait de l'eau ,, qui fe reffentoit de la mer dans toute cette étendue; mais
ayant vû plufieurs troupeaux de trente & de cinquante moutons, qui paif-
foient tranquillement fur le panchant d'une colline , il ne douta pas que dans
le voifinage il n'y eût quelque fource d'eau vive. Quelques-uns de fes gens,
qu'il fit defcendre, rencontrèrent plufieurs Sauvages, qui leur vendirent
trois moutons, pour autant de fchellings, [mais qui s'obftinèrent à s'éloi-
{ner avec leurs troupeaux lorfqu'ils eurent apperçu la Chaloupe. L'Ami-
ral defcendit lui-même & s’efforça en vain de les :appeller par fes fignes.
fl fut encore étonné A np e fes gens que non-feulement les Barbares
avoient préféré des fchellings à tout autre prix, mais qu'ils n'euffent voulu
donner leurs moutons que pour de l'argent. En jettant les yeux für les Prai-
ries qui éoient entre la rivière &. les collines, 1l apperçut un gros ruiffeau
vers lequel il s'avança au travers d'un terrain fort humide, & dont il trouva
l'eau extrémement fraîche, Cette découverte lui caufa beaucoup de joye. II
4 remonta jufqu’au ruifleau avec la Chaloupe, & fa fatisfaétion fut encore
© plus vive lorfqu’il fe Fit affüré, avec la fonde, que fes deux Bâtimens pou-
j a s'avancer jufqu'au même lieu pour faire immédiatement leur provifion
eau.
[EN retournant vers la Baye, fes gens tuèrent, à coups de ful, un 4/i-
© gator, cfpèce de Crocodile qu'ils virent marcher fort lentement fur la rive.
2 Quoique mort d’un grand nombre de coups, les mouvemens convulfifs we
| ui
KuRLINu,
1608.
Commerce
ds Anglois
avec eux,
L'Amirn! dé
couvre une
Rivière dun
a Baye,
Sauvages qui
aiment l'ar-
gent,
Alligator,
cfpèce de cro-
LA
C
He
e Jeune CROCODILE dessine nengeeé & Londres
Jonge KROKODIL, nat Leeven afgetékend te Lonc
7: peser «Aer 2. «#ncornet, ou Scuttle FisA.
vévant & Londres au His d' Octobre 2739.
en afgetékend te Londen ,in de Maand Octob.7739.
RSS
2, 3. Za Seule «#rrele de d'.£ncornet toute transparente. .
le FisÀ . De cenige Graat van den Ancornet, gants doorschynend..
|
1
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l
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KEELING.
1608.
Sauvages cir-
concis.
Toile d'arai-
gnécs qui peut
gtre filée,
Qualités de
la Baye de
Saint Augu-
ftin,
Paffage dan-
HETCUX,
96 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
lui reftoient encore, étoient capables d'infpirer de la frayeur. 1] avoit feize
pieds de long, & fa gueule étoit fi large, qu'il ne parut point furprenant
qu'elle pût engloutir un homme. Keeling fit tranfporter ce monitre jufqu'a
fon Vaiffeau, pour en donner le fpeétacie à tous fes gens. On l'ouvrit. L'o-
deur qui s’en exhala parut fort agréable ; mais quoique la chair ne le fût pas
moins à la vüe, les plus hardis Matelots n'oférent en goûter.]
Le 24, Keeling fitremonter la Rivière à fes deux Bâtimens, pour faire leur
provifion d’eau. Les Sauvages , qui obfervoient fans doute tous fes mouvemens,
curent foin d'éloigner leurs troupeaux des lieux voifins; ce qui n'empêcha
point qu'il ne s'en préfentât quelques-uns avec des moutons & des chèvres,
Les Anglois trouverent leurs moutons d'un meilleur goût que ceux de la
Baye de Saldanna, quoique la figure en foit affez difforme; çar ils ont fur le
dos une mafle de chair comme les chameaux, avec la feule différence qu’elle
cit plus avancée vers le col. Dans la familiarité qui augmentoic de jour en
jour avec les Sauvages, on s'apperçut que leur Nation eft circoncife. Muis
Kecling n’ajoute rien qui puiffe expliquer une obférvation fi étrange. 1l en
fait une autre fur les araignées du Pays, qui fans avoir rien d'extraorlinaire
en elles-mêmes, font des toiles beaucoup plus luifantes.que les nôtres, &
d'un tiflu fi fort & fi moëllsux qu'il ne doute point qu'elles ne puiflent étre
filées comme la foye.
Le 25 il s'éleva du Nord-Oueft un orage fi violent, que le Vaiffeau de
Hawkins fut enlevé de deflus fes ancres, & perdit la plus groffe. Le dan-
ger étoit d'autant plus redoutable , que le rivage, dans la plus grande par-
tie de la Baye eft bordé d'une chaîne de rocs, entre lefquels & la terre,
on trouve continuellement deux braffes d’eau. Le poiflon y entre en abon-
dance ; & comme il cft facile d'y employer les filets, on en prenoit tous les
jours une quantité prodigieufe, Cette efpéce de digue eit auifi fort avanta-
gceufe pour les Chaloupes & les autres. petits Bâcimens, qui y demeurent fori
à couvert, tandis qu'on defcend au rivage. Mais rien n’eft fi dangereux pour
les grands Vaifilcaux qui font pouflés par le vent, ou qui s'approchent de la
terre fans précaution.
Ox quitta la Baye le 28. Malgré les fecours que la Flotte s’y étoit procu-
rés, Keeling regarde cette Rade comme un lieu où la nécefité feule doit fai-
re chercher des rafraîchiffemens. Outre que les Naturels ne veulent de com-
merce que pour de l'argent, & que les beftiaux n’y font point en fort grande
abondance, l’eau y ct trop profonde, le rivage dangereux , & le fond fi
dur qu’à la moindre agitation il coupe les cables.
Le 12 de Mars, vers le 15°. degré cinquante minutes de latitude, la fon:
de ne trouva point de fond à quatre-vingt-dix brafles, quoique deux heu-
res auparavant on l'eût trouvée à dix-fept & à feize braffes. Dans l'après mi-
di, on trouva depuis vingt-quatre jufqu’a dix-neuf. Enfuite, vers le foir,
on fut effrayé de fe voir fur neuf & huit braffes; lieu fort dangereux , fans
doute, fi l'on s’y trouvoit engagé pendant la nuit. Avec le fecours. d'un
vent frais, on gagna un peu vers le Nord, & l’on fe trouva le lendemain à
quinze degrés quarante-cinq minutes. Un calme incommode fit perdre l1
moitié du jour. Il fut füivi d'un vent impétueux, qui jetta les deux Vaif
feaux fi loin vers le Sud, qu'à l’entrée de la nuit, ils fe virent à trois
licuës de la terre, Le 14, on ne fe retrouva qu'à quinze degrés one
| eux
tour!
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Nuev
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e deux heu-
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fecours. d’un
lendemain à
fit perdre li
s deux Vai-
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és quarantc-
deux
INDES ORIENTALES, Liv. IIL Car. IV. 97
deux minutes; de forte qu'on étoit avancé de trois lieuës au Nord, tandis
que par les calculs on croyoit l'être au moins de quinze au Nord-Nord-Eft.
L'A/teur conclut que les courans font fort rapides, & portent au Sud plus
qu’au Sud-Oueft.
Le jour fuivant, il fut impoñlible de découvrir laterre, quoiqu'on fût cer-
tain de n'en être qu'à neuf ou dix lieuës. L’Amiral embarraflé de la force
des courans, cherchoit par quels moyens il pourroit s’en dégager. Ens’éloi-
gnant de la terre, il A US des dangers prefque inévitables vers l'Ifle de
Nueva. D'un autre côté, il ne fe croyoit point en füreté fi près des Côtes. Le
2
4
FA 17, fe trouvant à quatorze degrés cinquante-fept minutes de latitude , il ju-
‘1 gea par les calculs, que les courans étoient diminués. Entre plufieurs opi-
4 nions de fes gens fur ces viciflitudes, celle de fon Pilote fut toûjours qu'el-
4 les devoient étre attribuées aux différences de la Lune; & pour preuve dé-
4 cifive, il prétendoit avoir remarqué que la grande force des courans fe fai-
1 foit fentir quelques jours après & devant la pleine Lune. Mais l’Amiral de-
;. meura perfuadé que la fource de ces monvemens irréguliers, vient dela pro-
4 Hfonde Baye (i) qui eft entre le Cap Corientes & Mozambique, f[& débite
% là-deflus une Ha, dont le détail feroit peu convenable à cet Ouvrage.]
Cependant il en tire une conclufion que je dois rapporter, parce qu'il en
vante beaucoup l'utilité. C’eft que pour éviter les courans dans une courfe
telle que la fienne, il faut bien fe ga der de s'approcher de la terre avant
Xf°que d'avoir gagné la pointe de Mozambique, pau avance au loin dans la
À Mer, & depuis laquelle les côtes du côté du Nord courent Nord & Sud, &
4 du côté du Sud s'étendent Sud-Oueft quart à l'Oueft.] |
| (k) L'AurTeur fe tranfporte avec tant de viteffe dans fa courfe , qu'on n'a
pâ trouver que de l'obfcurité dans fes derniers récits, jufqu’à Deli/a ou Delifcha
Rade au Nord de Socotora, où il prit le parti d'attendre la MoufJon, pour en-
trer dans la Mer de l'inde. Là, fans rendre aucun compte de fa navigation
il raconte deux ou trois faits qu'il apprit des Mores. Depuis quelques an-
nées, dit-il , on avoit trouvé fur les Côtes de Mombañla, de Magadoxo
de Pata & de Brava, de prodigieufes maffes d'ambre gris, dont quelques-u-
nes pefoient jufqu’à vingt quintaux, & fi groffes enfin , qu’une feule pouvoit
cacher plufieurs hommes. Les Mores l’affurèrent qu'ayant fait plufieurs voya-
ges aux Ifles de Comore pour acheter des Eftlaves, ils avoient trouvé les
Fabitans de ces Ifles rufés & perfides ; que cinquante de leurs gens y avoient
été maffacrés par füurprife, & que la crainte du même fort leur avoit fait
tourner leur commerce vers d’autres lieux. Enfin ils dirent à Keeling qu’ils
; avoient v@ à Pemba huit Hollandois, qui y étoient depuis trois ou quatre
À; ans, & deux defquels avoient embrafé le Mahométifine.
: pe Jus des a du Sud commence ordinairement le premier de Mai,
C nt Jours. Les vents les plus impétueux fe déchaînent pendant les
mois de Juin & de Juillet. fs commencent à devenir moins violens le 10
d'Août; & ceux du Nord, qui viennent immédiatement après, & qui ame-
: nent
(Ci) Il prétend que les Courans qui par-
teht du Nord-Oucit de l'Ifle de Madagafcar
rencontrant le rivaze de Mozambique, font
repoufiés, & forcés à fuivre les Côtes juf
IL. Part. N
qu'au Cap Corientes. |
(k) La 3e. Scétion du 5e, Chap. de l'Origi-
nal commence ici. R. d. E
KEELING,
1608.
Embarras
caufés par les
courans,
Opinions fur
les courans
qui retardent
la llotte An-
gloife.
Rade de De-
lifr,
Etranges maf-
fes d'ambre
gris.
Tems de la
Mouffon du
Sud.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
98
Ke£lING. nent beaucoup de pluies, régnent enfüite crois ou quatre mois. C'eft dans ce
1608. tems qu'on.fait l'abes, qui n'eft que le jus du /émper vivens, qu'on fait con-
geler dans des peaux de bouc.
Le 23 de Mai, Keeling envoya fa Chaloupe au rivage, pour y faire payer
une grande quantité d’aloes, dont il avoit déja fait le prix. Ilen prit mille
huit cent trente-trois livres qu'il paya fidélement: ce qui n'empêcha point
le Chef des Mores de lui faire demander en emprunt cinq cens piéces de
huit, qu'il refufa de lui prêter: mais pour adoucir ce refus, il lui fit préfent
de néloues armes, d’une fort belle étoffe & d'un couteau. Enfüite il prit
encore cinq cens foixante-quinze livres d'aloes, qui lui coutèrent cent quin-
ze dollars.
IL apprit le 24 que les vents avoient commencé le dernier d'Avril, &
que tous les ans ils viennent plus tard d'onze jours (7); de forte que dans l'ef:
pace de trente-trois ans, leur commencement fe retrouve au même jour du
même mois; que comme la Mouffon de l'Oueft vient des vents du Sud, ce!-
le de l'Eft vient des vents du Nord; qu'il n’y a que deux Mouffons dans tou-
te l’année; que dans celle où fe trouvoit l’Auteur, la Moufon de l'Eît de.
voit commencer le 13 d'Oétobre, & durer jufqu'au mois d'Avril, pendant
lequel le tems eft ordinairement affez beau jufqu'a la Mouflon de Mai; que
le Neuruz, c’eft-à-dire, le nouvel an du Pays commence le premier jour de
la Moufon de l'Eft: qu'après le vingt-cinq de Septembre, on ne peut plus
naviguer de la Mer Rouge à l'Eft; que Chaul, Dabul, & Danda Rajipari,
font des Ports fûrs & commodes, & des Villes d’un commerce fort riche fur
la Côte de l'Inde; qu’à Saada, Ilbuk, Anzaame & Mutu, quatre des Iles Co-
mores, il fe trouve continuellement du ris en abondance , & que les Habi-
tans y font d’un caraétère plus humain que dans les autres Ifles ; mais qu’à
Fugherjifi & Malale , deux autres des mêmes fes, le riseft rare, & le Peu-
ple perfide; que dans l’une des deux dernières, un Vaiïfleau Anglois, dont
le Capitaine fe nommoit Lancafter , avoit été fort maltraité quinze ans au-
paravant.
KEELING apprit encore que le jour auquel on lui faifoit tous ces récits,
c'eft-à-dire, le 26 de Mai, étoit le deux cens vingt-quatriémé jour de l'an-
née du Pays; qu’il n’y a point de pluie fur la Côte d'Arabie jufqu’au dix-fep-
tiéme jour de cette Mouffon ; que le trois cens-cinquiéme jour de l’année du
Pays , étoit le meilleur pour faire voile de-là vers Surat, & que ce voyage
ne prenoïit que dix ou douze jours; que Burrum, Makella & Kaffan, font de
bons Ports pour les deux Mouflons, fur la Côte d'Arabie, mais de peu d’u-
tilité pour le commerce ; que Schael ou Schaer n’a ni Port, ni Rade, où l’on
puiffe fe retirer, mais qu’on y trouve du fer & du plomb; qu’on en fait ve-
nir par terre ces marchandifes à Kaffan, & que la diftance n’eft que d’une
journée de chemin; que pendant les deux Mouflons , la Mer eft extrême-
ment agitée fur la Côte d'Arabie, & que les courans fuivent le vent; qu'il
n'y a point de füreté contre la Mouffon de l’Oueft à l'entrée de Surate, par-
: ce
Fabrique de
Alocs.
Diverfes in-
tormations de
l'Amiral An-
glois.
(1) L'Auteur ne croit point ce fait: ce
prétendu retard ne pourroit-il point venir de ce
que les Mahon.écans coinptent par mois lunai-
res, ce qui fait queleur année différe de l'an-
née folaire.
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es récits,
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au dix-fep-
l’année du
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e peu d'u-
e, où l'on
en fait ve-
que d'une
extrême-
rent; qu'il
ate, par-
ce
ére de l'an-
INDES ORIENTALES, Cuar, IV. 99
ce que le fond eft fort mauvais pour l'ancrage, & que les marées y font fi
violentes , qu'elles font capables feules de renverfer les Vaiffeaux.
Liv, JII.
lent azile contre la Mouffon de l'Oucft; mais ce qui l'a fort étrange, c'eft
qu'à deux milles de-là , au Levant comme à l'Oueft, le vent foufle avec
tant de violence, qu'il a point de Vaiffeau qui s’y puifle arrêter. Onn'en
apporte point d'autre raifon que la diftance des hautes montagnes, & le lar-
ge intervalle de terres baffes qui font encr'elles & la Mer.
KEELING remit à la voile le 24 de Juin. Il apperçut le 23 de Juillet une
fe efcarpée dont il lui parut fort difficile d'approcher. [Cependant il en au-
roit cherché les moyens, dans les befoins preflans qu'il commençoit à fentir,]
s'il n’en eut apperçu deux autres au Nord, & une plus grande au Sud, à qua-
tre degrés deux minutes de latitude. [Il prit le parti de relâcher dans cel-
le-ci, ] après avoir obfervé qu'entre ces Ifles, qui ne font éloignées l'une de
l'autre que de dix lieuës, il y a un à di banc de fable qui rend le pañlage
fort dangereux , [ pour ceux qui fans le connoître pañlent-la de nuit. Il
l'évita en dirigeant fa courfe à deux lieuës de l'Ifle du milieu. 11 crut voir
un autre paflage entre cette Ifle & celle qui eftau Nord; mais à peineavoit-
AHil une lieuë de largeur. ] [ La Rade où fes deux Vaiffeaux entrèrent, eft aflez
fûre contre toutes fortes de vents ; mais le fond, qui n’eft que de petites pierres
de différente forme, eft dangereux pour les cables. La Flotte trouva de l'eau
& quelques mefures de ris, qui étoient fort éloignées de füffire pour fa pro-
vifion. L. année avoit été fi mauvaife, que loin de chercher à fe défaire de
leur ris & de leurs denrées, les I Tabitans s’efforçoient de les cacher.] Le 26,
étant prefqu’à la même diftance de Priaman & de Tekoa , à deux ou trois
licuës du rivage, on découvrit un banc de fable entre les deux Vaifleaux &
la Côte. En s'approchant au Nord-Eft par Eft de la Rade de Priaman , on
eut prefque toñjours quarante cinq braîles d’eau jufqu’a deux lieuës & demi
du rivage. À quatre licuës de la meme Rade, il y a une ifle au Nord-Eft;
& plus proche on en trouve trois autres, Sud-Sud-Eft & Nord-Nord-Oueft,
qui ne font éloignées entre elles que d’un mille.
La Flotte entra l'après-midi dans la Rade de Priaman, & falua la Ville
de cinq coups de canon. Aufli-tôt le Gouverneur envoya un chevreau à l'A-
miral, quipaya cette galanterie par un préfent de trois aunes de drap, d’une
piéce de calico bleu, d'un moufquet, Ë de deux épées. Il donna aufli une
piéce de calico bleu au Meffager, qui parloit fort bien la langue Portugaife.
Il arriva le même jour un Bâtiment d’Achin , dont le Capitaine eut avec Kee-
ling une longue converfation en Arabe; & les Anglois formèrent fur fes ré-
cits des efpérances fort avantageufes pour leur commerce.
KEELING ne tarda point à defcendre au rivage. S'étant fait conduire au
Palais du Gouverneur, il propofa de régler d’abord le prix du poivre. On lui
donna foixante Commiflaires, avec lefquels il eut de longues difcuffions avant
que de pouvoir s’accorder. La principale regardoit le poids des marchandi-
fes ; Keeling demandant qu’on lui laiffat la liberté de les faire pefer dans cha-
que lieu de l'Ifle, où l'occafion fe préfenteroit de les acheter, & les autres
voulant qu'elles fufient pefées dans la Ville. D'ailleurs ils en demandoient
un prix éxorbitant. Ce n'étoit pas moins que cinquante dollars pour chaque
bahar; tandis que le Capitaine d’Achin avoit confeillé aux Anglois de n’en
N 2 offrir
. La Rade de Delifcha, où Keeling étoit depuis fi long-tems, eft un excel-
KERLING,
1608.
Rade de De-
lifcha,
Kecling fe re-
met en Ier.
Arrivée de la
Flotte à Pria-
man.
Réglemens
de commerce
avec les Con:
miffaires In-
diens.
10 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Keerixe, Offrir que feize. Mais ils conçurent bien-tôt, que ce Capitaine qui étoit lui-
1608. même un Marchand, n'avoit penfé qu'à les tromper à fon avantage , parce
qu'il efpéroit enlever la plus grande partie du poivre, avant que les Anglois
uffent d'accord avec le Gouverneur, & les réduire enfuite à l'acheter de lui
au prix qu'il y voudroit mettre. Après quelques débats on convint de vingt-
deux dollars & demi par bahar, fans y comprendre le droit royal de fix pour
cent. Keeling fe vit comme forcé de payer deux autres droits, ou plutôt
deux éxaétions, dont il ne reconnoifloit point la juftice; l’un de cent foixan-
te dollars, & l'autre à peu près de la même fomme. Cette convention fut
couchée par écrit & fignée refpeëtivement par les Commiflares.
Prodution La Ville & le territoire de Priaman ne produifent pas chaque année plus
Ed dé de cinq cens bahars de poivre; mais en y joignant les produétions des Can-
cs tons voifins, tels que PafJaman, Tekoa, Puaroufe, & les montagnes qui font
au-deflus de la Ville, toute la quantité peut monter à deux-mille cinq-cens
bahars, qui fuffifent pour la cargaifon de deux Vaiffleaux. On les achete
à fort bon marché, quand on litre pendant toute l'année dans la Ville des
Facteurs qui fçachent faifir les occalions. Mais le tems de la moiflon eftau
mois d'Août & de Novembre; & fi l’on n’a pas pris des précautions avant
cette faifon, les Vaifleaux d'Achin & de Java ne manquent guères alors de
venir enlever tout ce qui fe trouve à vendre, Ceux de Guzarate font exclus D
de ce commerce par un ordre exprès du Roi d’Achin. Keeling conclut qu'un
Bâtiment peut toucher dans une année à Surate, où il achete des calicos & M
d'autres étoffes, pañler enfuite à Priaman pour y laifler des Faéteurs, & jet-
ter ainfi les fondemens d’un commerce fort avantageux pour l'année fuivante.
Difpoition Mais il ne voitpas, dit-il, comment un Vaiffeau pourroit coucher à Cambaye MM
d'un commer- & fe rendre aflez-tôt à Priaman dans la même année. D'ailleurs, fi l’on ne M
ce avanti-
'CUX. ps . .
- de fe procurer des lettres de permiffion du Roi d’Achin.
T'AND1s que la Flotte Angloife étoit tranquillement à l'ancre, il vint à M
bord un More qui parloit fort bien le Portugais, & qui demanda un entre-
Onoffrea tien fecret à l’Amiral. Après des préludes fort recherchés, il lui dit qu'il
Kecling de le étoit envoyé par la Veuve du dernier Gouverneur de Priaman , femme riche
RAD maitre & puiflante, qui offroit aux Anglois des fecours affürés pour fe rendre mai-
EURE tres de la Ville, à condition qu’elle demeureroit maîtrefle abfolue dela moi
tié de leur conquéte. Cette propofition ne féduifit point l’Amiral. Il ne
s’étoit pas propofé de prendre des Villes aux Indes; & connoiffant d’ailleurs
les artifices des Mores, il ne douta point qu'une offre de cette nature ne fit
le voile de quelque perfidie. Sa réponfe fut un refus fans exception. [ Ceper-4ll
dant il lui refta quelque curiofité de voir la Dame Indienne, autant peut-être
pour vérifier le difcours du More, que pour connoître une femme d’un ca:
Caradtèrefin- ractère fi hardi. Il propofa au More de lui ménager cette faveur. Les me-
sulier d'une fures furent prifes pour la nuit fuivante; car malgré la liberté que les Ver
ue ee ves Indiennes ont de difpofer d’elles-mêmes, Keeling ne vouloit pas rifquer
quel'Amirad defaire naître des foupsons par fa vifite, Le More fut fidéle à le venir pren:
lui rend. dre dans une petite barque, au commencericat de l’obfcurité. Il n’étoit con
duit que par deux Matelots, & l'Amiral ne fe fit accompagner aufi que de
deux de fes gens. Ils abordérent au rivage avec beaucoup de précautions.
Ils traverférent de même une partie de la Ville, jufqu’à la maifon de l'ancien- Ps
: n
veut rien donner au hazard, il eft à-propos, pour la füreté du commerce, LM
ee. 10
‘fion qu
ne Go
aiféme
recom:
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1e dela moi-
niral. Il ne
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nature ne fût
n. { Cepen-4
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me d’un ca: !
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pas rifqueï M
> venir pren: fs
| n'étoit con-
aufi que dé M
précautions. be
de l’ancien: MS
ne &
Car, IV.
INDES ORIENTALES, Liv. 111, 1ot
ne Gouvernante, qui donnoit du côté des montagnes. Keeling s'apperçut
aifément qu'il étoit attendu, & qu'on obfervoit le myftère ,. comme il l'avoit
recommandé au More. Il fut introduit par un feul Efclave, dans un appar-
tement dont il nous a dérobé la defcription; mais il le repréfente en gé-
néral fort riche & fort pus Il y trouva la Dame Indienne , qui étoit feule
à l'attendre. Le More demeura pour fervir d’interpréte. A juger de l'age par
les traits, Keeling s'imagina que cette femme n'avoic pas moins de quarante
ans. Cependant elle avoit encore de la fraïcheur & du la beauté, Ses pre-
miers difcours tombérent fur le projet de fon ambition ; car le More perfua-
dé que le refus de l'Amiral n’étoit venu que de fes défiances, l'avoit entre-
tenue dans les mêmes idées, & l'avoit même affürée qu'une vifite noélurne
ne pouvoit s'expliquer autrement. Auñi parut-il fort étonné d'entendre tenir
à Keeling le même langage que fur le Vaiffeau; & par les raifons qu'il ap-
porta pour le faire changer de fentiment , il lui donna lieu de juger que c'é-
toit lui-même qui avoit infpiré à la Gouvernante le projet dont elle s'étoit
remplie.
2AMIRAL fe défendit par des objeétions fi fortes, qu'on ne put le foupçon-
ner de mauvaife-foi. Il offrit d'ailleurs de fi bonne grace fon bien & fes fer-
vices, que la Gouvernante prenant du goût pour fa perfonne , lui fit fervir
ce que le Pays a de plus délicieux. Une partie de la nuit fe pañla dans cette
fête; & loriqu'il parut penfer à fon retour, il fut preflé de demeurer quel-
ques jours dans un lieu où fa préfence étoit agréable. Il s'en excua par la
néceflité de paroître le lendemain aux yeux de fes gens; mais il promit vo-
lontiers de renouveller quelquefois fa vifite. Comme les Marchands Anglois
s’arrécent peu à la defcription de leurs plaifirs, il ne nous apprend point fice
commerce tourna en galanterie; mais ayant continué de voir la Gouvernante
avec les mêmes précautions, il fçut d'elle les moyens qu'elle avoit eu def-
fein d'employer pour lui affürer la conquête de Priaman. Elle étoit proche
parente de la Maifon Royale d’Achin ; & dans la guerre que les deux Prin-
ces , fils du vieux Roi, s'étoient déclarés mutuellement pour la fucceffion de
leur père, elle avoit embraffé avec fon mari, les intérêts de l'aîné, qui a-
voit enfin remporté l'avantage. Ce fervice étoit demeuré non-feulement fans
récompenfe, mais fi peu confidéré, qu'après la mort de fon mari elle n’avoit
pà obtenir le Gouvernement de Priaman pour un Seigneur de la Cour qu'el-
le s’étoit propofé d’époufer à cette condition. Elle avoit amafñé de grands
biens, & fon crédit parmi les Habitans l'emportoit encore fur celui du nou-
veau Gouverneur. Elle ne doutoit pas que les plus puiffans n’entraffent tout d’un
coup dans fa vengeance , d'autant plus que fon mari avoit eu befoin de beau-
coup d’adreffe & d'efforts pour les attacher au parti du jeune Roi, & que
leur panchant s'étoit toûjours déclaré pour le Prince fon frère. Eneffet,on
a vû dans une autre Relat.on que l'aîné s’étoit rendu odieux par fa cruauté.
La Gouvernante comptoit qu'il ne lui feroit pas moins facile de gagner les
petits par fes libéralités; & le fecours qu’elle vouloit obtenir des Anglois en
leur cédant une partie de la Ville, étoit moins pour s’en mettre en poffef-
‘fion que pour s’y foûtenir enfüuite contre le Roi d’Achin. Elle fe promet-
toit auffi que le frère de ce Prince , quoiqu’alors chaffé de fon partage &
banni de l'Ile de Sumatra , reparoîtroit au premier bruit de fon entreprife,
& viendroit fe joindre à elle pour faire revivre fes droits. Enfin ce grand
N 3 projet,
K£&LINU,
1608.
Irefufe d'en-
trer dans les
vûcs qu'on lui
propole,
Moyens
qu'on veut
employer pour
lui livrer Pria-
man,
est tnuo.
.1608,.
Emburras
où tombe l'A:
mirul auglois,
Pénétration
des Mores
dans leurs ar-
tiices.
Dangers en-
tre Sumatra &
Java.
je de Sel,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
projet, dont elle paroiffoit craindre peu de devenir la viétime , l'occupoit
li vivement qu'elle y ramenoit fans ceie l'Amiral, jufqu'à lui offrir à la fin
de fe foûmettre entièrement aux Anglois. Il fut obligé, pour fe délivrer de
fes inftances, de lui promettre fon fecours, s'il trouvoit à Bantam quelques
Anglois qui vouluffent l'écouter , & fe joindre à lui pour augmenter fes
forces. Cette promeffe la fatisfit, mais elle fouhaita que le More fit le vo.
yage de Bantam avec la Flotte Angloife, dans la feule vûe de faire fouve.
nir Kecling de fon engagement. Il lui auroit été difficile de trouver un
prétéxte pour s’en défendre, fi de juftes frayeurs ne l'euffent fauvé de cet
embarras. Quelque foin qu'il eut apporté à cacher fon commerce avec la
Dame Indienne , il fut obfervé par les Efpions du Gouverneur. Cette femme
s'étoit rendue fufpeéte par des plaintes & par d'autres marques de mécon-
tentement. Le Gouverneur, qui fe regardoit comme le principal objet de , fa
haine, prit de mauvaifes impreflions de ce commerce noéturne. Iltémoigna
fes allarmes à l'Amiral, en lui faifant un portrait défavantageux de l'ancien-
ne Gouvernante. Il le menaça même d'en informer le Roi, dont il ne ré-
pondoit pas que le reffentiment ne retombät fur tous les Vaifleaux qui pa-
ruicroient dans fes Ports.
K£&ELING ne balança point à faire entendre que la galanterie avoit eu plus
de part à fes vifites que la politique. Mais, fans fe payer de cette réponfe,
le Gouverneur qui avoit fait arreter fon Guide, le fit amener fur lechamp,
dans l'efpérance que ce malheureux confefferoit ce qu'il pouvoit s’imaginer
que l’Amiral avoit déja déclaré. Keeling, qui comprit le deffein du Gou-
verneur, commençoit à reflentir des inquiétudes férieufes, & fe reprochoit
amèrement fon imprudence. Mais le More, accoutumé à l'artifice, entrevit
tout-d'un-coup, à fon embarras, qu'il ne lui étoitrien échappé. Ilfe vanta du
moins de cette pénétration lorfqu'il fut délivré du péril. Toutes les menaces
du Gouverneur n'ayant pû l'ébranler, Keeling prit à fon tour le ton du re-
proche pour faire honte au Gouverneur de fes foupçons, & l’accufer même
d'avoir violé par fon emportement un article de la capitulation.]
CEPENDANT il jugea qu'ayant fini fa cargaifon, rien ne devoit l'arrêter
plus long-tems dans la Rade. Il en partit le 18 de Septembre , après y a-
voir paflé près de deux mois. Le lendemain à midi, fe trouvant à dix licuës
Oueft-Nord-Oueft, de la pointe qui eft au Sud de Priaman, il porta vers
l’'Eft d'Jlha de Triflezza. Le 20, à la pointe du jour il tomba à l'extrémité
de cette Ifle, & ne put l’éviter qu’en prenant à l'Eft-Sud-Eft. Il vit les
jours fuivans, plufieurs petites tes, qui font aux environs de Sumatra ; &
plus loin à l’Oueft une autre Ifle beaucoup plus grande. 1] remarque qu’on
ne peut naviguer avec trop de précautions fur cette Côte, parce que la plû.
part de ces iles ne font point marquées fur les Cartes.
Le 1 d'Oétobre, à 5 dégrés 30 minutes de latitude, en continuant fa navi-
gation au long de la terre, quoiqu'à dix ou douze lieuës de la Côte, iltrou-
va que fon Vaifleau avançoit plus vîte vers le Sud qu'il ne l’auroit dû fuivant
fes Calculs. Le jour fuivant, il découvrit une Ifle , qu'il prit d’abord pour
J'Ifle de Sel, mais ce n'étoit qu’un roc de figure ronde , que les Cartes ne
font point obferver. Quoique la Flotte fe crût peu avancée , on fe trou-
voit à midi, au 5° degré 55 minutes du Sud. Le 3 on apperçut à décou-
vert l'Ifle de Sel, qui n'étoit éloignée que de quatre ou cinq lieuës. Sa fi-
tuation
102
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INDES ORIENTALES, Lauv, LL Car. IV.
103
tuation cit à 6 degrés 6 minutes, C'eft la plus haute & la plus ronde de tou-
tes les Ifles qui font à l'entrée des Détroits de la Sonde. Sa diftance jufqu'à
la plus proche partie de l'Ile de Sumatra , n'eft que de treize ou quatorze
lieuës, Le 4 au matin, on n'étoit plus qu'à cinq ou fix licuës de la pointe
ui ferme la Baye de Bantam. On découvre de ce lieu deux Rocs couverts
Fabres , l'un au Nord, & l'autre au Sud, entre lefquels la Flotte pafla fans
[Le Pilote de l'Amiral , ayant déjà fait cette dangereufe
route, fe fiuic beaucoup moins aux Cartes qu'à fon expérience.]
ON entra le $ dans A Rade de Bantam. Il s’y trouvoit à l'ancre fix Vaif-
feaux Hollandois, dont deux «voient leur cargaifon prefqu'entière de giro-
le, & deux travailloient à fe charger de poivre; mais l'Amiral ne put fe dé-
fendre d'une vive douleur, en apprenant des Faéteurs Anglois qui vinrent au
devant de lui, qu'il ne reftoit dans leur Comptoir que treize perfonnes vi-
vantes. Il y trouva une Lettre de Middleton, Capitaine du pe er ui fut
pour lui un fujet de confolation dans ce défaftre. (Cependant plus il prit d'in-
formations fur l’état du Comptoir, plus il reconnut de véritables fujets de
s'afliger. Les Anglois s'étoient vûs depuis plufeurs mois dans l'efclavage ,
non-feulement des Hollandois, qui n’avoient ceffé de les infulter que par
dedain pour leur foibleffe ; mais des Chinois mêmes , qui fous prétexte de
zèle pour leur fervice, s'étoient rendus comme les Arbitres de toutes leurs
afaires. Uniete & Tegin, deux domeftiques Chinois du Comptoir, avoient
pris tant d’afcendant fur leurs Maîtres, qu'ils leur avoient perfuadé de pren-
dre autant de Chinois chez eux qu'il leur étoit mort d'Anglois ; & par de-
grés, ils étoient devenus plus forts que ceux dont il n'étoient que les Efcla-
ves. En vain Herne & Saris, les deux principaux Faéteurs, avoient entrepris
de fecouër le joug. On avoit été plufieurs fois au moment d'en venir aux
mains; & lorfque les Anglois avoient porté leurs plaintes à la Cour, ils y
avoient trouvé contre eux de fâcheufes préventions, que les plus fortes apo-
logies n’avoient pû leur faire furmonter, Dans cet intervalle la plus grande
partie de leur commerce s’étoit fait au nom & par les mains des Chinois. Les
plus riches Marchands de cette Nation, qui avoient marqué tant d'attache-
ment pour le Comptoir fous le gouvernement de Scot, voyoient cette tyran-
nie fans s’y oppofer ; & les Javans, toûjours lâches & malins, s’en faibient
un fujet de joie.
KEELING, pour remédier à tous ces défordres, voulut commencer par
à délivrer le Comptoir de cette multitude de Chinois ; mais il fut arrêté par deux
Æ raifons qui les lui fit trouver moins coupables. Uniete & Tegin, en confef-
fant qu’ils avoient quelquefois abufé de l'indulgence de leurs Maîtres, lui fi-
rent connoître par des témoignages certains, que fans ces mêmes Chinois
que Herne & Saris accufoient, le Comptoir auroit été pillé plufieurs fois par
ls Javans. D'ailleurs ils foûtinrent que la fource du mal venoit beaucoup
moins d'eux que des Anglois, qui s'étant fait un amufement de féduire ou
d'enlever les femmes de plufieurs pauvres Chinois, s’étoient mis dans la né-
ceffité, pour appaifer les Maris, de leur ouvrir l'entrée du Comptoir, où
ils s'étoient établis par degrés. La preuve en étoit claire, puifque les fem-
mes Continuoient encore leur commerce avec les Anglois. Herne & Saris mê-
mes n'étoient point à couvert du reproche; & s’ils avoient porté leurs plain:
c'étoit parce que l’âge commençoit à réfroidir le. premier
pour
KrtLiNo,
1608,
Kecliig arrt-
ve à Hantam,
Déplorable
état du Corp
toir Anglois,
Défordre des
Anglois du
Coinptoir.
K£2ELINO,
1608,
L'Amiral y
remcdie avec
douceur,
Réconcilia-
tion des An-
glois & dus
Hollandois
de Bantan,
Confpiration
les Javans
pour brüier
leurs Flottes.
VOYAGES DES ANGLOIS
AUX
pour les plaifirs, & que l'autre étoit pr de fe voir abandonné , depuis peu,
104
par une femme dont l'affeétion s'étoit déclarée pour un autre. Les deux De.
meftiques en appellèrent au témoignage de tous les autres Anglois, fans en
excepter Savage, qui étoit le plus confidéré après Ilerne & Saris. ”
L'AminaL comprit que la juftice demande Lg mg un frein comme a
colère, Il fe fit conduire dans les divers logemens du Comptoir, où il n'a
voit point encore pénécré, I] les trouva peuplés de femmes, dont la plu
agréable, dit-il, auroit paru l'ort dégoûrante en Europe, La plûpart des An
glois lui firent l'aveu des liaifons qu'ils avoient avec ces miférables Créau.
res.
préfens.
fordres que la mauvaife conduite des Anglois avoit comme autorifés. Unie
te & Tegin ne furent point exceptés du baniffement; mais il leur paya fide
lement leurs gages; & loin d'approfondir trop rigoureufement l'abus qu'is
avoient fait de leur fituation, il joignit à ce qui leur étoit dû une honne:. MA
récompenfe pour leurs fervices. Cette conduite lui fit beaucoup d'honneur ; Rs
la Cour de Bantam, & dans les deux Nations Chinoife & Javane. Le ple: Ba
pouvoir qu'il avoit de la Compagnie de Londres, & les forces dont il croi: BA
accompagné pour faire éxécuter fes ordres, mirent tous les Anglois du Com. Es
toir dans la néceflité d'obéir. Il ne réuflit pas moins dans fes procédés avi: BE
les ‘lollandois. Loin de leur faire un reproshe du pañlé, il feignic de l'. Rs
gnorer, Yacques l'Hermite, qui commandoit ieur Flotte écoit un homme mo.
déré., Ille prévint par une vifite de civilité & d'amitié. La bonne intl: La
gence fat d'autant plus facile à rétablir entre les deux Nations que l'Herm:
te après en avoir jetté le fondement par fes promefles, reçut un ordre 18
le mit en état de É éxécuter, Un Bätiment arrivé de Hollande le 15 de No Ba
vembre, lui apporta la Commiflion de premier Direéteur du Comptoir , ou,
comme les Hollandois commençoient déja à s'en donner le titre, celle c:B
Gouverneur de Bantam. Il arriva heureufement que le jour même de fon in:
tallation,] Uniete & Tegin, foic pour juftifier leur ancienne conduite , fo.
par reconnoiffance pour la générolité de l'Amiral, vinrent lui découvrir 1: RM
horrible complot de quelques Javans, pour brûler les Vaifleaux Européen: Bu
qui étoient dans le Port. Cette entreprife paroïfloit aifée depuis que les AB
glois s'étant reconciliés avec les Hollandois, les deux flottes s’étoient rapproB
chées , & pafñloient prefque toutes les nuits en fêtes & enréjouiflances. Ke: Bi
ling fe fit un nouveau mérite auprès des Hollandois d'un avis fi important
[Leur Flotte étoit fort riche. On prit la réfolution, fans faire éclater les l: M
mières qu'on avoit reçues, d'attendre avec de juftes précautions que ls Ba
Javans fe préfentaffent pour éxécuter leur deffein. Kecling & l'Hermite pif
férent toutes les nuits fur les deux Flottes. Enfin le 19, à dix heures du for,
quelques Efpions qui fafoient la garde fur le rivage, virent plufieurs Bar
ques Javanes qui fe rafflembloient, & comptèrent jufqu'à trente-fept Inceï La
diaires, dont les mouvemens & les préparatifs déclaroient afez leurs inter Bi
tions. Les deux Amiraux furent avertis. S’étant munis contre toutes foris M
de craintes, ils mirent environ cent hommes bien armés dans huit Chaloi BN
pes, avec ordre de laiffer avancer les Javans, pour leur couper la retrait Ba
entre le rivage & les Flottes. Mais la nuit n'etoit pas fi obfcure, qu'ils
vifent blanchir la Mer fous les rames. Cette découverte les fit avanceravt
ras 534
ut CENTS
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Iles chaffa fans dureté, & fa douceur alla jufqu'à leur faire quelqu: M
Il banit de même tous les Chinois, fans leur faire un crime desde
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“dois. [ Keeling répondit qu'i
INDES ORIENTALES, Lav, II, Car, IV. 105
rant de défiance, qu'ils découvrirent le péril où ils alloient fe précipiter,
Ils recournèrent brufquement au rivage, fans que les Chaloupes en puflent
arrécer un feul, Cependant comme celles les pourfüuivirent avec beaucoup de
diligence, & qu'en arrivant à terre, ils ne penfèrent qu'à prendre la fuice,
on trouva dans leurs barques toutes les machines à feu qu'ils avoient eu l'ef-
pérance d'employer, Le fruit que les deux Flotes tirérent de cette avantu-
re, fut d'apprendre aux Javans, qu'on étoit coüjours en garde contre leur
haine, |
Ke&gLinc s'étoit d'abord propofé de retourner direétement de Bantam
en Anglecerre; mais enfuite, 1l avoit changé de réfolution, pour faire conttrui-
re une Pinafle qui étoit déja prefqu'achevée, Il affembla les Faéteurs Anglois
au Compuoir, & leur communiquant fes vûes, il nomma Brown & Sidal pour
faire le voyage de Banda avec la Chaloupe, Ÿean Herne, Yean Saris, & Ri-
Æ chard Savage, obtinrent d'être laiffés à Bantam, [par la bonté extraordinai-
re de l'Amiral, à qui ils perfuadèrent qu'il ne pouvait leur ôter leur emploi
fans les déshonorer.] y Mer il ordonna qu'auili-tôt que la Pinafle feroit
revenue de Banda, Saris la prendroit pour fe rendre à Sequedana, dans l'Ile
de Borneo. Pendant qu'il tenoit ce confeil, il reçut la vifite de l'Ambafla-
deur de Siam à la Cour de Bantam , qui venoit lui propofer diverfes ouver-
tures de commerce. Ilaflüra les Anglois qu'ils pouvoient vendre en deux jours
mille piéces de drap rouge dans fon Pays; & que le même débit fe foûtien-
droit tous les ans, parce que les Siamois aiment à parer leurs élephans &
leurs chevaux de cette couleur; qu'il fe trouvoit de l'or en abondance dans
les Etats du Roi de Siam; que les pierres précieufes y étoienc fort commu-
nes & à bon marché; enfin que fon Roi defiroit ardemment de faire Allian-
ce avec un Prince autli puiflant que le Roi d'Angleterre, dont il avoit ap-
pris que la réputation & la per furpañoient beaucoup celles des Hollan-
n'avoit point aétucllement la quantité de draps
rouges qui convenoit aux befoins des Siamois; mais que lui-méme, ou tout
autre Amiral qui viendroit dans la fuite avec une nouvelle l'lotte, ne man-
queroit pas de répondre par fes fervices aux bontés du Roi de Siam. Cette
préférence que l'Ambafladeur avoit donnée au commerce d'Angleterre, jet-
ta de nouvelles femences de jaloufie dans l'efprit des a
Le 28, après avoir réglé toutes les affaires du Comptoir, Keeling prit
congé de la Cour de Bantam, & réfolut de demeurer à bord en attendant que
toute fa cargaifon fût achevée. LIT n'explique point les raifons qui lui firent
prendre ce parti; mais il y a beaucoup d'apparence que ce fur pour éviter les
Er e qui commençoient à renaître dans la Ville entre les Macelots des
eux Nations. Un jeune Hollandois vint le fupplier avec les plus vives inftan-
ces de lui accorder le paflage en Europe, & fe plaignit beaucoup de la du-
reté de fon père qui le retenoit malgré lui dans un Pays (m) qu'il déteftoit.
Keeling , fans rejetter fa prière, lui demanda la liberté d'en parler feulement
au Chef du Comptoir de Hollande, en lui repréfentant qu'il ne pouvoit fe
difpenfer de cette conduite, fans donner quelque atteinte à l'amitié qu'il ve-
noit de rétablir entre les deux Nations. Mais cette difficulté fit verfer beau-
coup
Cm) I y a quelque apparence que c'étoit le
méme jeune-homme donc Scot parle dans fa
IL. Part.
Relation, KR, d, T,
KeuLine,
160%,
Les Javan
mar] unE
leur çoti UA
fe,
I reçoit [a
vifite u Li
Ambaflidour
de Sim,
nloufie des
il
ollandois,
Keeling de.
meure à bord,
pour Cviter!es
querelles,
KuszLine,
1608.
Députation
du Roi à l'A:
miral Anglois.
Perte que les
Portugais font
effuyer aux
Anglois,
Les deux
Vaiffeaux An-
glois fe fépa-
rent.
1609.
L'Amiral
part pourBan-
da
196 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
coup de larmes au jeune Sappliant, comme s'il eut jugé qu'il n'avoic rien à
fe promettre par cette voie, ere il confencie à l'explication 2 l'A:
miral defiroit avec le Chef du ptoir, Mais elle n'aboutit qu'à le faire ref:
ferrer fi étroitement , qu'il ne parut plus avant le départ de la Flore. ]
Le 2: de Décembre, les Sentinelles de la Flotte virent approcher le foir à
la lumière de plufieurs flambeaux , une Barque dont ils ne reconnurent
tout-d'un-coup les Conduéteurs. Mais lorfqu'ils penfoient à donner l'allar-
me, ils diftinguérent les principaux l'aéteurs du Comptoir Anglois, accompa-
gnés d'un Officier de la Cour de Bantam , ou plutôs lui fervant de corcège
pour l'éxécution des ordres du Roi, Ce Prince envayoie à l'Amiral une Let-
tre pour le Roi d'Angleterre, avec deux Picols de Canton pour préfent. ge
paroît que cette démarche de la Cour avoit été retardée par quelques obfta-
cles que l'adreffe des Faéteurs avoit furmontée; & que la même raifon avoit
fait fufpendre fon départ à l'Amiral; car dès le jour fuivant, l'ordre fut don-
né pour mettre inceffamment à la voile] Le 12, en fortant des Détroits, on
rencontra la Pinaffe (n), qui étant malheureufement combée entre les mains
des Portugais, avoit perdu non-feulement la meilleure partie de fa cargaifon,
mais encore dix-huit de fes hommes qui avoient été faits prifonniers. Il re
lui reftoit que fix Matelots fort âgés, & le Faéteur Tiflering, que fa vieil.
leffe avoit fait regarder auffi comme une prife fort vile. La perte des mar-
chandifes montoit à neuf mille dollars. Cette difgrace fit prendre aux An-
glois le parti de retourner à Bantam, autant pour foûtenir leur honneur, en
méditant fur les moyens de fe venger, que pour éviter la rencontre des Por-
tugais, qui ne pouvoient être fort éloignés. Cependant à peine furent-ils ren-
trés dans la Rade, qu'ils furent encore obligés de changer de réfolution, à
l'arrivée d'un Vaiffeau Hollandois, a A la nouvelle de la paix entre
C,
Ja France, l'Efpagne & la Holland ui étoit venu pour avertir lest#
Hollandois d'abandonner leur entreprife fur Malaca.] [Ils jugèrent qu'étantk
déformais les feuls Ennemis de l'Efpagne, il n'y auroit point de füreté , avec
fi peu de forces, à chercher querelle aux Portugais.] L'Amiral réfolut au
contraire de mettre fur l'un de fes deux Vaifleaux tout ce qu'il avoit raffem-
blé de plus précieux dans fon Voyage, & de le renvoyer direétemenc en
Angleterre, Il choifit pour cela le Dragon, qui étoit le plus confidérable, &
pafla fur l'Heétor , il confia la conduite du Dragon, & les principales efpé-
rances de la Compagnie, au Capitaine Towtfon, qui partit le dernier jour
de Décembre.
(o) L'AmtRaL leva l'ancre aufli dès le jour fuivant, [dans le deffein de
réparer le malheur de la Pinaffe, en faifant lui-même le oyage de Banda.)
Le vent devint fi contraire au moment qu'il fortoit de la Rade, que pour
éviter la néceflité d'y rentrer, il porta entre l'Ifle de Java & celles de Ton-
da, qui n'en font qu'à cinq lieuës, s’expofant ainfi à tous les dangers qui le
menaçoient dans les détroits de T'anara & de Laski. Cependant, ou le fe-4
cours d'un Pilote Javan, qu’il avoit engagé à le fervir par une groffe récom-
penfe,] il parvint FL nt à la pointe Oueft de Jacatra; & fe déga-
geant, avec le même bonheur, d’un banc de fable qui eft à cette net
(n) Angl. on rencontra le Heétor. R. dE. riginal commenceici, R. d, E.
Co) La 4e, Se&tion du 5e Chapitre de l'O-
roit rien à
| 2 l'A:
c faire ref:
tte. |
er le foir à
nurent
ner l'allar-
accompa-
le cortège
} une Let-
réfent. fie
ques obfta-
aifon avoit
re fut don-
étroits , on
: les mains
cargaifon ,
rs. llre
ie fa vicil-
e des mar-
: aux Àn-
nneur, en
re des Por-
ent-ils ren-
olution, à
paix entre
avertir lest
t'qu'étanth EM
reté, avec
réfolut au
it raflem-
ement en
érable, &
pales cfpé-
rnier jour
deffein de É
le Banda. |
que pour
s de T'on-
rers qui le
avec le fe-# 4
fTe récom-
fe déga-
res
INDES ORIENTALES, Liv, IL Cup, IV, 107
il jetta l'ancre le 8 devant la Ville même de Jacatrn, Depuis fon départ de
Bantam , il n'avoie pas compté moins de trente où quarante [fles,
&Æ [A peine avoit-il eu le cems d'écre apperçu de la Ville, qu'il vie fortir du
Port une Barque fort ornée, qui s'approcha de fon Vaiffeau fans précaution,
Elle portoic le Scha Bandar, accompagné de plufieurs Indiens, fans armes,
qui paroifloient fes domeftiques. Les Anglois ne pouvant douter à fon cor-
tège que ce ne fie un Officier de confidération, fe hâcérent de le prévenir
ar leurs civilités, L'Amiral fe préfenta pour le recevoir à bord, 11 apprit
e lui-même fon rang & les ordres dont il étoit cg Le Roi jugeant qu'un
Vaiffeau Européen qui jettoit l'ancre fi proche de fon Port, ne fe propofoic
as d'y entrer , avoit député aufli-côt un de fes principaux Ofliciers pour en
aire un reproche honnête à l'Amiral, & le prier du moins de lui faire pré-
fent de quelques livres de poudre & d'un paquet de méche, Keeling fenlible
à cette politeffe Indienne, fit mectre dans la Barque du Scha Bandar trente
Æ livres de poudre avec un rouleau de méche. ([Enfuice lui ayant offert quel-
ques rafraîchiffemens, qu'il fe défendit d'accepter, il lui témoigna que dans
la confiance qu'il avoit à la générofité du Roi, il fouhaitoit beaucoup que ce
Prince lui accordât la permiflion d'entrer dans fa Ville, Le Scha Bandar
parut charmé de cette propolition, & loin de demander du tems pour la faire
agréer au Roi, il protelta que rien ne pouvoit lui caufer plus de plaifir, 1l
ejoûts que depuis l'occafion que ce Prince avoit eue de voir les Anglois à Ban-
"y étoit rendu pour la cérémonie de la Circoncifion, il avoit
u'aucun de leurs Vaiffeaux ne fe fût encore arrêté dans
fes Ports ; que fi le Pays de Jacatra portoit peu de poivre & d'autres richef-
fes, il ne manquoit point de provifions, & fur-tout de ris & d'animaux fort
curieux. Kecling trouva plus de franchife dans l'air & le compliment du Scha
Bandar, qu'il n'en avoit remarqué à la Cour de Bantam. Il fe fouvint d'a-
voir entendu parler avantageufement du Roi aux anciens Faéteurs du Com-
toir. Enfin, ne confüultant que fa pue droiture , il ne crut pas devoir
ouhaiter plus de füreté que le Scha Bandar n'en avoit éxigé.
IL fe mit dans fa Chaloupe avec huit de fes gens & fix rameurs; &quoi-
qu'il eût donné ordre à fon Vaiffeau d'entrer dans le Port à fa fuite , il fit
valoir au Seigneur Indien la confiance qu'il marquoit pour fon Prince & pour
fa Nation. vûe d'une Chaloupe étrangère , qui arrivoit avec le Scha
Bawdar , attira un grand nombre d'Habitans fur le rivage. Kecling n’en pa-
rut pas moins tranquille & moins ferme. 11 fut conduit à la Cour par le Scha
Bandar, Cette vifire imprévûe caufa tant de fatisfaétion au Roi, que n'en
tam, lorfqu'il s
toljours regrett
ouvant déguifer l'excès, il combla l’Amiral de préfens & de carefles. Il
e preffé& de laiffer à Jacatra, comme à Bantam , quelques Anglois pour l'en-
tretien de l'amitié & du Commerce. Keeling, fans le refufer , s'excufa fur
le petit nombre de fes gens, & fur les néceflités d'un Voyage dont il igno-
roit encore la durée ; mais il promit qu’à l'arrivée de la première Flotte,
les Anglois ne manqueroient pas de répondre à des offres fi obligeantes. ]
Entre les Indiens qui furent employés à le fervir, il diftingua un jeune Por-
tugais, qui trouva le moyen d'implorer fecrétement fa générofité. Ilapprit
de lui en peu de mots qu'ayant été vendu au Roi par les Hollandois, il avoit
fans ceffe à fe défendre contre les Prêtres du Pays , qui s’efforçoient de lui
faire abandonner le Chriftianifime. ir qualité d'homme de mer n’empêchoit
2 pas
KanLino,
1609,
Il moulll de
va Jacai a.
Le Roi lui
fai demander
de la poudre,
Civilités de
Scha Bandar,
Keeling def.
cend à Jacatra,
Kecling déli-
vre un Portu-
ais de la per-
écution des
Prêtres.
1068 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
KeetING. pas Kecling de refpeéter la Religion. Il employa tout le crédit qu’il avoit frage
1609. auprès du Roi, pour délivrer un Chrétien de la perfécution, & malgré la fignes
réfiftance des Prêtres, il obcint la liberté du Portugais pour la fomme dequa- D Gier,
rante-cinq dollars. condi
e de La Ville de Jacatra cft fituéc au pied de plufeurs Montagnes, quiparoif. D on L
fent défertes & ftériles. [Elle ne contient pas plus de douze cens maifons ;iK LM lui-ml
mais les Jardins, dont la plûpart des édifices fontenvironnés, donnentbeau- lh de K
coup d'étendue à la perfpeétive, & font trouver la Ville beaucoupplusgran- À les je
de qu'elle n’eft effectivement. A l'exception de quelques Seigneurs , qui M avec
font en poflefion de toutes les richeffes du Pays, les Habitans font fort pau- D Inter!
vres, [ls vivent, comme la plûpart des Indiens, de ris, de racines & de PME ifir
poiffon. Leur Commerce fe borne à Bantam, où ils portent tous les ans D Sumat
quelques bahars de poivre, & prefque toutes les femaines une certainequan- MM ;6che
tité de ris & d’autres provifions.] Kecling partit le 12 (p), après avoir re- Æ dix-ne
Te abimée. nouvellé au Roi la promeffe de former une liaifon plus étroite avec lui. A BE js av
deux lieuës de la Pointe Orientale de Jacatra, Nord-Oueft , il décou- ME trois
vrit, à fleur d’eau, une Ile abîmé, fur laquelle il refteencoreun grandnom- M jeur fr
bre d'arbres. C'eft ce rufte de terre, & cette Pointe Orientale, qui for- EM fuftent
ment la Baye. Le 14, à midi, après avoir fait environ trente lieuës, on M avoit
tomba fur une Ifle qui a vers le Sud & le Nord trois grands bancs de fable, BE ils n'a
US Et auxquels les Portugais ont donné le nom de tres Hermanos, ou des trois Frè- ES vage.
| res. Ils s'étendent jufqu’à trois lieuës de l’Ifle de Java , mais moins à l'E BE, Le
qu'ils ne font marqués dans les Cartes. Le 17, on fe trouva proche de l'If. BE car s'é
Ie Madura. le Madura; ce qui étoit fort éloigne de l'attente du Pilote, quiconclut,ouque JE cher,
l'Ifle de Java n'eft pas fi longue qu’elle eft repréfentée dans les Cartes, où MN bondar
que le Vaiffeau avoit été jetté à l'Eft, par les courans. Les deux joursfui- A fayerr
vans on découvrit deux autres Ifles, dont on ne put connoître ni le nom ni ME feroit :
Pr Nofufc- étendue. Mais Le 20, à midi, on fe trouva fort prés d’une des Iles Nof- EN les An
; faferes , où Nuinira (q), à 5 degrès 30 minutes de latitude, Elle citlon- ES d'oifea
gue d'environ trois licuës , du Nord-Oueit au Sud-Eft. [L’Amiral n'au-4 RM armes,
roit pas eu plus de raifons d'y relâcher que dans un fi grand nombre d'au. M Qu Vai
tres, fi, lorfqu'il n’en étoit qu'à deux milles, quelques-uns de fes Mate- n'y tro
lots n’euffent diftingué fur le rivage plufieurs perfonnes qui levoient les ME d'eau f
mains vers le Ciel, & qu'il avoit d’abord pris lui-même pour des arbres. JM dans L
Il s’en approcha, fur un fond de vingt-quatre braffes , qui diminuérent MW cherch
par degrés jufqu’à fept. Ayant jetté l'ancre à deux portées de fufil, il ap- Ji LE
perçut plus diftinétement onze perfonnes , qui continuoient de remuer les M demair
bras avec divers fignes. Il envoya la Chaloupe remplie de gens armés. 1 parcou
Stretcher, qui les commandoit , aborda au milieu des cris & des gémifle- + de Cél
mens de ces onze malheureux , qui étoient des Indiens de l'Ifle Célébes, M ou cin
Naufrige à demi-morts de faim & de mifère. Quoiqu'il ne comprit rien à leur lan- EM confide
cu “AU gage, il jugea par quelques planches fracaflées & d’autres débris raffemblés JW lèbes,
| | autour d'eux, qu’ils avoient été jettés dans cette Ifle déferte par un nau- M TER,
frage. BA XFneuf li
NH nené
(p) L'Original dit qu'il partit le 10, &cct- dans l'Original. R. d. E. EE ble au:
te diflérence Gt caufe que dans la fuite, les dr (g) Ces Ifles s'appellent aufMi les Ifles . Nord
dattes jufqu’au 3e. de T'évrier, font plus avan- ave Pater nafler, . Nord
cées de deux jours dans La Traduction que ë de la.
N
qu'il avoit
malgré la
me de qua-
qui paroif-
_ maifons ; tk
nent beau-
) plus gran-
icurs , qui
t fort pau-
ines & de
us les ans
taine quan-
s avoir re-
ec lui. À
il décou-
randnom-
, qui for-
ieuës, on
de fable,
s trois Fré-
ins à l'EfE
he de lIf-
lut, ou que
artes , Où
x jours fui-
le nom ni
Ifles No/-
le eft lon-
airal n'au-#
bre d’au-
fes Matce-
voient les
des arbres.
minuérent
Gil, il ap-
emuer les
ns armés.
gémifle-
Célébes ,
leur lan-
affemblés
un nau-
frage.
M les Ifles
INDES
frage. Leur ardeur fut extrême à fe précipiter dans la Chaloupe, & leurs
fignes faifoient entendre qu ils étoient preités par une faim dévorante. Stret-
cher, qui n'avoit avec lui aucune provifion, ne jugea point à-propos de les
conduire à bord fans l'ordre de l'Amiral. Mais prenant pitié de leur fitua-
tion, il fit defcendre avec eux une partie de fes gens, tandis qu'il retourna
lui-même au Vaiflèau pour en apporter des vivres & s’aflürer des intentions
de Kecling. Il revint bientôt avec ordre de prendre les onze Indiens, pour
les jetter fur la première terre habitée. Rien ne peut repréfenter l'avidité
ORIENTALES, Liv. Ill, Car. IV. 109
avec laquelle ils s'élancèrent fur les alimens qui leur furent préfentés. Un
Interprète, que Stretcher avoit amené, comprit à peine, fur le récit qu'ils
lui firent dans un jargon fort obfcur , qu'ils étoient partis de Célèbes pour
Sumatra , au nombre de trente, & que leur Vaiffeau s'étant brifé contre un
rocher voifin, qu'ils montroient en verfant des larmes , ils avoient perdu
dix-neuf de leurs Compagnons, avec leur Vaiffeau & tout leur bien. On
les avoit pris d’abord pour autant d'hommes; mais ils fe trouvoit parmi eux
trois femmes, qui ne paroifloient pas les plus foibles de la troupe; foit que
leur féxe puille réfifter plus long-tems à la faim , foit que les hommes fe
fuflent retranché quelque chofe pour leur donner les premiers foins. Il y
avoit fept jours que leur naufrage étoit arrivé, & dans un fi long intervalle
ils n’avoient vêcu que de Poiflons morts que la mer avoit laïflés fur le ri-
vage.
Les Anglois eurent bientôt lieu d'admirer l’imbécillité de ces Barbares ;
çar s'étant répandus dans l’Ifle, ils y trouvèrent quantité d'oifeaux; & Stret-
cher, furpris que des hommes euffent pû fouffrir la faim dans une telle a-
bondance, prit plaifir à faire abandonner leurs armes à fes gens, pour ef-
fayer pendant quelques heures quel feroit le fuccès d’une chaîe où l'adrefte
feroit feule employée. Avec de longs bâtons, & même à coups de pierres,
les -Anglois tuèrent avant la fin du jour un grand nombre de toutes fortes.
d'oifeaux ; &, le lendemain, lorfqu'ils eurent la liberté de fe fervir de leurs
armes, ils en firent une provifion quifüuffit pour quelques jours à la fubfiftance.
du Vaiffeau. Quoique l'Ifle eût plufeurs bois fort touffus, les Chafleurs
n'y trouvèrent aucune forte de venaifon. Mais ils découvrirent deux fources
d'eau fraiche, qui avoient échappé aux Indi2ns, ou plûtôt que l'abbatement
dans lequel ils étoient demeurés fur le rivage, ne leur avoit pas permis de:
chercher. ]
LE 22, on fit dix-huit lieuës vers l'Eft, avec un fort bon vent; &lelen-
demain on ne découvrit aucune terre, quoique depuis les Noflaferes on eût.
parcouru plus d’efpace que les Cartes n'en marquent entre ces Iiles & celle
de Célèbes. Vers le foir, on apperçut trois petites Iflesau Nord, à quatre
ou cinq lieuës de diftance. La cerre en parut fort baffe, & la longueur affez
confidérable de l'Eft à l'Oueft. Enfin le 24, à midi, on reconnut l’Ifle Cé-
lébes, & l’Amiral faifant entrer dans fon calcul le détour qu’il'avoit fait à
V'Eft, trouva que les Noffaferes & cette Ifle font éloignées entr’elles de vingt-
MA neuf lieuës, [ & que la plus Orientale des ïfles qu’il avoit vû en dernier lieu
n'en étoit qu'a vingt-trois ]. Avec tous les efforts imaginables, il futimpofi-
ble aux Anglois de gagner Macaffar, parce que le vent ne ceffà point d’être
Nord & Nord-Oueft. Ils mouillèrent fur onze brafles d'eau, à fix lieuës
de la Pointe Méridionale de. ses L’Auteur juge que la diftance en-
3 tre
KEEL!INS.
1609.
Hinbécillité
d'onze In-
diens.
Difiance des
Noffiferes, &
des Célébes,
Ke£eLiINo,
1509.
fc de De-
folam,
Les Anglois
y relàchent.
Is tuentun
buile qui leur
cauic de l'eim-
barras.
ls mettent
à terre les on-
4e Indiens de
Nofaieres,
Careffes qu'ils
reçoivent des
Habitans.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
tre Bantam & Célébes eft d'environ deux-cens trente - cinq lieuës ; &
que fi les Célèbes font plus éloignées des Noffaferes qu'il ne l'a fait obfer.
ver, il faut que l'Ifle qu'il pric pour une des Noflaferes n'en foit point ef.
feétivement.
110
[Le vent n'ayant point changé pendant toute la nuit, l’Amiral fe déter.x
mina vers la pointe du jour à relâcher au Sud-Oueft de Defolam. Il ne lui
manquoit que de l'eau, parce que les deux fources de Noffaferes s'étoicnt
trouvées trop foibles pour fournir à la provifion du Vaiïfleau. La Rade où
il entra n'offroit ue des bords inhabicés. Cependant le fond n'étant pas moins
ue de feize brailes jufqu'a trente pas du rivage il mouilla dans cette po.
tion, jufqu'au retour de la Chaloupe & de ka ; Le partirent auili-côt
avec les tonneaux. À peine Stretcher eut-il mis le pied à terre, & fe fut-il
dérobé à la vûe du Vaiffeau, derrière quelques arbres qui bordoient le fa-
ble, que l'Amiral fut füurpris d'entendre plufieurs coups de fufil. L’allarme
fut fi vive fur le Vaifleau, qu'une partie de fes gens fut tentée de fe jetter
à la nage, pour fecourir leurs Compagnons. Mais ils virent bicntôt paroi-
tre Stretcher , accompagné de plufieurs autres, qui traînoient dans la Cha-
loupe un Bufle d’énorme groffeur, qu'ils avoient tué prefqu'en débarquant.
L'Amiral leur cria de fon bord, d'où il pouvoit aifément k faire entendre,
qu’ils n’avoient qu’à l’éventrer fur le rivage. Mais Stretcher doutoit fi c’é-
toit un Bufle fauvage ou domeftique, parce qu’à diverfes marques il paroif-
foit avoir fervi au travail. Cette obfervation méritoit d'être inpéofondie.
dans un lieu où l'on ignoroit à quel accueil il falloit s’attendre. L’'Amiral
prit le parti de defcendre lui-même. Dans l'intervalle, plufieurs Infüulaires
attirés par le bruit des armes à feu, s’approchérent des Anglois, & voyant
Jeur Bufle mort, ils parurent fort afligés de cette perte. Cependant ils
marquèrent fi peu de füurprife à la vûe d'une troupe d’Etrangers, que l’Ami-
ral ne douta point qu’ils ne fuient accoutumés au commerce des Européens.
Après leur avoir fait quelques excufes de la :1ort de leur Bufle, & leur à-
voir offert un préfent pour les appaifer, il donna ordre que les onze Indiens
de Noffaferes fuffent amenés au rivage. Ils n’avoient pas reconnu cette Ra-
de, & l’on s'étoit déterminé par compaflion à les mettre à terre dans quel-
que autre lieu. Mais lorfqu’ils eurent apperçu des hommes de leur efpéce,
ils n’attendirent point le retour de la Chaloupe, & fe jettant à la nage, ils
témoignèrent leur joye par toutes fortes de marques. Ils racontèrent aux
autres le fervice qu’ils avoient reçu des Anglois, & l’Amiral s’en apperçut
bientôt au changement de leur vifage. L’amitié & la familiarité s’établirent
tout-d’un-coup. Ils offrirent aux Anglois de les conduire à leur habitation,
en leur faifant entendre que la principale Ville n'étoit pas fort éloignée.
Mais Keeling qui ne penfoit point à s'arrêter dans leur Ifle, fe contenta de
leur faire connoître le befoin qu’il avoit d’eau. Ils s’'empreflèrent de condui-
re fes gens vers une petite Rivière, qui pañoit aflez près de la Baye fans
s’y décharger. On fit faire fur le champ quelques traîneaux, qui abrégèrent
beaucoup les difficultés du chemin. Pendant qu'on étoit occupé de ce tra-
vail, l’Amiral confentit que Stretcher allât jufqu'à l'habitation , accompagné
d’un fort petit nombre d’Anglois, & de trente ou quarante Infülaires, qui
paroifloient charmés de leur vifite. Il y fut reçu avec des carefles & des
témoignages de reconnoiffance qu'on ne feroit pas für de trouver, De le
même
X
lieuës ; &
fait obfer.
t point cf-
al fe déter-x Bù
_ Inc lui M
es s'étoicnt
A Rade où
nu pas moins
cette poli-
ent auili-côt
& fe fut-il
oient le fa-
L’allarme
de fe jetter
ntôt paroi-
ans la Cha- EM
débarquant. Bu
e entendre,
utoit fi c'é-
es il paroif-
PP ondie,
L'Amiral
rs Infüulaires
, & voyant
spendant ils
, que l’Ami-
Européens.
& leur 2-
onze Indiens
nu cette Ra-
è dans quel-
eur efpéce,
a nage, ils
dtérent aux
en apperçut Rs
s'établirent PA
habitation, M
rt éloignée.
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de condui- Pi RS
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na.
Nord-E
Nord,
lieuës :
Nord-E
quart à
de lon;
Gioailia
glois a
ze licuë
quatre
de l’Ifle
VER
ment Ce
envoyo
Prince.
“reconnt
avoient
premiel
mode a
mais K
fens. 1
ri 4
étoit auf
| }
:
e
| 4
INDES ORIENTALES, Lav. 111. Cnar. IV. Lit
même fervice, dans les Nations les plus policées de l'Europe. Ils revin-
rent chargés de préfens, & ces tranfports d'amitié ne fe démentirent point
jufqu'à leur se eh |
[Les côtes méridionales & les plus hautes de Célèbes, & la pointe Oc-
cidentale de Defolam , s'étendent Nord-Nord-Oueft & font féparées par
une diftance de ro ou 12 lieuës. L'extrémité Occidentale de Defolam, &
la baffe pointe Orientale de Célèbes, qui eft la plus proche du détroit, que
tent Sud quart à l'Oucft, & font éloignées 12 ou 14 lieués l'une de l'au-
tre. La côte de Defolam eft à peu rès Sud-Oucft, fon extrémité Orienta-
le, avec les Ifles qui forment le détroit, & l'extrémité Oricntale de Célé-
bes, paroiflent être dans une ligne droite, portant prefque Sud &. Nord.]
EN fortant de la Baye , on continua de ranger le rivage jufqu’à l'extrémi-
té de l’Ifle, & le 26 au matin, on découvrit Cambina, qui CE pa être,
fuivant le calcul de l'Auteur, à plus de vingt lieuës au Nord-Eift, du Dé-
troit des Célèbes. A une heure après-midi, ils étoient Nord-Eft quart au
À x#æ Nord, à huit lieuës de la Pointe Occidentale de cette Ifle, [où il y a une
17
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La: Ar EEE
haute montagne ronde: Ce qu'ils virent du côté Occidental, s'étend Sud-
Eft quart au Sud, & la partie Orientale porte Sud-Eft, quart à l'Eft, à une
diftance qui eft pour le moins de 8 lieuës. ] Le lendemain, ils avancèrent
fort peu; mais ils découvrirent la terre au Nord fans la connoître. Deux
jours après , ils apperçurent beaucoup plus diftinétement la même terre,
quoiqu'ils ne fuffenc point encore à plus de douze lieuës à l'Eft de Cambi-
na. À force de s'approcher, ils diftinguèrent d’abord deux Ifles à l'Eft-
Nord-Eft. La plus grande , qui n’étoit déja qu’à cinq lieuës , Eft quart au
Nord, préfente trois ou quatre Promontoires. L'autre lfle eft à. fept ou huit
lieuës au Sud de ces hauteurs ; maisde la Pointe Eft de l’une jufqu'à la Pointe
Nord-Eft de l'autre, il n’y en a pas plus de trois. A huit lieuës au Sud-Eft
quart à l'EfE on apperçoit un banc de fable, qui n’en a pas moins de dix (r)
de longueur. [Il y a beaucoup d'apparence que ces Jfles font celles de
Gioailiam ; à moins qu’on n'aime mieux donner ce nom à celles que les An-
glois avoient apperçues entre les Noffaferes & les Le 30, à dou-
ze licuës de la dernière Pointe du Nord, ils virent l'Ifle de Tikabaffa ; &
quatre lieuës au Nord- Eft quart au Nord, ils découvrirent la Pointe Eft
de l’Ifle de Button.
Vers la nuit, ils virent arriver une grande Barque, que les Indiens nom-
ment Caracol, chargée de quarante ou: cinquante hommes que le Roi de Button
envoyoit à la découverte. Ils étoient conduits par l'oncle (5) même de ce
Prince. Sidall & Spalding, qui avoient déja paflé dans cette Ifle , furent
reconnus de la plûpart de ces Indiens, [ & vantant à Kceling l'accueil qu’ils
avoient reçu de leur Prince, ils le déterminérent à mouiller l'ancre au
premier Port. On füivit la Barque Indienne, qui entra dans une Rade com-
mode au Sud-Eft deFIfle. Ce lieu n’étoit point éloigné de la demeure du Roi,
mais Keeling fe contenta d'y envoyer Sidall & Spalding avec quelques pré-
fens. Pendant leur abfence, il trouva que les richefles de l'Ile ne valoient
pas
Cr) Angl. de fix, R. d. E. corde pas avec que dit le Traduéteur, dans
(s ) L'Original ajoute que le fils du Roi l'addition qui fuit immédiatement, KR, d, E,
étoit aufli dans cette barque, ce qui ne s'ac-
K£RLIN A,
1609,
Ifle de Cam-
na.
Diverfes Ifles;
prifes pour
celles de Gio-
ailian.
Ifle de Button:
Les Anglois
y relächent,
119 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Keeuixo, pas la peine qu'il avoit prife d'y relâcher, Ce détour inutile l'expofa encore que de
1609. aux importunités du Roi, qui accompagna Sidall & Spalding à leur retour, qui n'e
pour folliciter les Anglois de lui preter leur fecours contre les Infüulaires de M life €
Embarras "Fikabeffa, dont il avoit reçu plulicurs outrages. La caufe de leur querclle BR cre da
sr da venoit d'un accident fort fingulier. Le Roi de Button étoit fans enfans, quoi. D revint
ri que dans l'efpérance de s'en procurer il eût pris un grand nombre de fem. couve
mes, Quelques Devins qu'il avoit confultés fur cette difgrace de la nature, X"qui pri
lui ayoient déclaré qu'il ne pouvoit devenir père qu'avec une femme Etran. née de
gère qu'il auroit enlevée à fon mari. Il n'avoit pas balancé à fuivre ect Ors. pasan
cle, & pallant dans l'Ifle de Tikabefla, avec un petit nombre de gens filé. vit Pu
les, il y avoit vecu caché pendant quelque tems , pour chercher l'occafion Enfin
de choifir une femme agréable & de l'enlever fans bruit, Son choix éto't “ vant,
tombé fur celle d'un des plus proches parens du Roi, & la Fortune l'avo’: aufli F
fecondé fi heureufement, qu'il l'avoit amenée à Button. Mais par d'autres XF on tro
incidens, dont l’Auteur ne fut point informé, l'Indienne qui regrettoit an- pointe
paremment fon premier mari, fe déroba au Ravifleur & trouva le moyen urée ch
de repañler dans fa Patrie Elle ctoit groffe alors de plufieurs mois, Etant de dift
accouchée dans la fuite, de deux fils, le Roi de Button qui s'en croyoit 1: ls LE
père, les fit demander au Roi de Tikabefla. Sa prière fut rejettée, non-feu- Ville,
lement pour le punir de la violence qu'il avoit employée dans les États d'au- rivée,
trui, mais pour fatisfaire aufli le premier mari & fa femme , qui prétendoient Jerie <
avoir eu ces deux enfans l'un de l'autre. Les reproches infultans, dont ce M duit au
refus avoit été accompagné, étoient devenus un jufte prétexte pour employer Bi du Roi
ouvertement les, armes. Le Roi de Button avoit centé plufeurs defcentes qui JM meil €
lui avoient mal réuñi. Il avoit eu recours enfuite à l'artifice, en faifant pal. quet,
Fe
jan
fer fecrétement à ‘Tikabeffa quelques gens armés, qui lui avoient promis d'en. JM fut auf
lever l’Indienne & fes enfans. Mais les uns avoient péri dans l'entreprife, & M FR el
les autres étoient encore prifonniers dans l’Ifle ennemie. T'els étoient les ou- M ”
trages dont le Roi de Button fic des plaintes aux Anglois , & pour la ven- M blifèm
geance defquels il leur demandoit le fecours de leurs armes. # a vid
Les Anglois K£EELING quine vitaucun avantage à fe mêler dans cette querelle, & qui loufie
ul fe nenreconnut pas clairement la juftice, apporta au Roi bo raifons qu'il qu il Le
content de avoit pour s’en difpenfer. Elles ne ledélivrèrent pas de quantité d'inftances, ide De
leurs échan- ui fe réduifirent enfin à la prière de lui vendre de la poudre & quelques fu. mefure
ges. ds. Les Anglois n'avoient pas fait jufqu'alors aflez d'ufage de leur poudre A 0388
pour craindre d'en manquer. Ils en donnèrent au Roi cinquante livres, qui px ss
leur furent payées fort libéralement. Mais comme ils marquoient moins de . ()
facilité à fe défaire de leurs armes, ce Prince offrit à Keeling, pour en ob- iles
tenir deux, un collier de grofles perles , qui furpañloit la valeur des deux _ À |
meilleurs canons du Vaïfleau. Ce prix nie l'Amiral Anglois fi traitable , ar
que fe croyant obligé à quelque retour de juftice autant que de générofité, il ta
donna au Roi quatre fufils pour fon collier. ] EAN
| PS di da Sent ni ne payer
Ie de Bur- Le 3 de Février, les Anglois fe trouvèrent par leurs obfervations à 4 de- aucun
FA peSuenee grés 25 minutes de latitude. Le 4, ou matin, ils apperçurent l'Ifle de Burro,
PUS à fept lieuës de diftance. Le vent n'étant pas favorable pour Banda, on dé-
libéra s'il ne valoit pas micux gagner les Ifles Moluques (i), fur-touc lorf- (0)!
que Vaiflau
C#) Angl. Le vent n'étant pas favorable Bauda, KR, d. FE. - 11
pour Îcs Moluques , on réfolut de gagner |
SR
Re D
pet,
à encore
retour ,
laires de
querelle
18, quoi-
de fem.
| nature,
e Etran:
cet Or.
ens filé-
l'occalion
oix éto'!
1e l'avoi
d'autres
ttoit ap
le moyen
s, Etant
croyoit le
non-feu-
tats d’au-
tendoient
, dont ce
employer
entes qui
ifant pal:
mis d'en-
eprife, &
nt les ou-
la ven-
le, & qui
ifons qu'il
nftances,
clques fu.
r poudre
res, qui
moins de
pur en ob-
des deux
traitable ,
érofité , il
s à 4 de-
de Burro,
a, on dé-
touc lorf-
que
ca
PR
dE,
a
Le
pets
x
X$on trouve toûjours au moins fix brafles & demi d'eau.
rivée.
Se
TS un
INDES ORIENTALES, Liv. III Cunar, IV, 113
eue de la Pointe Orientale de Burro on commençoit à découvrir Amboyne,
qui n'en eft qu'à douze lieuës. On voyoit en même tems, fort à découvert,
life Cloy, qui eft à quatre lieuës au Sud de Burro. [Le foir on jetta l'an-
cre dans cette réfolution, Mais le vent ayant change pes la nuit, on
revint au deflein de fe rendre direétement à Banda, ] Le 6, après avoir dé-
couvert clairement Amboyne, qui eft fituce à l'EfE quart au Nord de Burro, &
p#qui préfente environ dix lieuës de longueur vers l'EfE, [où elle eft environ-
née de plufieurs autres Ifles, ] on apperçut la haute terre de Banda. Elle n'eft
pas à moins de en lieuës de la Partie Orientale d'Amboyne, Le 7, on
vit Pulo Rin, ou l'Ifle de Rin, & Puloway, qui n'en eft qu'à trois lieuës.
Enfin l'on entra, le 8, dans la Rade & dans le Port de Banda, en obfer-
aufli près qu'il fût poñlible des plus
vant, [füuivant l'avis du Pilote Does) de s'approcher, du côté du Nord,
lautes montagnes, au pied defquelles
[ Au Nord de la
pointe Orientale de Pulo Rin, il y a une petite [fle baffe, Puloway, & l'en-
trée de la Rade s'étendent à l'Oueft, cirant au Nord, & font à trois licuës
de diftance. ]
Les laéteurs du Comptoir Hollandois, & la plûpart des Fabitans de la
Ville, accoururent fur le bord du rivage, pour féliciter l'Amiral de fon ar-
[ Il répondit à leurs complimens par une décharge de toute l'artil-
lerie du Vaifleau. | Dès le lendemain, étant defcendu à terre, il fut con-
duit au Palais du Roi par le Scha Bandar. Il remit à ce Prince une Lettre
du Roi d'Angleterre, & fes QUES ui étoient une belle coupe de ver-
meil doré avec fon couvercle, un cafque fort orné & un trés-beau mous-
uet, qui avoit couté feul Mo pe dollars.
fu aufli gracieux que l'appare
L'accueil qu'il reçut du Roi
en fut magnifique.
rent eux-mêmes qu'ils n'avoient rien vû de fi pompeux dans cette Cour.
KEELING s'occupa les jours fuivans à régler les conditions pour l'éta-
blifement d’un Comptoir Anglois & pour la conftruétion de l'édifice, Ilne
remarqua point, dans ces premiers Jours, que fon arrivée caufüt de la ja-
loufie aux Hollandois. Il reçut même leurs confeils pour le fuccès des vûües
qu'il avoit déclarées. Mais il ne fut pas long-tems à s'appercevoir que dans
tous les lieux où ils font établis, la prudence fert peu à prendre de bonnes
mefures, fi elle n’eft foûtenue par une grande profufion de préfens. Dans les
Voyages qu'il fit à Urtatan & à Lantor, pour conférer avec les Marchands
du Pays fur le prix des marchandifes, il fut continuellement obfedé par Nakha-
da (v) China, Efpion des Hollandois , qui fous prétexte de le fervir en lui pro-
curant les moyens de faire promptement fa cargaifon, lui fufcita au contraire
mille fortes de diflicultés. A Lantor, on lui demanda cent quatre-vingt (x)
piéces de huit pour le droit qui fe nomme Serepinang. Enfüuite, lorfqu'il pro-
pofa du moins qu'il lui fût permis de metre à fon drap le meilleur prix qu'il
pouroit , on lui parla d’un autre droit, nommé Xouba Rouba, qu'il falloit
payer avant que de commencer fa vente. L'Amiral protefta qu'il ne refuferoit
aucune demande, lorfqu'elle lui paroïtroit jufte, où d’un ufage établi; mais
à
: + Nakhada fignifie Capitaine ou Chef de
aficau.
IL Part. P
(x) Angl, cent-quarante. KR. d, E,
Pulo Rin,
Puloway,
Les Anglois
arrivent à
Banda,
Préfons de
l'Ammiral au
Roi.
Les Hollandois confeflé- ‘
Il fe défie
des Hollan-
dois,
Difficultés
qu'ils lui fut
citcnt,
K£&rLIiNo,
1609.
Arrivée de
trois Vaif:
feaux Hollan-
dois, & leur
difgrace,
La fermeté
de Kceling lui
fuit obtenir ce
qu'il defire,
114 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
à fon retour il voulut que cout le Pays :'ongageñt à lui faire dans l'efpace de
uatre mois fa cargaifon de noix & de fleur de mufcade , à cent dollars le
ti, Et voyant que les difficultés ne faifoient qu'augmenter , il déclara que
puifqu'on ne cherchoit qu'à prolonger le tems, dans l'efpérance apparem-
ment de l’arrivée d'une i'lotte Hollandoife, qui lui paroifloit néanmoins fort
douteufe, parce + la Mouflon étoit prefque pañlée, & que les vents d'Eft
commençoient déja, il ne donneroit pas plus de quatre-vingt piéces de huit,
On fe dif nfa froidement de répondre à cette déclaration | mais ce ne fut
pas fans donner quelques marques de dépit & d'averfion.
Le 16, il arriva trois grands Bâtimens Hollandois , qui fans avoir jetté
l'ancre, firent une décharge de toute leur artillerie ; l'un de trente, l'autre
de feize, & le troifième de neuf piéces de canon. Deux de ces trois Vaif.
feaux venoient de Ternate, où ils avoient perdu Paul van Carden, leur Ami-
ral, avec foixante-dix hommes, pris par les Efpagnols. Les Hollandois of
frirent 50000 dollars pour fa rançon ; mais la feule compofition que leurs
Ennemis voulurent accepter , fut la reftitution du 'ort de Machian que cet
Amiral avoit pris fur eux.
s'être ainfi préfentés à l'entrée de la Rade, Cette montre de leurs forces fit
prendre aux Hollandois du Comptoir des apparences encore plus affeétées
de politeffe & d'amitié pour les Anglois.] Îls envoyèrent viliter Keelin
ar un de leurs principaux Chefs; & les Officiers des deux moindres Vaif-
aux l'étant venu voir le lendemain für fon bord, y demeurèrent à fouper,
Ce
[Les trois Vaifleaux entrèrent dans le Port, après ñ
#
%
4E7
Cependant un Soldat Anglois, [qui fçavoit forc bien leur Langue , & qui& M
s'étoit mêlé avec leurs Matelots,] rapporta le même jour à fon Amiral que
leur deffein étoit de le furprendre & de fe failir de fon Vaifleau avant la fin
du mois.
ON vint renouveller à Keeling la demande du Rouba Rouba. 11 perfifta
dans fon refus. On revint lui déclarer que le Confeil s'étoit affemblé , &
ue tar une Délibération irrévocable en avoit réfolu de lui ôter la liberté
à À las , S'il s'obftinoit à ne vouloir pas donner plus de cent dollars.
Sa réponfe fut qu’il partiroit fans avoir chargé un grain de poivre, plûütôt
que d'aller au-delà de cette fomme. On reparut bientôt pour lui dire qu'on
confentoit enfin à prendre cent dollars pour le ati d'épices, trois cens qua-
tre-vingt dollars pour le Rouba Rouba , & cinquante dollars pour le Serepi.
nang ; fans y comprendre néanmoins le droit des quatr2 Scha Bandars , qui
fe nomme le Pifälin, & quatre pièces de SerrgfJa , ou de Pintade Malayenne.
Après cette convention, on régla la valeur des monnoyes; ce qui fit naître
encore des embarras, parce que le trebech & les réales de huit fe trouvoient
trop légères. Enfin cet obftacle étant levé par des évaluations fort juftes,
on commença à pefer les épices. Pendant que les Anglois prefloient ce tra-
vail, les Hollandois des trois Vaiffeaux firent leur prix, qui fut de cent dol-
lars pour le Kati d'épices, trois cens (y) pour le Kouba Rouba, & cinquan-
Vaiffeau Por. te pour le Serepinang, avec quatre piéces de drap.
tugais échap-
pé à la tempé-
te,
[IL arriva dans cet intervalle un Vaiffeau Portugais de Goa, quiavoit été
fi maltraité, le jour & la nuit d’auparavant, par une affreufe tempête, que
n'ayant
(y) Angl, quawe cens. KR. d, E,
F
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& cinquan-
pête, que
n'ayant
ui avoit été
4
°
LA
EN
INDES ORIENTALES, Liv, IN Car, IV, 115
n'ayant point eu d'autre aile à choifir, il venoit fe radouber à Banda. Sa
cargaifon n'étoit pas précieufe ; il portoit du ris & des évoffes de la Côte
de Canara; mais il avoit à bord quantité de Paflagers, entre lefquels on
comptoit plufieurs Oficiers de diftinétion avec leur famille. Ils étoient déja
informés de la paix entre la France, l'Éfpagne & la Hollande ; cependant
leur haine pour les adverfüires de la cp Romaine leur fit éviter pref-
qu'également le commerce des Anglois & des Hollandois. Comme ils é-
toient dans le beloin de mille chofes qu'ils ne pouvoient efpérer des Natu-
rels du Pays, Kecling, fans s'arrêter à leurs préventions , prit un jour l'oc-
cafon de leur offrir fes fervices. Leur Capitaine les refufa , dans des ter-
mes qu'il n'avoit pas choilis pour les plus civils. Il fe nommoit Dom Blas
d'Argentra; mais un Gentilhomme , qui écoit à terre avec lui, parut plus
fenfible à des honnêterés fi gratuites. 11 fuivit l'Amiral Anglois, & l'ayant
remercié au nom de fes Compagnons , il lui demanda s'il fe propofoit de
retourner bientôt en Europe, Keeling lui dit qu'il n'attendoit que la fin de
fa cargaifon. Je m'appelle Barbeés, reprit le Portugais , je cherche à re-
agner ma Patrie avec ma famille & les débris de ma fortune, Le Vaiffeau
Ÿnnonciade, où mes chagrins m'ont forcé de m'embarquer , eft en fi mau-
vais état que je tremble à lui confier plus long-tems ce que j'ai de plus cher.
Si vous vouliez me recevoir fur le vôtre, & me jetter, foit à Madère, foit
fur les Côtes de Portugal, je ne ferois pas difficulté de me fier à un homme
dont les manières m'infpirent de l'eftime, & qui commande un Vaifleau de
la Compagnie d'Angleterre. L’Amiral, encore plus porté à le fervir, ache-
va de lui gagner le cœur , en lui à ae que lui & la plûpart de fes Ma-
telots étoienc Catholiques. 11 lui déclara néanmoins qu'irrité comme il de-
voit l'être contre les Portugais, qui lui avoient enlevé dix-huit hommes &
la cargaifon d'une Pinaffe, 1] auroit été peu porté à prévenir fa Nation par
des politefles, dans tout autre cas que celui où il avoit vû fon Vaifleau.
Enfin loin d’étre rebuté par la groflièreté du Capitaine, il l'affüra que le
défir d'obliger un honnéce“homme fe joignant à fes principes naturels de gé-
nérofité & d'honneur, il ne balançoit point à lui promettre de le débarquer
à Madère.
Cer Officier, fuivant le récit de Kecling, qui continua de le voir fami-
lièrement pendant plus de fix femaines, étoit un des hommes du Monde à
qui il eût connu le plus d'efprit & de vertu. Il avoit été Commandant du
Fort de Saint-Philippe à Goa. Sa difgrace avoit commencé par une querelle
de fa femme avec celle du Viceroi , qui étant d'un orgvell {nu ortable ,
uoique fort inférieure à la fienne par la naïiffance & les agrémens du corps,
exerçoit une tyrannie dont les autres femmes étoient révoltées. Le Viceroi
avoit éxigé que Barbefés fit des réparations à cette fière Vicereine, pour quel-
ques défauts de refpeét & de foûmiffion dont elle accufoit la Commandante,
Le différend étoit pafé d'un féxe à l’autre. Barbefés, qui ne croyoit pas fa
femme coupable, avoit pris fes intérêts avec tant de chaleur, quele Viceroi
l'accufant à fon tour de défobéiffance & de révolte, l’avoit fait arrêter, &
lui avoit fait faire fon procès. Il en auroit coûté la vie à ce malheureux Com-
mandant, fi les emportemens de la Vicereine euffent été fuivis. Mais le
Confeil de Goa, pefant fon mérite & fa vertu, avoit borné fa Sentence à
deux années de prifon, qu'il avoit nes dans fon propre Fort. Son Ofice
2 avoif
Kuetine,
1609.
Keeling ou.
blie les retlon-
timens à la vûe
de leurs milé-
res,
Il fait une
aétion géné:
recule,
Malheurs
d'un Officier
Portugais,
KeuLING,
1609,
PDémélés des
Anglois avec
les Hollan-
dois.
6 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
avoit été rempli par un homme dévoué à la Vicereine , qui s'étoit efforcé
par fes mauvais craitemens, de fuppléer à la rigueur dont elle fe plagnoie
que le Confuil avoit manqué, Ses biens avoient beaucoup foufferc dans cet
intervalle, En forcant dela prifon, où il n'avoit pas méme eu la liberté de
voir fa femme, il l'avoit trouvée réduite à vivre avec fus enfans, des libé-
ralités d'un parent forc riche, dont le Ciel avoit enfuice permis la mort,
pour rencre par fon héricage une partie de fon éclat à cette famille afili-
gée, Il n'avoic rien eu de fi preflant que de convertir toute fa fucceflion
en or & en pierreries, ®& de monter fur le premier Vaifleau qui étoit forti
du Port,
K£e&LiING joint ici plufieurs réfléxions fur l'abus du pouvoir dans les Ré
gions éloignées, Mais cet éxemple lui paroît moins odieux que celui dont le
méme Officier fut encore le fujec, I fembloie qu'étant libre fur le Vaifieau,
ilne lui reflät plus qu'à faire pañler fa famille & fes biens à bord de l'Ami-
ral Anglois. Cependant à peine eût-il fait l'ouverture de fon deflein à Blas
d'Argentra, qu'il trouva des ordres donnés pour arrêter fa femme & fes en-
fans; & lorfqu'il en porta fes plaintes à ce Capitaine, il n'obtint pour répon-
fe que des reproches & des menaces. Non-feulement on lui fit un crime d'ef-
érer plus de füreté fous le Pavillon Anglois que fous celui du Portugal, mais
Éupgonnant que fes chagrins lui avoient fuit naître la penfée de s'écublir en
Angleterre, on porta la dureté jufqu'à lui faire craindre d'être accufé de tra-
hifon, 11 fe crut obligé de juftifier fes intentions par la facilité même avec
laquelle il afFeéta d'abandonner fon entreprife; & pee effacer des foupçons
encore plus dangereux, il engagca Keeling à rendre une vifite au Capitaine
d'Argentra, dans laquelle il le pria de déclarer à tous les Portugais du Vaif-
feau, que lui-même & la plüpart de fes gens écoient de la Religion Romai-
ne. Mais fi cette démarche adoucit le Capitaine, elle ne lui rendit point af
fez de confiance pour accorder à Dona de Barbefés & à fes enfans la liber-
té de defcendre fur le rivage. Kecling fut fi irrité de cette tyrannie, qu'il
offrit à Barbefés de lever l'ancre après le Vaifleau Portugais, & de fuivre
d'Argentra, pour lui faire entendre raifon par la fupériorité des armes. ]
LE 23, Keeling fit un Traité fecret avec le-Chef de Puloway, pour éta-
blir un Comptoir dans cette Ifle; mais il fut obligé d'acheter cette faveur,
en lui prétant trois cens piéces de huit, & d'en donner cent pour le Sera-
pinang, avec quatre Pintades Malayennes. Les Hollandois n'eurent pas plu-
tôt appris cette convention, qu'ils employérent toutes fortes de moyens pour
la traverfer, Ils devinrent beaucoup plus redoutables le 29 , lorfqu'il leur fut
arrivé dans la Rade, fix gros Vailleaux & deux Pinafles. Cependant l’A-
miral Anglois, qui ne vouloit rien avoir à fe reprocher, les falua de neuf
coups de canon, auxquels ils ne répondirent que de trois.
IL continua de tédler fes intérêts, fans paroître fenfible à leur mauvaife
humeur, Ayant reçu de Puloway deux cens vingt-cinq Katis de fleur de
mufcade , & treize cens fept Katis de noix, qu'il paya fidélement, il mar-
qua les facs de la lettre B, pour les diftinguer. On reconnut, quelques jours
après, combien cette précaution avoit été néceflaire. Il arriva, Île 4 d’A-
vril, deux petits Vaifleaux L'iollandois, [qui fe voyant foûtenus par le grand#
nombre de Bätimens qu'ils avoient dans le Port, & faifant valoir des affai-
res qui les obligeoient de fe preffer, entreprirent de charger toute la mufca-
de
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de
INDES ORIENTALES, Law, IIL Cnav, IV. r1»
de qu'ils trouvèrent prête à leur arrivée, Celle des Anglois n'auroit point été
relpeclée , fi les Gardes que | Amiral y avoit laiffés euflent été capables de
fe rendre aux promefles & aux menaces, où d'écre crompds par la fuppoli-
don d'un accord encre les Amiraux des deux Nations, Fieureufement Kecling
fe rendic a terre dans ces circonftances, El prie un ton fi ferme, qu'on cela
de le prefler.] Le même jour (&), Pierre Hiliamjon F'anhoof (a), Amiral de
la grande lotte Hollandoife , étanc defcendu pour la premiére fois fur le ri-
vage, les Vaifleaux de I lollande le faluèrent de trente coups de canon ; mais
Keeling ne le falua que de cinq.
Vannoor remit à la Cour une Lettre du Comte Maurice, qui ne fut ac-
compagnée d'aucun préfent, À l'éconnement que le Scha Bandar en témoi-
gna, il répondit que le préfent avoit été oublie fur fon Vailleau, La Lettre
cuit en Portugais. Keeling fit remarquer au Seha Bandar que c'étoit moins
une Lettre de civilité & d'amitié, qu'un ordre de rauifier cout ce que l'Ami-
ral & fon Confeil régleroient en vertu de leurs pouvoirs, Elle étoic écrite
Hiur du papier ordinaire, fecllée au-deffous & toute ouverte, [En effet il pa-
rut bientôt les Hlollandois n'étoient point arrivés en fi grand nombre a-
vec de fimples vües de Commerce, & qu'ils croyoient les prières peu né-
ceflaires lorfqu'ils avoient deffein d'employer la force. ]
(b) Le 11, ils conféillérent aux Anglois de finir promptement leur car-
gailon , fans leur expliquer le fens de ce confeil; mais Keeling croyant dé-
couvrir à leurs mouvemens qu'ils méditoient quelque entreprife extraordinai-
re, hüta l'ouvrage par des ordres fort preflans, Ain, non-feulement les
Anglois ne purent apporter beaucoup de choix à leurs marchandifes, mais
la Heur & les noix de mufcade n'ayant point le tems néceflaire pour fuer,
æfurent expolés à s'altérer beaucoup dans le voyage. [Pendant deux jours
qu'ils employèrent à ce travail, ils obfervérent peu les démarches des Hol-
landois.] Le 12 au foir, Keeling reçut un Meflager du Scha Bandar , qui le
prefloit de fe rendre à cerre avec une puiflante efcorte, !'obfcurité de cette
prière, & les embarras qui l'occupoient, lui firent remettre fa réponfe au
lendemain ; mais ayant été fupplié par un autre Meflage de ne pas attendre
que la nuit fût pañée, il prit le parti, vers la pointe du jour, de fe mettre
dans fa Chaloupe avec quinze de fes plus braves gens. Le Scha Bandar fe
dtrouva fur le rivage pour le recevoir ; [& l'ayant conduit jufqu'à fa propre
maifon, il commença un difcours dont Keeling étoit fort éloigné de prévoir
la conclulion. Après avoir fait des plaintes amères de la violence & de la
hauteur des [ollandois, qui n'étoient venus jufqu'alors à Banda que pour y
régner par la force, il affüra qu'ayant pénétré leurs nouveaux delleins, il ne
douvoit pas que tant de Vaiffeaux qu'ils avoient raffemblés dans le Port, n'y
fuflent pour achever de mettre la Ville & l'Ile entière fous le joug. Enfin dans
la nécellite de recevoir des Maîtres, ou de répandre beaucoup de fang pour
s'en garantir, il offrit à Keeling de foûmettre le Pays au Roi d'Angleterre.
Cette
(3) Angl. le 9. R. d. E.
Ça) Lenom de cet Amiral Follandois a é-
té détiguré par les Auteurs Anglois qui l'écri
vent Porbasf ; mais ilelt encore déliguré da-
vantage duus cette Traduction: dans Forlocf
P 3
reconnoitroit-on Pérbosven qui eft le véritable
nom dont il s'agit ?
(b) La se, Scétion du Chap, 5. comme
ce ici dans l'Original, KR, d. EL.
KEARLIN)
1009.
Den in ue ,
Hollaunik l
fur Lam le
Onofic aux
Anglois de les
rendre mat
tres de Hana,
KEELING,
1609.
Propotitions
de Kecling au
Scha Banlar,
Les Hollan-
dois fe faifif
fent de Banda.
Ils y élèvent
un Fort.
Keeling fe
plaint des vio-
lences que fes
gens cffuy-
oient d'eux,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Cette pro ofition furprit l’Amiral Anglois. Dans l’état de fes offres, avecun
feul Vaifleau & une pinaffe , il ne voyoit aucune apparence de pouvoir con.
tefter l’'émpire aux Hollandois, qui n'avoient pas moins de deux mille hom.
mes fur leur Flotte. Cependant, après avoir réfléchi quelques momens für
une conjonéture de cette importance , il prit une réfolution dont on a beau.
coup vanté la fageffe.] 11 s’efforça de faire comprendre au “A Bandar que
dans l'inégalité préfente il ne falloit rien efpérer par la voye des armes. Ban-
da étoit fans fortifications, les Habitans peu propres à la guerre, & les An.
glois trop foibles pour les foûtenir contre une Flotte aufli puiffante que celle
de Hollande. Mais avant que les Hollandois commençaffent leurs hoftili.
tés, l'Ifle pouvoit fe mettre fous la proteétion de l'Angleterre, par une
foûmiflion tranquille qu'il offroit de recevoir, [& contre laquelle il étoit per-4
fuadé que l’Amiral Vanhoof n'auroit pas la hardiefle de réclamer. Ce feroit
dans la fuite au Roi d'Angleterre à faire valoir fes droits, que la République
de Hollande n'entreprendroit pas légèrement de contefter, Le Scha Bandar
ne defiroit apparemment qu’une défenfe préfente ; & peut-être ne demandoit.
il le fecours des Anglois contre ia Flotte de Hollande, ue ‘dans l'efpérance
de fe délivrer d’eux facilement, lorfqu’il auroit employé leurs forces à re.
poufler des Ennemis plus redoutables. Il feignit de compter peu für le parti
que Keeling lui propofoit, & de ne pas même concevoir qu'un droit acquis
par une foûmiflion volontaire pt être de quelque poids contre la force des
armes.] Cependant après avoir paru fi impatient de voir Keeling, & pref:
fant dans fes follicitations, il demanda deux jours pour délibérer fur fa ré-
ponfe. Le 14 fe pañla tranquillement. Mais le 15 au matin, à la furprife ex-
trême des Anglois & des Indiens, l'Amiral Hollandois débarqua douze cens
hommes, qui s’avancèrent aufñli-tôt vers la Ville. Non-feulement il ne parut
erfonne pour s'oppofer à leur approche, mais tous les Habitans ayant pris
a fuite, [ Vanhoof affeéta de garder beaucoup de modération dans fa viétoi-4
re. Il défendit à tous fes gens, fous derigoureufes peines, de caufer le moin-
dre défordre; & fans marquer d'inquiétude de la part des Infulaires , il fit
jetter à fa vûe les fondemens d'un Fort dans un lieu dont il n’avoit pas atien-
du jufqu’alors à prendre les dimenfions. ]
K£ELING efluya ce fpeétacle fur fon bord , fans aucune marque de re.
ret; mais s'étant rendu au rivage le 18, il fit prier quelques Hollandois
’un rang diftingué de le venir voir dans fa Chaloupe. Là, fans toucher
à l'entreprife de leur Nation, il leur fit des plaintes fort vives des torts con-
tinuels que les Anglois avoient reçus d'eux depuis que l'arrivée de tant de
Vaifleaux les avoit rendus fupérieurs en nombre. Il ne demandoit quela fin
de tant de violences ; car ce n'étoit point à Banda, leur dit-il, qu’il pouvoit
éxiger des fatisfaétions : mais il les pria de fe fouvenir que l’Europe n'étoit
point un Pays auquel ils euffent renoncé les uns ni les autres, & que le Roi
d'Angleterre étoit aflez pu'ffant pour venger des injures qui ne le regardoient
pas moins que fes Sujets. En même tems, pour faire connoître que rien ne
balançoit les devoirs de l'humanité dans le cœur d'un Anglois, il les avertit
que les Indiens étoient réfolus d'empoifonner les eaux, & qu’ils lui avoient
fait confeiller eux-mêmes de n’en plus boire. Un procédé fi noble parut fai-
re quelque impreffion fur les Officiers Hollandois. Ils promirent d’en rele-
ver le mérite aux yeux de leur Amiral; & quelques heures après, ils revin-
rent
rent eff
& des
& com
lequel
dignati
Leur ré
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crainte
des Ind
loit que
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roient
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res, avecun
pouvoir con.
mille hom.
momens fur
on a beau.
Bandar que
armes. Ban-
, & les An.
Le que celle
leurs hoftili.
e, par une
il étoit per.
. Ce feroit
République
cha Bandar
demandoit.
l'efpérance
orces à re.
fur le parti
droit acquis
a ue des
2, ref
er fur & ré.
furprife ex-
douze cens
ilne parut
| ayant pris
fer le moin-
ires , il fit
t pas aticn-
ee de re-
Hollandois
ans toucher
es torts con-
de tant de
it que la fin
ail pouvoit
ope n'étoit
que le Roi
regardoient
que rien ne
les avertit
lui avoient
e parut fai-
d'en rele-
L ils revin-
rent
ns fa viétoi-#
INDES ORIENTALES, Lav, III, Cnar, IV. 119
rent effeétivement avec la commiflion de faire des remercimens à Keeling,
& des promeffes pour l'avenir. Cependant les Anglois ayant befoin de ris,
& comptant d'en recevoir une provifion de Daton Puti, riche Indien avec
lequel ils avoient des liaifons de commerce, ils apprirent avec autant d'in-
dignation que de furprife que les Hollandois leur avoient enlevé ce fecours.
Leur reffource étoit du moins dans les Marchands Javans de Banda, de qui
ils comptoient d'en acheter ; mais ils les trouvèrent fi tremblans, dans la
crainte d’être infultés par les Hollandois, que toutes leurs inftances n'en pu-
rent rien obtenir.
[DarTon Puti, qui étoit attaché aux Anglois par une fincère inclination,
& qui ne fe reffentoit pas moins qu'eux de leur perte commune, vint trou-
ver Keeling pendant la nuit. Entre plufieurs projets qu’il avoit imaginés peu
rendre le Commerce libre, & délivrer fa Patrie du joug Hollandois, il en
ropofa deux fur lefquels il infifta fort vivement. Le premier regardoit Kec-
ing, à qui il confilloit de fe retirer dans quelqu’une des Ifles voifines,
jufqu'au départ de la Flotte Hollandoife, & de revenir alors, avec la certi-
tude de fe trouver en état, foit par fes forces , foit par le fecours
des Indiens, de rafer le Fort des Hollandois & de les chaffer de l'Ifle. Il fal-
loit que ce confeil vint du Scha Bandar, & peut-être du Roi-même ; car ou-
tre la promefle d’armer les Indiens pour fon retour, Daton Puti s'engageoit
à fournir fecrétement des provifions aux Anglois, dans l’Ifle qu'ils cho:fi-
roient pour retraite, & leur offroit jufqu'à des femmes pour leur faire pafler
le tems avec moins d’ennui. Le fecond projet, qui ne regardoit que les In-
diens, étoit de les empêcher pendant toute la faifon fuivante de recueillir
la mufcade, & de leur perfüuader qu'il valoit mieux laiffer pourir le fruit fur
les branches que de le ag pour leurs Ennemis. Keeling trouva cette
idée puérile , & fit fentir à Daton combien il feroit difficile de réunir, dans
la même vûe, une infinité de gens, qui s’embarrafloient peut-être fort peu
à quels Maîtres ils étoient foûmis, pourvû qu'ils vendiflent leur mufcade ;
fans compter que les Hollandois, à qui cette conduite ne pourroit être ca-
chée, en prendroient droit de rendre le joug beaucoup plus rigoureux. Mais
il auroit eu moins d’éloignement pour la première, s’il n’eût cru que les Hol-
tandois, en bâtiffant un Fort, s’étoient mis dans le droit où il avoit fouhai-
té de mettre les Anglois par la foûmiflion volontaire des Habitans. C'étoit
une efpèce de poffeflion, dont il ne lui appartenoiït pas d’éxaminer la jufti-
ce, & qu’il ne pouvoit combattre par aucun titre. D'ailleurs ils avoientun
autre Etabliffement aux Moluques , d’où ils pouvoient tirer affez de fecours
pour l'emporter bientôt fur un feul Vaifleau, qui faifoit toutes les forces des
Anglois. Enfin, ils avoient commencé à faire pañler tous les ans aux Indes
Orientales des Flottes fort fupérieures à celles del’Angleterre; & ces Com-
merçans fi tranquilles, qui affeétoient, dans l'orge , de vouloir ménager
tous les intérêts & tous les droits d'autrui, ne faifoient plus difficulté d’em-
ployer les armes & de méler les vâes de l'ambition à celles du commer-
ce. Keeling n'ajoltoit point une autre objeétion, qui étoit peut-être la
plus forte : c’eft qu'après tant d'expériences de l'intidélité des Mores, il
n'ôfoit s’y fier aflez pour former une fi grande entreprife fur la feule foi de
leurs promeffes. ]
C&PENDANT le Fort des Hollandois s’avançoit de jour en jour, fans
es
KBRELING,
1609.
Deux partis
propofés à
Kceling pour
chafer les
Hollandois.
Ilen rejette
une qui lui
paroît puérile,
Il balance
fur la feconde.
KeeLzLING.
1609.
Ticrté des
Hollandois a-
près la con-
{truétion de
leur l'ort,
Ils continuent
de maltraiter
les Anglois,
Débauche de
fix Matelots.
Keeling les
fauve du fup-
plice,
Les Hollan-
dois entre-
prennent de fe
faire aimer.
wo VOYAGES DES ANGLOIS AUX
les Habitans du Pays entrepriflent de s’y oppofer ; & la tyrannie de Van.
hoof fembloit augmenter à mefure qu’il voyoit croître fon ouvrage. A Lan.
tor, à Labakata, à Kemby , & dans tous les autres lieux où Kecling cherchoit
de la mufcade, il avoit le chagrin de voir arriver les Hollandois prefqu'aufi.
tôt que lui, comme s'ils euffent pris plaifir à l'obferver dans toutes fes démar-
ches, & qu'ils euflenc réfolu de lui enlever toutes fes efpérances. [ Ils alloientæ
fouvent juiqu'a linfulcer par des railleries, & le reffentiment des Anglois à.
voit befoin à tous momens d'être réprimé par de nouveaux ordres. Keeling
apprit nou-feulement de Daton Puti, mais du Scha Bandar même, que|
l'Amiral Jlollandois avoit offert la paix aux Fabitans, à la feule condition
qu'ils fermañlent l'entrée de leur Ile aux Anglois, [ ®& que même ils leurs
donneroient pour ce:i 12000 Dollars. Ces offres furent rejettées.] Il
falloit dévorer ces outrages , en attendant la fin d'une cargaiïion dont les
Hollandois mêmes caufoient toutes les difficultés. Quoique les Indiens
n'euflent point de troupes raffemblées , & qu'ils paruilent foûmis à tou.
tes les loix de Vanhoof , il arrivoit mille occafions où leur haine écla.
toit, Kecling ne manquoit point alors de prendre parti pour les Hollan-
dois, du moins par les voies de la douceur & de la concihation. [Six de}
leurs Matelots ayant conduit une Chaloupe à Kampon Aurat, pour y pren.
dre quelques Marchandifes dans le Comptoir que Vanhoof y avoit établi,
l'abondance des liqueurs qu'ils y trouvèrent les jetta dans une débau-
che qui les rendit capables de toutes fortes d’excès. Ils forcèrent une femme
& deux filles, en fe croyant quittes pour les avoir récompeniées ailez libé.
ralement ; & fous prétexte qu'elles devoient les fouffrir fans peine après avoir
été fi bien payées, ils fe prétendoient en droit de les retenir pendant le fe.
jour qu'ils avoient à faire dans ce lieu. La femme étoit veuve & pafloit pour
libertine. Mais les deux filles, qu’on la foupçonnoit d’avoir entraînées dans
cette infime partie, firent entendre des cris & des plaintes qui attirèrent un
Officier de la Juftice Indienne. Les Matelots, choqués de voir troubler leurs
plaifirs, maltraitèrent cet Officier de pluficurs COUPS , & tuèrent un autre
Indien qui fe préfentoit à fon fecours. Keeling étoit arrivé le même jour à
Kampon Aurat. Quoique fon cortège fut fi peu nombreux qu’il ne pouvoit
prétendre à rien par la force, les Faéteurs du Comptoir Hollandois vinrent
le fupplier de fauver leurs Matelots de la fureur du Peuple. Ils étoient déja
failis & renfermés. Dans le mouvement qui portoit toute la Ville à la ven-
geance, il fembloit que leur fupplice fût infaillible avant la fin du jour. Ce-
pendanc Keeling repréfenta fi vivement l’indulgence qu'on devoit à l'yvreffe,
& tous les motifs qui pouvoient défarmer la Juftice, que par la force de fes
raifons autant que par une fomme d'argent qu'il fit agréer aux Parens du Mort,
il obtint la vie & la liberté des Coupables. Il avoit avancé la fomme dont il
il étoit convenu avec les Juges Indiens; & ce ne fut pas fans difficulté qu'il
fe la fit rembourfer.
Vannoor ne laifloit pas de fentir que ne pouvant demeurer fans cefle à
Banda, ni laifler dans fon Fort une Garnifon affez nombreufe pour tenir les
Infulaires dans une foûmiflion forcée, il avoit befoin de regagner leur con-
fiance & leur affeétion par la douceur. Son intention n'avoit jamais été de
conquérir Banda pour y établir la domination des Hoilandois ; mais dans la
vûe même qu'il fe propofoit, d'y faire un fimple magazin d'armes, &d’y laïf-
1e;
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Ce fut
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d'y Jaf-
{er
INDES ORIENTALES, Liv. II.
dienne.
le voyage des Indes pour trouver des Maris.
célébration des mariages
la navigation. ]
de douze.
échappé un feul à leur vengeance.
& de le déiruire avant qu’il fût achevé. ]
qu'il avoit avec les Habitans.
II. Part.
e
Car. IV,
fer affez de monde pour former une Colonie, il étoit à craindre que cet éta- Krerine
{21
bliffément ne fût pas de longue durée, s'il n'étoit. foûtenu que par la force,
Ce fut apparemment cette réflexion qui le fit changer fubitement de condui-
te. Il voulut que fes gens fe mélaifent fans affeétacion avec les Habitans de
Banda, & qu'ils cherchaffent à s'en faire aimer. Il renonça au droit qu’il
s'étoit attribué de régler le prix des marchandifes, & laifla aux Négocians
la liberté ordinaire du commerce. Il invita le Scha Bandar à dîner dans fon
Fort ; & pour ne pas l'expofer à violer fes ufages, il lui donna une fête à l'In-
Enfin, il lui déclara que tous les Hoilandois qui demeureroient à Ja Loix que leur
garde du Fort, auroient la liberté de fe marier avec des femmes du Pays Amiral cta.
Cette déclaration fervit également à perfuader aux Indiens qu’il commen-
çoit à traiter de bonne-foi, & à faire defirer à fes gens de demeurer à la gar-
de du Fort. Cependant, de peur fans doute qu'ils ne priflent tous le parti
d'époufer des Indiennes, il promit que la première Flotte n'arriveroit point
fans apporter quelques Européennes , s’il s'en trouvoit qui vouluffent faire
KEELING admire que dans ce projet d= Colonie, la Religion fut comp-
tée pour fi peu de chofe, ae ne laïlla pas même un Miniftre pour la
pour les autres éxercices du. Chriftianif
me. Ileft vrai, ajoute-t-il, qu'il n’en reftoit que deux fur toute la Flotte;
foit qu’elle n'en eût pas apporté davantage, ou qu'ils fuffent morts pendant
IL falloit malgré toutes ces attentions, que les Matelots ou les Soldats
Hollandois, qui commençoient à vivre aflez librement dans Banda, n’y fuf-
fent pas vûs plus volontiers, & qu'ils entraffent mal dans les intentions de Hollandois.
leur Amiral; car la haine des Habitans s’anima contre eux jufqu’à former
une confpiration pour les maflacrer tous dans un feul jour. Ils n’eurent
l'obligation de leur falut qu'à Nackada Gua, c’éft-à-dire au Capitaine d’un
Vaifleau ?ndien de Goa , qui étoit depuis quelques femaines dans-le Port.
Nackada China & Nackada Bantam, fignifient de même les Capitaines ou
les Patrons de Bantam & de la Chine, qui ne font pas diftingués par d’autres
noms. [Ii fe trouvoit environ foixante Hollandois répandus dans la Ville,
fans y comprendre les autres Facteurs du Comptoir, qui étoient au nombre
Un grand nombre d’'Habitans s’affocièrent pour les furprendre en:
différens lieux ; & s’étant divifés en plufieurs bandes, fuivant le nombre d’'En-
nemis que chacun avoit dans fon quartier , ‘il auroit été difficile qu’il en fût
Comme la plus grande partie de ces Hol- :
landois étoient des Soldats du l'ort, les Confpirés fe propoloient fuite de
fondre fur ce nouvel établiffement qu’ils comptoient de trouver ma. défendu,
NackaDaA Goa fe trouvoit lié avec les Hoilandois, parce que n'ayant
pas moins d’averfion qu'eux pour les Portugais , ilss’entretenoient enfemble leur falutà un
de leur haine. Il découvrit la confpiration, dans le commerce familier
Il fe hâta d’avertir les Faëteurs Hollandois.
L'ordre fut donné auffi-tôt à tous leurs gens de retourner au Fort ; & les l'ac-
teurs mêmes fe rendirent fur leur Flotte pour tenir confeil avec leur Amiral.
Æ[Dansun danger fi preflant, Vanhoof réfolut d’en impofer aux Habitans par
fa
1609.
lit,
Confpiration
contre les
Ils doivent
Capitaine In-
dien de Go.
KreeLINA.
1609.
Difcours que
Vanhoof fait
prononcer au
Scha Bandar,
Vanhoof abu-
fe de fa puif-
fance pour
chagriner les
Anglois,
2 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fa fermeté (c). Il fe rendit à terre avec une efcorte de cinquante hommes,
& pañlant au travers de la Ville pour aller jufqu'a la maifon du Scha Ban.
dar , il falua les Indiens d’un air auffi tranquiile que s’il n'avoit eu rien à leur re-
procher. Si le Scha Bandar fut furpris de fa vifice, il le parut encore plus de fes
explications. Vanhoof profita de fon trouble pour éxiger qu'il fit venir fur le
champ un certain nombre d’Habitans dont il avoit appris les noms, de Nacka-
da Goa. La crainte retenant le plus grand nombre, ce ne fut pas fans diff.
culté qu’on parvint à les raflembler. Cependant il en parut plufeurs, accom-
agnés d'une foule de peuple, qui fembloit difpofé à les défendre. Mais
"Amiral qui fe fioit au courage & aux armes de {es gens, ne mit pas moins
de ficrté dans fa contenance à la vûe de cette Aflemblée. Il prefla le Scha
Bandar de déclarer pour lui, qu’il n'ignoroit pas les fanglans deffeins qu’on
avoit formés contre fa Nation, & qu'il connoifloit jufqu’au nom des coupa-
bles; mais que dans le pouvoir qu'il avoit de fe venger, il aimoit mieux
faire connoître, par l'oubli de cette otfenfe, qu'il n'avoit que des fentimens
d'amitié pour le Peuple de Banda; que cet éxemple apprendroit enfin quel.
le avoit été l'intention des Hollandois en bâtiffant un Fort ; que loin d’en vou-
loir à la liberté du Pays, ils ne penfoient à s’y établir que pour la défendre
& la conferver: que les loix qu'il avoit impofées à fes gens feroient fidéle-
ment obfervées ; qu’il promettoit d'en punir les infraéteurs, & d'écouter les
plaintes ; mais ai demandoit auffi que le Peuple de Banda reconnût les Hol-
andois pour fes alliés, fes amis, fes frères, & que dans les devoirs de la
fociété comme dans ceux du commerce, 1l répondit à l’affeétion qu'on ne
cefferoit jamais de lui marquer.
Ce difcours que la crainte arracha de la bouche du Scha Bandar , beau-
coup plus que l'inclination, ne laiffa pas de faire impreflion fur le Peuple.
Vanhoof dût être fatisfait du témoignage préfent qu'il en reçut par des ca-
refles & de longues acclamations. Elles allèrent jufqu’a lui offrir de faire re.
chercher tous les Coupables , & de lui en abandonner la punition. Il répé:
ta qu'il oublioit leur crime, dans la confiance qu’il ne feroit jamais renouvel-
lé. Cette réconciliation feinte ou fincère, fe foutint fi conftamment que non:
feulement les Hollandoiïs eurent la liberté d'achever leur !'ort, mais qu'ils
recommencèrent à fe lier plus étroitement que jamais avec !es Indiens, L’ef.
fet n’en fut défagréable que pour les Anglois, à l'égard defquels Vanhoof fe
crut en devoir de garder moins de ménagement. ] Keeling lui avoit fait of:
frir de fe borner au commerce de Puloway & de Pulorin, à l1 feule condi
tion que les Hollandois lui payaffent environ douze cens dollars qui lui étoient
dûs à Banda. Vanhoof (d) y confentit ; mais ahufant de cette condefcendan-
ce, il éxigea que les Bâcimens Anglois qui feroient déformais ce ete
| fuffent
Verhoeven, qui fe trouve dans le Recueil di
Voyages qui ont fervi à l'établifjement de la
Compagnie des Indes Orientales, formée dans
les Prooinces-Unies. Tom. IP. KR. d. E.
(d) l'Anglois dit que ce futle Vice-Amiril
Simon Hoen, qui eut ce nouveau déiméêlé avec
Keeling. Vanbof avoit été tué, commeil at
té dit dans la note précédente, KR. d. E.
(c}. Dans l'Anglois iln’eft pas parlé de cet-
te fermeté de l'Amiral Hollandois ; au contrai-
re il yeft dit qu'on vit arriver à Puloway,
où étoit alors Kecling, pluficurs barques de
Banda, qui raportérent que cet Amiral avoit
été tué avec les principaux de fa fuite, cequi
eft conforme avec ce qui cft dit dans la Re-
lation du Voyage de ce Vanboof, ou plûtôt
XF fufk
qu'il
tyra
ces
s'il ]
XFRoi
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roit :
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L’Aut
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que le
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X
> hommes,
Scha Ban-
1 à leur re-
plus de fes
venir fur le
de Nacka-
is fans diff-
rs, aCCOm-
dre. Mais
t pas moins
efla le Scha
effeins qu’on
| des coupa-
moit miéux
s fentimens
enfin quel-
Din d’en vou-
la défendre
oient fidéle-
d'écouter les
inût les Hol-
evoirs de la
on qu'on ne
indar , beau-
r le Peuple.
par des ca:
de faire re-
Dn. Il répé-
ais renouvel-
ent que non
, mais quils
ndiens. L'ef:
Vanhoof fe
voit fait of.
feule cond
qui lui étoient
ondefcendan-
e commerct;
fuffent
s le Recueil di
bliffement de 4
bles | formée dans
Ë
ut le Vice-Amiril
veau démêlé avec
é, commeil at
te, R. d. E.
+
x# Roi fon maître ; [qu
Ædura-t-il beaucoup plus que le combat.
INDES ORIENTALES, Lrv. Il.
Cuar, IV.
123
thfuflent foûmis à ia vifite des Hollandois, [pour que ceux-ci fuffent affürez
qu'ils ne porteroient pas des armes ou des provifions à leur Ennemis.] Une
tyrannie fi violente révolta Keeling. Il protefta que l'infériorité de fes for-
ces ne l'empécheroit pas de s’y oppofer, au péril même de fa vie, & que
s'il périfloit dans une querelle fi jufte, i] laifferoit la vengeance de fa mort au
i n'avoit d'autres provifons à vendre que quelques facs
de ris; & que tout ce qu’il avoit d'armes fur fon bord confiftoit en une ving-
taine de Moufquets, qui appartenoient à un pauvre homme, à qui il n'ôte-
roit point la liberté de les vendre, & qu'eux pouvoientles acheter à un prix
raifonnable.] Cependant après avois délibéré avec fon Confeil fur la nécefli-
té de fa fituation, il envoya le 2 de Juin, Spalding à l'Amiral Hollandois,
pour lui demander un accommodement. L'état de fes forces lui permettoit
fi peu de contefter, qu’il ne penfoit plus qu'à fortir de certe difficulté avec
honneur. Mais les Hollandois, réfolus de le mortifier, infiftèrent abfolument
fur leurs prétentions. 11 leur écrivit dans les termes les plus preffans, en
joignant aux motifs de l'honnêteté & de l'amitié, des offres qui devoient paf-
fer à leurs propres yeux pour un jufte équivalent. Leur réponfe fut qu'ayant
tenu quatre fois confeil fur cette affaire, ils s'étoient accordés autant de
fois à croire leur réfolution indifp:nfable. Il fallut céder avec autant de re-
gret qu'ils firent éclater de ficrté & de joie. Soixante-deux hommes, qui
compofoient alors tout l'Equipage du Vaiffcau Anglois & de la Pinafle, ne
pouvoient entreprendre de rélifter à deux mille, ni mêine cfpérer de fortir
du Port malgré eux, depuis que leur Fort le commandoïit entièrement.
A1ins1 Keeling fe vit forcé de fubir une loi fort humiliante; & l’occafon
de plier fousle joug fe renouvellant à chaque voyage que la Pinaffe faifoit à
Puloway, à Labakata, à Lantor, à Rumber, & dans les autres lieux voi-
fins, limpatience de fes gens faillit plus d'une fois de produire des fcénes
fanglantes. Lui-même, étant allé à Lantor, pour y porter des draps & rap-
porter des épices, il ne put fupporter la hauteur avec laquelle on éxigeoit
w’il s'approchât de la Garde Hollandoife qui devoit le viliter. Il continua
de faire ramer, malgré la menace qu'on lui fit de tirer fur lui. Enfin les Hol-
landois fe mirent en mouvement pour fe rendre à fa Chaloupe; & fatisfait
alors de leur politeffe, il ne fit pas difficulté de les attendre.
Mais il fut extrêmement furpris de les voir partir le 2 de Tuillei avec
toutes leurs forces, fans lui avoir donné le moindre avis de leur départ. Ne
pouvant s’imaginer qu’ils abandonnaflent Banda fans avoir achevé d'y éta-
blir leur pouvoir, & moins encore qu'ils l’y laiflaffent comme le maître,
Jorfqu’ils n'avoient pas plus de cinquante hommes dans le Fort, il n’attendit
pas fans inquiétude à quoi ce mouvement devoit aboutir. Mais il apprit dès
Île même jour ,que, fur quelques fujets de mécontentement nu'ils avoient reçus
à Labakata, ils étoient allés punir les Indiens de cette malheureufe Ville.
L’Auteur affre que quarante hommes auroient füuffi pour cetteentreprife. Les
Habitans firent fi peu de réfiftance qu’à peine en reftoit-il quinze ou vingt,
que les Hollandoïs tuèrent à genoux. Tous les autres avoient pris la fuite à
leur approche, abandonnant leurs familles & leurs biens. Aufli le pillage
femmes emmenées pour l’efclavage, avec les enfans capables de marcher.
L'Amiral Hoilandois obferva néanmoins quelque apparence de juftice dans
9
cette
La Ville fut brûlée, [& les jeunes :
"KerLINS.
1609.
Les Anglois
font afüujétis à
la vifite des
Hollandois,
Regret qu'ils
ont de s'y foti-
mettre.
Les Hollan-
dois pillent &
brûlent Laba-
kata,
1% VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Kezuine. Cette confufion. 11 voulut que les femmes mariées euffent lu liberté de füi- our d
2609. vre leurs maris fugitifs. Mais il s'en trouva plufieurs qui refufèrent d'accep- ava,
ter cette grace, dans le chagrin d’avoir été abandonnées. Il eft aifé de fe fi- de vou
Licence du gurer quelle fut la licence du Soldat. À peine l'Amiral pât-il mettre à cou- (f)
Suldat, vert quelques Dames Indiennes, femmes des plus riches Marchands de la à bord
Ville dont il efpéroit tirer un profit confidérable, foit par la rançon qu'il re- avec b
cevroit de leurs Maris, foit par la vente qu'il en feroit faire aux Portugais long fé
de Goa & de Malaca. Il tua de fa main deux Soldats qui menaçoient de la viron v
dernière violence une jeune Indienne fort éplorée. La compañlion qu'il eu: On ent
pour elle, fe changea dans d’autres fentimens qui ne lui permirent point eu- ferme «
fuite de la vendre. x moire (
ges Hollnt Les Hollandois furent moins heureux dans une autre expédition qu'ils tant d
devant Salo. tentèrent contre Salomo. Quoiqu'ils s’y fuffent préfentés en fort grand nom- termes.
mo, bre, ils furent reçus avec tant d'ordre & de courage par les Habitans, que s D
n'ayant pl faire leur defcente, ils fe retirérent après avoir perdu plufieurs fe fo
de leurs gens. L’Auteur ignore quel étoit le crime de ces malheureux Indiens, tes
& ne leur en fuppofe point d'autre que d'avoir refufé de vendre leurs mar- » la R
chandifes au prix que les Hollandois vouloient leur fixer. Sacob de Bitter, > dans
Gouverneur du Fort, & Mathieu Porter, deux hommes dont Keeling vante 15 ter.
beaucoup la probité, le firent avertir fecrétement qu’il étoit foupçonné par | den
Ils accufent leur Amiral, d’avoir contribué à la difgrace des Hollandois par les avis qu'il dit C
les Anglois de : : : Es j : rs :
lesavor wa. avoit fait donner aux Habitans de Salomo. Quoique cette accufation ne fût M ,ilno
his. foûtenue d'aucune preuve, on prétendoit s'être apperçu que pendant les » L
deux nuits précédentes, les Anglois avoient fait des fignes extraordinaires, f », ayan
auxquels on avoit vû répondre du rivage; & , fur cette folle imagination, » des .
l'Amiral ne penfoit à rien moins qu’à fe faifir des Anglois & de leur Vaif » quiét
feau. Keeling dans une jufte allarme, rappella tous fes gens à bord, & fit » quef
éclater ouvertement la réfolution où il étoit de fe défendre. Cependant il 1 qu'il
députa Spalding (e) à l'Amiral pour lui marquer l'étonnement qu'il avoit de » mec
fes préventions. Cette démarche mit les Hollandois dans la néceflité de dé- [MN :, la fo
favouer leur deffein. Mais leur Amiral demanda fièrement à Spalding , quand » fent
les Anglois fe propofoient de partir, & quelle pouvoit être la raifon qui les leurs
arrétoit depuis fi long-tems. Spalding répondit qu'ils étoient forcés de de. [N une
meurer pour fatisfaire à leurs dettes. L’Amiral crut lever tout-d’un-coup cet- 1 par |
te objeétion en s’offrant à les payer. Mais Keeling lui fit dire auffi-tôt qu'il ou p
ne s’expoferoit jamais aux reproches qu'il devoit attendre de fa Compagnie, ces à
s’il manquoit aux plus faints engagemens du Commerce; & qu'il n'étoit pas & de
moins obligé de foûtenir la réputation de l’Angleterre aux yeux des Indiens. férie
[II fut aufi parlé dans cette entrevûe des prétendus fignes qu’on avoit fait Cipat
aux Indiens; les Hollandoïs foûtenoient qu'ils en avoient des informations fà- CET,
res; & qu’entr'autres un Anglois à qui l’on avoit demandé le jour auparavant Raja
pourquoi l'on avoit fait ces fignes, avoit répondu qu'on avoit eu raifon d'en lianc
agir de la forte, parce que le pays devoit beaucoup aux Anglois & que les a -
Hollandois s’oppofoient conftamment à toutes leurs entreprifes. Keeling nia
le fait, & défia qui que ce fut de lui prouver ce qu'on avançoit.] Enfin
pour
(e) L'Original dit que ce furent les Hollan- à bord de l'Heétor, pour avoir des éclaircifle-
dois qui envoyèrent Van Bergel & Samuel King, mens avec Keeling. KR. d. E. à
X
té de füi-
t d'accep-
é de fe fi-
re à cou-
ands de la
n qu'il re-
Portugais
ient de la
qu'il eu:
point eu-
ion qu'ils
and nom-
tans, que
| plufieurs
x Indiens,
eurs mar-
de Bitter,
ing vante
onné par
avis qu'il
ion ne fût
ndant les
rdinaires,
agination,
leur Vaif-
rd, & fit
endant il
1l avoit de
lité de dé-
ing , quand
on qui les
és de de-
1-COUp Cet-
Mi-côt qu'il
mpagnie ,
l'étoit pas
es Indiens.
nations fû-
auparavant
aifon d'en
& que les
eeling nia
t.] Enfin
pour
es éclairciffe-
La
avoit faitt?
INDES ORIENTALES, Liv. II Cnar. IV. 125
our diffiper tous les foupçons, il offrit de fe retirer dans le Port de Labonn
ava, d'où il ne pouvoit pas être foupçonnné d'obferver les Hollandois, ni
de vouloir préjudicier à leurs intérêts. | Le
(f) Carre offre demeura fans réponfe, mais le 18 après-midi , il vint
à bord plufieurs Officiers Hollandois , qui demandèrent d'abord à sp À
avec beaucoup d'honnéteté , s'il perfiftoit dans le deffein de faire un plus
long féjour aux Indes. Ils répondit que fes affaires demandoient encore en-
viron vingt jours, & qu'il efpéroit les pailer en paix avec les Hollandois.
On entra dans un grand nombre d'explications ; mais Keeling paroiflant
ferme dans fa première réponfe, les Officiers de Hollande lui remirent un Mé-
x#moire qui contenoit la réfolution de leur Confeil, [& qui renfermoit au-
tant de menfonges que de lignes. ] Je le rapporterai dans fes propres
termes.
» M. Wicziam KEELING, Géneral Anglois, nous fera la juftice de
fe fouvenir que nous lui avons offert par nos Députés de payer les det-
tes qui lui.reftent à Banda fous la feule condition qu’il lui plût de fortir de
la Rade avec fon Vaiffeau. Quoique nous n'av-: point eu d'autre vâûe
dans cette propofition, que d'éviter les querelk*, 1 a refufé de l'accep-
ter. Nous n'avons néanmoins que trop de raifons d'éxiger qu'il s’éloig:.e
de notre Flotte & de notre Fort de Naffau. Et pour faire connoître au-
dit Général par ques motifs nous nous fommes arrêtés à cette réfolution,
il nous paroît jufte de les lui communiquer par écrit.
» LE 8 d'Avril 1609, notre vénérable Amiral Pierre Williamfon Vanhoof ,
ayant jetté l'ancre avec fa Flotte dans le Port des Ifles de Banda, ilapprit
des Marchands de notre Compagnie des Indes, qu'ils étoient fans cefle in-
quiétés & chagrinés par les Habitans de Banda qui leur enlevoient quel-
quefois leurs draps & leur marchandifes, ou qui les prenoient au prix
qu’il leur plaifoit de régler, fe rendant les Arbitres du tems & de la for-
me du payement; ce qui les avoit endettés avec nos Marchands jufqu'à
la fomme de vingt mille piéces de huit, fans aucune apparence qu'ils euf-
fent jamais l'intention de s'acquiter. Il apprit encore que les Bujets de
leurs Hautes Puiffances les Etats de Hollande étoient continuellement dans
une fituation fort incertaine, menacés fans ceffe de leur ruine, effrayés
par l’éxemple de plufieurs de nos Marchands, qui avoient été maflacrés,
ou pris par force , & réduits à la néceflité d’embraffer l’Idolâtrie. Sur
ces avis, notre-dit Amiral fe crut obligé, pour la fûreté de nos Marchands
& de nos effets, contre les Portugais & nos autres Ennemis, de penfer
férieufement à conftruire un Fort. La propofition qu'il en fit aux Prin-
cipaux Oran Rajas fut agréée; & lorfque l'ouvrage commençoit à s’avan-
cer, ledit Amiral Vanhoof (g) ayant convoqué une affemblée des Oran
Rajas & du Confeil de l'Ifle, il y jetta avec eux les fondemens d’une al-
liance perpétuelle. Enfuite il nomma le Fifcal de la Flotte pour demeu-
rer à Koyakke & pour y foûtenir le régne de la juftice & de la bon-
ne- foi.
» APRÈS
(g) l’Anglois dit le fufdit Amiral van Hoen ,
ce qui eft fans doute une faute, KR. dE
Q3
(f) Ici commence la 6e, Section dans l'Ori-
gindl. R. d.E, |
K£eëLinu,
1609.
Réfolution
des Hollan-
dois,
Ordre de {a
Flotte Hollan-
doife fignitié à
l'Amiral An-
glois.
KezLINO.
1609.
Réponfe des
Anglois. ‘
Les Anglois
veulent partir
librement.
126 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
» Arrès ces fages préliminaires, ils ne roftoit plus qu'à faire confirmer
» le Traité par tous les Rajas, & dans cette vûe l'Amiral fe rendit à Ka.
» tu, où il avoit marqué l'Affemblée générale. A fon arrivée ,un Bandanois
» fortit de la forêt pour lui dire que tous les Rajas étoient affémblés dans
» Un lieu voifin, mais que la crainte qu'ils avoient des Soldats, les empêchant
» de s'avancer, ils le prioient de fe rendre près d'eux avec fon Confeil, [Il
» donna dans le piége avec tant de confiance, qu'il fit demeurer fes Soldats
» fort loin derrière lui; & pénétrant dans les bois , il fut étrangement fur-
» pris de les trouver remplis de Négres armés , de Bandanois, & d'Oran:
» Rajas, qui l'environnérent auffi-tôt, & qui le mafTacrèrent lui & tous fes gens
» avec tant de barbarie, que chacun fe tronva percé de plus de vingt coups.
» Cette trahifon ayant fi bien réuffi , ils fe promirent de traiter de même
» tous les Soldats de l'efcorte; mais ceux-ci fe tenant fur leurs gardes, trom-
» péèrent l'attente des Meurtriers , & les forcèrent de rentrer dans leurs
» bois; ce qui ne mit point à couvert le l'ifcal, & quantité de malheureux
» Hollandois, qui s'occupant fans défiance à ramaffer des noix de cocos dans
» la campagne, furent tués impitoyablement jufqu'au nombre de quarante,
» C'eft par ces cruels & fanglans outrages que nous avons été provoqués
» Contre une Nation parjure , & que nous nous trouvons engagés dans une
» guérre dont nous leur avons déja fait reffentir les effets. (h).
» Au milieu de tant d'ennemis, nous jugeons à-propos , en vertu de no:
» tre Commifflion & de nos Patentes, d'ordonner audit Géneral Keeling de
» fortir du Port dans l'efpace de cinq jours, pour s'éloigner de notre f‘lot-
» te & de notre Port de Naffau. Ayant conquis l'Ifle de Nayra par la force
» des armes, notre viétoire nous donne de juftes droits fur toutes les Radces
» qui en dépendent, telles que Labakata, Lantor, &c. & juiqu'a la fin de
» la guerre, nous ne permettrons point qu'aucun Navire étranger y vienne
» jetter l'ancre. |
» EN conféquence de cette réfolution, le Confeil de la Flotte de Hollan-
» de a nommé fes Députés pour fignifier fon ordre audit Géneral Kecling,
» le 28 ne 1609. S ne par Simon Hoen, Ÿacob de Bitter , Henri van
1g
» Bergel, Ÿean Corneliffon Vyft, William Sacobfon, Simon Martens , Rutger
» Tomaffens, Henri Marlaben , Peter Babuec , William W'andervort , Secrc-
» taire.
KEZLING, après avoir lu ce Mémoire avec attention, répondit de bou-
che, en peu de mots, que fa cargaifon étoit achevée, & que rien ne s’oppofoit
plus à fon départ; mais que pour l'honneur de fa Compagnie & pour le ficn,
il ne pouvoit fe réfoudre à partir d’une manière honteufe; eufin que s'iln'é-
toit forcé par quelque chofe de plus puiffant que des paroles , il étoit réfolu
de demeurer encore vingt jours. On lui repréfenta que l’ordre qu'il avoit
reçu par écrit fuffifoit pour fa juftification. Qui ne fçait pas, repliqua-t-il
hardiment, que la témérité fait quelquefois hazarder des menaces dont on
n'oferoit entreprendre l’éxécution! Cependant pour marquer qu'il penfoit de
bonne-
7 Ch) Ici fuivent diverfes raifons fur les fe trouvent dans le Texte d'où nous tirons
quelles on accufoit les Anglois d'avoir donnédu cet Extrait, & vrai-femblablement ils y ont été
Jecours aux babitans de Banda; je ne crois pas mis par Purchaff, qui mêle fouvent fes re
qu'il foit nécelJaire de les rapporter, Ccsmots flexions avec celles de fon Auteur.
bonne
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voyé
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pour |
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notre f'lot-
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al Kecling,
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ons , Rutger
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ndit de bou-
Le s’oppofoit
pour le fien,
| que s’il n'é-
étoit réfolu
e qu'il avoit
repliqua-t-il
ces dont on
il penfoit de
bonne-
bu nous tirons
ent ils y ont été
fouvent {es re
tour.
à Puloway.
te piéces de canon, dont huit étoient de fonte.
INDES ORIENTALES, Lav. III Cuar. IV. 127
bonne-foi à lever l'ancre vers le terme qu'il s'étoit impofé, il annonça fon
deflein par une décharge de cinq piéces de canon. Les Hollandois confenti-
rent entre eux à lui accorder ce terme; mais ayant appris qu'il avoit en-
voyé fon Elquif à Puloway, pour y reconnoître une bonne Rade , ils te-
moignèrent encore quelque étonnement. C'étoic l'occalion qu'il cherchoit,
ur leur déclarer qu en cas de contrainte, il laifferoit des Faéteurs à Puloway
[Ls lendemain l'Efquif revint, mais fans avoir rien pû retirer de ce qui
étoic dû. Tout ce qu'il rapporta fut que les habitans s'acquiteroient de leurs
dettes, fi les Anglois pouvoient s'arrêter encore une vingtaine de jours dans
kur Rade, où ils lés invitoient à venir jetter l'Ancre,
La paix fut publiée le 1 d'Août entre les Hollandois & les Infulaires. Il
étoit aifé d'en conclure que lesAnglois ne feroient plus foufferts long -tems
Ils avoient payé leurs dettes à Banda, & c'étoient eux - mêmes
qui fe trouvoient créanciers d'une groffe fomme à Puloway.] Le jour même
de la publication, ils reçurent du Confeil Hollandois une lettre de change,
“payable à Bantam. [Ce foin d’acquiter les dettes des Indiens, fut une décla-
ration dont le fens ne pouvoit être obfcur pour Keeling. Cependant les Of-
ficiers de la Flotte Hollandoife affeétant de le traiter avec politefT:, il ne re-
fufa point de prendre part à leurs réjouiffances.] Leur artillerie fut fi peu mé-
nagée pour la célébration de la paix, qu'ils tirèrent plus de cent cinquante
coups pendant le feftin. Ils en donnèrent un dans le Fort, & Keeling ne
fic pas difficulté d'y afifter. Le Gouverneur fe fit une joye maligne de lui
montrer avec foin tous les ouvrages de cette Place, Ils étoient munis de tren-
Mais on fe garda bien de
raconter à Keeling quels droits les Hollandois avoient violés pour former cet
établiffement. I] l'avoit appris du Scha Bandar même, qui ne lui avoit pas
caché que c'étoit la principale caufe de la guerre. Aux environs de Banda,
les Hollandois n'avoient pas trouvé de lieu plus favorable pour la conftruc-
tion de leur Fort que celui des Sépultures publiques , auquel non-feulement
le Peuple attachoïit une haute idée de religion, mais où le Roi même & tous
les Oran Rajas avoient coutume de fe rendre une fois chaque femaine pour
honorer les cendres de leurs parens & de leurs amis. Outre l'intérêt de leur
défenfe , il avoit paru par l'événement que les Flollandois n'avoient pas moins
cherché à fatisfarre leur avarice, en pillant plufieurs riches maufolées. Quoi-
qi n'y eût point de fépulture particulière qui ne leur eûc offert de précieu-
es dépouilles, parce que l'ufage étoit pour les plus pauvres d'enfevelir quelque
u
argent avec les morts, les Bandanois avoient regreté particu-
puisse d'or ou
iérement deux tombeaux qui n’étoient pas moins riches au dehors qu'au de-
dans, & qui pañloient dans la Nation pour un monument fi curieux, que les
Anglois à leur arrivé, en’avoient rien eu de fi preffant que de fe procurer la vûe
de ce fpeétacke. L'un étoit la fépulture d’u:1 Raja, dont le nom étoit fort ref
peété par l'opinion qu'on avoit eue de fa fainteté sg fa vie. On y ve-
noit depuis plus d’un fiécle en pélerinage, non-feulement de Banda, mais
de toutes les Ifles voifines; & chacun y fignaloit fa piété par des préfens &
des offrandes. L'autre tombeau étoit celui d'une femme, qui dans une guer-
re contre le Roi de Macafar , s’étoit facrifiée généreufement pour la Patrie.
Elle étoit jeune & belle. 11 lui étoit venu dans l'efprit, de faire ufage de
fes charmes pour gagner l’Ennemi de fa Nation, ou pour trouver le moyen
de
Kurctwo,
1609.
Paix encre
les Hollandois
& les fufulu-
res.
Les Anglois
prennent part
aux réjouitlan-
ces,
Fort de Naf.
fau & fon
origine,
Hiftoire de
deux tom-
beaux Indiens,
128 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Kencino de le perdre, Mais fon entreprife avoit tourné à fa propre ruine, Ses char:
1609 mes ayant eu d'abord le fuccès qu'elle s'en étoit promis , elle avoit communi.
qué fes efpérances à Banda par des Meflagers infidèles , ou par quelque lettre
qui fut interceptée, Son amant n'eut pus plûtôt découvert fa trahifon que
tout l'amour qu'il avoit pour elle s'étant changé en fureur , il la poignarda de
fa propre main; enfüuite il avoit envoyé le cadavre à Banda, avec des repro-
ches infultans pour ceux qu'il accufoit d'avoir employé cette rufe, Les Ha.
bitans de Banda avoient reçu le corps de leur Héroïne avec des fentimens
de reconnoiflance & de vénération qui avoient produit dans la fuite une ef.
péce de culte, ]
Lecommerce KEELING envoya quelques jours après, fa Chaloupe à Puloway, pour y
eftinterdità prendre quelques marchandifes qu'il y avoit en dépot. Nackada Guxarate,
Keeling. + lui fit dire par cette occafon qu'il ne devoit plus efpèrer d'épices de cette trou
Ifle, mais que ies Fabitans avoient regret J'étre forcés à ce refus par les tés :
menaces des Hollandois. [Un Domeftique du Nackada vint à bord le lende. dern
main , dans une petite Barque que les Hollandois vifitèrent fur fon pañlage, de le
avec la dernière rigueur. Il apportoit à Kecling, de la part de fon Maître, sarle
uelques perles dont il avoit différé jufqu'alors à fixer le prix, & qu'il aban- a ce
onnoit enfin pour celui que les Anglois en avoient offert, L'Officier Hol- ne m
landois, qui l’avoit vifité, avoit marqué tant de goût pour les Perles, qu'ap- tuer
prenant à quel prix on les laifloit aux Anglois, il avoit fait desinftances pour 1 fond
en faire accepter de lui la même fomme. Mais le Nègre du Nackada s'é D les c!
toit défendu par des raifons d'honneur & de fidélité, qui avoient dû couvrir Î & d’
les Hollandois de confufion. ] | malh
Kecling part K£&ELING n'ayant pas d'autre raifon pour différer fon départ, que l'hon. | fait
le Banda. neur de fa Nation, le crut déformais à couvert par le confentement qu'il vage
avoit obtenu des Hollandois, & réfolut de lever l'ancre au premier vent. ‘ln le pr
[I fit tirer cinq coups de canon pour rappeller fon monde à bord; & ren-t fenté
voya fa Chaloupe à Puloway pour enretirer Brown & Spalding. Brown revint cenc
feul, mais on retint Spalding , qu'on ne voulut pas laïifer partir fans que D aflez
Keeling vint lui-même le chercher. Cela l'obiigea de s'approcher dela Ville li fur la
& alors le Roi de Macañfar vint le trouver, en amenant Spalding aveclui]. | fois f
Il lui reftoit quelques balots de poivre à pèfer. C'eft la feule occafion où [Bi avoie
l'on apprenne par fon récit, que le Kati pèfe ur Hibe quatorze onces & furen
demi. Il mit à la voile le ro du mois d'Août, & le jour fuivant, il jetta NN &ru
l'ancre près de Macaffar. Son deffein étoit de s'arrêter dans l'Ifle de Célé- rité «
bes, pour y prendre du girofle. Le 12 quelques gens qu'il envoya dans fon innoc
Efquif [ pour s'informer où ils étoient, lui firent perdre l'idée de s'arrêter dansif de la
cet endroit, car ils ] lui rapportèrent que depuis peu de jours (i) un Vaif. [Bi ce de
Naufrage d'un feau Hollandois avoit fait naufrage fur cette Côte, [ & qu'il ne s’en étoit # rent «
Vaileau Ho fauvé que fept hommes, qui le conjuroient de les prendre à bord jufqu'a D lcurs
1 Bantam. Le reflentiment qu'il confervoit contre les Hollandois de Banda ne le Ch
diminua point fa compaflion pour ces malheureux. Il leur envoya fa Cha: auxqt
Joupe, pour apporter avec eux quelques débris de leur cargaifon que la Mer foient
avoit pouflés fur le rivage. moin
Le éclait
crime
(i) Angl, depuis trois mois, K, d, E.
X
, Ses char:
: communi-
elque lettre
rahifon que
oignarda de
c des repro-
. Les Ha-
y fentimens
ite une cf.
\y, pour y
y Guarate ,
s de cette
fus par les
rd le lende-#
n affage,
on Maître,
qu'il aban-
icier Iol-
rles, qu'ap-
ftances pour
ackada s'é-
dû couvrir
, que l'hon-
ement qu'il
emier vent.
rd; & ren-kp
rotun revint
ir fans que
kr de la Ville
g avec lui].
occafion où
re onces &
nt, il jetta
le de Célé-
ya dans fon
arrêter dans?
i) un Vaif
e s'en étoit#
bord jufqu'a
de Banda ne
oya fa Cha-
que la Mer
LE
INDES ORIENTALES, Lav. III, Citar, IV, 129
Le principal d'entr'eux étoit le Pilote de leur Bâtiment, Il avoit évité
ja fureur de la Mer fur un coffre vuide, à la ferrure duquel il avoit’ lié une
corde fort mince, qu'il avoit attachée par l'autre bout à fa ceinture, Ce fe-
cours l'avoit foûcenu pendant fepe ou huit heures fur les flots. Il fe nommoit
Van Cingel. Son Vaifleau venoit de Macao, dont il avoit fait quatre fois
le voyage; &ce n'étoit pas la première difgrace qu'il eûc effuyée dans fes dif-
férentes navigations. Il raconta aux Anglois, qu'ayant mouillé à Siam deux
ans auparavant, il avoit été arrêté avec tous les Officiers de fon Vaifeau,
par l'artifice de Manuel Cabos, Capitaine Portugais, qui les avoit repréfen-
tés comme des Pyrates, auffi dangereux pour les Européens que pour les Peu-
ples de l'Inde. Ils avoient été renfermés au nombre de fix dans une étroite
prifon, tandis que le Roi de Siam avoit fait garder leur Bâtiment par une
troupe de Soldats qui y avoient caufé beaucoup de défordre, Les formali-
tés de leur procès avoient duré fort long-tems. On les avoit menacés du
dernier fupplice, pour tirer d'eux la confellion de leurs defféins. Au milieu
de leurs fouffrances, un Indien attendri de leur fort trouva le moyen de leur
arler fans témoins & de leur offrir une voie pour fe procurer la liberté. Dans
a certitude qu'ils avoient de leur innocence, ils refufèrent un fecours qui
ne mettoit que leur vie à couvert , fans aucune efpérance de fe faire refti-
tuer leur Vaifleau. Cependant, cette apparence de courage, qui n'étoit au
fond que l'effet du défefpoir , fit tant d'impreflion fur le Roi, qu'il ceffa de
les croire coupables, Il leur rendit la liberté, avec le pouvoir de vendre
& d'acheter diverfes marchandifes. S’étant remis en mer ils avoient eu le
malheur , en fortant du Port, de toucher contre un rocher, qui leur avoit
fait une large voie d'eau. Cet accident les ayant forcés de retourner au ri-
vage, ils étoient retombés dans un embarras beaucoup plus dangereux que
le premier. Les Prêtres du Pays, qui s'appellent Talapoins, avoient repré-
fenté au Roi qu'il s'étoit trompé dans l'opinion qu’il avoit prife de leur inno-
cence, puifque le Ciel en les puniffant lui-même à la vûe du Port, déclaroit
aflez vifiblement qu'ils étoient coupables. Ainfi, la fuperftition l'emportant
fur la juftice & la compafñlion naturelle, ils avoient été faifis pour la feconde
fois par ceux qu'ils croyoient prêts à les fecourir. Les mêmes Prêtres qui
avoient empoilonné l’efprit du Roi, furent nommés pour leurs Juges. Ils
furent conduits à quelques lieuës de la Ville , dans l'enceinte d'une Pagode,
& renfermés plus dément que jamais. En les éxaminant avec une févè-
rité extraordinaire, on leur fit entendre que la feule manière de prouver leur
innocence, étoit d'aflifter au culte de la Pagode, & de la prendre à témoin
de leurs fermens. . On leur fit la-deflus cent récits extravagans de la puiffan-
ce de cette Idole. Comme ils étoient renfermés dans le même lieu, ils tin-
rent conféil enfemble fur une propofition qui pouvoit terminer tout-d'un-coup
leurs peines. De fix qu'ils étoient, quatre fe perfuadèrent que fans bleffer
le Chriftianifme, ils pouvoient paroïître dans un Temple & devant des Idoles
auxquelles ils n'attribuoient aucune vertu. Jurer par la Pagode, c'était, di-
foient-ils, un ferment tel que l’ufage l’a introduit, lorfqu'on prend à te-
moin la Lune, les Etoiles, ou d’autres corps inanimés. Mais le Pilote plus
éclairé & plus délicat fur les devoirs de fa religion, foûtint que c’étoit un
crime, & que toute invocation de l’objet d'un faux culte ne pouvoit pañler
que pour un culte d'Idolätrie, Son opinion l’emporta, quoiqu'il ne fût Acon-
IT. Part. R dé
Kertine
1609.
Keulinz prend
quelques Ho!
landols à bord
Hiftoire d'un
Pilote,
«
… “#
Rantino,
1609.
Avis donné à
Kceling fur di-
vers intérêts à
la Chine,
Les Anglois”
relàchent à Ja-
catra.
Îls y trouvent
deux Vaif-
feaux Hollan-
dois,
1o VOYAGES DES ANGLOIS AUX
dé que d'une feule voix pour la faire valoir, Enfin les Précres n'ôfant pouf.
fer leur sèle impie jura à porter une Sentence de mort contre des Etran-
u'ils ne pouvoient convaincre d'aucun crime, & ne voyant pas non
plus d'apparence à les retenir écernellement captifs, propofèrent au Roi un
tempéramment qui fut accepté. Comme on s'étoit rendu maître de leur Vaif.
feau , ils demandèrent qu'une partie de leurs biens fut confacrée à la Pagode,
pour expier le refus que les Hollandois avoient fait de l'adorer. On leur
enleva, füuivant cette fencence, une portion de chaque marchandife qu'ils a-
voient à bord, Ils fouffrirent cette injuftice fans murmurer , mais en jurant au
fond du cœur de s'en dédommager bientôt, À l'égard des Siamois, l'occa-
fion s'en préfenta fur leurs propres Côtes, où le Batiment Hollandois fe fai-
fit de coutes les Barques qu'il rencontra. Mais il n’y avoit trouvé que des
rovifions de bouche, ou des écoffes de peu de valeur: au lieu que peu de
Lure après, il tomba fur un Vaiffèau Portugais richement chargé, qui le paya
fort avantageufement des pertes & des injuftices qu'il avoit cfluyées,
L'imPorTAnNT fervico que le Pilote Hollandois recevoit de Keeling l'en-
agea par reconnoiffance à d'autres ouvertures, qui devinrent enfüce fort uti-
es aux Anglois. 11 lui apprit que les Portugais écoient déteftés à Macao , &
que toute autre Nation de l'Europe, dont les Chinois pouroient cfpérer les
mêmes fervices, y feroit préférée aux mêmes conditions, On s'y plaignoit
moins de leur avarice que de leur orgueil. Comme ils y étoient toûjours en
aflez grand nombre , ils éxigeoient des égards & des confidérations qui fem-
bloient convenir mal à des Négocians, &% dont la fierté Chinoife étoit fou-
vent choquée, Les Hollandois au contraire, dont le pe eft de paroître
eu fenfibles à l'humiliation dans les lieux où ils ne fe croyent pas les plus
orts, avoient accoutumé les Chinois à leur voir compter pour rien les peti-
tes délicateffes de la vanité; & cette fimplicité de mœurs leur attiroit des ca-
refles & des préférences dont le Pilote tiroit des conclufons à leur avanta-
ge. Les Portugais qui ont le caraétère affez tourné à la galanterie, n'étoient
pas non plus fort longtems à terre fans mêler le plaifir aux affaires du Com-
merce; d'autant plus qu'avec les Marchandsil arrivoit toûjours fur leurs Vaif-
feaux quelques jeunes Voyageurs que la curiofité feule attiroit aux Indes.
L'empreffement qu'ils marquoient pour les femmes bleffoit la jaloufie des Chi.
nois; au lieu que les Hollandois renfermés dans leurs affaires d'incérét & de
calcul, ne penfoient à troubler le repos de perfonne. Enfin les Portugais s’at-
tachoient aux converfions. Leurs Miflionaires fe répandoient dans les villes
& les campagnes. Ils avoient wa fait embrafler le Chriftianifine à tant d'Ha-
bitans, qu'une Nation éclairée & politique commençoit à prendre ombrage
de leurs progrès: tandis que les Hollandcis vivant pour eux-mêmes laifloient
à chacun le foin de fa confcience. Ainfi Keeling comprit, fur les raifonne-
mens du Pilote, que pour plaire aux Chinois, il ne falloit ni fierté, ni ga-
lanterie , ni zéle de Sr.
Le 21 de Juillet, les Anglois jettérent l'ancre devant Jacatra, [fans autre
deffein que d'attendre s’il fe préfenteroit quelque Barque, pour faire remercier
le Roi de civilités qu’ils en avoient reçues re paflage. Mais, au lieu d’une
Barque Indienne ,] ils furent furpris de voir fortir du Port, une Chaloupe
Européenne. Elle leur apprit qu'il y étoit arrivé depuis peu de re deux
Bâtimçeus Hollandois, qui ramenoient à Bantam les Faéteurs Anglois LE
oyne,
avoit de
fe qu'ils a-
h jurant au
is, l'occa-
dois fe fai-
6 que des
ue peu de
qui le paya
4 À
eling l'en-
ce fort uti-
Macao , &
cfpérer les
y plaignoit
oûjours en
s qui fem-
étoit fou-
le paroître
as les plus
on les peti-
roit des ca-
ur avanta-
, n'étoient
es du Com-
leurs Vaif:
aux Indes.
fie des Chi-
térét & de
tugais s’at-
les villes
tant d'Ha-
e ombrage
es laiffoient
s raifonne-
té, ni ga
[fans autre
remercier
u lieu d’une
kb Chaloupe
jours deux
Mois d'Am-
boyne
boyne.
deux Nations, allarma d'abord Keeling; mais il apprit avec joie que c'é-
tolenc les Faéteurs mêmes , qui, rebutés de perdre leur tems dans une année
Æ firmer cette
INDES ORIENTALES, Lav. III Car, IV, x31
Cet incident, qui fembloit fuppofer quelque nouveau démélé entre les
ftérile , avoient pris le parti de s'embarquer avec tous leurs biens venir
s'éxercer plus utilement à Bantam, & qui avoient obtenn des Hollandois
toutes forces de faveurs dans leur pañgc L'Echange fe fir avec une égale
reconnoiflance entre les Anglois d'Amboyne & les fépt Holiandois que Kee-
ling avoic ptis dans l'Ifle Célèbes. Le Roi de Jacatra reconnut facilement
des Hôtes dont il avoit éprouvé la politefTe , & leur fit préfent d'un Macan,
rare & belle efpéce de lion, dont j ai déja eu l'occafion de parler. Kecling
paya cette galanterie par deux beaux moufquets,]
Le 26, étant arrivé à la | de Bantam, il rencontra une Pare con-
duite par Ra/ph Hearne, que Saris, Chef du Comptoir de Bantam, envoyoit
au devant de lui. Entre plufieurs témoignages de l'heureux état du Comp-
toir, Hearne lui apprit qu'il étoit attendu par trois mille quatre cens quatre-
vingt facs de poivre. Il entra le foir dans la Rade, où Saris vint lui con-
réable nouvelle; [mais avec des plaintes amères de la con-
duite des Hollandois, qui n’avoient pas cefTé de lui fufciter des embarras &
des contradiétions, Il ajoûta que malgré les effets continuels de leur jalou-
fie, il s'étoit foûtenu dans la faveur de la Cour; & que les Anglois étoient
fi bien dans l'efprit du Roi, que ce Prince avoit remis jufqu’à l'arrivée de
leur Vaifleau à célebrer une fingulière efpèce de viétoire qu'il avoit publiée
nouvellement, C'étoit celle qu'il avoit remportée fur les réfiftances d’une
jeune femme qu'il venoit d'époufer. Le combat & la viétoire feroient ob-
fcurs, fi l’Auteur n’ajoûtoit que l'ufage des femmes Indiennes eft de difpu-
ter long-tems les premières faveurs de l'amour à leurs Maris. Cette agréa-
ble guerre dure quelquefois des femaines entières ; & comme la gloire des
femmes eft de la prolonger long-tems , les hommes fe fonc un honneur de
la rendre courte. 0
K£ezLinG pour faire fa cout au Roi, donna quelques jours à fes prépa-
ratifs avant que de fe préfenter à l'audiance, 11 choifie entre tous les Anglois
du Comptoir & du Vaiïffeau vingt-cinq hommes affez bien-faits, qu’il habilla
fort galamment. 11 les arma de méme; & fe mettant à la tête de la troupe,
il obtint du Roi la permiflion de paroître devant lui avec ce cortège. Le jour
fut pris pour la fête. Elle eut moins de magnificence que d'agrément , par
les courfes qui fe firent à pied & à cheval, & par la liberté qui régna pen-
dant quelques jours dans toute l'étendue du Palais. Keeling , à qui le Roi
demanda quelle récompenfe il fouhaitoit pour fa galanterie , réduifit toute
fon ambition à deux prières fort fimples. Il fupplia ce Prince d'accorder à
la Nation Angloife la continuation de fes faveurs, & à lui la vûe de cette
belle Reine qui avoit fait le fujet de la fête; afin, dit-il, que retournant au
premier jour en Europe, il y portât la renommée de fes vertus & de fes chars
mes, Son compliment fut reçu de fi bonne grace, qu'avec des promeffes
pour
à (x) Dons l'Original tout ce détail fe réduit mens d'une Fête qu'il donnoit à la Cour , parce
La rep ge pus la nuit gt ge À il étoit parvenu à fairé
" ue le Roi lui la conquête de la virginité de Jon Epoufe. R.
avoit demandés , pour augmenter f, deg d, E. add inde dd |
2
Kantine,
1609.
fs arrivent
à Dantum,
Heureufes
nouvelles,
Fête à l'occa-
fion d'un ufu-
e des femmes
ndiennes.
Keeling fe
rend fort a-
réable au
oi dans cet-
te occafion,
REELING.
1609.
Portrait dela
Reine de Ban-
tam,
Querelle fan-
glante entre
les Anglois &
les Hollan-
dois.
Kecling re-
nouvelle le
Comptoir.
KRegret de
quelques An-
glois à quitter
Bantan,
Retour de
Keeling en Eu-
rope.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
pour la première de ces deux faveurs , il obtint fur le champ la feconde,
L'Indienne , qu'il appelle la Reine de Bantam, étoit fille d’un Raja, & mé-
ritoit effeétivement amour du Roi par fa beauté. Elle n'étoit pas plus bru-
ne qu'on ne l’eft communement en Portugal. Ses yeux étoient d'une viva-
cité éblouiffante , fa taille noble & dégagée. Il falloit que le Roi fût tou
ché particulièrement de fon port & de l'air de fa marche, car il lui fit faire
quelques pas à la vûce de Kecling. Une faveur de cette nature rendit les Hol-
landois fi jaloux, que ne pouvant fatisfaire autrement leur mauvaife humeur,
ils cherchèrent querelle le foir du même jour à quelques Matelots du Vaif-
feau Anglois. Le combat fut vif & fanglant. Keeling qui devoit pañler la
nuit au Comptoir, fut averti de ce défordre, & courut lui-même pour empè-
cher qu'il n’eût d’autres fuites. Les Combattans fe féparèrent à fon arrivée;
mais un des Hollandois mourut le lendemain de fes bleffures. Comme il
étoit certain, par le témoignage de tout le monde , que les Hollandoïs avoient
commencé la querelle , les Anglois ne reçurent aucune plainte de cette
mort. Cependant Keeling fe rendit au Comptoir Iollandois, où l'Hermite,
qui n’avoit pas ceflé d'en être le Chef, le reçut d'un air fort tranquille. A-
près quelques explications, ils convinrent tous deux de renouveller le der-
nier réglement, & d’y joindre des punitions beaucour plus rigoureufes; a-
vec cette ftipulation particulière, qu'à chaque querelle où le tort paroîtroit dou-
teux.entre les deux Nations, les Chefs s’affembleroient pour en décider de
concert. À l'égard des torts ouverts & reconnus , on s'engagcoit de part
& d'autre à faire juftice fuivant les termes du réglement, Comme la
mort d'un Hollandoiïs étoit une expiation füfhfante pour la dernière que-
relle, Keeling demanda grace pour le refte des Coupables.
A fon retour au Comptoir, il éxécuta le deflcin qu’il s’étoit propofé de
le renouveller prefqu'entièrement. On auroit peine à fe figurer que plu-
fieurs Anglois qui étoient à Bantam depuis quelques années, fe fufent fait
une fi forte habitude du féjour de cette Ville, qu’il fallut une efpèce de
violence pour les en arracher. Outre que la plûpart y avoient pris des
femmes, dont quelques-uns avoient des enfans, ils étoient prefque tous liés
fort étroitement avec divers Marchands de la Ville. Chinoife , au commer-
ce defquels ils s’étoient affociés. D'ailleurs ils étoient faits à l'air & aux
alimens du Pays, qui loin d’être nuïfibles à ceux qui l’habitent conftam-
ment , rendent la fanté ferme & produifent même de fort longues vics.]
Kecling n'ayant égard qu'aux intérèts de fa Compagnie, nomma pour pre-
mier Faëteur Auguftin Spalding , avec cinquante livres fterling d’appointe-
mens ; [fomme médiocre pour l'importance de cet emploi, mais quinedoit#
pafler aufli que pour un fimple honoraire dans des lieux où fans bleffer le de-
voir, un peu d'induftrie faifoit bientôt parvenir à d'immenfes richeffes.]
Les autres au nombre de douze, furent affujetis à recevoir, chaque mois,
leurs appointemens du Chef. On nous a confervé leurs noms: François
132
Kelly, Chirurgien , eut 45 chelins, Ÿean Parfons [30 , Robert Neal, 29]
Æuguftin Adwell 24, Ethered Lampre , & William Driver 20 chelins chacun,
William Wiffon 22, William Lamuel & Philipp Badneg 16 chelins chacun,
François Domingo 12, Ÿean Seraan, Adrian, & un Valet du Chef 10 chelins
chacun. Après cette nomination , Keeling exhorta les Faéteurs à fouffrir
patiemment les hauteurs des Hollandois, aufli long-tems du moins que la Na
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pañler la
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arrivée ;
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Hermite,
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tion
INDES ORIENTALES, Liv, III, Car. [V. 132
tion Angloife n'auroit pas plus de forces à Bantam, Enfüuice ayant réglé les
droits de la Douine, il mit à la voile le 3 d’Oëétobre.
Dans l'efpace de vingt-quatre jours, jufqu'au premier de Novembre,
ayant fait environ [fix if cinquante lieuës , il fe trouva au 35°. degré
1) de latitude du Sud. Il obferva qu'à ce point la variation étoit de 24
egres. Le 29 du même mois , il eut pendant tout le jour un vent fort
violent , qui fe tourna vers la nuit en orage, du Nord à l'Oueft-Sud-
Ouett. Il reconnut dans cette occafion , comme d’autres l'avoient déja
fait plufeurs fois, la vérité d'une obfervation de Linfchoten: c'eft que gé-
néralement lorfqu'un vent d'Eft fe met vers le Nord, fi la pluie furvient, il
tourne à l'Oueft-Sud-Oueft, où il demeure fixe. Kecling étôit au 32e. de-
gré & demi du Sud lorfque l'orage commença, & la variation étoit d’envi-
ron 30 degrés. |
LE 8 de Décembre, iltomba vers la pointe du jour près de la Tierra de Na-
tal, à cinq ou fix lieuës à l'Oucft; & la variation y étoit d'environ 8 degrés
& demi. À midi, il fe trouvoit au 31°. degré 27 minutes de latitude. Il y ren-
contra un Bâtiment Hollandois, de qui il apprit que l’Erafnus, Vaifleau de
la Flotte Hollandoife qui étoit partie de Bantam lorfqu'il y étoit arrivé la
première fois, avoit couru tant de danger par les voies d'eau, qu'il avoit
été forcé derelàcher àl’Ifle (#7) Maurice ; qu'il y avoit déchargé fes marchandi-
fes & fon Equipage, dont une partie étoit demeurée à la garde de fa cargaifon
au nombre de vingt-cinq hommes, & le refte s'étoit embarqué fur ce Bûti-
ment qui faifoit voile aux Indes; que dans l'ffle Maurice, 1l y avoit deux
Ports; l'un nommé le Nord-Ouefé, un peu moins qu'à 20 degrés ; l'autre
nommé le Sud-Oueft, à 20 degrés 15 minutes: qu'on trouvoit dans cette Ifle
toutes fortes de rafraîchiffemens & de provilions, tels que des tourterelles,
des manatos, une infinité d'oifeaux de Mer, du poiflon dans la même 2-
bondance, des chèvres que les Hollandois y avoicnt tranfportées nouvelle-
ment, & qui avoient déja commencé à multiplier, des porcs & de la volail-
le; enfin l'air & le terroir fort fains ; que l'Ifle a trente ou quarante lieuës de
circuit, @& que la variation de l’Aïiguille y eft de 21 degrés: que la Flotte
Hollandoife étant partie de Bantam au mois de Mai, elle avoit employé un
mois à gagner l’Ifle Maurice, elle s’y étoit arrêtée quatre mois & demi, &
n'en étoit partie que depuis fix femaines.
Le 22, Keeling fe trouvant à 35 degrés 28 minutes de latitude, décou-
vrit à fept lieuës le Cap das Agullas, qui s’éleve dans la forme de deux Ifles:
mais à mefure qu'on eft plus direétement à l'oppofte, on s'imagine en dé-
couvrir trois, parce que les deux Bayes, qui font au Nord, forment trois
pointes fort diftinétes, quoique peu élevées. La fonde donna foixante ‘dix-
fept brafles d'eau, fur un fond limoneux, à cinq lieuës au Sud du rivage.
x#La latitude, 35 degrés 26 minutes; [ La variation de l’Aiguille aimantée
étoit peu confidérable, ] Un Vaifleau, qui pafle fur cette Côte à fon retour
en Europe, & que le tems empêche d'obferver la latitude & la variation ,
peut rifquer hardiment de continuer fa navigation fur foixante brafiès d’eau
& fur un fond de coquillages. Enfuite, lorfqu’il commence à trouver le fond
limoneux ,
(1) Angl. au 25 degré R. d. FE, (m) C'eftaujourd'huil'Ifle Bourbon. R. d'T.
KEcLINC,
1609.
Obfervations,
Ticrra de Na-
tal,
Ie Maurice
& fes proprié-
tés.
Obéervations
fur le Cap das
Agullas,
KERLING.
1609.
Keeling re-
che à la Baye
de Saldanna.
1610.
Continuation
de fa route.
134 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
limoneux, il doit fe croire fort proche du Cap das Agullas. Mais lorfqu'il
perd fond à cent vingt brafles, il peut conclure qu'il a doublé le Cap, pour.
vû qu'il fe trouve dans la latitude de 36 degrés. Le jour fuivant, après avoir
vogué toute la nuit Oueft quart au Nord, & Oueft-Nord-Oucit, avec un
vent d’Eft aflez frais, on découvrit le matin une terre haute, à neuf ou dix
lieuës; &, vers midi on fe trouva fort près du Cap de Bonne-Efpérance. On
n'avoit point Lie Es plus de dix-fepc heures depuis le Cap das Agullas.
Keeling ayant jugé a-propos de s'avancer à trois lieuës ‘lu Pain de Sucre, y
mouilla pendant à nuit. Mais il doubla le Cap dans le cours du jour füivant;
& ÉD ne fût pas preflé par d’extrêmes befoins, il ne voulut point paf
er fi
près de Saldanna fans y relâcher.
CETTE fameufe Baye n’eit guères fans quelque Vaiffeau de l'Europe, que
la néceffité ou le plaifir ne manque point d'y faire sure) Les Anglois y trou-
vèrent un Bâtiment Hollandois, qui envoya civilement fa Chaloupe au-devant
d'eux, avec fix Moutons, les plus gras que l’Auteur ait jamais vûs. Il s'en
trouva un, dont la queuë feule avoit vingt - huit pouces de large , & pefoit
trente-cinq livres. Les Hollandois accordèrent auf à Keeling une grande voi-
le, dont il avoit un befoin extrême, & reçurent de lui pour payement un
billet de douze livres fterling fur la Compagnie d'Angleterre. Après quelques
jours de nr il fe difpofa le 7 de porn à continuer fon voyage ; mais ce
ne fut pas fans avoir laïflé, fuivant l’ufage du lieu, des infcriptions qui ren-
doient témoignage de fon arrivée dans cette Baye, & de l’état de fon Vaif-
feau. [Entre plufieurs monumens de cette nature, qui étoient gravés fur di-
vers rochers, il lut avec compañion les plaintes d'un Equipage Portugais qui
ayant été réduit par le fcorbut & d’autres maladies au nombre de fept hom-
mes, n’avoit pas laiffé de remettre courageufement en mer pour fe rendre
à Mozambique. L’Ecrivain avertifloit ceux qui pouroient efluyer la même
difgrace, que toutes fes carefles & toutes fes offres n’avoient pû lui faire ob-
tenir des Négres, fept ou huit hommes qu'il leur avoit demandés, pour ache-
ver fa navigation. Quoiqu’une longue habitude eût dû familiarifer ces Barba-
res avec les Européens, leur férocité ne diminuoïit pas ; non qu'ils fuffent
dangereux par leur cruauté ou leur perfidie, lorfqu’on traitoit avec eux de
bonne-foi; mais ils confervoient un fond de défiance que toutes les civilités
& les promefles ne pouvoient leur faire furmonter. Keeling en mit plufieurs
à l'épreuve, en leur offrant de l’or & des habits pour les engager à le füuivre.
Ils recevoient joyeufement le prix des marchandifes qu'ils apportoient au Vaif-
feau ; mais ils rejettoient avec une efpèce de crainte tout ce qui étoit au-def-
fus de leurs conventions, comme s’ils euffent appréhendé de prendre des en-
gagemens qui les effrayoient.]
KEELING partit de Saldannale 10 au matin. Il obferve que pendant tout
le féjour qu'il y avoit fait, le vent avoit toûjours été Oueft & Sud; au lieu
que les deux premières fois qu’il s’étoit arrêté dans la Baye, & dans la mé-
mefaifon , il l’avoit eu conftamment Eft, & fort orageux. Le 20, il pafla le
Tropique du Sud. Le Vaiffeau Hollandois l'ayant accompagné jufqu'alors ;
le quitta en le faluant de trois coups de canon.
LE 30 au lever du Soleil, il apperçut l’Ifle de Sainte-Hélène , après 2-
avoir fait foixante-fix lieuës [à l'Oueft] dans cette latitude. Lancrekr
“fut jettée du côté du Nord-Oueft à un mille du rivage, & au Nord-
Oueft
leterr
e 28
Hollan
uiln
jes en
gueur.
quelque
reconn:
auroit (
ceflités
landois
preffèrc
s’il ren
dans u
les quit
6 minu!
LE :
qu'il fe
ge, &
pendan
Bâtime
à l'Eft
feau le
il déco
jetta l’a
lorfqu'il
p, pour
‘ès avoir
avec un
if ou dix
ince. On
Agullas.
Sucre, y
fuivant;
oint paf-k
pe, que
s y trou-
u-devant
Il s'en
& pefoit
inde voi-
ment un
quelques
; mais ce
qui ren-
on Vaif-
és fur di-
ugais qui
pt hom-
e rendre
la même
faire ob-
ur ache-
> Barba-
Is fuffent
eux de
civilités
plufieurs
le fuivre.
au Vaif
t au-def-
e des en-
dant tout
au lieu
s la mé-
1 pañfa le
qu’alors »
après 2-
Lancrexf
u INord-
_ Our
INDES ORIENTALES, Liv. II.
Oueft de la Chapelle, fur vingt-deux brafles de fond. Cette Ife eft fi-
tuée à deux-cens foixante-dix ou quatre-vingt lieuës à l'Oueft de la Cà-
te d'Afrique. .
ON remit à la voile le 9 de Février, pour retourner direétement en An-
leterre. Le 16, on découvrit à fevt ou huit lieuës l'Ifle de l’Afcenfion.
e 28, la furprife des Anglois fut extrème de rencontrer le même Vaiffleau
Hollandois qu'ils avoient quitté fous le Tropique, mais dans un état fi trifte
‘il ne lui reftoit que huit ou neuf hommes capables de travail. Les mala-
dies en avoient emporté my pt & tout le refte étoit accablé de lan-
gueur. ls en avoient fi bien ufé avec Keeling que s’il avoit pû leur offrir
quelques-uns de fes Matelots, il leur auroit volontiers offert cette marque de
reconnoiffance, Mais quoique tous fes gens fuffent en fort bonne fanté , il
auroit eu befoin lui-même d'en avoir un plus grand nombre, pour les né-
ceffités de fon propre Vaiflcau, qui faifoit eau. de toutes parts. Les Hol-
landois, qui voyoient fa fituation, rendirent juftice à fes fentimens, &cne le
preffèrent pas même de leur tenir compagnie. Ils le prièrent feulement,
s’il rencontroit quelque Bâtiment de leur Nation, d'avertir qu'ils étoient
dans un extrême embarras, & de leur procurer une prompte afliftance, Il
les quitta vers la nuit, avec les témoignages du plus vif regret, à 45 degrés
6 minutes de latitude.
Le 1 de Mai, fe trouvant à 49 degrés 13 minutes, il eut un fi beau tems
qu’il fe croyoit fort proche du terme. Mais, le lendemain, un affreux ora-
ge, & le vent qui tourna au midi, le rejetta fort loin de fes efpérances. Ce-
pendant, après avoir lutté quatre jours contre les flots, il rencontra un
Bâtiment de Lubeck. qui l’afflüra que Scilly n’étoit qu’à cinquante lieuës,
à l'Eft quart au Nord du même points Keeling apprit au Capitaine de ce Vaif-
feau le befoin que les Hollandois avoient de 2e fecours. Le 9 au matin,
il découvrit Beachy à trois lieuës au Nord-Nord-Eft; &, vers le foir, il
jetta l'ancre aux Dunes.
LATITUDES.
Rade de Sierra Leona. 8 36N.
Variation Eft. . . 1 50
Deux petites Ifles.. . . 37 S.
Variations Eft. . .
Cuar, IV. 135
Ifle de Sel. . . , . . G 6
5
Ifle de Noffaferes. . 30
N.-Oueft. .20 00
go F
26 Ifle Maurice. ps 15
OU … ,. .
Ie près de Priaman. .
KREELINS,
1610.
Arrivée de
Keeling aux
Dunes.
13 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ee TE GTR ED ok ED ODA EE DK ED
CHAPITRE V.()
Voyage du Capitaine David Middleton à Bantam € aux Moluques en 1607.
L doit refter de la curiofité aux Leéteurs attentifs pour le fort du Con/ent,
troifième Vaiffeau de la Flotte de Kceling. On a vû qu'après avoir été fé-
paré par la tempête, il avoit laiflé des marques de fon paflage à Saldanna,
& qu'il avoit paru enfuite à Bantam. Mais dans l'impatience de retrouver
l'Amiral, il rifqua le Voyage des Moluques fous fes propres aufpices; [&,4
le Capitaine même en ayant été l'Ecrivain, on doit fouhaiter de trouver ici
fon récit.]
Iz le commence à fon entrée dans la Baye de Saldanna, où malgré les pé-
rils d’une longue tempête, il arriva fans autre perte que celle d’un Matelot,
qui avoit été tué d'un coup de tonnerre au fommet du grand mit (2). Dans
le befoin preffant de toutes fortes de provifions, il fe rendit lui-même, avec
quelques-uns de fes gens, à l’Ifle des Pengoins, qui n'eft qu’à trois lieuës de
la Rade. Il y vit avec étonnement une fi prodigieufe quantité de Veaux ma-
rins & de Pengoins , qu’il en compta des troupeaux de cinq cens. Cette
Ifle n’a pas plus de trois milles de long fur deux de large. Mais l'Auteur
doute qu'il y en ait une au monde où l'on trouve plus d'animaux marins, fans
parler d’un nombre furprenant de Canards, d'Oyes, de Pélicans, & d’autres
fortes d'Oifeaux.
APrRèÈs avoir pourvû aux premières nécefités de la vie, [ Middieton cher-#
cha le moyen de fe lier avec les Habitans du Pays, dans la feule vûe d’ache-
ter d'eux quelques beftiaux. Plus heureux que la plûpart de ceux qui avoient
fait le même commerce, non-feulement il obtint les mêmes avantages, mais
il fit confentir volontairement un Sauvage à le fuivre. Cette faveur dont il
fut obligé à quelque mécontentement que le Négre avoit reçu de fa Nation,
lui parut d'autant plus utile, que voulant chercher avec foin l’Amiral & le
Vice-Amiral, il avoit befoin d’un Interprète pour le langage d'Afrique. Le
Négre entendant d’ailleurs quelques mots d'Anglois, tout l'Equipage s’em-
preffa de lui en apprendre davantage, avec beaucoup d’admiration pour la
facilité de fa mémoire.] On quitta la Baye le 30. [Tout l'équipage étoitxé
enbonne fanté. Ce ne fut pas fans répugnance qu'on mit à la voile avant
l'arrivée de l'Amiral & du Vice-Amiral; mais comme il n’étoit pas fûr qu’ils
relâcheroient en cet endroit, on crut que le meilleur parti étoit de faire voi-
le pour l'Ifle de Madagafcar.] La nuit fuivante, on doubla heureufement le
Cap de Bonne-Efpérance, avec quelque envie d’y relâcher , fi le vent n’eût
changé lorfqu’on n’en étoit plus qu’à quatre lieuës; mais il s'éleva de terre
avec tant de violence que Middleton revint au projet de s’avancer vers Ma:
dagafcar. Le tems redevint fort beau jufqu'au 35°. degré de latitude, que le
vent
Ça) C'eft le Chapitre VI. de l'Original. R. (b) Angt. qui s'étoit tué en tombant du
?, haut du grand mit. KR. d. E,
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vent s'étant mis au Nord-Ousft, on porta Eft quart au Sud pour éviter les
courans. Enfin le 27 d'Août, à deux heures après-midi, on découvrit l'Ifle
de Saint-Laurent ou de Madsgafcar. On n’en étoit qu'à fix lieuës. Les ob-
fervations firent trouver à midi 24 degrés 40 minutes de latitude; &, le foir,
la variation étoit de 16 degrés 23 minutes.
Le 30, à cinq heures après-midi, on mouilla l'ancre dans la Baye de Saint-
Auguftin, à fix brafles & demi d'eau, fur un fond de gravier. Îl avoit fal-
lu des précautions pour choifir le véritable Canal, parce qu'à lentrée de la
537
. Baye il fe trouve deux Ifles, qui forment différentes ouvertures. Middleton
eut la curioticé de fe mectre dans fa Chaloupe pour vifier ces Ifles. L'une,
qui cft fort petite, ne lui parut qu'un banc de fable. L'autre, à laquelle il
donne un mille de longueur, & la moitié moins de largeur, eft couverte de
quelques Bois, mais déferte & ftérile. Aucun Flabitant ne s'étant fait voir fur
les bords de la Baye, le Vaifleau s’avança trois lieuës plus loin, jufqu’à deux
milles au-deflus de l'embouchure d'une Rivière. L'eau & le bois lui man-
quoient. Middl:ton ayant fait jetter l'ancre, le cable rompit, fans qu'on
Ææpüt s'en imaginer la caufe. [La Chaloupe fut détachée avec dix hommes ar-
3 més, pour entrer dans la Rivière. Davis, qui étoit chargé de la conduire,
remonta l'efpace d’une lieuë, en baffe marée, fans trouver que l'eau devint
lus douce. Quelques Cabanes, qu'il découvrit à deux ou trois cens pas de
À rive, lui firent prendre le parti de defcendre. Il s'en approcha fans pré-
caution, avec fix de fes gens. Les Habitans, qui étoient au nombre de
douze prirent la fuite à fa vûe. Il les rappella par fes fignes, mais inuti-
lement.
La pauvreté de cette Habitation ne lui auroit pas fait naître l'envie d’y
entrer, s’il n'eût été preflé par les cris d’un enfant, qui ne tarda point
enfuite à fe faire appercevoir. Ce petit Négre paroifloit âgé de douze ou
quinze ans, & fa douleur venoit d'être arrêté par un mal de jambe, qui
l'avoit empêché de fuivre les autres. Il donna des marques extraordinai-
res de frayez:, en voyant les Anglois fi près de lui. Cependant comme
ils avoient avec eux le Négre de Saldanna, ilfe raffüra tout-d’un-coup lorf-
qu'il le vit parler familiérement à ceux qui l’effrayoient. Davis lui ordon-
noit de carefler cet enfant & de lui faire diverfes queftions. Quoique la Lan-
gue de Madagafcar foit fort différente de celle des Négres du Continent,
il s’y trouve des reffemblances; & les Négres d’ailleurs ont d’autres confor-
mités qui leur facilitent beaucoup le moyen de s’entendre. Ainfi Davis ap-
prit, par l'entremife du fien, qu'il y avoit à peu de diftance deux fources
fort abondantes , d’où lea: pouvoit fe tranfporter aifément à larivière. Il
fçut aufli qu'a moins d'un mille du même lieu il y avoit une Habitati-
on fort peuplée, ou une Ville nommée Rota; que out fix femaines ou
deux mois, il étoit échaué fur la Côte un Bâtiment de l’Europe, dont il
étoit forti quantité de gens armés qui s’étoient répandus fort loin dans le
Pays; qu'ils en avoient emporté beaucoup de gingembre: qu'après avoir trai-
té fort humainement les {nfüulaires, ils leur avoient fait une guerre fanglan-
te, dans laquelle ils avoient eux-mêmes perdu beaucoup de monde, Il fut
impoffible à Davis de juger quel étoit ce Vaifleau, & l'intérêt de fa Patrie
le portoit à craindre que ce ne fût celui de l'Amiral Keeling. Mais tandis
qu'il s'entretenoit dé fes conjeétures, le petit Négre fit voir à l’autre
IL, Part, S quelques
Miopteron,
1627.
Ilarrive Ma
dagalcur,
Deux Ifles à
la Baye de
Saint-Augul-
tin,
Davis entre
dans une Ri-
vière avec la
Chaloupe.
Informations
qui reçoit
d'un jeuneNé-
gre.
133 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
quelques morceaux d'un habit déchiré, que les Anglois crurent reconnoître,
au drap & à la forme, pour un monument de leur Pays. Ce foible indice
eut la force auffi de confirmer les foupçons de Davis. Cependant comme il
ne pouvoit fe croire en füreté dans un lieu où l'on étoit fi peu fatisfait des
Européens, il regagna fa Chaloupe, après avoir fait affürer le petit Négre qu'il
md point à lui nuire, & l’en avoir convaincu par fes carefles & fes
réfens.
: C£ récit fit balancer Middleton s'il devoit s'arrêter dans un lien fi dange-
reux. La néceffité d’eau l'y forçant, il prit feulement des mefures pour n'a-
voir rien à redouter des Barbares. Le foir même, on apperçut plufieurs Bar-
ues qui s'avancérent comme à la découverte, fans fe fier aux fignes qu'on
faifoit pour les attirer. Malgré tant de mauvais pronoftics , le Vaiffeau s'ap-
procha de l'embouchure de la rivière, où la nature a formé , dans l'angle
même de la Côte, une forte de petit Port. C’eft un enfoncement d'environ
deux cens pieds de diamétre, que l’eau de la mer femble avoir creufé, & qui
eft capable de contenir deux Vaifleaux fort au large fur dix brafles de pro-
fondeur. Middleton s’y logea, après l'avoir fait fonder dans toutes fes par-
ties. Le lendemain, il renvoya la grande Chaloupe & l'Efquif, chargés de
tonneaux & de gens armés. Davis, qui fut encore nommé pour les conduire,
étoit homme d’efprit & de sons? mais qui jugeoit trop mal de la ftupidité
des Négres, & qui s’étoit perfuadé mal-à-propos que dans toutes les occafions
où l’adreffe pouroit être employée contr'eux, elle étoit capable de. fuppléer
au nombre.
IL remonta la rivière jufqu’aux Cabanes qu’il avoit vifitées la veille, &
loin d’y remarquer rien d’effrayant, il vit fur la rive où il étoit defcendu,
deux Négres, avec le jeune Malade, qu'ils fembloient y avoir apporté. Da-
vis le reconnoiffant, fe hâta de lui faire des fignes d'amitié, & ne fit pas
difficulté de defcendre. Le Négre de Saldanna entretint quelque tems les
deux autres, & leur fit beaucoup efpérer de l’affeétion des Pr Ils pa-
rurent fatisfaits de fes affürances, & fe difpofant à fervir de guides, ils pri-
rent le chemin desfources. De vingt hommes que Davis avoit amenés, qua-
torze étoient occupés à tirer les traîneaux. On arriva aux fourcés, qui étoient
telles que le jeune Négre les avoit repréfentées. Elles formoient, prefqu’en
fortant, un baffin de cinq ou fix pieds de profondeur , qui n’en avoit pas
moins de dix ou douze de diamétre; & l’eau fuyant par un petit ruifleau,
alloit fe perdre dans un Marais bourbeux qui s’étendoit jufqu’à larivière, Les
Anglois avoient commencé le travail, lorfque Davis, qui leur donnoit fes
ordres, apperçut à cent pas, fur le fommet d’une petite Colline, plufieurs
Sauvages, qui paroïfloient un moment, & qui fe retiroient auffi-tôt. L'al-
larmefe mettant dans fa Troupe, il ccmmença par fe faifir des deux Négres
ui l'avoient conduit. [l recommanda qu'il fuffent gardés foigneufement , tan-
is qu’à la tête de dix de fes gens il monta d’un air ferme jufqu’au fommet
de la Colline. Le bruit d'enze coups de fufils, dont on vit en même tes
ja fumée, & quelques fléches, qui vinrent tomber jufqu’au bord de la four-
ce, firent connoître à ceux qui y étoient reftés qu'on étoit furpris par les
Infulaires. Ils ne balancérent point à voler au fecours de leurs Compagnons.
Les Barbares, qui n'avoient ôfés’en approcher, mais qui continuoient deles
harceler à coups de fléches, n’eurent pas plûtôt vä paroître le fecours qui
leur
trouva
relâche
d'affair
foient
il juge
par No
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Æ(c). C
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eille, &
efcendu ,
orté. Da-
Le fit pas
tems les
Ils pa-
, ils pri-
nés , qua-
ui étolent
prefqu’en
avoit pas
ruifleau ,
ière. Les
nnoit fes
plufieurs
Ôt. L’al-
x Négres
nent, tan-
u fommet
éme tes
e la four-
is par les
npagnons.
ient deles
cours qui
leur
INDES ORIENTALES, Liv.11® Cuar. V. 3)
Jeur arrivoit, que le croyant fans doute beaucoup plus nombreux, ils prirent
la fuite avec beaucoup de frayeur. Ils étoient plus de deux cens. Davis
emporta les arcs de ceux qui avoient été tués des premiers coups. Ilçroyoit
retrouver, aux fources, les deux Guides qu'il y avoit laiffés ; mais leurs Gar-
des les ayant abandonnés dans la première confufion, ils n'avoient pas man-
qué de prendre la fuite. Le Malade même avoit difparu du bord de la rivié-
re; & quoiqu'il ne pût être bien loin, les Anglois dédaignérent de le cher-
cher. Ils rapportèrent à bord quelques tonneaux d'eau fraîche , pour rendre
témoignage que la crainte n’avoit point été capable de les arrêter. Mais
quoiqu'une fi petite quantité fût fort éloignée de füflire pour la provifion du
Vaifleau, Middleton jugea que la prudence l'obligeoit de chercher du remé-
de à fes befoins dans des lieux plus fürs. ] Il remit à la voile le 7, avec un
vent fort frais d’Éft quart au Nord. Le lendemain, continuant de s'avancer
au long des Côtes, il fut furpris de voir partir du rivage plufieurs petites
Barques qui s’approchèrent du Vaifleau fans précaution. L'une portoit qua-
tre Chevreaux. Une trois Moutons. La troifiéme , une Genifle, Une
uatriéme, de la chair fraîche de Bœuf ou de Vache. Il acheta tout, à
à fort bon marché. Ni, Anglois de : Equipage, à qui ce changement de
P
difpofitions parut fufpeét de la part des Infüulaires, voulut faire craindre à
Middleton que toutes ces viandes ne fuflent empoifonnées. Mais il fut
aifé de juger par la naïveté de ceux qui les apportoient qu'ils avoicnt mé-
me ignoré les querelles de leurs voilins. Cette perfuafion porta le Capi-
taine à relâcher dans une petite Baye d'où les Barques étoient forties. Il y
trouva de l'eau & du bois, deux fecours dont le befoin étoit devenu fort
(& preffant. ]
La navigation du Confent fut heureufe jufqu'au 12 de Novembre , qu'on
découvrit le matin une fort belle Ifle à 5 degrés ; de latitude. La variation fe
trouva de 4 degrés 13 minutes. [ Middleton avoit perdu l’efpérance de ren-
contrer l’Amiral; mais attiré par la quantité d'arbres & d’oifeaux qu'il voyoit
devant lui, & ne pouvant douter que ce ne fût l’Ifle d’Inganna , dont il a-
voit entendu vanter les beftiaux & les pâturages, il prit la réfolution d'y
relâcher. Quoique celle de Sumatra en foit fort voiline, il n’avoit point
d’affaires qui puflent l'y conduire; & les rafraîchifflemens d’Inganna fufi-
foient pour rendre fa courfe aifée jufqu’a Bantam. ] En approchant de l’Ifle
il jugea que fa longueur eft d’environ cinq lieuës, Eft par Sud, & Oueft
par Nord. Le cêté de l'Eft ne paroît compofé que de terres hautes, dont la
perfpcétive n’a rien d’extraordinaire. Mais la Partie occidentale eft un des
plus agréables lieux du Monde par la beauté de fes Payfages, & des plus a-
bondans en toutes fortes de beftiaux. Les Anglois abordèrent dans celle-ci
(ce). [La Rade qu'ils choifirent pour y mouiller l'ancre n’a point de Ville fur
fes bords, mais elle eft environnée d’un grand nombre de maifons riantes,
qui fe reffentent de l'opulence des Habitans. Le commerce qu'ils font de
leurs beftiaux dans l’Ifle Sumatra, leur rapporte un profit fi confidérable,
qu'un
Cc) L'Original dit que les Anglois profi- rent à la vûe de Sumatra, qui n'étoit qu'à
E.
tant d'un vent d'Oueft-Nord-Oueft ne s’arrè-
térent point, & que le lendemain, ils pañtè-
S 2
quatre licuës d'eux. KR. d.
Minpieron,
1607.
Middicton
leve l'ancre.
Il trouve
des Négres
plus humains,
Ifle d'Inganna,
Ses agrémens
& fes richef-
fes. |
MIDDLETON,
1607.
Ils arrivent à
Bantam,
Etat duComp-
soir Anglois,
Middleton
ge pour les
foluques,
1608.
On refüfe aux
Anglois la
permiffion du
commerce
auxMoluques.
4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
qu'un Roi de Pedir, qui avoit befoin d'argent pendant la guerre qu'il foûte:
noit contre le Roid'Achin, ne trouva point d'expédient plus für & plus promps
que d'époufer la fille unique d'un des plus riches Particuliers d'Inganna. Auf
l'fle jouit-elle d’un des principaux fruits de l'opulence & du luxe, qui eft la
douceur & la politefle. Quoiqu'il y arrive peu d'Etrangers, les Habitans pa.
roiffent charmés de les recevoir, & fe font comme une étude de leur plai-
re. Middleton reçut à fon arrivée des rafraichiffemens qu'il offrit en vain de
payer; &, pour les provifions qu'il demanda, on fe contenta d'un prix fort
médiocre. Il fut invité à defcendre au rivage. Enfin tous les Anglois du Vaif:
feau furent également fatisfaits de l'Ile & des Infulaires.
Le jour même de leur départ, ils pañlèrent à la vûe de Sumatra. La
multitude de petites Barques qu'on découvre au long des Côtes, forme un
Las agréable pour ceux qui n'ont point encore pénétré dansces Mers,]
ux jours après, ils arrivèrent dans la Rade de Bantam, [qu'ils trouvérent#
remplie de Bâtimens Indiens, Chinois, Hollancois, & de plufeurs autres
Nations; mais le Dragon & l'Heétor, c'eft-à-dire, l'Amiral & le Vice-A.
miral Anglois, ne fe préfentèrent point à leurs yeux.]
Towrson, qui étoit le Chef du Comptoir Anglois depuis le retour de
Scot, Sarris, & les autres Faéteurs, s'empreffèrent de vifiter Middleton fur
fon bord. Comme il n'étoit chargé d'aucun pouvoir, les Inftruétions & les
Comptes qu'ils lui apportoient furent rélervés pour l'arrivée de l’Amiral,
Cependant ils l'affurèrent que les affaires. de la Compagnie étoient en fort
bon ordre & le Comptoir floriffant, [ce qui ne reffembloit guéres aux triftes y
vérités que l’Amiral Keeling devoit bientôt découvrir.] Middleton defcendit,
our faire tranfporter au Comptoir le fer & le plomb qu'il avoit apporté.
nfuite ayant employéle tems, jufqu'au 6de Décembre, à radouber fon Vaif-
feau ,il quitta Bantam pour fe rendre aux Moluques. C'était fans doute le projet
de la Compagnie, puifque Towtfon ne lui refufa ni les fecours ni les marchandi-
fes qui convenoient à ce nouveau Voyage, Le vent étoit fi bas à fon départ,
qu'ayant eu beaucoup de peine à fortir de la Rade, il fut obligé la première
nuit de jetter l'ancre à la vûe des hauteurs de Bantam. Des tourbillons de
flamme & de fumée qu’ils apperçurent dans les ténébres, leur firent juger
que par quelqu'un des accidens ordinaires à cette Ville, le feu en confumoit
une partie. Le lendemain ils continuérent leur navigation avec un bon vent,
qui les conduifit au travers d’un grand nombre d'Ifles, parmi lefquelles ilsen
virent plufieurs d’abimées, La pluie, le tonnerre & les éclairs ne furent pas
pour eux des chofes nouvelles dans ces Mers.
ILs arrivèrent à Tidor au commencement de Janvier. Les Ifles Moluques
étoient dans le mouvement d'une guerre qui duroit depuis plulieurs mois
entre les Hollandois & les Efpagnols. Ceux-ci, qui avoient alors moins de
Vaiffeaux que les Hollandois, refufèrent à Middleton la permiflion du Com-
merce, à moins qu’il ne voulût les affifter contre leurs Ennemis, ou du moins
u’it ne leur prêtât fon Vaifleau pour donner plus d'apparence à leur Flot-
te, en fe contentant de l'accompagner. Les Anglois ayant déclaré nettement
que cette demande étoit contraire à leur Commiffion, il furent réduics au Com-
merce noéturne qu'ils éxerçoient fecrétement avec les Infüulaires. Pendant le
jour, ils affeétoient de prendre part aux divertiffemens des Efpagnols & des
rinces du Pays, comme s'ils euffent attendu l’arrivée d’un nouveau Géneral
d'Efpagne, dont ils efpéroient plus de faveur, | [CES
"1 pour M
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Texte d
INDESORIENTALES, Lav. III, Cuar, V. TE
"il foûte: æ [Css réjouiffances étoient des courfes & des repréfentations chéâtrales. Les Mipniwrox,
s prompt Efpagnols avoient inventé cet artifice, pour attacher à leurs intérêts une No- ee. vd À
na. Auli bleffe molle & voluptueufe, qui craignoie le travail autant qu’elle aimoit le £pagnols ”
qui ef la laifir. 11 n'y avoit point de comparaifon, dans l'efprit d'un Prince des Mo- pour s'atta.
itans pa- u tre un Efpagnol richement vétu, qui donnoit des fêtes galantes, cher les Prin.
core Detiols à: eui | cgraneg À es Indien
eur plai- & le Marchand Hollandois , qui fous un habit aufli greffier que fa figure & cs Indiens
vain de fes manières, ne paroifloit occupé que de fes marchandifes & de fes comptes,
prix fort Middleton, à qui le goût du 2 n'étoit pas étranger, trouva l'art de plai-
s du Vaif- re également aux Efpagnols & aux Indiens, en fe prétant à tout ce qui pou-
voit les amufer, Cependant fa complaifance ne les difpofa point à lui ac-
atra. La corder la liberté qu'il defiroit,
forme un Enrez les plaifirs auxquels if contribua, il fait l'hiftoire d'une marche cé- Fête desMo:
s Mers.] lébre, où les femmes furent admifes , mais fans communication avec leshom- luques.
ouvérent+ D mes; de forte que le plaifir de la fête n'écoit proprement que pour les fpec-
rs autres DM cateurs. Chaque femme néanmoins portoit les Enfeignes du Cavalier qui avoit
Vice-A. DM fourni à la dépenfe de fon train, comme chaque Cavalier portoit quelque
marque de la Dame à laquelle il répondoit. Cette fête ayant été annoncée
retour de DE dans toute FIfle de Tidor, qui n'a pas plus de cinq lieuës de circuit, mais
leton fur qui eft fort peuplée dans cette étendue, la plus grande partie des Habitans
ns & les MA s'étoit affemblée dans la Capitale, jufqu'à faire craindre que les Iollandois,
l’'Amiral, dont les principales forces étoient à T'ernate & à Bachan, ne prolitaffent de
en fort MM cctte occalion pour former quelque entreprife. Mais tandis que les Infüulaires
aux triftes 4 D étoient amufés par des fpcétacles, les Troupes Efpagnoles avoient ordre de
lefcendit, faire une garde éxaéte dans les Ports.]
apporté. [En Au commencement de Mars, l'amitié que les Efpagnols avoient conçue
fon Vaif. D pour Middleton les fit confentir à lui permettre quelque commerce ouvert;
eleprojet M mais fur d'autres délibérations, cette liberté lui fut ôtée peu de jours après.
archandi- M Enfüite il reçut l'ordre de partir au moment qu'il s’y attendoit le moins. Le Middicton
n départ, reflentiment de cette conduite lui fit prévenir le jour même qu'on lui avoit part mécon-
première M k#fixé pour fon départ. 11 mic à la voile le 14 de Mars, [& fit quelque petit tent,
billons de M commerce fur (à) la route. ]
rent juger Le 20, étant entré dans les Détroits de Bangaye, où ilfe propoloit de pe 4e pan
confumoit [M chercher de l'eau, une Pare Indienne, qui vins de l'Ile au-devant delui, of- gay
bon vent, | frit de le conduire au ruifleau Le plus pur & le plus abondant. C'étoit fur la
lles ilsen [M Côte de l'E. On fuivit la Pare, qui montra effeétivement aux Anglois un
furent pas lieu commode pour aborder avec la Chaloupe. Le Vaifeau ayant jetté l'an-
W cre fur foixante-fix brafles d’eau, malgré l'agitation d'un courant fort vif,
Moluques | on fe difpofoit à faire partir les tonneaux, lorfqu'on vit paroître un grand
eurs mois DA nombre de Pares qui s'avançoient fucceflivement des deux côtés de l'Ifle.
moins de Dans la première inquiétude, Middleton fe crut trahi, & donnoit déja des
1 du Corn ordres pour fa défenfe. Mais on reconnut aufi-tôt que c’étoient des Pé-
:dumoins Li cheurs, ou d’autres Infulaires, qui apportoient du poiflon & quelques épi-
eur Flot- - ces, :
She si «y(d) Ce paragraphe, & celui qui précède il a fait dans d'autres endroits qui lui paroif
immédiatement l'addition du Traduéteur,eft foient ennuyants. Mais malhcurcufement il lui
’endant le imprimé en caractères Jtaliques dans Purchafl, ett arrivé fouvent de regarder comme ennuy-
ols & des qui avertit le Leéteur, qu'il a abregé ici le antes des chofes, qui, fi elles ne font pus
y Géneral Texte de l'Auteur qui ef fort long, comme en font du moins fort utiles,
[CES
MinntrTon,
160%.
Les Infului-
res curcilont
les Anglois,
Préfent que
le Roi fait à
Middleton,
Ifle Button,
Le Roi tai
demander aux
Anglois la li-
berté de les
\oir à bord,
Ileft traité
galamiment,
142 VOYAGES DES ANGLOÏIS AUX
ces, dont ils ofrirent l'échange pour des plats de porcelaine, Le foir, on
vit revenir la Chaloupe avec une fort petite quantité d'eau; non qu'elle
manquât dans le lieu où ils l'avoient cherchée ; mais l'éloignement de
la fource , qui écoit à cinq milles, n'avoit pas permis d'en apporter da.
vantage.
Le lendemain, dès la pointe du jour, il arriva autour du Vaifleau plusde
cent Pares, chargées d'hommes & de femmes, qui venoient offrir aux An.
lois quantité de poiflon fec & frais, de volailles, de pores , de fruics &
e racines. Ils ne demandoient en échange que du drap & de la porcelaine,
Le Vaiflèau fe fournit ainfi de provifions à crés-vil prix, Mais il fut expo.
fé à beaucoup d'embarras de la part de tous ces Infülaires , qui y montéren
de toutes parts, & qui s'y trouvèrent enfi grand nombre, qu'à peine les An.
glois pouvoient-ils fe remuer. [Les femmes, aufi traitables que leurs mai
ris, ne refufoient rien à ceux qui les ciroient à l'écart,] Dans le cours de
l'après-midi, le Roi de l'Ifle envoya au Capitaine, du Plantain , avec un:
forte d'eau ou de liqueur fort eftimée des Indiens , qu'ils appellent /rea Po.
te. Middleton, pour reconnoïffance , envoya au Roi une piéce d'étofie,
Cette députation du Prince, & le départ de fes Meflagers , furent comme
un fignal qui rappella tous les Infulaires dans leur Ifle, Ils defcendirent du
Vaifleau avec précipitation, & dans l'efpace d'un quart d'heure ils difparu-
rent entièrement, Middieton fit lever l'ancre venait la nuit, avec fi peu
de vent, que tous les efforts des Matelots eurent beaucoup de peine à fur.
monter la violence du courant. Il couroit rifque d'étre jetté plus loin, par
cet obitacle, qu'il n'auroit avancé dans trois jours.
Le 19 d'Avril, en pañlant proche de l'Ifle Button, (e), il vit partir du
rivage une l’arque qui vint droit au Vaifleau, avec de grandes marques de
confiance. C'étoit le frère du Roi, qui avoit ordre de témoigner au Cap:
taine l'empreffement que le Roi fon frère avoit de voir les Anglois & leur
Bâtiment. Middleton répondit qu’il jetteroit volontiers l'ancre pour lui don-
ner cette fatisfaétion, & qu'il fe croiroit fort honoré de fa préfence, Le
Roi fortit bientôt de la Rivière dans une vafte Caricole , qui étoit conduite
au moins par cent Rameurs. Elle avoit fix canons de fonte, & plus de qu
tre cens hommes armés. Cinq autres Caricoles, qui venoient à la fuite por:
toient environ mille hommes. Le Roi fit demander au Capitaine un Otage
pour fa füreté. On lui envoya le Chirurgien du Vaifleau, l'hotme de ré
folution & d'une figure gracieufe.] Enfuite le Roi n'ayant pas fait difficul
té de monter à bord, avec un petit nombre de fes gens , les Anglois s'ef:
forcèrent de répondre à l'opinion qu’il avoit marqué de leur politefle & de
leur bonne-foi, On lui fervit ce qui reftoit de plus délicat fur le Vaifeau
après une fi longue navigation. [Il mangea fans défiance , en faifant l’élo-&
e de quelques liqueurs de l'Europe qui s’étoient fort bien confervées. Dans
e cours du feftin, il prit plaifir à raconter par la bouche de l’Incerprête
toutes Îes circonftances de fon mariage, & la guerre qu'il avoit eue à foù-
tenir
€ (e) Cette Ifle, qui n'eft pas éloignée
du Sud-Eft de Célèbes , eft vrai-femblable-
ment celle dont il eft parlé dans ie paragra-
chafT ayant oublié de la nommer auparavaf!,
il aura encore omis quelque chofe du Text:
de fon Auteur.
phe précédent. 11 y a apparence que Pur-
“HR vancer fi
tenir pot
der à fo
qu'il avo
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inconnu,
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peine à fur:
Join, par
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narques de
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xs & leur
our lui don:
fence, Le
it conduite
plus de qua:
a fuite por.
e un Otage
ime de ré
ait diflicul
nglois s'ef-
elle & de
le Vaifleai
ifant l’élo-4
vées. Dans
Incerprête
eue à foû-
tenir
crau naravañt
ofe du Text
INDES ORIENTALES, Liv, HI Cnar, V, 143
cenir pour fe mettre en pofleflion de fa femme,] Middlecon lui fit deman-
der à fon tour quelles étoient les produétions de fon Ifle, 11 répondit
qu'il avoit des perles, de l'écaille de tortue, & du drap de fes propres
manufaélures , qui étoit apparemment de cotton ; mais que n'étant venu
dans cette partie de fon Ifle que pour y chercher de l'amufement, & ne s'é-
tant point attendu à rencontrer des Etrangers, il n'avoit aucune de ces mar-
chandifes avec lui; que cependant fi le Capitaine vouloit s'avancer jufqu'à
fa Ville Capitale , qui n'étoit éloignée que d'un jour & une nuit, il lui
feroit voir de grands amas de perles & d'autres richeffes, 11 lui offrit un
Pilote pour le conduire par les plus füres voies dans un lieu qui lui évoic
inconnu,
Carre offre méritoit l'attention du Capitaine & des Faéteurs. Après
avoir confidéré qu'un voyage fi court ne les détournoit pas de leurs vûes, &
que la fortune leur offroit peut-être l'occafon de s'enrichir , ils firent pré-
{ent au Roi d’un moufquet, d'une épée & d'une belle piéce d'étolfe , en lui pro-
mettant de fe laifler conduire par le Pilote qu'il leur promettoit. Dans le
regret qu'il reffentit de n'avoir rien à leur offrir pour s'acquiter de leur pré-
Mu fonc, il fe défic de fa robe (f) qu'il força Middleton d'accepter ; [& s'étant
*
mvancer fi vite, qu'il jetta l'ancre vers midi à la vûe de Button.
revétu de celle d'un Officier de fa fuite, ] il rentra dans fa Caricole avec des
civilités que les Anglois admirèrent dans un Monarque Indien. Vers le foir
il envoya une Barque pour leur fervir de guide jufqu'à Button, avec un pré-
fent de quelques poules & d'un chevreau sd le Capitaine. L'ancre fut le-
vée à l'entrée de la nuit, pour fuivre la Barque, Mais un calme qui furvint,
& Ja marée que les Anglois avoient contre eux, les empêchant de tourner à
l'Oueit , ils s'arrécèrent encore jufqu'au lendemain, Ccpendant la Barque
Indienne étoit retournée au Port avec le Contre-Maître du Vaiffeau , qui
n'avoit pas balancé à s'y mettre. II revint le jour fuivant, fur les dix heu-
res, chargé de purs de cocos. Son récit augmenta la curiofité de Mid-
dleton, quoiqu'il fût mêlé de peintures tragiques. Il avoit trouvé le Roi
dans la débauche, avec les Nobles de fa Cour; ce qui n'avoit point empé-
ché ce Prince de les recevoir fort agréablement. Mais il n'avoit pû voir
fans effroi l’ornement de la grande fale du Palais. C'étoient les têtes des
Ennemis que le Roi avoit tués de fa propre main dans la dernière guerre.
Élles étoient encore fi fraîches, qu'on voyoit, au-deffous, les traces du fang
qui en avoit dégouté. Ce fpeétacle avoit fait tant d'impreffion fur le Con-
tre-Maître , que refufant de pafler la nuit avec le Roi, il avoit mieux aimé
retourner au Port & paffer la nuit dans fa Caricole qui l'avoit apporté. Le
matin il demanda inftamment d’être reconduit à bord. Comme le vent n'a-
voit pas cefTé d’être foible dans les Détroits, Middieton, fans donner dans
les frayeurs du Contre-Maître , prit le parti de faire précéder le Vaiffeau
par la Chaloupe qui le conduifoit à force de rames. Cet expédient le fit a-
[Cette
Ville, comme la plûpart de celles des Indes , avoit autant de jardins que
de maifons ; ce qui lui donnoit en apparence une fort grande étendue; mais
le nombre des Habitans y répondoit fi peu, que de l’aveu même du Roi, il
ne
Cf) Ang. L fit préfent à Middleton de deux piéces de l'étoffe de fon pays, R. d. E.
Muibpt nro,
1608,
filles engige
À fe rond
dans fa Capi
tuile,
Le Contre.
Maitre An:
glois s'y rend
le premier.
Horrible
pe dont
il elt frappé.
Etat de l'Ifle
de Button.
Miporeron,
1608,
Mildilleton
entre dans [a
Rai
Plaintes d'un
Capitaine Ja-
van, contre
les ÿlollan-
dois,
Middlcton
dine avec le
Roi de But-
ton,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ne furpaloit pas douze ou treize cens perfonnes, Cependant l'Ille écoit affez
peuplée, par la mulcitude de Villages & de Fameaux qui étoient répandus
dans toutes fes partics, fans compter les Gardes ou les T'roupes ordinaires
du Roi, qui étoient logées enfemble à un quart de lieuë de Button, & qui
depuis la dernière guerre montoient au nombre de urois mille,]
libpLisronattendit à l'ancre les ordres de la Cour, Il n'en reçut point
même op parce que le Roi fatigué de fa débauche, demeura enfeveli juf
d'au foir dans un profond fommeil. Mais il vine à bord un grand nombrs
‘Infulaires, qui apportèrent toutes fortes de provifions, Le lendemain aprs.
midi, la Rade fe trouva remplie d'une mulcitude de Caricoles qui firenc plu.
fieurs fois le tour du Vaifleau, en déployant leurs enfcignes & d'autres or.
nemens de diverfes couleurs. Celle du Roi s'étant fuit reconnoître à plu.
fieurs marques, Middieton falua ce Prince d'une volée de moufqueterie &
d'une décharge de fa groffe arcillerie. Enfuite étant defcendu dans fa Cha:
loupe avec Siddal & fes principaux Faéteurs , il fuivit le cortège du Roi
jufqu'à la Ville. us crie de Sutron fe fit entendre auflitôt, foit pour}
rendre aux Anglois leur falutation , foit pour relever la fête du Roi.] Ce Prin.
ce reçut le Capitaine fur le rivage, & lui renouvella toutes fes offres; mais
comine il s'étoit propolé une partie de chafle pour ce jour-là, il remit au
lendemain à lui faire voir fon Palais, Middleton retourna fur fon Vaifleau
qui continuoit d'être à l'ancre fort près de la terre, Il arriva, dans l'aprés-
midi, un Jonc de Java, qui venoit d'Amboyne avec, fa arnifon de girofle,
Le Nackada, ou le Capitaine, fort mécontent des Hollandois , eut avec
Siddal un long entretien, dans lequel il [lui offrit toute fa send, Da & lui}
marqua autant de regret que d'éconnement de voir les forces Hollandoifes {x
£ éricures à celles des Anglois, tandis Ar n'ignoroit pas combien le Roi
d'Angleterre étoit au deffus du Comte de Hollande, 11 parloit du Comte Mau-
rice, dont tous les Marchands Hollandois répétoient fans celle le nom. Sid:
dal luirépondit que jufqu'alors le Roi d'Angleterre s'écoic peu mêlé des inté-
rets du commerce, & que laiffant ce foin à quelques-uns de fes Sujets , il em-
ployoic fes forces à fe faire refpeéter en Europe ; au lieu que les Hollandois, n'é.
tant qu'une fociété de Marchands, qui ne prétendoient point à d'autre gloi-
re, fe cournoient entièrement vers cet unique objet ÿ Ce qui n'empéchoic
point que les Anglois dans leur petit nombre, ne fe fiflent refpeéter des Flot-
ces nombreufes que les Hollandois envoyoient aux Indes, parce que le Roi
d'Angleterre étoit toûjours capable de fe venger, en Europe, des moindres
offenfes qu'on pouvoit faire à fon nom ou à fes Sujets. ]
Le 24, Middleton reçut du Roi une invitation à defcendre librement dans
fa Ville, [avec une fuite aufli nombreufe qu'il la voudroit amener. 11 fk
laifa conduire au Palais, accompagné feulement de Siddal, & füuivi de fx
hommes armés; moins par précaution pour fa défenfe, que pour fe donner
un air de confidération par fon cortège. Il ne trouva rien d’admirable à la
Cour du Roi de Button. Les édifices n'étoient différens des autres que par
leur grandeur. Il fut introduit dans la Sale où le Contre-Maître avoit vi
avec tant de frayeur une douzaine de têtes fanglantes, qui étoienc fufpendues
aux murs. Elles y étoient encore, & le Roi les fit confidèrer à fes Hôtes
avec un air de complaifance. ] On fervit fur le champ un diner fort groffier,
dans des plats de bois, couverts d'étoffe, pour conferver la chaleur des ee
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œLoù il leur fe voir un afféz grand nombre de belles purles (4).
Œ & fur-cout le drap qu'il avoit fur fon Vaiffeau,
ang, mais d'y dîner avec les Anglois.
INDES ORIENTALES, Lav. UN, Car, V.
Los viandes étoient en abondance, mais fans ordre, & mal préparées. La
feule boiflon Fuc l'rea pote, liqueur douce & agréable, quoiqu affez forte pour
communiquer biencôe fes vapeurs au cerveau. Le Roi, qui en buvoit fans
ménagement, parut s'en reflentir par la gaïeté de fon humeur, 11 n'avoit
admis à diner avec lui que Middieton & al,
Avnès le feflin, il conduifit fes Hôtes dans un appartement ur" 0"
Mais i
marqua moins d'envie de s'en défaire, que d'une infinité de petits ouvrages
d'os & de bois, fort curieufement cravaillés,] I! dit à Middleton qu'avant
les propoñitions d'échange & de commerce, il vouloit voir les Marchandifes,
Comme les deux Angloisne
fe fentoient d'avidicé que pour les perles du tréfor Royal, ils furent charmés
de la liberté qu'on leur laïfloit; & ] remerciant le Roi de fes bontés , ils re-
tournèrent à bord pour l'attendre,
Le lendemain, ils y virent arriver l'oncle du Roi qui n'étoit amené que
par la curiofité de vifiter le Vaifleau. Ils le reçurent avec beaucoup de dif
tinétion. À peine fut-il rentré dans fa Caricole, que le frère du Roi parut
dans la fienne, Middleton, qui le connoiffoit déja, le retint à dîner. Le
Roi ne vint pas le même jour, mais il envoya, dans l'après-midi, le Prince
fon neveu, avec deux de fes principaux Officiers, pour voir le drap. Ils en
arurent fort facisfaits. Cependant il fe retirèrent fans avoir expliqué leurs
intentions.
Enrin le Roi fit avertir Middleton, le jour fuivant , qu'il fe propofoit
non-feulement de lui rendre vifite fur fon bord, avec les trois Princes de fon
145
tité de volaille, & quelques porcs gras. leton mit fur fon Vaiffeau tout
l'ordre & tout l'agrément qu'il put s'imaginer pour cette fete. Le feftin fut
préparé fuivant l'ufage d'Angleccrre. A l'heure du dîner , le Roi parut dans
une Caricole fort ornée, avec un cortège fi peu nombreux, qu'il fembloit
vouloir fe fatre honnzur de fa confiance. Cependant, comme la précaution
n'abandonne jamais les Orientaux, on s'app-rçut que l'entrée du Port étoit
gardée par piufieurs Caricoles.] 1e Roi & les Princes applaudirent beaucou
aux mets de l'Europe, & fe livrèrent fans réferve à la joie. Middleton fit
danfer fes Matelots. On but ju‘qu'au foir avec fi peu de mefure, quele Roi
ne put rentrer dans fa Barque fans y être porté par fes gens. Pendant la fête,
un Roi (h) de quelque Ifle voifine, s’approcha du Vaifleau dans une Carico-
le, accompagné de fa femme & de quelques Seigneurs. Il obferva le Bâti-
ment Anglois avec beaucoup d’admiration ; mais quoiqu'il fût informé que le
Roi de Button étoit à bord avec une partie de fa famille, il refufa conftam-
ment d'y monter. Middleton lui envoya quelques rafraïchiffemens qu'il ac-
cepta volontiers.
Tous ces témoignages d'eftime & d'affeétion, n'eurent pas l'effet que les
Anglois en avoient efpéré. Ils vendirent au Roi de Button quelques ne
e
(g) L'Original , fans parler de perles, dit fim-
DMement que l'Entretien des Anglois avec le
aol, pes fur le girofle qu'il leur fourniroit.
. ca. à,
II, Part,
(b) L'Anglois dit que ce. Roi s’approcha
du Vaifleau le lendemain de la fête donnée
au Roi de Button, KR, d. £.
T
( j fit porter en même-tems quan- An
idd
Mionirron,
1608,
Trélor du Rol,
Vifite des
Princes,
Le Roi de
Button dine
fur le Vaiileau
glois,
Les Anglois
tirent peu de
fruit de ces
carefles,
MIDPLETON.
1608.
SHARPEY.
1608.
Situation des
Anglois par
rapport au
commerce des
Indes Orien-
tales,
18 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
de drap; [ mais ils le trouvèrent obftiné à garder fes perles.] Le feul bien
u'ils tirèrent pour échange fe réduifit à quelques Efclaves que Middleton crut
evoir préférer à des bagatelles d'os & de bois, dont il n’avoit à faire aucun
ufage. Cependant il tira un avantage confidérable de la vifite qu’il avoit
rendue au Roi. Le Nackada Javan, qu'il avoit rencontré dans le Port, lui
vendit toute fa cargaifon de girotle. La nuitfüuivante, un des Efclaves qu'il
avoit achétés du Roi, s'étant échappé du lieu où il étoit parce avec fes
Compagnons, fe jetta brufquement à la nâge, & regagna l'Ifle. Spalding,
qui fut envoyé pour en faire des plaintes, obtint la permiffion d’en choifir
un autre.
Le 2 de Mai, après avoir falué le Port de Button, d’une décharge de fon
artillerie, il mit à la voile pour fe rendre inceffamment à Bantam. Dès le
lendemain, il eut la vûe des Détroits de Célèbes, & le 22, il mouilla l'an.
cre dans la Rade de Bantam. Il ne s’y trouvoit aucun Vaïfleau de l'Europe;
mais il y étoit arrivé depuis peu de jours quatre Joncs de la Chine, avec
des taffetas, des damas & d’autres marchandifes. Middleton ne laïffa point
de s’y arrêter près d’un mois & demi, dans l’efpérance d’y voir arriver l'Iec-
tor & le Dragon, qui étoient alors occupés dans d’autres lieux. ŒÆEnfin la fa:
fon commençant à s’avancer, il partit le 15 de Juillet, & fa navigation fu
heureufe jufqu'en Angleterre.
LATITUDES.
Ifle devant la Baye de Saint-Auguftin . . . . . 23 48 5
He LIMENNR à is à 0 en 4 “00
N'OPIAUOEEt eu ae (à ea ana bre tn cle
GTRN D RRE DE AIEEe NET EDR DIN ME Te EDS DT EE LTD DE ET Le GER ED TD
CHAPITRE VL()
Voyage du Capitaine Alexandre Sharpey. en 1608.
[ LV la liberté de traverfer les Mers & de porter leurs marchand:4
fes aux extrémités de l’Inde , il manquoit aux Anglois un avantage
dont quelques autres Nations jouiffoient depuis long-tems , & que d’autres
travailloient tous les jours à fe procurer. Les Portugais & les Efpagnols avoient
des Ports dont ils étoient les maîtres, des Villes qu'ils avoient rangées fous
leur empire, des Provinces entières dont ils s’étoient mis en pofleffion par
l'artifice ou par la force, & dans lefquelles ils étoient indépendans. Les Hol-
landois, à leur exemple , avoient commencé à fe fortifier dans plufieurs
fes , dont ils avoient réduit les Habitans à la foûmifion. Le commerce
avoit autant de facilité & d'agrément que d'utilité, pour des Marchands qui
l’éxerçoient ainfi fur leur propre fond, ou qui étoient à portée de l'éxercer
tranquillement dans les Pays voifins. Ils n’avoient guëres d'autre embarras
qua
(a) C'eft le Chap. VL.-de l'Original. R. d.E.
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INDES ORIENTALES, Lav, II Car. VL 147
qu'à faire tranfporter en Europe les richefles qu'ils raffembluient continuel-
lement, dont ils avoient l'ait toûjours de valtes magalins dans leurs, Co-
Jonies. Au lieu que les Anglois, bornés encore à des voyages incertains.,
réduits à n'obtenir l'entrée des Ports Indiens qu'a force de prières, & de com-
pofitions, obligés d'acheter fort cher la liberté d'y former des Comptoirs,
qui ne s’y foûcenoient que par l'adreffe ou l’humiliation, de leurs, Faéteurs ,
étoient encore aux élémens du commerce, & ne dépendoient pas moins, des
Européens établis aux Indes, que des Indiens qui s'étoient maintenus contre
les invafons de l'Europe. Dans leurs premiers voyages. ils avoient affeété
de n’en vouloir à la liberté d'aucune Nation, & de ne paroître nulle part avec
la qualité d'Ennemis & de Conquérans. Mais ils reconnoifloient de jour en
jour que ce défintéreffement leur réufliffoit mal, & que pour les vûcs mêmes
du commerce, ilne fuffit pas toûjours de fe préfenter avec le fimple titre
de Marchands. Ils ne pouvoient pas être arrêtés d’ailleurs par le fcrupule
d'employer la force aux Indes Orientales, & de s’y emparer des terres: sr
trui; lorfque dans le même tems ils fe formoient en Amérique quantité
d'établiffemens par cette voie. Ainfi leurs réfléxions fur l’éxemple d'autrui,
leur propre méthode dans d'autres lieux , l’honneur , l'intérêt, cout les
ortant à fe repentir de leurs premières maximes, ils penfèrent férieu-
emént à prendre une autre conduite. Le fpeétacie que les. Hollandois
avoient donné à Middleton aux lfles de Banda & les dégoûts, qu'il y a-
voit efluyés, ne fervirent pas peu dans la:fuite à les confirmer dans cet-
te réfolution.
CEPENDANT il falloit pour une fi grande entreprife, des forces que la,
Compagnie de Londres n'avoit point encore. La Cour d'Angleterre, quoique
portée à foûtenir l'intérêt du commerce, étoit trop occupée de fes affaires
en Europe pour entrer tout-d’un-coup dans les vûes de Marchands, En atten-
dant d’autres occafons , la Compagnie fe borna, dans le voyage de l'année
1608, à jetter les fondemens de fon projet, par des obfervations dont elle re-
mit la pratique à d’autres tems.] Ælexandre Sharpey., qui fut choifi pour Com-
mander le Vaiffeau l’Æ4fcenfion avec la qualité d'Amiral , & Richard Rowles,
Capitaine de l’Union, reçurent ordre de faire leurs remarques fur les Pays
& les lieux particuliers où l'Angleterre pouvoit afpirer à quelque établife-
ment.
Mais la tempête qui fépara malheureufement ces deux Commandans aux
environs du Cap de Bonne-Efpérance, & les autres difgraces de leur voya-
ge, ne leur permirent guères d’éxécuter cette partie de leur commiffion. On
peut dire qu'ils firent deux navigations différentes. Aufñi nous en a-t-on don-
né deux Relations; l’une compofée par Robert Coverte qui étoit dans l’Af-
cenfion, l’autre par Rowles, Capitaine de l'Union, Elles trouveront place
ici fucceffivement.
Le voyage de l’Afcenfion a paru auf fous différentes formes, qui ve-
noient d'autant d’Ecrivains différens. Outre la Relation de Coverte, on a
celle de Thomas Jones & de Henri Morris. Mais la reffemblance qui s’y trou-
ve dans les principaux faits, ne doit pas laïfler d'incertitude fur l'inutilité
qu'il y auroit de les placer ici toutes trois. On prendra foin feulement d’ex-
traire, des deux dernières, quelques circonftances qui ne fe lifent point dans
celle de Coverte; comme on a foin d’avertir ici que dans toutes les trois ,
T2 ce
SHARrEY
1608.
Projet de la
Compagnie
Angloife des
Indes Orien-
talese
A quoi elle
eft forcéc de
fe borner.
Remarques
furles deux
KRelations fui-
vantes,
|
e
am me, ar
SHARPEY.
1608.
Départ de la
Flotte.
Allarme des
Lfpagnols
dans l’Ifle de
Canarie,
x Royaumes & grandes Villes inconnues, A-
148 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ce qui regarde les avantures de l'Equipage, après le naufrage de l'Afcen-
fion fur la Côte de Cambavye, eft renvoyé au Recueil général des Voyages
ar terre.
d Purcmass n’a point inféré la Relation de Coverte dans fa Colleétion ; &
la raifon qu’il en apporte, c’eft qu'elle étoit alors fous (b) preffe. Elle ne
parut effeétivement qu'en 1612, in 4°. dédiée à Robert, Comte de Salisbu-
Qu grand TFréforier d'Angleterre, avec un titre des (r) plus finguliers.
Il s'eft contenté d'en extraire affez imparfaitement quelques particularitésys
u Voyage nar terre (Z). La Préface ne contient rien d'intéreffant; ex-
cepté que l’Auteur dit, que de foixante & quatorze perfonnes qui firent nau-
frage avec lui fur les Côtes de Cambaye, 1l fut le feul qui ôfat prendre un
parti aufli défefpèré que celui de s'en retourner dans fon pays parterre. Au
refte il protefte qu’il ne dit rien qu’il n'ait vû ou fouffert. Sa préface qui n’eft
que d’une vingtaine de lignes, eft deftinée uniquement à aflürer fes Leéteurs
de la fidélité de fa Relation.
Les deux Vaifleaux étant partis de Woolwich le 14 de Mars (e), s'arré-
tèrent aux Dunes jufqu’au 25, & fe rendirent des Dunes à Plymouth, d'où
ils mirent à la voile le 31. On ne nous apprend point leur grandeur, ni le
nombre des hommes; mais les circonftances feront connoître que c'écoient
deux Bâtimens confidérables.
Izs arrivèrent le ro d'Avril aux Salvages, c’eft-à-dire, prefqu'à cinq cens
lieuës de l'Angleterre; & le matin du jour fuivant, ils fe trouvèrent à la vûe
de la grande Canarie. Le foir en jettant l'ancre près de cette Ifle, ils ti-
rèrent. un coup de Canon, dans l'efpérance d'attirer quelques Barques du
Pays. Mais les Efpagnols s'imaginant qu'ils pouvoient être d'une Efcadre de
douze Vaifléaux Hollandois, dont ils avoient appris l'arrivée dans cette
Mer, fe difpofèrent moins à les recevoir qu’à les éloigner. Ils raffemblé-
rent aufli-tôt cent cinquante hommes de Cavalerie & d'infanterie, pour leur
défenfe; & la crainte les fit demeurer dans cette prévention jufqu’à l'arrivée
de deux Faéteurs que Sharpey leur envoya dans fon Efquif, pour les affürer
que les deux Bâtimens étoient Anglois, & qu’ils n’avoient point d’autres vûes
que d’acheter d’eux quelques provifions.
LE lendemain, on répondit du Château, par un coup de canon, à celui
que les Anglois avoient tiré la veille; & le Gouverneur envoya quelques
Officiers dans une Barque, pour fçavoir de l'Amiral même ce qu'il qe
arpey
Cb) Angl. C'eft qu'elle étoit imprimée. Sur ,, vec une Defcriptinn de tous ces Royau-
quoi les Auteurs de cette Colleétion remar- ,, mes, de ces Villk:, €. de leurs Habitans,
quent que c'eft-là une mauvaife raifon, qui ,, de leurs Marchandifes, de leur Cominer-
ra pas empêché Purchaff de publier plufieurs ,, ce; & de ce qui eft d’ufage, parmi eux
autres Relations imprimées avant lui. De ,, dans les diverfes faifons de l’année : le
Bry a micux fait ; il nous a donné une ‘Fraduc- ,, tout rapporté fidèlement, avec la découver-
tion Jatine de ce Voyage de Coverte, Voyez ,, te d'un puiffant Empereur nommé le grand.
Indie Orient. Part. XI. pag, 11. » Mogol, Prince inconnu jufqu’à préfent àla
(ec) Voici ce Titre ,, Rélation fidéle & ,, Nation Angloife. Pur le Capitaine Robert
». Prefque incroyable d'un Anglois, qui, après ,, Cuuerie.
» Avoir fait naufrage avec un bon Vaifleau (d) Voyez Pilgrim. Lib. V. Cap. 7. Se&. V.
» nommé l’Afcenfion, furles Côtes de Cam- (e) L'Original dit ici, auffi-bien que dans
» baye, la partie la plus reculée des Indes laRelation-deJones qu'on partit de Woolwichle
» Orientales, à traverfé par terre plufieurs 14 Mars, 1607, & des Dunes le 25 du mé-
me mois de 1608, R. d, E.
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Sharpey
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th, d'où
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Sharpey
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s Habitans,
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né le grand.
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25 du mé-
INDES ORIENTALES, Laiv. III Car. VI 140
Sharpey s'étant expliqué fur fes befoins, on lui répondit que ce qu'il deman-
doit ne pouvoit être accordé s’il n’entroit dans le Port. En effet les Efpa-
nols fe tenoient tellement fur leurs gardes, qu'ils n’auroient pas permis à la
moindre de leurs Barques de porter, hors du Port, des fecours à leurs pro-
res Vailleaux. Ce procédé n'ayant pas laiflé de choquer l'Amiral, qui en
ignoroit la caufe, il n'entra point fans donner quelque marque de méconten-
tement; & lorfqu'il eut appris les raifons qui rendoient les Efpagnols fi dé-
fans, il fe plaignit de deux Capitaines Anglois, qui fe trouvant dans le Port
avec leurs Éitimens, ne l’avoient point informé aflez-tôt de l'ufage, pour
#7 lui épargner le chagrin qu'il avoit ait éclater. Le fcrupule du Gouverneur
M alloit fi loin, qu'un Pêcheur n’auroit pas quitté le rivage, fans une permif-
fion de fa main, enregiftrée au Confeil,
PENDANT cinq jours que les Anglois pafférent dans le Port, il leur vint
continuellement des Efpagnols, qui mangeoïient avec eux comme autant d’af-
… famés, que rien ne pouvoit raflafier. Sharpey fit préfent au Gouverneur ,
de deux fromages, d’un excellent jambon, & de quelques barils d’huitres
_ marinées, qu'il reçut comme une faveur du Ciel. Les Anglois furent furpris
D des témoignages de fa joie pour un préfent fi fimple; fur-tout lorfque leur
| ayant envoyé par reconnoiffance trois chevreaux & un mouton, avec quan-
tité d'oignons, il eut fait connoître que ce n’étoient pas les vivres qui lui
manquoient. Ils achetèrent d’ailleurs à fort jufte prix, du vin de Canarie,
des oranges, des limons & d’autres rafraichiflemens, avec une efpèce de pain,
mêlé d’anis, qu’ils trouvèrent excellent, & que les Efpagnols appellent du
pain de Nonnes.
LE 18 d'Avril, ils fe remirertt en mer avec un bon vent, qui, leur man-
quant néanmoins trois heures après, laiffa les deux Vaifleaux immobiles juf-
qu’au lendemain. Mais fe levant prefque tout-d’un-coup, il les mit le 24 à la
vle de l’Ifle Mayo , qui eft à trois cens lieuës des Canaries. Ils fe détermi-
nérent à faire de l’eau, dans celle de Bonavifla. Enfuite l'éloignement du
ruifleau, qui w’eft pas à moins de troïs milles dans les terres, leur fit chan-
ger de réfolution; mais ils trouvèrent d’autres commodités à Bonavifta. A
peine 4 eurent-ils jetté l'ancre, que deux Négres qui fe préfentèrent à bord,
jeur offrirent gratis autant de boucs qu'ils en voudroient emporter. A l’é-
tonnement que Sharpey marqua de cette offre, les Négres répondirent,
D æqu'il n'y avoit que douze perfonnes dans l'Ifle entière; [que les boucs & les
à chèvres s’y étoient multipliés jufqu’à devenir fort incommodes, & que loin
D, de donner beaucoup de peine à les prendre, ils fuivoient les hommes avec
une forte d’obftination, comme des animaux domeftiques.} Ils ajoutèrent
que le fel étoit fi commun dans l'Ifle, qu'en divers endroits ‘il fortoit natu-
rellement de la terre, & que tes Anglois n’avoient pas befoin de plus d'un
jour ou deux pour en charger leurs deux Bâtimens. En effet Sharpey véri-
fia leur témoignage par fes propres yeux. Le fel étoit auffi clair & auñfi
bon que le meilleur de France & d'Angleterre. A l'égard des boucs il en
‘ fit prendre deux cens pour les deux Vaifleaux. De cette Ifle, on décou-
L Hvre aifément ceile de San-Fago, qui n’en eft qu'à fept ou huit lieuës. [On
h ne fe plaindra point , dit l’Auteur, que la terre eft trop petite pour lenom-
bre des hommes, lorfque tant d’Ifles demeurent fans Habitans & fans culture.]
T 3 LE
RAR RUE
_——
AS Re ni
sai
- 2e
SHArrEY,
1608.
Les Anglois
font reçus
dans le Port.
Préfens mu-
tuels,
Ifle Mayo
remplie de
boucs & de
fel.
Elle n’a que
douze Habi-
tans.
SNMARPEY,
1608.
Comment les
Anglois fe
garantiffent
du fcorbut,
Leur gaïeté
dans la Baye
de Saldanna,
Les Anglois
équipent une
Pinaffe.
Caractère des
Sauvages de
Saldanna,
150 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Le 4 de Mai, les Anglois levèrent l'ancre, & le 20, ils paflèrent la Li.
gne, à trois cens quarante-huit lieuës de l'Ifle Mayo. L'abondance des li.
mons qu'ils avoient pris aux Canaries, & la viande fraîche qu'ils avoient em.
portée de Bonavifta, les avoient préférvés fi heureufement du fcorbut , qu'il
ne fe trouva que deux Matelots qui en euflent reffenti quelque légère attcin-
te. Ainf les deux Equipages arrivèrent fort fäins dans la Baye de ( f) Saldan-
na, où les autres n’entrent ordinairement qu'épuifés de fatigues & de maladies,
Avant que d’entrer dans là Baye, ils avoient découvert le Cap de Bonne.
Efpérance, à quinze ou feize lieuës de la Côte.
L'A8soNDanNce des rafraïchiflemens qu'ils trouvèrent à Saldanna leur fu
d'autant plus agréable qu'ils étoient en état d'en goûter toute la douceur. La
joie qui régnoit dans les deux Vaifleaux, ne leur faifant chercher que de
luildèt » ils fe familiariférent avec les Habitans de la Baye plus qu'aucu-
ne autre Flotte ne l’avoit jamais fait dans le même voyage. Auili irèrent-
ils de ces Barbares, une prodigieufe quantité de moutons, d'agneaux, de
bœufs, de veaux, de volaille & de poiflôn, C’étoit un feflin continuel, où
la gaïeté répondoit à la bonne chère. Dans l’Ifle des Pengoins, qui eft à
cinq ou fix lieuës de la terre, ils trouvèrent une fi grande abondance d'oi-
feaux & de veaux marins, qr'en ayant rempli deux fois leurs Chaloupes, ils
en firent de l'huile pour leurs lampes. Ils enlevèrent aufi du même lieu vingt
brébis graffes, que les Hollandois y avoient laiffées; & pour n'être point ac-
cufés de vol, ils mirent à la place huit veaux qui devoient avoir le tems de
s’y engraifler.
Mars un de leurs premiers foins fut de compofer leur Pinafle, dont ils
avoient apporté tous les matériaux. Elle fut en état d'être lancée à la Mer
le 1 de Septembre ; &, fe 4 huit jours après, il ne lui manqua rien pour
faire voile avec la Flotte.
Les Habitans de la Baye de Saldanna font fi grofliers, qu’ils différent peu
des animaux dont leurs pâturages font remplis; mais ils font brutes fans être
féroces. Ils parurent même fenfibles aux divertiflemens que les Anglois pre-
nojent entr'eux; & leur curiofité pour voir les feftins & les danfes, fem-
bloit marquer qu'ils en avoient le goût. Cependant rien n’eft fi révoltant
que leur nourriture. Ils mangeoient les iffues, & Jjufqu’aux excrémens des
beftiaux qu’ils vendoient aux Anglois; de forte qu'un tas d’inteftins puans,
& quelquefois pourris , où les magots & les vers commençoient à s’atta-
cher, dans les lieux dont lés Anglois faifoient leurs boucheries , étoi
pour ces Barbares un mêt délicieux. Outre les bêtes qu'ils nourriflent
pour leur commerce, le Pays eff rempli d'une infinité d'animaux fr
rouches , dont ils ont beaucoup de peine à fe garantir. Les Anglois en
treprirent. d'en tuer quelques-uns à la chaffe ; mais le malheur de deux
Matelots, qui éprouvèrent leurs dents terribles , fit perdre aux autres le
goût de cet amufement. On tira des Barbares quantité C’œufs & de plu-
mes d'autruches. Ils font fort avides de fer, & c’eft prefque la feule We
modité
ce(f) La Relation dit ici qu'ils entrérent dans
cette Baye le 4 de Juillet, & dans un autre
endroit, elle porte qu'ils y arrivérent le 14. Dans
la relation de ones on trouve qu'on y entri
le 13.
b préfent à
modité
lui qu'il
APR
nir de t
la voile
Cap. C:
re, &
la Pinaf
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la Mer
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Joupes , ils
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feule com-
modité
qu'on ÿ entra
INDES ORIENTALES, Law. IIL Car, VE 1$x
modité qu'ils demandent en échange. Le fer le plus vieux eft toûjours ce-
lui qu'ils préfèrent.
Arrès avoir pris jufqu’au 20 de Septembre pour fe radouber & fe four-
nir de toutes fortes de provifions, les deux Vaiffleaux & la Pinaffe mirent à
la voile avec, un vent qui leur promettoit beaucoup de facilité à doubler le
Cap. Cependant il changea fi fubitement, qu'étant devenu tout-à-fait contrai-
re, & la nuit fe trouvant fort obfcure, lÆ/ém/ion perdit de vûe l'Union, &
la Pinaffe, Sharpey eut beaucoup de peine à fe défendre de l'orage , qui le
repoufloit impétueufement vers la terre. 11 effuya jufqu'au jour tout ce que
la Mer a de plus terrible. [Son inquiétude ne fut pas moindre pour fes deux
autres Bâtimens, qui ne reparurent point avec la lumière, Maus le tems
s'étant adouci vers dix heures, il retrouva la Pinaffe. Il fe flatta -quel'Union
profiteroit comme lui de cet heureux changement pour doubler ls Cap de
Bonne-Efpérance, & : ne manqueroient pas de fe rejoindre dans une
Mer plus tranquille. 11 doubla le Cap , fans l'appercevoir.] Pendant plus
d'un mois, les vents changèrent tant de fois, & les calmes furent fi fré-
quens, qu'il n'arriva que le 27 d'Oétobre à la hauteur de Madagafcar , vers
le: 26. degré de latitude. Il perdit alors toute cfpérance de rejoindre F'U-
nion; & continuant fa courfe jufqu'au 22 de Novembre, avec les mêmes
variations dans les calmes & dans les vents, il découvrit l'après-midi, les
| æ
Ifles de Comore, après en avoir apperçu le matin, deux ou trois petites, [ dont
il ne trouva point le nom fur fes Cartes.]
IL jetta l’ancre à deux milles de Comore. Sa Chaloupe qu'il envoya auñi-
tôt vers la Côte, trouva fur le rivage cinq ou fix Infulaires , qui la reçurent
avec beaucoup d'humanité. Les Matelots qui la conduifoient ayant rappor-
té cette nouvelle à l’Amiral, il les renvoya le lendemain , au même lieu,
avec ordre de reconnoître mieux le Pays, ‘& quelles provifions l’on y pour-
roit efpérer. En approchant du rivage, ils virent un Canot & deux hommes
qui étoient à la pêche. Il fe mirent entre eux & la terre ; mais quoiqu'il
leur fût aifé de les arrêter par la force , ils leu montrèrent un couteau &
quelques autres bijoux, qui les engagèrent à s'approcher volontairement de
la Chaloupe. Alors, s'étant faifis d'eux fans violence , ils les menèrent à
bord du Vaiffleau, où l’Amiral les reçut avec beaucoup de careffes. Il fit
préfent à l’un d'un [mouchoir rouge, dont il prit la peine de lui ceindre la
tête, en forme de] turban; & à l'autre d'un petit miroir. Enfuite il leur
fit boire un verre d’eau de vice; & leur en ayant donné une petite bouteille,
qui contenoit un quart de pinte, il les renvoya au rivage.
Vers le foir, Sharpey fe crut menacé d’un fi gros tems, que défefpérant
de pouvoir demeurer à l’ancre en pleine mer, il fe détermina , fans atten-
dre plus d’éclairciffemens, à s’avancer vers une ouverture qu'il avoit prife
pour une Baye, & qui n’étoit qu'un Détroit entre deux Ifles. Il y jetta l’an-
cre à l'entrée de la nuit, fur dix-fept brafles de fond , derrière une pointe
qui le mettoit entièrement à couvert. Le lendemain, il fit defcendre %or-
dan, fon principal Faéteur, accompagné feulement de quatre Matelots, avec
des préfens pour le Roi. Il fe trouvoit déja fur le rivage dix ou douze In-
fulaires, qui ne donnèrent aucune marque de crainte à fon arrivée. Loin
de marquer plus d’embarras, Jordan fortit feul de la Chaloupe , & leur fit
entendre par des lignes que voulant porter fes préfens à leur Roi, il leur de-
| mancdoit
SHArRrET,
1608.
La Flotte fe
remet en tacr.
Elle eft fépa-
r'ée par un org-
Be
Sharpey perd
l'Union.
Il arrive à
l'Ile de Co-
orc.
On lui amène
deux Infulai-
res,
I approche
de Pifle & dé-
pute [Jordan
au Roi,
|
SHAnreyY,
1608.
Jordan fe
pre nte au
vi qui per-
met aux An-
glois de def-
cendre,
L'Amiral
rend vifite au
Roi & dineen
{a préfence,
Difficulté
d'entendre les
langues d'A-
frique,
Caradère des
Infulaires de
Comorc,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
152
mandoit des Otages. Sa propofition fut fi bien entendue , gs lui voyant
prendre les préfens de la main de fes Matelots, deux Infülaires pañèrenr
dans la Chaloupe, & parurent fort contens d'y demeurer.
JorDan fe mit en marche avec une troupe de ces Barbares, qui comprirent
où il fouhaitoit d'etre conduit. La Ville, ou plutôt l'habitation n'étoit pas
éloignée. Il préfenta au Roi deux couteaux, un grand mouchoir pour fer.
vir de turban, un miroir & un peigne: c’eft-à-dire , que tous les préfens
enfemble ne furpafloient pas la valeur de quinze ou feize fchellings. Le Roi
les reçut d’un air affez dédaigneux, & les remic entre les mains d'un de fes
Officiers. Cependant il fit entendre au Député que les Anglois étoient |i.
bres de defcendre au rivage, & qu'ils pouvoient fe fournir des provifions
du Pays. Sans doute qu'après le départ de Jordan , il confidéra les préfens
avec plus d'attention, & qu'il y prit plus de goût ; car dans l'après-midi il
envoya un veau gras à l’Amiral. Ses Députés reçurent des Anglois deux pe.
tits peignes (g) d'un fol, qu'ils regardèrenc comme une récompenfe royale.
Le jour fuivant, Sharpey defcendit à terre , accompagné de douze de fes
ens, avec un petite provifion de bifcuit, de viande & de vin. S’étant pré.
fnté devant le Roi, il ne fit pas diflicuité de fe faire fervir les alimens qu'il
avoit apportés. Le Roi n'y toucha point ;ÿ mais les Courtifans qu'il avoit
autour de lui mangèrent & burent avidement. Après ce feftin, L'Amiral,
qui avoit trouvé le moyen de fe faire entendre en mélant à fes fignes quel.
ues mots de Portugais, expliqua fes befoins. Il conçut par les réponfes
du Roi qu’il avoit effeétivement quelques relations avec les Portugais ; ce qui
n'empêécha point que toutes les provilions qu'il demandoit ne lui fuffent ac.
cordées.
Les Anglois n’étoient point fans luterprête: [mais la différence eft fi gran-y
de entre la ppare des langues d'Afrique, qu'ils faifoient fouvent beaucoup
‘plus de fond fur les lumières qu'ils fe procuroienc par leurs propres fignes,
que fur les interprétations d'autrui. ] Le Roi avoit promis à Sharpey de l'al
ler voir à bord, le 28. On l’attendit pendant tout le jour. Il ne parut point.
L’Interprête jugea que fon Confeil l'avoit fait changer deréiolusion. Covers,
Auteur de cette Relation, defcendit vers le foir, fous prétexte de vificer les
Matelots qui étoient à couper du bois; mais, en effet, pour obferver les
mouvemens des Infüulaires. Il ne remarqua que leur curiofité ordinaire à re.
garder les Travailleurs. Le lendemin 1l retourna au rivage avec les Trom-
pettes du Vaifleau. Le bruit de ces Inftrüiuens ayant raffemblé un grand nom
bre de Négres, il s’avança vers l'habitation, d'où le Roi fortit auflitôt, com
me s’il étoit venu au devant de lui. Ce Prince avoic pour gardes fept ouhuit
hommes armés de couteaux larges & fort tranchans, d’un pied de longueur.
Il prit long-tems blaifir à faire fonner les trompettes.
ToureE cette Nation eft fort douce & fort civile. Un Matelot Angjloï
ayant laiffé derrière lui fon épée, elle tomba entre les mains d’un Infulure,
qui fe hâta de la porter au Roi. Comme il n’étoit pas incertain qu’elle ap-
partenoit aux Etrangers, le Roi protefta que fi celui de qui il la recevoit À
l'étoit procurée par d’autres voyes que celle du hazard, il le feroit punird®
. mort.
(g) Angl. deux petits couteaux. R. d, KE.
ÆHieur do
mort.
porter
ei -m
polite
& fe
tion.
le droi
l'exce]
ceigne
tout le
me dra
le dos,
re jufq
foient |
Nation
porte
robe d
ne le d
ceintur
talons,
richi d
PEN
férent
Cocos
Tlles o
feur.
Mais o!
les, de
fe vend
un clou
l'ufage
eau bot
ils fans
(b) 1
jufqu'au
deux lie
délivré:
pour l’e
ILs :
furprire
L'Interf
côté ét
le befoi
au riva,
al, E
X
lui voyant
s pallèrenr
comprirent
n'étoit pas
r pour {cr.
les préfens
s. LeRoi
d'un de fes
étoient li.
provifions
les préfens
orès-midi il
ois deux pe.
nfe royale,
Juze de fes
S'étant pré:
limens qu'il
u’il avoit
"Amiral,
ignes quel:
ss réponfes
ais ;Ce qui
Fuffent :
> eft li gran-y
t beaucoup
res fignés,
pey de lat
arut point,
n. Coverte,
e vificer les
bbferver les
naire à re
les Trom-
rand nom
itôt, com-
ept ou huit
e longueur.
lot Anglois
Infulaure,
qu'elle ap-
recevoit fe
bit punir de
mort.
j
À
s
Re
_—_—.—
ee
Hieur donne fort bonne grace.
INDES ORIENTALES, Liv. NI. Cnar. VI.
mort. Le lendemain, quelques Anglois ayant paru füur le rivage, il leur fit
porter l'épée, avec des excufes de l'avoir gardée fi long-tems. Coverte crut
remarquer auff que les Habitans obfervoient entre eux certaines régles de
politeffe, Lorfqu'ils fe rencontrent le matin, ils fe frappent dans la main,
& fe parlent avec une douceur qui femble marquer un compliment de faluta-
tion. Leur contenance eft modelte. Ils.ont la jambe fort grofle, mais la tail-
le droite & bien prife. Leur Religion eft le Mahométifme. Ils fons nuds, à
l'exception de la tête, fur laquelle ils portent un turban; & des reins qu'ils
ceignent d'une piéce d’étoffe. Les femmes ont non-feulement les reins, mais
tout le devant du corps, depuis la poitrine jufqu'aux genoux , couverts du mé-
me drap, qui leur couvre aufli.les feffes ; de forte qu'elles n'ont de nud que
le dos, les bras & les jambes. L'étoffe qui les enveloppe ainfi de la ceintu-
re jufqu'aux genoux, a la forme d'un jupon un peu élargi des deux côtés, &
Elles font fi libres, que leurs maris ne paroif-
foient point allarmés de les voir rire & badiner avec les Anglois.] Toute la
Nation, hommes & femmes, a les pieds fans chauflures, excepté le Roi, qui
porte une efpéce de babouches, ou de fandales. Pour habillement, il a une
robe d'écarlate, avec des manches, mais ouverte par devant ; de forte qu'elle
ne le difpenfe point de porter comme tous fes fujets, une piéce d’étoffe à la
‘paules , tombe une autre piéce , qui lui defcend jufqu'aux
153
ceinture. De fes €
talons, .en forme de manteau. Sa tête eft couverte d'un fort beau turban,en-
richi d'or & de broderies.
PEenNDanrT le féjour que les Anglois firent fur la Côte, les Habitans ne cef-
fèrent point de leur apporter toutes fortes de rafraîchiffemens. Leurs noix de
cocos font fi belles, qu'il s’en trouve d'aufñli groffes que la tête d'un homme.
Elles ont au dedans une certaine quantité d'eau, proportionnée à leur grof-
feur. Une feule auroit pû füuffire pour le dîner du Matelot le plus affamé.
Mais on préfentoit fans cefle au Vaiffeau, quantité de chevreaux, de volail-
les, de limons, de ris , de lait, de poiffon, & d’autres alimens. Deux poules
fe vendoient pour un couteau d’un fol; un limon & une noix decoco, pour
un clou. Il ne manque dans l’Ifle que de l’eau fraîche. Elle y eft fi rare que
l'ufage des Habitans eft de faire des trous dans la terre, d’où ils tirent une
eau bourbeufe à laquelle les Anglois ne purent s’accoutumer. Auffi partirent-
ils fans avoir renouvellé leur provifion.
(b) Is remirent à la voile le 29 de Novembre. La navigation fut douce
jufqu'au ro du mois fuivant, qu’ils apperçurent tout-d’un-coup, à moins de
deux lieuës, une terre fort baie, bordée de grands arbres. Ils fe crurent
délivrés d’un péril d'autant plus redoutable, qu'ayant d’abord pris cette terre
pour l'ombre de la Lune, ils auroient pû s’y brifer fans défiance.
ILs fe figurèrent que c’étoit Zanzibar; mais un Habitant du Pays, qu'ils
furprirent dans un Canot, leur apprit qu'ils touchoient à l’Ifle de Pemba.
L'Interprête entendit fi facilement la langue, qu'il fe fit evpliquer de quel
côté étoit la meilleure Rade. On y jetta l'ancre à la pointe du jour. Dans
le befoin que les Anglois avoient d'eau, ils envoyérent auffi-tôt la Pinafle
au rivage. Quelques Infüulaires, qui la virent approcher, demandèrent en
Portugais ,
(h) Ii commence la 2e, Seétion ‘du + VH, de l'Original. R. d. E.
II, Part.
SnaAnre?,
1608.
Leurs véte.
mens,
Prodigieufes
noix de cocos,
Abondance
de leurs Pro-
vifions.
Danver us.
vitent içs An-
!
Je
Ils arrivent à
Pemba.
Snanrey.
1608.
Allarme qu'on
leur donne,
Jordan foint
d'être Portu-
gais.
Deux Cava-
Hiérs Môres
interrogent
les Anglois.
L'un eft le
Fréte du Roi
de Pamba,
15 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Portugais, de quelle Nation étoient fes Conduéteurs? ÆElmore répondit qu'il
étoit Anglois. On lui demanda encore ce qu'il venoit faire dans une Ifle qui
appartenoit au Portugal. 11 protefta qu'il ignoroit à qui l'Ifle appartenoit,
mais que manquant d'eau, il fe fondoit fur le droit des gens pour en deman-
der. Cependant n'ayant ôfé fe déterminer fans la participation de l'Amiral,
il retourna vers le Vaifleau pour y porter fes informations. |
SuarPey ne balança point à lever l'ancre; & der de quelques
petites Ifles à demi-abimées, qui touchent à celle de Pemba , il y mouilla
contre le rivage, à 5 degrés 20 minutes de latitude. Il fe difpofa pendant la
nuit à toute forte d'événemens; &, le lendemain, il envoya Jordan à terre
dans l'Efquif, pour s'affürer de ce qu'il avoit à efpérer ou à craindre, Les
explications qu'il tira de quelques Habitans ne s'accordèrent point avec le
récit d'Elmore. Ils l'aflurérent que l'Ifle étoit gouvernée par un Roi Malaba-
re, Dans le doute de ce qu'il devoit croire, Jordan leur dit qu'à la vérité le
Vaiffeau étoit Anglois, mais qu'il appartenoit à des Marchands Portugais, &
ue les marchandifes étoienr aufli de la même Nation. Alors prenant un vi-
age plus ouvert, ils lui proinirent que rien ne lui feroit refufé dans l'Ifle;
& fur le champ, ils lui donnèrent un Négre pour le conduire au pied d’une
colline, où il trouva une fource fort abondante. En retournant au Vaifleau,
il emmena le Négre qu'on fit boire & manger avec beaucoup de careiles, II
fut enfuite renvoyé à terre, où le temoignage qu'il rendit de la civilité des
Etrangers, difpofa tout le monde à les bien recevoir.
JorDanN, Coverte, & les principaux Officiers du Vaiffeau, y retournèrent
le lendemain avec les tonneaux, & des Matelots pour les remplir. A leur
arrivée, ils trouvèrent des poules & des noix de cocos, dont ils s’accommo-
dérent à très-vil prix. T'andis qu'ils étoient à la fource, il y vint deux Cava-
liers, fuivis d'un Efclave Négre, qui leur demanda s’il y avoit parmi eux
quelque Officier du Vaiffeau. Coverte répondit qu’il en étoitun. Après quel-
ques difcours , l’un des deux Cavaliers parut douter qu'il fût Portugais, & le
pria de fatisfaire là-deffus fa curiofité. La feinte étoit d'autant plus inutile
que les deux Mores parlant fort bien la Langue Portugaife, il ne falloit point
éfpérer de les tromper plus long-tems. Coverte confeffa naturellement qu'il
étoit Anglois, & que Jordan n’avoit pris une autre qualité que pour fe pro-
curer des fecours qui lui étoient néceflaires. Le Cavalier les affüra que la
connoiflance de leur Nation ne changeroit rien à l'accueil qu'ils devoient ef-
pérer, & continua de leur tenir des propos obligeans , dont chaque mot né-
anmoins n'étoit qu'une perfidie.
Les Anglois fe crurent en droit de lui demander à leur tour qui il étoit. I!
répondit qu’il étoit le Frère du Roi; & leur montrant fa bague, fur laquelle
étoit gravé le nombre des Villages & des Maifons qui éteient dans l'Ifle , il
ajoûta que le Roi fon Frère l’avoit fait Gouverneur de tous ces lieux. Co-
verte lui demanda encore s'il y avoit des Portugais dans le Pays. Non, ré-
pondit-il; nous les avons chaflés, parce qu'ils prétemdoient s'y établir par
la force, & nous rendre efclaves de leur pouvoir. Loin de les recevoir
pour maîtres, nous n'avons pas ceflé de leur faire la guerre depuis leur ar-
YIVEC. à
PENDANT cet entretien, la Pinafle qui avoit été envoyée dans un autre en-
droit de l'Ile pour y acheter des befliaux, revint au rivage ; & le Capitaine
Elmore,
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du rivag
pour l
fource,
X
ndit qu'il
e Ifle qui
partenoit,
n deman-
l’'Amiral,
” quelques
y mouilla
>endant la
n à terre
dre, Les
t avec le
ù Malaba-
vérité le
tugais, &
ant un Vi:
ins l'Ifle;
pied d'une
Vaifleau,
arefles. Il
vilité des
ournérent
. À leur
ACCOMmMO-
eux Cava-
armi eux
près quel-
ais, & le
us inutile
loit point
ment qu'il
ur f& pro-
ra que la
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: mot né-
1 étoit. I!
r laquelle
l'Ile , il
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Non, ré-
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Capitaine
Elmore,
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#fe démentir.
INDES ORIENTALES, Liv. II. Cuar. VI. 155
Elmore, qui la commandoit, defcendit à terre pour venir joindre Coverte à
la fource. Il lui raconta, comme une nouvelle dont il venoit d'étre informé ,
uo quinze Vaifleaux Hollandois s'étoient faifis depuis peu de Mozambique,
& qu'ils y avoient paflé tous les Portugais au fil de l'épée. Les deux Cava-
liers Mores affeétèrent d'entendre gun ce récit; mais c'étoit un nou-
vel artifice pour faire tomber plus fürement les Anglois dans le piége.
La nuit commençant à s'approcher, Elmore & Covertec prièrent civile-
ment les deux Mores de fe rendre avec eux fur le Vaifleau. Ils acceptèrent
cette propofition pour le lendemain. Sharpey leur envoya ee Anglois
pour Ôtages; après quoi ils ne balancèrent point à fe luifler conduire à
bord. On n'épargna rien pour les traiter. À leur départ, l'Amiral leur fit
préfent de quelques galanteries de l'Europe, & d’une boëte de poudre. Jor-
dan, qui fut renvoyé avec eux, pour ramener les ôtages Anglois, n'eut
point à fe plaindre de l'accueil qu’il reçut au rivage; mais il fut extrémement
furpris de trouver les quatre Ôtages au milieu de cinquante ou foixante Mo-
res, armés d'arcs & de fléches , d'épées & de boucliers, de dards & de cou-
telas, Cependant on ne fit pas difficulté de les lui remettre ; après quoi il
fut reconduit jufqu’à fa Chaloupe , avec des civilités qui ne paroifloient pas
[Il invita le Frère du Roi à fe rendre avec lui à bord: celui-
ci s'y rendit. On le traita avec la même politeffe qu'auparavant. Comme
il étoit fur le point de s'en retourner on lui offrit un couteau, avec quel-
ques autres bagatelles. Il refufa ce préfent avec mépris. Cela donna quel-
que défiance aux Anglois, qui réfolurent d'être mieux fur leurs gardes dans
la fuite, ]
Le 19, Sharpey envoya de grand matin la Chaloupe au rivage, pour y
prendre ide l'eau, & trouvant le jour fort ferain, 1l donna ordre que les
voiles du Vaifleau fuflent tendues, pour les faire fécher au Soleil, Les Mo-
res fe figurant à cette vûe qu'on fe préparoit au départ, firent là-deffus di-
verfes queftions à ceux qui remplifloient les tonneaux. L’Auteur ne doute
point que dès ce moment ils n’euflent fait main-bafle fur les Anglois, & qu'ils
ne fe fufent faifis de la Chaloupe, fi la Pinaffe ne s’étoit approchée dansle
même tems du rivage. Elle amenoit quelques Facteurs, qui vouloient faire
un effai de commerce avec les Habitans ; &, par une fimple précaution de
la prudence , Sharpey avoit pris foin de la bien armer. hite, un des Fac-
teurs, defcendit feul, pour s'informer fi les Marchands de l’ffle étoient ar-
rivés. En pañlant près d’une Maïfon, il la vit remplie de gens armés, en-.
tre lefquels il diftipgua fix Portugais. Comme il s’étoit arrêté, en méditant
fur cette découverte, un More vint lui dire que les Marchands de l'ffle é-
toient arrivés, mais qu'étant fatigués du chemin qu'ils avoient fait pour fe
rendre au bord de la mer, ils prioient les Faéteurs Anglois de defcendre
dans l'habitation avec leurs marchandifes. White n’eut l'obligation de fa vie
qu'à l'efpérance que ces perfides avoient encore qu'il s’acquitteroit de leur
commiffion. Il regagna cffeétivement la Pinafle, mais ce fut pour avertir
les Facteurs qu'ils étoient menacés d’une trahifon.
Dans cet intervalle, le Frère.du Roi, qui fe promenoit à cheval au long
du rivage, donna ordre à quelques Négres de ramafler des noix de cocos
pour l’Amiral, & fit appeller Churchman, Chef des Matelots qui étoient à la
fource, pour le charger de ce préfent. Ce malheureux Anglois s'étant +:
Ÿ 2 du
Suanray.
100),
Trahifon de
ce Prince fous
le voile de l'a.
mitié,
Les Anglois
échappent au
premier dan-
ger,
Ils fuccom-
bent enfuite à
la trahiton,
Snauray,
1608.
Anglois tués
& bleffés,
Ils enterrent
leurs morts
& fe retirent.
L'Autcur ex-
sufe lesMores,
Le Vaiffeau
donne iur les
bas-fonds de
Mélinde,
Il fe faifit de
trois Bätimens
Mores,
150 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
du fans défiance auprès du Prince, fut tiré à l'écart, & fans doute ma.
cré, car il nereparutpoint. Le Prince, nr alors que pus ne
fortoit de la Pinafle, & que la garde s'y fuifoit foigneufement, donna le fi.
gnal de l'attaque , avec un cornet qu'il tenoit pendu au bras. Dix Anglois,
qui étoient à la fource, furent accablés en un: inftant d'une nuée de fé:
ches. Æarrington y périt. Buckler mourut aufi de neuf ou dix bleffüres (i),
Les autres nefe feroient pas fauvés plus heureufement , fi ceux qui étoient
reftés à la garde de la Chaloupe n'euflent tiré quelques coups de moufquer,
qui jettèrent l'effroi parmi les Mores. La Pinaffe faifanc alors un mouve.
ment pour tourner fon canon vers le rivage, cette vûe acheva de leur faire
perdre courage & de les mettre en fuite; tundis que les dix Matelots qui ref-
toient vivans, quoique percés de plufieurs coups, fe traînèrent les uns fur
leurs pieds, d'autres en rampant, Lqu'à la, Chaloupe.
Le jour fuivant, il ne parut aucun More fur le rivage. Elmore s'en rap-
procha avec fa Pinafle, pour faire prendre les tonneaux & un bois d'ancre,
u'on avoit réfolu de ne point abandonner à ces perfides Infüulaires. Vings
Anglois, qui defcendirent bien armés , & foûtenus par quelques piéces de
canon braquées für la Pinafle, trouvèrent les deux corps de Harrington &
de Buckler (4k), déja dépouillés par leurs lèches affaflins, qui écoienx reve.
nus apparemment pendant la nuit. Ils furent enterrés dans une des petites
Ifles qui font voifines de Pamba, Sharpey mit en délibération s'il n'entre.
prendroit pas de fe venger. Mais l'Habitation étoit à couvert de fon artille-
rie; & quoique fes gens fuffent aflez braves pour tenter une defcente , il a-
voit à craindre que les Portugais ne fe crouvañlent dans l'Ifle en aflez grand
nombre pour lui caufer d'autres embarras. D'ailleurs , l'Ecrivain remarque
que la haine des Anglois ne devoit pas tomber fur les Infulaires, Ilsavoienc
averti Coverte & Jordan par divers fignes , tels que de porter la main à leur
gorge, qu'il y avoit peu de fûreté pour eux dans leur‘Ifle.. Malheureufement
ces témoignages de compallion & de bonne - foi ne furent entendus qu'aprés
l'événement.
(1) ON remit à la voile le 20, en vomiflfant des imprécations contre les
Portugais. La nuit fuivante, dans un profonde obfcurité, le Vaiffeau don:
na fur les bas-fonds de Mélinde, ou de Pamba , car le Pilote, qui ne les
connoifloit point, ne put les diftinguer, On s’en tira, par la faveur du Ciel.
Le jour fit découvrir trois petits Bätimens, à la fuite d'un autre, qui fem-
bloit avoir pris les devans pour fe hâter de gagner la terre. Sharpey fit ten-
dre toutes Ës voiles pour les pourfuivre. Ils furent arrêtés tous trois vers
midi. D’environ quarante perfonnes qu’ils avoient à bord, lès Anglois crurent
en reconnoître fix pour des Portugais. La blancheur, ou plutôt la päleur de
leur vifage, les rendoit fort différens de tous les autres qu’on diftinguoit clai-
rement pour des Mores. Cependant ils répondirent à toutes les queftions,
qu'ils
(5) L'Original ne dit point que Buckler: Ck) I n'eft pas parlé dans l'Original dr
mourut, mais que foiblé comme il l’étoit par corps de Buckler, qui, comme on l’a dit
toutes fes bleffures , il fe traina jufqu'à l'en- dans la note précédente, n'avoit pas été tué.
droit où étoient fes compagnons, & mêmeil R. d. E.
eft dit pofitivement dans la Relation: de Jo- (1) La 3e. Seétion de l’Original commen-
nes, qu'on parvint à le guérir. R. d. E, ce ici, KR, d, E.
qu'ils ét
couverts
encore L
Cependi
erahifoh
mer, Ils
avoit fa
bles de
rangées
lote An,
chambre
aftronon
étoit aut
compag
premier
mes, Er
quoiqu'i
lés avec
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le bras,
ça le ve
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quifet
nage fu
l'efpérai
teaux b
réfoluti
fe pouf
autres.
dans le.
tant de
Æ tant re
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core d
nes, |
der s'il
Pays,
dit l’Ai
portem
blefés.
LE 1
tugais
qu'a ne
va poi
e malls.
fonne ne
ma le (1.
Anglois,
e de fé:
Jures (i).
i étoient
oufquet ,
mouve.
eur faire
s quiref-
uns fur
s'en rap
d'ancre,
, Vingt
piéces de
ngton &
ent revc-
$ petites
n entre.
nm artille-
te , il a-
ez grand
emarque
savoient
ain à leur
cufement
qu'apres
ontre les
eau don-
ni ne les
du Ciel,
qui fem-
| fit ten-
lois vers
crurent
leur de
ioit clai-
ueftions,
qu'ils
Driginal du
on l’a dit
as été tu,
11 commen-
INDES ORIENTALES, Lav. UE Cnar VI 157
qu'ils écoient Mores. Ils firent voir leurs épaules & leur dos, qui étoient
couverts de caraétères, fuivant l'ufage de cette Nation. Enfin, ils donnèrent
encore une preuve moins équivoque, en montrant qu ils étoienc circoncis.
Cependant Éarpey, qui ne pouvoit revenir de fes doutes, leur parla de la
trahifon qu'il venoit d'effuyer dans l'Ifle de Pamba. Ce récit parut les allar-
mer. Ils tinrent entr'eux quelques difcours dans leur Langue. Comme on les
avoit fait entrer dans le Vaifteau, il étoit à craindre: qu'ils ne fuffent capa-
bles de quelque entreprife défefpérée. Toutes les épées de l'Equipage étoient
rangées nues , dans un endroit qui ne pouvoit échapper à leurs yeux. Le Pi-
lote Anglois, qui fe nommoit Grove, ayant fait defendre avec lui dans fa
chambre un des Pilotes Mores, pour l'entendre raifonner fur fes inftrumens
aftronomiques, s'apperçut de l'attention avec laquelle il obfervoit tout ce qui
étoit autour de lui, & crut reconnoître, en le quittant, qu'il avertifloit fes
compagnons du fignal auquel ils devoient commencer leur révolte. Sur ce
premier foupçon, Sharpey donna ordre à fes gens de veiller fur la Sale d'ar-
mes. Enfuite jugeant que les Mores pouvoient avoir des couteaux cachés,
quoiqu'ils fuffent fans pées & fans autres armes, il voulut qu'ils fufTent fouil-
lés avec rigueur. On s'adreffa d'abord au Pilote, qui portoit cffeétivement
un couteau, Il le prit d'une main, avec une adrelle qui trompa celui qui
vifitoit fes habits; & lorfque l'Anglois, s'en étant apperçu, voulut lui faifir
le bras, il paffa fi adroitement cette arme dans fon autre main, qu'il en per-
ça le ventre à l’Anglois, en jettant un grand cry qui fervit de fignal à tous les
autres. Le combat devint alors général. Mais Sharpey, & plufieurs Officiers
qui fe trouvoient fur le pont, eurent bientôt abattu les plus furieux, Le car-
nage fut fort grand vers la Sale d'armes, où ils s'étoient tous précipités, dans
l'efpérance de fe faifir des épées & des piques. Ceux qui avoient des cou-
teaux bleffèrent quelques Anglois, & fe jettant au milieu d'eux avec plus de
réfolution, furent tués prefque tous dans des licux différens. Les autres, qui
fe poufoient en foule vers la Sale d'armes, furent affommés les uns fur les
autres. Il en périt trente-deux. Le refte, au nombre de douze (m), fe jetta
dans les flots, où quatre fe noyèrent.. Mais les huit autres proficérent. avec
tant de promptitude & d'adrefle du trouble qui régnoit fur le Vaiffeau, qu'é-
tant rentrés dans une de leurs Pangaies, ils gagnèrent le rivage. [Enfin de
cette multitude de furieux, il ne refta que deux Prifonniers, fi terribles en-
core dans l'agitation de leurs efprits, qu'on fut obligé de les charger de chaï-
nes.] Un moment avant leur révolte, l’Amiral s’étoit propofé de leur deman-
der s'ils pouvoient lui procurer à jufte prix des pois & ‘autres alimens du
Pays, & de leur accorder la liberté à cette condition. Mais leur trahifon,
dit l'Auteur, mit les Anglois dans la néceñlité de fe défendre & juftifia l'em:
portement de leur vengeance. Cinq (#) d’entr'eux furent dangereufement
blefTés.
Le 19 de Janvier, ils arrivèrent à la hauteur de plufieurs Ifles que les Por-
tugais nomment Ahmirantes, & qui font toutes inhabitées. On en compte juf-
qu'à neuf, La Pinafle fut envoyée pour y chercher de l'eau. Elle n'entrou-
va point dans la première; mais les Tourterelles y étoient en fi grand nom-
bre,
(m) Æigl. de cinq ou fix, Rd. E.
(nu) Angl, trois. KR, d. E.
Sinanrer,
1008.
Entreprife dé
fefbérèv des
Prifonnicrs
Mores.
Furieux car.
nage,
Les Mores
font tués ou
foumis,
1609.
Iles Almiran-
tes,
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158 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Smarrey. bre, & fi faciles à prendre, qu'elle en rapporta quelques douzaines. Dans
1609. une autre Ifle, dont elle fit le tour , fans cefler d'avoir douze ou treize braf. qui ex
Fertiles fans fes d'eau, elle trouva non-feulement des fources, mais encore des noix de uelqu
être habitées. Cocos, des Palmiers, des Pigcons & du Poiffon en abondance. [Il parut fur-4 D effein
prenant aux Anglois qu'une Îfle fi riante & naturellement fi fertile demeu. À ou tro
rât déferte. Re traces d'hommes qu'ils apperçurent en divers endroits, Quelqr
leur avoient fait juger d'abord que les Habitans fe cachoient pour éviter traiter
leur rencontre. Mais après beaucoup de recherches, ils ne trouvèrent que IL
deux petits murs de pierres, qui paroifloient avoir été ceux d'une maifon, moins |
& dont l'ancienneté faifoit clairement connoître que c’étoit l'ouvrage d'un uoiqu
autre fiécle. Elmore fit ouvrir la terre entre ces deux murs. Il nen tira Hatem
que d’autres pierres, qu'il prit pour les ruines du même édifice, Les veftiges confiar
humains qu'il avoit apperçus venoient apparemment des gens de mer, que Vaiffes
la curiofité ou le befoin avoit fait relâcher aufli dans ces Ifles. Sur le récit & que
d'Elmore, Sharpey s’approcha du rivage, & s’y arrêta jufqu'au premier de SN Toit a:
Février.] gers dc
AYANT remis à la voile, avec un vent favorable qui dura jufqu’au 19, il 1 fr à L
découvrit le matin du même jour une pointe de terre qui appartenoit au Con- où l'or
tincnt, derrière laquelle il jetta l'ancre, avec l'efpérance d'y trouver de l'eau vagss,
Sara & des provifions. La perfpeétive en eft charmante. L’Auteur nomme cette ils aur
Die de Me Côte Melucidey. Comme on ne trouve nulle part aucune trace de ce nom, apparc
lucidey. À à : À + $ :
} on feroit porté à croire que c’eft une erreur deftile, au lieu de Mélinde, rs
a
s’il ne falloit fuppofer que le Vaiffeau étoit retourné en arrière. L’ancre fut |5
‘ettée fur d ) d lieuës d1 ri d : 5 de la C
jettée fur douze braffes de fond, à deux lieuës da rivage. Jordan, qui par
Timidité des tit aufli-tôt dans la Chaloupe, defcendit à terre fans obftacle. Mais quoi-
Habitans. qu'en approchant il eût here pluficurs Habitans qui fembloient l'obferver,
furent
tonnea
, il ne s’en préfenta point un feul à fa rencontre. [Le Pays étoit fort couvert.# Ru
ortes c
Après avoir marché une partie du jour au long des bois qui faifoient face à IE
la mer, il prit le parti de retourner à bord, fans y avoir ôfé pénétrer. Ce- . tre Ch
pendant Sharpey, qui ne put s’imaginer qu’un fi beau Pays contînt des Ha-
bitans fi timides ou fi farouches, le renvoya mieux accompagné, avec or-
dre d’obferver les traces des Négres & de les fuivre. Le cortège de Jordan
étoit de vingt hommes bien armés. Il s’attacha, comme un Chaffeur , à dé- ur, fo
couvrir les routes des Bois; ce qui n’étoit pas facile dans un terrain dur, & D une bc
couvert d’une peloufe fort unie. Enfin trouvant un fentier dans le fable, il Ce!
Les Anglois s’avança l’efpace d’une lieuë. Quelques beftiaux, qu'il vit paître tranquille-
preent ment, & deux ou trois Négres qui fe moncrérent plufieurs fois, lui firent
merce avec juger qu'il n’étoit pas loin d’une Habitation. Il ne put lui en refter aucun
cux. doute, lorfqu’il eût apperçu de la fumée au-deffus des arbres. Trente ou
quarante Cabanes qu’il découvrit tout-d’un-coup le firent avancer avec plus
de précaution. Les Sauvages qui l’avoient fait obferver pendant toute fà mar-
che, abandonnèrent leurs maifons à fon arrivée, en fe jettant confufément Foie
de l’autre côté du Bois, mais fans s’y enfoncer affez pour le perdre de vûe. De
Ils avoicnt leurs arcs & leurs fléches. Dans la précipitation avec laquelle ait *
ils s’étoient retirés, plufieurs enfans qui n’avoient pû les fuivre du même DR ie à
pas, couroient encore après eux pour les joindre. Jordan fit arrêter les An- réf fer
glois à cent pas de l’Habitation. Deux des plus hardis acceptèrent la com- Matelc
miflion de s’avancer fäns armes, avec des couteaux & les autres bagatelles quêren
qui
Cocos.
Ils acc«
tachèr
meura
es. Dans
reize braf.
s noix de
| parut fur.
le demeu-
sendroits,
our éviter
rérent que
e maifon,
rage d'un
nen tira
es veftiges
mer, que
ar le récit
remier de
au 19, il
it au Con-
er de l’eau
nme cette
ce nom,
Mélinde,
’ancre fut
ui par-
ais quoi-
'obferver,
: couvert.
nt face à
trer. Ce-
t des Ha-
| avec or-
de Jordan
ur, à dé-
dur, &
fable, il
ranquille-
lui firent
er aucun
rente ou
avec plus
te fa mar-
fufément
de vûe.
laquelle
du même
èr les An-
la com-
pagatelles
qui
INDES ORIENTALES, Lav. LI Cuar, VI. 159
qui excitent l'avidité des Afriquains. Ils n'eurent pas plutôt paru feuls, à
uelque diftance de leurs compagnons, que les Sauva, es somprenant leur
deffein , détachérent aufli deux hommes de fort belle taille, qui firent deux
ou trois cens pas au-devant d'eux. L'un des deux Anglois étoit l’Interprête.
uelque différence qu’il y eût entre les Langues, on s'entendit affez pour fe
traiter bientôt en amis. 4
Iz fembloit qu'après cet heureux prélude , toute la Nation dût marquer
moins de crainte, & fortir du Bois fur le témoignage de fes députés. Mais
uoiqu'ils euffent laïffé cette efpérance aux deux Anglois, ils revinrent immé-
durement, pour leur déclarer qu'ils n’avoient pû difpofer perfonne à prendre
confiance à leurs difcours; que fi les Anglois vouloient fe retirer dans leur
Vaiffeau, on leur porteroit volontiers les provifions dont ils avoient befoin ,
& que les échanges fe feroient fans difficulté; mais que rien ne les engage-
roit à s'approcher avec leurs femmes & leurs enfans d'une Troupe d’Etran-
gers dont ils ignoroient les intentions. Jordan, qni étoit fort éloigné de pen-
fer à la violence, confentit à fe retirer, après s'être fait inftruire des lieux
où l'on pouvoit trouver de l'eau. Il fit quelques petits préfens aux deux Sau-
vages, en leur promettant que s'ils apportoient des provifions au Vaiffeau,
ils auroient à fe louër de l'accueil des Anglois. ‘l'ant de douceur, joint à ces
apparences de timidité dans les Négres, lui fit juger qu’ils avoient été mal-
traités par quelque Vaiffeau de l'Europe. Il retourna au rivage, fans être en-
tré dans l'Habitation, Sharpey, fur fon récit, ne balança point à s'approcher
de la Côte pour faire prendre de l’eau. Pendant deux jours que les Matelots
furent occupés de ce travail, il ne parut aucun Sauvage. Mais lorfque les
tonneaux furent à bord, & que la Chaloupe eut quitté le rivage, on vit ap-
procher deux Barques, menées par quatre Négres & chargées du pluficeurs
fortes de provifions. L'une portoit deux Veaux gras, quatre Moutons & qua-
tre Chevreaux. L'autre étoit remplie de volailles, de racines & de noix de
cocos. Sharpey tenta inutilement d'engager les Sauvages à monter à bord.
Ils acccptèrent tout ce qu'on leur offrit pour échange; mais les Anglois s'at-
tachèrent à leur y faire trouver de l'avantage. Lorfqu’ils fe dipofoient à par-
tir, fort contens de leur marché, Sharpey Jjoignit à ce qu'ils avoient reçu,
une bouteille de liqueur & quelques morceaux d’étoffe.]
CE fut dans cette Baye qu'on découvrit fur le Vaiffeau un crime qui.ne de-
meura pas long-tems fans punition. Philippe Grove, Pilote Hollandois , qui
avoit mérité par fes fervices la confiance & l’eftime de l'Amiral, étoit de-
puis long-tems dans un commerce infime avec un jeune Matelot. On s’étoit
affez apperçu qu'il marquoit pour lui des attentions extraordinaires, & qu’il
le prenoit fouvent à l'écart. Mais l'opinion qu’on avoit de fon mérite & de
fa fageffe avoient écarté les foupçons, jufqu’à faire juger, qu’il ne penfoit
qu'a fe faire un Eléve ; d'autant plus que le jeune Angois avoit beaucoup
de vivacité & d'ouverture d’efprit. Cependant leur indifcrétion augmentant
tous les jours pe la facilité , ils furent enfin furpris avec des circonftances
qui feroient indignes de la gravité de l’Hiftoire. Sharpey, dans le befoin qu'il
avoit du Pilote, fe contenta de l’humilier par des reproches, Mais il ne put
réfifter au cry public, qui demandoit un châtiment éxemplaire. Tous les
Matelots fe rappellant avec frayeur les périls qu’ils avoient courus, ne man-
quérent pas de les regarder comme une marque du courroux du Ciel, & fe
crurent
SHanrret.
160%
Les Négres
refufent d'ap-
procher des
Anglois.
On convient
de quelques
conditions,
Provifions ap-
portées au
Vailleau.
On découvre
un crime infà-
me furle Vaif-
feau.
Tout l'Equi-
page demande
qu'il foit pu-
ni,
Snaunrey.
1609.
Châtiment du
coupable,
{fes fans nom.
Ifles de Soco-
tora,
Les Anglois
fe rendent à
Aden , avec
un Vaifleau
Guzarate,
Ils font trahis
par Les Guza-
rates.
160 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
crurent trop heureux d’être reg: A jufqu’alors à fa vengeance. Enfin Shar.
pey confentit que le coupable fût jugé fuivant l'ufage d'Angleterre. On
choifit des Pairs-Jurés, qui vérifièrent le crime par des preuves manifeftes,
& la Sentence de mort fut prononcée avec l'applaudiffement de tout l'Equi-
page. Elle fut néanmoins plus douce qu'on ne devoit l’attendre d'un déchai-
nement fi géneral. Le jeune-homme fut condamné à perdre la vie dans l'eau,
es qui fut éxécuté d’une manière fort bizarre. On lui attacha deux bou-x
ets aux pieds; & l'ayant fufpendu par-deflous les bras, on le fit defcendre
dans la mer, en lâchant infenfiblement la corde jufqu’àa ce qu'il eût la tére
cachée fous l’eau. On le laifla une heure entière Us cette fituation ; &
lorfqu'on ne put douter qu'il ne fût expiré, on le tira de la mer, pour le
laiffer fufpendu à l'air pendant le refte du jour.] Cecte Exécucion fe fit le
Vendredi, troifième jour de Mars.
Le beau tems, dont on jouit pendant le refte du mois, pafla dans l’efprit
des Matelots pour une récompenfe de cet aéte de juftice. Le 21, on dé.
couvrit, à la latitude de 12 degrés 17 minutes , une Ifle qui parut d’abord
affez confidérable ; mais on s'apperçut bientôt que ce qui lui donnoit cette
apparence de grandeur, au point d'où l'on avoit commencé à la reconnoi.
tre, étoit quatre grands rochers, gi en font éloignés d'environ trois lieuës.
Après avoir employé tout le jour & une partie de la nuit pour s'approcher
du rivage, l'Efquif, qu'on y envoya, ne tarda point à rapporter que l'Ifle
étoit déferte. Cette nouvelle ayant fait perdre l'envie d’y relâcher, on s'a-
vança vers trois autres Ifles , dont les deux premières ne paroïifloient éloi-
nées entr'elles que d'une lieuë, à 12 degrés 29 minutes. Comme la troi-
fième étoit la plus grande , on fe hâta d'y arriver avant la nuit C'étoit
l'Ifle de Socotora, à 12 degrés 14 minutes de latitude. On y jetta l'ancre lc
29 de Mars, dans une Baye fort commode.
Les Infüulaires, ayant apperçu le Vaifleau, firent des feux, foit pour ob-
ferver fes deffeins, foit pour faciliter fon entrée dans la Baye; ce qui n’em-
pécha point, qu'à l'approche de la Chaloupe, ils ne priffent la fuite avec de
CE marques de frayeur. Ils avoient reçu depuis peu quelques infüultes
‘un Bâtiment qui avoit paflé fur leurs Côtes. Les Anglois tentérent inutile-
ment de les attirer fur le rivage; & défefpérant enfin de les faire revenir de
leurs craintes, ils levèrent l'ancre pour chercher autour de l'Ile le principal
Port. En füuivant ce projet, ils rencontrèrent un Vaiffeau Guzarate, chargé
de cotton, de calicos & d’autres toiles de la Chine, qui faifoit voile vers
Aden; & fur le témoignage du Capitaine, qui lui repréfenta cette Ville com-
me un lieu fort célèbre par le commerce, ils prirent la réfolution de s’y rendre
avec lui. Mais ils trouvèrent la vérité fort différente de ce récit, car Aden
n'étoit alors qu'une Ville de guerre, défendue par une forte garnifon. Le
Château, qui eft à l'entrée du Port, a été coupé de la terre, & fe trouve
environné de la Mer. Il eff bordé de trente-deux piéces de canon, & la
Ville en a plus de cinquante,
. Quoique Sharpey ne vit pas fans étonnement la force de cette Place,
il étoit fi éloigné de foupçonner la bonne-foi des Guzarates, qu’étant convenu
avec eux qu’ils entreroient les premiers dans le Port, il attendit leurs infor-
mations, pour fe régler par leur éxemple. Ils avertirent le Gouverneur Turc
qu'ils étoient füivis d'un Vaifleau Anglois, qui avoit jetté l'ancre à deux mie
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De Là Coste Orventale
D'AFR ZTQUEÆ,
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XL‘ Degre de Latitude #eri):
Vusqu' au
CartePrancoise. de L'Ocear Ortental,
Publiet en 1790 par Ordre de MST |||
& Comte der , à 118
€ sur des Remarques Part: \
cudueres, et dressée sur des Y
Observations Astronomiques.
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S P.Port. Haven.
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RRozre.Rivier.
| dont D Z'atitude à ete oëservee par d'la
&iles Navigateurs.
Een Streep—— onder de Naamen be-
tékend de Plaatsfen waar van de Barr:
TE bepaald is, door Sterrekundige
Waarneemingen.
De Stippen toonen de Plaatsfen|L
aan welker BREEDTE door Erv
Zeelieden waargenomen is.
I.,Komoro
ou
KAART van de OOSTKUST van AFRIKA,van den X#Z/Z° Graad Zusderbreedte tot den XVZ*Graad Noorderëé,
Cenaakt na de Fransfé-Xaart van den Ooster -Oceaan, aaityegeeven, A!1740, op Bevel van den A'*Erave de Maurepas
. Vermeerderd œ #yzonare Aanmerkingen ; en geschikt volyens Sterrekundige “Waarneemingen /
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INDES QRIENTALES, Lav. III, Car. VL 161
les du Port. Un Officier de la Ville fut envoyé auflicôt dans une Barque, pour
engager les Anglois à s'approcher fans défiance, Sharpey trop facile à fe laif-
fer cromper par les apparences de la fincérité, defcendit imprudemment fur
le rivage, accompagné d'un petit nombre de fes gens. Il y crouva quatre che-
vaux, qui paroifloient préparés pour lui faire honneur, On le preffa civile-
ment de fe rendre à la Ville; & dans le chemin qui lui reftoit à faire, il fut
traité avec toutes fortes de refpeéts & de foins. A fon arrivée, le Gouver-
neur lui demanda d'un air incertain, ce qui l'avoit amené dans fon Port, Sa
réponfe ayant été que fur la réputation du commerce d'Aden, il y apportoit
diverfes marchandifes de l'Europe, on lui fit d'autres queftions auxquelles il
facisfit avec la même fimplicité. Enfin le Gouverneur, fans expliquer fes in-
tentions, l'envoya dans une maifon voifine, fous la garde d'un Chiaoux & de
quelques Janiflaires. Sharpey ouvrit les yeux fur fon imprudence; mais fans
voir encore aucun moyen d'y remédier.
IL demeura comme oublié dans fa prifon pendant fix femaines. Coverte
Auteur de cette Relation, & deux autres de fes gens qui étoient avec lui, le
“preffèrent beaucoup de faire entendre hautement fes plaintes. [Dans la confu-
fion de s'être fié trop légèrement à des perfides, ou dans l'efpérance de les
gagner par la foûmiflion & la douceur, il s'obftina tellement au filence,
qu'il employa même fon autorité pour y forcer auïli fes Compagnons. On
ne leur refufoit d’ailleurs aucune forte de fervices & de befoins. Les Turcs
de leur garde les amufoient par le fon de leurs inftrumens & quelquefois
par des danfes.] A la fin, un Officier du Gouverneur vint prier civilement
Sharpey d'envoyer des ordres à fon Vaiffeau pour faire débarquer du fer,
de l'étain & du drap, jufqu'à la valeur de deux mille cinq cens dollars, en
promettant de payer ces marchandifes. Elles furent amenées au rivage. Mais,
en yarrivant, elles furent faifies par les Officiers de la Douäne, qui pré-
tendirent qu'elles leur appartenoient pour leurs droits. Alors le Gouverneur,
fatisfait apparemment de ce vol, fit paroître Sharpey devant lui; & l'exhor-
tant à ne pas s'offenfer des ufages du Port, il lui déclara qu'il étoit libre de
retourner fur fon Vaiffeau. Cependant, lorfqu'il fe difpofoit à partir, on ar-
réta deux hommes de fa fuite; & fur les plaintes qu'il en fit, on l'affüra qu’il
devoit être fans allarmes pour leur fûreté, mais que l'ufage é: ac aufi de
payer deux mille dollars pour l’ancrage, les deux Anglois étoien. : dés pour
caution de cette fomme, & qu'il feroit le maître de la faire payer aufi prompte-
ment qu'il le fouhaiteroit. C’étoit joindre la raillerie à la trahifon. Shar-
pey fe rendit à bord fans repliquer. On y délibéra fur le payement de la
fomme. L'avis du Confeil fut de faire par écrit des repréfentations au
Gouverneur, & de le rappeller aux principes de la bonne-foi & de l'équité
naturelles. Ce Mémoire fut porté dans un Efquif, par deux Matelots, quire-
çurent ordre de le remettre à l'Officier qui avoit gardé l'Amiral dans fa pri-
fon. Le Gouverneur que le recevoir fans colère: mais pour réponfe, il or-
donna que les deux Anglois prifonniers fuflent conduits dans une Ville nom-
mée Zenan, ou Saana, à huit journées de la Mer, pour être initruits des in-
tentions du Bacha, qui y faifoit alors fa réfidence.
Ah CUxeE tyrannie fi cruelle auroit forcé les Anglois à la vengeance, fi leurs
forces avoient égalé leur reffentiment. Mais dans la néceflité de dévorer cet
outrage, ils réfolurent de s’avancer jufqu’a Mocka, Ville d'un commerce
IL. Part. floriffant ,
Snanrer,
1609. |
L'Amiral eft
arrêté prifom.
nier,
Artifices qu'on
employe pour
le tromper,
L'Amiral eft
ren oyé ,Inais
onretient
deux de fes
gens.
Il fait des
rcpréfenta-
tions au Gou-
vernçur.
Sranrey.
1609.
Réfolution
qu} prne
€ [let à
Mocha,
LE
Lommerce
x P omIçtes
de Mocka,
Les Angle is
entrent dans
Mocha,
ll eft content
poule com-
merce, mais
fes plaintes
tont mal re-
cucs,
162 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
floriffant, dans l'efpérance d'y trouver plus de faveur pour des Etrangers,
& d'obtenr une jufte facisfaction,] Ils levèrent l'ancre le 3 de Juin, & s'en.
ageant dans les Détroits, ils arrivèrent trois jours après dans la Race de
locka, Leurs efhérances redoublèrent en y voyant un grand nombre de
Vaifeaux de différentes Nations, parce qu'ils s'imaginérent que l'intéret du
commerce engageroit tant d'Écrangers à favurifer leurs juftes plaintes, D'ail.
leurs étant chargé d'étain, de fer, de plomb, de drap, de limes d'épées,
& d'autres marchandifes Angloifes , il ne doutoit pas que des biens fi recher.
chés dans ces Rérions, ne lui procuraffent un heureux accueil, Mocka ef
un marché fi confidérable, qu'il ne fe pale point de femaine où l'on n'y re.
çoive des Caravanes de Zenan, de la Méque, du grand Caire & d'\lexan.
drie, s'y tient tous les jours un grand marché de toutes les productions
de l'Afrique, & de l'Afe, Les provifions de bouche n'y font pas moins en
abondance, On y trouve une quancité furprenante d'abricots, de coins, de
dates, de raifin, de pêches, de limons; ce qui parut d'autant plus furpre.
nant aux Anglois, que les Habitans leur racontèrent qu'on n'avoic eu depuis
fix ans aucune pluie dans ce Canton, Le bled méme ne laifloit pas d'y être
à fort bon marché, 1l y avoit un fi grand nombre de beftiaux, qu'un buf
ras ne fe vendoit que trois dollars, & les autres animaux à proportion,
’our le poiflon , avec trois fols, on en pouvoit acheter de quoi nourrir
dix hommes. La Ville cft gouvernée par les Turcs. Leur empire eft fi
rigoureux fur les Arabes, qu'ils ont toüjours des galères & d'autres fuppli-
ces préparés pour leur châtiment; fans quoi il feroit impollible de les con-
tenir dans la foûmiflion.
[SmarPey fit demander la permiffion d'entrer dans le Port à titre de:
Marchand de l'Europe, qui defiroit également de vendre & d'acheter, Il fut
reçu avec des carcflès & des offres qui ne pouvoient être fufpeétes dans une
Ville de commerce, On commença par éxiger de lui le droit d'ancrage, mais
fans violence, & fuivant l'ufage établi pour tous les Marchands ‘étrangers,
Enfüite, étant entré dans la Ville, il y obtint la liberté de s'y loger com.
modément. On lui demanda l'état de fes marchandifes; & fur le premier
Mémoire qu'il en donna, on fe feroit accommocé für le champ de toute fa
cargaifon, s’il n'eût été obligé d'en réferver la mcilleure partie pour le ter-
me de fon voyage. Onn'éxigea point qu'il Fit rien débarquer avant la ven-
te, Les Négocians Turcs ou Arabes fe contentérent des eflais qu'il avoit ap-
ortés de fon bord; ‘e concluant le marché à terre, ils envoyoient prendre
fes marchandifes dans leurs propres Barques, à mefure qu’elles étoient ache-
tées & payées. De fon côté, il prit en échange, des provifions ou de l'ar-
gent, fuivant fes conventions. es jours fe paflèrent ainf dans le mou-
vement du commerce, avant qu'il s'ouvrit fur le fujet qui l'avoit amené.
Lorfqu'il crut fa réputation bien établie dans la Ville, il confulta fes Corref
pondans fur l'outrage qu'il avoit reçu du Gouverneur d'Aden, Mais au lieu
de leur trouver la chaleur qu’il avoit cfpérée pour fes intérêts, il les vittous
d'accord à condamner la témérité qu’il avoit eue d’entrer dans une Ville de
guerre, On lui repréfenta que fi les Guzarates l’avoient trahi, c’étoit de lui-
mème qu'il devoit fe plaindre, & qu'un Marchand ne devoit point ignorer
la différence d'un Port libre & ouvert pour le commerce, d'avec une Ville
où les Turcs ne s’étoient fortifiés que pour en éloigner les Etrangers. Onlui
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confeila
vit
dans les lieux voifins toutes fortes de rafraïchillemens.
INDES ORIENTALES, Lav, III, Cuir, VI 163
confeilla même d'écouffer fes plaintes, s'il n'aimoit mieux faire revivre une
querelle enfevelie, & qui pouvoit en renaifTant , l'expofer à de nouvelles
eines. Il prit le parti de fuivre ce confeil, } Mais n'ayant plus rien quidûe
e retenir à Mocka, il en forcic le 18 de Juillet auili librement qu'il y étoit
entré, Pour augmenter le regret d'un voyage inutile, il perdit deux ancres
en repañlant les Détroits.
C&reNDANT il auroit trouvé un fujet de confolation dans le bonheur qu'il
eut de rejoindre fa Pinaffe, donc il étoit féparé depuis long-tems, fi cet avan-
tage même n'eût été mélé d'un autre fujet de chagrin. Jean Luflen, Pilo-
te de la Pinafle, étant mort depuis plufieurs jours , Sharpey apprit par difié-
rentes informations la caufe de cet accident, qu'on s'étoit propofé ds lui ca-
cher, Lufken avoit reçu un coup de marteau à la tête, d'un Anglois nom-
mé Thomas Clarke, qui s'écoit appuyé, pour cette violence , du fscours de
crois autres Anglois ; françois Driver, André Evans, & Edouard Hilles, Leur
querelle étoit venue du relus de quelques liqueurs que le Pilote gardoic foi-
gneufement pour des néceilités plus preflantes. Sharpey crut, non-feule-
ment la difcipline, mais fa propre vie intéreflée à la Lei de ce crime,
Il fit faire le procès aux Meuririers, fuivant les loix de leur Patrie; & fur
la pleine conviétion du meurtre, il fe pendre dans la Pinalle, Driver &
Clarke, qui avoient été les princ' paux Aéteurs. Les deux autres n'échap-
pérent pas à la juftice, quoique leur punition vint plus tard & par d'autres
voies. Hlilles fut dévoré dans la fuite par des Cannibales (0), & l'autre é-
tant mort dans un lieu défert, fut trouvé pourri & prelque mangé des in-
icétes,
La Pinafe demandant de promptes réparations , Sharpey réfolut de relà-
cher dans l'ffle de Sokotora, malgré les obitacles qu'il y avoic trouvés quel-
ques mois auparavant. Il jecta l'ancre le 15 d'Août, devant (p) Sajab, Vil-
le où le Roi fait fa demeure. Un Marchand du Pays, qui fe préfenta für
le rivage, n'annonça rien de finiftre aux Anglois; Mais après avoir reçu un
réfent de l'Amiral, il lui fit entendre qu'il ne feroit pas vü de bon œil à Sa-
Jah, fur-tout par les femmes, qui fe refléntoient vivement de quelques in-
fultes que leur féxe avoit reçu de l'Équipage d'un Vaifleau étranger. L'Auteur
affüre que les Infulaires memes ignoroient de quelle Nation. Mais plulieurs
Matelots, qui étoicnt defcendus a verre avoient enleve de jeunes filles, &
les avoient torcées brutalement, Ils avoienc tué une Mère , qui s’étoic ef-
forcée d'appeller du fecours par fes cris. Enfin le Marchand confeilla aux
Anglois de gagner une Rade qui étoit plus éloignée de cinq lieuës , ou fans
craindre aucune réfftance du petit nombre des Habitans, ils crouveroient
[Il promit mme à
Sharpey de s'y rendre par terre avec quelques autres Négocians de Sijan, &
de lui porter quelques perles, dont ils pouroient faire l'échange pour d’au-
tres marciiandifes. ]
ILs allérent mouiller dans cette Baye, L'eau fraîche, les beftiaux , l'a-
loes, les focotrines (4), le fang de dragon ieur furent offerts en grande
| abonuance,
7 Co) Il fut laié à Madagafcar, oul'on
fuppoia uppui.mment qu'il avoit (té mangé
par des Cannibales, A
Cp) Dans la fuite, on trouve que ce Prin.
ce tenoit fa Cour à ‘Lainarin, R, d. F,
(a) Angl, l'Aloss Socotrin. R. & E,
X 2
Snanvru:
160),
ls partent de
Mocha,
À ci!
plaque
UHR
WE tra
pu
Les Anglois
rclichont à So.
kotora,
Raifon qui
leu fait quit.
ter la Rade de
Sajah,
SHAnPreY,
1609.
Es y font bien
reçus des
hommes, &
maltraités des
femmes,
Ils relachent
à Moa,
Imprudence
de l'Amiral,
Son Vaiffeau
fi
itaaufrage.
164 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
abondance,
lité dans les Pabitans, ils s'apperçurent que la trayeur & la haine des femmes
de Sajah, s'étoient répandues dans cette partie de l'Ifle, Il ne s'en préfenta
int une feule à leur vüe; & Sharpey même qui cherchoit à fe les conci-
ier par quelques politeffes, ne put découvrir leurs traces, Te Marchand
ce Sajah parut dès le lendemain avec quelques-uns de fes affociés, [l ap.
porta une douzaine de fort belles perles, pour lefquelles il accepta volontiers
du drap & du fer, Sharpey le pria de s'employer à rétablir fa Nation dans
l'eflime des femmes; mais à peine en fit-il confentir deux ou trois à paroître,
our recevoir de la main de d'Amiral quelques petits miroirs, avec des ru-
Le & des peignes, Cependant la renommée de leur galanterie & de leurs
agrémens ch fi bien établie, qu'elle eft paflée comme en proverbe dans tous
les Pays voifins. On prétend que celles qui n'ont point d'enfans de leurs ma-
ris, ne font pas difficulté de fe livrer aux pañlans, pe remédier à la ftérili.
té de leur mariage, & qu'elles employent méme des fortilègesiqui les atti-
rent dans leur Ifle, Sharpey , qui avoit lu cette obfervation dans quelque
Ecrivain Portugais, n'en cut que plus d'empreffement à rechercher leur com-
merce; mais la force de leur prévention, l'emporta fur tous fes foins.] Cette
Baye s'appelle Saub,
Arrès avoir rétabli la Pinaffe, le 18 on partit pour Cambaye, avec un
fi bon vent, que le 28 on relâcha heureufement à Mon. Comme onne s'ar-
rétoit dans ce Port que pour y faire de l'eau, Sharpey eut le cems d'y pren-
dre des informations fur les dangers qui le menagçoient. II fçavoit par fes
Cartes & par cent récits, que la Côte eft remplie de rocs & de bancs de fa-
ble, Les Habitans de Moa lui offrirent, pour vingt dollars, un Pilote ex-
périmenté, qui s'engageoit à le conduire jufqu'à la Barre de Surate, Mai
dans la confiance qu'il avoit à fes propres lumières , il rejetta toutes les
offres.
Le 29, en fortant du Canal de Moa, le Vaiffeau, qui portoit fur plus de
vingt-cinq braffes , fe trouva tout-d'un-coup fur dix; enfüuite fur fept & fur
fix & demi. On retomba fur quinze; mais bientôt on fe retrouva fur cinq.
Quelques Matelots effrayés, demandèrent au Pilote à quoi il penfoit. Au mé-
me moment le Vaiffleau donna contre le fond. Coverte , qui treffaillit à ce
mouvement, accourut fur le Pont pour avertir le Pilote à ce qu'il venoit
de remarquer. Mais le Pilote demanda fièrement qui ofoit dire quele Vaif-
feau eût touché ? A peine eut-il fini cette infolente queftion, qu'il toucha
encore, & fi violemment, que le gouvernail fe brifa , & fut emporté, On jetta
l'ancre auñli-tôt; & pendant deux jours, on chercha la caufe du mal &le re-
méde. Tandis que tout le monde étoit occupé de ce foin , non-feulement le
Vaiffeau toucha encore avec un nouvelle violence ; mais on s'apperçut fen-
fiblement qu'il commençoit à s'enfoncer. Il étoit fix heures du foir, le fe-
cond jour de Septembre. Bien-tôt l’eau gagna de toutes parts, fans qu'on
pût découvrir précifement quels étoient fes plus dangereux pañlages ; & le
travail continuel des pompes, depuis fept heures jufqu’à unze , ne fervit point
à la diminuer. Enfin Sharpey ne confervant plus d'efpérance (r), exhorta
tout
(r) Coverte laifTe entendre quele naufrage geance de Grove, Pilote Hollandois, donton
des Anglois ne doit être attribué qu'à la ven- ne peut avoir oublié le mécontentement. Met
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Mais quoiqu'ils n'y trouvaflent que do la douceur & de la civi.%
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INDES ORIENTALES, Law, LIL Cnar, VE 165
tout l'Equipage à s'entrefecourir dans l'ufage qui refloit à faire de 11 Chalou-
pe & des Éfquifs. On avoit eu foin de faire P acer fur le tillac, environ dix
inille livres fterling, qui appartenoient aux Marchands, L'Amiral déclara que
chacun pouvoit prendre ce qu'il fe croyoit capable de porter, On en prit
environ trois mille, les uns fe hâtant d'abord de remplir leurs poches, &
rejettant enfuite un poids qui furpaloit leurs forces; les autres fe conten-
tant d'une forc petite fomme, dans la penfée qu'ils pourraient étre obligés
‘e fe fauver à la nage; d'autres enfin, négligeant tout-h-fait des richeffes qui
ne leur paroiffoient plus d'aucun prix , lorfqu'ils avoient la morc devant les
veux, Ils abandonnérent ainfi le Vaiffeau, fans emporter même aucun ali-
ment, Ce trifte départ commença vers minuit; & par les fecours qu'on fe
prêta mutuellement , tout le monde trouva place dans la Chaloupe ou dans
\'Éfquif, La Côte étoit prefqu'éloignée de vingt lieuts à l'Ef, On vogua pen-
dant tout le refte de la nuit & le Jour fuivant, fans avoir la moindre provi-
fion de vivres pour fe foûtenir, Enfin, vers fix heures du foir, on aborda
dans une petite Ile, à l'entrée de la Baye qu'on s'efforçoit de gagner, Mais
lorfqu'on fe croyoit à la fin du péril, un coup de vent brifa tout-d'un-coup le
mit de la Chaloupe, qui contenoit cinquante-cinq hommes. Cependant ils
trouvèrent le moyen d'entrer dans la Baye; & le vent s'étant affoibli, ils ga-
gnèrent heureufement la rivière de Gandevi,
Les Habitans du Pays, qui virent paroître tant d'Etrangers à l'embouchu-
re de leur Rivière, batirent le tambour & coururent aux armes pour leur
défenfe, Ils ne doutèrent point que ce ne fut un détachement de quelque
l'lotte Portugaife, qui venoit piller leurs Villes. Sharpey s'apperçut de leur
erreur, Il avoit avec lui un Guzarate, qu'il leur envoya pour les informer de
fa difgrace & de la néceflité où il étoit d'implorer leur fecours. Ce récit pa-
ut les toucher. Ils s'approchèrent des Anglois avec beaucoup d'humanité ,
& les conduifirent à Gandevi, Capitale du Canton, où ils reçurent tous les
fecours dont ils avoient befoin dans leur infortune,
L'Aureur termine ici fa Relation , mais c'eft pour commencer dans un
autre livre , le récit de fon voyage terreftre au travers d'une infinité de Pays
qui étoient alors peu connus. Le refte de fon ouvrage appartient, dans ce
Recueil, à l’article des Voyages de terre.
LATITUDES.
Ifles près de Pemba, . . . . . . , . . , . , 208,
Ile de Sokotora. | , Tu SN DS 12 24N.
lie voifine de Sokotora., , . , , . . , . . . 12 17
Trois autres Ifles aufli près de Sokotora. . . . . 12 29
il n'ajoûte rien néanmoins qui ait l'air de preu. fervices d'un homme qu'il avoit outragé, &
ve. Il eft toûjours aflèz furprenant que Shar- qi eût refufé de prendre un Pilote à Moa.
pey nelt pas Gui de prendre confiance aux K. d, T,
Se APR,
1609,
Cu RE !
de coti. .,
chlunt,
Les Anglois
Han nttorre
dans tours Bar
ques,
Ils font reçus
à Gandevi,
SIHARPEY.
1608.
Explication
de cet Appen-
dix.
Départ.
Obfervation
{ur le vent,
Séparation
des deux Vaif-
feaux,
166 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
MU ca FE De Mc DEEE ce ec: RE fc: D ic DE GE > PEAU ER
CH A PIT RE VIE (o
Autres circonftances d': même Voyage par Thomas Jones.
6. pour m'attacher à l'ordre & aux vûes des Ecrivains Anglois que
je fais paroître ici dans un article féparé la Relation de Thomas Fones,
telle que Purchaf l'a publiée. II étoit plus naturel d'en extraire les principa-
les circonftances, pour les inférer dans le récit de Coverte, & de ne faire
qu'un feul article de deux Mémoires qui regardent le mème voyage. Mais
ce feroit priver Jones d'une partie de fa gloire. Dans le plan des Auteurs de
ce Recueil, il füuflic qu'un Voyageur ait écrit quelque chofe qui lui foit pro-
pre, pour avoir droit (b) de figurer ici fous fon propre nom.] ‘Thomas Jo-
nes étoit, comme Coverte, un des Oïliciers de l'Afcenfion (c), fousle com:
mandement de l’Amiral Sharpey.
HEURE infortunée, s’écrie-t-il en commençant, que celle où l’Æ4fsenfion &
l'Union, mirent à la voile, le 14 de Mars 1608. On relicha le 6 de May
dans l’Ifle dé Mayo, pour y prendre des rafraïchiffemens. Enfüite ayant pal:
fé la Ligne, on tomba fous le vent du commerce, qui foufle continuelle-
ment entre le Sud-Eft & le Sud-Eft quart à l'EÎt; de forte que plus on avan-
ce vers le Sud, plus on trouve le vent à l'Eft, comme on ne manque pasde
s'en appercevoir entre la Ligne & le Tropique du Capricorne. Le 11 de Juin,
à vingt-fix degrés de latitude , on rencontra une Caraque, nc e Nave Pal.
ma, qui faifoit voile aux Indes, mais qui eut bientôt le malheur d’écaouër
fur la Côte de Sofala, à douze lieuës de Mozambique. L’Auteur apprit dans
la fuite l’infortune de ce Batiment, du Capitaine même qui l'avoit com-
mandé.
LE 13 de Juillet, les deux Vaiffleaux Anglois jettérent l'ancre dans la Baye
de Saldanna. Ils s'y arrêtèrert à conftruire leur Pinaffe, jufqu'au 25 de S:p-
tembre, qui eft le tems où lzs Mouflons de l'Oueit étant finies, le vent foul-
fle beaucoup plus au Sud & au Sud-Eft. Le lendemain de leur départ une fu-
rieufe tempête fépara de l’Amiral, l'Union & la Pinafle. Il chercha inutile-
ment ce Vaifleau, que le fien étoit condamné à ne plus revoir; mais la Pi-
nafe le rejoignit dans la fuite. Comme il avoit laifé pañer la faifon, il bat-
tit long-tems la Mer au gré des vents, jufqu'au 18 de Novembre, qu'il dé-
couvrit enfin l'Ifle de Madagafcar. Ses efforts furent inutiles pour gagner k
Cap de Saint-Roman. [Cependant on entra dans une Rivière, d’où l’on fu
bientôt
(a) C'eft le Chapitre VIII de lOriginal.
R. d. E.
(b) On obfervera néanmoins de ne pas ré-
péter les détails qu'on'a iüs dans la Relation
précédente. R. d, 'F.
déc) I paroît par fa Relation qu'il a étéle
Bootsman ou le Charpentier du Vaifleau. Voi-
ci le Titre qu'il a donné à fon ouvrage , Cour-
ve Relation d'un quatriéme Voyage, fait aux Lx
des Orientales, avec deux bons Vuijjeayx dont
l'un nomme l'Afcenfion croit l'Amiral, & l'aire,
appelle l'Union, étoit Vice- Amiral, fous le co:
mandemeut du Général Alexandre Soarpey, G
du Licutendnt general Richard Rosvles 3 vec ia
decouverte de la Mer Rouge faite par L'Afcenfion.
Voyez Purcha(] *s Pügrims, Vol, I pag. 222
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| L pag. 22è.
INDES ORIENTALES, Liv.III Cnar. VIL 167
bientôt obligé de fortir par la trahifon de quelques Infülaires: ce qui n'em-
pécha point qu'on ne.trouvät le moyen de faire de l'eau & de fe procurer
quelques proviñons dans plufieurs endroits de la Côte. Mais, avec fi peu
de fureté pour s’y radouber,] on prit le parti de gagner les Ifles de Como-
re, qui fonc entre Madagalcar & le Continent, à 11 degrés du Sud. On
y aborda heureufement. Le Roi & les Habitans reçurent les Anglois avec
beaucoup d'humanité, & ne les laiflèrént point manquer de limons, de vo-
lailles, ni de noix de cocos. Mais l'Ifle n'ayant point d'eau fraîche, on leva
l'ancre le. dernier jour du mois, pour chercher celle de Zanzibar.
ON eut le malheur ce la manquer, par la faute de Philippe Grove, Pilote
Jollandois; & l'on découvrit Pamba, après s’en étre approché fi imprudem-
ment dans les ténébres de la nuit, qu'on faillit d'échouër fur la Cote. Le
vent étoit Eft-Nord-Eft, On jetta l'ancre jufqu'au jour, dans le lieu où l'on
fe trouvoit; & le lendemain, qui étoit le fept de Décembre, on s'avança à
l'extrémité Sud-Oueft de l'Ifle, ayant à l'E une chaîne derocs. On y mouil-
la fur fept ou huit braffes d'eau, au 6°. degré de latitude du Sud. Le 8, Jo-
nes accompagna ceux qui furent commandés pour chercher de l'eau. Les
Habitans fe préfentèrent avec beaucoup de familiarité; mais ils cachoient
fous ce voile une déteftable perfidie.
LE 18, après avoir achevé la provifion d'eau, à l'exception de cinq ou
fix tonneaux, Jones fe rendit au rivage pour faire remplir ce refte. Ily
fut furpris par une embufcade de deux cens hommes, qui fondirent fur lui
& fur fes gens. Cependant ils eurent le bonheur d'échapper tous, à la referve
de Jean Harrington & d'un Domeftique de Jean Elmiore (d), qui furent tués
d'un grand nombre de coups. Un peu avant cette trahifon, le C'hcf des Mo-
res avoit prié Jones de lui envoyer un de fes gens, fous prétexte de le char-
ger d'un préfent pour l’Amiral Anglois. Edouard Churchmen, qui fut choifi
pour cette commiffion, ne reparut point; & Jones apprit dans la fuite qu'il
étoit mort à Mombafñfa. Pendant le féjour que Sharpey fit à Pamba, les Por-
tugais armèrent un Æulk Hollandois, qui avoit pafé l'hiver à Mombafla, pour
4 l'employer contre le Vaifleau Anglois; mais apprenant qu’il étoit capable de
1 xfe défendre, ils abandonnèrent ce deffein. [Les habitans de cette Ifle font
1 fort timides, & ils n'ôferoient rien entreprendre d'eux-mêmes, s’ils n’étoient
pas excités par les Poriugais.]
OX partit de Pamba le jour fuivant, dans l'intention de prendre entre cet-
te Ifle & la Côte de Mélinde, où l'on efpéroit de trouver moins de force
(e) au Courant. La nuitd'après on fut extrêmement furpris de fe voir échouer
fur un banc de fable; mais le vent ayant heureufement fecondé le travail &
l'art des Matelots, on fe dégagea fans avoir rien fouffert de cet accident. A-
lors on porta jufqu'au jour à l'ESt. Les premiers rayons du foleil firent dé-
couvrir d'autres bancs, qui font à la pointe Orientale de Pamba: ce qui obli-
gea de tourner tout-d'un-coup au Nord. Dans l'après-midi, on apperçut
trois de ces Barques qui fe nomment Pangaies , dans le langage du Pays. Mal-
H gré leur éloignement, Sharpey entréprit de leur donner la chaffe ; & s'en é-
M. : tant
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| ut Rs, Bicflures; comme nous Ce) Angl. plus de force. KR. d, E.
l'a AT Q 1
LAVOnNS Cia 1
HOrC ,i
SHARrET.
1608.
L'Afcenfion
tborde à
Saint - Lattre
rent, à Coino-
re & à Paiba,
Les Angloi
font expos à
la pertidie des
Mores.
Ils perdent
quelques hoim-
mes,
Pancs de fa-
ble,
SHARNPEY,
1608. .
Révolte &
chatiment des
More
Peine que les
Anglois ont à
furmonter les
Vos.
Iflcs Almiran-
tes, leur ferti-
lité & leur a-
grément,
Suite de leur
navigation.
168 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
tant approché , il fut furpris d'en voir deux qui baiffoient leurs voiles , pour
fe garantir apparemment du feu de l'artillerie par une prompte foûmiflion. La
troifiéme, qui étoit la moins chargée, gagna le-rivage (f).
Les deux autres portoient cinquante Mores, qui ne fe rendirent avec cet.
te facilité que pour former l’entreprife de s'emparer du Vaifleau. Leur Chef
fe trouvant feul dans une cabine, avec Philippe Grove, William Revet &
Jones Auteur de cette Relation, affaflina Grove d'un coup fi dangereux , qu'on
douta long-tems qu'il pût fe rétablir. Mais contre l'attente des Mores, dit
Jones, je tuai fur le champ cet infime meurtrier. Les autres commencérent
auflitôt leur tragédie par la mort du Miniftre Anglois,& par celle d’un Mar-
chand & de quelques Matelots; mais ils furent repouffés avec tant de vi-
gueur qu'il n’en échappa que cinq ou fix. Lorfqu'ils avoient commencé leur
révolte, les Anglois n'étoient pas plus de feize ou dix-fept à bord, tout le
refte de l’Equipage travaillant dans la Chaloupe & dans les Efquifs. L’Au-
teur fut informé dans la fuite par les Portugais mêmes, que la plûpart de ces
Mores étoient ou du fang royal de Mélinde , ou des plus nobles familles, &
que leur perte avoit coûté £ larmes à toute la Nation.
APRÈS avoir pillé les Pangaies, [qui étoient chargées de quantité de cho;
fes précieufes,] les Anglois réfolurent de ne pas s'arrêter plus long-tems au
Nord de Pamba. Ils regagnèrent le côté de l'Oueft, dans le deflein des’avan-
cer vers Sokotora. Mais comme le vent fe foûtenoit entre l’'Eft & l'Eft-Su!
Eft, & qu'ils étoient peu fecondés par les courans, il leur fut impofible de
fuivre ce projet. Ils fe déterminèrent à s'éloigner de deux ou trois cens lieué;
au Sud, dans l’efpérance d'y trouver les vents à l'Eft-Sud-Eft. Ce parti n:
leur réuffit pas mieux; car ils trouvèrent le vent Eft-Nord-Eft, & Nord-" !
quart à l'Eft. Ainfi, depuis le 20 de Décembre jufqu’au 26 de Janvier, ils &
virent condamnés à battre la Mer comme au hazard. Cependant leur bonne
fortune les fit tomber entre certaines Ifles, qu’ils nommèrent De/olate Iflands,
parce qu'elles font défertes ; mais que les Portugais appellent Ifles A/miranter.
On n’en compte pas moins de douze ou treize, dont la fertilité devroit atti-
rer les Vaifleaux dans ce paflage. On y trouve non-feulement de l’eau cx-
cellente, mais une grande abondance de dates, de cocos, de poiffon & de
tourterelles, qui font fi privées qu’elles fe laïflent prendre avec la main. Il
y a peu de Pays au monde, qui repréfentent fi parfaitement le Paradis ter-
reftre. Les Anglois y paffèrent quelque tems à fe rafraïchir. Enfuite brûlant
d'avancer, malgré l'oppofition du vent, ils eurent encore à les combatre
jufqu'au 30 de Mars, que les Mouflons d'Oueft commençant , ils arrivèrent
enfin à l’Ifle de Sokotora. Là, ilsrencontrérent un Vaifileau qui faifoit voile
vers Aden, & qui fe fit pafler pour un Bâtiment de Surate, quoiqu'il appar-
tint aux Mores de Diu. S’étant laiffés perfuader de l'accompagner, dans la
vûe de tirer un grand avantage du -ommerce de la Mer rouge, ils jette-
rent l'ancre. le 8 d'Avril, devant ie Port d’Aden. Cette Ville qui eft dla
dépendance des Turcs, pañle pour la clef de toute l'Arabie heureufe. Désle
premier jour, l'Amiral fut reçu à terre avec toutes fortes d’honneurs, & con-
duit comme en triomphe jufqu’au Palais du Gouverneur , fur un beau ne
va
(f) L'Original ne dit point que la troifitme
précédente qu'elle fut prife avec les autres.
Barque s’échapit ; & il paroît, par la Relation É
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INDES ORIENTALES, Liv. II Cnar. VIL 169
val Arabe, efcorté de douze Janiffaires. Enfuite le Gouverneur apprenant
ue les Anglois avoient une Lettre du Roi d'Angleterre pour le Bacha de
Zenan , envoya deux d’entre eux jufqu'à la réfidence de ce Bacha, qui étoit à
plus de quinze (e) journées dans lesterres. Le Bacha leur demanda s'ils avoient
une permiffion du Grand-Seigneur pour entrer dans une Ville de fa domination.
Comme ils r'en avoient point, & qu'ils furent obligés de le confeffer, il
leur déclara qu'il ne pouvoit leur accorder aucune permiffion de commerce
au Port d'Aden; mais qu’il prendroit le drap qu'ils y avoient débarqué, com-
me un préfent d'autant plus agréable, qu'ils écoient les premiers Anglois qu'on
eût jamais vûs dans cette Mer ; & que pour témoignage de reconnoiffance , il
leur laifloit la liberté de partir d'Aden, & d'aller faire leur comm:rce dans d’au-
\ ‘tres lieux. [Jones qui rapporte ces circonftances du voyage des deux Mar-
chands Anglois, & qui le place comme Coverte après le départ du Vaiffeau,
n'explique pas bien comment ils rejoignirent l’Amiral, & n’eft pas moins obf-
cur fur les injuftices que Sharpey avoit effayés de la part des Turcs. Mais en
comparant les deux Relations, on trouve dans celle de Coverte l'explica-
tion des injuftices, & dans celle de Jones Îe récit du voyage.
(b) SHarvEY, fort mécontent du Gouverneur d'Aden, réfolut de porter
fes plaintes à Mocka, qui eft plus haut, d'environ quarante milles, dans le
Golfe Arabique. Il eut beaucoup de peine à gagner ce Port, parce que la
Mouffon de l'Oueft étant arrivée, les courans prennent alors leurs cours hors
de cette Mer. Cependant il traverfa les Détroits, qui n’ont pas plus d'un
mille & demi de largeur, & le 11 de puis il AT l'ancre dans la Rade
de Mocka. Les Anglois reconnurent la différence qu’il faut mettre chezles
Turcs, entre une Ville de guerre & une Place de commerce. Mocka é-
tant comme l’entrepôt du commerce de l'Inde avec le grand Caire & Alexan-
‘drie, eft habitée par un grand nombre de Marchands, qui aiment à parta-
ger humainement avec les Etrangers la liberté & les priviléges dont ils jouif-
fent. S'ils n'offrirent point de réparation à l’Amiral pour les torts qu'il avoit
cfluyés à Aden , ils lui firent trouver quelque avantage dans le féjour qu'il fit
avec eux pendant plus d'un mois. Il partit le 26 de Juillet, pour s’avancer
vers Cambaye. La plûpart de fes Officiers n’approuvoient pas ce nouveau
deffein ; & le Ciel même y parut contraire, en permettant que dès la première
nuit on perdit deux ancres.
LE 7 d'Août (i), après avoir rejoint la Pinaffe, & puni de mort quel-
ques Anglois de ce Bâtiment qui avoient tué leur Pilote, Sharpey entra dans
une Baye de l’Ifle de Sokotora, où les avis qu’il reçut ne lui permirent point
de s'arrêter long-tems. Il fut mieux reçu dans une autre; mais les vents y
fouflèrent avec tant de violence au Sud & au Sud-Sud-Eft, que le Vaiffeau
ne put trouver d'abri contre le rivage, & que la Pinaffe fut jettée en pleine
mer fans avoit de vivres pour plus de deux ou trois jours. Enfin, tandis
que Sharpey entreprenoit de fe radouber, il vint un orage fi violent du Sud-
Oucft, que deux de fes ancres furent encore brifées. [Peut-être auroit-il
évité
. (g) C'eftà-dire, pour aller &revenir;car VIII. de l’Original. R. d. E.
il paroit certain que Zenan n’eft pas fi inté- (à) Suivant l’Original Sharpey avoit rejoint,
ticur. R. d. T. la Pinaffe le 10 de May, avantque d'arriver
Ch) ici corimerce la ade, Se@tion du Chap. À Aden, R. d. K. ‘
IL, Part.
Sitanrry
1609.
Les Anglois
maltraités àA-
en,
Différence
des deux Re-
lations.
Sharpcy {e
rend à Mocks,
où il eft bien
traité,
IL part pour
Cambayc.
Vents terri-
bles.
170 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Snanrev. évité une partie de ces infortunes , s’il s’étoit hâté de pourvoir à fes befoins, n'en c
1609. au lieu d'employer le tems à fe faire admirer des femmes de l'Ifle par fes ga- Einch,
Janteries.] accord
Les Anglois AyanT remis à la voile le 20 d'Août, il tomba le 2 de Septembre fur la fonne
DS Côte de Diu, neuf ou dix lieuës à l'EfE de cette Ville. On s’avança au long Voyag
ut, du rivage l'efpace de fept lieuës, & l'ancre fut jettée fous une pointe de ter. fur la
re. Le trois on envoya l'Efquif au rivage, pour acheter, des Habitans, quel- Royau
ques moutons & d'autres alimens, Sur la nouvelle que le Vaiffeau faifoit voi- glois,
le à Surate, un More du Païs vint demander le Re age à l'Amiral. Il l'affüra intérêt
que le refte de la Dern étoit dangereux; &, pour fa propre füreté, Sharpe
autant que pour celle des Anglois, il offrit d'amener à três-bas prix un Pilo- voyage
te qui répondroit du Vaiffeau jufqu’au Port. Mais l'Amiral qui avoit une con- fin de |
tance aveugle pour fon Pilote Hollandois, rejetta cette propofition. Le 4, demeur
on leva l'ancre à trois heures après-midi, prefqu’au dernier quartier de la ma- la Pina
rée. L'eau manquant dans le cours de la nuit, on toucha le fond, comme on uelle
devoit s'y attendre; au lieu qu'en partant au premier quartier , on auroit t lier
trouvé infailliblement affez d’eau pour fe dégager des Baîles & des Ecueils. Paul, (
Isfontnau- Après avoir perdu le gouvernail, & touché plufieurs fois, on fe vit forcé, crut tr
frage. par la ruine du Vaifleau , à fe fauver dans la Chaloupe & dans l'Efquif ; heureux tant d’'
encore, au nombre où l’on étoit, de pouvoir gagner, avec un fi foible fc. " Portug:
cours, une Baye aflez commode, dont on étoit prefqu'éloigné de 20 lieuës. “ trois a
Ainsi la témérité & l’obftination d’un feul homme firent perdre à la Com- kB: ILs]
pagnie des Indes, un de fes meilleurs Vaiffeaux, & aux Matelots toutes leurs EN san,
efpérances. Les marchandifes, & la plus grande partie de l'argent quiétoi M faifis.
à bord, furent abandonnés avec le Bâtiment. On fut deux jours à lutter [SN vérent
contre les vents & les flots, jufqu'au 6 à quatre heures après-midi, qu'ayant M [iz«
apperçu la terre, on s'en approcha, dans l'efpérance de pouvoir gagner la EN fentime
Rivière de Surate. Mais on reconnut que c’étoit celle de Gandevi, qui en ï paier
eft à cinq ou fix licuës vers le Sud. Ce qui fut regardé d’abord comme un : gne de
nouveau Det d’affliétion, pafla bientôt pour une faveur du Ciel, car lesPor. [EN raque,
tugais, qui étoient informés de l'approche du Vaiffeau, étoient à l’attendre [EN gaife dé
avec cinq Frégates, à l'entrée de la Rivière de Surate, où les deux Barques MN 2r de
n’auroient pû fe garantir de tomber entre leurs mains. N enviro
us arrivent À GanDEvi, les Anglois apprirent que leur Pinaffe ayant abordé fur la SN ventsc
à Gandevi,& même Côte, y avoit été enlevée par deux. Vaiffeaux Portugais; mais! que Oueft,
font reçushu- J’Equipage s’étoit fauvé heureufement, & qu’il avoit pris par terre le che D flots.
mAnenEnt min de Surate. Le Gouverneur de Gandevi fut touché de leur infortune. Il
les reçut avec humanité, jufqu’à leur offrir un établiffement dans le Canton.
Il étoit Banian. Cette Secte rend un culte aux vaches, [fuit les principesk?
de Pythagore ] & conferve l’ancien ufage de brûler les morts. Autrefois,
les femmes fe faifoient une gloire de ne pas furvivre à leurs Maris, & defe
livrer aux flammes dans le même bucher. La plûpart font revenues de cette
barbare fuperftition ; mais la force de l’ancien préjugé attache encore une
Superflition force de honte à celles qui prennent le parti de vivre. On les oblige de f
Baniane, - faire couper les cheveux, & de demeurer dans cette humiliation , [ jufquà
ce qu'il fe préfente quelqu'un pour les époufer, ou pour les prendre à quel-
qu'autre titre. ]
Les Anglois ayant quitté Gandevi, fe rendirent par terre à Surate, qui
: n'en
befoins ;
ir fes ga-
re fur la
au Jong
e de ter-
ns, quel-
foit voi-
1 l'aMra
» füreté,
un Pilo.
une con-
« Led,
de la ma-
omme of
on auroit
y Ecueils.
it forcé,
; heureux
foible fe-
20 lieuës.
à la Com-
utes leurs
t qui étoit
s à lutter
qu'ayant
gagner la
1, qui en
omme un
ar les Por-
l’attendre
x Barques
ordé fur la
mais! que
e le che-
ortune. Il
e Canton.
principesk?
Autrefois,
, &defe
es de cette
ncore une
blige de fe
, Cjuquig
e à quel-
urate, qui
n'en
INDES ORIENTALES, Liv. I. Cnar. VII. 171
n'en eft qu'à quarante milles. Ils firent ce voyage en trois jours. William
Finch, qui étoit à la tête du Comptoir de leur Nation dans cette Ville, leur
accorda tous les fecours qui convenoient à leur malheureufe fituation. Per-
fonne ne lira le nom de finch, fans fe fouvenir des fervices que cet illuftre
Voyageur a rendu à la Géographie, par les remarques qu'il nous a laiffées
fur la plus grande partie des Indes, après en avoir vilité les principaux
Royaumes. Il étoit arrivé depuis quelques mois à Surate un Vaiffeau An-
glois, commandé par Hawkins; mais ce Capitaine avoit été appellé par des
intérêts de commerce à la Cour d'A4gra, qui eft à trente journées de Surate.
Sharpey, avec le plus grand nombre de f :s Compagnons entreprit le même
voyage, dans la vûe de retourner (#) en Europe au travers de la Perfe. Il partit à la
fin de Décembre. Jones qui fe trouva fans goût pour une route fi pénible,
demeura au Comptoir de Surate, avec Jean Æ/more ancien commandant de
la Pinafle, Richard Mellis, & Robert Fax. Ils cherchoient enfemble par
1. voie ils pouvoient efpérer de revoir leur Patrie, lorfque le hazard
t lier connoiïffance à Jones avec un Religieux Portugais de l'ordre de Saint-
Paul, qui arrivoit de Cambaye. Ce Père, qui étoit un homme de mérite,
crut trouver dans le caraétère de Jones une jufte raifon de le traiter avec au-
tant d'amitié que d'eftime, Il lui promit de le conduire du moins jufqu’en
Portugal, & ce fut à fa confidération qu'il accorda la même faveur aux
trois autres.
ILs partirent le 7 d'Oftobre, pour fe rendre à la célébre Forrereffe de Da-
man, où Elmore revit encore une fois fa Pinafle, dont les Portugais s'étoient
faifis. Enfuite ayant gagné Chaul, ils prirent le chemin de Goa, où ils arri-
vèrent le 18 de Novembre,
& [IL cft étrange qu'un Voyageur, tel qu'on doit fe figurer Jones, après les
fentimens d’eftime & de zèle qu'il avoit infpirés au Père Portugais, ait pû
pañler fix femaines à Goa, fans y faire aucune obfervation qu'il ait jugé di-
gne de fon Journal.] Il s'embarqua le 9 de Janvier 1610, à bord d'une Ca-
raque, nommée Ntre-Dume de pitié, qui étoit l’Amirale d’une Flotte Portu-
gaife de quatre voiles. Le 28, 1l paña la Ligne fur la Côte de l'Inde; &, le
21 de Mars, il tomba au Continent de l'Afrique, à 33 degrés ; de latitude,
environ cinq lieuës du Cap des Aiguilles. Après y avoir été retenu par les
vents contraires jufçu'au 2 d'Avril,1l effuya un affreux orage de l'Oueft - Sud-
Oueft, qui lui fit voir, pendant fix heures, la mort inévitable au milieu des
flots. Le 4, il fe rapprocha de la terre, à 34 degrés 40 minutes; &, fans
perdre la vûe du rivage, il fut fi bizarrement le jouët de la mer , qu'ayant
été pouffé quatre ou cinq fois à deux ou trois lieuës du Cap de Bonne - Efpé-
rances, il ne put le doubler avant le r9 d'Avril. Le défefpoir étoit extrême
fur la Flotte Portugaife, parce qu’on s’y croyoit menacé de pañler l'Hyver à
Mozambique.
| LE 27, elle paña le Tropique du Capricorne; & le 9 de May, elle jetta
l'ancre à Sainte Hélène, qui eft à 15 degrés de latitude du Sud. Elle s’y ar-
rêta jufqu au 15. Enfüuite, ayant pañlé la Ligne le 21, elle fe trouva le 26
fous le Tropique du Cancer, avec le vent au Nord-Eft, que les Portugais
nomment
Ck) On verra dans la fuite qu’il ne l'éxécuta point. R. d. T.
ŸY 2
Snanreve
1609.
Les Anglois
fe rendent pat
terrc.à Suratce,
Finch, célè-
bre Géogra-
phe,
Jones revient
avec un Reli-
gieux Portu-
gais,
1610.
Il va s'em-
barquer àGoa,
SHAUNPEY.
1610.
Vent général.
press arrive
à Lifbonne
d'où il retour-
ne en Angle-
ecrre.
ROWLES.
1609.
Eclairciffe-
ment prélimi-
paire.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
nomment le Vent géneral. Le 16 de Juillec, elle eut dans un grand éloigne.
ment, la vûe de plufeurs Ifes à l'Oueft, que les Pilotes prirent pour les A.
çores, parce qu'ils fe trouvoient à 40 degrés & quelques minutes de lati.
tude, fans avoir apperçu aucune autre terre depuis qu'ils avoient quitté Sainte
Hélène. Enfin, le 3 d'Août, ils découvrirent les Côtes du Portugal, à deux
Heuës du Roc de Lisbonne, & le même jour ils jettèrent l'ancre à Cafcais,
Jones & fes Compagnons, toljours conduits par leur Guide , trouvérent le
moyen de gagner fecrécement le rivage dans un Efquif, & de fe garantir ainfi
des embarras auxquels ils devoient s'attendre de la part des Portugais. Ils de.
meurérent cachés à Lisbonne jufqu’au 13, qu'ils s'embarquèrent fur un Bâti.
ment Anglois qui retournoit à Londres. Jones n’explique pas quelles étoient
fes craintes, ni pourquoi il fe croyoit moins libre en Portugal qu'un Vaifleau
de fa Nation. Mais il affûre qu’étant parti de la Baye de Vayers , les Portu-
gais, qui apprirent fon évañon, envoyèrent une Frégate bien armée pour
arrêter fon Vaïfleau, fous le feul prétexte qu'il y étoit avec les trois com-
pagnons de fon Voyage: ce qui ne les empêcha point d'achever heureufe.
ment leur courfe, & d'arriver à Londres le r7 de Septembre 1610, après
une abfence de deux ans & demi.
LATIITU DES.
Ifle de Pamba. .
172
o0$. + 0 € 0 O9
co
He de Comorre ......11
Rade de S', Hélène . . . . 15
A2 AS Dh MEl Ada Ein GES AUTRUI QEER xx AD ME MIS ASE ETES ATEN LITE NID HEIN
CH A PIT RE VI. (e)
Voyage du Capitaine Rowles à Priaman, dans l'Union.
C° Voyage , qui n'eft qu’une continuation, ou, fi l’on veut, une divi:
fion du précédent, porte dans Purchaff un titre conforme à l’idée qu'on
a déja dû s’en former fur les deux Relations de Coverte & de Jones. Le
Vaiffeau l’Union, aufli malheureux que celui de l’Æ/tenfion , avec lequel il
étoit parti, fut non-feulement féparé de fon Amiral par une affreufe tem-
pête, mais, étant condamné par le Ciel au même fort, il n’acheva plus heu-
reufément le voyage de l'Inde, que pour venir faire à fon retour untrifte nau-
frage fur les Côtes de France. Auili Purchaff l’a-t'il publié fous le nom de
Voyage infortuné (b). La première partie , c’eft-à-dire, fa courfe jufqu'a
Priaman dans l’Ifle de Sumatra, eft d'un Officier Anglois nommé Moris, qui
fans avoir été témoin de ce qu'il raconte, en garantit la vérité fur des té-
moignages auxquels il a cru devoir fa confiance. Le récit du retour de l'U-
nion
(a) C'eft le Chap. IX. del'Original. K.d. E.
Œ(b) Voici le Titre entier. Voyage infor-
tuné du Vice Amiral l'Union, jufqu'à fon arri-
vée à Priaman, rapporté dans une lettre de Sa-
muel Bradsbaw , dattée de Priaman le 113 Mars,
1609, €? dont Humpbry Bidulpbe a été le porteur.
Ecrit par Henri Moris, à Bantamle 14 Septem-
bre 1610. Voyez Purcbas's Pilgr. Vol L
pag. 232.
i)
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PROS SR FER
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APR
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plufieu
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4 éloigne.
bur les A.
s de lati.
tté Sainte
1, à deux
à Cafcais,
vérent le
antir ainfi
ais. Ils de.
un Bâti-
es étoient
Vaifleau
les Portu-
mée pour
rois com-
heureufe.
10, après
une divi
l'idée qu'on
Jones. Le
c lequel il
reufe: tem-
a plus heu-
atrifte nau-
le nom de
rfe jufqu'à
Moris, qui
ur des té-
our de l'U-
nion
été le porteur.
le 14 Septem-
ilgr. Vol L
INDES ORIENTALES, Lav. III Cnar. VILL ‘ 173
nion & de fon naufrage fur la Côte de France, eft tiré de plufieurs Lettres
autentiques.
La tempête qui fépara l'Union de fon Amiral, prefqu’à la vûe du Cap de
Bonne-Efpérance, lui avoit fait perdre aufli fon grand mât, qui fut non-
feulement brifé par la fureur des vents, mais emporté hors du Vaifleau avec
Hune impétuofité que l'Ecrivain n’entreprend point de repréfenter. [Cepen-
dant, comme s'il n'eût manqué à l'orage que ce furieux ge pre lecalmer ,
les flots devinrent aufli-tôt fi tranquilles, que Rowes ne défefpèra point de
retrouver fon mât , qui ne pe être encore fort éloigné. Il fut le pre.
mier qui l’apperçut heureufement ; ] & les moyens ne manquérent pas pour
le pêcher fans eflort. On n'eut pas moins d'adreffe à le rendre capable de
fervice; de forte qu'après avoir réparé ce malheur, & retrouvé un tems fa-
vorable, il ne refta aux Anglois de l’Union que le regret d’avoir vû difpa-
roître l'Afcenfion & la Pinaffe. La tempête les ayant jettés au-delà du
| Cap, (it ne doutèrent pas que l’Amiral ne l'eût doublé de même ; & fans pen-
fer à la Baye de Saldanna dont ils le croyoient fort éloigné, ils fe perfuadé-
rent que pour le rejoindre, c'étoit à Madagafcar qu'il le falloit chercher.]
Ils prirent leur courfe vers la Baye de Saint-Auguftin. Vingt jours qu'ils y
paflèrent à l'attendré n'ayant fervi qu’à leur faire trouver de l'eau & des pro-
vifions, ils en partirent pour Zanzibar avec de meilleures efpérances. A leur
arrivée dans cette Ifle, ils furent reçus avec plus d'hunanité qu'ils n'en a-
voient jamais trouvé dans les Négres: mais, fans s’imaginer la caufe de leur
changement , ils les trouvèrent le lendemain fi mal difpofés que Richard Ke-
nu, Tréforier du Vaiffeau, étant defcendu au rivage avec quelques Mar-
chands, eut le malheur d’être tué dans une embufcade, & W'ickam, un des
Marchands, celui d'être fait prifonnier. Le refte ne fe fauva pas fans peine
avec la Chaloupe.
{1 fallut s'éloigner fur le champ d’un lieu fi funefte. On en partit le mois
de Février, avec les vents au Nord & au Nord-Eft, c'eft-à-dire, abfolument
contraires au deffein qu'on avoit de gagner l'Ifle de Socotora. On battit
Jong-tems la mer, fans avancer. La plus grande partie de : age étoit
attaquée du fcorbut. Rowles, cédant enfin à la néceflité, fe laifla con-
duire par le vent à la Partie feptentrionale de Madagafcar. Son inten-
tion étoit de relâcher dans la Baye d'Antongil ; mais il tomba du côté de
l'Oueft, dans une fort grande Baye, que les Habitans nomment Kauguomor-
xgra, Cou Bomora] dont les bords & les pays voifins font également fertiles
& agréables.
APRÈS tant de fatigues & de dangers, la vûe de ce beau féjour fut une
confolation pour les Anglois. Ils réfolurent d'y attendre le changement de
la Mouflon, & de tirer du moins un fruit de leur difgrace | en rétabliffant
leur fanté. Les Habitans leur parurent d'abord fort civils, & ne marqué-
rent point d'éloignement pour lier commerce avec eux. Le Roi mêmedon-
na l'éxemple à fes Sujets, par la bonté & les carelles avec lefquelles ilreçut
plufieurs fois les. Marchands.
RowLes fe fiant trop aux apparences, voulut rendre une vifite à ce Prin-
ce, accompagné de Richard Reve, principal Faéteur, de Feffery Carlet & de
trois autres. Samuel Bradshaw , qui avoit été plufieurs fois employé à cette
Cour barbare ; eut le bonheur de fe trouver occupé par d’autres foins qui
Y 3 ne
Rowtrzs,
1609.
L'Union eft
féparé de j'A.
miral & perd
fon mit.
Rowtes va
chercher l'A.
miral à Mada
gafcar,
Et à Zanzibar,
Ils font for.
cés de retour-
ner à Mada-
gafcar.
Baye ce Kau-
quomorra,
Les Anglois
font trahis par
les Négres, &
perdent leur
Capitaine,
Rowzre,
1609.
Leur Vaiffeau
cit attaqué.
Mort fubite
de fept An-
glois,
Nouvelle atta.
que des Né-
gres.
L'artillerie les
net en fuite,
Les Anglois
font jettés fur
la Côte d’Ara-
bie,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ne lui permirent pas de fuivre le Capitaine, Ce fut une faveur fingulière de
la Foriune, car les Infüulaires avoient médité une trahifon qu'ils écoient prêts
de faire éclater. A peine Rowles & fon cortège eurent touché le rivage,
qu'ils furent enveloppés par une troupe de Barbares, qui les enlevèrent fans
réfiflance. Les Matclots de la Chaloupe, perdant l'efpérance de les fecou.
rir, n'eurent rien de fi preffant que de s'éloigner à force de rames ; mais il
ne leur fut pas même aifé de regagner le Vaifleau. Une multitude de Pa.
res & de grandes Barques fortant de la Rivière, avec de grands cris, s’avan.
cérent impétueufement pour leur couper le pallage , & ne balancèrent pas
même à s approcher du Vaifleau, dans la réfolution de l'attaquer. Les Le
ches & les dards formèrent aufi-tôt une épaiffe nuée. Dans la confufion
des premiers mouvemens, les Anglois craignirent d'être forcés fans pouvoir
s'en garantir. Mais ayant enfin à ap leur artillerie , ils coulèrent à fond
dès les pe coups fix ou fept des plus grandes Barques. Cette éxécu-
tion réfroidit bien-tôt toutes les autres, qui pi retirèrent plus promptement
qu'elles ne s'étoient avancées.
CEPENDANT le Capitaine demeuroit prifonnier , avec fes trois compa-
gnons. Loin d’efpérer leur liberté, Bradshaw , qui devenoit après lui le
Commandant du Vaifleau, conçut que les Sauvages s'étant foulevés fans pré-
texte, il n'y avoit que de nouvelles perfidies à fe promettre d'eux , & que
la plus füre reffource étoit la fuite la plus prompte. Une autre difgrace, qui
furvint pour accabler les Anglois, ne leur PE pas de délibérer plus long-
tems. Sept hommes moururent prefque fubitement , [fans qu'on en pütx
foupçonner d'autre caufe que la force de quelque poifon , que les Négres
avoient lancé avec leurs fléches & leurs dirds On prit donc le parti de
lever l'ancre, dans l'intention néanmoins de chercher une autre Baye de la
même Ifle, & des Habitans plus traitables; car le vent ne permettoit point
encore de s’abandonner à la haute mer. Mais avant qu’on fût prêt à partir,
les Sauvages fe firent voir encore dans une multitude de Barques, & s’ap-
prochèrent fi fubitement du Vaiffeau, qu'ils eurent le tems d'y faire pleu-
voir une grêle de fléches avant que l'artillerie pût être appareillée. Cepen
dant la crainte de ces terribles armes les fit retourner au même inftant vers
le rivage. Ils y defcendirent avec la même précipitation, comme fi la vûe
de la terre & le foin qu’ils eurent aufñi-tôt de fe raffembler , les eût rendus
plus hardis & plus forts. Bradshaw bien inftruit de leur malignité, & ne
doutant point qu'ils ne lui préparaffent quelque nouvel outrage pendant
nuit, réfolut d'employer l’artifice à fon tour. Il s’approcha de la Côte par
un mouvement prefqu'imperceptible; &, lorfqu'il fe crut à la portée du
canon & de la moufqueterie, il fit une décharge, qui éclaircit aufhi-côt leurs
rangs par de larges ouvertures. L’effroi dont ils furent faifis, à la vûe de
tant de morts & de bleffés qui tombèrent parmi eux, leur fit abandonner I
rivage en pouffant d'affreux hurlemens.
APRÈS ces nouvelles hoftilités, les Anglois défefpérèrent de trouver dans
l'Ifle, une retraite où la terreur & la haine de leur nom ne fuffent pas ré-
pandues. Ils mirent en mer, au mépris de tous les dangers; &, de quel-
que fortune qu'ils fuffent menacés, ils dirigèrent leur courfe vers Socotora.
ais tous leurs efforts ne purent réfifter aux vents, qui les jettèrent après
une infinité d’agitations, fur la Côte d’Arabie.
174
Ils y mouillèrent le 4 de
Jun.
be
PE
MT RME ARRETE
Juin.
qu'ils p
préfent
avoir p
des ora,
confeil
voiles 1
haw fe
près ut
entiers
me ver
qui dar
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nds
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merce :
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Comm
qu'ils a
culté,
lots, d
emen
a fon 4
excès.
Smeth
de Eu
Purch
La
écrivo
que fe
mé (4
lieu,
51 gle Ù
C
riginal,
J X
ngulière de
voient prêts
le rivage,
vèrent fans
> les fecou-
s; mais il
ude de Pa.
ris, s’avan-
icèrent ve
Les .
a confufion
ans pouvoir
rent à fond
ette ÉxÉCu-
omptement
'ois compi-
après lui le
rés fans pré-
IX, & que
ifgrace , qui
er plus long-
l'on en pit}
les Négres
le parti de
Baye de la
jettoit point
'êt à parti,
ss , & S'ap-
faire pleu-
lée. Cepen:
inftant vers
e fi la vûe
eût rendus
ité, & ne
pendant la
la Côte par
à portée du
ufli-tôt leurs
h la vûe de
andonner le
rouver dans
ent pas ré
c, de quel-
rs Socotora.
rent après
ent le 4 de
Jun.
INDES ORIENTALES, Lav. III. 175
Juin. La Mouffon de l'Hyver étoit arrivée, Il n'y avoit plus d'apparence
qu'ils puffent gagner Cambayc; &, la Côte, où ils fe crouvoient , ne leur
préfentoit aucun Port qui pût leur fervir d'azile dans cette faifon. Après
avoir paité quatre jours à délibérer für leur fituation, fans ceffe allarmés par
des orages dont rien ne les mettoit à couvert fur leurs ancres, il fuivirent le
confeil de Griffon Maurice leur Pilote , qui leur propofa de tourner leurs
voiles vers Achin. Ce Port ne pouvant être fans quelques Guzarates , Brads-
haw fe promit d'y vendre fes marchandifes. On y arriva le 27 Juillet, a-
près une navigation moins dangereufe que pénible. Bradshaw fut fept jours
entiers, fans pouvoir obtenir audience du Roi, & cette faveur lui futcom-
me vendue pour un riche préfent. Les obftacles vinrent des Hollandois,
qui dans la vûe de s’attirer out le commerce de l'Inde , n'épargnèrent rien
Car, VIIL
pour nuire aux Anglois. [L’Auteur, avec l'indifférence ordinaire des Mar-
chands pour tout ce qui n'a point de rapport à leurs intérêts, négligea de
prendre des informations fur les affaires du Pays, quoique l'occafion s'en
offrit fi naturellement.] Bradshaw, dit-il en peu de mots, parut à la Cour,
eut quelques conférences avec les Marchands d'Achin, & fit enfuite fon com-
merce avec les Guzarates, auxquels il donna des étoffes d'Angleterre & du
plomb, pour du Baffa blanc & noir, qui eft le drap de l’Ifle.
Arrès avoir paflé quelque tems dans le Port d'Achin, les Anglois fe ren-
dirent à Priaman , où la facilité & les avantages qu'ils .trouvèrent dans le
Commerce , devinrent un heureux dédommagement pour toutes les peines
qu'ils avoient efluyées. Ils firent leur cargaifon de poivre; & la feule diffi-
culté, qui prolongea un peu leurs affaires, fut une mutinerie de leurs Mate-
lots, dont Bradshaw ne À arrêter l'infolence que par des excès de ména-
ement. Le Pilote du Vaiffeau , moins tempérant qu’il n'étoit convenable
à fon âge & à fon emploi, mourut d'une maladie qui fut attribuée à fes
excès. Aufñli-tôt que le Bâtiment fut chargé, Bradshaw fit partir Biddulph &
Smeth pour Bantam, dans un Jonc Chinois , avec un refte de marchandifes
de l'Europe, dont il n’avoit pl fe défaire à Priaman ni à Tekou. A leur re-
tour, il leva l'ancre pour retourner en Angleterre. On étoit alors au mois
de Février 1610; [c'eft-à-dire, que pendant plus de fept mois que les An-
glois pr dans l'Ifle de Sumatra, l’Aureur de cette Relation, qui eft
mu aw même, ne fait pas la moindre remarque pour enrichir fon Jour-
nal.
(c) ON n'a point d’autres lumières fur le retour & l'infortune du Vaif-
feau Anglois que celles qu'on peut tirer de deux Lettres, l’une de Morlaix
en France, l'autre d'Andierne, toutes deux publiées dans le Recueil de
PurchafT.
. La première, dattée du 21 de Février 1611, eft de Baynard Couper, qui
écrivoit à Thomas Hide fon beau-frère, Marchand de Londres. Il lui marque
que fe trouvant alors à Morlaix, il avoit reçu ,le même jour , d’un lieu nom-
mé (4) Odwen, une Lettre de Guillaume Badget, Irlandois habitué dans ce
lieu, par laquelle il apprenoit que ,, l'Union, Vaiffeau de la Compagnie d’An-
» gleterre, avoit échoué fur cette Côte; que les Habitans y ayant CnvoyÉ
» deux
(c) Laoe, Seétion commence ici dans l'O-
rend, Rd E. (d) C'eft Andierne, R. d. T.
RowLEs,
1609.
Juoute des
Hollandois.
Commerce
d'Achin.
Commerce
de Priaman.
1610.
Retour de PU-
nion en Euro-
pe.
Lumières :
qu’on a fur {on
infortune.
RowLes,
1610.
Détail tiré
d'une Lettre
de Couper.
Détail d'une
Lettre de
Wotton.
17 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
» deux Barques, l'avoient trouvé richement chargé de poivre & d'autres
» marchandifes des Indes; qu'il n'y reftoit que quatre hommes en vie, donr
» l'un étoit Indien, & qu'ils étoient fi foibles qu'a peine pouvoient-ils pur.
» ler: que les deux Barques Françoifes étoient parvenues à conduire le Ba.
» timent dans la Rade d'Odwen; que les Habitans après avoir débarqué u.
» he partie des marchandifes, s'étoient chargés de faire cenir fa Lettre aux
» Marchands Anglois de Morlaix, pour les preffer d'aller prendre poff:ffion
» de ces richeffes au nom de la Compagnie d'Angleterre ,. Couper ajoûtoit
que cette nouvelle ayant été confirmée par une Lettre du Bailli de Quimper,
il s'étoit hâté, pe en rendre l'avis plus certain, de faire partir trois co.
pies de celle de Badget, par autant de Barques, parce que le moindre délai
devoit faire craindre que les Payfans de la Baffe-Bretagne ne s'actribuafent
le droit de s'emparer des marchandifes; qu'il falloit néceffairement s'adrefer
à la Cour de France, & que cette affaire lui paroifloit fort épineufe; qu'il
étoit réfolu de fe rendre à Odwen, avec un autre Anglois nommé Ric ard
Roberts, pour s'affürer de l'état du Vaifleau par leurs propres yeux, & ren.
dre à la Compagnie tous les fervices qui dépendroient d'eux; qu'on préten-
doit que le Bâtiment étoit de quatre cens tonneaux & de trois ponts ; qu'il
apprhendolt beaucoup de le trouver déja tout-à-fait YO u'il entre.
prenoit le voyage d'Odwen fur les inftances de Badget & du Baillide Quim-
er, mais plus ardemment encore par la confi:lération qu'il croyoit devoir
a Compagnie: qu'aufli fe flatoit-il qu'elle auroit égar\ aux frais dans lefquel:
il alloit s'engager, d'autant plus qu'il avoit déja fait avancer de l'argent, &
mis en mouvement quelques amis pour récompenfer ceux qui avoient fa:\:
le Vaiffeau, & qui devoient veiller à la confervation des marchandifes: qu.
malgré les fages mefures qu'il avoit prifes, ilne laifoit pas de fouhaiter qu'on
envoyât quelqu'un de Londres, par la voye de Rouen, avec les fonds né:
ceffares; parce que Morlaix n'étoit point une Ville où la communicatin
de l'argent fût aifée par des Lettres de Change: enfin que les nomsdes qua.
tre perfonnes vivantes étoient Edmond White, Thomas Duckmanton , Samuel
Smith, & l'Indien; que leur vie étoit encore fort mal affürée; qu'ils man
quoient d'argent, & qu'ils n’avoient pas le pouvoir de difpofer de leurs pro:
pres marchandifes.
LA feconde Lettre, dattée du mois de Mars 1611, eft de William Wv-
ton, qui s'étoit trouvé à Andierne, tandis que l'Union étoit dans cette Baye.
Voici fes propres termes. , Le 8 de Février, je partis de Bordeaux fur le
Polo-Hend, & le 11, je perdis mon mât d'avant & mon gouvernail. La
» nuit du même jour je relàchai à Oldefycarre. Le 13, deux Barques Fran-
» Soifes fauvérent l'Union, qui avoit écaoué fur des rocs. Le 14, je meren-
» dis à bord de ce Bâtiment, & j'en amenai aurivage Samuel Smith, Thomas
Duckmanton & M. Edmond White. Le 15, j'engageai Guillaume Badget , mon
» Marchand , à donner avis de cette trifte nouvelle aux Anglois de Morlaix.
» La Lettre partit le 18, & je payai deux écus pour 12 port, Un Indien,
» qui étoit avec les trois Anglois fur le Vaifleau, mourut le 11, & je le fis
» Cnterrer le même jour. Le 1, M. White mourut au, & je lui rendis
» 1e même oflice, Le 22, MM. Ruberts €ÿ Couper arrivèrent de Morlaix, [&k?
» Je 4 de Mars ils furent füivis par Guillaume Cuarey leur hôte, Le 5 je me
» rendis à bord dans ma Chaloupe, & Coarey y vint pendant la baffle marée:
» JE
LL
5
» je d
» poi
» Zi
tr, de \
Cu:
fans de
efluyés
quancit
avoit 4
la tem
na, où
taine d
faic fa
fon ret:
remis p
mes en
grande
prés av
a l'exer
Briftol |
On a v
tagne,
Londre:
déclara
marcha:
l'Equip:
À trois
Briftol ,
xx
se L
rod:
te PR D RE 16 Se de =
Voya
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non plus
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aux Inde
HN fion, la
N l'Expédit
de marc
les fien
(a) C
«(b)lL
cinquiémd
IT.
Ç INDES ORIENTALES, Law, IE, Car, IX, 177
k d'autres , je defcendis à fond de cale, & j'en rapportai un échantillon de mauvais Rowrus.
vie, done » poivre, Le 6 je partis d vues mp Æ 8 je vins à Morlaix, Le 17 Mr. 1619
nt.ils pur. » Hide y arriva aufli,] Je partis le 22, & j'arrivai la nuit fuivance à l'Ile
aire le Bà. +, de Whigt; [le 24 je me rendis à Hampton, & le 28 à Londres.
Autres expli
Ces deux Lettres font fuivies d'une explication que PurchalT fe procura
fbarqué u- « è ï , i avoi
fans doute par fes propres foins. Après les dommages que le Vaiffeau avoit
elluyés en Bretagne, 1l y refta deux cens tonneaux de poivre, une certaine
quantité de bentoine, & quelques étoffes de foye de la Chine, que Bradshaw
avoit achetées à Tekou, dans l'Ifle de Sumatra, d'un Bâtiment Chinois que
la tempête y avoit jetté, En allant aux Indes, l'Union avoit touché à Saldan-
na, où il s'étoit arrêté pour conftruire fa Pinafle, Il avoit perdu fon Capi-
taine dans l'Ifle de Madagafcar , & plufieurs de fes gens à Zanzibar. Ilavoit
fait fa cargaifon de poivre à Achin, à Priaman, à Pafleman & à Tekou. A
fon retour, il avoit rencontré le Capitaine Henri Middleton, à qui il avoit
remis plufieurs caifles d'argent monnoyé, Il n'avoit alors que trente-fix hom-
mes en bonne fünté, Enluite, ayant manqué l'Ifle de Sainte Hélène, la plus
grande partie de fon Equipage avoit été emportée par diverfes maladies, a-
près avoir paflé le Cap-Verd. Dix Anglois & quatre Guzarates, qui étoient
a l'extrémité, avoient demandé .inftamment d'être reçus fur une Barque de
Briftol qu'ils avoient rencontrée, ®& ce changement leur avoit fauvé la vie,
On a vû à quel nombre le refte étoit réduit en arrivant fur la Côte de Bre-
tagne, M. Simonfon, habile Conflruéteur de Vaifleaux, qui fut envoyé de
Londres pour .éxaminer l'Union & pour le radouber, s'il étoit poflible, le
déclara incapable de fervir plus long-tems. On n'en fauva que l'artillerie, les
marchandifes & les meubles. De foixante-dix-fept Anglois qui compofoient
l'Equipage à fon départ de Londres , il n'en revint que neuf en Angleterre,
X trois Guzarates; en y comprenant ceux qui étoient pallés fur la Barque de
Briftol, & qui étoient échappés à la mort.
ELA LD LOL OI LED SAUNA UN LAB X LAID
CH A PIT RE IX.(«)
Voyage du Capitaine David Middleton à Java E3 à Banda, en 1609. (b).
Lettre aux
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» Je
| & CDASS les vûes qui avoient fait équiper l'Aféenfon & l'Union, fi l'on
étoit fort éloigné de s'attendre à leur naufrage, on ne comptoit pas
non plus de les revoir auffitôt que les Bâtimens ordinaires de la Compagnie ;
comme il étoit important de leur fournir des prétextes pour s'arrêter long-tems
aux Indes, & pour chercher les moyens d'éxécuter leur principale Commif-
fion, la porpagne fans même attendre le retour de Xeeling, mit en mer
l'Expédition, fous la conduite du Capitaine David Middleton, & le chargea
de marchandifes qu’il devoit porter à Sharpey, avec ordre, s'il avoit épuifé
les fiennes, de faire le commerce de ce fuplément dans les Pays & les Ports
qu'il
(a) C'eftle Chap. X. de l'Original. R.d.E. de la Compagnie, eft extraite d'une lettre mê-
«3(b) La relation de ce Voyage, qui eft le me de Middleton à quelques Marchands,
cinquiéme qui a été entrepris pour de compte Voyez Purchas's Pilgr. Vol,L pag. 258.
IT. Part, 7.
cations re-
cucillles,
Tritosroftes
de l'Union,
Davin
Minpteron.
1609.
Raifons de ce
voyage,
Davin
Mivmuron,
160).
Depart du
V'ulfleau l'Ex:
Lédition,
fe lite de
quitter Han.
tm, pour
Cxecuteor fi
Commiflion,
1! prend Spal.
ding pour În.
tcrpiéte,
1610.
Il arrive à
Putton qu'il
trouve cn
gucrre,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
point encore vifités, L'Afeenfion approchoit alors de fa cataf.
trophe ; & l'Union, 2 abbatu par la féparation de fon Amiral, par la
perte de fon Capitaine & par les difgraces dé ia navigation, pour ofer fur.
mer des entrepriles incertaines, fe hütoie de finir fes atlurres , dans une aveu.
gle impatience de venir chercher le précipice qui l'atcendoit en Europe, Muis
la confiance de la Compagnie ne laiffant pas d'étre établie fur des fondemens
raifonnables, elle fit partir Middieron le 24 d'Avril 1609,]
Dès le 13 de Mai, il eut lu vûe de Porte vontura & de Lancerote, Le 10
d'Aoûe, il relächa dans la Baye de Saldanna, où il ne s'arréta que jufqu'au
18, pour renouveller fes provifions, Enfin, il arriva au Port de Bantam le
7 de Décembre, après avoir manqué pendant la nuit l'Amiral Kecling , qui
devoit avoir pañlé fort près de lui entre Madagaftar & le Continent.
Dans l'éconnement de ne recevoir aucune nouvelle de l'Afcenfion & de
l'Union, il ne perdit point un moment pour débarquer le fer qu'il appor.
toit au Comptoir de Bantam; &, fans fe donner méme le tems de conitrui.
re fa Pinafle, il réfolut d'aller chercher des informations ‘plus heureufes juf.
qu'aux Moluques, Ce ne fut néanmoins fe ra avoir ufé du pouvoir qu'il
avoit reçu de la Compagnie, pour laiffer M. Elenfworch à la tête du Comp-
toir, Et comprenant que dans un nouvel oflice , parmi des Anglois qu'il ne
connoifloit pas plus que les Javans, il avoit befoin de quelques perfonnes de
confiance , il lui donna, quoiqu'à regret, trois de fes propres amis pour con.
feil & pour cortège. Ce changement ne fuppofoit pas que la Compagnie fût
mécontente de Spalding ; mais comme il avoit fait un long féjour dans l'In-
de, & qu'il en féavoit fort bien la langue, Middicton fe crut intéreflé , pour
le fuccès de fa Commiflion, à fe l'aflocier en qualité de Confeiller & d'Inter-
prête, Ainfi, dans ce partage, Henfiworch , loin de regarder l'emploi dont
il étoit revêtu comme une préférence, s'afligea de ne pouvoir rendre, fur
le Vaifleau, les fervices qu'on y attendoit de Spalding. D'ailleurs l'état du
Comptoir n'étoit pas tranquille. Le Miniftre de Bantam, fans cefle excité
par les Hollandois, avoit augmenté les droits d'entrée pour les marchandifes
Angloifes. Ilenfworth fut chargé par Middleton de déclarer à la Cour,
qu'il ne fe foûmettroit pas volontairement à cette injuftice; & que le Roi
pouvoit ufer de fon autorité pour contraindre les Angilois ; mas qu'il ne
devoit jamais compter fur leur confentement.
MipDLETonN remit à la voile, le 18 de Décembre, dans le deffein de
fe rendre droit aux Moluques. Le vent lui fut fi favorable jufqu'au 27, que
le même jour il pañla les Détroits de Defolam. Mais il fut enfuite arrété,
endant dix jours entiers, par un Calme d'autant plus infupportable qu'étant
ous la Ligne il y efluya des ardeurs excefives; fans compter que doutant de
Ja Mouffon d'Ouelt, il fe voyoit menacé, fi elle lui manquoit , de ne pou-
voir continuer fa navigation. Cependant il fut aflez heureux pour arriver
le 8 de Janvier devant la Ville de Button. Après l'accueil favorable que les
Anglois avoient reçu tant de fois dans cette Île, il ne balança point à faire
demander des nouvelles du Roi & de la Famille royale. On lui apprit que
ce Prince étoit engagé dans une furieufe guerre avec fes voifins, & qu'ayant
raffemblé toutes fes forces, il avoit laiffé peu d'Habitans dans fa Capitale.
Loin d'y jetter l’ancre, la crainte de s'expofer à des propofitions de fecours
qu'il auroit été difficile de refufer, fit faire tant de diligence aux Anglo
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178
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INDES ORIENTALES, Lav, I,
ils pañèrenc les Détroits avant la fin du jour, Cependant ils ne purene
ste le lendemain, la renconere du Roi de Bueton avec coute fon armée,
Ce Prince ayant apperçu le Vaiflèau , détacha une petite Pare pour s'informer
de quelle Nation il étoit, Middleton ne cacha point qu'il étoit Anglois;
mais parlant de fes affaires avec la chaleur d'un homme fort empreffé, il de-
manda feulement s'il y avoit de l'eau dans quelque lieu voifin, On lui mon-
tra un endroit de la Côte où elle étoit en abondance, Il Fuc furpris, en s'en
approchant, de fe voir fuivi de toute la Flotte Indienne, A peine eut-il
jecté l'ancre, qu'une nouvelle Pare vint lui faire un compliment de la part
du Roi, & le prier d'envoyer quelqu'un à ce Prince, pour l'encretenir des
affaires de l'Europe, Spalding, qui fu rendit aufli-côt fur la Caricole roya-
le, revint une heure après, Le Roi faifoit prier Middleton de ne pas pré-
cipiter fon départ, & promettoit de le venir voir à bord le jour fuivant,
LL y vince effectivement, & les Anglois le reçurent avec un grand feltin,
lui & tous les Nobles de fon cortège, Enfüice lui ayant faie un préfent aflez
confidérable, ils paroifloient fe difpofer à lever s'ancre, lorfque le Roi fe
mit à pleurer avec d'autres marques d'une vive afiliétion, Middleton lui de-
manda la caufe de fon chagrin. 1! répondit que les Anglois l'accuferoient
fans doute de mauvaife-foi , en voyant qu'il n'avoit point de marchandifes à
leur offrir, qu'il avoit quatre mois que fa maifon, où il avoit ramaflé une
grande quantité de noix & de fleur de mufcade, de girofle, de bois de fan-
dal, & d'étoffes du Pays, avoit été détruite La long fondemens par un in-
cendie; qu'il y avoit perdu, avec tant de richefles, une grande partie de
fes femmes; mais que toutes ces pertes le touchoisnt moins que de ne pou-
voir éxécuter la parole qu'il avoit donnée aux Angiois de teur des marchandi-
fes prètes pour leur arrivée, fur-cout lorfqu'ii faifoit réflexion qu'il avoient
équipé un Vaifleau à grands frais & traverfé les mers dans certe efpéran-
ce; qu'il étoit actuellement occupé d'une grande guerre avec toutes fes for-
ces, ce qui ne lui permettoit pas d'employer fes Sujets à ramaffer de nouvelles
provifions; que fi le Vaiffeau Anglois n'étoit point arrivé la veille, il au-
roit livré bataille le même jour à fon Ennemi; enfin qu'il juroit par la tête
de Mahomet qu'il n'avoit pas dépendu de lui d'éxécuter plus fidèlement fes
romefles. Après toutes ces excufes, il fit voir à Middleton de quel côté
a principale
Cuar, IX, 179
ille de fon Ennemi étoit fituée, & fuppofant que fon Vaifleau
n’en pañleroit pas fort loin , il le conjura d'y lacher ,en paffant , quelques bor-
dées de fon artillerie. Middleton lui répondit que les Anglois étoient Etran-
gers dans l'Inde, & que ne connoiffant pas même fes Ennemis, ils ne pou-
voient les attaquer fans fe rendre coupables d'une injuftice; mais que fi quel-
u'un entreprenoit de nuire à fes Sujets tandis que le Vaifleau étoit fur fes
ôtes, les Anglois employcroient toutes leurs forces pour la défenfe d'une
Nation dont ils connoilloient la juftice & la bonté. Cetre réponfe parut fa-
tisfaire le Roi. Il retourna fur fa Flotte, qui étoit compofée d'environ qua-
tre-vingt Caricolles , avec une infinité de Pares, Au même inftant, les An-
glois levèrent l'ancre.
Le 24 Janvier 1610, ils arrivèrent à l'Ifle de Bangaie , d'où la crainte
de quelque Ennemi avoit chaffé le Roi & la plûpart de fes Sujets. Middle-
ton ne put fe procurer des informations certaines fur cet évènement. Ce-
pendant le Direéteur d'un Vailleau j lollandois, qui fe trouvoit dans le Port,
| ZL 2 lui
n AvVIm
Mivot.uron,
1610,
Les Anglois
FUNCoNtronmE
la blotte du
ol debutton,
Vifleo qu'ilé
FoÇoivent de
cu Prince, &
on entretien
avec Middle,
ton,
Prière qu'il
fait aux An-
glois,
Leur réponfe,
Ils arrivent
dans l'ile de
LBangaic.
Davip
MibDLETON.
1610.
Raifon qui
en avoit fait
fuir Ie Roi.
Autorité &
caractère fin-
gulier d’un
Dircéteur
Hollandois,
Les Anglôis
font trompés
parles cou-
Yans
Fyrannie des
Hollandais à
Banda,
1o VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Jui dit qu'autant qu'il en avoit pà juger par diverfes circonftances, l'Ennes
mi de cette Ifle étoit le Roi de MacafJar, & que la raifon qui avoit fait fuir
le Roi de Bangaie, qui étoit Gentil, étoit la crainte d'être forcé à recevoir
le Mahométifme. Middleton fe perfuada au contraire que c'étoient les Hol.
Jandois mêmes qui avoient rendu l'Ifle déferte par leurs menaces, & par l'en-
treprife d'y bâcir un Fort. A la vérité ils avoient abandonné ce deffein, lorf.
u'après la fuite des Infulaires il n'étoit refté prefque perfonne à foûmettre,
Mais quoiqu'ils n'euffent point alors de Vaifleaux dans le Port, & que le
Comptoir ne fût compofé que de quatre Marchands, ce feul Direéteur avoit
pris un tel afcendant, qu'aucun Indien n'auroit eu la hardieffe de lui déplai.
re, 1l avoit deux maifons remplies de femmes, qu'il avoit choifies entre les
plus jolies de l'Ifle, & un grand nombre d'Eftlaves des deux féxes. Son ca.
raétère d’ailleurs écoit d'aimer toutes fortes d'amufemens; &, pendant quel.
ques jours que les Anglois paflèrent dans l'Ile à fe rafraîchir, ils lui trouvé.
rent l'humeur fort agréable. 11 pañloit les jours entiers à fe réjouir au milieu
de fes femmes. La danfe & le chant étoient fes pallions favorites après cel.
les de la bonne-chere & de l'amour. Comme il étoit de fort belle taille , il
prenoit plaifir à fe tenir prefque nud, fuivant l'ufage du Pays. Sa puiflance
étoit fibien établie, qu'il s’étoit rendu comme indépendant des Hollandois mé.
mes. Le lieu de fa demeure étoit affez voifin d’Amboyne : mais fi le Gouverneur
Hollandois de cette Ville avoit befoin de lui parler, il falloit qu’il lui eavoy-
ât deux Faéteurs en ôtage jufqu’à fon retour. Cette exceflive autorité ve.
noit particulièrement de la confiance que le Roi de Ternate avoit eue pour
lui, Ce Prince l'avoit chargé de lever les Tributs en fon nom dans toutes les
Ifles de fa dépendance, & fouvent le petit Monarque Iollandois ne lui re
mettoit que ce qu'il jugeoit à-propos.
Les Anglois trouvèrent dans l'Ifle de Bangaye des rafraïchifiemens déli
cieux. Ils étoient en état de les goûter. Les maladies avoient tellement ref
peété leur Vaiffeau, qu'après une fi longue navigation, ils fe por: ient mieux
qu’à leur départ d'Angleterre. Ils remirent à la voile le 29 de Janvier. Le
vent étoit aflez favorable; mais toute la nuit ils furent emportés au Sud par
des courans fi impétueux, qu'ils perdirent quinze lieuës fans.avoir pu fe re-
connoître, Ce contre-tems obligea le Capitaine d'abandonner fon deffein,
pour les Moluques, & de porter vers les Ifles de Banda, qu'il découvrit ke
5 de Février. On redoubla les efforts pour. y aborder avant la nuit. Mais. en
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Mers.
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CARTER A
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INDES ORILNTALES, Eaiv. I Car, 1X 1#q
Mers. On n'avoit pas manqué de l'informer à Bantam de tous les outrages
r;oue Kecling avoit effuyés à Banda À ru il s'étoit flatté que s’il y trouvoit
” Sharpey & Rowles, leurs trois Vaifléaux réunis feroient en état de fe faire
refpcéter.] Cependant il n'en prit pas moins la réfolution de fe préfenter
dans la Rade, en bonne pofture, Le Gouverneur du Château Jgeare à ceite
hardieffe que c’étoit quelque Bâtiment Hollandois, envoya au devant de lui
une Pinale de trente tonneaux. Mais aufli - tôt qu'elle l’eut reconnu pour un’
Anglois, elle s'arrêta vis-à-vis de lui, & retournant fur fes traces , elle ne :
lui laifla pas mêm: l: moyen d'entrer dans la moindre explication! .
Arrès avoir pallé le refte du jour à l’ancre , il s'avatiça vis-à-vis de Lan-
tor. Son intention étoit de feindre qu'il ignoroit la conduite & les difpofiti-
ons des Hollandois. Il falua la Ville de toute fon artillerie; &fans marquer
aucune défiance, il alla mouiller fi proche de leurs Vaiflzaux , qu’il étoit à
la portée du canon. Il Jui vint aufi-tôt une Barque du Gouverneur , qui lui
propofa d'entrer dans le Port, & de defcendre enfuite au rivage, pour y
montrer fa Commiflion. Middleton répondit qu'il ne faifoit qu'arriver dans
cette Mer, & qu'en fe préfentunt aux Îfles de Banda, il avoit cru fe trou-
çer dans un Pays libre, mais que ne dépendant en effet de perfonne, il ne
souloit montrer fa Commiflion & s'ouvrir fur fes affaires, ni au Gouverneur,
ni à perfonne au monde. On lui demanda fi fon Vaifleau étoit en marchan-
dife ou en guerre. Sa réponfe fut qu'il payeroit fidélement tout ce qu'il
prendroit. À quelques menaces qu'on ôfa lui faire, il répondit encore que
rien ne l'empêcheroit de demeurer fur fes ancres, & que fi l'on entreprenoit
de s’y oppoler, il prendroit le parti de fe défendre. Les Hollandoïis le quit-
térent avec de vives marques d'indignation & de colère.
A peine furent-ils partis qu'il vint à bord une multitude d'Infulaires , qui
félicitérent les Anglois de leur arrivée. Middleton apprit d'eux l'état des af-
faires du Pays. Les Habitans auroient fouhaité d'entrer en commerce avec
Jui, s'ils n’euffent été rétenus par la crainte des Hollandois, avec lefquels
ils vivoient alors tranquillement. Mais ceux de Puloway & de Pulorin étoient
moins d'accord avec le Gouverneur. Middieton croyant pouvoir tirer quel-
que avantage de cette méfintelligence, chargea Spalding d'entretenir en par-
ticulier un Infulaire de Puloway, qui fe trouvoit à bord avec les autres, &
de lui offrir une récompenfe, s'il vouloit affürer les Habitans de fon Ifle que
les Anglois payeroient les épices en marchandifes ouen argent, qu'ils pren-
droient fur eux le foin de les tranfporter dans leur Bätiment , & que n'ayant
pis beaucoup de mefures à garder avec les Hollandois , ils trouveroient le
moyen d'achever leur cargaifon. En effet, ne reconnoiffant point d’autres
droits que ceux du commerce, Middleton étoit réfolu de les éxercer fans
ménagement.
Le matin du jour fuivant, il vit arriver deux Barques; l’une venoit du
Château, & l’autre.de la part du Vice-Amiral, avec des ordres abfolus pour
le Capitaine Anglois, d'entrer dans le Port. Middleton retint les Hollandois
à diner. Après les avoir traités civilement, il leur déclara qu'il ne change-
roit point de pofte, & qu'il étoit réfolu-d’en-courir tous les rifques ; que les
Geux Nations étant amies en Europe, ilne pouvoitcraindre raifonnablement
que les Hollandois vouluffent commencer la guzrre aux Indes, & que s'ils
avoient réellement certe vûe, ce n'étoit pas un particulier tel que lui quide-
Z 3 voit
Davitr
dlibbtI TON.
1610.
Sage condui-
te de Middle-
ton,
Sa réponfe
aux Députés
du Gouver-
neur.
Les Infulai-
res reçoivent
bien 1e Vaif-
fau Anglois,
Difputes fort
vives desHoi-
landoi, avec
Middlcton.
Davin
MidDLETON,
1610.
Préparatifs
des Anglois
pour fe défen-
dre,
Middleton
écrit au Gou-
verneur,
182: VOYAGES DES ANGLOIS AUX
voit fe conduire dans cette fuppofition. Malgré ces difcours, l'Officier qui
commandoit la Barque du Gouverneur, lui dit ouvertement qu'il ne devait
pas s'arrêter dans le lieu où il avoit jetté l'ancre, & que s’il continuoic d'y
demeurer, on étoit réfolu de l'en chafer par force. ,, J'y demeurerai, re-
» pliqua Middleton, aufli-long-tems que le lieu me paroîtra commode, par-
» Ce que je n'ai pas d'autre régle à fuivre que ma commodité ; & lorlque
je commencerai à me trouver mal ici, j'irai me placer dans le meilleur
» Cndroit du Port. ,, Les Hollandois répondirent que le Pays leur apparte-
noit. , Eh bien! leur dit Middleton, j'en fuis donc ici plus en füreté, car
» je fuis dans le Pays des amis du mien. ,, Ils le quittérent fort mécontens.
Avant la fin du jour, il débarqua quelques piéces d'artillerie pour les fai-
re conduire fur le penchant d'une colline, derrière le Vaifleau; & fe propo-
fant d’y faire quelques retranchemens, il comptoit d'être en état de fe défen-
dre avec ce double foûtien. Mais comme il avoit donné ordre en même-tems
de fonder la Rade autour de lui, il y trouva tant de rocs, & le fond fi dan-
gereux, que cette découverte le fit changer de penfée. Il fit rentrer à bord
deux piéces de canon, qui étoient déja fur le rivages &, le lendemain, il
envoya Spalding, dans l'Efquif, au Gouverneur du Château, avec une Let-
tre, à laquelle il lui défendit de rien ajoûter de bouche. Elle a paru digne
d'être confervée:
LE
PA S' vous confidérez avec un peu de réflexion que vous avez ici beaucoup
d'Ennemis & peu d'amis, que je fuis Chrétien, & que vous avez be-
foin de quantité de chofes que j'ai fur mon Vailleau, vous ne rejetterez pas
l'offre que je vous fais de vous accommoder de ce qui vous eft nécellaire,
Nos Princes étant amis en Europe, je ferois fâché que leurs fujets eufent
ici quelque différend. A l’égard de l'ordre que vous m'avez envoyé d’aller
» jetter l'ancre fous le canon de votre Château, je crois avoir ici le privi-
lége que nos Princes accordent mutuellement à leurs fujets, d’alier & de ve-
nir fans obftacle dans les lieux où ils s'attribuent quelque pouvoir, & de
s'arrêter dans les Rades, quand il ne leur plaît pas d'entrer dans les Ports.
Par rapport à ma Commiflion, que vous fouhaitez de voir, je fuis homme
d’une naiffance qui ne doit rien à la vôtre; & quand vous voudrez me
traiter avec égalité, je ne refuferai pas de vous montrer ma Commifion.
Convenons feulemeut de nous trouver, ou fur l’eau, chacun dans une Bar-
que également armée , ou dans tout autre lieu qui ne m'éloigne pas plus
de mes forces que vous ne le ferez des vôtres. Mais pourquoi tant d’em-
barras dans nos préliminaires ? S'il eft vrai, comme on me l’a dit, que vous
ayez un Traité de commerce avec les Habïtans de Lantor, fuppofez que
je fuis du nombre, & traitez-moi comme un Indien pour mon argent; je
vous en aurai de l'obligation, car il me fera coûjours plus agréable de com-
mercer avec vous qu'avec eux. D'ailleurs, comme vous êtes en guerre
avec les Ifles de Puloway & de Pulorin, vous comprenez bien que j'en
» puis tirer des épices , fans que vous ayez aucun moyen de vous y oppofer.
Je vous demande réponfe fur tous ces articles, & je l’attenspar les mains
» du Porteur de ma Lettre. En attendant rien ne m’empèche d’être avec
» amitié, votre très-humble , &e. Signé Middleton, fur mon Vaifleau, le 7
» lévrier 1610.
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INDES ORIENTALES, Liv. IL Cuar. IX, 183
SrazniNc & fon cortége furent reçus civilement au Château, & conduits
au Gouverneur , qui étoit alors à délibérer avec fon Confeil. La Lettre de
Middieton fut nuverte & lue dans l'Affemblée. On refufa d'y répondre par
écrit, mais le Gouverneur ne fit pas difficulté d'apprendre à Spalding quel-
les étoient les réfolutions du Confeil. Les Hollandois avoient dans le Port
trois grands Batimens, chacun de mille tonneaux, & trois Pinafles, chacu-
ne de trente, Un des trois Vaiffeaux, nommé Le grand Soleil, étant défor-
mais hors d'état de fervir, ils devoient le faire approcher du Vaiïffleau An-
glois jufqu’a l’abordage, y mettre le feu dans cette fituation, & le faire fau-
ter avec trente barils de poudre qu'ils y avoient déja portés. Dans cette vûe,
ils avoient nommé les gens qui devoient le conduire hors du Port, & pré-
paré les chaînes qu'ils devoient employer en abordant les Anglois. Plufieurs
Barques étoient prêtes à le fuivre, pour recevoir ceux qui devoient le con-
duire, aufli-tôt qu'ils l’auroient bien embrafé & qu’ils verroient le feu prêt
à gagner la poudre. Pendant cette éxécution, les deux autres Bâtimens de-
voient s'approcher des Anglois à la portée du moufquet, pour les battre de
leur artillerie; & plufieurs grandes Barques avoient ordre de voltiger à l’en-
tour , en les harcelant encore avec les fléches & les bales.
Quorqu'iz y eût peut-être plus d'affeétation que de réalité dans ce récit,
on ne manqua point de le confirmer par divers mouvemens qui pouvoient
Jui donner de la vrai-femblance. Spalding voyant les préparatifs qui fe fai-
foient fur le grand Soleil, fe hâta de porter toutes ces nouvelles à bord.
Middleton en fut férieufement allarmé. Il crut devoir renoncer à fa fierté,
& defcendre promptement au rivage, pour s'expliquer avec le Gouverneur,
avant que les hoftilités fuffent commencées, Il prit fa Commiilion ; & s’é-
tant mis dans fa Chaloupe, avec le Pavillon d'Angleterre , il fit avertir le
Gouverneur, en touchant à terre, qu'il lui demandoit quelques momens d'en-
tretien, Au même moment, il fut furpris de le voir fortir du Château , &
vénir à fa rencontre avec fes principaux Officiers. ‘Trois cens Soldats qui
formoient la garnifon, fe rangérent en haie jufqu’a la Mer. Le canon du
Château fe fit entendre, & la garnifon fit trois décharges de fa moufque-
teric. Ce fut avec cette pompe que Middileton fut conduit à la maifon du
Gouverneur, qui lui avoit fait prendre la droite en marchant, & qui lui
avoit rendu tous les honneurs. Ils s’affirent tous deux dans la chambre du
Confeil, fur deux fauteuils, qui fembloient avoir été préparés , car tout le
refte de l'Affemblée fut placé fur des bancs. Le Gouverneur abufa de la fa-
cilité qu'il avoit à parler , pour faire quantité de complimens aux Anglois
fur leur arrivée, mais fans toucher au fujet de leur querelle. Middleton im--
patient l'interrompit; &, tirant fa Commiflion, il lui dit que n'ayant pü lui
perfuader qu’il n’étoit point un Pirate, il avoit pris le parti de lui enappor-
ter des preuves. Alors il montra le papier qui contenoit fes pouvoirs, il en
lut rapidement la premicre ligne , .& comme s’il n’eût pu douter qu’on ne
fût fatisfait de cet éxorde, il remit le papier dans fa poche.
Toure l'Affémblée fe récria auffitôt, & demanda la leéture entière de
la Commiffion. Middleton répondit d’un air ferme , qu’il n’y confentiroit
pas, tant qu’il lui refteroit un foufle de vie: qu'il lui fuffifoit d’avoir lu fon
nom & fait voir le Sceau d'Angleterre. Enfuite il fe leva comme s'il n’eût
plus penfé qu’à retourner au Vaifleau ; mais on le pria de demeurer quel-
ques
Davis
MinbLzeTon.
1610.
On refufe de
répondre à fa
Lettre; mais
où fait des
menaces terri-
bles.
Middletonie
laifle cfFrayer
& defcendài
terre,
Accueil qu'i |
reçoit,
On s'accorde
en apparence.
|
|
|
|
Divin
Miporrron,
1610,
Middleton
promet d'en-
trer dans le
Port,
Ü y entre,
Il cn fort
mMécontent,
les Hollan-
dois le pour-
fuivent,
VOYAGES DES ANGEL OIS AUX
On entra dans quelques difcours , les uns fort civils, d'au.
tres moins mefurés, À la fin les Hollandois s'adoucirent , & firent appor-
ter des rafraîchiffemens. On but à la profpérité des deux Nations ; après
uoi le Gouverneur fit voir aux Anglois les logemens & les fortification:
de Château. ‘Tout y étoit en fort bon ordre, & bien fourni d'armes & de
munitions.
ec) MivpzeTon n'ignorant pas que l'argent & les promefes, appla-
niflent les plus grandes difficultés; prit adroitement l'occalion d'offrir mille
livres fterling pour obtenir la liberté de faire fa cargaifon |, & promit une
Chaîne d'or, qu'il portoit autour du col, à celui qui lui procureroit cette fa.
veur. Il ajoûta qu'il payeroit les épices au deffus du prix ordinaire. Après
avoir jetté ce fondement , il dit au Gouverneur que les Hollandois devant
être enfin perfuadés que fon Bâtiment n'étoit point un Vaifleau de guerre, il
ne feroit plus difficulté d'entrer dans le Port. On lui répondit qu'on étoit
prêt à lui rendre toutes fortes de fervices. Comme la nuit approchoit, il
prit congé de l’Affemblée. ‘Tandis qu'il rentroit dans fa Chaloupe , on fit
une décharge de toute l'artillerie du Château, & les Vaiffeaux. qui étoient
dans le Port le faluèrent auffi à fon pafñlage.
Le lendemain qui étoit le 8 de Février, il conduifit fon Vaiffeau entre le
Chateau & les Butimens Hollandois. Il les falua de plufieurs décharges, aux-
quelles on répondit avec ufure. Aufficôt qu’il eut mouillé l'ancre, le Gou-
verncur & fes principaux Officiers lui rendirent leur vifite à bord. Ils y ac-
ceptérent un dîner , qui fut accompagné de tous les témoignages poffibles
de confiance & de joie. On parla enfuite de cargaifon; mais ni les raifons,
ni les offres, ne purent faire obtenir aux Anglois la permiftion d'acheter unc
feule livre d'épices. La réponfe du Gouverneur fut toûjours qu'il n’accur-
deroit pas cette permiflion pour racheter fa vie. Middieton perdant l'ef.
184
ques momens.
-pérance de fe la procurer ouvertement, réfolut de commencer par faire fa
provifion d’eau, & de tenter enfuite la fortune. Mais on ne lui permit pas
-même d'envoyer fes tonneaux au rivage, fans qu'ils fuffent accompagnés
d'un Hollandois, pour obferver fi les gens du Vaiffeau ne parloient point
aux flabitans. Lorfque les tonneaux furent remplis, Spalding reçut ordre
d'aller dire au Gouverneur que Middleton étoit réfolu de partir. Les Ilol-
landois parurent fort furpris; &, le vent étant Oueft, ils ne purent s’ima-
giner quelle route les Anglais alloient prendre. Cependant , étant en effet
fortis du Port, ils furent fuivis par deux Barques Iollandoifes , dont l’une
s'approcha d'eux, & leur déclara de Ja part du Gouverneur qu’il leur dé-
fendoit d'aller dans aucune des Ifles. Middleton répondit qu'il ne connoif.
foit point de droit au Gouverneur pour lui envoyer des ordres, & que loin
de les recevoir , il alloit fe rendre aufli vîte qu'il lui feroit poflible à Pu-
lovay , d'où il confentoit que les Hollandois vinffent le chaîler s'ils croy-
oicnt le pouvoir. La Barque ne fût pas plûtôt rentrée dans le Port avec
cette réponfe , qu'il en fortit une Frégate, à voiles déployé:s. Middie-
ton, réfolu de combattre, affembla tous fes gens pour leur infpirer la mê-
me réfolution. 11 leur dit que s'ils vouloient le feconder avec un peu de
cou-
(z) La ade, Su@ion de l'Original commenge ici, R. d, E,
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n peu de
cou-
Hi
FL
|
Li
CS
bien recevoir, prit le parti de rentrer dans le Port.
‘le Lieutenant du Château s’agitèrent beaucoup fur les Bâtimens
courant qui alloit à ‘'Eft-
-Château en querelle avec le Gouverneur
cheter leurs épices, argent coinptant, s'ils n’aimoient mieux des marchandi-
INDES ORIENTALES, Liv. II Cnar. IX. r45
courage, il fe propofuic de vificer toutes les Ifles en dépit des Hollandois.
Et joignant les libéralités aux exhortations, il leur promit, non-feulement
de leur donner tout ce qui étoit à lui fur le Vaiffeau , mais d'affürer pour
toute leur vie une fubfiftance honnête à ceux qui auroient le malheur d'être
cftropiés. :
L'anpeur du Capitaine en répandit une fi vive dans l'Equipage , que tout
Je monde jura de hazarder fa vie pour l'intérêt de la Compagnie des Indes,
& l'honneur de la Nation. Mais la Frégate voyant qu'on fe préparoit à la
l'andis que les Anglois
luttoient avec aflez de difficulté contre le vent, l’Amiral, le Vice-Amiral &
qui étoient
dans le Port, fans.que Middieton pât fçavoir quelles écoient leurs intentions.
Lorfque le Vaifleau eut Gaens le vent, & qu'il fe trouva fecondé par le
ord-Eft , il avança de fi bonne grace, qu'étant
bien-tôt proche de Puloway, Spalding fut envoyé dans la Chaloupe, avec
cinq hommes, pour aflürer les Habitans que les Anglois étoient partis du
qu'ils venoient leur offrir d'a-
fes en échange. Il leur promit aulfi que le Capitaine defcendroit lui-même
dans leur Ifle, auffitôt qu'il auroit trouvé quelque endroit für pour jetter l’an-
cree.
Pendant l’abfence de Spalding, il arriva deux Barques de Lantor , qui
demandèrent aux Anglais On
ourquoi ils avoient abandonné leur Côte.
leur répondit que la force du courant avoit emporté le Vaifleau, & qu’on
n’avoit .pas eu deffein d’ailleurs d’aller plus loin qu'à Puloway, où l’on avoit
déja député un Faéteur, pour difpofer cette Ifle au commerce; que fi les
Jlabitans de Lantor vouloient vendre leurs épices aux Anglois, plûtôt qu'aux
Hollandois qui n’étoient venus que pour s'emparer de leur Pays, on pren-
droit tout ce que cette Ville avoit aétuellement dans fes magafins , & l'on
n'épargneroit rien pour la ‘rendre contente du marché. Les Indiens des deux
Barques partirent fort fatisfaits de cette promeffe.
SPALDING avoit été reçu dans l’Ifle de Puloway avec de grands témoi-
gnages de joie. Mais quoique tous les Habitans fe fuffent affemblés pour le
combler de careffes, ils n’avoient pas voulu convenir du prix des épices a-
vant que le Capitaine Middleton fût arrivé. Cependant ils avoient offert d’en
livrer à compte une certaine quantité, Middleton, fur cet avis, donna or-
dre à Spalding de lui chercher, s’il étoit poffible, un Pilote Indien, qui fût
capable de fituer fon Vaiffeau dans un lieu fûr & commode. Spalding en
parla aux Habitans. Il s’en trouva deux qui furent loués à frais communs;
c'eft-à-dire, que les Infüulaires donnèrent à l’un vingt piéces de huit, & Mid-
dleton la même fomme à l’autre, S’étant rendus à bord la même nuit, ils
tournérent la proue vers Seran & conduifirent le Vaiffeau dans un lieu nom-
mé Gelogula, où la Rade eft affez bonne, à trente lieuës de Banda. Les An-
glois fe hâtèrent d'y prendre une maifon. Ils commencèrent par fréter leur
Pinaffe ;ce qu'ils r’avoient point encore eu le tes de faire. Mais la faifon
étoit fi avancée & les Mouilons fi proches de leur fin que tous les momens
demandoient d'être employés. La Pinaffe fut achevée en deux jours, & nom-
He Qu Elle fut envoyée le 27 de Mars à Puloway, cüellen’arriva
L .
IT, Part. Aa TL
Davrs
Miovizrox,
1610.
Sa fermeté
les oblige de
fe retirer,
I fe rend à
Puluway.
Pegrets des
Habitans de
Lantor.
Les Anglois fe
rendent dans
l'Ifle de Seran,
Davip.
MippLuTonN.
1610.
Ils commen-
cent leur car-
gaifon à Pulo-
way.
fs font une
perte qui les
afige beau-
coup.
Embarras ex-
trême des An-
glois.
Ils font expo-
fés à diverfes
pertidies,
186
IL reftoit à régler le prix des is
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Les Habitans demandèrent quanti.
té de droits & de grauifications. Enfin, l'on convint que les épices feroient
ayées au même prix qu'elles l'avoient été par le Capitaine Keeling, & que
le Chefs recevroient quelques préfens. Il fallut même accorder en fecret d'au.
tres libéralités, car les Indiens ne ceffent pas de demander; &, dans les cir.
conftances que j'ai repréfentées, il étoit important de ne pas les chagriner
ar des refus. Auffitôt que le prix fut réglé, ils s'empreflèrent de charger le
Hopervell , qui revint à Gelogula avec d'excellentes marchandifes. Mais com-
me il n'étoit que de dix tonneaux, & que la répétition des voyages entra.
noit des longueurs, Middleton fut forcé de louër à Puloway une grande Pare,
ui fut chargée de noix mufcades, & qui arriva heureulement à Gelogula,
n entreprit de la rendre beaucoup plus haute ; &, dans l’efpace de peude
jours, elle fe trouva capable de porter vingt-cinq tonneaux, Douze des plus
jabiles Matelots furent nommés pour la conduire: Enfin rien ne manquoit
aux efpérances qu'on s'en étoit formées. Mais après avoir fait un voyage,
elle difparut , fans qu'on ait jamais (d) eu la moindre information de fon fort,
Le Hopewell , qui continua de faire plufieurs fois le même voyage, n'ayant
pi s'en procurer aucune nouvelle, on conclut qu'elle avoit péri dans une tem-
pête qui s'étoit fait fencir jufqu'à Seran, & dont le Hopewell même ne s'é-
toit fauvé qu'avec peine. Middleton reflentit un chagrin extrême de voir la
faifon prête à finir, fans aucune apparence que fa cargaifon plût être achevée.
Il n'ôfoit aborder à Puloway avec le Vaiffeau, parce qu’il y avoit peu defà-
reté fur la Côte. Ainfi fe voyant rejetté à plus de fix mois, il tourna fes foins
à chercher d’autres Bätimens. Ayant appris qu'il y avoit à Lantor un vieux
jonc, qui n'étoit pas fort éloigné des Vaïfeaux Hollandois, il trouva le moyen
de l'acheter fecrétement , & l’habileté de fes Matelots le mit en état d'être
de quelque fecours.
Mais la perte des douze hommes qui avoient difparu dans la tempête cau-
foit beaucoup plus de peine aux Anglois. La plus grande partie de l'Equipa-
ge étant afligée par des maux de Jai qu'on attribuoit au mauvais air de
la Rade, il ne reftoit prefque perfonne pour faire les voyages de Puloway
dans le Hopewell ; ou, du moins, ceux qui l’entreprenoient après s'être im-
parfaitement rétablis, ne manquoient point, à leur retour, de retomber
dans des maladies beauéoup plus dangereufes. 11 s’en trouvoit plufieurs qui a-
voient eu jufqu’à trois ou quatre rechutes. Au milieu de tant d’embarras,
Middleton fe voyoit prefque fans reffource. L’Ifle d’ailleurs étoit ouverte aux
attaques des Hollandois, qui ne pouvoient avoir perdu le deffein de faire pé-
rir fon Vaiffleau. Il n'ignoroit pas qu'ils avoient déja gagné par de grandes
promcefles une partie des Habitans, & qu'ils avoient pouflé la haine jufqu'à
offrir une fomme confidérable à quelques Brigands , pour fe défaire de lui par
le poifon ou par d'autres voyes. A la vérité, il avoit entre les Infulaires,
des amis fidéles, qui l'abertifioient de ces perfides defféins, & qui l’exhor-
toient fans cefle à la défiance. L'Ifle avoit affez d'Habitans, dans une fr: pc-
tite étendue, pour être capable de réfiftance, fi les Indiens euflent voulu
réunir leurs forces. Les Anglois leur propofèrent de fe fortifier par quelques
| ouvrages
Cd) Angl. fans qu'on put avoir de fes nouvelles pendant trois mois. KR, d. EF,
ouvrage
hier ave
galeme:
CEpr
clinatio
braves
foin à
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emport
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ide Pare,
Gelogula,
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manquoit
1 voyage,
e fon fort,
, N'ayant
sune tem-
ne ne s’é-
de voir la
: achevée.
peu defü-
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un vieux
: le moyen
état d’être
npête cau-
e l'Equipa-
vais air de
> Puloway
s'être im-
> retomber
eurs qui 4
embarras,
uverte aux
le faire pé-
de grandes
ne jufqu'à
> de lui par
Infulaires,
ui J’exhor-
ne fur! pe
lent voulu
ir quelques
ouvrages
sin et
Rp P EE NS nt
fe faifir de plufieurs Hollandois.
INDES ORIENTALES, Liv. II.
ouvrages dont ils leur tracèrent le plan. Ils leur offrirent même d'y travail-
Crrap. IX, 187
ler avec eux ; [mais leurs confeils firent peu d'impreilion fur un peuple é-
galement läche & parefTeux. | |
CerenpanT un Chef fort âgé, qui s'étoit attaché aux Anglois par in-
clination , fe chargea de parcourir toutes les Ifles & de raffembler les plus
braves fur leurs Caricoles. Il avoit une famille nombreufe, dons il confia le
foin à Middleton dans fon abfence. Entre plufieurs filles, il s'en trouvoit
une affez jolie, qui infpira des defirs dérégiés à quelques Matelots. Le plus
emporté fit naître aux autres le defein de la tirer à l'écart, pour abufer de
fa foiblefle,. Cette infime entreprife n'auroit pû manquer de réuflir, fans la
rencontre imprévue de Spalding , qui fe promenant alors dans le même lieu,
fauva la jeune Indienne, & reconnut les trois coupables malgré la prompti-
tude avec laquelle ils prirent la fuite. Il ne balança point à déclarer leur
nom; & tout l'Equipage , qui fentoit de quelle importance il étoit de fe con-
cilier les Infulaires, marqua la même ardeur à demander que le crime fût pu-
ni. Middleton réfolut de faire un éxemple. Les trois Matelots furent con-
damnés à recevoir le fouet dans la place même de Gelogula, & tous les Fa-
bitans invités à voir ce fpeétacle, Éctte preuve d'eftime & d'amitié pour leur
Nation en reconcilia un grand nombre aux Anglois. Plufieurs mêmes de
ceux que les Hollandois avoient gagnés par leurs artifices, vinrent confeffer
à Middieton ce qu’on leur avoit propofé pour le perdre, & lui promirent
autant de fidélité que de zèle contre les ennemis communs de leur Ifle & des
Anglois.
Le vicux Chef revint heureufement, avec tout le fuccès qu'il avoitefpéré
de fa négociation.] Il avoit engagé les Habitans de plufieurs Ifles à s'unir
contre la tyrannie des Hollandois, du moins pour fe défendre de leurs inva-
fions , & repoufler le joug qui les menaçoit. Leurs Caricoles n'ayant pas tar-
dé longtems à paroître, ils formérent une petite Flotte, qui prit d'abord.con-
feil des Angloiss mais la tranquillité qu'ils virent à leurs Ennemis ayant
échauffé leur courage, ils oublièrent les bornes dans lefquelles Middleton
s’efforçoit de les contenir, jufqu’à tenter une defcente dans l’Ifle de Nera &
[Le Gouverneur du Château fe perfuada
qu'ils n’avoient pas pouflé fi loin l’outrage, fans être foûtenus & peut-être
conduits par les Anglois. Il fe refferra dans fa place, & députant un de fes
Officiers à Middleton , il lui fit demander s’il devoit le regarder déformais
comme l'ennemi de la Hollande. Il ne fut pas difficile au Capitaine de for-
mer fa réponfe. Loin de fe connoître en guerre, il protefta qu'il ne fouhai-
toit que des profpérités à l’établiffement Hollandois, & qu’il n’avoit point
de part aux entreprifes des Indiens ; mais qu'étant venus aux Ifles de Banda,
par le droit commun de toutes les Nations, pour y éxercer honorablement
le commerce, & n'ayant pas trouvé dans les Hollandois la faveur qu'ila voit
efpérée, il étoit naturel qu'il tournât vers les lieux d'où il pouvoit tirer plus
d'avantage: que fes vûes n'alloient pas plus loin; & que fi le traitement
qu'il avoit reçu du Gouverneur le difpenfoit de prendre parti contre les In-
dierss, il promettoit qu’aufli longtems que les Hollandois ne .recommence-
toient point à l'infulter, il n'accorderoit aucun fecours aux Indiens contre
eux. Après ce difcours qu’il affeéta de prononcer avec beaucoup de modé-
ration, 11 ne cacha point au Peau avoit trouvé dans les Ifles enne-
a 2 mies
Davin,
Mioreron,
1610.
Secours qu'on
Içur procure,
Ts tichent de
fe concilier les
ludiçns,
Les Indiens
infultent les
Hollandois,
Réponfe de
Middleton
aux plaintes
du Gouver-
neur.
Davin
Mivotcron,
1610.
Les Hollan-
dois prennent
le parti de la
patience,
Midélcton
fait amener le
Jonc de Lan-
tor,
Allarmes de
Middleton
pour fa Pinaf-
Ée..
Il s'expofe
en mer fur
l'Euif.
138 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
mies de Ja Hollande, toutes les facilités qu'il avoit defirées pour fon coms
merce, Il prit même plaifir à lui faire voir que fa cargaifon étoit riche &.
fort avancée. Mais il fe garda bien de lui apprendre la perte de fes douze,
Matelots, & le miférable état des autres, à quoi l'air concinuoit d'être fi fu.
nefte, qu'à peine en reftoit-il neuf en bonne fanté.
A juger de l'effet de fa réponfe par la conduite: dés Hollandois , il y a
beaucoup d'apparence que le Gouverneur n'ôfant porter fes reflentimens à
l'extrémité , ou craignant peut-être d'affoiblir trop:le Château s'il en faifoit
fortir une partie de fa garnifon pour monter fès deux: Vaiffeaux , prit le par.
ti de fermer les yeux Fr le commerce des Anglois, en: remettant fa ven-
geance contre les Infulaires après le départ de Middleton.]; On ne vit plus
paroître un feul Hollandois hors des murs; & fi les befoins de la Place obli-
geoient quelque Barque de fortir du Port, elle écoit toûjours fi bien armée
que les Indiens n'ôfoient s'en approcher.
[Le Fort que les Habitans de l’Ifle avoient bâti au côté d’unemontagne ;#
d'où il tiroient fur le Château des Hollandois:, ne laifloit pas d’incommoder
beaucoup ces derniers; il les empêcha même d'éxécuter le deflein . qu'ils a-
voient tenté fouvent, & qui étoit d'enlever la Pinafle. Ce qui leur auroit
été facile, car dans neuf voyages-qu'elle fit, tout fon équipage ne put étre
compofé que de fept hommes; le refte étant malade , à. exception de cinq
perfonnes qu'on avoit laiflé à Puloway; & ce qui augmentoit l'embarras des
Anglois, étoit la cherté des vivres, & des pluies continuelles qui les incom-:
spé fort.]
CErENDANT Middleton fe vit forcé de faire amener, pendant la nuit,
le Jonc qu'il avoit acheté à Lantor, fans avoir trouvé même le tems d'y fairo
quelques réparations indifpenfables Les Hollandois ayant appris qu’il l’avoit
acheté, & voyant fes Ouvriers quife difpofoient à le radouber , tenoientun. Vaif:
feau prêt pour le mettre en piéces auflitôt que les-Anglois auroient fini leur tra-
vail. Spalding, chargé de le conduire à Puloway ans les ténébres, s’acquit-
ta heureufemesñt de fa commiffions mais il y avoit peu d'utilité à tirer d’un
Bâtiment qui manquoit de voiles, & qui étoit prefque nud. Middlieton fe
trouvant Ars à Puloway, envoya le Hopewell au Vaiffeau, pour ‘en appor.
ter tout ce qu'on pourroit retrancher à fes propres befoins, Trois femaines
fe paflèrent fans qu'on vît arriver Davis, qui avoit été nommé pour ce voyage.
On s’allarma beaucoup de ce retardement, fur-tout lorfqu'on eut appris que
les Hollandois s'étoient faifis de plufeurs grandes Barques qui portoient des
vivres à la Flotte Indienne. Dans l'inquiétude que Middieton conçut pour
fa Pinafle, il réfolut de profiter d’un afféz beau tems pour fe mettre dans un
Efquif, feul Bâtiment qu’il eût alors: à Puloway ; car la prudence ne lui
permettoit pas de fe hazarder dans le Jonc. Cinq matelots qu’il avoit prés
de lui f2 trouvoient fi malades, qu'il fut obligé de louër deux Indiens pour
de ec à leurs fonétions.
peine eut-il perdu la vûe dé la terre, qu’il s’éleva une tempête farieu-
fe, contre laquelle il n'eut point d'autre reflource que de s’abandonner à la
violence des flots. Il arriva néanmoins à la vûe de Seran; mais.la Merbat.
toit contre le rivage avec tant d’impétuofité, qu’il perdit l'efpérance de pow
voir ‘aborder. Comme la nuit approchoit, il réfolut avec fes deux Indiens,
& fes cinq Malades, d'employer tous fes efforts pour fe foûtenir en merjuf
qu'au
qu'au
poullé
traver:
ble d'u
derrièr
lein «
i triftc
dis qu
Indien:
frayeu
da cec
apprit
ilfe tr
main à
que ce
niers ,
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) le vens
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mieux
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cendit
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tre fi fu.
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fa ven-
vit plus
ace obli-
n armée
ontagne ,kp
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qu'ils a-
ur auroit
put étre
de cinq
barras des
es incom-:
la nuit,
d'y fairo
"il l’avoit
tun. Vaif.
\i leur tra-
, s’acquit-
uirer d'un
idleton fe
en appor-
femaines
€ voyage.
ppris que
roient des
nçut pour
e dans un
ce ne lui
voit prés
iens pour
te farieu-
nner à la
a Merbat.
ce de pour
x Indiens,
en merjuf
qu'au
» kf-le vengeance avant que de !cs manger.
INDES ORIENTAIH-ES, Jam IT, Car. IX, 189
qu'au lendemain. La violence des vents n'ayant faic popne , il fut
poullé , au commencement des ténèbres, contre une chaîne de rochers , au
uravers defquels la faveur du Ciel lui fit trouver un pañlage, Dans le trou-
ble d'une fi dangereufe fituation, il ne penfa qu'à gagner le rivage qui évoit
derrière les rochers. Il y réuflit avec le même bonheur, L'Efquif étoit fi
lein d'eau,. & quelques marchandifes, qu'il y avoit apportées, dans un état
k trifte, que les premiers foins furent donnés à ces deux objets. Mais tan-
dis que les malades mêmes n'y épargnoient pas leur travail, un des deux
Indiens fit remarquer à l’autre qu'on: étoit tombé dans un autre péril. Leur
frayeur s'étant déclarée par des exclamations , le Capitaine, qui leur deman-
da ce qui les allarmoit après le bonheur qu'ils avoient eu d'éviter la mort ,
apprit d'eux, que loin d'être dans l'Ifle de Seran, comme il fe l'étoit figuré,
il fe trouvoit dans une Ifle de Cannibales, qui ne les reconnoîtroient le lende-
main à la lumière du jour, que pour les tuer & les dévorer, Il ajoutèrent
que ces barbares Infüulaires ne prenoient jamais de rançon pour leurs Prifon-
niers, & que dans le reffentiment qu’ils confervoient de quelques injures des
Portugais, ils faifoient rôtir les Chrétiens tout vifs, pour en tirer cette crucl-
[Que fi on ne vouloit pas fe remet-
tre promtement en Mer , ils iroient chercher quelqu'endroit où ils puffent
fe cacher; car il étoit für que dès que le matin feroit arrivé, les Cannibales
ne manqueroient pas de fe tranfporter fur le rivage pour aller à la décou-
verte des Pêcheurs, qui auroient pu s'y être arrétés pendant la nuit.]
pi be Middleton mîc ce récit.au-nombre des fables que les Indiens
fe plaifent à raconter de leurs ennemis, il conçut que les Habitans de l’Ifle
étoient fort mal avec ceux de Puloway & de Seran , & qu'il n'étoicnt pas
mieux difpofés pour les Européens. La Lune commençoit. à luire, & le
vent à perdre fa force; & la marée venant encore le favorifer, il nebalan-
ça point à quitter ce dangereux rivage Il fallut beaucoup d'adreffe & d'ef-
forts pour fe conduire pendant le refte de la nuit. Cependant le jour fit apper-
cevoir une Côte que les deux Indiens reconnurent pour la partie occidentale
de Seran, Comme ils s’en approchoient à force de rames , ils découvrirent
une Barque (e) échouée , dans laquelle il furent extrèmement furpris de recon-
noître deux. Anglois, qui ne marquèrent pas moins d'admiration en reconnoif-
fant leur Capitaine. 1l apprit d'eux-qu'étant partis avec. Herniman, . Contre-
Maître du.Vaifleau, dans l'inquiétude où l'on étoit. pour les affaires de Pu-
loway ,ils avoient été pouflés fort loin par la tempête; & qu'ayant regagné
cette Côte, où ils avoient jetté l'ancre, un coup de vent avoit rompu leur
cable & les avoit fait échouer für le rivage. Herniman étoit allé dans la Vil-
le voifine, pour en appeller quelques Hommes à-fon: fecours. En effet le
rivage fit couvert, en un moment, d'Infulaires, que la curiofité ou l'efpé-
rance du pillage attiroit. La vûe du Capitaine fervit à les contenir. Il def-
cendit pour fe rendre à-la Ville, & parler lui-même-au Chef des Indiens. Il
trouva qu'Herniman avoit pris le. parti de retourner par terre au Vaifleau ,
qui n'écoit qu'à douze milles, [dans la Rade de Gelogula.] Le Chef des Indiens
ne lui avoit pas refu'é fon afliftance ; mais il l’avoit remis à deux. ou trois
jours,
a (e) Cette Barque fe nommoit la Dili-
gence : il ft furprenant qu'il n'en foit pas par-
Aa 3
lé auparavant, -
Divin
Mon!
161€,
Dangers qu'i:
y cfluye.
Ils reviennent
à Seran, où ils
trouvent d'au
tres Anglois:
en danger,
Ils trouvent
peu de fccours:
dans les In-
diens. .
[arrive à fon
Vailleau,
La Pinaffe é-
chappe à la
tempôtce.
190 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
jours, pendant lefquels il ne falloie qu'un coup de vent pour fubmerger la
Barque. Un Indien de Gelogula, qui fe crouvoit par hazard dans ce lieu,
déclara ouvercement à Middleton que le Chef fouhaicoit de lu voir périr,
pour fe faire une Pare de fes débris, Efpérant peu d'ecre fecouru, il prit la
réfoluuon de fiuvre par terre Flerniman, avec un feul de fes ciny Anglois,
qu fe crut ailez rétabli pour l'accompagner, II loui des Guides, Le chemin
étoic facile pendant deux ou trois licuÿs; mais il arriva au bord d'un: rivié-
re qu'il falloic craverier, Son Compagnon n'étant point en état de nager, il
le renvoya fur leurs traces, & lui donna fes habits à porter dans la Burque,
{ à l'exception d'un petit manteau d'écarlatte, dont il chargea un de fes gui-j#
des] Pour lui, que l'eau n'eifrayoit poine, & qui demeuroit auili nud que les
Indiens , il fe difpofoit à fe jeter à la nage, lorfque fes Guides l'avercirent
que la rivière évoit remplie d'Alligators, & qu'il ne devoit pas s'y expoñer
fans quelque arme pour fe défendre, Ils avoient leurs couteaux, que leur ufa-
e, en nageant, eit de porter dans la bouche; [& fouvenc ils n'arrivent ak
autre rive qu'après avoir tué deux ou trois de ces monftres. Un d'entre eux
offrit le fien au Capitaine, & prit un baton dont il etpéroit le méme fecours
pour fe défendre.] Non-feulement la rivière évoit aflez large, mais le cou-
rant étoit devenu fort rapile par la pluie du jour précédent. La difficuité
fut fi grande au milieu du Canal, nue les Guides confeillèrent à Middlcton
de retourner au bord qu'il venoit as quitter. Pendant qu'il leur répondoit,
pour les affürer de fon courage & de fes forces, il fut couché par le bäton
de celui dont ilavoitle couteau (f); & fe figurant que c'écoit un Alligator,
il fe donna des mouvemens qui lui firent perdre toute attention à la force du
courant; de forte que manquant de force pour réfifter , il fut emporté jufqu'a
la Mer, où la violence des vagues le jetta fort rudement contre un angle de
la Côte. Les Indiens plus accoutumés que lui à ces périlleufes avantures , ne
furent pas longtems à le réjoindre, Ils lui trouvérent les éparles & le corps
brifés ou meurtris dans plufieurs endroits. Cependant, après avoir pris quel:
ques heures de repos, il fe vit en état de gagner le Vaitfeau. On y futex-
trémement furpris de le voir arriver dans cet équipage. Herniman dont le
voyage s’étoit fait plus heureufement, avoit déja fait parcir les fecours nécel-
faires pour la Barque & l'Efquif. Les Matelots qu'il avoit chargés de cet.
te commiflion, revinrent fort mécontens du Chef de la Ville Indienne, qui,
dans l'efpérance de profiter de la difgrace des Anglois , leur refufa jufqu'à
la moindre afliftance.
g) ON fut confolé le jour fuivant par l’arrivée de l'Hopewell qui revint
à Gelogula chargé d'épices. Il avoit été jetté par un furieux orage à tren-
te lieuës de Banda; &, le vent n'ayant point changé pendant plufieurs jours,
il n’avoit pas eu peu de peine à fe rendre maître de fa courfe. On À dé-
chargea dès la nuit fuivance, & Middleton y monta auflitôt, pour fe rendre
à Puloway avant que le chagrin de n’y voir arriver perfonne, fît prenire
à Davis la réfolution de parur, à toutes fortes de riiques, avec le jonc de
Lantor. Il n’y avoit que !e défefpoir qui pût lui infpirer ce deflein, cur le
Jonc n'avoit pas un clou; & les Serruriers du Pays n'ayant pas l’art d’en for.
Te
(J) Angl. de celui qui portoit fon man- (g) La 3e. Seétion commence ici dans l'O
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GET 9
ici dans l'U-
534 AN
INDES ORIENTALES, Liv. Ill. Cnar, IX,
ger, Davis n'avoit pu tirer d'eux qu'une force d'épingles de fer qu'il avoit
employées dans les endroits les plus néceflüires,
{iovceron fut expoié encore une fois à périr dans cette courfe, Les
vents mirent fa Pinalle fur le côté, & les courans augmentèrent beaucoup
le danger; car leur violence redoubla toûjours avec celle du vent, Ayant
été pouffé à l'Oueft, il ne put gagner Puloway qu'après s'être rapproché du
rivage de Seran, Dans les réflexions qu'il fic fur tant de difgraces , il ob-
ferva que lui-méme & fes gens avoient coñjours été jettés à l'Oucit par les
orages, Cette remarque lui fit chercher fur le Nord-Eft de Puloway , une
Rade où fes Bâcimens puflenc tirer parti des orages memes, pour fe rendre
droit au Vaiffeau.
Lu long féjour que les Anglois avoient fait à Seran , n'avoit pas tourné
à leur avantage dans l'efprit des Infüulaires de Nera & de plufieurs Ifles voi-
fines. Les Indiens de tous ces lieux s'étoient imaginé que la feule crainte
des Hollanlois avoit chaffé Middleton ; & ceux mêmes de Puloway, qui
continuoient d'étre en guerre avec la Colonie Hollandoife , paroifloient é-
tonnés qu'ayant tant d'intérêt à les foûcenir, il fe contentät de venir ache-
ter leurs épices, fans prendre part à leur querelle. Ceux-ci lui avoient de-
mandé plus d'une fois, pourquoi il balançoit à fe mettre à leur tête, pour
aller forcer avec eux les Hollandois dans leur Fort. Il leur avoit répondu
qu'étant fujet d'un puiffant Roi, il ne lui appartenoit pas de commencer la
guerre fans la participation de fon Maître. Mais les autres, à qui l'éloigne-
ment ne permettoit pas de donner les mêmes explications , ou de les faire
paroître fi vraifem! 'ables, étoient d'autant plus portés à le méprifer, que
Le Hollandois ne manquoient pas d'échauffer cette difpofition, en publiant
autour d'eux que la Nation Angloife n'employoit que l'artifice pour faire
réufir fon commerce, & que dans les occafions de guerre elle ne connoif-
foit point d'autre expédient que la fuite. Ces difcours acquirent tant de for-
ce en fe répandant d'Ifle en Ifle, qu'ils infeétèrent jufqu'àa celle de Pulo-
way. Les Habitans s'imaginèrent qu'on pouroit infulter fans péril des gens
fi lâches, fe faifir de ceux qui étoient dans leur Ifle, & leur impofer des
loix dont ils ne fe racheteroient que par la perte de leurs marchandifes.
Dans cette vûe, ils firent avertir le Scha Bandar de Nera, que s’il vouloit
les fecondet ils fe mettroient en poffeflion de tous les biens, & peut-être du
Vaifleau des Anglois. Cet Officier ne balança point à failir l'occafñon. Il
fe hâta de venir à Puloway. Davis (h) qui s’étoit déja reffenti de la mau-
vaife humeur des Habitans , crut lui devoir porter fes plaintes. Mais au
lieu de trouver la faveur qu'il efpéroit, fa furprife fut extrême de n'en re-
cevoir que des reproches, & de découvrir à plufieurs marques le deffein qui
l'avoit amené.
_TzcLes étoient les difpofitions , lorfque le Capitaine fe fit voir avec fa
Pinaffe, Son arrivée ferma la bouche aux plus mutins , & détermina le Scha
191
: &Bandar même à fe contraindre. [Les Chefs de l’Ifle avoient conçu pour Mid-
dleton, une eftime mêlée de frayeur & d'amiié, qui les avoit toûjours con-
tenus devant lui dans un p-ofond refpeét. C'étoit la longueur de fon abfence
qui avoit donné à ces fentimens le tems de s’altérer.] Auñi n’eut-il pas plu-
tôt
(Dh) Angl. Spalding. KR. d. E.
Davio
MibpLuron,
1610,
Autres périls
de Middiuton
Défliance que
les Infulaires
conçoivent
des Anglois.
Les Hollan-
dois travail-
lent à l'aug,
mentcr,
Les Indiens
forment le
deflein d'arrc-
ter & de pile:
les Anglois,
Middleton
diflipe ces
nuages par fon
arrivée à Pur
loway.
Davin
Minnivron,
1610,
Hrefforre l'a.
thitig avec les
lncdicns,
Remarque fur
l: ceilein des
Anglois.
Us achevent
ava Li juuie-
mentleur Car-
caifon,
1:
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
tôt fou de Davis le complot qui s'écoie formé contre lui, qu'il afemblu les
rincipaux Flabitans de l'Ile, Îl leur reprocha la facilité qu'ils avoient eue
fe laifler féduire, 1 les affüra que loin de manquer d'affeétion pour eux , ou
de craindre les Hollandois , il auroit déja trouvé plus d'un moyen pour embar.
rafler beaucoup le Gouverneur dans fon Fort, s'il n'avoit été retenu par des
principes dont il ne devoit pas légèrement s'écarter avec une Nation qui 6.
toit amie de la fienne en Europe. Il les rappella eux-mêmes à la bonne-fc;
qu'il lui voyoient éxercer dans fon commerce, en les priant de É er par
cet éxemple, des motifs qui lui faifoient ménager les Hollandois ofin Our
leur perfüader qu'il étoit autli éxempt de crainte que de défiance, & qu'ilne
renonçoit point à l'envie de leur être utile, il leur dit que fa cargaifon étant
prefqu'achevée, & que fe propofant de retourner en Europe au .commence.
ment de la nouvelle faifon, il penfoic à laiffer quelques-uns de fes gens dans
leur Ifle, autant pour cultiver leur amitié, que pour entretenir un.commer:
ce qui leur deviendroit de jour en jour plus avantageux. A l'égard de l'éloi.
gnement où il avoit tenu on Vailfeau , il lui fut aifé de s'excufer fur la difii.
culté de trouver une bonne Rade à Puloway, & de juftifier fes intentions par
les foins qu'il avoit déja pris pour en découvrir une au Nord-Eft de l'Ifle, Le
Scha LDandar même, qui avoit écouté ce difcours avec tous les Chefs, ne
put fe défendre de l'impreffion qu'il fic fur fon cœur, Ilne déguifa point à
Middleton les bruits qui s'étoient répandus au défavantage des Anglois, ni
même le deffein qui l'avoit amené à Puloway: [qu'il ne devoit pas les bli-
mer, de ce qu'ils fe défioient des Chrétiens; puiique depuis plufieurs années
les Portugais & les Hollandois , fous des apparences d'amitié, n'avoient cher:
ché qu'à s'emparer de leur Pays] mais il lui promit de rendre déformais plus
de juftice à la Nation Angloife, & d'aider même à fes projets d'établiffement,
fans aucun égard pour le mécontentement des Hollandois. [Ici l’Auteur dx
cette Relation , fans s'expliquer nettement fur les ordres dont Middleton c:
toit chargé par la Cour de Londres & par la Compagnie des Indes, laife en.
trevoir que s'il eût rencontré l'Afcenfion & l'Union, Puloway étoit un des
premiers endroits de l'Inde où fes propres defirs l'auroient porté à conftrui
re un Fort. C'étoit vraifemblablement les vûes qu'il formoit là-deffus pour
l'avenir, qui lui avoient déja fait chercher fur les Côtes de cette Ifle une
Rade fre & commode. D'ailleurs, quoique le rivage eût fes dangers dans
le lieu où la Pinaffe & les Barques avoient tant de fois abordé , il ne lui pa-
roifloit pas impofñlible, avec un peu d'art & de travail, d'y former un Port
où dix Vaiffeaux puffent être fort bien à couvert,
Arrès cette réconciliation, le.commerce fut pouffé plus vivement que ja-
mais, fans que les Hollandais, dans un fi long intervalle, entrepriflent de k
troubler autrement que par leurs infinuations & leurs difcours. Le Jonc fut
réparé à force de foins. Peu de jours après, la cargaifon du Vaiffeau fe crou-
va complette ; mais comme il reftoit à Middlecon quelques marchandifes de
l'Europe, il crut ne les pouvoir mieux employer qu'à grofir fa provilion
d'épices. Il en mit trence tonneaux de plus dans le Jonc ; & fe déterminant
tout-à-fait à laifler Spalding dans l’Ifle, avec Chapman pour Faéteur, & dix
Matelots, il acheta un autre Jonc de quarante tonneaux, qu'il devoit leur
laiffer à fon départ. Le Hopewell étoit à la fin de fes fervices. Comme fes
planches n’avoient qu’un demi-pouce d'épaifleur , elles avoient été percées
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INDES ORIENTALES, Liv. IIL Cuar. IX. 199
fi généralement par ls vers, qu'il fallait travailler fans celle à la pompé ;
& dans des occupations, où des maladies fi continuelles, on n'avoit trouvé
ni le cems ni le er de les calfeutrer. On fauva de fes débris cout ce qu'on
en put tirer pour fortifier les deux Jones.
linvcuron aulli facisfait de l'affeétion des Indiens que du fuecès de fon
commerce, ne penfa plus qu'à faire fes adieux aux Habitans de Puloway,
& qu'à les attacher à Spalding par des bienfaits & des promeffes, fls s'en-
gagèrent, non-feulement à le traiter avec tous les égards qu'ils devoient à
fa qualité de Marchand & d'Ecranger, mais à lui laiffer la liberté de vivre
di familièrement au milieu d'eux, [fans lui rien déguifer de leurs pratiques &
de leurs ufages. C'évoit la plus grande preuve qu'ils puffent lui donner de leur
confiance , & le point où les Hollandois étoient afligés de n'être point en-
core parvenus à Banda, 11 femble qu'après cette remarque , on devroit trou-
ver dans la Relation quelque détail de ces ufages, dont la communication é-
toit permife à Spalding, Mais j'ai fait remarquer affez fouvent que la curio-
{ité des Marchands Anglois ne s'étend point au-delà de leur commerce,
Mippcueron partit de Puloway, le 7 de Septembre, avec le Jonc ro 1
tor, Il arriva le 10, au Vaifleau, qu'il ne trouva pas tout-à-fait À cd à com-
me il fe l'étoit figuré, parce que dans le trajet de Puloway à Seran, l'eau a-
voit altéré fepe tonneaux de mufcades, Il y fuppléa des épices du Jonc. En-
fin, après avoir fait un plus ONE féjour aux Ifles de Banda qu'aucun Anglois
avant lui, il quitta la Rade de sclogula , que d'autres nomment la Baye de
Keeling, fans voile de perroquet. Il l'avoit perdue dans fon premier pallage
de Puloway à Seran, & divers obftacles l'avoient empêché de réparer cette
pre Comme c'étoit affez pour lui faire croire que "ne iroit plus vite que
u
ii, il chargea le Patron, qui fe nommoit Mufgrave, d'une Lettre pour Ban-
tam, en lui recommandant de faire toute la diligence poflible. Cependant
Jorfqu'il eut fuppléé par l'adreffe aux voiles qui lui manquoient , il rejoignit le
Jonc, qui ne fe trouva point alors capable d'avancer aufli vite que lui, fans
mettre plus de voiles qu'il n'en pouvoit porter, Le Capitaine, craignant que
dans l'état où il étoit, il ne s'y fit quelque voie d'eau, lui donna ordre de le
fuivre doucement jufqu'à Bantam. Comme il étoit réfolu d'y calfeutrer fon
Vaiffeau, il prévoyoit que cette % age lui donneroit aflez de tems pour
l'attendre, Ainf, portant droït à l'Ifle de Java, il entra le 9 d'Oétobre dans
la Rade de Bantam.
Les premières nouvelles qu'il y reçut lui caufèrent beaucoup de chagrin.
Henfworth & Neetles, tous deux Chefs du Comptoir, étoient morts depuis
fon départ. Toutes les marchandife# qu'il leur avoit laiffées étoient encore
à vendre, Les Chinois ne trouvant perfonne dans le Comptoir à qui ils puf-
fent prendre confiance, s'étoient tournés prefque tous vers celui de Hollan-
de; & les plus fidéles amis des Anglois, fembloient avoir oublié jufqu'au
nom de l'Angleterre. D'un autre côté , l'Equipage de Middleton étoit acca-
bé de maladies. En arrivant dans la Rade, il fut obligé par le grand nom-
bre de fes malades , de les laiffer à bord fous la conduite de fon Chirurgien ;
& s'étant sg du rivage dans le Jonc, il ne trouva point aux Javans cet
ion avec lequel ils recevoient ordinairement les Anglois. [Ce-
pendant il defcendit fans aucune marque dedéfiance. Les Domeftiques quiref-
II, Part. Bb toient
Davin
Mionierow,
1610,
Spalding &
Chapman , de-
meurent à Pu-
loway avec
dix Matelots,
Le V'aioau
Ang'ols & le
pr quittent
es lle de
Banda,
Ils arrivent à
Bantam,
Davin
MipbLeton.
1610,
Trifle état du
Comptoir An-
lois,
Middleton re-
gagne le Scha
Bandar,
Ïl fe réconci-
lie avecles
Lollandois.
194 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
toient dans le Comptoir, lui firent une trifte peinture de leur fituation, Ils
ne manquoient pas de filélté , puifqu'ils avoient confervé les marchan-
difes; mais ils avoicuc manqué de hardieffe ou d'induftrie , & le commerce
Anglois étoit dans une lingueur dont il paroïfloit fort diflicile de le relever,
Middleton fe hata de voir les Officiers du Roi. Il reçut d'eux un accueil fi froid,
qu'il en conçut de fort mauvais augures.
Dans une fi ficheufe perfpeétive, il eut recours au Scha Bandar, ancien
Protcéteur du Comptoir Anglois. Il le trouva fort picqué d'avoir été négligé
fi long-tems, & fes premiers difcours furent un reproche d'ingratitude, Mais
aprés l'explication de plufeurs circonftances qu’il ignoroit, il prit un vifage
plus ouvert. Middleton lui fit quelques préfens, qui achevérent de lui rendre
{es anciennes difpofitions. Il promit d'envoyer au Comptoir les Chinois qui
étoient dans fa dependance; & pour premier fervice, il confeilla au Ca-
pitainc de faire quelque fête, qui reveillât dans la Ville l'idée qu’on y avoit
autrefois de la Nation Angloife.
BurMAN, l'aéteur Hollandois, à qui Middleton rendit une vifite, lui
marqua beaucoup d’étonnement de la négligence que les Anglois avoient
eue pour leur Comptoir. Mais l'intérêt qu’il affcétoit d'y prendre, n’étoit
qu'un artifice, pour pénétrer leurs vûes. Il s’étoit imaginé qu'il n’avoient a.
bandonné fi longtems leurs affaires à Bantam, que dans le deffein de former
d’un autre côté quelque meilleur établiffement ; &, voyant le Vaiffeau Anglois
fibien chargé des épices de Banda, il alloit jufqu’à craindre qu’il n’eût trou-
vé le moyen d'y chaffer les Hollandois de leur Fort. Middleton, qui démé-
la une partie de ces foupçons, le raffüra par le récit de ce qui s’étoit pañlé
dans fon voyage. Il y joignit des plaintes fi naturelles fur la conduite que le
Gouverneur Hollandois avoittenue avec lui, que l'ayant perfuadé de fa bon-
ne-foi il le fit rentrer infenfiblement dans les vûes de paix & d’union qui
avoient régné fi longtems entre les deux Comptoirs. ]
[Dans ce tems-là on vit arriver un petit Vaiffeau qui après avoir été àkf
la Chine, au Japon, à Ternate, à Makian, à Coromandel, à Patane, &
à Jor, étoit allé Amboyne & à Banda , pour yfaire fa charge ; mais n'ayant
pas pû y réuñir , il avoit été forcé de fe rendre à Bantam pour y charger du
Poivre, En pañant près de Puloway, il avoit fait une décharge de toute
fon artillerie; un boulet qui avoit traverfé la Maifon d'un Indien, pénétcra
dans le Comptoir Anglois, où il perça quelques bales de Marchandifes &
bleffa dangereufement un homme. Middleton avoit fi bien pris fes mefures
pour établir fon commerce à Banda, que quoiqu'avant fon arrivée les Hol-
landois y euffent deux Vaifleaux déja à moitié chargés, depuis qu'il y avoit
été, ils n’avoient pas pû acheter une feule livre d'Epices. Irrités du fucces
des Anglois, ils avoient réfolu d’enlever toute leur cargaifon , & dans cette
vûe, les deux Vaifleaux s’étoient avancés dans un tems où il leur auroit été
aifé d’éxécuter leur entreprife, mais un calme qui furvint (a) la leur fitman-
quer
vent avoit été favorable aux Flollandois & peut-
être même que ceux-ci leur avoient permis de
négocier fi fort à leur aife dans l’efpérance de
faire une plus riche prife,
da) Ce récit nous prouve que le fuccès des
Anglois doit moins être attribué à la pruden-
ce de Middieton , qu'à un effet du Hazard. Car
que devenoient toutes leurs marchandifes , fi le
invité
nois
Flotte
foupe
pour
en ca
on. Ils
archan-
mincrec
relever,
fifroid,
ancien
négligé
e,. Mais
vifage
ji rendre
nois qui
au Ca-
y avoit
fite, lui
avoient
, n'étoit
oient a-
e former
Anglois
eût trou-
ni démé-
oit pafté
te que le
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inion qui
oir été ak
tance, &
s n'ayant
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ndifes &
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| y avoit
du fuccès
ans cette
auroit été
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quer
dois & peut-
t permis de
fpérance de
D PRE 2 Re
Zen a ss
INDES ORIENTALES, Lav. III Car. IX. 195
quer, aprés quoi ils furent obligés de prendre la route de Bantam pour s'y
chargèr de Poivre. En chemin ils découvrirent un Vaiffeau, qu'ils prirent
our celui de Middleton; aufli-tôt ils réfolurent de lui enlever fa charge.
Mais il fe trouva que’c’étoit le Vaiffeau nommé la Province de Hollande, qui
alloit à Banda, & qui venoit des Moluques, où il n'avoit pas pû fe fournir
d'épices. Ayant appris des deux autres qu'il n'y avoit pas plus de profit à fai-
re à Banda, il vint avec eux à Bantam.]
T'anpDis que Middieton s’efforçoit ainfi de rétablir les affaires des An-
glois, il arriva dans le Port de Bantam une Flotte Hollandoife de huit Vaif-
feaux, qui fe propofoit d'employer l’année entière à faire fa cargaifon. Com-
- me elle devoit aller aux Moluques & à Banda, elle prit à Bantam quantité
de planches & d'autres matériaux, pour les Forts de Ilollande. [T'Amiral
apprenant que les Anglois ne faifoient qu'arriver de Banda, s’informa curieu-
fement de l'état où ils avoient laiflé cette Colonie. Loin de lui déguifer leurs
idées, Middleton & Davis, qui ne prévoyoient point que l'Angleterre dût
jamais entreprendre de troubler les Hollandois dans leurs poffeffions , lui com-
muniquèrent tout ce qu'ils avoient obfervé fur les fortifications du Château
de Nera & fur les commodités du Port.
A1INs1, par fa complaifance & fon adreffe, Mildleton parvint à réparer
le défordre de fon Comptoir. Il n'oublia point le confeil du Scha Bandar. La
feule difficulté qui retardoit fa fête étoit le tritte état de fes gens, & le pe-
tit nombre de ceux qu’il y pouvoit employer.] Davis même fut atteint d’une
maladie fi dangereufe, qu’on défefpéra long-tems de fa vie. Un des Quartier-
Maîtres, mourut dans les plus affreufes douleurs. Trois Matelots eurent le
même fort, & les deux tiers de l'Equipage s'en croyoient fans ceffe mena-
Hcés. [Cependant , de trente ou quarante hommes qui reftoient fains, la moi-
tié füuffifant pour la garde du Vaiffeau & du Jonc , tout le refte reçut ordre de
fe rendre au Comptoir, où l’on commença les préparatifs d’une réjouiffan-
ce folemnelle. Le Scha Bandar & plufieurs autres Seigneurs du Pays furent
invités le 27 d'Oftobre à fe trouver le lendemain au fpeétacle, avec les Chi-
nois amis de l’Angleterre & les principaux Hollandois du Comptoir & de la
Flotte. La fête confiftoit dans une illumination , qui fut fuivie d’un grand
fouper, & d'une danfe où les Javans prirent beaucoup de plaifir. Middleton
pour faire fa cour au Roi de Bantam, avoit fait écrire le nom de ce Prince
en caraétères du Pays fur un grand nombre de cartons, ornés de fleurs & de
figures, avec diverfes devifes qui exprimoient fes vertus. Cette galanterie fut
fi goûtée au Palais, que le Scha Bandar fit demander le lendemain tous
A Li pour les préfenter au Roï, qui avoit defiré impatiemment de les
voir.
MippreTton balanças’ilne devoit pas demeurer lui-même à Bantam, pour
fe charger de la direétion du Comptoir. Mais, n'ayant plus que Davis &
Claybornt, à qui il pât confier la conduite du Vaifleau, l'état de langueur où
il les voyoit réduits lui fit craïndre qu'ils ne mouruffent dans le voyage. Le
refte de fes malades ne fe trouvoit pas mieux de l'air de Bantam. Il en
a périffoit quelqu’an tous les jours. [Un des nouveaux Facteurs qui avoient été
nommés pour leComptoir , après avoir confervé une fanté ferme depuis fon dé-
part d Angleterre, fut attaqué du mal qui affigeoit les autres depuis fi long-
toms, & n’y réfifta que 24 heures. C’étoit une forte de fcorbut intérieur ,
Bb 2 qui
Davin
MiboLsTon.
1610.
Il donne une
fête, malgré
la maladie de
fes gens.
Galanterie
que Middle-
ton fait au Roi
de Bantam.
Il penfe à re-
tourner enEu-
rope, malgré
les maladies
de fes gens.
Davip
MipbLeToN.
1610.
Les Hol!'an-
dois tranfpor-
tent des feim-
mes auxIndes,
Difgraccs
qu'ils effuyent
contre les Ef-
pagnols,
Woodles eft
Jaifé pour
Facteur à Ban-
tan.
Diamans de
Sukkadania.
Middleton ar-
rive à Saldan-
na. Informa-
mations qu'il
y trouve.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
qui ne fe manifeftoit su dehors qu'aprés avoir corrompu prefque infenfible.
ment tous les vifcéres, & qui commençoit à fe déclarer par une enflure dou.
loureufe des cuiffes & des jambes. Il n y avoit rien à craindre de plus funefte
des incommodités de la plus longue navigation.] Enfin, Middleton n'eut
pas plûtôt calfeutré fon Vaifleau, & mis l'ordre néceflaire au Comptoir, qu'il
fe crut obligé pour l'intérêt de la Compagnie, de mettre promptement à la
voile.
Trots jours avant fon départ, quatre Bâtimens d'une nouvelle Flotte Hol-
landoife [ compofée de neuf Vaiffeaux] entrèrent dans la Rade.
toient un grand nombre de femmes, pour fervir à peupler leurs Colonies. La
196
plûpart de ces malheureufes créatures étoient fi affoiblies par 12 fatigue du.
Voyage, qu'il fallut les tranfporter du rivage à la Ville fur des brancards.
Le même jour, il arriva un Vaifleau Hollandois de Ternate , avec des let-
tres qui portoient avis que l’Amiral de cette Nation avoit eu la tête empor-
tée d’un coup de canon dans un combat contre les Efpagnols, en allant aux
Manilles; que fon Vaiffeau avoit été pris avec deux autres, & qu'un qua-
triéme avoit mieux aimé fe faire fauter que de fe rendre. Ces quatre Bâ-
timens étoient chacun de mille tonneaux. On avoit appris peu auparavant,
de Manille même, que Paul Van Cardan, autre Général Hollandois, qui com-
mandoit depuis quatre ans dans les Indes, étoit tombé entre les galères Ef-
pagnoles qui l’avoient fait prifonnier, & que tout fon l'Equipage avoit été
mis à la chaîne. Les Hollandois offrirent une groffe rançon pour tant de
Captifs. Mais on leur impofa pour condition, d'abandonner les Forts qu'ils
avoient élevés dans ces Ifles; & rien n'ayant pû Îles engager à retirer leurs
troupes, ils eurent l’humiliation de voir leur Géneral en prifon pendant
quinze mois. Enfüuite, deux. Vaiffeaux de Hollande , prirent un Gouverneur
Éfpagnol, dans fon pañlage de Manille aux Moluques; ce qui leur donna
l’occafñon d'obtenir la liberté de Paul Cardan par un échange. Mais cet in-
fortuné Général eut le malheur de retomber entre les mains des Ennemis
de fa Nation, qui le renfermèrent , pour la feconde fois, dans une étroice
prifon.
LE feul Faéteur que Middleton fut en état de laiffer à Bantam fe nom-
moit Richard Woodles | [homme à qui fon efprit & fon courage auroit acquis
une réputation brillante dans toute autre profeflion que celle du commerce.
IL avoit eu jufqu’alors peu d’occafions d’éxercer ces deux qualités ; mais le
Capitaine qui les lui connoifloit, fe figura qu’elles pouvoient n'être pas inu-
tiles dans la fituation où il venoit de rétablir le Comptoir ; & ce qu’il lui re-
commanda feulement fut d’y joindre dans la même proportion, la douceur
& la prudence. Il lui donna un Domeftique fidéle, & fix Matelots, qui
fans être entièrement guéris fembloient promettre de fe retrouver bientôt
en meilleure fanté.] Enfin il laiffa des ordres pour Spalding, qui le char-
geoient à fon retour des Ifles de Banda, d’entreprendre le voyage de Suk-
Radania, dans l'Ifle de Borneo , pour le commerce des diamans. Etant parti
le 16 de Novembre, il eut un pañlage fort heureux jufqu’à la Baye de Sal-
danna. Il y jetta l'ancre le 20 de Janvier. Des informations, [que l’Auteur x
n'explique point, mais qui étoient contenues apparemment dans quelqu'une
de ces infcriptions dont j'ai fait remarquer l’ufage ,] lui apprirent que le
Chevalier Henri Middieton fon frère étoit arrivé dans cette Baye le Fe de
| | Juillet ,
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Juillet,
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Ennemis
ne étroite
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oit acquis
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; mais le
> pas inu-
vil lui re-
1 douceur
lots, qui
r bientôt
le char-
re de Suk-
tant parti
ye de Sal-
> lJ'Auteur
quelqu'unc
nt que le
le 24 de
Juillet ,
INDES ORIENTALES, Lav. III.
juillet, & qu'il en étoit parti le ro du mois fuivant. Il y trouva de même,
c'eft-à-dire fans qu’on nous apprenne entre les mains de qui, la copie d'une
Lettre que fon frère avoit écrite à la Compaguie de Londres le jour d’après
fon arrivée, & qu'il avoit envoyée par un Bâtiment Hollandois qui partoit
de la même Baye. L’Auteur obferve que cette Lettre ds jamais été re-
mife à la Compagnie, il feroit imprudent de fe fier aux Hollandois pour des
fervices de cette nature.
Cuar. IX. 197
# [Mippzeron acheva fon voyage avec le même bonheur qui l'avoit ac-
pop dans toutes fes entreprifes. S'il n’avoit pas rencontré l’Afcenfion
& l'Union, qui avoient eu l'un & l'autre un fort bien différent, il n’avoit
pas laiffé d'éxécuter la el tee partie de fa Commiffion ; non-feulement
par l’habileté avec laquelle il avoit conduit fon commerce, mais encore par
le foin qu’il avoit eu de rapporter fes obfervations au but de la Cour de
Londres & de la Compagnie. Au refte, il n’eft pas furprenant que des fe-
crets de cette nature ne foient pas expliqués plus clairement dans la Rela-
ktion.] [IL avoit tant fur fon Vaifleau, que fur da te qu'il avoit laiffé fous
le commandement de Herniman, pour la valeur
e 250714 Réales, en noix
Mufcades & autres épiceries.]
Fin du Livre Troifième.
Davio
MinpLeron.
1611.
Heureufe fin
de fon voyage.
>
€ \( At
\ >) À: i
S IOIR
G ËÉ N E R A LE
DES VOYAGES
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XV°. SIÉCLE
SECONDE PARTIE.
LIVRE QUATRIÈME.
AE ec ARE D TB SI EN rc: DE D > ec EN DK TE ED
PREMIERS VOYAGES DES ANGLOIS AUX IN:
DES ORIENTALES,ENTREPRIS PAR UNE
COMPAGNIE DE MARCHANDS.
CHAPITRE PREMIER.(4)
Voyage de Sir Henri Middleton à la Mer Rouge € à Surate,
en 1610.
UD LE PAL feroit inutile de fuppofer à l’Auteur de ce Voyage des
1610. MM REEZRE vües plus myftérieufes qu'il ne s’en attribue lui-même. Il
Motifs dece G4 NDOE étoit homme de naiflance; mais affez mal avec la Fortu-
Voyage. ne JESR ne, pour ne pas rougir, à l'éxemple de fon Frère, d'em-
De /HREE ployer fon habilcté & fon courage au fervice de la Com-
RARE NS: pagnie des Indes Orientales. Il fut nommé pour com-
RS mander, avec le titre d'Amiral, trois Vaifleaux que la
Compagnie envoyoit aux Indes, & lui-même s’eft fait l'Hiftorien de fon
Voyage.
(a) C’eft le Chap. XI. du 3e. Livre de l'Original. R, d. E.
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Voyage des
hi-même. Il
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‘rère, d'em-
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rien de fon —=
Voyage.
LULLLLLEEEEEEEETEEEETEE]
CRLAIELEEEEELE EEE EEE EEE E EEE EEE EEE EEE LEE TETE CLLLLELELELELELECELTELEEEEEEEEE] CEETOLTENETELEELECERCEETEEEEEEEELEEEELEEEETEEE CETTE EEEEEEEEEEEYEEEEXEEELEEEEES PET
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Voyage.
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gers. Ce
lots, fur «
ce (b)
Titre de ce
Purchafl. V
INDES ORIENTALES, Lw. IV Car. L 199
Voyage. Voilà les feuls éclairciffemens qu’il donne fur les motifs de fon en-
cpriie,
: les trois Vaifleaux fe nommoient The Trade's Increafe, c'eft-à-dire, l'4c-
croifement du Commerce ; le Pepper-Corn , & le Darling. Le premier , com-
mandé par l'Amiral, étoit de mille tonneaux ; le fecond de deux cens cin-
quante, & le troifième de cent nonante. Ils avoient à leur fuite une Pinaffe
de cent cinquante tonneaux , nommée le Samuel, qui étoit chargée de vi-
vres & d’autres provifions. (b)
La Flotte mouilla le premier de Juin 1610 dans la rade du Cap-Verd,
fous une Ifle où l'Equipage d'un Batiment François de Dieppe travailloitavec
beaucoup d’ardeur à fréter une petite Pinafle. Le grand mât de l’'Amiral
paroiffant demander quelque réparation , les Charpentiers qui s'y employè-
rent furent furpris de le trouver fi vermoulu, trois pieds au-deflus du pont,
que fi le tems eût été plus mauvais, il n’auroit pû réfifter au moindre orage.
| Sir Henri fit defcendre quelques-uns de fes gens au rivage, avec ordre de
chercher des arbres qui convinflent à fes befoins. Il s’en trouva de fi bons,
qu'il en fit couper plufieurs , pour les occafions preffantes. Mais il fallut
obtenir la permiflion du Chef des Négres, qui vint dinen:à bord avec l'A-
miral. On lui fit préfent d’une piéce de drap & de quelques bagatelles.
LE 15, aprés avoir Calfeutré foigneufement les Chaloupes &es Efquifs,
les ordres furent donnés pour lever l’ancre le lendemain. Sir Henri con-
| fulta Dounton, Capitaine du Pepper-Corn, & fes autres Officiers, fur la rou-
L'ter ‘il devoit tenir jufqu’au pañlage de la Ligne. La plûpart frappés de la
| beauté du Pays, de l’excellence de la Rade , & de l'abondance des provi-
| ions, panchoient à demeurer plus long-tems dans un lieu où l’on prétendoit
Ÿ que les Matelots acqueroient de la force pour réfifter à l'air & aux maladies.
| [Les Négres mêmes racontoient là-deflus des chofes prefqu'incroyables. Ils
{ prétendoient avoir appris par le témoignage d’un grand nombre de Vaif-
| faux Efpagnols & Portugais, que ceux que leurs néceflités ou d’autres rai-
fons avoient fait demeurer plus d’un mois fur leur Côte, s’y étoient telle-
ment familiarifés avec l'air d'Afrique, qu'ils n’avoient jamais connu le fcor:.
| but & les autres maladies de mer. Quoiqu'ils fuffent peu capables d'en ex-
| pliquer la raifon, ils affüroient que leurs eaux avoient des propriétés excel--
lentes , non-feulement dans l’ufage aétuel, mais long-tems après en avoir bû,.
fur-tout en y mélant la poudre d'une racine qui leur fervoit communément.
de nourriture. Sir Henri conçut fort bien qu'on pouvoit tirer quelque avan-
| tage de s'être accoutumé au climat d'Afrique par un féjour de plufieurs fe-
| maines; mais ne voyant aucun rapport entre la racine des Négres & les cau-
fes ordinaires du fcorbut, qui font les viandes falées & l’âcreté de l'air ma-
rin, il n'entra dans ces idées que pour faire renouveller entièrement fa pro-
€ , ° . " , , . . :
vifion d’eau. Il s'imagina même que la vûe des Négres étoit de le retenir
dans leur Rade, par l'utilité qu’ils tiroient du féjour de trois Vaiffeaux étran-
gers. Cependant le départ fut différé jufqu’au 18, pour fatisfaire les Mate-
lots, fur qui les difcours des Négres avoient fait beaucoup d'impreftion ; &
l'Amiral
«7 (D) Ces circonftances font tirées du le Sixième qui a été entrepris pour le Comp-
Titre de ce Voyage, tel qu'il fe trouve dans te dela Compagnie des Indes Orientales.
Purchaff. Vol, [. pag. 247. Ce Voyage, cit
Sir Henrr
Mippuevon,
1610.
Nom des
Vaileaux de
la Elotte,
Ellc relâche
au Cap-Verd ;
& fe fournit
de mâts,
Le féjour du
Cap-Verd cit
regardé com-
me un préfer-
vatif contre
le fcorbut.
Su Frnut
AiibDLETON.,
1610,
Tempêce fu-
ricufe,
Vaifeau Hol.
landois foit
maltraité par
la Mer.
Différend en-
srecles Anglois
& les Hollan-
dois pour
quelques vols.
Elpèce de
Licorne.
Ils arrivent à
Ja Baye de Sal-
d'iüna; ce
qu'ils y trou-
vunt,
20 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
l'Amiral ne refufa pas même d'acheter une provifion de racines féches , por
en faire du moins l'expérience. Le plus grand avantage que la Flbtte tirs
de ce délai, fut d'éviter une affreufe tempête, qui s'éleva la nuit du foie
& qui dura dix heures entières avec la meme violence. Mais elle fe fit peu
fentir dans la Rade; & tandis que la mer étoit dans une agitation extraor.
dinaire, letems ne perdit prefque rien de fa férénité fur la terre.
JL arriva le 17 un Bâtiment Hollandois, qui avoit été forcé de couper fes
mâts, & qui venoit fe radouber au Cap après avoir évité le naufrage. L'ima.
ge de la mort fembloit peinte encore dans les yeux de tout l'Equipage, Le
Capitaine, qui fe nommoit Van Tryden , avoit fait jetter une partie de f
cargaifon dans la mer; @ faifant eau de toutes parts, il n'auroit pas con.
fervé un feul balot fi la tempête avoit duré deux heures de plus. Danske
befoin où il étoit de toutes fortes de provifions , les Anglois lui fournirent
ce qu'ils avoient de prêt pour eux-mêmes. Ils aidèrent même au travail de
fon Vaifleau.
CEPENDANT ils furent mal payés de leurs bienfaits & de leurs fervices,
SANT la néceflité juftifie certains excès, ils ne purent fouffrir que ls
Hollandois abufaffent de la facilité qu’ils avoient à les recevoir fur la Flotte,
pour y enlever tout ce qui leur paroifloit utile à leurs befoins. Sur les pre.
imières plaintes, l'Amiral ordonna de fermer les yeux , & défendit même
qu'on redemandât plufieurs inftrumens qui avoient été dérobés. Mais cette
indulgence même augmenta tellement le défordre, que plufieurs Matelots An:
glois qui s’étoient vû enlever jufqu’à leurs uftenciles, employèrent ouverte.
ment la violence. Quatre Hollandois qui avoient été pris fur le fait danse
Pepper-Corn, furent jettés brufquement dans la mer. Van Tryden portafes
plaintes à l'Amiral. Les Matelots Anglois furent punis, moins pour s'é.
tre défendus contre le vol, que pour avoir manqué d'obéiffance , & s'être
attribué le droit d’éxercer la Juftice. Mais l’Equipage des trois Vaiffeanx
goûta fi peu cette diftinétion, que s'étant foulevé ouvertement , il menag
de tailler les Hollandois en piéces & brûler leur Vaiffeau. Van Trydenpri
le parti de venir demander grace pour les Matelots Anglois, & de fairerel
tituer tout ce que fes gens avoient enlevé.
SN Anglois, qui s’étoient éxercés à la chaffe , .apportèrent fur
l2 Flotte une efpèce de Licorne; du moins fi tous les animaux qui n’ontqui
ne corne doivent porter ce nom. Elle avoit d’ailleurs plus de reffemblance
avec le Cheval qu'avec toute autre forte de bêtes à quatre pieds. Sa cou
leur étoit brune, fes dents pointues & fa queue fort courte. Sir Henri con-
ferva précieufement fa corne, qui étoit de la longeur de trois pieds & demi,
fur fept pouces de tour dans fa plus grande épaifeur.]
AvanrT que de lever l’ancre, an revint à délibérer fur la route que la
Flotte devoit tenir jufqu'au pañfage dé la Ligne. Il fut réfolu de porter pen:
dant quarante lieuës (e) au Sud-Sud-Oueft, & puis au Sud-Sud-Eft, juiquà
ce qu’on fe fût approché de la Ligne; enfüite d'avancer direétement à l'E.
On renvoya de-la le Samuel.
LE 24 de Juillet, la Flotte entra dans la Baye de Saldanna, où elle trouva
trois
(ce) Anigl. foixante lieuës. KR. d. E.
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2e, & sève
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reffemblance
ds. Sa cour
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pieds & demi,
route que là
le porter pen
ER, juiqu
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où elle trouvi
trois
INDESORIENTALES, Lav. IV. Crar, I. avt
trois Vaileaux Ilollandois qu'elle falua de cinq coups de canon. Ils
étoient pour y faire de l'huile de Veau marin (d) , dont ils avoient déja
rempli trois cens pipes. Les Anglois prirent terre le même jour. Le nom
du Capitaine Keeling, qu'ils apperçurent für les rocs, avec la datte du mois
de Janvier 1609, qui étoit celle de fon retour, & celui de David Middie-
ton, frère de l'Amiral, qui étoit parti de Saldanna au mois d'Août de la
même année, leur firent chercher quelque Lettre aux environs, comme on
étoit convenu à Londres d'en laiffer pour l'inftruétion mutuelle, 1Ils’entrou-
va une, enfevelie dans la verre, direétement au-deflous du nom de Keeling;
mais le caraétère en étoit fi altéré, qu'il fut impoffible d'en lire un feul mot.
Pendant le féjour qu'on fit dans la Baye, il n'arriva rien de plus remarqua-
ble que la guérifon des malades.
Le 6 de Septembre, à 23 degrés 30 minutes de latitude, on eut la vûe
de Madagafcar, & l’on jetta l'ancre avant la nuit dans la Baye de S', Au-
guftin. On y trouva l'Union, qui étoit dans une grande difette de vivres.
L'Amiral ayant gagné le rivage dans la Pinafle , ne fut pas plus heureux
à fe procurer des provilions. (On n'emporta de cette Côte que de l'eau &
du bois.
LE ro, après avoir fuivi long-tems la terre avec un bon vent Sud-Eft, on
compta d'avoir fait au moins vingt-fix lieuës; mais on ne fe trouva guères
plus avancé que de vingt, parce qu'on avoit été porté vers le Sud par les
courans, On eut à les combattre, avec une défiance & des efforts conti-
nuels, jufqu'au 19°. degré de latitude, où l’on trouva d'autres ennemis dans
les calmes. Le 20 à midi, la latitude fe trouva d’onze degrés 40 minutes ;
& la variation, de 12 degrés 40 minutes. Dans le cours de l'après-midi,
on apperçut les Ifles du Queriba (e), qui font bafles , & dangereufes par
la quantité de petits rocs & de bas-fonds dont elles font environnées.
vec des vents aflez favorables, les combats furent continuels contre les
courans, & les erreurs fréquentes, jufqu’au 6 d'Oétobre, qu'on fe trouva à
2 degrés 30 minutes de latitude du Nord. La variation y étoitde 14 uegrés
2 minutes. On ne cefla point jufqu’au 16 d’efluyer encore les mêmes diffi-
cultés, avec des erreurs & des variations perpétuelles (f). Le 17, ayant
ne droit au Nord, on fit dix-fept lieuës , & l’on découvrit le matin les
fles duas Hermanas , ou les deux Sœurs (g). Enfin, le 18 au foir, on en-
tra dans une Baye fort fabloneufe de l'Ifle de Socotora, au 12°. degré 25 mi-
tfnutes de latitude, [Des Matelots étant defcendus fur le rivage , firent une
tk pêche très abondante. ]
[II n’y avoit ge la nécefité de faire de l'eau qui
pût arrêter les Anglois dans un lieu fi défert & fi fiérile.] Auf levèrent-
ils l'ancre le 21, pour gagner la rade de Tafncrin, principale Ville de l'If
le
c Cd) Mr. Laurent Femel , dans xne du Voyage, qui eft dans l'Original un Jour-
Lettre que j'ai entre les mains, dit Purchaff,
& qui ef écrite de cette Baye , parle de
deux Vaifleaux François qui étoient occupés à
la même chofe , mais qu’il foupçonnoit être
là pour donner la challe aux Vaifleaux qui
viendroient des Indes.
.Œ@ Ce) Dans les Cartes elles font appel-
les Quirimbu.
( ‘A Ici le Tradu®teur a abrégé la rélation
I. Part.
Cc
nal éxaët de la route que tinrent les Anglois
depuis le 6 de Scptembre jufqu'au 17 d'Oc-
tobre. Mais comme ce Journal ne contient
abfolument rien d'intéreffant, nous avons cru
que le Leéteur nous fauroit gré de l'avoir fup-
primé auffi. R. d. E.
Ce à (e Quelques-uns les appellent Her-
manos C'eft-à-dire Frères,
Sin Henar
Mipnt.eTon.
1610.
Difficulté de
trouver des
vivres dans la
Baye de Saint-
Augultin.
Ifles de Que
riba,
Sun Eewnr
Mibuicron.
1610,
Rade de Tu:
merin dans
l'Itls le Soco-
tora,
Amiral vi-
fite le Roi,
Circonftan.
ces de cette
vilite,
Fartak dans
l'Arabie heu-
reule,
202 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
le, Cependant le vent, qui étoic à l'E, les empècha d'y arriver jufqu'au
25. La latitude de ‘J'amerin eft de 12 degrés 30 minutes; & la variation
de 19 degrés 18 minutes,
La Ville eft fituée au pied d'une montagne fort haute & fort efcarpée. La
Rare s'ouvre entre Eft quart au Nord & Oueft-Nord-Oueft, On y mouilla
für uix brafles d'eau & fur un excellent fond. Le 25, l'Amiral # defcen.
dre lemel, avec un cortège honorable, pour offrir au Roi quelques préfens,
Ils confiftoient dans une pièce de drap, un gobelet d'argent, &% une lame
d'épée, qui furent reçus avec des témoignages de reconnoiffance & des offres
de fervice,
Sir Henri fe rendit lui-même à terre, le jour fuivant, accompagné de
fes principaux Marchands, & d'une Garde bien armée. Quelques Infüulaires, qui
s'étoient préfentés pour le recevoir, le conduifirent au Palais du Roi. Ce Prin.
ce parut à la porte de fa chambre, à l'arrivée des Anglois; & les faifant en.
trer forc c.vilement, il preffa l'Amiral de s'aflcoir près de lui. Après d'au-
tres complimens, Sir Henri lui fit diverfes queftions fur le commerce de là
Mer rouge, auxquelles il répondit par de grands éloges du _ & des Habi-
tans, mais fur-cout d'Aden & de Hoche, Il ajoûta que le Vaiffeau Anglois
l'Afcenfior, ayant porté fes marchandifes dans ces deux lieux, s'en étoic dé-
fait avec tant d'avantage, qu'il étoit revenu entièrement à vuide, & qu'à fon
retour il avoit été obligé, pour la füreté de fa navigation, de fe lefter à So-
cotora; [ce qui n'avoit point empêché qu'il n’eût péri malheureufement, On
peut donc compter cette raifon entre celles qui caufèrent fon naufrage.] L'A-
miral, échauffé par les efpérances qu'on lui donnoit pour le Commerce, de-
manda au Roi la permiflion de calfeutrer fa Pinaffe. Elle lui fut refufée dans
la Rade où il étoit, parce que le Roi craignoit beaucoup que la préfence d'u-
ne Flotte Angloife n'éloignät les Etrangers de fa Ca tale mais la premicre
Rade où il étoit entré lui fut offerte, avec l'affürance de toutes fortes de fecours.
Enfin ce Prince voyant l'Amiral peu difpofé à profiter de cette offre, s'effor-
ça d'adoucir fonretus par d’autres faveurs. 11 lui accorda de l’eau fans la lui
faire payer , quoique tous les Etrangers la payaflent fort cher. 11 lui di
u'il ne lui reftoit point d'aloes à lui offrir, parce qu'il avoit envoyé toute
a provifion à fon Père, qui étoit Roi de Fartak dans l'Arabie heureufe, &
qui faifoit fa réfidence à Kufchem ; mais lui faifant appréhender ne n'y étre pas
reçu favorablement, il lui confeilla de tourner fes vûes de Commerce du cô-
té de la Mer rouge; [il lui confirma la perte de l’Afcenfion & de fa Pinas-K'
fe. Middleton lui demanda fi le Commandant de ce Vaifleau ne lui avoit
point laiffé quelque lettre; il lui répondit qu'oui, mais qu'un de fes domeliti-
que l'avoit égarée.] L'Amiral & tout fon cortège eurent l'honneur de di-
ner avec le Roi.
Le 7 de Novembre, la Flotte ayant levé l'ancre, prit à l'Oucft quart au
Sud & à l'Oueft-Sud-Oueft en fuivant la Côte. A peine étoit-il dix heures du
matin, lorfqu'elle apperçut une terre haute, qu'elle prit pour Aden. C'étoit
dans’ l'éloignement une forte de Promontoire, qui s'élevoit comme ba del
Curia, Le foir, à fix heures, on jetta l'ancre fur vingt brafles de fond, à la
vûe d'une Ville fituée dans une Vallée au pied d’une montagne; ce qui for-
me une perfpeétive fort agréable. [Elle eft environnée d’une muraille de pier-x
16, & défendue par des l'orts & des Boulevards placés de diftances en diftan-
ces;
ces;
du P:
conv
écou
naire
rappr
qui pe
de qu
de sa
{croit
venu
vé à
L/,
que
mes
ne va
S1
un de
fufa à
Mocl
ges. |
des tr
chanc
jufqu'au
ariation
pée. La
mouilla
t defcen-
préfens,
ne lame
es offres
pagné de
aires, qui
Ce Prin-
aifant en.
rès d'au-
rce de la
es Elabi-
u Anglois
étoit dé-
K qu'à fon
[ter à So-
ent, On%
ge. ] L' A
cree, de-
fufée dans
fence d'u:
premiére
Je fecours.
e, s'eflor-
fans la lui
il lui dit
oyé toute
reufe, &
y être pas
rce du cô-
fa Pinas-Xÿ
* Jui avoit
; domelti-
eur de di-
É quart al
heures du
F C'étoit
e Abba del
fond, à la
e qui for-
le de pier-XF
en diftan-
ces;
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Car, 1 203
ces;] On fut affüré dès le même jour que c'étoit Aden, Une Barque, partie
du Port, vint s'informer des intentions de l'Amiral, & lui offrir cout ce qui
convenoit à fes befoins s'il étoit amené par le Commerce, Mais tandis qu'il
écoutoic ces offres, le vent qui s'éleva à l'Eft-Sud-Eft, & la force extraordi-
naire du courant, l'emportèrent à plus de vingt lieuës. Cependant s'étant
rapproché le 8, il lui vint une feconde Barque , montée par trois Arabes ,
qui portoient le Pavillon du Gouverneur , & qui lui demandèrent, de fa part,
de quelle Nation il étoit, quelles vûes l'avoient amené, & s'il fe propofoit
de s'arréter long-tems dans le Pays, Ils ajoûcérent, que s'il étoit Anglois, il
feroit reçu volontiers ; que l'année d'auparavant, le Capitaine Sharpey étoit
venu dans leur Port, & que de-là il s'étoit rendu à Mocka, où il avoit trou-
vé à fe défaire de toutes fes marchandifes.
L'AmiRaLz leur demanda le nom & le caraétère du Bacha, Ils répondirent
que fon nom étoit Faffar ; que fon Prédecefleur avoit été un force méchant hom-
me; que celui-ci n'écoit pas beaucoup meilleur, & qu'en géneral les Turcs
ne valoient rien
Sir Henri envoya fa Pinaffe au rivage, fous les ordres deYean Williams ,
un de fes l'aéteurs, qui parloit Arabe, Elle fut reçue civilement; mais on re-
fufa au laéteur un Pilote qu'il demandoit pour conduire la Flotte jufqu'à
Mocka. On voulut du moins qu'il reftät trois Marchands Anglois pour ôta-
ges. Cependant cette difficulté fut terminée par une autre voye. A la vûe
des trois Vaiffeaux qui levoient l'ancre pour fe rendre à Mocka, les Mar-
chands de la Ville demandèrent en grace à l'Amiral de leur en laiffer un;
promettant d'en acheter toutes les marchandifes , & d'accorder aux An-
glois coutes les faveurs qu'ils pouvoient defirer. Il confentit à leur laiffer
le Pepper-Corn, fans abandonner le deffein qu'il avoit de fe rendre à Mocka.
Mais le Pilote qu’il attendoit ne paroiffant point auñli-tôt qu'il l’auroit fouhai-
té pour profiter du vent, il mit à la voile le 12 fans ce fecours.
Son efpérance étoit de fuivre un petit Bâtiment Indien, qui faifoit la mé-
me route. Après avoir côtoyé le rivage pendant le refte du jour , tantôt
Oueft-Sud-Oueft , tantôt Oueft quart au Nord , en trouvant toûjours vingt-huit à
trente brafles de fond, vers 1 foir il perdit de vûe fon guide, Le 13 il
continua de fuivre la Côte, portant entre Oueft quart au Nord ,& Sud ,quoi-
que fon véritable point dûc être l'Oucit. Le jour fuivant, il découvrit de
rand matin, à trente lieuës d'Aden, le Promontoire qui eft à l'entrée de la
er rouge, & qui s'éleve avec l'apparence d'une Ifle. A l'oppolite eft une
Ifle bafe & platte, qui fe nomme Babelmandel. Elle a du côté du Sud un
Canal aflez large, qui ferc d'entrée. L’Amiral pañla ce Détroit. Enfuite il
envoya fa Pinafle pour demander un Pilote, dans un Village qui eft fur la
Côte du Nord, à l'entrée d'une Baye fabloneufe. Il lui vint deux Arabes,
dont on lui vanta beaucoup l’habileté, La profondeur de l’eau dans le Dé-
troit eft entre huit & onze brafles. Ayant fuivi la Côte, Nord quart à l'Oueft
Sin Jun:
Mivoreron,
16ro,
La l'lotre
Anglolfs fe
tent à Adçn,
Bachas Turcs
& leur carac
tour,
Les Anglois
laiffent un
Vaifeau à
Aden,
Entrée de la
Mer Rouge.
& Nord-Nord-Oueft, fur dix-huit & vingt brafles de fond, il découvrit vers .
quatre heures après-midi la Ville de Mocka ; & dans l’efpace d’une heure il
arriva proche du Port; mais le vent devint fi gros, que fes deux grands
mâts fe fendirent, & que le Pilote Arabe qui conduifoit le ‘Trade’s Increa-
fe, le fit échouër, avec autant d'imprudence que de malheur, fur un grand
banc de fable. Comme l'orage ne diminuoit pas, & que les flots étoient
Cc 2 . fort
Un Vaifeau
Anglois é-
choue près de
Mociu,
Sin Hawni
Mioczeron,
1610.
Premières
explications
avec les
L'urcs,
On décharge
le Vaifleau é-
choué,
Traité avec
les Turcs,
Le Vaiffeau
ft remis à
flot.
d
L'Aga éxire
uc Jl'Amiral
efcende,
24 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fort agités, on craignit beaucoup de ne pouvoir fe délivrer d'un embarras fÿ
reffant.
Au milieu du péril, & lorfque l'arrivée des ténébres fembloit devoir l'aug-
menter, on vit paroître une Barque qui venoit du Port, avec un Turc de
fort bonne mine, que le Gouverneur envoyoir à la découverte. L'Amirai
répondit à fes queftions, qu'il écoic Anglois, & qu'il venoit pour le com.
merce, On l'affüra qu'il féroit v@ de bon œil à ces deux titres, & que pour
l'accident du Navire échoué, il devoit peu s'allarmer, parce qu'il n'arrivoit
éres de grand Bâtiment à Mocka, qui ne courût le même péril & qui n'en,
ortft heureufement. Après ces aolonices. le Turc fe hâta de retourner
au Port, dans l’impatience d'informer l'Aga de ce qu'il avoit appris; mais
il promit de revenir le lendemain avec des Barques, pour foulager le Vaif.
fèau. On le nommoit en Arabe Æmir al Babr , c'elt-à-dire , Seigneur de la
Mer, & fon office confiftoic à vifiter les Vaiffeaux , pour empêcher les frau-
des du commerce, & pour faire décharger les marchandiles, Malgré le
fafte de fon titre, fes appointemens fe réduifoient à certains droits d'entrée
& de fortie,
Iz revint le 14, avec trois ou quatre autres Turcs, deux defquels À nr g
Ja Langue Italienne, Ils apportèrent à l'Amiral un préfent de la part de lAga,
& l'offre de tout ce qui pouvoit être utile à fes befoins. Il pouvoit s'affürer,
lui dirent-ils, de trouver à Mocka les mêmes commodités qu'on vante à
Conftantinople, à Alep & dans les meilleurs Ports de l'Empire Ottoman.
ges ou cinq Barques légères, dont ils furent fuivis , s'approchèrent du
aifléau échoué pour recevoir les marchandifes qu'on L voudroit décharger,
Les Anglois y jettérent d'abord tout ce qui fe crouva fous leurs mains: l'es
mel, fans confulter l’Amiral, y mittout ce rT lui appartenoit, & prit le
pes de fe rendre au rivage avec les Turcs, L'argent, les dents d'éléphans,
a poudre & le plombfurent tranfportés fur le Darling. Enfüuite, on employa
toute la foirée à donner quelque mouvement au Vaifleau, en le tiranc à for-
ce de bras avec tous les cables ; mais tous les efforts furent inutiles.
ON continua le lendemain de décharger tout ce qui pouvoit augmenter le
poids d’une fi groffe mafle, & d'envoyer fucceflivement les balots & les ton-
neaux au rivage, L'Amiral reçut une lettre de Femel , qui lui rendoitcomp-
te des civilités qu'il avoit cure de l'Aga, & d’un Traité qu'il avoit faic a-
vec lui, fuivant lequel les Anglois devoient payer cinq pour centde tout ce
qui feroit vendu, avec la liberté de remporter à bord les marchandifes dont
ils ne pourroient fe défaire. L'Aga lui écrivit aufli, pour lui renouveller fes
offres par une lettre de fa propre main, & fignée de fon fceau. La fin de
cette journée fut heureufe: On réuflit enfin, par le fecours des Cabeftans, à
ve le Vaifleau du fable; & l'on-eut avant la nuit la fatisfaétion de Je voir
: flot.
Le 19, on vit arriver deux Barques avec une lettre de Femel, qui deman-
doit du fer à l'Amiral. En lui envoyant ce qu'il défiroit, Sir Henri lui décla-
ra par écrit qu'il ne permettoit plus qu'on tranfportât des marchandifes à
terre, avant que celles qui. s'y trouvoient déja fuffènt entièrement vendues,
À cette réponfe, Femel' en fit une autre qui furprit beaucoup tous les Anglois
de la Flotte. Il marquoit à l'Amiral que s’il penfoit à faire quelque commer-
ce, il falloit, fuivant l'ufage. du Pays, qu'il defcendit lui-même au rivage;
. ans
fans qu
de mau
l'Ordre
bonne-f
de Shaï
ÆTures c
propre
rendre
rivage |
Mulicie
de l'Ag:
fidéracic
blée :
apport
fl auf
l'affürar
ceux qu
ces com
de foye
proteét
tant de
duit par
ment di
Muficie
tit pour
rêter fu
l'air à {
que co
tendre
e étoi
es rép
préfens
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cure, f 107
fins quoi les Infidéles ne fe perfuaderoient jamais qu'il ne fe pas venu avec Fin llewm
de mauvaifes intentions. L'Interprêce évoic chargé de lui déclarer aufli par Mi errom
l'Ordre de l'Aga, que s'il étoit ami des Tures & difpofé à commercer de 1919:
bonne-foi, il ne devoit pas faire difficulté de defcendre, 11 lui cica l'éxemple
de Sharpey & de tous les Capitaines Indiens, qui n'avoient refufé aux
Turcs ce témoignage d'eftime & de confiance. [Malgré la réliftance de fon
propre cœur & les allarmes de fes gens,] Sir Henri fe détermina le 20 à fe
rendre à terre avec une fuite moins nombreufe que choifie, Il erouva fur ls
rivage plufieurs perfonnes de diftinétion affemblées pour le recevoir, & des
Muliciens qui le conduifirent au bruit de leurs inftrumens jufqu'à la mailon
de l'Aga. 11 y fut reçu avec toutes les marques poflibles d'amitié & de con. Aceueit qu'it
fidération, On le fit affeoir près de l'Aga, tandis que tout le refte del'Affem. y reçoit.
blée écoit debout. Il préfenta la Lettre du Roi, avec un préfent qu'il avoit
apporté pour le _.. LL qu'il pria qu'on lui fit remettre incefflamment. Il
algré le fit auffi un préfent à l'Aga, qui le reçut avec Ts de facisfaétion, en
d'entrée l'affürant qu'il ne feroit pas troublé dans l'éxercice de fon commerçe, & que
, ceux qui entreprendroient de le chagriner feroient punis févèrement. Après
rloient ces complimens , l'Aga le pria de fe lever, & l'ayant fait revêcir d'une robe
e l'Aga, de foye pourpre, brochée d'argent , il lui procefta qu'étant déformais fous lu
affürer, proteétion du Grand-Scigneur , il n'avoit à craindre aucune infulte, En for-
vante à tant de l'Audience , on lui préfenta un beau cheval, richement paré, &con-
Dttoman,. duit par un homme d'apparence, Il monta deffus, pour fe rendre au loge- I! retourne
rent du ment des Anglois, couvert de fa nouvelle robe, & toûjours efcorcé par les Se où 1
Charger. Muficiens de la Ville. Après avoir dîné avec les gens e fa Nation, il par- :
ns: l'es } tit pour fe rendre à bord. Mais l'Aga le fit preffer fort inftamment de s’ar-
prit le rêver fur le rivage. Il y confencit pour voir calfeutrer fa Pinafle, d'autant
éphans, plus que le tems devint fort mauvais.
employa (b) IL ne fe pañla point un jour où l'Agane fit quelque civilité ou quelque
nc à for- préfent à l'Amiral, Le 28 il le fit prier deux fois de fe réjouir, & de fe pré-
2 parer, après le jeûne des Turcs, qui étoit préc d'expirer, à l'accampagner
enter le dans une promenade qu'il vouloit faire à fa maifon de campagne & dans d'au-
les ton- tres lieux de plaifir. Le même jour , Pemberton, qui étoit logé dans la Vil-
It comp: k, étant venu fe promener au rivage, Sir Henri leretint à fouper ; après quoi
: fait. a- l'envie leur prit à tous deux de retourner àbord. Les Turcs qui leur fervoient. Les Turcs
: tout ce de cortège , les prièrent de remettre leur départ au lendemain, fous prétexte £fommencent à
fes dont que la nuit étoit trop avancée, L'Amiral, quoigu'offenfé de cet obftacle , n’en Fo
eller fes conçut aucune défiance ; & fuppofant qu'ils agifloient fans ordre, il réfolut
A fin de d'en faire le lendemain fes plaintes à l'Aga. matin, tandis qu'il prenoit.
flans, à l'air à fa porte avec: Femel & Pemberton, il lui vint un Janiffaire. avec quel-
: Je voir que commifl on de l'Aga. Comme il ignoroit la langue Turque, il fallut at-
tendre quelques momens, jufqu'à l’arrivée de l'Interpréte. Le fujet du Mela-
deman- ge étoit un nouveau compliment. L'Aga le prioit de fe livrer à la joie, fur
i décla- | es réponfes favorables qu'il avoit reçues du Bacha, à qui il avoit envoyé les.
ndifes à préfens. Au même inftant un Anglois: de la fuite de l'Amiral accourut avec Ils attaquent
rendues, effroi, les Anglois,
Angjlois
Omer: (4) La 2e, Scétlon commence ict dans l'Original, À. dE,
rivage ; | | Cc3
ans
Sin Henui
MiDDLETON,
1610,
Perte des An-
glois, & trai-
tement qu'ils
ciluyent.
Les Turcs
attaquent un
Vaifleau An-
glois.
Ils font fort
imaltraités,
56 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
effroi , pour l’avertir qu'il étoit trahi, & que les Turcs étoient aux mains a-
vec les Anglois de l’autre côté de lamaifon. Le Mefager de l’Aga, qui étoit
encore préfent feignit beaucoup de füurprife, & fe fit montrer le lieu du com.
bat. Il s'y rendit auffi-tôt. Les Anglois le fuivirent; & l’Amiral s’avança lui.
même, en appellant fes gens à haute voix, & les exhortant à fe raflembler
autour de lui, pour fe défendre dans la maifon.
Tanpis qu'il parloit avec cette chaleur, il reçut de quelques Turcs, qui
s'avancérent près de lui, un coup furieux qui le fit tomber fans connoiffan-
ce. Mais la douleur qu'on lui fit fouffrir, en lui liant les mains derrière le dos,
lui fit bientôt rappeller fes efprits. Lorfqu’on le crut capable de marcher , deux
Turcs, l’efcortant de chaque côté, le conduifirent dans cet état à la Ville,
où il trouva plufieurs de fes Compagnons traités avec la même barbarie, En
chemin on lui prit fon argent & trois bagues de prix, dont l'une étoit fon
cachet. 11 fut enfermé dans une étroite prifon avec fept autres Anglois qui
étoient échappés au carnage, & chargé de chaînes fort incommodes & fort
pefantes, [deux Soldats qu'on avoit laiffé avec eux pour les garder, eurenti#
pitié de leur état; ils relachèrent un peu leur chaînes qui les ferroient fi fort
que le fang étoit fur le point de fortir par l’éxtrêmité de leurs doigts. ] Ses
gens lui apprirent qu'ayant été furpris fans défenfe, par une troupe de Turcs
bien armés, huit d’entre eux avoient été tués des premiers coups, quatorze
bleffés dangereufenent, & le refte faits prifonniers.
APrRes le fucces de cette première trahifon, les Infidéles cherchèrent le
moyen de fe faifir des Vsiffeaux & des marchandifes. Ils mirent dans trois
grandes Barques, cent cinquante Soldats, pour furprendre d’abord le Dur-
ling, qui étoit à peu de diftance du rivage. Ils ôtèrent leur turban, dans l’ef-
pérance de n'être pas reconnus & de paîler pour des Chrétiens. A la faveur
de cette rufe, ils abordèrent en effet le Bâtiment; & la plûpart y étant mon-
tés avant que les Anglois fe fuffent défiés du péril, ils firent main-baffe fur
les premiers. Cependant les autres fautant fur leurs armes, fe mirent en état
de difputer courageufeinent leur vie. Un Matelot eut la préfence d’efprit de
prendre un baril de poudre, qu'il jetta au milieu des traîtres, avec une mé-
che allumée fi jufte, que plufieurs furent brûlés fans pouvoir être fecourus.
Les autres effrayés de cette éxécution, fe retirérent vers la poupe pour fe re-
connoître. Mais la moufqueterie & d’autres barils de poudre qui furent jet-
tés parmi eux avec le même fuccès, augmentèrent tellement leur confterna-
tion, que la plûpart fe précipitérent dans les flots, tandis que le refte def:
cendant autour du Vaifléau pour regagner leurs Barques, demandoient quar-
tier avec de grands cris. Il fe flattoient en vain de l’obtenir. Les Angjlois
maffacroient fans pitié tout ce qui tomba fous leurs coups. Il n’en échappa
qu'un, qui avoit eu l'adreffe de fe cacher, & qui obtint grace après la fin
du carnage.
PENDANT cette furieufe aétion, une des Barques, qui fur quelques ordres
mal conçus étoit retournée d’abord au rivage, y avoit déja publié que l'E-
mir al Bahr s’étoir faifi du Vaifleau. On y fit de grandes réjouiffances, & l'A:
ga fit partir aufli-tôt d’autres Barques pour amener une fi belle prife jufquä
la Ville. La furprife de fes gens fut extrême, en voyant venir à leur ren-
contre quelque refte de Turcs qui étoient échappés à la vengeance des
glois
lois (à
"Amiral
s'empar!
fept aut
Ex l
d'un tor
la hardi
la en
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l'engag
reprit,
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L, qui étoit
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raflembler
l'urcs, qui
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êre le dos,
cher , deux
la Ville,
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étoit fon
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des & fort
er, eurentié
bient fi fort
igts.] Ses
e de Turcs
,» quatorze
chérent le
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, dans l’ef-
la faveur
étant mon-
n-baffe fur
ent en état
d'efprit de
c une mé-
fecourus.
pour fe re-
furent jet-
confterna-
refte def:
ient quar-
s Anglois
1 échappa
près la fin
ues ordres
‘ que l'E-
es, & l'A:
fe jufqu'à
leur ren-
> des An-
glois
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cmar. I. 207
lois (1). Malgré le chagrin que l'Aga reffentit de cette nouvelle, il fit dire à
Je At par fon Interprète, que les Mujulmans avoicnt jugé à-propos de
s'emparer d’un de fes Vaifleaux, & le lendemain il fe le fit amener avec les
fept autres prifonniers. e. Axe
Ex les voyant paroître, il s’avança au-devant d'eux d’un air irrité; &,
d'un ton qui ne l’étoit pas moins, il demanda à l’Amiral comment il avoit eu
la hardiefle de venir dans le Port de Mocka, fi voifin de la fainte Ville de
la Mecque ? L'Amiral répondit que fon arrivée n'avoit pas été inconnue,
puifqu’il avoit pris foin d'en donner avis aux Turcs, & qu'il n'avoit confen-
ti d'ailleurs à deftendre au rivage, qu'après des imltances redoublées & für
l'engagement qu'ils avoient pris de traiter favorablement les Anglois. L'Aga
reprit, qu'il n'étoit pas permis aux Chrétiens d'approcher de la fainte Vil-
le, dont Mocka étoit le Port ou la Clé; & que le Bacha avoit ordre du
Grand-Seigneur de faire efclaves tous ceux qui ôferoient entrer dans cette
Mer. Sir Henri répliqua que c'étoit fa propre faute, puifqu'il avoit arrêté
xéles Anglois par fes inftances & par de belles promeffes. [L’Aga lui remit
une lettre du Capitaine Downton, dattée d'Aden, il lui donnoit avis que deux
de fes Marchands, avec le pourvoyeur du Vaiffleau, (k) étoient retenus à
terre, & qu'ils ne feroient pas relachés avant qu'on eut débarqué les Mar-
chandifes, ou qu’on eut payé 1500 Wenetianos pour le droit d'Ancrage, fur
quoi il prioit Sir Henri de lui mander ce qu'il avoit à faire. L'Aga voulut
çavoir le contenu de cette Lettre; & quand on l'en eut informé ; il dit que
depuis qu’elle avoit été écrite, le Vailleau étoit parti d'Aden, & qu'ayant
fait voile pour Mocka, ils’étoit brifé contreunroc, & qu'on n’en avoit pû fau-
ver ni hommes ni marchandifes.] Enfuite il pria Sir Henri d'écrire à bord du
Darling, pour fçavoir combien il y reftoit de Turcs prifonniers. L'Amiral
Jui dit que c’étoit prendre un foin fort inutile, puifque ce Vaiffeau étoit en-
tre les mains des Turcs. Il eft vrai, répondit l'Aga, que mes genss’en font
faifis, mais votre grand Vaifleau eft venu me l'enlever. Cet artifice, par
lequel il s’eForçoit de déguifer la vérité, fervit du moins à confler Sir Hen-
ri de la premiére nouvelle. Après avoir varié plus d'une fois dans fes dif-
cours, l’Aga lui propofa enfin d'envoyer par écrit au grand Vaiffeau l'ordre
de fe rendre, & lui promit de lui accorder l’autre pour fe retirer avec tous
fes gens. Une propofition fi ridicule ne pouvoit caufer que de l'indignation
à l’Amiral. Il fe fit violence pour répondre tranquillement, que fes gens
n’étoient pas des infenfés, qui fuffent capables fur un ordre fimple, de venir
fe précipiter volontairement dans l'efclavage. Je füuis für, reprit l'Aga , que
fi vous leur écrivez, ils n'ôferont pas vous défobéir. Eh bien, répondit Sir
Henri d’un ton ferme, je ne veux pas leur écrire.
L'AGA voyant toutes fes inftances inutiles , lui demanda quelle fomme
d'argent il avoit fur fes Vaifleaux. L’Amiral répondit qu'il avoit peu d’ar-
gent, & que ce qu'il avoit apporté étoit moins pour achêter des marchan-
difes que des vivres. L’Aga continua de demander fi les deux Vaifleaux
avoient à bord beaucoup d’eau & de provifions.
L’Amiral répondit qu'ils
(i) Angl. en voyant le Vaiffeau qui avoit d(k) Outre ces trois hommes , ily eut en-
fes voiles déployées, KR. d. E.
en.
corc vingt Anglois arrêtés à Aden par trahifon..
Sir Hewrer
Minnierox.
1610,
L'Aga fe fait
amener l'Ami-
ral & les au-
tres Prifon-
niers.
Propofitions
& menaces de
l'Aga,
Conftance
de l'Amiral,.
Sin Hewnr
MibDLETON.
1610.
Il cft traité
avec beau-
coup de bar-
baric.
On l'engage
à faire une
Lettre fincère
pour fes gens.
Réponfe des
gens de l'Ami-
ral,
2089 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
en avoient aflez pour deux ans. Cette réponfe étoit peu vrai-femblable;
[mais il parut qu’elle n'en faifoit pas moins d'impreflion fur les Turcs, car
avec beaucoup de mauvaife-foi ils étoient allez grofliers pour croire les au.
tres pi fincères. | Enfin l'Aga revenant à fes premières vûes, menagça l'A.
miral de lui faire couper la tête, s'il refufoit d'écrire au grand Vaiïffeau,
J'y confens, lui répondit Sir Henri. Les fatigues de la mer & les défagré.
mens du Commerce me rendent la vie fort ennuyeufe. Les offres faifant auf
peu d'impreffion fur lui que les menaces, l’Aga donna ordre qu'il fût féparé
de fes compagnons, & chargé de nouvelles chaînes, avec les fers aux picds
& aux mains. On le logca pendantle refte du jour , dans une étable à chiens,
fort obfcure & fort fale. La nuit, fur les inft-aces de Schermal, Conful des
Banians, il fut conduit dans un lieu plus commode, avec un de fes Matclpts
qui parloit la Langue Turque. Cependant il n'eut que la terre pour lit, &
qu'une picrre pour chevet; [& s'il lui arrivoit de fermer l'œil il étoit aufli-tôt jé»
réveillé par un très grand nombre de rats qui couroient autour de lui.]
VERs le milieu de la nuit, il reçut la vifite du Lieutenant de l'Aga, &du
Drogueman , ou de l'Interprête, qui le prirent avec beaucoup de douceur d’é.
crire à bord, pour fçavoir le nombre & les noms des prifonniers Turcs.
Mais ils lui recommandèérent abfolument de ne rien dire dans fa Lettre de fi
propre fituation , & des violences qu’il avoit effuyées. Au contraire ils éxi-
gèrent qu'il fe louât du traitement qu’il avoit reçu, & que pour colorer fon
retardement, il leur écrivît qu’il attendoit la réponfe du Bacha dans une
maifon où l’on prenoit foin qu'il ne lui manquât rien. Il confentit à faire
cette Lettre; mais il y donnoit ordre à fes gens de veiller fur les deux Vaif
feaux, & de n'en laïffer fortir perfonne pour venir au rivage. Elle fut mon.
trée féparément à plufieurs des prifonniers, avec des obfervations pour re.
connoître fi elle étoit conforme aux inftruétions du Lieutenant.
IL fe paffa quelque tems, fans qu'elle pût être envoyée à bord , parce
qu'il ne fe trouvoit perfonne qui eût la hardieffe de la porter. A la fin, un
homme de Tunis en Barbarie, qui parloit fort bien la Langue Italienne,
s'offrit pour cette entreprife, à condition que l'Amiral écrivit à fes gens
de le bien traiter. Sir Henri ne fe fit pas prefler pour y confentir. Cet
te feconde Lettre fut éxaminée avec autant de foin que la première, &
partit le jour fuivant. On reçut pour réponfe que tous les Turcs avoient
été tués ou noyés, à la réferve d’un feul, qui fe nommoit Ruuan ; &
que les Anglois des deux Vaiffeaux apprenoient avec d'autant plus de joye
des nouvelles de leur Amiral, que Rufuan les avoit affürés de fa mort &
de celle de tous les gens de fa fuite. Ce prifonnier Turc étoit un Soldat
du commun.
Sir Henri & les fept Anglois de fa fuite demeurérent dans cette miféra-
ble fituation jufqu’au 15 de Décembre , fans recevoir aucune nouvelle des
deux Vaiffeaux, & fans pouvoir les informer de leur mifère. L'Aga vifita
plufieurs fois l’Amiral, en renouvellant toûjours fes promefles ou fes mena-
ces, pour tirer de Jui l'ordre qu’il defiroit. Ses réponfes furent les mêmes.
[On lui demanda comment il prétendoit faire fa charge, ayant fi peu de mar-K
Chandifes avec lui, il répondit que quand même il n’en auroit point apporté,
les Comptoirs de fa Nation, qui étoient en différens endroits des Indes, pou-
roient aifément lui fournir fa cargaifon; mais que d'ailleurs il en avoit añlez
| pour
ral. Ce
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aça l'A.
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emière, &
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Rufuan ; À
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fa mort &
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ouvelle des
’Aga vifita
fes mena-
les mêmes
leu de mar-K
nt apporté:
Indes , pou-
avoit
pour
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cumar, I. 209
r fe charger de poivre, qu'on a à bon marché dans les Indes.] On le
preffa particulièrement fu: la quantité des provifions, parce que l'Âga com-
prenant enfin que les deux Vaiffeaux n'en pouvoient être fournis pour deux
ans, fe promettoit que la néceffité forceroit les Anglois de fe rendre. Le
vent ne leur permettoit pas de quitter cette mer avant le mois de Mai, &
les Côtes font fi ftériles qu'ils avoient peu de fecours à tirer des lieux voifins,
En cffet, quoiqu'ils fuffent libres dans une Rade fort large & fort ouverte ;.
l'eau commençoit à leur manquet ; d'autant plus qu'ils avoient été forcés de
fe défaire de cinquante tonneaux, pour foulager les deux Bâtimens dans leur
première difgrace. D'ailleurs ne recevant aucune nouvelle de la terre, ils a-
voient autant d'embarras fur la conduite que fur la courfe qu’ils devoient te-
nir. Après beaucoup d'incertitudes, un Matelot, nommé tan Shambert, en-
treprit de fe rendre à terre, pour éclaircir aux rifques de fa vie le fort de fes
compagnons & le fien. Il fe mit dans une Chaloupe, avec un Indien de fon
Vaifean our lui fervir d'Interprête; & gagnant à la rame une petite Ifle
qui eft à la vûe de la Ville, il y arbora le Pavillon de paix. Une Barque
Turque vint le prendre au même moment. L'Aga, qui fe le fit amener, lui
demanda brufquement d’où lui venoit l'audace d'approcher du rivage fans fa
permiflion. Il répondit qu’il étoit chargé d'une Commiffion ; & qu'avec la
ne de Meffager & l'Énfeigne de paix qu'il avoit arborée, il fe croyoiten
roit de pénétrer jufqu'au milieu de fes Ennemis. On l’interrogea beaucoup
fur l'état des deux Vaifleaux. Ses réponfes s’accordèrent heureufement avec
celles de l’Amiral; & pour le fujet de fa Commiflion, il protefta qu'il n’en
avoit point d'autre que de s'informer par fes propres yeux de la fituation de
l'Amiral.
ON ne fit pas difficulté de le conduire dans la chambre obfcure où Sir Hen:
ri n'avoit pas ceflé d’être lié fort étroitement. Sortant du grand jour, ilfnt
long-tems fans pouvoir le diftinguer. Il lui remit, les larmes aux yeux, une
Lettre qu'il avoit apportée pour lui. L’Amiral apprenant de quelle manière
il étoit venu & toutes les interrogations qu'il avoiteffuyées, douta beaucou
qu’on lui permit de retourner à bord. Quelques jours auparavant le Capitai-
ne du Pepper-Corn lui avoit envoyé d’Aden un Meffager , que l’Aga avoit re-
tenu dans les fers. Shambert répondit que fi l’on portoit la Dalle jufqu'à
l'arrêter, lui qui s’étoit mis à couvert fous le droit des gens, il étoit venu
dans la réfolution de partager les fouffrances de fon Maître & de fon Ami-
ral. Cependant, contre fon attente, ilobtint, le 16, la liberté de retourner
à fon Vaifleau, & même la permiffion de revenir le lendemain, fi Sir Henri
demandoit quelque chofe qu'on lui voulût envoyer. C’étoit un artifice poux
fe faifir de quelques bagatelles dont l'Amiral avoit befoin. Shambert les ayant
apportées le jour fuivant , elles lui furent enlevées à fon approche, & l’A-
ga les prit pour fon ufage.
IL fembloit que cette tyrannie dût être perpétuelle , lorfqu’on vit arrivet
de Zenan Q) un Aga, Chef des Chiaoux, avec des ordres du Bacha, pour é-
claircir l'affaire des Prifonniers Anglois. A peine fut-il entré dans la Ville,
qu'il fe fit amener l’Amiral & fes compagnons. Il avoit fait placer dans fa
chambre
(1) Ou Sunaa.
IL Part. Dd
Sin Henar
Minoceron,
1610.
Leurembarris
dans la Rade.
Hardiefe
d’un Matclot
Anglois.
Etat de l’Ami-
ral dans fa pri
{on.
Le Bacha
prend con-
hoiffance des
Prifonniers
Anglois.
Sm Henrr
MiopLeron.
1610.
Difcours d’If-
macl Aga.
L'Amiral &
les autres Pri-
fonniers font
conduits au
Bacha,
Pemberton
s'échappe
dans la Rade.
uo VOYAGES DES ANGLOIS AUX
chambre trois fiéges , fur lefquels deux autres Agas, Reghis €? Jaffar, pa.
rurent avec lui. Il fe nommoit J/mael. Sa première queftion fut celle qui a.
voit été renouvellée tant de fois. Il voulut fçavoir comment les Anglois a.
voient été affez hardis ÿ ts venir fi près de la fainte Ville fans un pafleport
du Grand-Seigneur. L'Amiral répondit que le Roi fon Maître avoit un Trai.
té d'Alliance avec la Turquie, fuivant et il étoit permis aux Anglois d'é.
xercer le Commerce dans tous les Etats du Grand-Seigneur, dont Mocka fai.
foit une partie. Il ne faut que les lumières de la raïifon, lui dit l'Aga, pour
excepter de toutes fortes de Traités, la fainte Ville, dont les Profanss ne doi.
vent jamais approcher. Ne fçaviez-vous pas, reprit-il, que l'épée du Grand.
Seigneur eft fort longue. Vous ne m'avez pas pris par l'épée, repliqua l'A.
miral, mais par trahifon; fans quoi je n’aurois craint ni vos épées ni celles
de perfonne. L’Aga fe plaignit qu'il parloit avec trop d’orgueil. Enfuite il
le preffa, comme Jaffar, d'envoyer à fes gens l’ordre de livrer les deux
Vaifleaux.
Tous ces difcours ayant produit peu d'effet, Ifmael les interrompit, pour
déclarer à l’Amiral qu'il étoit venu de la part du Bacha, avec l’ordre exprès
de lé conduire à Zenan. En même-tems il lui confeilla de faire venir de fon
Vaiffeau des habits plus épais, parce qu'il fenciroit le froid en traverfant les
Montagnes. Sir Henri ne marqua point d'éloignement pour ce voyage; mais
offrant de fe contenter d'un fort petit cortège , il demanda en grace que fes
ens fuflent renvoyés à bord. [fmael répondit qu’il doutoit fi cette faveur ne
pañloit. pas fon pouvoir , parce que l'ordre du Bacha étoit de le conduire
avec tous fes gens; mais qu'il prenoit fur lui de le faisfaire en partie, &
qu'il ne l’obligeoit à fe faire accompagner que de cinq Anglois, tandis que
les autres demeureroient à Mocka jufqu'à nouvel ordre. Ainfi quelques ma-
lades qui n'étoient point en état de fupporter le voyage, furent difpenfés de
cette fatigue. Avant le départ, Sir Henri reçut une Lettre de Dounton,
Capitaine du Pepper-Corn, qui lui apprenoit fon arrivée dans la Rade de Moc-
ka. 11 lui fit réponfeaufi-tôt, pour lui donner des ordres & des confeils pro-
pres aux circonftances.
tous leurs fcrs, excepté aux Ouvriers néceffaires pour mettre la Pinafle en
état, & à quelques malades.] La Caravane étoit de trente-quatre hommes,
Ré montés fur des Anes, à l'exception de l’Amiral & de l'emel qui avoientx#
es chevaux.] Dès le foir du même jour, Pemberton trouva le moyen de
s'échapper, fans avoir communiqué {on deffein à l’Amiral. Il s’étoit imaginé
fe le terme d'un tel voyage ne pouvoit être que la mort ou la fervitude.
Ses Compagnons s’apperçurent bientôt de fa fuite, mais fans en rien témoi-t#
gner, ils firent des vœux en fa faveur. Quand on futarrivé à une Ville nom-
mée Mowfji on fit la revûe de la Troupe, mais on ne remarqua point qu'il
manquât quelqu’un.] Le lendemain, en montant à cheval, l’Aga fit encore lare-
vûe de fa Troupe, & croyant trouver un Anglois de moins, il demanda ce
w’il étoit devenu. L’Amiral lui répondit que n'ayant pas compté fes gens à
On départ, il ne fçavoit s’il lui manquoit quelqu un.
Mack
(m) Ici commence la 3e, Seétion dans l’Original, KR. d, E.
(mn) Ifmael fit partir fes Prifonniers, le 22 de Décembre. [On leur ôta if
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MALGRÉ
INDES ORIENTALES, Lav. IV. Car. I, 217
Maucré les injuftices des Turcs, Sir Henri avoit trouvé à Mocka plufieurs
honnêtes-gens qui l'avoient traité avec amitié, Un Aga, nommé Hamed, lui
avoit fait divers préfens dans fa prifon, en l'exhortant à ne pas fe découra-
ger, parce que À caufe étoit bonne. Le jour de fon départ, le même Aga
lui avoit envoyé, pour lui & pour fes compagnons, une provifion de pain,
avec des Lettres de recommandation adreflées à Chelabi- Abdallah, un des
principaux Officiers du Bacha. Le Confül des Banians n’avoit pas laiffé paf-
fer un jour fans le vifiter dans fa prifon, & fes vifites avoient toûjours été
accompagnées de quelque préfent. Touckar, riche Négociant, avoit auffi
marqué de la confidération pour les Anglois & de la pitié pour leurs peines ;
KL& quoiqu'ils fuffent plus de cinquante , il leur avoit envoyé tous les jours à
chacun deux gâteaux de pain blanc, avec une certaine quantité de datres.]
Etant parti de Mocka pour Zenan, deux jours avant eux, il leur avoit pro-
mis de leur rendre fervice auprès du Bacha, & l'Amiral rend témoignage
qu’il éxécuta fidellement fes promeifes (n).
La Caravane arriva le jour de Noël dans une Ville nommée Tayes, à
quatre journées de Mocka. L'Amiral & fes gens furent regardés avec ad-
miration d’une foule de Peuple, qui vint affez loin au-devant d'eux; & l’A-
ga prenant un air de triomphe; les fit der: deux à deux en entrant dans la
Ville, comme s'il eût voulu les faire pafler pour des Prifonniers de guerre.
Il obferva la même méthode dans toutes les Villes qui fe trouvoient fur la
x#route. Un jeune homme [qui appartenoit à Pemberton , &] qui fervoit
de Sécretaire à l'Amiral, étant tombé malade à Tayes, fut laiflé à la gar-
de du Gouverneur ; & cet accident fit interrompre pendant plufieurs jours
le Journal de la route. Mais Sir Henri fe fouvient qu'il trouva l'air très-
froid jufqu'à Zenan, & que dans tous les lieux où l'on paffa la nuit, il n’eut
point d'autre lit que la terre. Comme la plûpart de fes gens avoient des ha-
bits fort légers, il fut obligé de leur acheter des robes fourrées , fans quoi
ils feroient morts de froid. Il étoit lui-même affez mal couvert , parce
u'ayant pris à Mocka le confeil de l’Aga pour une raillerie, il n'avait pû
É perfuader que l'air fût fi rude dans les Montagnes. (Chaque jour au
matin, la terre étoit couverte de frimats ; & dans les environs de Zenan,
qui eft à 16 degrés 15 minutes de la Ligne (0), la glace avoit chaque
nuit l'épaifleur d'un doigt.
prouvé.
IL y a quinze journées de route entre Mocka & Zenan. Le 5 de Janvier
1611, on arriva deux heures avant le jour à deux milles de cette Ville, où
les Anglois furent gardés à terre jufqu’au lever du Soleil, & fouffrirent un
froid fi vif, qu’au départ ils pouvoient à peine fe remuer. A quelque diftan-
ce de la Ville, ils rencontrèrent un Officier du Bacha, à la tête de deux
cens hommes, avec leurs trompettes & leurs tymbales. On s'arrêta quelque
tems
Sir Henri ne l’auroit pas cru, s’il ne l’avoit é-
y (n) Cela prouve que les Mahométans vec ceux des autres Nations.
font fufceptibles d'humanité & de jufti- Ce] “2 Sir Henri obferva la latitude de
ce ; & que tous les Turcs ne font pas éga- cette Ville, avec un Inftrument qu'il y fit;
lement cruëls & avides. . Les défauts ne fe & il jugea qu'elle étoit éloignée de 180 mil-
Et gucres que parmi ceux qui fontàla les de Mocka au Nord-Nord-Oueft. Mais il
; te du Gouvernement & parmi les Soldats; doit y avoir une erreur dans cette obferva-
encore ceux-ci les ont-ils en commun a- tion, car Zenan eft au Nord-Eft de Mocka,
2
Sir Henat
Miperos.
1610.
Honnèêtes
ens parmi
(A H y UC
Route des
Anglois.
rO1r.
Îls arrivent
Zenan.
Sr Herr
Mippieron.
1011.
Réception
des Anglois à
Zenan.
L'Amiral eft
conduit de-
vant le Bacha.
Circonftances
de l’Audien-
ce,
‘que trop, repartit l’Amiral; & fi vous nous accordez la liberté de remonter
5 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
tems encore, pour former l'ordre de la Marche. La Troupe de Zenan fe
divifa en deux parties, dans l'intervalle defquelles les Anglois furent placés.
On leur ôta leurs robes & leurs chevaux, pour les faire marcher à pied,
L'Amiral & Femel furent les feuls qui confervèrent leurs montures, mais ils
furent forcés de fuivre l'ordre de la Marche, Ils traverfèrent ainfi toute la
Ville jufqu'au Château, en efluyant les regards d'une foule d'Habitans qui
rendoient le paflage fort étroit: A la première porte, ils trouvèrent une
Gurde nombreufe. La feconde étoit défendue par deux groffes piéces d'ar.
tillerie fur leurs affûts, & la cour qui étoit entre deux leur parut fort fpa-
cieufe, Les Soldats qui les avoient efcortés firent une décharge de leur
moufquets à la première porte; après quoi ils fe mélèrent avec le refte de
la Garde. L’Amiral & Femel furent avertis de mettre pied à terre, en en-
trant dans la cour, & de fe placer à la tête de leurs gens. 11 n’y furentpas
long-tems fans étre appellés par quelques Officiers qui les conduifirent devant
le Bacha, C'étoit un jour de Divan, ou de Confeil. Où leur fit monter à
l'extrémité dela cour un cfcalier de douze marches, au fommet duquel.deux
hommes d’une taille extraordinaire prirent l'Amiral par les bras , en les fer.
rant de toute leur force, & l'introduifirent dans une longue gallerie où le
Confeil étoit affemblé. 11 y avoit de chaque côté un gran: nombre de fpez-
tateurs afiss mais le Bacha étoit dans l'enfoncement, feul fur un fopha, av.c
un certain nombre de Confeillers qui étoient à quelque diftance de lui. Le
plancher étoit couvert de tapis fort riches; & tous ces objets enfemble for:
moient une affez belle perfpeétive.
A cinq ou fix pas du Bacha, les deux Guides: del’ Amiral l'arrêcèrent bruf-
uement. IH demeura pendant quelques minutes expofé aux regards de l'Af.
emblée. Enfin le: Bacha lui demanda d'un air fombre & dédaigneux de quet
Pays il étoit & ce qu’il venoit chercher dans: celui des: Turcs. L'Amiral ré.
pondit qu'il étoit un Marchand Anglois, & que fe croyant ami du Grand
Seigneur en vertu des Traités du Roi fon Maître, il étoit veuu pour éxer-
cer le Commerce. Il n'eft permis à aucun Chrétien, lui dit gravement |:
Bacha, de mettre le pied dans eitte Contrée ; & j'ai moi-même averti |:
Capitaine Sharpey de déclarer là-deflus les. ordres. du Grand-Seigneur aux
Marchands de fa Nation. L’Amiral répliqua que le Capitaine Sharpey ayant
eu ‘le malheur de périr par un naufrage fur la Côte de l'Inde, n’avoit pû com-
muniquer cet avis aux Marchands d'Angleterre; & que pour lui, s’ileûc été
mieux informé, il n’auroit pas pris plaifir à fe précipiter dans la fituation
où fon malheur l’avoit conduit. Il ajoûta que l'Aga de Mocka l’avoittrom-
pé, en l'affürant que les Anglois feroient vûs de bon œil dans le Pays, &
qu'ils y feroient aufi libres que dans tout autre lieu: de la Turquie; qu'’illeur
avoit fait quantité d’autres promefles par rapport à leur fûreté ; mais que
violant aufli-tôt fa parole, 1l les avoit fait attaquer par des gens armés, ilen
avoit maflacré plufieurs, &.l’avoit fait prifonnier lui-même avec le refte.
Le Bacha répondit que l'Aga n’étoit que fon Efclave , & n’avoit.pas cu
droit de prendre des engagemens fans fa participation : mais que tout ce
u'il avoit entrepris contre les Anglois s’étoit fait par fes ordres, ou por
fans ceux du Grand-Seigneur même , qui vouloit que les Chrétiens fuffent
châtiés lorfqu’ils ôfoient approcher de la fainte Ville. Nous ne le fommes
fur
rent
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Dit. pas Cu
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ou plûtôt
ens E ffent
e, fommes
remonter
fur
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. I. 213
fur nos Vaifleaux, cette avanture nous fervira de leçon pour l'avenir. Non,
lui dit le Bacha, vous demeurerez ici, d'où vous pourrez écrire à l'Amballa-
deur que vous avez à Conftantinople (p), & de mon côté j'écrirai au Grand-
Seigneur , pour confüulter fes volontés fur votre fort, & fçavoir s'il vous per-
met ici le Commerce.
L'AminaL fut congédié après cette explication, & conduit avec cinqou
fix de fes gens dans une prifon affez commode, tandis que tous les autres fu-
rent précipités daus un noir cachot & chargés de chaînes. Un jeune homme
de fa fuite, s'étant imaginé en le voyant conduire devant le Bacha, qu'il y
alloit recevoir la mort, & qu'on ne lui feroit pas attendre long-temps le mé-
me fort après fon Maître, tomba dans un évanouiffement fi profond qu'il n'en
revint que pour expirer peu de jours aprés.
Le 6 de Janvier, Sir Henri fut étonné de recevoir un Meffager du Kiahia,
ou du Lieutenant-Général du Bacha, qui l'invitoit à déjeûner avec lui. Les
portes de fa prifon lui furent ouvertes. Après avoir déjeüné familièrement
avec ce Seigneur , il lui raconta dans des termes fort touchans les trahifr as
& les injuftices qu'il avoit effuyées à Mocka. Le Kiahia l'exhorta beauco. »
à prendre courage, en lui faifant efpérer que fes affaires prendroient bien-
tôc une meilleure face, & lui promettant du moins tous fes fervices, Scher-
mal, Conful des Banians de Mocka, avoit mis cet honnête Turc dans les
intérêts d'Angleterre. L’Amiral s’en apperçut encore plus aux civilités qu'il
re us de fon Geolier, & aux nouvelles commodités qu'on lui fournit dans fa
rifon. |
: Deux jours après, il fut invité par le Kiahia à l'accompagner avec Fe-
mcl, dans une promenade à fa maifon de campagne. Là, ce génereux Mu-
fulman l'affüra fans reftriétion qu’il ostiendroit bientôt la liserté avec tous
fes compagnons, & qu'il feroit renvoyé à Mocka, où fes Ennemis feroient
forcés de réparer tous les outrages qu'il en avoit reçus. Il lui promit que fon
amitié pour les Anglois fe foûtiendroit avec conftance; & prenant à témoins
quelques Turcs & quelques Arabes, qui compofdient fon cortège , il protes-
ta que tout ce qu’il avoit fait jufqu'alors ,n’étoit que dans la vûe de plaire à
Dieu. Sir Henri n'en jugea pas moins que fon premier motif étoit l’efpé-
rance d'un préfent confidérable. Iamed Aga, qui avoit écrit en faveur des
Anglois,. les avoit prévenus fur les principes de la Cour de Zenan, Le mêé-
me joue il y arriva un More du Caire, qui étoit ancien ami du Bacha, &
qui lui avoit prêté des fommes confidérables avant fa fortune. Ce More avoit
eu dans la Rade de Mocka un Vaiffeau prêt à faire voile pour les Indes lorf-
que les Anglois avoient été trahis ; & s’attendant à quelque effet de leur ref-
fentiment, il n'avoit pas douté que la vengeance ne les portât d'abord à fe
faifir de fon Bâtiment, Mais ils l'avoient laiffé partir avec tant de liber-
té, que dans la reconnoiffance qu'il avoit cru leur devoir, il leur avoit of-
fert folemnellement fon amitié, Il avoit écrit en leur faveur au. Bacha ; &,
ne
. & (p) Cette Ville eft appellée dans lare- nommoient la Ville, par excellence, C’eft
Hton Stambol , par corruption des mots ainfi qu’encore à préfent Athènes eft appellée
SVECS dis sw mea, Mots dont les Grecs fe Satines , par corruption de is Aëéras. Pojel,
fervoient ordinairement qnand ils vouloient Comp. Cof. €? Fr. Port. Cret. Purchal].
dire qu'ils aloient à Conftantinople, qu'ils
Dd 3
Sin Hewnr
MippLerTon.
1611,
Sentence du
Bacha,
Les Anglois
rentrent en
prifon,
Faveurs qu'ils
reçoivent du
Kiahia,
Efpérances
u’on leur
onne, & fe-
cours qu'ils
reçoivent de
plufieurs amis,
Sin Hennt
MiboLuTron,
1611.
KR ET har-
die de l'Ami-
tal,
Les Prifon-
niers An:lois
d’Aden font
envoyés à
Zenan.
Récompenfe
promife au
Kiahia.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ne ménageant point les termes, il lui avoit repréfenté qu'il s'expoñoit au rif.
uc de ruiner le Pays, en y détruifant le Commerce, Dans la vifite qu'il lui
faifoit à Zenan, il joignit toutes fortes d'inftances à cette raifon; &, per.
fonne n'ofant parler avec la même liberté , il lui confeilla de renvoyer les
Anglois avec toutes leurs marchandifes. L'Amiral confeffe dans fa Relation
qu'il fut redevable de fon falut à de fi puiffantes follicitations. Il apprit en.
fuite de Schermal & de Hamed que le deffein du Bacha, en le faifant ame.
ner à enan, avoit été de lui faire couper la tête, & de réduire tous fes
gens à l'efclavage. Hamed, furnommé J’addi, étoit un riche Négociant d'A.
rabie, qui faifoit fa demeure ordinaire à Zenan, & qu'on appelloit le Mar.
chand du Bacha. Son amitié fe foûtint avec la même fidélité jufqu’au départ
des Anglois.
L'AMIRAL encouragé par tant de motifs, fit préfenter au Bacha une Re.
uête aflez hardie, Il expoñoit qu'en fe rendant à Mocka il avoit donné or.
re aux Commandans de fes Vaifleaux de fufpendre les hoftilités pendant
vingt-cinq jours, & d'en ufer enfüuite à leur gré, fi dans cet efpace ils ne
recevoient aucune nouvelle de lui. Le tems étant expiré, il prenoit la liber.
té d'en avertir le Bacha, afin qu'il daignât fe hâter de terminer fon affaire,
ou de lui donner À or favorables affürances qu'il pût communiquer à fes
gens; fans quoi il ne pouvoit répondre que fe voyant fans Chef, ils ne fe
portaffent à la violence. Cette rufe produifit tant d'effet, que deux jours
après on déclara politivement à l'Amiral que toutes les difficultés étoient fi.
nies; & que s'il étoit encore retenu à Zenan, c'étoit pour attendre l’arrivée
de quelques Anglois qui avoient été arrêtés aufli à Aden, & que le Bacha
faifoic venir, dans le deffein de les renvoyer tous enfemble à Mocka.
EN effet on vit arriver le 17 M. Fowler & dix-huit autres Anglois, qui
fortoient des prifons d'Aden. Ils furent préfentés au Bacha, qui The Br Le
mêmes queftions qu’à l’Amiral, & qui les envoya dans une prifon fans les y
faire maltraiter. Quelques jours après, le Kiahia fit inviter l'Amiral à l’ac.
compagnet dans fes Jardins. Il lui dit que le Bacha avoit deflein de le voir
aufli dans fa maifon de plaifance, & qu’il lui conféilloit d'employer des ter.
mes doux & foûmis pour l’appaifer entièrement. Sir Henri lui demanda s'il
croyoit que le Bacha lui rendît fes marchandifes & fa Pinafle. Il répondit
qu'il l'ignoroit; mais que fi les Anglois fuivoient fon confeil, ils ne touche.
roient point à cet article, pendant leur féjour à Zenan. Ecrivez-moi de
Mocka, ajoûta-t'il, & je vous fervirai de tout mon crédit. On a déja fait
remarquer que le motif du Kiahia étoit l’efpérance d’une groffe fomme d'ar-
gent. C’étoit dans cette vûe qu'il avoit engagé Scherniel À prévenir l’Ami-
ral par fes bienfaits, & l’on avoit déja délibéré à quoi la fomme devoit mon-
ter. Le Kiahia ne fit aucune difficulté d’en parler ouvertement, Il éxigea
une promefle de 500 écus Vénitiens; & l'ayant obtenue, il partit à cheval,
après avoir chargé l'Interprête d'amener fur fes traces l’Amiral & Femel &f
Jardin du Bacha.
ON les fit attendre une heure à la porte. Enfin l’Interprête ayant reçu
ordre de les introduire , ils trouvèrent le Bacha dans un cabinet d'Eté avec
le Kiahia debout à fa droite, & dix ou douze autres Turcs derrière lui. L’A-
miral fut conduit par deux hommes, qui tenoient les deux côtés de fon ha-
bit; & Femel, qui le fuivoit, eut la Tiberté de s'avancer fans ue cé
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enir l’Ami-
evoit mon-
Il éxigea
à cheval,
INDES ORIENTALES, Lav. IV, Car, I.
Bacha, les voyant à deux pas de lui, leur fit figne de s'arrêter: mais pre-
nant un vifage riant, il fit diverfes queftions à l'Amiral, fur fa fanté, fur la
vie qu'il menoit à Zenan, & fur le goût qu'il avoit pour les ufag:s du Pays.
Enfin il l'affüra que dans peu de jours il feroit renvoyé à Mocka avec tous
grande partie auroit la liberté de retourner à bord,
pptandis qu'il attendroit dans la Ville, avec les autres [au nombre de 29 7, que
les Vaifleaux de l'Inde fuffent entrés dans le Port: api ès
lui-même de remonter fur les fiens, & de tourner fes voiles où il voudroit,
fL'Amiral [le pria de ne pas retenir un fi grand nombre de fes gens, mais il
e l'ai dit, trente d'entre vous refterez ici: en-
avoir fi fes marchandifes &
t qu'elles ne le feroient pas,
fes gens, & que la plus
uoi il feroit libre
eut ces mots pour réponfe,
fuite ] malgré le confeil du Kiahia, il voulut
fa Pinaffe lui feroient rendues.
parce qu’elles avoient été confifquées au profit du Grand-Seigneur. Il demanda
fi quelques matériaux du moins qu'il avoit à Mocka, & qui lui étoient nécef-
ation, feroient reftitués. On lui promit de les rendre; &
romefles à lui accorder la liberté de rentrer
aifleau lorfque ceux de l'Inde feroient arrivés.
EnsuirTe le Bacha prétendant juftifier ce qui s'étoit paflé, loaa beaucou
fon propre caraétère & la douceur avec laquelle il avoit traité les Anglois.
les félicita même du bonheur qu'ils avoient eu de tomber entre fes mains,
les afMürant que fous un Gouverneur aufli rigide que fon prédéceffeur , il leur
en auroit coûté la tête pour s'être approchés de la fainte Ville.
clara qu'il ne leur étoit rien arrivé que par l'ordre exprès du Grand-Seigneur,
à qui les Bachas du Caire & de Swaken, aufi-bien que le Cherif de la Mec-
que, avoient repréfenté que le Vaiffeau Anglois l'#fenfion avoit acheté à
Mocka les plus fines marchandifes de l'Inde; ce qui avoit fait un tort confi-
dérable au Commerce de la Turquie; fur quoi le Grand-Seigneur avoit en-
voyé à tous fes Commandans l'ordre de confifquer tous les Vaiffeaux An-
glois ou des autres Pays Chrétiens, qui viendroient dans cette Mer, & de
tuer ou faire Efclaves tous les hommes qui tomberoïient entre leurs mains.
erfuader à l'Amiral que c'étoit le traiter avec beaucoup
des ordres fi févères, que de lui accorder la permiflion de
retourner fur fes Vaiffeaux. Il ajoûta que les Anglois & les autres Nations
Chrétiennes apprendroient fans doute à ne pas s'approcher déformais de la
fainte Ville.
LE premier de Février, l'Amiral fut averti par le Kiahia que les Anglois
devoient un compliment au Bacha fur le choix que le Grand-Seigneur avoit
fait de lui pour fon Vifir. En effet ce Gouverneur venoit de recevoir les plus
hautes marques de diftinétion & de faveur.
gneur , qui étoit dans des termes fort honorables, on lui avoit apporté de
Conftant'nople une épée fort riche &-les autres marques de fa nouvelle di-
gnité. Ilrecut ces préfens avec beaucoup de folemnité,
vant, juiqu'a deux lieuës de la Ville, on y dreffa une tente où il fe revetir
du Caffetan & des autres ornemens qu'on lui apportoit. Il revint enfüite à la
Ville, accompagné de tout ce qui pouvoit donner de l'éclat à fa marche.
L'Amiral & es principaux compagnons eurent des places marquées pour
; De-là , ils furent conduits par leur Interprece au Pa-
lis du Viñir, où ils furent admis à l'Audience fans l'avoir long -tems atten-
On lui répon
faires pour la navi
l'on s'engagea par
Le Bacha voulut
de bonté, malgr
Outre la Lettre du Grand-Sei-
Etant allé au-de-
Femel #
d'Eté avec
e lui. L'A-
de fon ha-
uide. Le
Bacha
afifter à ce fp-étacle.
Sun Hrnnr
Miobiurow,
1611,
Promeflès
que le Bacha
ait aux An:
glois,
Eloge qu'il
fait de lui-
méme.
Le Dacha de
Zenan et créé
Vilir,
Il reçoit los
pions du
Grand Sci-
bueur,
216 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Smlluwur due, Sir Henri lui protefta qu'il n'avoit point d'autre vûe dans cette vif.
Mioouxron, te que de prendre une vive parc à fa joye & de lui fouhaiter toutes fortes de
1011. profpérités. Le Vifir le remercia fort affeétueufement, & l'affüra que tou.
tes fes promeflès feroient bientôt remplies, 11 parut fi fenfible au compliment
des Anglois, qu'il leur accorda, comme une infigne faveur, la permiflion de
baifer fa main.
Les Anglois (4) CereNDanT la plus grande partie des Prifonniers fe reffentoit de
font élargis. Ja mifère de leur fituation. L'ennui, le froid, la pefanteur des fers, le mau-
vais air & la mauvaife nourriture en avoient fait toinber plufieurs dans des
maladies dangereufes. A force de follicitations, Sir Henri obcine qu'ils fuf.
fent délivrés de cette affreufe prifon. On lui donna dans la Ville une affez
rande maifon, pour les y raffembler tous, avec la permiflion de prendre l'air
de fe promener. Pour comble de faveurs le Kiahia lui envoya fix bœuñ,
de obtien. & d'autres rafraîchiffemens, ui rendirent la fanté & les forces aux Malade,
tes À Heat (Il l'avertit aufli que l'Aga Rhegis avoit écrit au Bacha qu'il étoit à propos
té de retour. d'envoyer tous les Anglois à Aden, où ils pourroient s'embarquer fur leurs
nerd Mocka, Vaifleaux ; que par-là on préferveroit la Ville de Mocka, & les Vaificaux
des Indes, qui pañloient par le Détroit de Bdb (r), de vous les effets du ref.
fentiment de Sir Henri. Mais il lui apprit en même-tems qu'il avoir empéch
que cet avis ne fut fuivi.]
ENr1N l'ordre, ou la permiffion du départ arriva le 17. Le Kiahia fe char.
ea lui-même de conduire l'Amiral & lemel à l'Audience du Bacha. Ils en
urent reçus avec des marques extraordinaires de bonté, mais qui furent ac.
compagnées d'avis & de menaces. 11 leur répéta qu'ils ne devoient leur falu
qu'a fa clémence; que l'épée du Grand-Scigneur étoit longue, & qu'il lui a
voit rigoureufement défendu de fouffrir les Chrétiens [& les (5) Luthériens}t
dans ces Mers: que la porte feroit fermée déformais au press & que c'e
toit aux Anglois à donner cet avis aux autres Nations Chrétiennes. L'Ami
ral le fupplia du moins que s’il arrivoit quelques Vaifleaux Anglois dans le Pays
avant qu'il eût le tems d’avertir fa Nation des ordres du Grand-Seigneur , on
ne les trahît point par de faufles promefles, & qu'on leur déclardt neue
ment qu'ils ne devoient efpérer aucun commerce avec les Turcs. Cette pric-
re fut rejettée. Il fe réduifit à demander que le Bacha prût la peine d'écrire
à Mocka, pour donner plus de force à fes ordres ; dans la crainte que l'A.
ga, dont la haine étoit connue pour les Anglois, ne recommençat fes in-
juftices. Tout l’orgueil du Vizir s’émut à cette propolition. Un mot de ma
Tenche. répondit-il, n’eft-il pas fufifant pour renverfer une Ville de fonden
Orgucilleufe comble? Si l’Aga vous fait tort, je le ferai écorcher jufqu’aux oreilles, &
Pare du je vous ferai préfent de fa cête. N'eft-il pas mon Efclave ?
CEPENDANT
(4) La 4e. Scétion commence ici dansl'O+ bord favorable aux premiers, puifqu'ils feroient
riginal. R. d. E. mis ici en oppoñition avec les Chrétiens. Mais
dœ(r) Ou Bdbs c'eft-à-dire le Détroit de Bäb il faut confidérer que les Mahométans de ces
* Almondub, ou comme les Européens l'appel. quartiers, ne connoiffant que les Portugais Ou
lent, de Babel Mandel. ‘autres Européens Catholiques qui adorentles
œ(s) Il n'eft pas aifé de deviner ce qu'avou- Images, confondoient le mot de Chrétien à
lu dire le Bacha; à moins qu'on ne fuppofe vec celui d’idolâtre; ainfi en diflinguant les
FA a diftingué les Protettans d'avec les Ca- Proteftans, ils évitoient de charger ceux-ci u ur
oliques , diftinétion qui ne paroîtroit pas d'a- ne épithéte odicufe,
oreille
geant
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Ce qu
Capab
Les ri
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maflé
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Kiahia
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EPENDANT
qu'ils feroicit
hrétiens. Mais
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iftinguant Îes
2r ceux-ci u
* dont l’Amiral écrivit les noms.
Kravanferas, 16 milles. Merfadin, [ Maifon à Caffé] 16 milles.
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cmar.L 21
CereNDanrT, après ce tranfport d'orgueil & de colère , il donna ordre
au Kiahia d'écrire quelques mots favorables à l'Amiral; mais il fut plus conf:
tant dans.le refus qu'il fit de répondre à la Lettre du Roi d'Angleterre, En
fortant de l’Audience, l'Amiral dit au Kiahia qu'il étoit fans épée, & qu'il
demandoit la permiflion d'en acheter une, afin de ne pas retourner dans la
condition d'un Prifonnier ; comme il étoit venu. Cette demande he
oreilles du Bacha, qui lui envoya une de fes propres épées. Le Kiahia ju-
geant que fa bourfe écoit mal remplie ve un fi long féjour à Zenan, lui
préta cent fequins d'or, pour payer les frais de fa prifon & d'autres dettes.
Ce qu'on a dit des vûes intéreiées du Kiahia n'empéchoit point qu'il ne fûc
capable d'une aétion libérale ; au lieu que l'avarice du Bacha étoit extrême,
Les riches Négocians avoient befoin des'obferver beaucoup pour ne lui don-
ner fur eux aucune prife. Il avoit fait tuer depuis peu un Aga qui avoit a-
maflé d'immenfes tréfors ; &, fans aucune forme de Juftice, il s'étoit misen
poffeflion de fes richeffes.
Enrin l'Amiral prit congé de fes Bienfaiteurs, & reçut deux Lettres da
Kiahia ; l'une pour le Gouverneur d'Aden, qui lui ordonnoit de reftituer la
Chaloupe du de: ar l'autre pour celui de Tayes, gi portoit ordre de
rendre aux Anglois le jeune homme qu'ils avoient laiflé malade dans cette
Ville, & qui avoit été forcé d'embrafler le Mahométifime, [Quoique le cha-
rin de leur fituation ne leur eût pas laiflé beaucoup de goût pour les objets
de curiofité, ils avoient fait quelques obfervations qu ils nous ont pe.
Zenan, que d'autres nomment Sina, leur parut un peu plus grand que Brif-
tol, Les maifons y font de pierres liées avec du ciment, Il ne s'y trouve que
de l'eau de puits, & le bois y eft fort cher ; parce qu'il y eft apporté de loin.
La Ville eft entourée de murs; & pour Fortereffe, elle n'a qu'un Château à
l'Eft, où le Bacha fait fa demeure. Au long des murs, & fort près de la pri-
fon où l’Amiral avoit été enfermé, on a ménagé un grand enclos, dans le-
quel on tient, fous une fûre Garde, les femmes, les enfans & les proches
arens de ceux dont la fidélité eft fufpeéte au Gouverneur. Les femmes &
kfles enfans ont la liberté de courir dans cet efpace; [ces derniers courent la
plûpart du tems nuds; excepté quand le froid eft fort grand; alors ils fe
couvrent d’une peau de brebis; ils font aufli fauvages & aufñi endurcis que
s'ils habitoient dans les montagnes:] fi les raifons qu'on a de les retenir du-
rent aflez long-tems pour leur laifler le tems de croître, on les met alors
aux fers dans une prifon plus étroite, pour y demeurer aufli long-tems qu'il
plaît au Bacha.
Les Anglois partirent de Zenan le 18 de Février, montés fur des ânes ou
des chameaux, à l'exception de l'Amiral & de Femel qui obtinrent des che-
vaux. Ils avoient pour Conduéteurs deux Chiaoux, l'un à cheval l'autre à
pied. Dans une fi longue route, ils ne rencontrèrent que treize lieux habités,
Siam, petite Ville avec un Château fur le
revers d'une montagne, à 16 milles de Zenan. Surago, Village, 18 milles
plus loin. Damare, petite Ville, 20 milles au delà. ÆErmin, Village, 15
milles. Nakhel Sammar, Caravanferas ou Hôtellerie, fur une montagne
du même nom, 14 milles. Mohader, Village, 13 milles. Rabatamaine, Ca-
Tayes, Ville
moins grande que Zenan dela moitié. Eufras, Ville, 16 milles. ÆfJambine ,
II, Part. Ee Caravanferas,
Sun Fenat
Miobitron,
1611,
Son Avarice,
Obfervations
fur lu Ville de
Zenan,
Retour de
Anglois à
Mocka,
af VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Sm Muwar Caravanferas, 11 milles, ÆAkkamot, Caravanferas, 13 milles, Moy/a, Ville, qu'ils hu
Mionieron. 17 milles. Make (1). compli
1614: On s'arrêta deux jours à Damare, par l'ordre d'Abdalla Chelahi, Lieu. droit cl
tenant du Bacha dans cette Province. Les montagnes efcarpées qu'on traverfe de cha
Haine des A- dans cette route, ont pour habitans des Arabes qui ne peuvent fouffrir l'or. pardon
gabes CORTE eil & l'infolence des Turcs, qui ne les laiffèroient pas voyager fans in. duite fu
nue ulte, s'ils n'apportoient un palfeport de la Province d'où ils font partis, À tion, Si
Mohader, un Les Chiaoux ayant pris quelques ânes pour fuppléer à ceux qui cha fer
étoient fatigués du voyage, les Arabes s'attroupèrent aufficôc à la fuite de la leur, h
Caravane, & reprirent ces animaux, fans qu'aucun Ture eût la hardielle de ter & q
s'y oppofer. On palla deux jours à Tayes, pendant lefquels Sir Henri n'é. & qu'il
argna rien pour délivrer le jeune Anglois des mains du Gouverneur, On qu'ils av
Pavok forcé par toutes fortes de menaces d'embraifer la Religion de Maho- avec toi
met. Un Matelot Anglois, qui parloit la langue du Pays, obtint la permif. Æberté q
fion de le voir dans une chambre où il étoit avec plufieurs jeunes gens de fon Doane à
Un leune “ee Ce malheureux jeune homme verfa beaucoup de larmes à la vûe de fon aux An,
Anglois fe fait Compatriote, & protefta qu'il n'étoit pas Mahométan dans le cœur. Il ajoû- prefqu'a
Mahométan. ta qu'il avoit été trompé par de faufles affürances de la mort des Anglois à chapper
Zenan, & qu'on ne lui avoit laiffé que le choix du Turban pour fauver fà vie, me , il fe
ce qui ne l'auroit même ébranié, fi plufñieurs Domeftiques de l'Aga ne toit fié«
l'eullent mené malgré lui dans un bain chaud, où l'ayant dépouillé avec Moc
violence, ils l'avoient circoncis. L'Amiral eut en vain recours à la Lettre du fendue p
Kiahia. Elle portoit bien qu'on eût à rendre le jeune Anglois, mais fuppo- tion eft
fé qu'il n'eût pas changé de Religion, Ainfi dans l'étac où il fe trouvoit , Gouverr
elle devenoit au contraire un ordre pour le retenir. Sir Henri s'était dé- | vance be
fié en la recevant, qu'elle écoit conçue dans ces termes; & cette raifon l'a- our em
voit porté à ne la montrer qu'après avoir employé inutilement toutes les au» aquelle «
tres voyes. Fort qui
Civilitéd'un _ L’AMIRAL avoit été traité fort civilement à fon premier Ps ar le dans cet
Gouverneur Gouverneur d'Eufras, qui étoit néanmoins Turc de naiflance & de Religion. n'eft pas
Furc, Il en reçut les mêmes civilités à fon retour, jufqu'à trouver à fix milles de L'aps
ce lieu un Meffager de fa part, qui venoit le féliciter de la fin de fes peines, } vint affe:
& qui ne le quitta point jufqu’à la Ville, où les Anglois furent bien logés & qui fe tre
bien fervis. is mirent feize jours dans cette pénible route [qui eft fort peu-1# Le lende
pléel: Le 5 de Mars, [après s'être arrêtés deux outrois heures à Dabuli qui eftrg Dabul,
un Café , bâti par un Marchand de Dabul, ] ils arrivèrent à Mocka vers huit re avec
heures du matin, au milieu d'une foule d'Habitans Arabes, qui marquérent la Ville,
beaucoup de joie de leur retour. Quelques Anglois qui y étoient reftés prifon- devant t
niers, avoient été mis en liberté Îe jour d’auparavant , & ne manquèrent beaucou
point de venir au devant de leurs Compagnons & de leurs Chefs. L’Amiral pas de m
apprit d'eux que le Ciel avoit favorifé la hardicffe de Pemberton. Il étoit ren- cés de N
tré heureufement dans Mocka, où il avoit trouvé le moyen de fe failir fur le avoient «
Les Anglois Tivage d'un Canot, dans lequel il étoit retourné à bord. Ciel à ju
arrivent à La Caravane alla defendre à la porte de l'Aga, qui confentit fur le champ Marchan
Mocke, à recevoir l'Amiral & fes principaux Compagnons. Après avoir 1à les Lettres re invité
qu'ils mirable,
peine à
Le h
(5) On réferve une plus ample Defcription de cette route pour les Voyages parterre.
INDES ORIENTALES, Li, IV. Cnar. 1 219
"ils lui avoient apportées, il compofa fon vifage à la diffimulation, & fes
complimers furent auffi vifs que l'amitié les auroit pû diéter, 11 rotcha qu'il
droit charmé de leur retour, qu'il en remercioit le Ciel, & qu'il avoit autant
de chagrin que de honte de cout ce qui s'étoit palTé, 11 pria l'Amiral de lui 4e l'Aga,
pardonner, & de le mettre au nombre de fes amis. Enên rejettant fa con-
duite fur l'ordre de fes Maîtres, il jura qu'il avoit fait violence à fon inclina-
tion, Sir Henri feignic de le croire fincère, & lui demanda fi les ordres du Ba-
cha feroient éxécutés. Les proteftations recommencérent avec la même cha-
leur, Elles furent même foûcenues d'un déjeûner, que l'Aga le 44 d'accep-
l'avenir
f
diefTe de ffrter & qu'il prie avec lui Len l'exhortant à avoir l'efprit tranquille
enri n'é- & qu'il pouvoit étre affüré qu'il n'avoit plus rien à craindre de fa part, pui
ur, On qu'ils avoient mangé enfemble du pain & du fel.] Enfuite le faifant conduire
: Maho- avec tous fes gens dans une maifon voifine du rivage, il lui laiffa autant de li
| permif Æberté que de repos pendant le refte du jour, Mais [foie qu'il eût manqué de
ns de fon bonne-foi dès le premier moment , ou qu'il fût échappé quelqu'indiferétion
\e de fon aux Anglois,] il les mic le lendemain dans un lieu plus éloigné du Port , &
Il ajoû- prefqu'au centre de la Ville, comme s'il eût craint qu'ils ne penfaffent à s'é-
inglois à chapper. 11 leur donna des Soldats pour Gardes pendant la nuit; & lui -méê-
er là vie, me , il fe promenoit aucour de leur maifon pendant le jour, comme s'il ne s'é-
l'Aga ne toit fié qu'à fes propres yeux pour les obferver,
illé avec Mocxa eft d'un tiers moins grand que T'ayes. Ce n'eft point une Ville dé- … Grandeur &
Lettre du fendue par des Fortifications , mais elle eft extrêmement peuplée. Sa fitua- fruation de
is fuppo- tion eft fur le bord de la Mer, dans un terrain fort fabloneux. La maifon du °°"
rouvoit , Gouverneur touche au rivage, & n'a, plus loin, qu'une grofle jettée qui s'a-
étoit dé- vance beaucoup dans la Mer. C'eft où les Vaiffeaux font obligés d'aborder
aifon l'a- ee empécher la contrebande, La tête de la jectée eft une plate-forme , fur
s les au aquelle on a placé une douzaine de canons. Du côté de l'Oueft on a rebâti un
Fort qui avoit été détruit par les Anglois dans le premier voyage qu'ils firent
c par le dans cette Mer; [&, dans l'état même où l'on s'eft efforcé de le rétablir , il
Religion. n'eft pas capable d'une longue défenfe.]
illes de L'arrès-midi du 5, le Darling entra audacicufement dans la Rade, &
peines, | vint affez près de la jettée pour faire afürer l’Amiral par quelques Anglois
logés & qui fe trouvoient fur le rivage, que tout étoit en bon état fur les trois bords.
Ort peu-1f Le lendemain, Nakada Maleck Ambar, Capitaine d'un grand Vaiffeau de
li qui eltr Dabul, qui étoit arrivé dans la Rade deux jours avant les Anglois, prit ter-
vers huit re avec un grand nombre de Marchands, & fut conduit folemnellement dans
rquérent la Ville. L'Aga s'étant préparé à le traiter, invita l'Amiral à cette fête. La, , Serment de
s prifon- devant toute l'Affemblée, il fe fit apporter l'Alcoran, qu'il baifa d'abord avec Lg À 2.
quèrent beaucoup de refpcét; & de fon propre mouvement, il jura qu'il ne fouhaitoit glois,
"Amiral pas de mal aux Anglois, qu'il feroit tout ce qui dépendoit de lui pour le fuc-
toit ren- cès de leurs affaires, & qu'il avoit beaucoup de regret des peines qu'ils
fir fur le avoient effuyées. l'Amiral lui fit des remercimens fort vifs, en laiffant au
Ciel à juger de fa bonne-foi. Le jour fuivant, l'Aga donna une autre fête aux
» champ Marchands de Dabul dans fa maifon de campagne , où l'Amiral fut enco-
L Lettres reinvité. Les Dabulicns étoient montés fur des chevaux d’une beauté ad-
qu'ils mirable, & parés fort richement , tandis que Sir Henri & Femel avoient
peine à marcher fur ceux qu’ils avoient amenés de Zenan.
terre LE huit, tous les Anglois qui étoient à Mocka, reçurent ordre de s’affem-
Ee 2 bler
Sim Henri
MibDLETON.
1611.
Une partie
des Anglois eft
renvoyée à
bord,
Les trois
Vailleaux fe
retirent à
Affab.
Projet de l'A-
miral pour
s'échapper,
Détail du
commerce de
Mocka,
220 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
bler chez l'Aga. Ils étoient au nombre de foixante-fix , dont trente furent
réfervés avec l’Amiral pour attendre l'arrivée des Vaiffeaux de l'Inde, &le
refte eut la liberté de retourner à bord. Le Darling qui les vint prendre
au rivage, obtint la permiflion d'acheter diverfes commodités; & mettant
aufi-tôt à la voile, il alla rejoindre les deux autres Bâtimens qui s’étoient
retirés dans une fort bonne Rade, nommée Æfab (uv), fur la Côte des A.
byflins. Ils y avoient trouvé du bois & de l'eau en abondance. Les Habi.
tans du Pays font auñi noirs que les Négres de Guinée. Sur les bords de Ja
Mer, ils font tous Mahométans ; mais dans l'intérieur des terres il ne fe
trouve que des Chrétiens, Sujets du Prête-Jean (x). Ils vont nuds jufqu'à
la ceinture, où ils font couverts d’une forte de pagne qui leur tombe fur les
genoux. L'arrivée des Anglois leur caufa d'abord beaucoup de frayeur,
Mais lorfqu'on eût formé quelque liaifon , & qu'elle fût enfuite contirmée
par des fermens mutuels, ils s'emprefférent de paroître avec des bœufs, des
moutons & des chèvres. Les payemens fe firent pendant quelques jours en
argent. À la fin ils demandèrent eux-mêmes , pour échange, de la toile
groffière que les Anglois avoient achetée à Mocka, & ce commerce devint
fort avantageux aux trois Vaifleaux.
fut plein de franchife, quoique les Turcs qui pañloient & repañloient conti.
nucllement dans de petites barques, fiffent tous leurs efforts pour leur faire
changer de conduite.] Le Prince du Pays, fous l'autorité du Monarquedes
Abyflins, fait fa réfidence dans une Ville peu éloignée de la Côte , à qua-
rante milles au Sud d’Affab ; c'eft-à-dire , aflez proche du Détroit. Cette
Ville fe nomme Rabaita, & pañle pour une des plus peuplées du Canton. La
Langue qu'on y parle n'eft point entendue des Arabes, quoique tous les gens
au-deffus du commun entendent celle d'Arabie. Les Commandans des trois
Vaifleaux furent furpris de voir arriver des Députés du Prince qui leur en-
voyoit des préfens , avec l'offre de tout ce que le Pays produifoit. Ils té-
moignérent une profonde vénération pour un Prince fi généreux , & leur
reconnoiflance 1e fignala par diverfes galanteries dont ils chargèrent fes
Mefagers.
EN partant de Mocka, le Darling avoit obtenu la permiffion d'y retour
ner tous les dix jours, pour donner aux yeux des Infidèles , cette marque
de refpeét & d'attachement à l’Amiral. Il ne parut point impofñible aux
Prifonniers Anglois.de profiter de cette accafion pour fe mettre en liberté;
LSir Henri auroit déja pu s'échapper feul; mais la crainte de laiffer fes com-1$
pagnons expofés au reflentiment des Turcs le retint.]. Tandis qu’ils s’occu-
poient d’un projet fi hardi, ils eurent le fpeétacle continuel d’un grand nom-
bre de Bâtimens, qui arrivoient de toutes les parties de l’Afrique &delIn-
de. Ce détail peut faire prendre quelque idée du commerce de Mocka. Il
arriva. le 2 d'Avril, un fecond Vaifleau de Dabul, extrêmement chargé
d'hommes &. de marchandifes. Le Capitaine ou le Nakada , fit une mar
che folemnelle dans la Ville, en robe peinte, fuivant l’ufage. Ces robes
qui
7 (v) Ce mot peut fignifier un lieu qui que cet endroit étoit rempli de beftiaux.
abonde, ou un lieu: qui manque de pâtura- ur (x) C'étoit le nom qu'on donnoit 2-
ges. Mais il faut le prendre ici dans lepre- lors à l'Empereur des Abyflins.
mier fens, parce qu'il paroït par la relation
[Leur procédé à l'égard des Angloistÿ
Dit [qui fut fu
Æ François
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dt chargé
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beftiaux.
donnoit à
INDES ORIENTALES, Liv. IV Cuar. I.
221
qui fe gardent à Mocka pour ces occafions, font louées un certain prix, &
rendues fidèlement après la fête. Le 3, il arriva d’Aden une forte de Bäti-
ment nommée Ÿelba, qui amenoit la Chaloupe du Pepper-Corn. Le 4, on
vit entrer dans le Port un troifième Vaiffeau de Dabul, qui revenoit d’Achin.
avec fa cargaifon de poivre. Ces trois gros Bâtimens de la même Ville ap-
partenoient au Gouverneur, qui étoit Perfan, & fort célèbre par l'étendue
& le fuccès de fon commerce. Capitaines & Matelots , tous les hommes
qu’il employoit à fon fervice étoient fes Efclaves. Maleck Ambar qui com-
mandoit les trois Vaifleaux, & que l’Aga traitoit avec tant de diftinétion ,.
n'étoit pas d’une condition plus relevée. Il n’avoit pas coûté plus de quinze
ou feize piéces de huit à fon Maître : mais ayant mérité fon amitié & fa
confiance, il difpofoit de toutes fes richefles, & jamais on ne le vayoit par-
yptir fans une fuite aufi nombreufe que celle d'un Bacha. [Le 6 Sir Henri
envoya au Kiahia Chelabi- Abdallah un moufquet bien travaillé, avec un petit.
baril de poudre qu'il lui avoit promis.] Le 7 il arriva de l'Inde un Vaifleau
chargé de coton. Le 11, deux grandes & riches Barques des Maldives ,.
dont le Commandant rendit plufieurs vifites à l’Amiral. Le 12, deux autres
ff” Barques de la Côte de Malabar, [par un Vent d'Oueft, qui après avoir du-
ré cinq jours, revint au Sud-Sud-Eft.] Le 14, une Barque chargée de co-
ton, pour les Banians, & le lendemain une autre Barque de Cananor. Le
17, il vint par terre une nombreufe Caravane de Marchands de Damas,
de Suez & de la Mecque, pour commercer avec ceux de l'Inde. Le 19,un
Vaifleau & une Barque de Cananor. Le Capitaine de ce Vaiffeau ayant mar-
qué de l’empreffement pour voir l'Amiral Anglois ,. cette politefle déplût fi
fort à l’'Aga qu’au milieu de la vifite il leur fit défendre par un de fes gens
de continuer leur correfpondance. Le 20, il arriva un Vaifleau de Calecuts
Wkp [qui fut fuivi du Darling ;] le 23, une grande Barque qui appartenoïit au Roi
de Sokotora, & qui revenoit de Goa.
Sir HENR1 cherchoit depuis long-tems l'occafon de faire pafer des Let-
tres en Angleterre, pour informer fa Compagnie du traitement qu'il avoit
reçu à Mocka. Le 2 de May, un Guzarate qui entreprenoit le voyage du
| Caire, fe chargea des deux copies de la même Lettre, l’une pour le Confüul
Æ François du Caire, l’autre pour le Confüul Anglois d'Alep. [Son efpérance
étoit que l’un ou l’autre pañléroit heureufement: mais c’étoit {e fier beaucoup
au hazard.] Le 10 il arriva une Barque de Suabell ou Magadoxo., chargée
de dents d'éléphans, d'ambre &. d’autres richeffes de l'Afrique. Chaque an-
née il venoit quatre Barques du mème Pays; mais il étoit alors troublé par
la guerre, & les Portugais y avoient brûlé tant de Bâtimens ,que le coura-
ge avoit manqué aux Marchands pour en faire partir un plus grand nom-
bre. L'ambre venoit de Kankamara dans l’Ifle de Madagafcar, c’eft-à-dire,
du même lieu. où le Capitaine Rowles, qui commandoit l’Union , avoit été
lâchement trahi. L'Amiral s'informa de fon fort, mais fans pouvoir obte-
nir d’éclaircifflement.
: (y) LE Darling étoit déja. venu au Port de Mocka, dans l'unique vûe
d'en reconnoître la fituation, & de recevoir les ordres de l'Amiral. Il yre-
vint
(y) Ici commence la se. Se&tion de l'Original, R. à. E
Ee 3
Str Herr
MipDLETON,
1611.
L'Amiral {e
fert d'un Gu-
Zarate pour
écrire en An-
gleterre.
Sir ent
MipoLeTon,
1611,
L'Aimiral An-
glois penfe {é-
rieufement à
fe fauver.
Mefures qu’il
prend pour fon
évafion.
life fait por-
ter au rivage
dans un coffre.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
229
vint le 10 de May vers midi; & füuivant fa coûtume , il cira un coup de
canon , pour avertir qu'on lui envoyât une Chaloupe à bord. Le boulet
gliffa fur l'eau, du côté de la Ville; ce qui déplût beaucoup à l'Aga. Ce.
endant il ne refufa point à Sir Henri la ner d'envoyer au Vaifleau,
ais il fit porter au Capitaine Pemberton la défenfe de revenir dans la Ra.
de, & celle même d'envoyer fa Chaloupe au rivage, fans avoir reçu de nou.
veaux ordres.
Le lendemain au point du jour, l'Aga étant parti pour fa maifon de cam.
pagne avec les principaux Habitans de la Ville, Sir Henri réfolut de faifir
cette occafion pour éxécuter le projet qu'il méditoit depuis long-tems de fe
mettre en liberté. IHamed Aga, & d'autres Turcs aufli-bien difpofés pour
les Anglois, lui avoient dit plus d’une fois que le Bacha n'éxécuteroit point
fes promeffes s’il n’y étoit forcé. Enfin, l'ennui de fa prifon fortifiant fon
courage, il écrivit à Pemberton qu'il croyoit pouvoir fe fauver dans un cof.
fre vuide, & qu'il le prioit de lui envoyer promptement, la Chaloupe, avec
gs Matclots réfolus, & des liqueurs fortes pour enyvrer fes Gardes,
vant que de communiquer fon deflein à Femel, il le fit jurer, non-feule.
ment de garder le fecret, mais de ne faire aucune objeétion contre une en.
treprife à laquelle il étoit déterminé. Enfuite lui ayant là ce qu'il écrivoit à
Pemberton, il le chargea de faire là garde, avec quelques autres, dans un
certain endroit du rivage ; avec proméfle de les attendre, s’il pouvoit gagner
la Chaloupe , & deles prendre avec lui. D'un autre côté, il donna ordre à
fes Charpentiers & à d’autres Artifans de fa fuite, de fe faifir d’une Barque qui
étoit au Sud de la Ville, & qui ne manquoit de rien pour mettre à la voile;
mais il leur défendit abfolument de s'y embarquer avant qu'ils euffent vû la
Chaloupe s'éloigner de la jettée.
Tout parut d'accord à favorifer l’entreprife de l’Amiral. L'Officier qui
le gardoit s'arrêta long-tems à boire dans un Cabaret de la Ville; ce qui é
toit fans éxemple, car les yeux dé cet incommode Géolier ne s’étoient pas
fermés un moment fur le Chef des Anglois. On laiffoit aux autres la liberté
de fe promener & d'aller jufqu’au rivage fans être obfervés ; mais Sir Hen-
ri l’étoit fi continuellement que le tems de fon fommeil n’étoit pas excepté.
Il profita de l’abfence de l'Officier pour diftribuer entre fes autres Gardes les
liqueurs fortes qu’il avoit reçues de Pemberton. Ils ne furent pas long-tems
à s'enyvrer. L'Officier étant revenu à minuit fe retira dans fa chambre qui
n'étoit féparée de celle de l’Amiral que par un mur. Ce fut alors que les
Anglois du complot fortirent deux à deux pour fe rendre aux lieux que Sr
Henri leur avoit marqués. Pour lui, fe mettant dans le coffre qu’il tenoit
prêt, il fut porté direétement au rivage , où il fortit de cette cage pour en-
trer heureufement dans la Chaloupe. Onze perfonnes qui l’avoient fuivi a:
vec le même bonheur, & qui avoient fervi à le porter y entrèrentavec lui.
Mais Femel & ceux de fa troupe perdirent trop de tems à vouloir fe char
ger de nille chofes moins précieufes qu'embarraffantes. Le bruit de leur
fuite fe répandit dans la Ville, & mit en mouvement quantité de Turcs pour
les pourfuivre. Cependant les Traîneurs auroient pu fe fauver, fi fe hâtant
moins de gagner la Chaloupe, ils euffent été l’attendre à la pointe de la jet-
tée; mais avant qu’elle pût fe mettre en état de les recevoir, les Turcseu-
rent le tems de s'approcher.
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L'AMIRAL
LA
INDES ORIENTALES, Lav. IV. Cuar. I.
L'AutraL défefpèré de voir fes gens à la merci des Infidèles , fit tous les
efforts imaginables pour les fecourir, jufqu'à retourner fort près du rivage.
Leur malheur voulut que dans cette précipitation, il heurta rudement con-
tre le fable; ce qui l'empêcha de s'avancer plus loin: mais il fi: mettre quel-
ques-uns de fes gens à la nage, pour fauver du moins Femel. Ils n’étoient
lus éloignés de laterre que de la longueur d'une pique, lorfqu'ils virent les
Fures qui fe faififloient de lui & de fes Compagnons. Femel, vivement pour-
fuivi par un homme fort vigoureux, lui tira au vifage un coup de iftolet, qui
le bleffa mortellement. Sir Henri conçutalors qu’il n y avoit rien à fe promettre
de la force ni de l'adreffe. 11 voyoit toute la Vikle en allarme & le rivage
couvert de gens armés. D'ailleurs, il avoit encore à traverfer un efpace dan-
creux, & fi refferré par la petite Ifle qui partage le Port, qu'il y auroit eu
e la folie à s'arrêter plus long-tems. 11 donna ordre à fes Rameurs de gagner
le grand Canal; & fe trouvant bientôt en pleine eau, il ne lui refta plus rien
à craindre de fes ennemis.
PENDANT cetems-là, on veilloit éxaétement fur le Darling; &lorfqu'on
vit approcher la Chaloupe, onfe mit en état de la fecourir , fi elle étoit pour-
fuivie. Les Artifans qui s’étoient faifis de la Barque, ayant conduit leur en-
treprife avec beaucoup de bonheur, parurent prefqu'en même tems, & n'eu-
rent pas plus de peine à gagner le Vaiffeau. T'olbot fut le feul qui périt à la vûe
de ceux qui s'éloignoient du rivage. Il s'étoit arrêté trop long-tems; & les
autres ayant mis à la voile, fans s'être apperçu qu’il manquoit, il n’eût pas
d'autre reffource que de fe jetter à la nage pour les rejoindre. Mais fes ha-
bits, ou d’autres obftacles, caufèrent fa perte & le firent difparoître en un
moment.
Sir Henri ne laiffa pas de conferver jufqu’au jour l’efpérance de voir ar-
river quelques-uns des malheureux qu'il laifloit derrière lui. On découvrit
en effet un Canot qui s'avançoit lentement, & qui portoit deux hommes:
mais c'étoient deux pauvres Arabes , & la crainte caufoit leur lenteur. Ils
parurent balancer long-tems à s'approcher du Vaiffeau. Entin le plus hardi
s'étant déterminé à monter à bord, préfenta une Lettre, dont on reconnut
au Titôt le carattère. Elle étoit de Femel, qui exprimoit avec beaucoup de
force le péril qu’il avoit eflfuyé, & celui dont il fe croyoit encore menacé.
Ceux qui lavoient arrêté, avoient voulu d’abord lui ôter la vie; mais quel-
ques Soldats, qui avoient été careflés parles Anglois, s’étoient empreffés de
le fecourir, & l'avoient conduit avec fes Compagnons dans la maifon del’A-
ga, dont il attendoit le retour en tremblant.
ON apprit enfüuite que l’Aga, trouvant à fon arrivéecette troupe de Pri-
fonniers, devint auli pâle que fon Turban, & que dans le premier tranfport
de fa colère, il protefta qu'il leur en coûteroit la tête. Il leur demanda
comment ils avoient eu la hardieffe de vouloir le tromper. Femel répondit
qu'étant venu d'Angleterre fous l'autorité de leur Amiral, ils n’avoient rien
entrepris que par fes ordres, auxquels il ne leur étoit pas permis de défobéir.
Cette réponfe n° l'ayant point appaifé , il les fit charger de chaînes, enré-
pétant qu'il leur feroit abhatre la tête. Mais il parut s’appaifer dès le lende-
main, à la prière de Nakada Maleck Ambar, & des autres Capitaines E-
trangers , qui fe portoient à fervir les Anglois par la crainte qu'ils du
cnt
229
Sir Heat
MipperTon.
1611.
Malheur d'u-
nepartie de
fes gens.
Femel eft
arrêté avec fes
Compagnons,
L'Amiral &
d’autres An-
glois échap-
pent aux
lurcs.
Trifte fitua-
tion de Femel
& des autres
Prifonniers.
Sir Hennt
MipDLETON.
1611.
Fierté de
l'Amiral An-
glois.
La Flotte An:
gloife fe rend faire venir les deux autres Vaiffeaux. Ils arrivèrent le lendemain
dominante
dans le Port,
entre l’'Amiral
&les Turcs.
Variations de
l'Aga.
224
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fent leurs Vaiffeaux dans la Rade, Cependant ils furent gardés plus étroite.
ment que jamais.
D'un autre côté l’Amiral fit déclarer à l'Aga que s’il continuoit malgré
l'ordre du Bacha , de retenir fes gens, & ce qui appartenoit à fes Vaifleaux,
il brûle-oit tous les Bâtimens qui étoient dans le Port, & qu'il étendroit fa
vengeance jufqu’à la Ville. Il fit avertir en même-tems tous les Capitaines
étrangers de n'envoyer aucune Chaloupe à leurs Vaiffeaux qu’elle ne fe préfen.
tât au fien, pour y rendre compte de leur commiflion, & de n’en rien faire
venir fans fon confei:ement ou fans fon ordre.
Un procédé fi ferme jetta
le trouble & la coniternation dans la Ville. L'Aga fort embarrafté lui-même
craignit qu'il ne lui en coûtät la tête. L'Officier, qui avoit été chargé de la
garde de l’Amiral, étoit encore plus allarmé. L'Emir al Bahr accufé d’avoir
confenti à la fuite des Anglois, ut obligé de fe mettre à couvert; & leur
Géolier ne trouva point d
tir qu'après avoir obtenu fa grace.
préfens à Femel, [@& à fes compagnons, auxquels ils ne daignoient pas
parler auparavant. |
autre azile qu'une Mofquée, d'où il ne voulut for.
La plûpart des Capitaines & les Mar-
chands, fort inquiets pour ieurs Navires, envoyérent des vivres & d’autres
La nuit fuivante, Sir Henri envoya fa Chaloupe à la Rade d’Affab, pour
(æ) dans
celle de Mocka; & dès la première marée, toute la Flotte s’approcha du
Port. [Sir Henri fe rendit à bord de l’Increafe, où il fut reçu avec de gran-ÿ
Le 12, Mohammed, Capitaine d'un Vaifleau de Ca-
des marques de joie.
nanor, vint à bord de l’Amiral, avec des Lettres de l'emel, & l’ordre de
l'Aga, pour lui déclurer que l’Aga étoit extrêmement affligé de la manicre
dont il évoit parti ; que fon deffein avoit été de lui rendre la liberté ; qu'il é-
qu appartenoit à fes Vaifleaux; maïs
toit encore difpofé à lui reftituer ce
qu’il ne pouvoit lui envoyer le refte
e fes gens fans la permifion du Bacha;
qu’il lui demandoit quinze jours de délai, & que, fi dans cet intervalle tous
Convention les Prifonniers n’étoient pas à bord, il ne fouhaitoit aucune grace. L'Ami
ral répondit qu’il vouloit d’abord fa Pinafle, parce qu'il ne pouvoit s'éloigner
autrement de la Rade. Cependant il fe rendit aux inftances du Nakada pour
accorder le terme qu’on lui demandoit ; & fans s'expliquer fur fes deffeins,
il remit à prétendre des fatisfaétions, après qu'on lui auroit rendu fes gens &
fa Pinafte.
MonaAMMED étant retourné à la Ville, raffüra les Habitans par la réponfe
des Anglois.
Cependant l’'Aga parut fort irrité de fe voir redemander la
Pinaffe. Il fe fit amener Femel, pour apprendre de fa bouche quelles pou-
voient être les intentions de l’Amiral, lorfque par fes conventions avec le
Bacha, la Pinafle & fes marchandifes devoient refter au Grand-Seigneur. Fe-
mel répéta ce qu’il fçavoit que l’Amiral avoit répondu; c’eft-à-dire, que les
Anglois ne pouvoient partir fans leur Pinaffe : mais il ajoûta que jamais ilsne
-edemanderoient les marchandifes. L’Aga confentit le lendemain à fairetranf-
porter fur la Flotte les cables, les ancres, legoudron & d’autres biens quiap-
partenoient au Darling. Enfüuite affeétant de marquer plus de fatisfaétion, il
C3) Angl. le 13. R, d. E.
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fraîchi
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Traité.
Anglois.
ras, eut
faire pa
infidélité
s’expofet
mauvais
loit donn
lui ameni
APrRÈ
violence
feignit d
crit :
étroite-
malgré
aifleaux,
idroit fa
apitaines
e préfen-
ien faire
rme jetta
ui-mêmce
gé de la
é d’avoir
, & leur
oulut for-
les Mar-
x d’autres
oient past
Tab, pour
(3) dans
rocha du
c de gran.
au de Ca:
l’ordre de
a manière
é 3 qu'il €:
aux ; Mas
du Bach;
valle tous
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s'éloigner
kada pour
deffeins,
fes gens &
la réponfe
mander la
telles pou-
ns avec le
eneur. Fe-
e, que les
mais ils ne
fairetranf-
ens quiaP-
sfaction 9 il
jaifa
INDES ORIENTALES, Laiv. IV. Car. Il. 205
Jaiffa pafler peu de jours fans envoyer à l'Amiral des vivres & d'autres ra-
fraîchiflemens: ce qui n'empêcha point qu'une Cha'oupe partie du rivage
ayant voulu fe rendre à quelque Bord étranger fans s'approcher des Anglois,
l’Amiral ne lui fit tirer deux coups de canon qui la forcèrent de venir pren-
dre fes ordres. Il menaça les Matelots de les faire pendre, s'ils avoient la
hardieffe de retomber dans la même faute. |
IL arriva le 18 un Vaifleau de Diu, chargé de marchandifes des Indes,
ui appartenoient à ce même Schermal, dont les Anglois avoient reçu plu-
jeurs fervices. L’Amiral le força de jetter l'ancre près de la Flotte ; mais
refpeétant le nom de fon Ami, il traita l'Equipage avec douceur , & laiffa la
‘liberté de gagner la terre à ceux qui la demandérent. Cette fermeté fit fans
doute une vive impreflion fur les Infidéles; car Mohammed fut envoyé le
25 pour déclarer que le Bacha confentoit à reftituer les Prifonniers & la Pi-
knafle, Il s'engagea même à cette reltitution pour ie lendemain. [A fon dé-
part l’Incréafe le falua de trois coups de Canon.] Cependant les Anglois qui
étoient à terre furent enchaînés le foir du même jour par le col, & déli-
vrés le Lendemain de leurs chaînes, fans qu’on ait pû fçavoir la caufe decet-
te bizarrerie.
Dans le cours du 26, Mohammed fut renvoyé à l'Amiral, pour lui di-
re que la Pinaffe étoit prête à partir du rivage, mais que l’Aga ne pouvoitla
rendre, non plus que les Prifonniers , fans un écrit figné de l'Amiral & de
quatre ou cinq des principaux Anglois, par lequel ils s'engageaffent à confer-
ver la paix avec les Turcs, fujets de l'Aga, & avec les Indiens du Port, à
ne troubler la navigation d'aucun Vaifleau qui arriveroit à Mocka, ou le re-
pos de ceux qui étoient déja dans le Port & dans la Rade; enfin, à ne de-
mander aucune fatisfaétion pour les peines qu'ils avoient efluyées, ni pour
les marchandifes qu’on leur avoit enlevées. Cette promeffe devoit être con-
firmée par un ferment folemnel. L’Amiral répondit qu'il fe trouvoit fort of.
fenfé de cette variation continuelle, qi l’expofoit tous les jours à recevoir
de nouvelles demandes; qu'après l'engagement où l’on s’étoit mis, la veille,
de lui renvoyer fes Gens & fa Pinafle, il avoit dû s'attendre à plus de fidéli-
té ; mais que Mohammed obfervant fi mal fes promeffes, les Anglois pour
leur füreté, prenoient le parti de l'arrêter avec tout fon cortège, fans aucun
deffein de leur nuire , mais comme autant d'Otages jufqu’à l'éxécution du
Traité. Il lui confeilla là-deffus de donner avis à l’Aga de la réfolution des
Anglois. Mohammed, après avoir marqué autant de confufion que d’embar-
ras, eut recours aux fupplications. Il repréfenta qu’étant entré dans cette af-
faire par le feul defir d'obliger l'Amiral, il ne devoit pas porter la peine des
infidélités de lAga; qu'il ne pouvoit donner l'avis qu'on lui confeilloit , fans
s'expofer à la raillerie du Public. Enfin, qu’il n’y avoit point de périls ni de
mauvais traitemens qui puflent l'y faire confentir: mais que fi l’Amiral vou-
loit donner l'écrit qu'il lui demandoit & le renvoyer à terre il promettoit de
lui amener fa Pinafle & fes Gens avant la nuit.
_ArRÈs quelque délibération, Sir Henri, n'efpérant pas d'autre fruit de la
violence que de nouvelles longueurs, prit le parti d'employer l'artifice. Il
feignit de céder aux raifons de Mohammed, & de confentir à lui donner l'é-
crit: mais, au lieu de la promefle qu'on éxigeoit , il fit l’expofé des outra-
ges & des fujets de plainte qu'il avoit reçus des Turcs. Ce Mémoire fut figné
II. Part. rf de
Sin enr.
MibDLETON.
1611.
Hauteur avec
laquelle les
Auglois fe
conduifent.
Nouvelles
Propofitions
de la nart de
l'Aga,
Conduite de
l'Amiral,
Ilemploye
Partiice pour
délivrer fes
Gens,
Sr Hewnr
Mioueron.
2611,
Le refte des
prifonniers
Anglois et
renvoyé à l'A-
aniral,
T redemande
Je jeune Pri-
fonnier de
'ayes,
Promeffe des
Turcs.
ui de Fe.
26 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
de fa main, & de celle de «geste ou cinq Anglois, qui prirent la qualité de
Témoins. En même-tems il écrivit à Femel ce qu'il avoit à dire pour l'ex.
liquer. A l'égard du ferment, il rejetta une propoficion dont il nà plaignic
Fétre offenfé, en difant que fa parole valoit mieux que tous les fermens des
Turcs. Mohammed retourna au rivage; mais il laiffa les pores per.
fonnes de fa fuite en ôtage; & renouvellant fa promeffe, il dit à l'Amiral
qu'il étoit le maître de les faire pendre, s’il ne lui ramenoit pas fes Cor.
pagnons avant la nuit.
ta) EN effet il preffa fi vivement l’Aga, que vers la fin du jour il obtint la
liberté des Prifonniers, & la permiflion de les conduire lui-même fur la Floc.
te, [ls étoient au nombre de neuf. Femel, William & Cunningham reçurent
de l’Aga chacun leur caffetan. Mohammed fut chargé d'en porter un à l'A.
miral, & lui dit, en le préfentant, qu'il venoit de la part du Bacha. Mais
l'Amiral, ne fe contentant pas de le refufer, protefta d’un ton méprifant,
qu'il ne vouloit rien de la part d’un miférable, fans foi & fans honneur,
ennemi de fa Nation, par l'ordre duquel il avoit effuyé tant d'outrages. Mo-
hammed prit le parti de laiffer le caffetan à quelques gens de l'Equipage. On
lui rendit le Prifonnier Turc, qui avoit été gardé jufqu'alors fur l'Incréafe.
Il ne reftoit à reftituer que la Pinafle, qu’il promit d'amener lui-même le
lendemain.
ELLE parut enfin le 27. Mohammed fort fatisfait de fa négociation deman.
da aux Anglois s’il n’étoit pas fidéle à fes promeffes. L’Amiral répondit qu'il
lui manquoit encore un jeune homme qui étoit refté à Tayes, &'que les Turcs
avoient forcé de changer de Religion. En même-tems il déclara que fi ce
Prifonnier n'étoit pas rendu, les Anglois ne relâcheroient pas les Vaifleaux
dont ils s’étoient faifis. La réponfe de Mohammed fut qu'il en parleroit à
l'Aga, & qu’il reviendroit avec des explications. Après fon départ, Sir Hen-
ri aflembla fon Confeil & mit en délibération s'il rendroit la liberté aux
Vaifleaux Indiens, ou s’il les retiendroit jufqu’à la reftitution du jeune Pri.
fonnier. On conclut de relâcher les Vaifleaux des Indes, parce qu'ils apparte.
noient aux amis de la Nation Angloife, & de fe dédommager par la prife du
Vaifleau que les Turcs attendoient de Suez. On éxamina auffi quelle étoit la
meilleure voye pour hâter la reftitution du jeune homme. Les uns perfuadés que
toutes les inftances feroient inutiles, propofèrent d'arrêter quelque Turc de dit
tinétion, dont on offriroit de faire une échange. L’Amiral fut d’un avis op.
pofé, & jugea qu’il valoit mieux prendre le parti des follicitations dans un
tems où les Anglois avoient à Mocka des amis qui les fecondoient. On s'ar-
rêta donc à la réfolution d’infifter fur le retour du jeune Prifonnier, & de ne
pas parler de la reftitution des marchandifes.
LE 28, on apporta, de la part de l’Aga, un Ecrit par lequel Nakada Mo-
hammed & Schermal confentoient à la perte de leurs Vaïfleaux & de leur
cargaifon , fi le jeune homme n’étoit pas délivré dans douze jours, à la feu-
le condition que les Vaiïffeaux fuffent relâchés fur le champ. Sur cette pro-
meffe l’Amiral leur permit de décharger le Vaiffeau de Diu, & de vifiter
librement les autres. La nuit fuivante Femel mourut de la calenture, ou füi-
vant
(a) La Ge, Seétion commence ici dans l'Original, R, d, E,
Civile a
coupet
rafraîc
ger, S
reftitut
mages
ne pou
n'écout
on n'a:
u'il n
édomi
n'y avo
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ALY
Zenan,
protefta
miral, |
& de l
Kiahia,
voir plû
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leurs ho
Tayes,
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ne feroid
DEu
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prétentid
Banian 1
donner t
xions da
leur don
douze jo
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point offl
faifir de
de lui ca
te du ten
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alité de
our l'ex.
plaignit
lens des
les per.
l'Amiral
es Coni-
obtint la
Ja Flot-
reçurent
in à l'A.
a. Mais
éprifant,
honneur,
res. Mo-
age. On
Incréafe,
même le
n deman-
ndit qu'il
les Turcs
que fi ce
Vaifleaux
arleroit à
Sir Hen-
erté aux
‘une Pri-
apparte-
fe du
» étoit la
uadés que
rc de dif:
à avis Op-
dans un
On s'ar-
& de ne
ada Mo-
de leur
à la feu-
ette pro-
e vifiter
A fui-
vant
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnav. I. 227
vant l'opinion des Chirurgiens , de quelque dofe de poifon que les Turcs lui
avoient fait avaller par furprife.
Au commencement du mois de Juin, le vent devint fi chaud, que les
Anglois ne pouvant le fupporter, furent obligés pendant plufieurs jours de
fe tenir renfermés fous leurs écoutilles. On raconte d’étranges effets de ces
vents enflammés, qui régnent quelquefois affez long-tems fur cette Mer. [ls
coupent la refpiration & portent dans les entrailles une chaleur que tous les
rafraîchiflemens ne font pas capables d’éteindre. Après avoir évité ce dan-
ger, Sir Henri écrivit en Italien une Lettre au Bacha. 11 lui demandoit la
reftitution des marchandifes Angloifes, & des fatisfaétions pour tant de dom-
mages qu'il avoit effuyés. On lui repondit que faute d’Interprête le Bacha
ne pouvoit entendre fa Lettre. Mais il crut cette réponfe peu fincère, &
n'écoutant plus que fon reflentiment , il fit reprendre le Vaifleau de Diu, dont
on n'avoit encore déchargé que quelques balots de coton, en déclarant
wil n’en fortiroit plus rien avant que le Bacha eût payé aux Anglois, pour
édommagement, foixante dix milles piéces de huit. 1l s’étoit perfuadé qu'il
n'y avoit plus d'autre es à re obtenir quelque fatisfaétion, & qu'il y avoit
peu de fond à faire fur le Vaiffeau de Suez, parce qu'au moindre avis qui
pouvoit être donné par terre, il ne falloit plus compter fur fon arrivée.
Azy Kaskins, qui voit fervi d’Interprête à l'Amiral pendant fon féjour à
Zenan, vint un jour « bord, avec des complimens de la part du Bacha. Il
protefta que fon Maître avoit été fort affligé de la fuite précipitée de l’A-
miral, parce qu'il s'étoit us de lui donner toutes fortes de fatisfaétions
& de le congédier avec honneur. Aly apportoit aufli des complimens du
Kiahia, qui faifoit prier Sir Henri de ne pas employer la violence, & d'a-
voir plûtôt recours à la Juftice de Conftantinople, parce qu'ayant rendu tant
de fervices aux Anglois, il appréhendoit beaucoup qu'on ne lui fit payer
leurs hoftilités de fa tête. Enfin le même Aly déclara qu'il avoit amené de
Tayes, par ordre du Bacha, le jeune Prifonnier Anglois ; & que fi l'Ami-
ral laifloit au Vaifleau de Diu la liberté de décharger fes marchandifes, ce
jeune homme feroit amené à bord le jour fuivant. Sir Henri fit une réponfe
Civile aux politefles ; mais il afra le Député que les marchandifes de Diu
ne feroient relàchées qu'après la reftitution des fiennes.
Deux jours après on reçut un autre Meflager de la part de l’Aga, qui fai-
foit demander une tréve de douze jours, pour communiquer au Bacha les
prétentions de l'Amiral; & le lendemain , Aly Kaskins accompagné d’un
Banian nommé Tokorfi, & de plufeurs autres, vint prier les Angloisde lui
donner un Mémoire de leurs dommages, fur lequel on pôût faire des réfle-
xions dans la Ville. Il leur accorda leur demande, & dans le Mémoire qu'il
leur donna, il faifoit monter fes pertes à 70 mille piéces de huit. Mais les
douze jours étant expirés, fans qu’il eût reçu la moindre réponfe, il fit di-
re de fon côté à l'Aga, qu'après avoir été capable de le trahir, malgré fes
invitations & fes promefles, de tuer plufieurs de fes gens qui ne l’avoient
point offenfé , de l’emprifonner lui-même avec les derniers outrages, de fe
faifir de fes marchandifes jufqu'à la valeur de 70 milles piéces de huit, &
de lui caufer d’autres dommages, dans lefquels il ne comprenoit point la per-
te du tems, il ne devoit pas être furpris que fur le refus qu’il faifoit aux An-
glois de leur accorder des AAASER a priffent la réfolution de ee L
Ffo ille
Sun Henar
MippLeTon.
1611,
Vents brû-
lans dans la
Mer Rouge.
Les Anglois
demandent
des fatisfac
tions.
Députation
d'AlyKaskins,
Menaces des
Anglois por-
tées à l'Aga.
Sim Hennr
MipbieTon.
1611.
Réponfe fière
de 'Aga,
Replique de
l'Amiral An-
glois,
Accommode-
ment propolé
par les Turcs.
28 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Ville à fes yeux , d'enlever les marchandifes du Vaifleau de Diu, & de bro.
ler cous les Vaiffeaux qui fe trouvoient dans la Rade, Il fit ajoûter que les
Turcs ne l'accuferoient pas d'avoir violé fa parole, puifque le tems de la
tréve étoit expiré, & qu'ils devoient eux-mêmes fe reprocher d'avoir mal
rempli leurs promelfes.
Tous les Anglois attendirent avec impatience comment cette déclaration
feroit reçue, La réponfe fut beaucoup plus ferme qu'ils ne l'avoient jugé,
L'Aga leur fit demander d'où leur venoit le droit d'entrer dans ces Mers; &
prétendant qu'ils n'avoient pû le recevoir de perfonne, il fit ajoûter nette.
ment qu'il ne leur étoit arrivé aucune difgrace qu'ils n'euffent bien méritée,
A l'égard des marchandifes qu'ils fe plaignoient d'avoir perdues, il déclara
qu'il n'avoit rien fait que par l'ordre du Bacha. Si les Anglois fecroyoient
bleffés, ils n'avoient qu'à porter leurs plaintes à Conftantinople. Ecoient-ils
réfolus de battre la Ville ? il ne manquoit pas d'artillerie pour battre auf
leurs Vaifleaux. Les Bâtimens & les Marchandifes qui étoient dans la Ra:
de n’appartenoient ni au Bacha ni à lui. Mais fi la Flotte Angloife attaquoit
la Ville ou les biens qui étoient fous la protection des Turcs, le Grand-
Seigneur, qui en feroit bientôt informé, trouveroit mille moyens de s'en fai-
re raifon.
L'AmtraL repliquaque pour entrer dans ces Mers, il ne lui falloit pas d'au-
tre permiflion que celle de Dieu & de fon Roi: mais que pour defcendre fur
la Côte, l'Aga lui avoit donné la fienne en y joignant les plus fortes pric.
res; qu'à l'égard des marchandifes, ne devant rien au Bacha , n'étant point
fon Facteur, ne lui ayant fait aucun tort, & n'ayant jamais rien reçu de lui,
il ne voyoit pas quelle raifon il avoit eue pour fe faifir de fon bien par voye
de réparation: qu'il devoit par conféquent redemander fes marchotiités ds
le lieu où elles étoient, & fe faire rendre juftice où il avoit reçu l'outrage;
qu'il doutoit d’ailleurs que le Bacha ou l'Aga ôfallent paroître à Conftantino-
pile quand leurs injuftices y feroient connues, & répondre à fes plaintes de-
vant le Sultan: mais que s'ils fe croyoient offenfés l’un ou l'autre, il leur
confeilloit de porter leurs griefs à la Cour d'Angleterre.
Dans l'intervalle de ces déclarations, Sir Ienri envoya le Capitaine Pem-
berton dans la Rade d’Affab, pour en apporter des rafraïîchiflemens. La
plûpart de fes gens étoient malades à bord, & les amis qu'il avoit à Mocka
l'avoient averti de fe défier des provilions de la Ville , qui pouvoient étre
émpoifonnées.
ENrin le 18 de Juin, Schermal , Aly, Tokorfi & plufieurs Chefs des
Banians vinrent à bord de l’'Amiral, pour lui propofer des voies d’accon-
modement. Ils amenoient le Prifonnier de ‘T'ayes, décemment vécu à la
Chrétienne, par la générofité de Schermal qui avoit fait volontairement la
dépenfe de fes habits. Après quelques honnétetés mutuelles, Schermal pria
Sir Henri de fe rappeller les marques d’eftime & d'affection qu'il avoit toû-
jours données à la Nation Angloife. Il avoit vû les chagrins des Anglois
avec autant de. douleur que s’il eût été queftion de fes propres gens. Mais
c’étoit de ce fentiment même, & des fervices qu’il leur avoit rendus, qu'on
Jui faifoit un crime. Le Bacha lui avoit ordonné de trouver quelque moyen
de les fatisfaire, & l'avoit menacé de le faire étrangler s’il ne réuffifloit pas
dans cette entreprife, 11 {& remit la-ceflus à la générofité ce Sir Henri, €
jai
Kpetuelles
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d'ouver!
Turcs,
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jai
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Car, L. 229
li proteftant que fes vûes étoient fincères & qu'il n'y entroit aucune fein-
te, Enfin il le fupplia de lui déclarer fes véritables intentions | avec plus
d'ouverture & de Donne - fol qu'il n'en devoit avoir pour le commun des
Turcs.
L'AmiRaz, après l'uvoir remercié des fentimens qu'il avoit pour lui &
pour fa Nation, lui répondit qu'il ne devoit pas ignorer fes demandes, puif-
qu'elles avoient été portées au rivage en Langue d'Arabie, Je les connois,
lui dit Schermal; mais fi vous infiltez fur des prétentions fi exceflives, il
faut donc renoncer à toute efpérance d'accommodement; car il eft impofti-
ble qu'elles foient accordées. Sir Henri couché de fa trifteile confentic à Fai-
re avec lui-même un fecond état de fes pertes, & une nouvelle eftimation
des marchandifes dont les Turcs s'étoient failis. La fomme totale fut rédui-
te à 18 mille piéces de huit, avec une ftipulation particulière pour le fer &
le plomb, qui devoic être reftitué en nature, On conclut fur ces fondemens
une paix de deux ans entre les Anglois & les Turcs, depuis Mocka, jufqu'à
Cananor fur la Côte de l'Inde; mais à condition que le Bacha la confirme-
roic par un Écrit figné de fa main & fcellé de fon fceau. Schermal parit
fort fatisfait de ce Traité ; & pendant quelques jours, qui furent employés,
fans doute à le communiquer au Bacha, les apparences furent fi pailibles du
côté de la Ville, que l'Amiral ne douta plus du fuccès de fes articles. Les
Anglois commençoient à fentir vivement la néceffité de quitter uns Côte fi
»ernicieufe à leur Nation. Il s'étoit répandu fur les trois Vaifleaux une ma-
adie dangereufe, dont prefque perfonne ne fut éxempt, Elle commençoit
par de violentes douleurs de tête & d'eftomac, & par une infomnie qui du-
roit nuit & jour. La fiévre, qui ne tarda point à fuccèder, achevoit d'ab-
batre les Malades. Cependant il en mourut peu ; mais ceux qui n'avoient
pas recours d'abord aux vomitifs & à la faignée, languirent long-tems dans
un état fort trifte.
Le 2 de Juillet, Sir Henri reçut de Schermal le dernier payement de la
fomme dont on étoit convenu, termina tous les comptes avec lui. On
ne manqua pas de lui faire demander les mille écus Vénitiens qu'il avoit pro-
mis au Kiahia. Mais il fe crut difpenfé de fa parole par les infidélités per-
kpetuelles des Turcs; [& il perfifta dans fon refus, quoique Schermal lui ré-
préfentat, qu'ayant été fa Caution, il feroit obligé de les payer (2) pour
lui] Schermal & fon cortège l'ayant quitté vers la nuit, il les nd trois
coups de canon pendant qu'ils retournojent au rivage. Le lendemain Tokorfi
& Aly revinrent à bord, pour acheter du vermillon, qu'on ne fit pas diff
culté de leur donner à crédit. Ils promirent de fe rendre fur la Flotte avant
quinze jours, dans la Rade d'Affab , où elle fe propofoit de retourner, &d’y
porter, avec l'argent qu'ils devoient, une petite provifion de grain que l’A-
miral les avoit chargés de lui acheter à Mocka, & la ratification du Traité
par le Bacha. Dans le cours de l'après-midi, on leva l'ancre pour retourner
à la Rade d’Affab ; mais on n’y put arriver que le 5 au matin. Le jour fui-
vant on commença par vuider & nettoyer les puits, fur quelques avis que
l'Amiral avoit reçus que les Turcs avoicnt propofé aux Habitans de cette
KRade d'empoifonner les eaux.
PENDANT
7 (b) Ce Procédé Ctoic dur pour le pauvre Schermal,
Sr Ten:
Mibptsron,
1611,
Il cit accep.
té, après dé
longues dif.
cullions,
Maladie dan-
cuit,
Conclufion
du différend
des Anglois
avecles l'urcs.
Ils quittent la
Rade de Moc-
ka,
Sin Hnwnit
Mivotaron
1614,
Politefe d'un
Prince Aby(
fin,
Projet des
Anglois pour
fe venger des
Jurcs,
lis abandon-
nent leur en-
treprifc.
Is repaffent
les Détroits.
130
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Penpanr que les Anglois profitoient d'un ftation fi commode , pour fe
fournir de toutes fortes de provifions, le Prince du Pays qui n'avoit poim
ignoré les injuftices des Turcs , envoya trois de fes principaux Officiers à
l'Amiral, avec une eftcorte de trente Soldats , pour le féliciter de fon heu.
reufe délivrance & lui porte? divers pe | lui faifoit offrir touces les
produétions de fon Pays, x que les Anglois puflent juger s'ils devoienrk
tant de politeffe & de générofité à la haine des Abyffins pour les Turcs, ou
à la qualité de Chrétiens , que le Prince faifoit profeflion de refpeéter,]
L'Amiral traita les Meffagers avec autant d'affeétion que de magnificence,
& les chargea pour leur Maître d'un habit de fort beau drap & d'un grand
miroir,
Le 17, on vit arriver de Mocka, Tokorf avec un autre Banian, qui ap.
portoit à l'Amiral la provifon qu'il leur avoit demandé & l'argent qu'ils lui
devoient; mais n'ayant point la ratification du Bacha, ils s'excufèrent fur la
multitude de fes affaires, qui ne lui avoit pas laiffé le tems d'écrire, Les An.
ge en conclurent qu'il ne vouloit re aucune mefure avec leur Nation,
n'y en eut pas un qui n'applaudîit au deffein de l’Amiral, lorfqu'il leur
ropofa le 24 de s'avancer jufqu'à l'Ifle de Camaran, & d'y attendre le grand
aifleau qui vient tous les ans de Suez , dans cette faifon, avec une riche
cargaifon pour Mocka. C’étoit la plus fûüre vengeance qu'ils puflent tirer de
tous les outrages des Turcs; & leur empreffement augmentoit par la certi-
tude que l'Amiral même avoit eue à Zenan & à Mocka, que le Bacha &
l'Aga étoient intéreffés dans la meilleure partie de cette cargaifon. Ilss'em-
loyérent jufqu'à la fin du mois à l'éxécution de leur projet. Mais le vent
us fut Réjenrs fi contraire, que dans une Mer fort étroite, ils eurent fans
ceffe à fe défendre contre toutes fortes de dangers ; Le toutes les peines qu'il
fe donnoient n’empêchèrent pas que le Vaiffeau qu’ils attendoient, ne leur c:
chapât pendant la nuit, ce qu’ils n’apprirent qu’à leur retour.] S'ils faifoient
voile pendant le jour, ils doient obligés de mouiller l'ancre à l'entrée de
chaque nuit ; & fort fouvent, dans les lieux mêmes qu'ils avoient crû les
plus fürs, ils fe trouvoient expofés dans les ténébres à quelques malheurs Le
n’avoient pas prévus (c). Enfin, reconnoiffant qu'ils n'avoient que des difgra-
ces à fe promettre fans un Pilote du Pays, ils retournèrent vers les Détroits,
où ils jettèrent l’ancre le 9 d’Août , à trois lieuës de Bal-al-Mandul, ou Man-
del. Le 10, le Darling & l'Incréafe fortirent par le Canal de l'Oucit, quielt
beaucoup plus Prsuers À & plus profond que les Turcs & les Indiens ne le
publient, dans la vûe de porter tous les Navigateurs à prendre l'autre paflà-
ge, parce qu'il eft fi étroit qu’en le fortifiant, ils pourroient le commander
par leur artillerie. En effet il n'a pas plus d'un mille & demi de largeur de-
puis le rivage d'Arabie jufqu’à l'Ifle; & du côté de la terre il eft parfemé de
rocs & de bafles, qui s'étendent affez loin. Cependant l’Incréafe & le Pep-
per-Corn prirent cette voye, de concert avec les deux autres Bâtimens, &
pour fe mettre en état de juger des deux pañlages. Ils fe rejoignirent tous hors
des Détroits, à quatre heures après-midi, fur dix-neuf brafles de fond , fans
être à plus de quatre milles de la Côte d'Arabie. Pendant la nuit ar Les
rent
(e) La 76, Scétion commence ici dans l'Original. R. d. E.
| Mais fa fur
| Amiral du !
L ©(d) Le véri
fans doute De
firent vo,
coup de :
un courar
Sud-Ouefl
trémemer
fix heures
Cap de G
A dix |
ue la M.
u Cap de
avoient ét
Le go,
cre vers n
mens de l'
qué la Mo
que les An
jour plufie
une grande
voit fait ur
Sharpey ur
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Il employa
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lais il le
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Il Jaiffa un
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dien. Ce fel
vec beaucou
la Rade de
Vaifleaux d
fept autres
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vifiter tous |
la Rade fans
te injulte , da
6
pour fe
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fon heu.
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urcs, où
fpeéber. ]
ificence ,
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n, qui ap-
qu'ils hi
ent fur la
. Les An-
r Nation,
qu'il leur
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r Ja certi-
Bacha &
, Ilss'em-
is le vent
‘urent fans
ines qu'ils
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s faifoient
entrée de
t crû les
eurs qu'ils
es difgra-
Détroits,
, ou Man
ft, quiel
iens ne Île
utre pañla-
mimander
rgeur de-
arfemé de
& le Pep-
mens, &
tous hors
ond , fans
ivante, ils
firent
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Car, I.
firent voile au long de la verre. Depuis le r2 jufqu'au 27, ils eurent beau-
coup de vent, mais prefque coijours contraire; & fouvent des calmes , avec
un courant fi rapide que dans le calme même il les emportoit quelquefois au
Sud-Oueft l'efpace de quatre mulles en moins d'une heure : ce qui retarda ex-
trémement leur navigation, Le 27, un vent favorable les fervit ( bien qu'à
fix heures du foir ils eurent la vûe du Monc Felix, Promontoire à l'Oueit du
Cap de Guardafu.
A dix heures ils furent arrêtés par un calme qui dura deux heures, quoi-
ue la Mer fût force groffe; d'où ils conclurent qu'ils avoient paflé la hauteur
du Cap de Guardafu, car ils n'avoient pas trouvé de Mer fi forte tandis qu'ils
avoient été couverts de ce côté-là par la terre,
Le 30, ils entrèrent dans la Rade de Dellifcha Q » Où ils jettèrent l'an-
cre vers midi. 1l s'y trouvoit un grand Navire de Diu, & deux petits Bâti-
mens de l'Inde, qui né rap la Mer Rouge, mais qui avoient man-
qué la Mouffon. Le Capitaine de Diu vint à bord de l’Amiral, & lui raconta
que les Anglois étoient fort bien traités à Surate ;qu'on y attendoit de jour en
jour plufieurs Vaiffeaux d'Angleterre ; que le Capitaine Hawkins étoit dans
une grande diftinétion à la Cour, où le Roi le confidéroit beaucoup & lui a-
voit fait une groffe penfion; enfin que ce Prince avoit donné au Capitaine
Sharpey une fomme d'argent pour fe conftruire un Vaifleau qui devoit être
lancé au premier jour. Quoique ces nouvelles fuffent trop agréables pour être
crues légèrement, l'Amiral accepta les civilités & les offres du Capitaine.
Il employa même fes fervices, pour fe procurer de l'eau, & pour former
uelque liaifon avec le Prince du Pays, dont il efpéroit de tirer de l'aloes.
lais il le paya plus cher que le Capitaine Keeling, parce que les Indiens en
avoient enlevé de groffes provifions , & que la rareté en augmentoit le prix.
Il laiffa une Lettre au Prince pour le premier Navire Anglois qui relâcheroit
D dans cette Rade.
Les pohtefés & les fervices du Capitaine de Diu n’avoient pas d'autre mo-
tif que de faire hâter leur départ aux Anglois; mais l'Amiral , qui pénétroit
fes intentions, en profita fort adroitement pour obtenir de lui un Pilote In-
dien. Ce fecours, dont il fentoit le hefoin depuis long-tems, le fit partir a-
vec beaucoup de joye le 3 de Septembre. Il arriva heureufement le 26 dans
la Rade de Surate, où il jetta l’ancre fur feptbraffes de fond, à côté de trois
Vaiffeaux de l'Inde. 11 voyoit dans la même Rade, à la diftance d’un mille,
fept autres Bâtimens qu’il reconnut bientôt pour des Vaifleaux de l’Europe.
| Mais fa furprife fut extrême en apprenant qu'ils étoient Portugais, & qu'il
y en avoit aétuellement treize autres dans la rivière de Surate. Dom Fran-
cifco de Soto-Major, Commandant Portugais, qui portoit le titre de Grand
Amiral du Nord, avoit appris depuis long-tems que les Anglois étoient dans
| la Mer Rouge, & s’étoit rendu à Surate dans le feul deffein de s’y oppofer à
leur commerce. Il y tiroit de grands avantages du droit qu'il s’attribuoit de
vifiter tous les Bâtimens étrangers, & de confifquer ceux qui entroient dans
la Rade fans pañleport. Cependant Sir Henri, fe croyant à couvert de tou-
te injalte , dans un tems où l'Efpagne n’avoit pasde guerre avec les Anglois,
prit
le a été fondée par un Roi de Delli, ou par
quelqu'un de fes Miniftres allant à la Mecque,
231
: (d) Le véritable nom de cette Place eft
fans doute Dellisbdb; & il y a apparence qu'el-
Sen Tunm
MibbLaTON,
1611,
La Flotte en-
tre dans la Ra-
de de Delli-
fcha,
Elle fe rend à
Surate,
Elle y trouve
une nombreu-
fe Flotte de
Portugais.
Sir Henri é.
crit à l'Amiral
de cette Na-
tion,
132 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Sun Peur prit le parti de lui écrire une lettre civile, dont il chargea fon Pilote.In.
MNionieron, dien, Il lui donna aufli quelque commiflion pour les Anglois de Surate ; cur
1011 ayant pris peu de confiance au récit du Capitaine de Diu, il fouhaitoit im-
pone de fçavoir quel étoit leur nombre & leur ficuation dans certe
'ille,
Réponfe qu'il Lu 29, il vie venir de l'Armada une petite Frégate, chargée de plufeurs
en reçoit, Portugais, qui lui apportoient la réponfe de leur Chef à fa lettre, Après
quelques complimens, elle portoit en fubftance ar le Grand Amiral fe ri.
ce oit beaucoup de l'arrivée d'une Flotte Angloife, & qu'il étoit difpofe à
ui rendre toutes fortes de fervices ; à con.ition néanmoins qu'étant vs
nue, pour le commerce, clle eût quelque pañleport ou quelque ordre du
Roi d'Efpagne; fans quoi il étoit obligé de garder un Port dont la défen
toit commife à fes foins, parce que le Roi fon Maitre y entretenoit un
Comptoir,
Replique de Sir Henri répondit de bouche qu'il n'avoit aucun pañleport du Roi d'Ef
Sir He pagne ni de fes Vice-Rois; mais qu'il ne eroyoit pas en avoir befoin, par.
ce qu'il étoit envoyé au Grand Mogol , de la part du Roi d'Angleterre , ave:
des Lettres & de riches préfens, pour établir dans ces Régions un commer.
ce que les Anglois y avoient déja commencé ; qu'il ne pen'oit pas à nuirew
Comptoir Portugais, mais qu'il ne connoifloit point auli de raifon qui di
porter les Portugais à craverfer l'écabliffement des Anglois, puifque l'Inde.
toit un Pays libre, & que le Grand Mogol ni fes Sujets navoient aucun:
dépendance du Portugal. Sir Henri ajoûta qu'il demandoit au Grand Amiral,
pour les Anglois qui étoient à Surate, la liberté de venir fur la Flotte de leur
ation, & qu'il fe flattoit qu'on ne le mettroit point dans la néceflité d'em-
ployer la force pour fe procurer une fatisfaétion fi jufte, parce qu'à toute for.
te de prix il étoit réfolu de les voir, Enfüuite il fit préfent au Meffager Port:
gais, d’un habit de drap d'Angleterre.
Le foir du même jour, il reçut une Lettre de Nicolas Bangham, Angioi
de Surate, qui lui apprit que la Nation Angloife n'avoit pas de Comptoir dans
| cette Ville. Bangham y avoit été envoyé d'Agra par le Capitaine Hawkins,
PL pére pour y recevoir quelques fommes qui lui étoient dûes. Il ne parloit point de:
de Suratc, marchandifes Angloifes, ni de ce qu'étoient devenus les anciens Faéteurs ;
mais il j Aa qu'écant chargé de quelques Lettres du Capitaine Hawkins , |
n'ofoit les envoyer fur la Flotte, dans la crainte qu'elles ne fuffent interccp-
tées par les Portugais. Sir Henri lui répondit fur le champ qu'il pouvoit en
voyer les Lettres, parce que n'ayant aucun deffein de nuire aux Portugais,
il comptoit de les trouver dans la même difpofition. Le 3 d'Oétobre, Koji
Naflan Gouverneur de Surate & Frère du Gouverneur de Cambaye , envoya
un Mogol à l'Amiral Angilois avec des rafraîchiflemens & des offres de fur.
vice, 1l fit ajoûter que du côté de fon Pays, on defiroit beaucoup d'entrer
en commerce avec les Anglois, mais qu'il y avoit peu d'apparence de le
… pouvoir, aufli long-tems que l'Armada Portugaife feroit fi près de leur Flot:
Po ag te; qu'il leur confeilloit par cette raifon de fe rendre à Gogo, qui évoit un
ferendreàGo- lieu plus commode & plus voifin de Cambaye, où les Négocians étoient €
go. plus grand nombre qu'a Surate, les marchandifes de meilleure qualité, & le
débarquement plus für. Après cette explication , le Meffager fouhaita de
fçavoir à quel parti les Anglois voulojent s'arrêter. L'Amiral répondit qui
n'avoit
r'avoit
rant ce
qu'il y
tions n
& facil
queroit
avec un
Dzu
tre des
Banghar
qui con
ol, qu
adrefle
Mefage
hor, pa
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intrigues
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baye, s’
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part & d
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4
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ilote.In-
rate ; car
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tLenOoit un
Roi d'E£
foin, par.
Crre , AVEC
1 CommKr.
à nuire
m qui dit
ag l'indec
ont aucuh:
ni Amiral,
lotte de leur
eflicé d'em-
‘à toute for.
ager Portu
, Agios
mptoir dans
» Jlawkins,
it point dei
l'aéteurs ;
Iawkins , |
t intercep-
pouvoit en
Portugais ,
bre, Koji
aye , envoi
fres de fur:
bup d'entrer
rence de le
» leur Flot:
qui écoit
s étoient El
lalité, & le
fouhaita de
ipondit qui
n'avoit
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Car, 1 239
r'avoit poine encore reçu les Lettres qu'il attendoit du rivage, & qu'igno-
rant ce qu'étoient devenus fes Compatriotes, & les marchandifes Angloifes
w'il y avoit laiflées dans un autre tems, il ne pouvoit former aucune réfolu-
tion; mais que fi le Mogol vouloit conduire fes Vaifleaux près de la Ville,
& faciliter à quelque Anglois de Surate la liberté de venir à bord, il s'expli-
queroit plus pofitivement, Ce Meflager & fon Interprète furent renvoyés
avec un petit préfent,
Deux À ri après, l'Interpréte qui étoit un Bramine, c'eft-à-dire, un Prê-
tre des Banians, reparut dans une Chaloupe , avec des Lettres de Nicolas
Bangham, & celle du Capitaine Hawkins, écrite d'Agra au mois d'Avril,
qui contenoit la manière dont il écoit parvenu à la faveur du Grand Mo-
ol, qu'il avoit perdue enfuite par l'inconftance de ce Monarque , & par
adrefle des Portugais à fe procurer tous les droits du commerce, Le même
Meffager apporta deux autres Lettres d'une datte plus récente, écrice de La-
hor, par William Finch; l'une au Commandant du premier Vuifleau An-
glois qui arriveroit à Surate; l'autre à la Compagnie en Angleterre, Finch
y rendoit compte de fa conduite & de l'encreprile 4 avoic formée de re.
tourner par terre en Europe; de l'inconftance du Roi & de la Nation; des
intrigues des Portugais, & de quantité d'autres circonftances. Il avertifloic
les Capitaines de ne pas débarquer leurs marchandifes , & de prendre peu
de confiance au commerce dans tous ces Cantons, parce que le Roi & le Peu-
le, qui étoient également légers & inconftans, craignoient beaucoup d'of-
Fenber les Portugais.
Sir Henri, après avoir là ces Lettres, perdit l'efpérance de faire aucun
commerce à Surate, Cependant il réfolut de tout tenter dans cette vûe,
avant que de quitter la Rade. Il avoit appris par les Lectres de Barigham ,
que le Capitaine Sharpey, Jordayne, & d'autres ae qui étoient à Cam-
baye, s'étoient mis en Chemin pour le venir voir à bord, 11 fe promit du
moins la facisfaétion de les y recevoir, Ce fut pour s'en afürer plus facile-
ment qu'il refufa au Bramine la liberté de faire rentrer dans la rivière les
trois Vaifleaux Indiens auprès defquels il avoit jetté l'ancre , & qui ayant
manqué la Mouffon s'étoient déterminés à renoncer au voyage du Sud. Îl le
chargea de dire au Gouverneur que fans aucun deffein de leur nuire, il étoit
important pour lui de les retenir près de fa lotte, parce que les Portugais
interceptant fes Meffagers & fes Lettres, l'éloignement de ces trois Vaifleaux
lui feroit perdre tous les moyens de recevoir des nouvelles de Surate & d'y
donner des fiennes.
Mars le deflein des Portugais n'étoit pas de fe borner à de fi légers outra-
es. Le22, ayant vû partir une frégate Angloife pour gagner la terre, deux
e leurs Vaifleaux qui fe tenoient en embufcade l'attaquèrent avant que tous
les Anglois fuffent débarqués. À juger du nombre des Ennemis par îe bruit
de leur moufqueterie, ils devoient être plus de trois cens. Les Anglois qui
étoient déja defcendus & ceux de la l'régate leur rendirent leur décharge. De
part & d'autre il n’y eut aucun coup mortel. La Frégate Angloife rejoignit
fa Flotte; en fuivant de fort près le rivage ; & l'Ennemi fe retira vers le
gros de la fienne. Mais cinq autres Vaillèaux Portugais, cachés derrière
une petite montagne qui s'avançoit en forme de Cap, s’approchèrent bien-
tôt pour canoner les Anglois qui étoient demeurés à terre; encreprife inutile,
II. Part. Gg +
Sin Menu
Mibonterus,
tÔ11…t,
Ce qui les
wiète
Ste Henri
reçoit duslet-
tres de Surute,
Précautions
qu'il prend
contre les
Portugais,
Les Anglois
font attaqués
X s'échappent
heureufe-
nent,
Sim Hewrr
MinDLETON.
1611,
Arrivée d'un
grand nom-
bre de l'réga-
tes Marchan-
des à Surate,
._ L'Amiraleft
amufé par le
Gouverneur,
Piége que les
Portugais
dreffent aux
Amglois,
2% VOYAGES DES ANGLOIS AUX
& tentée uniquement pour leur infpirer de la frayeur. Aufñfi ne leur fut.il
pas difficile d'éviter les coups, & de gen au long de la Côte un endroit
où leur Frégate vint les reprenäre, d'où elle rejoignit heureufement la
Flotte. avec le
dayne, pour délibérer fur la courfe qu'il falloit tenir ; on convint de ne
as refter plus longtems dans cet endroit ,; mais d'aller rejoindre l'Incréafe
dans la Rade de Surate, & prendre là des mefures ultérieures.]
Le 8 de Novembre, Bangham vint de Surate dans une Barque Indienne,
pour vifiter l'Amural, & lui apporter quelques rafraîchiffemens, On apprit
de lui que Moghreb Kam, Gouverneur de Cambaye étoit attendu dans peu
de jours à Surate. Avant la nuit, on vit entrer dans la rivière environ cent
petites l'régates, dont la plüpart étoient Marchandes & faifoient voile à Cam.
baye. Elles avoient à leur tête le Fils du Vice-Roi. Quoiqu’elles n’eufent
menacé les Anglois d'aucune infulte, Sir Henri rappella autour de lui un de
fes Bâtimens qui avoit jetté l’ancre à quelque diftance, dans la crainte qu'il
n’eût quelque chofe à fouffrir dans l'obfcurité. Le lendemain, Koja Naffn
parut fur le bord du rivage; & Sir Henri fe détermina aufli-tôt à s’appro.
cher de lui avec deux Chaloupes foûtenues d'une Frégate. Leur conférence
fut courte, mais civile. Le Gouverneur promit aux Anglois d'envoyer, dans
deux ou trois jours au plus tard, des marchandifes fur le rivage, pour y com-
mencer le commerce, & de faire apporter aux Anglois par les gens du Pays,
tous les rafraîchiffemens dont la Flotte avoit befoin. Cependant il ne vint
rien jufqu’au 18, que l’Amiral reçut une Lettre de Bangham , dans laquelle
il trouva de nouveaux avis fur l’inutilité de fes efpérances. Cette confirma-
tion, jointe à l’oubli que Naffan marquoit de fes promefles, lui fit con.
clure qu'on n’avoit penfé jufqu’alors qu'à l’amufer , dans la double crainte
d'offenfer les Portugais, en lui permettant le commerce, & de le défoliger
lui-même par un refus trop ouvert. Après cette ré‘léxion, il réfolut de par-
tir; & dans cette vûe il écrivit à Bangham de fe rendre à bord. Mais Koji
Naffan lui en refufa la permifion. Bangham , après l'avoir envoyé follici.
ter, fe déroba fecrétement & trouva le moyen de fortir de la Ville. Une
démarche de cette nature faifant connoître au Gouverneur que le départ des
Anglois étoit certain , il fe hâta d'envoyer à l’Amiral un Marchand Indien,
nommé Yadda, avec deux Lettres, l’une de fa propre main, l’autre de Mo-
ghreb Kam fon frère, par lefquelles ils lui promettoient tous deux de lui
rendre bientôt une vifite fur fon bord. L'offre d’une faveur fi extraordinaire
eut la force de faire fufpendre fa réfolution à l’Amiral , quoiqu'il eût appris
à compter peu fur la parole des deux Frères.
Dans l'intervalle, les Portugais qui étoient entrés dans la rivière n'ayant
point entrepris d’infulter les Anglois fur leur Flotte , s’efforcèrent de leur
dreffer un piége fur le rivage. Ils fe cachèrent derrière quelques monts de
fable, proche du lieu où ils les voyoient fouvent aborder; & paroiffant tout
d’un-coup, au moment qu’ils touchoient la terre, ils fe flattèrent de les fur-
prendre & de les accabler. Mais ils furent reçus de fi bonne grace par des
Ennemis bien armés, & préparés à tout événement, qu'ayant été forcés de
prendre la fuite , ils laiffèrent fur le fable un de leurs gens bleffé à mort, qué
les Anglois tranfportèrent fur leur Flotte.
[Là-deffus l'Amiral tint confeil avec le Capitaine Downton & Jor. k
Rte GANT ANNE
(e) LE
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du Pays,
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Ki
Line
DNS CR See
È
FANS
(e) LE 23, qui étoit un Dimanche, pes vint à bord de l'Amiral , &
lui annonça que Moghreb Kam étoit dans la Rade. Aufñi-tôt les Anglois fi-
rent divers préparaufs; & Sir Henri, fe mettant dans fa Frégate avec un
cortège honnête & quelques préfens, fe hâta de fe rendre au rivage. Il y
trouva le Gouverneur de Camcaye & celui de Surate, qui attendoient tous
deux fon arrivée. On s'embrafla de part & d'autre » Avec de grands témoi-
gnages d'eftime & d'amitié. Les Vaifleaux Anglois firent en même-tems
une décharge de toute leur artillerie, & les deux Frères parurent fort fenfi-
bles à cet honneur. L'Amiral leur ayant offert fes préfens, ils s'aflirent tous
fur un grand tapis, étendu par terre. La conférence dura jufqu’au foir. En-
fin, Sir Henri voyant le Soleil prêt à fe coucher , leur propofa de venir paf.
{er cette nuit fur fon bord, Moghreb Kam y confentit, avec fon fils & ce-
lui de Koja Naflan, accompagnés tous trois de pluficurs perfonnes de diftinc-
tion: mais Naflan déclara que fes affaires le rappelloient à la Ville. Les An-
glois furent charmés de recevoir une fi glorieufe marque de confiance de la
part d'un homme auñli diftingué que le Gouverneur de Cambaye, !ls le trai-
tèrent avec toute la magnificence dont ils furent capabics dans un efpace fi
court. Les Indiens firent honneur au feftin par leur bonne humeur & leur
appétit. Après qu’ils eurent ceflé de boire & de manger, l'Amiral préfen-
ta au Gouverneur une Lettre du Roi d'Angleterre qui lui étoit adreflée , &
Jui en expliqua le fens. Il parut extrémement flatté de l’honneur qu’il rece-
voit d'un grand Roi; & dans le mouvement de fa reconnoiffance, il promit
de rendre toute forte de fervices aux Anglois, non-feulement dans les affai-
res préfentes du commerce, mais pour leur procurer même un Etabliffe-
ment dans la Ville ou le Port qu'ils voudroient choifir, avec la permiflion
d'y bâtir un Fort. Enfin, l'Amiral n’auroit fait, dans ce moment de faveur,
aucune demande qui ne lui eût été accordée. Mais il comprit ce qu'il de-
voit rabattre de cet excès d'offres & de promefles. La nuit étant fort avan-
cée, il laifla au Gouverneur la liberté de fe repofer.
LE 25 au matin, Moghreb Kam fe fit un agréable amufement d’acheter
des couteaux, des miroirs, & d’autres bijoux qui fe trouvoient entre les An-
glois de l'Equipage. L’Amiral lui fit voir toutes les parties du Vaiffeau, dont
il admira l’ordre & la propreté. Tout ce qui parut lui plaire lui fut offert
gratuitement; & quoique de lui-même il fut aflez porté à marquer du goût
pour quantité de bagatelles, Sir Henri qui vouloit aller au devant de tousfes
defirs, acheta de fes gens plufieurs chofes de cette nature qu’il lui fit accep-
ter. Il lui montra des eflais de toutes fes marchandifes ; &. our fatisfaire
fa curiofité, il fallut ouvrir toutes les armoires & tous les coffres. On lui
fervit enfuite un grand dîner , après lequel il fouhaita de vifiter de même
les autres Vaifleaux.
C: [IL fembloit que fans former des prétentions téméraires , on pouvoit fe
flatter, fur de fi belles apparences , d'obtenir du moins les avantages ordi-
naires du commerce.] Le 30 & le 31, Sir Henri envoya Fowler, forday-
ne, & d'autres Faéteurs de fa Flotte pour éxaminer les marchandifes que les
deux Gouverneurs avoient promis de mettre en vénte. Ils de des
cflais ,
(2) La ge, Seétton commence ici dans l'Original. R. d. E,
Gg 2
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. I. 237
Sin Herr
MinpLeron,
1611.
Conférence
fur le rivage
entre l'Amiral
Anglois & les
Gouverneurs
de Cambaye &
de Surate.
Le Gouver.
neur de Can-
bayc va pañler
la nuit fur la
Flotte Angloi-
fe,
Careffes qu'il
yreçoit, & {om
avidité,
Les Angloi:
font mal rc-
compentés.
Sir Henri
Minoze TON.
III.
Le commerce
fe fait fur le
rivage,
Difgrace des
Gouverneurs
deCambaye &
de Surate,
235 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fais , auxquels tous les prix étoient attachés. Les Anglois marquérent
leur choix, & jufqu'où ils vouloient aller pour la quantité & pour le prix,
Il prefférent les Marchands Indiens de faire la même chofe pour les marchan.
difes de la Flotte, Mais ils s'apperçurent bientôt qu'en les remettant d'un
jour à l'autre , on ne penfoit point à conclure. On n'offroit rien pour
hs matchandifes, & l'on ne vouloit rien rabatre du prix de celles de l'In.
de. Les Anglois avoient vendu à Moghreb Kam un grand nombre de lames
d'épées, & les avoient laiffées à fort bon marché, parce qu'ils fe flattoient
que dans la multitude, les médiocres pafluroient avec les bonnes. Mais à.
près les avoir reçues, il eut grand foin de les faire éxaminer rigoureufement
& de renvoyer les mauvaifes; ce qui rendit prefque fans valeur celles qui fu.
rent renvoyées; & loin de les faire payer fur le champ, il ne fixa mème
aucun terme pour le payement. Enfuite, paroiflant lui-même choqué de la
lenteur des Anglois, il fit remporter à Surate les marchandifes qu'ils avoient
préfentées ; & pour comble d'infidélité, il publia, fous de groffés peines,
une défenfe (f) de porter des vivres ou d'autres commodités à l’Amiral,
T'el fut le falaire de toutes fes libéralités & de fes politeffes.
CEPENDANT, le 8 de Décembre au matin, Moghreb Kam revint au ri.
vage avec une fuite nombreufe & quarante bales de marchandifes, L’Ami
ral s’y rendit, bien efcorté, & fut conduit fous fa tente. Les civilités &
les careffes ne lui furent point épargnées ; mais il abrégea les fiennes pour
traiter férieufement. ‘ On convint de prix pour le plomb, le vif-argent &le
vermillon. 1l fut reglé de même pour les marchandifes qui devoient fe pren.
dre en échange. Celles de Surate n’appartenoient pas uniquement aux deux
Gouverneurs : le Scha Bandar & divers autres Négocians y avoient beaucoup
de part; mais Koja Naffan ne laifloit pas de fe rendre l'arbitre de tous les
prix, parce que fa permiflion étoit néceffaire pour acheter & pour vendre,
Îl abufoit de cette autorité pour hauffer à fon gré le prix des marchandifes de
la Ville, & pour diminuer celui des Anglois, fans paroître ému des murmu-
res mêmes de fes gens, qui voyoient à regret combien cette tyrannie étoit
nuifible à la vente.
L’AmIRaAL ne laiffa pas de faire débarquer leo, une partie de fon plomb.
Il reçut aufli quelques marchandifes dont les échanges avoient été réglées.
Moghreb Kam affiftoit à ce commerce, avec une ardeur & des témoignages
de joye qui faifoient affez connoître combien il croyoit y trouver d’avanta-
ges; lorfqu'on lui apporta, de la part de fon Roi, une Lettre qui change
tout-d’un-coup fa bonne humeur dans une profonde trifteffe. Il s’affit d'un air
penfif. Enfuite s’étant levé brufquement, il quitta Sir Henri qui étoit affis à
fon côté, fans lui dire un mot, ni jetter les yeux fur lui. Cependant avant
que de monter à cheval, il parut revenir à lui-même; & fe tournant vers le
Général, il l'embraffa en lui difant qu’il étoit fon frère, & qu'il le prioit
d’'excufer un départ fi brufque, parce qu’il étoit appellé par des affaires de
Ja dernière importance. J} ajoûta qu'il laïfloit Koja Naffan, pour recevoir
& délivrer les marchandifes fur lefquelles on étoit déja d’accord, & pour fai-
re
neur à tous.les gens"de fa fuite , de fe tenif
E7(f) Ilya apparence que l'Amiral a malin-
prêts à partir dans an certain tems.
terprété cette proclamation, & que ce n'étoit
autre chofe qu'un ordre donné par lejGouver-
re de
qu'il :
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toit affis à
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ant vers le
1 le prioit
affaires de
recevoir
& pour fal-
re
de fe tenif
$:
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I. 237
re de nouveaux marchés. Peu de jours après, les Anglois furent informés
qu'il avoit été dépouillé de fon Gouvernement de Cambaye, comme Naffan
fon frère le fut bientôt auili de celui de Surate; ce qui leur fit juger que c'é-
toit la nouvelle de fa difgrace qu'il avoit reçue pendant la conférence qu'ils
avoient avec lui. Dans ces Pays barbares, rien n'eft fi gliffant que la faveur.
Moghreb Kam, qui s'étoit vû Gouverneur d'une grande Province, fe trouva
réduit à l'Office de Direéteur de la Douäne à Surate,
LE nouveau Gouverneur de Surate eut la curiofité de fe rendre à borddu
Pepper-Corn, pour vifiter la Flotte Angloife. Pendant qu'il s’eccupoit de
ce foin avec l'Amiral qui lui fervoit de Guide, les Faéteurs Anglois étoient
au rivage pour y faire pefer le plomb, dont une partie étoit deja débarquée,
& l'autre prête a l'être, dans les Chaloupes qui l'avoient apporté. Ils de-
. , , A . . . » + 0 ‘ .
# mandoient qu’on fe fervît des poids Anglois; mais Koja Naflan, [qui paroif-
foit conferver encore la même autorité dans le commerce, ] ne vouloit pas
d'autres poids que ceux de Surate, & les avoit fait apporter dans cette vûe.
Ils furent obligés d'y confentir; mais après quelques eflais, ils fouhaitèrent
du moins qu'on leur accordät la liberté d’éxaminer la différence des poids,
parce que rien ne les obligeoit de fe fier aux Indiens, qui pouvoient donner
les noms qu’il leur plaifoit à leurs propres poids. En effet ayant pefé avec les
poids Anglois ce qui l’avoit déja été avec ceux de Surate, ils trouvèrent dans
c:nq quintaux une différence de dix ou onze mandes, c'eft-à-dire de plus de
trente-trois livres Angloifes (4). Naffan qui avoit fes avantages à tirer de cet-
ue inégalité, commença d’autres chicanes, & demanda d'être payé, moitié
en argent, moitié en échanges de marchandifes, fans quoi il protefta que les
Anglois n'avoien: rien à prétendre. Il donnoit déja ordre aux Voituriers de
retourner à la Ville avec leurs charges, en déclarant qu'il ne vouloit rien
non plus de ce qui appartenoit aux Anglois. Les Facteurs fe hâtèrent de
faire avertir l'Amiral, qui étoit encore à bord avec le Gouverneur &le Scha
Bandar. L'expérience avoit déja fait connoître à Sir Henri que Nain ‘étoit
capable d'éxécuter fes menaces. Il fçavoit aufñi que l'ufage du Pays, & d’une
grande partie de l'Inde, eft que les Traités de commerce peuvent être ré-
voqués dans l'efpace de vingt-quatre heures, en rendant les arrhes, & mé-
me les marchandifes après qu'elles ont été livrées. C’étoit dans la crainte
de ce traitement qu’il avoit envoyé Fowler & d’autres Faéteurs au rivage,
pour fçavoir de Naffan s’il vouloit fe tenir aux conditions, & pour lui dé-
clarer que les Chaloupes ne partiroient pas fans cette certitude. Naffan s’étoit
engagé devant plufieurs Témoins à remplir toutes fes promefles, & n'avoit
marqué d'empreffement que pour l’arrivée des Chaloupes.
Dans le chagrin d’être trompé, Sir Henri, après avoir confulté les An-
glois qui reftoient autour de lui, ne vit pas de moyen plus fûr pour mettre
les Indiens à la raifon, que d'arrêter fur fon Vaifléau le Gouverneur de Su-
rate & le Scha Bandar. Îl leur expliqua civilement les fujets de plaintequ'il
recevoit de Naffan, & le regret, qu'il avoit de fe voir forcé, par tant d’in-
juftices, de les retenir pour garans du Traité. Le Gouverneur, fans con-
damner la conduite des Anglois, les pria d'envoyer ordre de fa part à Koja
Naffan
(g) Angl. chaque mande étant de trente-trois livres Angloifes, R, d. E.
Gg 3
Sir ITENRt
Minoieron.
1611.
Le nouveau
Gouverneur
de Surate vifi-
tu laFlotteAn-
gloile,
Chicancs de
Koja Nalfan
dans le com-
merce,
Les Anglois
arrêtent fur
leur Flotte le
Gouverneur
de Surate.
mm
Six Tia
MippLe Ton,
1611.
His lerelàchent
& gardent
Natlan pour
Otage.
Lettres du Vi-
ceroi de Goa
lues à l’Ami-
al Anglois,
La fermeté
plus utile aux
Anglois que ia
politeffe,
Arrivée de
Floris à Maf-
fulipatan.
Sharpey eft
envoyé à Agra
par l'Amiral.
38 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Naffan de le venir trouver fur la Flotte, Il n'ôfa refufer d'obéir, Aufitôr
qu'il fut arrivé, le Gouverneur s'adreffant à l’Amiral, lui dit qu’il avoit en.
tre les mains l’Auteur des diflicultés, & qu'il lui confeilloit de fc faire ren.
dre juitice. Le fens de ce difcours ne parut obfeur à perfonne. L’Armiral laif.
fa au Gouverneur & au Scha Bandar la liberté de retourner à terre, aprés
lui avoir fait un préfent, & garda pour Otages, fur le Pepper-Corn, Koja
Naflan & plufeurs perfonnes de fon cortège.
UELQUES jours après, le Scha Bandar, qui fe nommoit Iaffan Aly,
vint à bord de l'Amiral, & lui montra deux Lettres du Vice-Roi de Goa;
l'une adrefée à lui-même, l'autre qui étoit venue fous fon enveloppe, &qui
étoit pour le Grand Amiral du Nord, commandant la Flotte Portugaife. Le
Vire-Roi écrivoit dans celle-ci au Grand Amiral, qu'il avoit reçu la fiennc,
où il avoit là avec beaucoup de fatisfaétion le fervice qu'il venoit de rendre
à l'Efpagne, en forçant l'Amiral Anglois & fes gens de fe jetter à la nage
pour regagner leurs Vaifleaux, fans quoi il les auroit fait prifonniers. Il re-
levoit cette ation par de grands éloges ; & pour la récompenfer avec éclat,
il lui faifoit piéfent de quelques Frégates qu'il avoit enlevées depuis peu für
la Côte de Malabar. En même tems il lui donnoit avis qu'il avoit envoyé fon
ils fur fa Flotte, pour y apprendre le métier des armrs ; G& le recomman-
dant à fes foins , il le prioit de lui enfeigner le chemin de la gloire. Cette
Lettre, que le Scha Bandar prenoit plailir à faire lire aux Anglois avant que
de la remettre au Grand Amiral, marquoit combien le Vice-Roi étoit tromn-
pé par les fauffes relations & les vaines bravades de fes Officiers. Dans celle
qui étoit adreffée au Scha Bandar, il le remercioit d'avoir employé fes foins
pour empêcher le commerce des Anglois à Surate, & l* prioit de les conti-
nuer avec le même zèle, en l'affürant que la Cour de : cugal le récompen-
feroit libéralement de fes fervices.
[LA fermeté de Sir Henri avoit produit plus d'effet que fes civilités & fes 4
préfens.] Il vint le même jour au rivage plufieurs chariots de provifions que
Bangham avoit eu la liberté d'acheter à Surate. Toutes les affaires du com.
merce :‘rent terminées le 24, & les comptes réglés à la fatistaétion des Par-
ties. Alors Sir Henri ne fit pas difficulté derenvoyer fes Orages, qui lui pro-
mirent plus de fidélité.
LE 27, il vint à bord un Juif de Mañülipatan, qui en apportoit une Let-
tre, dattée le 8 de Septembre, d'un Dantzikois, nommé Peter Floris, qui
étant employé par la Compagnie d'Angleterre, donnoit avis à lAmiral de fon
heureufe arrivée ?u commencement de Septembre. Il étoit parti de Londres
au mois de Février.
IL y avoit long-tems que Sharpey étoit arrivé fur la Flotte. Sir Henri le
chargea, avec Hugues l'raine & Hugues Greet, de faire le voyage d’Agra,
pour rendre au Capitaine Hawkins une Lettre qu’il fe crut obligé de lui écri-
re. Il étoit peu fatisfait de la conduite d'Hawkins, & fa qualité d’Amiralle
mettoit en droit de lui expliquer fes fentimens (b). Sharpey partit le 2 de
Janvier,
Ch) Angl. 1 lui écrivoit pour l’engager à mandoit d'acheter de l’Indigo, & quelques au-
prendre une autre route que celle qu'il fem tres marchandifes, fi on pouvoit les avoir à
bloit avoir réfolu de fuivre; & il lui recom- un prix raifonnable. KR. d, E.
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avoir d
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cunar. I. 239
Janvier, avec ordre aufli d'acheter quelques étoffes des Indes, & d'autres
commodités , s'il s'en trouvoit à des prix raifonnables.
IL revint [plutôt qu'on ne s’y étoit attendu, & la furprife des Anglois fut
extrême de le voir fur le rivage ] le 26, avec le Capitaine Hawkins. Ils
avoient laiflé leurs voitures à cinq milles de la mer , dans la crainte qu'elles
ne fuflent enlevées par les Portugais. Sir Henri fe rendit lui-même à terre a-
vec deux cens hommes armés, pour les mettre à couvert. Elles furent ame-
nées jufqu'au rivage, & tranfportées fur les Vaifleaux, fans que les Portugais
y#s'en apperçuflent, [Le 27 l'Amiral envoya Ÿean Williams avec un des l'ac-
teurs, aSurate, pour quelques affaires. ]
H Mocures Kam [avoit confervé depuis fa chûte, une forte d'autorité qui le
faifoit encore refpeéter de ceux qui avoient été témoins de fa grandeur.] Etant
forti de la Ville pour aller au devant d'un Général qui revenoit des guerres
du Dekan, & qui devoit pafler par Surate, il avoit chargé à fon départ Jor-
dayne de faire des civilités, de fa part, à Sir Henri, & de lui dire qu'il par-
toit pour revenir inceffamment, difpofé à remplir avec fidélité les promefles
qu'il avoit faites aux Anglois pour leur Comptoir. À fon retour il changea
extremement de langage, car ayant fait appeller Jordayne, il lui demanda
d'un air fombre, ce qu'il faifoit à Surate, & pourquoi tous les Anglois n'é-
toicnt pas partis. Jordayne répondit qu'ils étoient arrêtés par la confiance
qu'ils avoient à fa parole, & par l’efpérance d'établir un Comptoir , fans quoi
ils n’aurojent pas tardé à mettre à la voile. Mogureb protefta qu'ils n’obtien-
droient jamais de Comptoir à Surate, & fe plaignit que le long féjour qu'ils
avoient fait dans la Rade, avoit fait perdre à fa Douäne plus d'un million
de manureys; après quoi il leur ordonna de la part du Roi de partir immé-
diatement. Cet ordre füurprit l'Amiral fans lui caufer beaucoup de chagrin. Il
rappella aufli-tôt tous les l'aéteurs qu'il avoit à Surate, dans la réfolution de
mettre prompteinent à la voile. [Williams revint ce même jour , & l’on recut
quelques provilions de Surate.]
(i) La Rade où les Anglois étoient depuis fi longtems n’étoit pas celle de
Surate, qu'ils avoient quittée après avoir vû arriver le Fils du Vice-Roi. Ils
s’écoient retirés dans celle de Soually au 20°. degré 57 minutes de latitude,
16 degrés 30 minutes de variation. Mais étant déterminés à partir, ils leve-
rent l'ancre le 11 de Février, & fc rapprochant de la Rade de Surate [pour
faire connoître que la crainte n’avoit point de part à leur réfolution,] ils
mouillèrent le foir, près d’un Vaifleau de la Ville qui avoit été lancé nou-
vellement, & qui étoit forti le même jour de la rivière, pour faire voile vers
la Mer Rouge. La latitude de cette Rade, eft de 20 degrés 42 minutes. En-
fin. s'étant mis en mer le 12, ils allèrent jetter l’ancre à deux lieuës de la Ra-
de, prés d'un Vaifleau de Caleeur, qui arrivoit à Surate, & qui leur accor-
da un Pilote pour les conduire à Dabul. Le 13 ils avancérent avec toutes
Kpleurs voiles Oueft quart au Sud, l'efpace d'environ dix lieuës ; mais alors [ils
fe touvérent fur un fond de huit braffes, & un moment après fur un fond
de fix; cela les obligea de faire environ un mille à l'Eft, & à l'EÉt quart au
Sud,
(5) La ge, Se&tion commence ici, R. d. Æ,.
Sir Henar
Minpzeron.
1612,
Son retour 4-
vec le Capitai-
ne Hawkins.
Moghreb
change de fen-
timent pour
les Anglois &
les force de
partir,
Rade de Sou-
ally & fa la-
titude.
Latitude de la
Rade de Sura-
te,
Sir Hewn
MIiDDLETON.
1612.
Les Anglois
arrivent à Da-
bul ,& y font
bien reçus,
Is y font peu
de comimerce,
Raifon qui les
détermine à
retourner
dans la Mer
Rouge,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
240
Sud, par cette manœuvre ils revinrent fur un fond de vingt brafles: enfüite
ils dirigèrent leur courfe Sud-Oueft quart au Sud, * apte une heure après-mi-
nuit, ayant prefque toûjours la marée contraire & en neuf heures de tems,
ils firent environ fept lieuës & demi. Alors] le vent leur manquant tout-à.
fait, ils demeurérent immobiles pendant trois heures fur un fond de vingt
brafles. A peine l'air eut-il recommencé à s'agiter que portant au Sud-Sud-
Oueft , ils découvrirent la terre, avec deux petites montagnes, qui leur fi
rent juger qu'ils étoient proches de Daman. À fix heures du foir, un calme
qui les furprit encore, leur fit paîfer une partie de la nuit dans l'immobilité,
Îls employérent plus heureufement le refte en fe laiffant conduire par le vent
qui les portoit au Sud quart à l'Oueft. Le matin ils fetrouvérent à 19 degrés
50 minutes de latitude, éloignés d'environ cinq lieuës du rivage. Le vent
les fervit peu jufqu'à midi; mais il devint plus favorable jufqu'au foir, ee fe
trouvant fur treize brafles de fond à quatre ou cinq lieuës du rivage, ils ju-
gèrent à l'entrée de la nuit qu'ils étoient vis-a-vis de Chaul. Ils portèrent
au Sud pendant toute la nuit avec un fort bon vent, Le 16, ils dirigèrent
leur courfe au long de la Côte, Sud, & quart à l'Eft, jufqu'a fix heures à.
près-midi, ne trouvant nulle part moins de dix brafles ; enfin ils entrèrent
avant la nuit dans la Rade de Dabul , qui eft à 17 degrés 42 minutes dela-
titude; 16 degrés 30 minutes de variation.
Le jour fuivant, l’Amiral envoya au rivage, dans une Barque de Pécheur,
le Pilote qu'il avoit reçu du Vaifleau de Calecut, avec une Lettre pour le
Gouverneur, qu’il avoit obtenue à Mocka, de Maleck Amber, Capitaine
d'un grand Vaifileau de Dabul. Il fe trouva heurcufement que ce Capitaine
étoit arrivé depuis quelque tems avec fon Vaifleau. Dansle cours de l'après-
midi, l’ Amiral reçut de fa part & de celle du Gouverneur quelques rafraichif-
femens, avec des affürances d'amitié, des offres de fervice, & la permi‘tion
d'envoyer au rivage, s’il avoit deflein d'y faire quelque commerce. Les
Anglois ne balancèrent point à faire defcendre deux Faëéteurs, qui furent re-
çus avec beaucoup de carefles , & traités fort civilement pendant le féjour
qu'ils firent dans la Ville.
Les trois jours fuivans furent employés à vendre une petite quantité de
marchandifes; mais l’Amiral s’'appercevant qu'il ne pouvo : fe promettre un
commerce plus confidérable, prit dès le 24 la réfolution de partir. Il affem-
bla le Confeil pour délibérer s'il feroit voile à Priaman, à Bantam, & dans
d’autres parties de l'Inde ; ou s’il devoit retourner dans la Mer Rouge, dans
l'efpérance d'y faire un commerce plus utile avec les Vaiffeaux Indiens. 1!
repréfenta qu'ayant trouvé jufqu'alors fi peu de facilité à fe défaire des mar-
chandifes que la Flotte avoit apportées, il ne falloit pas compter qu’on en
trouvât davantage dans des lieux plus éloignés; & que perfonne ne les ac-
cuferoit d’injuftice , lorfque pour prix d’un fi long & fi pénible voyage, ils
forceroient les Vaifleaux Indiens de ieur donner en échange les marchandi-
fes de l'Inde, pour celles qu’ils leur offriroient. Ce raifonnement parut fi
bien fondé, qu'on fe détermina pour la Mer Rouge par cette feule raifon,
à laquelle néanmoins Sir Henri voulut qu’on joignit l'obligation de tirer
vengeance des outrages des Turcs. [C’étoit déclarer ouvertement qu'onalloit A
prendre la qualité de Pyrates avec celle de Marchands. Mais pour la UE
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INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I. 247
fer un peu ,] on apprit par la voye de Mañülipatan, que le Vaiffeau Anglois
qui y étoit arrivé quatre mois auparavant fous la conduite du Capitaine Flo-
ris, étoit parti dans le deffein de gagner aufli la Mer Rouge, & l'on fe crut
autorifé à ne rien pages pour le fauver de la trahifon des Turcs, entre
les mains defquels il alloit fe jetter imprudemment.
Deruis ce jour jufqu'au 27, on ne s’occupa qu'à renouveller la provifion
d'eau. [Les Indiens avoient acheté tout le Vermillon, & on le leur avoit
L
déja livré; mais ils fe repentirent de leur marché, & le rapportèrent à bord.]
Le foir du 26 on apperçut un Vaifleau à quelque diftance; & deux ou trois
petits Bâtimens Malabares qui étoient venus du même côté, affurèrent l'A-
miral que c'étoit un Vaifleau Portugais de Cochin, qui étoit parti pour Chaul.
Le Pepper-Corn, le Darling, & la Frégate furent envoyés aufli-tôt à fa ren-
contre, & n’eurent pas de peine à s’en faifir. Mais les gens de la Frégate
excédant leur ordres, pillèrent l'Equipage Portugais. L'’Amiral fit reftituer
aux Matelots ce qui leur avoit été enlevé, & fe contenta de prendre ce qu'ils
avoient de meilleur & de plus frais dans leurs provifions, pour fe dédomma-
ger un peu des pertes que la Flotte Portugaife de Surate avoit fait effuyer à la
fienne. La Lettre du Vice-Roi, dont le Scha Bandar avoit procuré la leétu-
re aux Anglois, leur avoit fait affez connoître que fi l’Amiral Soto Major ne
leur avoit pas caufé plus de mal, c'étoit moins l’inclination que le pouvoir
qui lui avoit manqué. Cependant Sir Henri eut foin de faire figner aux Com-
mandans de l’Equipage, un Mémoire éxaét de ce qu'il leur avoit enlevé.
LCe Vaifleau étoit chargé de noix mufcades, & de quelques autres marchan-
difes en petite quantité. ]
Le 25 Mars, la Flotte Angloife eut la vûe de l’Ifle de Sokotora. A quatre
ou cinq lieuës de la pointe de Dellifcha, la variation fe trouva de 16 degrés.
L [Depuis le midi du jour précédent, on avoit fait route au Nord-Oueft & quart
D ARE ES
ROSE RTE LE
AR
à l'Oueft, & à l'Oueft-Nord-Oueft, & à l'Oueft durant toute la Nuit: quand
le jour fut arrivé on crut avoir cottoyé la partie Occidentale de l'Ifle, mais
on trouva qu’au contraire on avoit à peine doublé fa pointe, quoique le vent
eût été affez fort; ce qui prouve qu'on avoit eu à manœuvrer contre un cou-
rant rapide]. Depuis midi jufqu'à quatre heures au matin du jour fuivant, on
fuivit la Côte avec fort peu de vent; & le calme furvenant tout-d'’un-coup ,
on fut emporté par le courant fur un Roc qui eft à quatre ou cinq lieuës de la
partie Occidentale de l'Ifle, où l’on fut forcé de mouiller, pour attendre lé
vent. 11 fe leva deux heures après à l'Eft; de forte que vers midi on fe trou-
va éloigné du Roc d'environ quatre lieuës, aprés lefquelles on retomba dans
un autre courant, qui n'étoit pas moins impétueux vers le Nord. Le 27, en
portant à l’Oueft-Sud-Oueit, on trouva encore un courant, dont la direc-
tion étoit auffi vers le Nord. Mais après s'en être dégagé aufli heureufement
que des deux autres, on fe trouva le matin, vis-à-vis d’Abba del Kuria, & le
foir, on eut la vûe du Cap de Guardafu, à fept ou huit lieuës de diftance. De-
puis le midi du jour précédent jufqu’à l'heure où l'on étoit, on avoit fait en-
viron vingt-huit lieuës, Oueft-Sud-Oueft; quoique la véritable direétion fût
à l'Oueft, en tirant beaucoup moins versle Sud (k). L'Amiral fit jetter l’an-
cre
CR) Angl, en tirant un peu vers le Sud. R. d. E.
IL Part. Hh
Sin Tennr
Mibotérow.
1612.
Ils prennent |
un Batiment
Portugais , à |
s'accommo- |
dent de fes |
provifions, |
Calmes &
dangereux
courans prés
de Sokotorz
Sin Hennt
MippizTonN.
2612.
Informations
touchant l'ar-
rivée d'une
nouvelle Flot-
te Angloife
dans la Mer
Rouge.
Réfolution
de l’Amiral,
Il jette l'an-
cre dans les
Détroits,
I reçoit des
lettres du Ca-
242
cre
de
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
jufqu'à minuit. Le lendemain à huit heures , il fe trouva entre les deux Caps
uardafu & Felix.
Le Darling s'étoit arrêté à Sokotora, [avec les ordres de Sir Henri.] Pember. %
ton qui commandoit ce Vaiffeau , revint le 2 d'Avril, & rapporta qu'il avoit
vû entre les mains du Roi un Ecrit de Jean Saris, Commandant de trois
Vaifleaux Anglois, qui contenoit le tems de fon départ d'Angleterre, le
nom des lieux où il avoit relâché dans fa route, fon arrivée à Sokotora & le
deffein dans lequel il étoit parti de pénétrer dans la Mer Rouge, pour y
excreer le commerce.
Pemberton ajoûta qu'on avoit fait lire à Saris l'Ecrit
que Sir Henri avoit laiffé dans la même Ifle, & les raifons qui devoient le
aire renoncer au voyage de la Mer Rouge; mais que fe fiant au Pafleport
qu'il avoit du Grand-Seigneur , il pe d’être reçu plus favorablement
€
que Sir Henri.
Sur ce récit, le Con
il fut affemblé; &, fans la moindre
oppofition de fentimens, on fe confirma dans la réfolution d’éxécuter le def:
fein qu'on s'étoit propofé. D'ailleurs, il auroit été difficile d'en former un
autre.
Le vent ne permettoit plus de retourner en arrière, jufqu’à la Mouf.
fon de l'Oueft qui ne devoit revenir qu’au mois de May. Ainfi l'Amiral prit
le parti de 1
er le Capitaine Dounton avec le Pepper -Corn, pour croifer
aux environs d’Aden ; tandis qu'avec l’Incréafe & le Darling, il s'avanceroit
lui-même jufqu’aux Détroits de Babelmandel.
Ils allèrent enfemble jufqu'a
fept lieuës du Promontoire d’Aden , & lorfqu'ils fe crurent vis-à-vis de cet.
te Ville, à r2 degrés 47 minutes de latitude, Pemberton demeura derrière
V’'Amiral qui continua fa navigation. La variation fut, cet après-midi, de 13
degrés 40 minutes.
Darvis quatre heures du foir jufqu’à trois heures du matin, l'Amiral eut
eu de vent, Il fuivit le Canalen portant à l'Oueft quart au Nord & à l'Ouett-
Nord-Oueft. Vers le milieu du jour, un bon vent, qui fe leva tout-d'un-
coup, le fit avancer fi légèrement jufqu’au foir, qu’au foleil couchant il jet
ta l'ancre à quatre lieuës de Babelmandel.
Le 4, à huit heures du matin,
il remit à la voile pour entrer dans le Détroit. Deux heures après, il fe trou-
va dans Babelmandel même, entre l’Ifle de ce nom & l'Arabie. Il y mouilla
fur un fond de huit braffes. Le Canal n’a pas
geur. À peine
te par un Turc
mandant d’un Château voifin, fous l'autorité de l’Aga de Mocka.
&
lus d’une demi-lieuë de lar-
fut - il arrêté qu’il vit venir à fon bord une Barque condui-
trois ou quatre Soldats Arabes. Ce Turc étoit le Com-
Il offrit
à l’Amiral de fe charger de fes Lettres pour Mocka, s’il y vouloit écrire, &
de lui remettre les réponfes dans l’efpace de trois jours. L’occafion étoit trop
belle, par quelque motif qu’elle fût offerte. L’Amiral prit le parti d'écrire au
Capitaine Saris, pour lui communiquer les raifons qui le ramenoient dans cet-
te Mer.
Le 6, il lui vint de Zeyla, Ville maritime du Détroit, fur la Côte d'A-
byflinie, une Jelbe qui alloit à Mocka, chargée de nattes. Il acheta du Pa-
tron douze moutons; & loin de l'arrêter dans fa route , il lui recommanda
de publier qu'il avoit rencontré des Anglois. Le 7 avant le jour, il vit paf
fer un Vaifléau de Bafanor, [qui fembloit fort empreflé pour l’éviter.] Il le
pitaine Saris, força de jetter l'ancre près de lui, en le menaçant de le couler à fond, sl
alors 4Mocka,
réfiftoit à fes ordres.
Le même jour, Richard Wickam , un des Capitaines
de Saris, lui appora des Lettres dont le fujet n’eft pas marqué dans la Re-
lation.
lation,
en droit
Indiens 1
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Anglois,
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Æduite à fa vengeance.
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lation.
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar. I. 243
lation. Mais l'Amiralretint Wickam, de peur que les Turcs ne fe cruffent
en droit de l'arrêter, eg Ps apprendroient à fon retour que les Vaifleaux
Indiens ne pailoient lus ibrement dans le Détroit. Il ne laiffa pas de faire
réponfe à Saris, mes par un l'urc qui avoit accompagné Wickam. Le huit,
après-midi, il arriva un Vaifleau de Diu, qui fut fort furpris de recevoir des
Anglois, l'ordre de jetter l'ancre auprès d'eux. C'étoit le même Bätiment que
Sir Henri avoit arrêté l'année précédente dans la Rade de Mocka. Il fit pren-
dre fur les deux Navires Indiens toutes les marchandifes qui convenoient à fes
vûcs, & les fit tranfporter à bord de l'Incréafe. Le 9, il fe faific d'une petite
Frégate arrivée de Sael (7), & chargée d'ollibanum, dont les Anglois ache-
térent une partie, qu'ils payérent à la facisfaction des Infidelles. Deux jours
après, ils arrétèrent une Barque de Sinde.
IL eft remarquable que depuis le jour qu'ils étoient entrés dans les Détroits
jufqu'au 12, le vent demeura conftamment au quart du Sud-Eft, & qu'en-
fuite il changea au Nord-Oueft. L'année d'auparavant, il avoit ad auf
le même jour au Nord-Oueft, où il étoit demeuré trois jours. Ce change-
ment arrive tous les ans avec la même régularité.
Le 14, Saris arriva fur les huit heures du matin à la vûe de Sir Henri
avec fes trois Bätimens. Après qu'ils fe furent falués de toute leur artillerie,
Saris, accompagné du Capitaine Towtfon, & de Cox fon principal Faéteur,
fe rendit à bord de l'Incréafe, où il pafla tout le jour avec l'Amiral. Ill'in-
vita, pour le jour fuivant, à diner fur fon Vaifleau, qui fe nommoit le CHo-
ve. Sir Henri s'y étant rendu avec fes meilleurs amis, pria le Capitaine de
lui faire lire le Pafleport du Grand-Seigneur ; fur quoi Saris lui déclara que
s'étant promis un heureux Commerce à Mocka , il n’attribuoit la perte de
fes efpérances qu'a la détention des Vaifleaux Indiens. L’Amiral, quoique
fort perfuadé qu'il s'étoit flatté mal-à-propos , crut devoir le confoler
par une offre dont les avantages devoient furpafler beaucoup ceux du com-
merce ordinaire. 1l convint par un Ecrit formel que le Capitaine auroit le
tiers de toutes les marchandifes qui feroient prifes aux Indiens, en payant
comme lui le prix en argent ou par des échanges , & que les Bâtimens de-
meureroient enfuite à la difpofition de celui qui avoit cru devoir cette con-
[Etrange Traité, par lequel ils difpofoient du bien
d'autrui fans aucun droit. Saris ne fe crut point obligé d'en éxaminer la juf-
tice, parce qu’il regarda les fruits qu'il en devoit tirer, comme un falaire
bien acquis par les fervices qu'il alloit rendre à l’Amiral. ]
EN effet, deux Vaifleaux ayant paru le 16, l’un de Calecut , chargé de
ris, [pour Mocka] l’autre de Karapatan près de Dabul, chargé de poivre,
KF[& qui étoit parti d'Achen pour fe rendre à Aden] Saris fut le plus ardent
a les forcer de jetter (#”) l'ancre. Le 18, il en vint un de Cananor , à Moc-
Kka; [la plus grande partie de fa charge confiftoit en poivre.] Le lende-
main, On en arrèta deux de Surate, l’un nommé le Hafjani, qui appartenoit
à
#7 (!) Cette Ville eft nommée Shabr dans la Xael; elle eft dépendante de Kwfhem ou Kafbin.
Relation , & Sbaber dans Purchaf; c’eft d’a- (m) Angl. Sir Henri leur envoya fa fréga-
près les Portugais qu’on la nomme Sae/ ou te, pour les forcer à jetter l'ancre. R. d. E,
Hh 2
Sun Fennt
Mivpzeron,
1612,
L'Amiral
commence à
fe faifir des
Vaifeaux In-
diens,
Obfervation
fur le vent
dans les Dé-
troits,
Saris joint
l'Amiral Mid-
dleton.
Etrange traité
Le piller le
jen d'autrui
Grand nom
bre de Vaif-
feaux Indiens
arrêtés par les
deux Chefs
Amglois.
Sun Fenar
Mivpteron,
1612,
Arrivée du
Vaifileau du
Grand Mogol.
L'Amiral fe
retire avec fa
proye dans la
Baye d'Affab.
Remarque.
44 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
à Abdal 1laffan, & qui alloit à Joddah (n); l'autre à Koja Nafan, cet an.
cien ami de l'Amiral. Ils furent forcés de mouiller près de fon Vaiffeau , ir
lequel il fit monter les Commandans Indiens, pour les faire garder fous fes
jeux. Il apprit d'eux que le principal Navire du grand Mogol , nommé le
bemi, devoit bientôt arriver, Le 20, il prit un Vaiffeau de Diu , chargé
de marchandifes Indiennes; & le même jour, une grande Barque de Dabul
qui lui auroit échappé fi la Pinafle n'eût fait beaucoup de diligence pour la
joindre. L'Amiral fit conduire à terre , le lendemain , tous les Paflagers
des deux Vaifleaux de Surate, Vers midi, il arriva un Vaifleau de Calecut,
qui fut arrêté avec tous les autres. Le 22, on arrêta une Frégate de Sael,
qui apportoit à Joddah de l'ollibanum , qu'elle avoit été charger à Goa, Dans
le même tems, le Darling pourfüuivit un grand Vaifleau de Diu, chargé de
marchandifes Indiennes pour Suaken, qui avoit dr fa route par le gran] Ca-
nal, mais que cette précaution ne put garantir du fort commun.
ENFIN le 23, on vit arriver le Rhemi de Surate , _Vaiffeau du Grand
Mogol, qui étoit chargé pour la Reine, Mère de ce puiffant Monarque. Il
comptoit de fe rendre à Foddah ; mais il fut arrêté avec tous les autres. Son
Equipage étoit de quinze cens perfonnes. Sir Henri, fatisfait d'une proye
fi riche, donna ordre à cette multitude de Captifs de fe préparer pour le
fuivre le lendemain dans la Rade d'Affab , où 1l fe nropofoit de faire la dif:
tribution de fon butin. Il partit en effet Je 24, Cu laiffant derrière lai le
Darling, & le Thomas, Vaiffeau de Saris, pour croifer dans les Détroits.
IL jetta l'ancre, à l'entrée de Ja nuit, fous l'Ifle de Crabbes 3 & Île jour
fuivant il entra dans la Rade , accompagné de tous fes Captifs, [& Jettatÿ
l'ancre fur fept brafles & demi d'eau. Le 27 on tira une grande quantité
d'Indigo des Vaifleaux de Surate & de Diu. Cependant le Clove quin'avoit
pas remarqué dans quel endroit étoit la Flotte, ne fçavoit quelle route tenir,
On l’avertit du lieu du rendez-vous, par un coup de canon ÿ il y répondit
par un autre coup, & peu de tems après on le vit arriver.] |
[ON doit trouver fort étrange que l'Amiral interrompe ici fa Relation À
fans nous apprendre comment 1l ufa de l'afcendant qu'il avoit fur les Indiens,
& quelles bornes il mit à fa vengeance. On ne comprend pas mieux fur
quels principes il fe croyoit en droit de punir les Indiens des outrages qu'il
avoit reçu des Turcs. Mais le voyage füuivant étant lié au fien, par la dé-
pendance où le Capitaine Dounton étoit de fes ordres en qualité de fon Lieu-
tenant, on fait remonter ici le Leéteur jufqu’à l'année de leur départ com-
mun, pour tirer du Journal de Dounton quantité d'éclairciffemens qui man-
quent à la Relation de l'Amiral. Ce n’eft pas néanmoins fans avoir eu l'at-
tention de recueillir les latitudes. ]
> (nu) PurchafT appelle cet endroit Zidda. C'eft le Port de la Mecque,
Le <:
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LATITUDES
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Pol, L pag. 2
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(ce) Angl, À
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar. I.
"êt an- LATITUDES,.
ii , ur
us fes fes de Quériba.... 11 10 $. Rade de Surate......, sovorte
mé le Baye fabloneufe de Sokotora....... Rade de Dabul..…...........
“hargé D … hate 08-08 DE VAFIATION rennes
Dabul Ville de ‘Tamarin.… 12 go Aden en Arabie...
Tu la V'ariatiONssssssssss 19 18 Variation. ....sssssssssssse
«M Ville de Zehanssssssssss 10 15
« Pa Rade de Soually........ 20 57
; rl Variations 16 30
| ans
LP KL «322 GE GEL din UE AE EUES ED x AUD ED 2:10 De CID TDR 1110 KID LA
Greni T7 OUR N A L (a)
se De Nicozas DounrTon, Capitaine du Pepper-Corn, dans la Flotte de
| proye Sir Henri MibpLzeTon. (b)
jour le ; PS
| la di E 22 de Juillet, 1610, à quatre heures après-midi , on eut la vie de Dounrox,
) Qui le la Table, Montagne fort élevée, & celle de la Baye de Saldanna, à la 1610,
étroits. diftance d'environ douze lieuës, Mais les calmes & la variété des vents ne Ur ele
le jour permirent point d'entrer dans la Rade avant le 24. On y trouva trois Bä- hu, pre
& jeturp MR timens Hollandois, dont l'un faifoit voile à Bantam, commandé par Peter
Gat (ce), qui étoit parti de Hollande avec treize Vaiffeaux que la tempête
avoit difperfés, & qu'il attendoit dans cette Baye. Les deux autres étoient
venus faire leur provifion d'huile dans l'Ifle des Pengouins, & devoient re-
tourner direétement en Europe.
La Baye de Saldanna eft à (d) quatre lieuës Ce), Nord-Nord-Eft, ion de
du Cap de Bonne-Efpérance ; &, Nord quart à l'Oueft, à dix lieuës du la Baye de
Cap (f) Falo , [qui eft à FE du précédent. T Ces deux Caps qui Saldanna
en: re peuvent être vûs de Saldanna, font divifés par une autre grande Baye ,
$ qui entre laquelle & celle de Saldanna, il n y a qu'un efpace de trois lieuës,
lu dé. d'un terrain bas & marécageux, qui s'étend Sud & Nord, & qui des deux
côtés eft environné de hautes montagnes. Quand on eft affez avancé pour
avoir la pointe de la Baye de Saldanna à l'Oueft - Nord -Oueft, au Nord-
Oueft & quart à l'Oueft, vis-à-vis la terre qui eft entre les deux hautes mon-
tagnes de la Table, & du Sugar Loaf, ou du pain de fucre, on fe trouve
dans une fituation fûre & commode, fur un fond de fix, cinq, & quatre
brafles, fuivant l’eau que prend le Bâtiment. L'Ifle des Pengouins en eft à
trois lieuës, portant Nord-Nord-Oueft, demi-Oueft, & s'étendant au Nord
par
uantité
n'avoit
» tenir.
ipondit
ation , À
ndiens,
n Lieu-
com-
i man-
u l'at-
7 (a) Purchaff a inféré un Extrait de ce (d) Les Relations ne s'accordent pas fur
Journal dans fa Colleion. Voyez Pilgrims. cette diftance, mais voyez la Carte. R.d.T.
Vol, I. pag. 274. (e) Angl. quatorze lieuës. R. d. E.
(b) Dans l'Original le Chapitre XL. du IN. 7 (f) Si la Baye de Saldanna eft à qua-
Livre commence ici R. d. E. torze lieuës du Cap d: Bonne-Efpérance, elle
(ce) Angl, Peter But, KR. d; E, doit être plus éloïgnée du Cap Falfo,
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1610.
Changemens
arrivés dans
cette Baye.
Caufes du
changement,
Ufages & ca-
raétère des A-
friquains de
Saldanna.
45 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
par Oueit de l'endroit de la Rade où vous êtes (2). Le Continent du fond
de la Baye, or Le Le de 13 lieuës, fert aufli à couvrir cette ftation
parce que tirant fur le Nord, Oueft quart à l'Oucft, il ne laiffe guères plus
de trois points ouverts du côté de la Mer du Nord-Oueft, d'où viennent les
plus grandes tempêtes.
LA Baye de Saldanna avoit été jufqu'alors une retraite favorable pour les
Anglois. Outre la bonté de l'air, qui ies rétablifloit de toutes leurs mala.
dics, ils y avoient toûjours trouvé une grande abondance de bœufs & de
moutons; qu'ils achetoient à fort bon compte. Un bœuf ne leur coûtoir
u'un crochet de fer de douze ou quinze pouces de longueur, [& ils Pak
foient un mouton à proportion) Mais le Capitaine Dounton trouva beau.
coup de changement, fans pouvoir en pénétrer la caufe, parce que la Flot.
te Angloife n’avoit perfonne qui entendit les langues du Pays. Ses conjeëtu.
res font, que le mal avoit pû venir des Hollandois , qui, fans faire attention
à l’avenir, ravagcoient & détruifoient tout, dans les lieux où le hazard les
faifoit arriver: ou que les beftiaux qu'on y avoit vûs en fi grand nombre,
n'étoient pas une produétion du Pays; mais qu'étant pris dans les guerres que
les Habitans avoient alors, & qui leur faifoient rechercher avec tant d'avi.
dité les moindres morceaux de fer, pour armer leurs dards & leurs lances,
la paix qui avoit peut-être fuccédé à leurs divifions, leur avoit fait perdre
tout-à-la-fois le goût du fer & l’occafion d'enlever des befliaux. Ils ne laif.
foient'pas de venir chaque jour aux tentes des Anglois; mais les prières &
les préfens ne purent tirer d'eux que quatre vaches & fix brebis, pour lefou-
lagement des Malades de la Flotte. Ces vaches étoient même fi vieilles &fi
maîgres, que leur chair ne faifoit point un mets fort picquant. Et ce ne fut
pas du fer que les Sauvages demandèrent en payement ; ils ne voulurent pren-
dre que de petites plaques de cuivre, de fix pouces quarrés ; pour chacune
defquelles ils donnoient volontiers une brebis. On fut obligé de couper en
piéces un chaudron de cuivre, dont ils regardoient les morceaux avec admi-
ration. Ils s’en font des ornemens pour leur parure, avecun foin extrêmede
les rendre clairs & luifans; & Dounton en vit plufieurs qui portoient fix ou
fept de ces précieux bijoux au long des bras.
Ces Afriquains font les plus fales Créatures que l’Auteur ait jamais vûes.
A la MABrOpreES naturelle de leurs corps, qui vient de la fueur ou d’autres
caufes, ils joignent une onétion, qui eft apparemment le ds de quelques her-
bes, mais qui reflemble beaucoup à la fiente de vache; leur chevelure,
ou plutôt la laine de leur tête, qu'ils ont foin de bien enduire de cette affreu-
fe pomade, a l'air d’une pâte compofée d'herbes pilées. Pour habits, ilsont
des peaux de bêtes, qui leur tombent jufqu’au milieu des cuifles, mais fans
être liées par aucune couture ; &leurs parties naturelles font couvertes, dans
les deux féxes, d’une queuë de chat, ou de quelque autre petit animal. Leurs
moutons, au lieu de laine, ont une forte de poil qui reflemble à celui des
veaux, & qui eft auffi de diverfes couleurs. Îls ont les jambes plus longues,
& le corps plus gros que les moutons d'Angleterre; mais ils font beaucoup
moins gras. Les
Table. Elle eft d’ailleurs fort obfcure & fem-
ble fe contredire. KR, d.T.
(8) L'Editeur Anglois remarque qu'il faut
qu'il y ait ici quelque erreur, & que cette Def-
cription ne peut :onvenir qu'à la Baye de la
fpautour de
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celui des
s longues,
beaucoup
LES
feure & fem-
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar.L 247
Les Chefs de la Nation font diftingués par une plaque d'yvoire mince &
fort poli d'environ feize pouces de grandeur, qui leur couvre le bras au def-
fus du coude; & depuis le coude jufqu'au poignet , ils portent fix, huit, &
jufqu'à douze petites piéces de cuivre; qui font ou féparées, ou jointes en-
femble, fuivant la facilité qu'ils trouvent à les ajufter, avec des bracelets de
verre bleu, & de nacre de perles, qui leur viennent des échanges qu'ils font
avec les Matelots Hollandois pour des œufs d'autruche & des porc-épics. Ils
ont une autre forte de parure, qui eft peut-être ce qu'il y a de plus dégou-
tant dans l'Univers ; ce font les boyaux des Bêtes qu'ils ont tuées, ou qu'ils
voyent tuer aux Anglois. Ils fe les pafent autour du col, en les faifant def-
cendre jufqu'à la ceinture au long de l’eftomac; ce qui joint à l'horreur du
fpeétacle une odeur que les Européens ont peine à fupporter. Ils ont l'ufa-
e des fléches & des arcs; mais lorfqu'ils s’approchent des Voyageurs de
l'Europe , ils laiffent ces armes dans quelque buiffon, pour ne couferver qu'u-
ne forte de lance fort courte , ou de dard armé d’une petite pointe de fer ; &
quelques plumes d’autruche , dont ils fe fervent comme d’évantails, contre
la chaleur du Soleil. Ils ont la taille fort belle, & le corps extrêmement
dégagé. On croit avoir remarqué qu’ils changent de tems en tems d'Habita-
tions, pour la commodité des pâturages. Les lieux qu'ils préférent font les
vallées entre les montagnes. De la Baye, on découvre dans l'éloignement,
des fommets chargés de neige ; mais les monts qui font vers la Côte, n’ont
rien qui fente l'Hiver , malgré leur extrême hauteur.
DounrTon, [plus capable d'obfervations que la plûpart des Marchands
Anglois,] remarqua différentes efpéces de ferpens & d'araignées (h), mais
fans entreprendre d’en laiffer la defcription. Il vit quantité de bêtes farouches.
Les Hollandois l'affurèrent qu'ils avoient vû des lions; mais il chercha inu-
tilement l’occafion d’en voir. Les chevreuils , les antilopes, les porcs-épics,
les tortues de terre, les finges, les oyes, les canards, les pélicans, les pa/-
feas, les flemingos, les corbeaux, qui ont tous un collier blanc autour du col,
uantité de petits oifeaux de différentes efpéces, fans parler de ceux de mer
thfiele que les Pengouins les Mouettes, & plufieurs autres ,] dont la variété
eft innombrable, rempliffent tellement l’air, les arbres & la terre, qu’on ne
peut fe remuer fans en faire partir un grand nombre. Les cormorans font
en troupes au long des Côtes, & ne l’emportent pas néanmoins par la mul-
titude, fur certains oifeaux gris, avec les aîles noires, que les Portugais ap-
pellent alcantraf]es.
LE poiflon n'y eft pas moins abondant. On y trouve la plûpart des efpéces
qui font connues en Europe. Mais Dounton parle avec étonnement de la
multitude des veaux marins, & des petites baleines qu’il vit plufeurs fois
tsautour de l’Ifle des Pengouins. [On y pêcha une très grande quantité de poif-
fons de la groffeur d’une Truite, & qui reflembloient à des Barbeaux, aufi-
bien que d’Eperlans, de Rayes, de Chiens de Mer; fur les Rocs on trouva
abondance de moules & d’autres Coquillages.] L'air, fur toute la côte, eft
fort fain, & l’eau excellente. On voit defcendre des montagnes une infinité
de petits ruifleaux, qui fe réuniflent dans plufieurs endroits, & qui fournif-
fent abondamment à la provifion des Vaifleaux. ü
N
(b) Angl, & de Vipères,
Dounrex.
1610.
Monts char-
gés de neige,
en Afrique.
Obfervations
de Dounton
fur les ani-
maux,
248 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
DounTon. UN jourau matin, le Capitaine Dounton & l'Amiral accompagnés de treize
1610. hommes, entreprirent de chercher quelque lieu d'où ils puflent faire appor.
Voyage témé- ter du bois. Après avoir fait trois milles fans en découvrir aucune apparen-
pie, ce, à la réferve de quelques feuilles vertes, que la nécefñité fit couper aux
l'Amiral An. gens du Pepper-Corn. Sir Henri qui cherchoit en méme-tems quelques ra.
Blois. fraichiflemens pour fes malades, prit la réfolution de s'avancer autour de la
Table (i), dans l'efpérance d'y trouver quelques beftiaux qu'il fe propoloit
d'acheter. 1l ne prévoyoit pas dans quelles difficultés il alloit s'engager. Ils
traverfèrent d'abord un grand terrain pierreux, inégal, fans aucune trace de
chemin, obligés fort fouvent de defcendre & de remonter, pour franchir un
grand nombre de ravines que les torrens, formés par la pluie, n'avoient pas
ceflé de former depuis un grand nombre de fiécles, en fe précipitant du fom-
met de la Table. Enfin, ils trouvèrent un fentier battu, au long duquel il;
marchèrent quelque tems, guidés par quelques plumes qu'ils rencontroient
d'efpace en efpace & par d'autres traces d'oifeau ou de bétail. Cependant,
[en ayant trouvé la fin, ils jugérent que cette route avoit été frayée par Les
équipages de divers Vaiffeaux.] Ils la quittérent, pour prendre für la droite,
où ils recommencèrent à marcher dans un lieu trifte & fatiguant, jufqu'à ce
qu'ils découvrirent un autre fentier , qui fembloit conduire vers la rade au
long des montagnes. Ils le fuivirent afféz long-tems , au travers des rocs &
des ravines; & fe trouvant avec beaucoup de füurprife entre le Pain-de-fucre
& la Table, ils découvrirent le rivage, au long duquel ils avoient marché,
entre des monts qui leur en déroboient la vûe. Ils continuèrent d'avancer en-
tre le Nord du Pain-de-fucre & la Table, [fans qu'on nous dife quelle évoitx
leur reflource contre la faim & la fraïcheur de la nuit.] Enfin, après s'étre
fortifiés le matin, en faifant un peu de feu, ils marchèrent encore une par-
tie du jour, & vers le foir ils arrivèrent à leurs tentes. Une fi longue ab-
fence y avoit déja répandu l’allarme. Pemberton, inquict pour le fort defon
Amiral, fe difpofoit à partir avec un corps cg bien armés, pour le
chercher d’un côté de la Montagne, tandis que Thornton en feroit le tour du
Sonretour, Côté oppofé avec une autre troupe. La joye de le voir arriver fut fi vive,
& fes obfer- qu'elle éclata dans toute la Flotte par une fête publique. Sir Henri, dans
er cette marche , avoit eu pendant tout le jour la Table à fa droite; & fur fa
gauche, des marais, qui étant près des montagnes, fe trouvoient remplis de
rocs, tombés en divers tems du fommet. Le fond en eft humide, & paroit
ropre à faire d’excellens pâturages. On y voit par intervalles des arbres
Ere bas, quoique larges & touffus par leurs branches, qui portent un fruit
de la figure & de la groffeur des pommes de pin, mais dont la peau n'eft pas
fi rude: les oifeaux {€ nourriffent de la femence. Les feuilles ont à peu près
la forme de celles du Houx; mais elles font moins épaifles.
Utilité de por- CETTE faifon étant le printems du Pays, l'herbe & les arbres étoient en
eu Ro fleurs de tous côtés. Dounton, charmé de ce fpeétacle, regrêta de n'avoir
voyages de pas apporté les meilleures femences de nos jardins, pour les laiffer dans une
mer. terre qui lui paroïfloit fort propre à les recevoir. Quoique les Sauvages euf-
fent pû ruiner une partie de fon travail, il jugea qu'il s'en feroit fauvé quel-
que
&#(i) La Montagne de la Table eft prés de re qu'il ne s'agit pas ici de la Baye de Sd
la Baye qui porte ce nom, cela prouve enco- danna.
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les noms de h
II. Part.
que pattic ; & que les Commandans de chaque vaifleau , qui feroient entrés dans
la Baye , recucillant le fruit de fes foins, auroient été portés pur fon éxem-
ple à foûtenir & à perfeétionner fon entreprife. [Il auroit aufli voulu y fe-
mer des glands ; perfuadé que les Arbres croiffant-là plus vite que dans les
Pays froids, il auroit rendu un très grand fervice à ceux qui y feroient venus
après lui, On le traita de vifionaire de penfer à femer là où il n'y avoit
pas apparence qu'il pût jamais profiter de fon travail : cependant il n'en étoit
pas moins perfuadé que les Anglois feroient fort fagement d'apporter avec
eux provifion de diverfes femences, & de travailler à les faire croître dans
tous les lieux où ils verroient un terrain propre: & que ce feroit-là une pré-
caution d'une très grande utilité pour l'avenir. ]
APRÈS avoir renouvellé la provifion d'eau; & rétabli les malades avec des
rafraîchiffemens d’une bonté médiocre, puifqu'ils confiftoient principalement
dans l'abondance du poiffon & dans une prodigieufe quantité de moules, on
fe difpofa le 9 d’Août, à remettre à la voile. Mais le vent devint contraire
jufqu'au 13, que fouflant au Sud-Sud-Eft il fit doubler avant la nuit le Cap
de Bonne-Efpérance. On ne pañla pas moins heureufement celui das Agulhas
ou des Aiguilles. Les jours fuivans furent variés par destems fort divers, juf-
qu'au 6 de Septembre qu'on découvrit à trois heures après-midi l'Ifle de Ma-
dagafcar, ou de Saint-Laurent, à 2 degrez 38 minutes de latitude. Versle
foi , on jetta l'ancre dans la Baye de Saint-Auguftin, où l’on trouva l’Union
de Londres, Vice-Amiral du quatriéme voyage, que le défaut de provifions
retenoit dans cette Baye avec beaucoup d'embarras & d'inquiétude, On ape
prit du Capitaine qu’il avoit été féparé de fon Amiral & de la Pinaffe entre le
Cap de Bonne-Efpérance & la Baye de Saldanna, fans avoir pu fe procurer
la moindre information fur leur fort, & qu'il étoit entré dans cette Baye,
pour les chercher. Enfüite ayant fait voile vers l'Ifle de Zanzibar , il s’étoit
laiffé engager par les fauffes careffes des Portugais à tenter le commerce dans
cette Ifle; mais quelques-uns de fes gens, qu'il leur avoit envoyés, avoient
eu beaucoup de peine à fe fauver de leurs mains, & n'’avoient pû regagner
leur Chaloupe qu’en perdant trois de leurs compagnons. Les vents contraires
ne lui permettant point de choifir un Port commode, il avoit été forcé par
le befoin d’eau, de retourner vers Madagafcar, dans le deffein de gagner la
Baye d’Antongile, qui eft fur la Côte Eft-Nord-Eft : divers acer lotolane
mis dans la néceflité d'entrer dans celle de Konkomorre (4) au coin Nord-
Oueft de l'Ifle. Il s’y étoit arrêté quelques jours, excité à la confiance par
les carefles & les offres du Roi. Le principal Faéteur du Vaifleau avoit con-
çu une fi bonne opinion de ce Prince barbare, que dans l’efpérance d'en ti-
rer de l’ambre-gris & d'autres richeffes, il s’étoit déterminé à defcendre au
rivage avec plufieurs Marchands du Vaifleau. Il s’étoit préfenté au Roi qui
avoit fouhaité de voir aufñli le Chirurgien, le Trompette, & le Tambour. Mais
ces trois hommes, qui avoient accompagné les Marchands dans la Chaloupe
ayant refufé d’en fortir, on vit auflitôt paroître un grand nombre de Sauva-
ges armés de dards, de fléches & de lances, qui entreprirent de forcer la
Chaloupe.
&Ck) Purchas donne encore à cette Baye
les noms de Fungomar, de Vingomar, & de
II. Part.
Boamora,
Ti
INDES ORIENTALES, lav. IV Cuar. I. 249
Dounron.
1610,
Départ des
Anglois.
Ils rencon-
trent l'Union
à Madagaf-
car. Ses avan-
turcs,
DounrTon,
1610,
Secours ac-
cordés à l'U-
nion,
Propriétés
de la Baye de
Saint Au
guitin.
Arbres &
plantes,
259 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Chaloupe. Les Matelots Anglois repoullèrent ces furieux à rase 4 d'arquebu.
fes, mais il en fortic d'autres de la rivière dans une multitude de Canots,
ui eurent la hardieffe de s’avancer jufqu'au Vaifleau, d'où le bruit de l'ar-
tillerie les éloigna bientôt. Cependant, ils formèrent le defféin , quelques jours
après, d'attaquer le Vaifleau même, qui attendoic des nouvelles de fon Ca.
pitaine & de fes Marchands. Plus de cent Canots s'approchèrent en forme
de croiffant, & mirent les Anglois dans la néceflité de fe retirer, Ilsavoient
repris leur courfe vers l'Inde ; & n'ayant pû gagner Sokotora , ilsavoient fait
voile au Port d'Achin, où ils avoient trouvé quelque avantage à commercer
avec les Guzarates. De-là, ils s'étoienc rendus à Priaman, pour y charger
du poivre; mais après y avoir faic leur convention pour le prix, à treize
iéces de huit le babar , [qui eft-là de cent douze livres] on leur avoit livrékK
a marchandife dans l'Ifle de Tékou, qui eît à trois lieuës de Priaman.
S1r Henri fe chargea volontiers de procurer des vivres à l'Union, par les
mêmes moyens qu'il fn ve pour lui-même, & cette entreprife rendit fon
féjour plus long dans la Rade, 11 accorda auñi les différends qui s'étoient éle.
vés dans l'Equipage. Pendant quatre jours qu'il pafla dans cette Baye, il ob-
ferva que Lu eft par-tout fort profonde, mais inégale dans fa profondeur,
qui furpaffe que dau deux cens braffes. Tout le rivage du Sud, depuis la
ointe de l'Oueft jufqu’aux montagnes, eft parfemé de rocs & de balles, que
e retour de la marée laifle à découvert. L’Amiral avoit fait jetter l'ancre à l'ex-
trémité de ces rocs proche des montagnes, fur douze brafles de fond; maisil
auroit pu s'approcher encore plus de la terre, fur fept brafles. 11 étoit entré
dans la Baye avec un vent trés- fort qui fouffloit au Sud - Sud -Oucft, & qui
ceffa tout: d’un-coup lorfqu’on fut près de la terre. Cependant il recommença
tous les jours, jufqu'à la nuit, qui étoit toûjours fort calme. L’Auteur remarque
qu'on avoit alors la nouvelle Lune, ce qui rend le tems plus difficile dans ces
contrées; de forte qu'il ne put juger de ce qu'il eft dans un autre cas. Il lui
arut que la chaleur eft toûjours extrême für ces terres, fur-tout lorfque le So-
fil eft au Sud de la Ligne.
Les Anglois trouvèrent, dans cette partie de l'Ifle, des arbres auffi réfineux
que le fapin jaune. Ayant effayé d'y mettre le feu, ils furent furpris de le voir
gner avec une vîtefle prodigieufe de la racine jufqu'aux branches. Le bois
. ces arbres eft aufi fort tendre; mais ils en trouvèrent une autre efpéce dont
le bois eft auffi dur que le lignum vitæ , & la couleur très-blanche jufqu'au
cœur, qui tire un peu fur le brun; [peut-être eft-ce une forte de Bois de San-ff
dal blanc]. Les arbres qu'on coupa pour le chauffage des Vaïffeaux , furent
de ceux cui parurent les plus communs, & dont les branches font chargées
d'un frui: qu on appelle tamarin, Il eft dans des coflès, de la grandeur de cel-
le de nos féves. Le goût en eff fort aigre, les Apothiquaires le croyent bon
contre le fcorbut. On trouve auffi dans le même lieu une grande quantité de
cette herbe, dont on fait l'efpéce d’aloes qu’on appelle Sokorrine. Pour la forme,
on auroit peine à la diftinguer dela Semper-vive. Mais l'Auteur ne put être
informé fi les Habitans de l'Ifle la connoiflent, & s'ils en font ufage. Il ne
découvrit pas mieux pourquoi ils marquoient tant d'éloignement à converfer
avec les Anglois. On eut beaucoup de peine à fe procurer des rafraïchille-
mens. Un bœuf fe donnoit autrefois dans cette Baye pour une piéce de huit ;
& l'Amiral en pouvoit à peine obtenir pour le double. 1]y a beaucoup d'ap-
parcnce
Kpvrée, fans
Kfraîchifle
parence q
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ENFIN
le 10, le
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Éconverfer
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> de huit;
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parcnce
INDES ORIENTALES, Lav, IV. Car, 1, EXT
parence que c'étoit l'Union même qui avoit caufé ce changement, depuis qu'é-
tant fans Chef, & cherchant peut-être à fe venger , tout l'Équipage avoit
commis divers défordres fur la Côte. On prétend que les Infulaires de Mada-
afcar font naturellement perfides ; mais leur entreprife à Konkomorre, & l'or-
dre dans lequel ils s'étoient avancés pour combattre, doit faire juger aufli qu'ils
font braves, & qu'ils n'ignorent pas la difcipline militaire, Leurs armes font
l'arc & les fléches, la lance & de petits dards qu'ils portent en faifseaux &
qu'ils jettent fort adroitement,
(D Le 9 de Septembre, à quatre heures après-midi, la Flotte leva l'ancre;
& laiffant l'Union dans la Baye, elle en fortit avec un fortbon vent. Le 21, en-
tre 10 & 11 degrez de latitude, le vent étant à l'Eft-Sud-Eft, & les Courans
au Sud - Oueft, on fe trouva fort près d'une Côte très-baffe au milieu d'une
infinité de petits rocs, qui ne s'apperçoivent que par le battement de la mer.
On diftingua plufieurs petites Ifles, qui font cell 8 de Quériba, & l'on employa
fix jours à s'en dégager. [Elle s'étend au Nord tirant à l'Eft, & au Sud tirant
à l'Oueft.] La Côte, dont on avoit été furpris de fe trouver fi proche, eft,
au jugement de Dounton, environ 70 lieuës au Nord de Mozambique : [Ces
Ifles font fort fabloncufes, & la plüpart font couvertes d'arbres Comme
le foin d'éviter les rocs occupoit uniquement les Anglois, ils ne firent point
d'obfervations fur la terre qu'ils avoient devant les yeux , ni fur la diftance
des [fes entr'elles. Le plus grand danger venoit des Courans, qui étant d'u-
ne grande violence, empéchoient de jetter l'ancre au milieu des rocs, & mê-
kpme d'approcher du rivage quoiqu'ils ne fuffent qu'à deux lieuës ; [& d'ailleurs
la mer étoit fi profonde qu'à cent cinquante braffes, ils ne pouvoient pas trou-
ver de fond. Fous les foirs ils voyoient des feux allumés par les Habitans ;
mais ces foibles fecours ne diminuoient pas le péril, & ne leur infpiroient
pas l'envie de s'approcher. Ce qui leur caufa un nouvel étonnement, ce fut
qu'après s'être dégagés des rocs, ils fe trouvèrent jettés au Nord par les Cou-
rans, prefqu'au même point d’où ils étoient venus.
Enr1n les Courans ceffèrent le 9, ou du moins la Flotte s'en trouva déli-
kvrée, fans pouvoir diftinguer de quel côté ils prenoient leur direétion. [Mais
le 10, le 11, &le 12, elle s’apperçut que les Courans l'emportoient de nou-
veau. ] Le 17, au lever du Soleil, on découvrit les Ifles qui fe nomment duas
Hermanas, ou les deux Sœurs, & qu ‘ent ce nom de leur parfaite reffem-
blance. Leur fituation, l'une à lé, : de l’autre, eft Oueft quart au Sud,
& Eft quart au Nord. Elles font à fep. ou huit lieuës de la pointe Oueft de
Sokotora, vers laquelle on continua de s'avancer. La fonde fittrouver, à trois
lieuës & demi de cette pointe, vingt-trois, vingt-quatre & ving-fix brafles
d'eau. Mais le vent, qui avoit été de vorbe pe cet efpace , venant
tout-d’un-coup à manquer, on ne put furmonter le Courant pour s'appro-
cher des Côtes. L’Amiral & le Darling jettèrent l’ancre fur douze brafles de
fond, près d’une Ville nommée Gallanza. A la fraîcheur du foir , le Capitaine
Dounton gagna dans la Pinaffe une pointe fabloneufe, pour en tirer quelques ra-
Wfraîchiffemens de poiffon ou d’autres vivres. [Il y fit une pêche aflez abon-
dante, pour fournir deux repas à toute la Flotte.] Îl y apprit, comme il le
craignoit
(3) Dans l'Original la 2e. Seétion du XII Chapitre commence ici. R. d, E.
li 2 |
Dovnwrox.
1610.
Changement
de manières
dans les Habi.
tas,
Départ de la
Flotte,
Ifle de Que.
riba, Q
Rocs & Cow
rans dange-
reux,
Ifles nom.
mées les duañ
Hermanas.
On aborde à
l'Ifle de Soko-
tora,
Dounron.
1610,
Villes de
Gallunza & de
l'amarin,
Les Anglois
jettent l'ancre
à T'amarin,
Vifite qu'ils
font au Roi;
informations
qu'ils en re-
qoive.it,
2 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
craignoit déja, que la Mouffon de l'Ef étoit arrivée, & par pen qui
falloit renoncer pour neuf mois à l'efpérance de fe rendre à Cambaye, ependant
il leur reftoit celle de recevoir à Tamarin des informations plus certaines de
la bouche du Roi, | | | |
Le 20, qui étoit un Samedi, ils allèrent mouiller le foir contre une poin-
te, à fix lieuës de Tamarin (m), & cinq de Gallanza. Mais au lieu d'y paf.
fer la nuit, s'étant flattés de pouvoir avancer à la faveur d'un petit vent frais
de terre, ils furent entraînés avec tant de force par le Courant , que le lende.
main ils fe retrouvèrent vis-à-vis de Gallanza, mais à beaucoup de diftance du ri.
vage, Le 22, l'Amiral & le Darling fe rapprochérent de la terre dans un
lieu que les rocs & les bafTes rendoient allez dangereux ; & vers midi, le Pep.
er-Corn qui avoit failli d'être tout-à-fait écarté de l'Ifle, mouilla aulli dans la
Baye, à l'Oueft de Gallanza fur un fond de fix braffes. Dounton fe rendit auf.
fi-tôt au rivage dans la Pinaffe, où il avoit mis quantité de barrils pour rap.
orter de l'eau, Il s'étoit muni d'une enfeigne de paix, dans l'efpérance que
es Habitans viendroient à lui avec quelques boucs & d'autres rafraichiffemens,
Il en vit effeétivement plufieurs troupes, qui s'étoient raffemblés à quelque
diftance: mais perfonne n'ofant s'approcher, il rec que ces pauvres Înfulai.
res étoient arrêtés par la crainte de déplaire au Roï, qui ne vouloit pas que fes
Sujets euffent la moindre intelligence avec les Etrangers, ni qu'ils leur fournif.
fent aucun fecours de vivres fans fa permiflion, Dounton fe contenta de remplir
d'eau treize de fes barrils, & revint tranquillement à bord. |
La Lune étant pleine & la marée haute à neuf heures du foir, on trouva
par diverfes obfervations que l'eau s'étoit élevée de douze pieds. Elle fere.
tira direétement au Nord, c'eft-à-dire, en füuivant le rivage. Un vencfrais,
ui prit le même cours, fervit encore à faire avancer les Anglois au long
sb Côtes, jufqu'à l'entrée d’une Baye fabloneufe, où ils employérent le relte
de la nuit à la pêche; & s'appercevant que le Courant les repoufloic à l'Ou-
cit, ils mouillérent l'ancre, pour attendre la marée fuivante ou le fecours
d'un autre vent. Le 2$, ils obtinrent le vent qu'ils avoient defiré; & vers
le milieu du jour ils jettèrent l'ancre, [fur huit braffès d’eau, ] à moinsd'unys
mille du rivage, vis-à-vis de Tamarin, où le Palais du Roi fe fait voir fur
une éminence au-deffus de la Ville. L'Amiral falua ce Prince de fix coups
de canon, le Pepper-Corn de trois, & le Darling d’un feul. Femel , un des
principaux Marchands de la Flotte, fut envoyé au rivage dans la Pinafe,
avec un préfent, qui confiftoit dans une coupe d'argent doré du poids de dix
onces, une lame d'épée & trois aunes de beau drap. Le Roi le reçut fur le
bord de la mer, dans une tente couleur d'orange, où il étoit affis avec fes
rincipaux Courtifans & une garde de quelques Arquebufiers. Il entretint
mel pendant plus d'une heure. Il marqua beaucoup d'envie de voir l'A-
miral, en promettant de lui accorder gratuitement de l'eau, & la liberté du
Commerce; quoique la féchereffe & la ftérilité qui régnoient depuis deux ans
dans fon Ifle, en cuffent tellement banni l'abondance , qu'ayant envoyé dans
la Mer Rouge, fur fa propre Frégate , tout ce qu'il avoit pû recucillir d'a
loës, il ne lui en reftoit pas une livre. Il ajoûta que le Vaifleau Anglois,
l’Afcenfion
67m) Quelques Cartes au lieu de Tumarin, ont Zumarejs.
l'Afenlion
& qu'ayar
arti avec
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Sokotora ,
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(n) Il ya
les Editeurs A1
dis en marg
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cnar. 1 253
ent qu'il l'Afenfion étoit arrivé pour la première fois fur fa Côte au mois de Février; Dounwrox,
pendane & qu'ayant trouvé dans la Rade de Tamarin un Bâtiment Guzarate, il étoit 1610,
unes de arti avec lui pour la Mer Rouge ; que fa Pinaffe , qui étoit arrivée quelques
ours après, avoit fuivi la méme route; qu'au mois de Juillet, l'Afcenfion &
1€ poin- a Pinalle étoient revenus de la Mer Rouge, & qu'après avoir fait de l'eau à
d'y paf. Sokotora , ilsavoient fait voile vers Cambaye; mais que fa l'régate fe crou-
ent frais vant au Port de Bazaïn, près de Daman, avoit été informée que pour s'être
le lende. trop hâtés d'arriver fur cette Côte avant la fin de l'Hyver & du mauvais tems,
ce du ri- ces deux malheureux Hätimens avoient péri, fans qu'on en eût pu fauver au-
dans un te chofe que l'Equipage.
, le Pep- æ Le Roi joignit à fes civilités un préfent [de deux Chèvres ] pour l'A-
li dans la miral, qui ne fit pas difficulté de defcendre le lendemain avec une bonne
ndit auf. Éfcorte, au bruit de fon artillerie, Il fut reçu de ce Prince avec dés mar-
Dur rap- ques particulières de diftinétion ; mais on lui fit entendre que fa Flotte étant
ance que capable d'effrayer les Vaiffeaux Indiens qui étoient attendus dans le Porc, il
iffemens, n'y devoit pas faire un trop long féjour. Dounton s'imagina que cet avis
quelque pouvoit venir d'une autre caufe, Le Roi, qui vouloit donner une hautcidée , 12 Roi fe
y Infüulai- de fa puiffance aux Anglois, avoit fait afflembler de toutes les partics de D es
is que fes l'Île, un grand nombre de fes Sujets Arabes & autres, qu'il étoit obligé chi
fournif. “d'entretenir à fes frais, pendant qu'il les recenoit près de lui; & le retarde-
e remplir ment des Anglois lui auroit rendu cette dépenfe fort incommode, Ils ache-
vérent, deux jours gra de fe fournir d'eau, d'un étang formé par quan-
n trouva tité de ruiffeaux qui defcendent des montagnes, & le 7,qui étoit un Diman-
lle fere- che, la plus grande partie des Matelots eut la permiflion de deicendre à terre
ent frais, pour s'y réjouir.
au long Le nom du Roi de Sokotora étoit Muley Amar Eben Sayd. Ce Prince n'é- Nom& naif:
tlerelte toit proprement que le Lieutenant de fon Pére, qui régnoit à Fartack en A. fince de «
q
t à l'Ou- rabie, vers le Canton d'Aden, & dont les terres touchoient à la Mer. du 1°
» fecours côté de Carafem (n), autrement nommé Kushem ou Cafan. 11 raconta aux
& vers Anglois que le Roi fon Père étoit alors en guerre avec les Turcs d'Aden; &
oins d'uny# ce fut lexcufe qu'il leur apporta pour fe difpenfer de les recommander par
voir fur une Lettre au Gouverneur de cette Ville. Il n'a que des Arabes pour fa
X coups arde & pour la défenfe de l'Ifle. Les anciens Habitans du Pays, [qui font
un des des Chrétiens Jacobites 1] vivent dans le dernier efclavage.
Pinafte, Les principales Marchandifes de l’Ifle font les Sokotrines, qui fe font au Principales
s de dix mois d'Août, du fuc d'une herbe fort femblable à la Semper-vive d'Efpagne : these
cut fur le mais ce qu'on en fabrique tous les ans ne va guéres plus loin qu'un tonneau, kotora,
avec fes On y trouve aufi une petite quantité de Sang de Dragon, dont les Anglois
ntretint achetérent quelques livres, à douze fols de leur monnoye; des dattes, dont
voir l'A- les Habitans compofent leur pain, & que le Roi vend aux Etrangers cinq
berté du reaux de huit le quintal; des bœufs & des vaches, qui fe vendent jufqu'à
deux ans douze reaux de huit ; des boucs & des chèvres, pour une réale ; des mou-
oyé dans tons & des poules, pour une demie réale. Toutes ces efpéces d'animaux
illir d'a- font de petite ftature, à caufe de la fécherefle du terroir. Le bois y eft fi
Anglois , cher
frein de
(n) I y a dans l'Original Camricam; & caym; ce qui n'éclaircit rien, à moins qu'on
les Editeurs Anglois remarquent , que PurchafT ne fuppofe qu'il faut lire Carajem. R. d. E..
4 mis en marge. le Roi de Æurtack où Cana-
li 3
D
La
{
d
ÔUNTON,
1010,
Difyrnce de
tte lily au
ip de Guar:
dutu,
Route des
Anglois juf.
u'au Port
‘Aden,
Baba-Fcluc ,
ou Mont F'c-
lix.
2 VOYANES DES ANGLOIS AUX
cher que la charge d'un homme revient k douxe fols d'Angleterre, Doun.
ton ne put découvrir fi l'Ifle produit d'autres richeffes ; mais tout ‘ce qui
s'offrie à fes yeux lui y = fait juger qu'elle n'eft compofée que de rochers
& de pierres, il prit force mauvaife opinion de fa fécundité,
La Flotte Angloife partie de Sokotora le 7 d'Oélobre , & tourna fes voi.
les vers Aden, dans la Mer Rouge, Elle prit fa courfe par Abba del Ku.
ria (0), pour gagner le Cap de Guardafu, re fait la pointe la plus Orien.
tale de l'Abyflinie, à crente-quatre lieuës de la pointe Occidentale de Soko.
tora, On compte de cette exirémité de Sokotora td la pointe Orientale
d'Abba del Kuria quatorze licuës, La longueur d'Abba del Kuria qui cit
une lile longue & étroite, a cinq lieuës de l'ER à l'Oueit ; & de cutte
ointe Oueft jufqu'au Cap de Guardafu, il °1e pas moins de quinze licuës,
Roi de A ot hat dans l'Ile d'Abba del Kuria, quelques Pütres qui lui
nourriflent des troupeaux de chèvres. A trois licuës au Nord du centre,
on voit deux grands rochers blancs, fort près l'un de l'autre , qui on
un demi-mille de longueur. Ce n'eft pas la nature qui les a rendus blancs;
mais la fiente d'un prodigieux nombre d'oifeaux donc ils fonc couverts,
Le 31, à dix heures, on étoit vis-à-vis la pointe Occidentale de Sokotora,
A deux heures après-midi on laifla le rocher blanc, qui fe nomme Sabuyra,
quatre lieuës Nord-Oueft quart à l'Oueft de cette pointe. A trois heures on avoit
à dix lieuës, Oueft-Sud-Oueft, les deux plus hautes montagnes d'Abba del Ku-
ria. Le 1 de Novembre au lever du Soleil, on étoit entre Abba del Kuria &
les deux rocs, À midi, la latitude étoit de 12 degrez 17 minutes du Nord,
& la variation de 17 degrez 35 minutes. Dans l'après-midi, [ l'on fut em-
orté du côté du Sud par un Courant & ] l'on découvrit le Cap de Guarda-
u; mais comme il étoit nuit lorfqu'on s'en approcha, on le puffa fans y
pouvoir faire aucune obfervation. Le 2, au matin, on fe trouva vis-à-vis
d'une haute montagne, neuf lieuës à l'Oueft du Cap; entre laquelle & une au:
tre pointe qui en eft à cinq lieuës , Oueft quart au Sud, on apperçoic une bañk
langue de fable qui s'avance environ cinq quarts de lieuës dans fa Mer, On
jetta l'ancre trois lieuës plus loin à l'Oucit, & les Chaloupes furent en.
voyées à terre pour couper du bois. Les Ouvriers y trouvérent quelques
Habitans, de qui ils apprirent que le dernier mont qu'ils avoient pañé fe
nommoit Baba-l'eluc (p), quoique les Portugais l'ayent nommé le mont Fe.
lix. Mais ces Barbares prirent la fuite en apprenant qu'ils parloient à des
Chrétiens.
Le 3, on defcendit encore au rivage, & l'on y trouva le bois en plus
rande abondance, L’après-midi, on tourna les voiles vers la Mer Rouge.
e 5, à dix heures, on découvrit à douze lieuës la Côte d'Arabie, Nord:
Nord-Oueft & Nord quart à l'Eft. A midi, la latitude étoit de 13 degrez
28 minutes. On fe trouva le foir à douze licuës du rivage. Toutes les
montagnes dans les terres, paroifloient fort hautes, & fort cfcarpées , fans
aucune trace d'herbe, de bois & d'autre verdure, On prit alors au long de
la Côte , Oueft quart au Sud, dans l'attente de découvrir bientét Aden.
Lorfque
(0) Quelques-uns appellent cette Ifle 4bla raifon Abdal Kuria, où Æbdal Kuri,
del Curia, d'autres Abdel Curia & le Capitai-
œ (p)
ne Hamilton la nomme peut-être avec plus de. Arabes Féppellent Baba F'ilck.
Le Capitaine Hamilton dit que lei
impercept
te qu'en «
On contin
ra les voil
lus grand
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Le Me
l'on appers
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long de
êt Aden.
Lorfque
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h dit que lei
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar, L ass
Lorfque Dounton recommença à s'approcher de la terre, il compta de n'être
à plus de vingt-quatre lieuës de cetce Ville, fuppofant que la courfe de
En Vaiffeau dans le Golphe étoit Nord-Oueit quarc au Nord ; mais la force
imperceptible des Courans l'avoit porté prefqu'entiérement au Nord, de for-
te qu'en tombant vers la terre on f& crouvoit encore à foixance lieuës d'Aden.
On continua de fuivre la Côte pendant tout le jour; & vers la nuit, on fer-
ra les voiles, de peur de manquer le Port dans l'obfeurité, On eut dans la
lus grande partie de cet efpace vingt-cinq, vingt, quinze, douze, dix, &
uit braflès d'eau,
Le Mercredi au foir, on fe trouva fort près de la montagne d'Aden, d'où
l'on apperçut tout-d'un-coup la Ville, qui eft fituée au pied. Cette monta-
ne eft fi rude & fi ftérile (4) qu'on ne s'imagineroit pas qu'il y eût une
lille fi près; mais on a choifi apparemment cette fituation pour en faire un
lieu de défenfe, En effet la Place eft crès-forte; & Dounton ne croit pas
u'elle puifle étre prife aifément du côté de la Mer , quoique les environs
(ient à fec dans les balles marées, Elle eft défendue par un rocher fort
haut, qui n'eft pas beaucoup plus gros que la Tour de Londres ; mais dont
l'approche eft crès-difficile, Gone il n'y a point d'autre ouverture , pour
gagner le Fort, qu'un chemin fort étroit & compolé de degrez tortucux ,
quatre hommes feroient capables d'y arréter une Armée, Ce rocher cft tail-
lé avec tant d'avantage, & muni d'une fi bonne artillerie, qu'il paroît com-
mander la Ville & la Rade, Cependant on peut jeccer l'ancre fur neuf braf-
fes , hors de la portée du canon. Un peu au Nord de ce roc, la nature en
a placé un autre prefqu'à fleur d’eau, où l'on a bâti un Fort. Dounton ne
ut être informé quelle étoit la Garnifon d'Aden; mais il apprit que füuivant
es befoins, on y tire des gens de guerre des Villes qui font dans les terres.
Elle reçoit fes provifions, partie des Cantons voifins, partie de Barbara, qui
eft une Ville à l'oppofite, fur la Côte d'Abyflinie, d'où elle fe fait apporter
dans fes Barques, des beftiaux & des fruits, outre de la myrrhe, de l'encens
& d'autres marchandifes. Aden eft à 12 degrés 35 minutes de latitude, La
variation de 12 degrés 40 minutes, Oueft. Dans les marées, l'eau s'éleve
entre fix & fept pre: le jour du changement de la Lune, La montagne
au pied de laquelle Aden eft fituée eft une Péninfule, qui s'avance affez duns
la Mer. L'Ifthme, qui la joint à la terre, n'eft qu'une langue de fable, au
bout de laquelle on trouve un vafte efpace de marais fabloneux , qui s'éten-
dent jufqu'aux montagnes, c'eft-à-dire, l'efpace de 18 ou 20 milles.
Aussi-TôT que les Anglois eurent mouillé l'ancre, ils virent appro-
cher, dans un Canot, un Arabe qui obferva leurs Vaiflcaux, mais qui refu-
fa de venir à bord. Le jeudi au matin, le même Arabe vint fe préfenter
à l'Amiral, de la part de l'Emir (r), ou du Gouverneur, pour lui deman-
der qui il étoit, & lui déclarer que s'il écoit ami des Turcs il feroit bien
reçu au rivage, L’Amiral fit préparer aufñli-tôt un préfent , qui FRS
ans
traction au lieu d'Æmfr, qui eftun mot fort
en ufage chez les Perfans , D'AÆmir on a fait
le Mot Auniral, qui a comucncé à tre cnu-
fage dans le tems des Croifudes,
@ (a) Cette Defcription ne répond guè-
res au nom de cette Ville: car Aden paroit
être lu même mot qu'£den , qui figniiie un
Endroit agreuble.
«> Cr) Purchal l'appelle Mir ; par con-
Dounro»,
1610,
Île arrivent
dans ln Rule
d'Aden,
Situation de
cette Ville,
D'où elle tire
fes provifiuns,
Accueil que
les Anglois
reçoivent des
‘Turcs,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
dans un moufquet curieufement travaillé & une lame d'épée. William &
Walter, qui fçavoient les langues Turque & Arabe , furent chargés de Ja
députation. [ls n'obtinrent point la permifion d'entrer dans la Ville; mais
l'accueil qu'ils reçurent fur le rivage fut civil & plein d'affeétion. Les Turcs
firent l'éloge de la Nation Angloïfe, avec laquelle ils témoignèrent qu'iis
étoient fort liés à Conftantihonle, à Alep, & dans d'autres Villes. Cepen-
dant, au lieu de parler de commerce, ils firent entendre adroitement qu'ils
attendoient bientôt dans Aden un Corps de trente mille hommes. II parut
fi peu vrai-femblable aux Anglois qu'un lieu tel qu'Aden pût recevoir une
Armée fi nombreufe, que prenant ce difcours pour une marque de crainte,
ils fe hâtérent de répondre, qu'ils demandoient pour toute grace, au Gou-
verneur, un Pilote qui fût capable de les conduire à Mocka, & qui feroit
payé libéralement. Les Turcs s’excufèrent fur l'abfence du Gouverneur. Ii
étoit forti de la Ville & n'y devoit retourner que le lendemain. Ils promi-
rent d'envoyer fa réponfe à l'Amiral; &, pour préfent, ils lui firent por.
ter deux moutons, avec quelques fruits.
(s) Le lendemain l’Amiral renvoya de bonne heure les deux Interpré.
tes, pour demander un Pilote. Ils furent conduits à la Maïfon de l'Emir ;
mais le Gouverneur n'étant point encore revenu à la Ville, on les amufa
par de belles promeffes, & l’Emir (#) fâché que la Flotte eut fes voiles
tendues, comme fi elle eût marqué de l'empreffement pour partir , envoya
prier l'Amiral de laiffer du moins un de fes Vaifleaux dans la Rade , pour
fournir la Ville de plufieurs commodités dont elle avoit befoin. Quoiqu'il
ne parûc point de Pilote, cette amorce prit merveilleufement parmi les An-
glois, qui étoient échauffés par l’efpérance d'obtenir de l'indigo, de l'olli-
banum, de la myrrhe & d'autre: “.cheffes. Cependant, avant que le Dépu-
té de l'Emir arrivat fur la Flotte, elle avoit déja doublé la pointe de Ja Ra-
de; & le Courant ne lui permettant point de revenir, elle jetta l’ancre vis-
à-vis la Baye, au Sud de la Ville (v).
L’AmiraL découvrit de ce lieu [divers Pêcheurs dans la Baye, &7] plu-K
fieurs perfonnes de diftinétion qui l'obfervoient. Il ne fit pas difficulté de
fe mettre dans fa Pinafle, & de fe rendre au rivage, pour leur demander
quand le Courant changeroit, dans la vûe de retourner à fon premier pof
te. L’'Emir parut mécontent de cette hardieffe, & prétendit que le deffein
des Anglois étoit de reconnoître les forces de la Ville. Mais le Gouver-
neur, qui étoit emfin revenu, prit leur curiofité dans un fens plus favora-
ble; ou du moins, employant la diflimulation , il s’en expliqua avec plus
de douceur & leur accorda un Pilote pour Mocka. En même-tems il les
pria de laïffer un de leurs Vaiffeaux dans la Rade, en fe plaignant de fes
prédécefeurs qui avoient ruiné le Commerce d’Aden par la rigueur 2-
vec laquelle ils avoient traité les Etrangers , & témoignant beaucoup d'en-
vie de le rétablir. Il ajoûta que fi la Flotte Angloife partoit fans ponar
quelque
256
DounNTon.
1610.
Aitifices que
ics Turcs em-
ployent pour
les tromper.
L'Emit s'of-
tenfe de la
bardiefle de
J'Amiral.
Cs) La 3e. Scétion du XII Chapitre com- de la Ville. L
imnence ici dans l'Original. R. d. E, (v) Celui que le Traduéteur nomme ic
S (t) Ou piütôtellejetta l'ancre àl'Ouet Emnir, cft appellé dans l'Original un Lieutenant
de la pointe ou Cap d'Aden, hors de lavûe du Gouverneur, R. d, E,
quelque c
qui l'accu
L'Au:1
vraye, S’
objeétion
ancrage f
reufe au I
fa ruine,
Pau, malg:
matin, ] p
fufoit de |
caution juf
gement ler
l'Amiral, |
la Rade. 1
chandifes à
manquant (
auroit pas
ks Turcs
tendit leur:
D iur le chan
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chagriné p:
tres Vaifle:
la Baye,
fans être pl
AINstD
perfidies de
Rade, cont
Kobftacles ét
fouhaitoit d
mes quelle
chands, Fo
rent leurs i
poférent.
contre fes :
feau ne lev:
chands pou
fut le droit
(x) Venetian
mi de huit.
La furpr
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(x) An
IT, Part.
iam &
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»; mais
s Turcs
t qu'ils
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IL parut
oir une
rainte,
u, Gou-
i feroit
neur, Il
promi-
nt por-
nterpré-
l'Emir ;
s amufi
s voiles
envoya
ss pour
Quoiqu'il
1 les An-
de l'oili-
e Dépu-
e Ja Ra-
çcre vis-
&] plu-K
culté de
emander
jer pof-
deffein
Gouver-
s favora-
vec plus
ms il les
c de fes
gueur 4
Up d'en-
avoir fait
quelque
nomme ici
LieutenuDt
INDES ORIENTALES, Iaiv. IV. Cuar. I. 257
quelque commerce avec la Ville, il feroitblâämé par le Bacha , fon Supérieur,
ui l'accuferoit d'avoir maltraité les Anglois.
L'AMIRAL qui n'ignoroit pas que la première partie de ce difcours étoit
vraye , s'imagina facilement que la derniére l'étoit auffi, & ne fit pas d'autre
objeétion à la demande du Gouverneur, que de repréfenter la néceflité d'un
ancrage für pour fes Vaiffeaux contre la Mouffon de l'Eft qui eft fort dange-
reufe au long de cette Côte. Comme on penfoit bien moins à fa fûreté qu'à
fa ruine, on s’efforça de le guérir de fes craintes. Le Pilote n'étoit pas ve-
fau, malgré l’ordre du Gouverneur. Williams ayant été renvoyé, [le lundi
une) pour preffer fon arrivée, on lui répondit que la femme du Pilote re-
fufoit de laiffer partir fon mari, à moins que les Anglois ne laiMfaffent pour
caution jufqu'à fon retour , quatre de leurs principaux Marchands. Ce chan-
gement leur donna quelque défiance de l’inconftance des Turcs ; cependant
l'Amiral, plus fidèle à fes promefles, réfolut de laiffer le Pepper-Corn dans
la Rade. Mais au lieu de permettre qu’il déchargeñt une partie de fes Mar-
chandifes au rivage, pour la facilité du commerce; il déclara queles Turcs
manquant de confiance pour fa bonne-foi jufqu’a luirefufer un Pilote, il n'en
auroit pas plus pour eux. En effet il donna ordre fur le Pepper-Corn, que fi
ls Turcs étoient férieufement difpofés à faire quelque commerce, on at-
tendit leurs Marchands à bord, & qu'on ne leur livrât rien qui ne fût payé
Riu le champ, [& que s'ils demandoient des ôtages, on ne leur en livrat
ue dans le même nombre & de la même qualité, que ceux qu'on recevroit
e leur part ;] il ajoûta une recommandation exprefle au Capitaine Dounton
de lever l'ancre immédiatement pour fuivre la Flotte à Mocka, s'ilie voyoit
chagriné par quelque mauvaife objeétion. Il partit enfuite avec fes deux au-
tes Vaifleaux. En mettant à la voile ilapperçut un Bâtiment qui entroit dans
la Baye, & qu'il prit pour un Guzarate. Il lui fit demander un Pilote ; mais
fans être plus heureux à l'obtenir,
Ans: Dounton demeura feul dans la Baye d'Aden, expofé à toutes les
perfidies des Turcs. Il eut d’abord beaucoup de peine à fe rapprocher de la
Rade, contre la double oppofition du vent & du courant. Enfin, ces deux
thobftacles étant furmontés, [le Mardi, ] l'Emir d’Aden lui fit témoigner qu'il
fouhaitoit de parler aux Marchands du Vaifleau, pour apprendre d'eux-mé-
mes quelle forte de commerce ils vouloient faire avec la Ville. Trois Mar-
chands, Fowler, Williams, & le Tréforier fe rendirent à terre, & déclarè-
rent leurs intentions. L’Emir parut peu fatisfait de la méthode qu’ils lui pro-
pofèrent. Tant de précautions lui faifant connoître qu’on étoit en garde
contre fes artifices, il ne douta point qu’au premier fujet de plainte, le Vaif-
feau ne levât l'ancre; & dans cette crainte il réfolut d'arrêter les trois Mar-
chands pour tirer du moins quelque avantage de leur captivité. Son prétexte
fut le droit d'ancrage & quelques autres droits qu’il fit monter à cinq cens
(x) Venetianos d’or ; chaque piéce de cette monnoye valant une réale & de-
mi de huit.
LA furprife de Dounton fut extrême. Cependant comme on ne le mena-
çoit d'aucune violence , il continua de recevoir civilement plufieurs Turcs,
qui
(x) Angl. quinze cens. R. d. E.
IT, Part. Kk
Douxrox.
1610.
Les Anglois
confentent à
laifer un de
leurs Vaif-
feaux dans la
Rade,
Précautions
del'Amiral.
Le Capitaine
Dounton de-
meure feul
dans la Rade
d'Aden,
L'Emir arrête
trois Mar-
chands An-
glois.
Douwron.
1610.
Embarras de
Dounton,
Obfervations
furl'état dela
Ville d'Aden,
Adreffe de l’E-
mir pour
tromper les
Anglois.
Etpérances
des Turcs.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
qui venoient l’exhorter à faire décharger fes marchandifes au rivage. L'E.
mir, loin de paroître choqué de fes refus, affeétoit d envoyer à Mocka Mef.
fager fur Méffager, pour obtenir la permiffion de l'Amiral. 11 lui faifoit di.
re qu'Aden fe remplifloit de Marchands qui venoient de tous les Cantons
voifins dans cette efpérance, & que l'opiniâtreté de Dounton faifoit perdre
aux Anglois des avantages confidérables. Dounton, qui n'efpéroit plus de
bonne-foi ni d'honnéteté de la part des Turcs, ne laiffoit pas de tenir fes
marchandifes prêtes pour ceux qui viendroient les acheter à bord, & ne man.
quoit pas de les faire voir à ceux qui le vifitoient; mais l'expérience prouva
qu’ils ne penfoient à rien moins qu'au Commerce. |
Avec la défiance continuelle de quelque trahifon, il eut à craindre juf-
u’au 16 de Décembre, les orages qui font fréquens dans toutes les parties
e cette Mer pendant cette Mouflon. Il envoyoit, de deux jours l’un , fa Pi.
naffe à terre, avec deux hommes, pour s'informer de la fituation & de Ja
fanté de fes Marchands. Ils étoient toûjours reçus civilement. Les gens de
guerre, fur-tout, s’empreffoient de les bien traiter ; & fi, dans le befoin qu'ils
avoient d'acheter des rafraîchiffemens, quelque Juif ou quelque _Banian en-
treprenoit de leur furfaire ou de les tromper , on étoit toûjours difpofé à leur
rendre juftice. Dounton jugea que ces apparences de fincérité étoient autant
d'artifices pour le faire tomber dans le piége. Les Marchands prifonniers n'é.
toient pas moins careffés. Ilsrecevoient continuellementles vifites des Turcs,
c’étoit de ceux que l’Emir avoit chargés de conduire fon intrigue. D'un au.
tre côté, il avoit expreffément défendu qu'aucun Arabe s'approchât du Vaif
feau Anglois, depeur que le Capitaine n'en tirât des informations.
Les deux Matelots , qui alloient à terre dans la Pinaffe, obfervérent que la
Ville d’'Aden avoit été beaucoup plus grande & plus peuplée , mais qu’elle é-
toit alors affez déferte, & qu'une partie des maifons tomboit en ruine dans
tous les quartiers. Il n'y avoit pas même de boutiques où l'on trouvât des mar-
chandifes de prix, ni le moindre Négociant qui entendît le commerce. L'ar-
gent y étoit fi rare, que fi les Anglois avoient befoin de changer une piéce
de huit pour des âpres, il falloit qu'elle courût longtems dans la Ville, où tout
le monde la regardoit avec admiration. | ne
Le Gouverneur, qui étoit à la veille de quitter fon Emploi, fouhaitoit beau.
coup, avant fon départ, de tromper les Anglois par quelque artifice, Il leur
faifoit fouvent l'éloge du Capitaine Sharpey, qui avoit abordé au même lieu,
fix mois auparavant, & qui s’étoit fié fans réferve à la bonne-foides Turcs.
Il avoit fait débarquer fes marchandifes, difoit-il, fans aucune précaution.
Il avoit pris plaifir à faire retentir de fes trompettes les murs de la Ville. Ses
gens étoient defcendus librement au rivage, comme des Marchands qui
n'ont pas d'autre vie que le commerce ; & puifque les Anglois qui étoient
alors dans la Rade faifoient difficulté de les imiter, on devoit conclure qu'ils
n'étoient pas venus avec les mêmesintentions. Le Capitaine ne cefla point de
regarder ces difcours comme autant de piéges. Il ne put fe perfuader que nr
pey eut été plus imprudent que lui; & s'il avoit eu le malheur de l'être, 1
jugea qu’il avoit eu fujet de s’en repentir. Les circonftances lui avoient déja
fait pénétrer le deffein des Turcs. Ils s'étoient flattés d’abord, non-feulement
de pouvoir acheter les marchandifes Angloifes fans argent & par des échan-
ges avantageux, mais qu'auflicôt qu’elles feroient débarquées , 1ls fe ee
258
maîtres d
mal à leu
rât dans |
& que les
car les de
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gers, tels
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feaux n'yp
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ment. Ils
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Mocka, se
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jufqu’au pre
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Il leur pro
n’auroient q
autre condit
les droits de
charges fera
payées arge
qu'il l’avoit
fager de leu
DounrTd
détail par u
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(y) Angl.
ü, ê qu'un
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aifoit di.
Cantons
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ne man:
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S parties
in , fa Pi.
& de la
gens de
foin qu'ils
anjan en-
ofé à leur
nt autant
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:s Turcs,
D'un au:
du Vaif:
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ine dans
des mar-
ce. L'ar-
ne piéce
è, OÙ tout
toit beau-
e. Il leur
émelieu,
es Turcs.
écaution.
ille, Ses
ands qui
i étojent
lure qu'ils
3 point de
que Shar-
l'être, il
ient déja
eulement
es échan-
ndroient
maîtres
les marchandifes.
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I
dépendoient également. L’Emir étoit perfuadé d'ailleurs, que des Etran-
gers, tels que les Anglois, ne pouvoient fçavoir que cette Mer eft fort dan-
gereufe, & fi peu favorable au commerce pendant l'Hyver , que les Vaif-
feaux n’y peuvent paffer cette faifon fans le fecours des Turcs , ne fût-ce que pour
en recevoir de l'eau, qu'on ne peut s’y procurer qu'avec leur confente-
ment. Ils s'attendoient que dans l'endroit où le Pepper-Corn avoit jetté l’an-
cre, quelque coup de vent le forceroit tôt ou px à de s’approcher fous le ca-
non du Château, d'où il lui feroit impoñlible de fe retirer fans s’expofer à fa
erte. Cependant, comme toutes ces fuppofitions dépendoient d'un avenir
incertain , 1l avoit pris le parti de carefler les Anglois, dans la vûe d’en at-
tirer un grand nombre au rivage, & de s’en faifir, pour les mettre dans la
néceffité de fe racheter avec les marchandifes de leur Vaiffleau. Dounton
confeffe qu'il auroit évité difficilement quelqu'un de ces dangers , fi l'Emir
ne s’étoit pas trahi lui-même, en fe hâtant trop de faire arréter les trois
Marchands.
# [Le Samedi Dounton écrivit pour la première fois à l'Amiral, & il re-
mit fa lettre à un Soldat d’Aden, qui ayant reçu des inftruétions du Gouver-
neur, ne rapporta aucune réponfe : il allégua pour prétexte que l’Aga de
Mocka, s’étoit chargé de faire tenir la lettre à fon adrefle, & quelui, ayant
été obligé de revenir promptement, il n’avoit pas pû s'arrêter aflez long-
tems pour recevoir la réponfe.
# Le Gouverneur d’Aden fortit de la Ville [le Jeudi fhivant,] & fut abfent
jufqu'au premier jour de Décembre. Après fon départ, les Prifonniers An-
glois furent refferrés plus étroitement & traités avec plus de rigueur. Ils de-
mandèrent la liberté de porter leurs plaintes à l’Emir. On leur répondit qu'il
étoit aufi à la campagne CG): Cependant il parut deux jours après, & fe
tranfportant à leur prifon, il leur tint un langage fort civil. Il leur accorda
la permiflion de fe procurer toutes fortes de foulagemens à leurs propresfrais.
Il leur promit qu’aufli-tôt que le commerce feroit commencé, les Anglois
n'auroient qu’à fe louër de fes manières, & qu'il les rendroit tous libres,fans
autre condition que le payement des quinze cens Venetianos. Il ajoûta que
les droits de la Douäne n'iroient qu’à cinq pour cent , que toutes les autres
charges feroient aufli modérées , & que toutes les marchandifes feroient
payées argent comptant. Enfin il les pria d'écrire à l’Amiral, enles affürant
qu'il l’avoit déja fait lui-même fans en recevoir de réponfe, mais qu'un Mef-
fager de leur part feroit fans doute plus heureux.
DounTon feignoit de fe préparer au départ, lorfqu'il fut informé de ce
détail par une lettre des Prifonniers. Ils le prefloient de prendre für lui-mêé-
me le foin d'écrire à l’Amiral, & de lui demander la permiffion de débarquer
CII répondit qu’il l’auroit déja fait de fon chef, s’il moi
v
(y) Angl. On leur répondit qu’il étoit par-
ü, & qu'un autre viendroit à fa place. R. d. E,
Kk 2
259
maîtres de toutes les conditions. Enfuite voyant que les Anglois répondoient
mal à leurs efpérances, ils avoient fouhaité qu'un de leurs Vziffeaux demeu-
rât dans la Rade, parce qu'ilsfe promettoient plus de facilité contre un feul,
& que les Turcs de Mocka en maltraiteroient deux plus facilement que trois ;
car les deux Villes étoient d'intelligence pour le profit du Bacha , dont elles
Dounron.
1610.
Fcintes caref.
fes & autres
diffimula-
tions.
Les Anglois
commencent
à donner dans
le piége.
DounxTon.
1610.
Ils font tra-
his & perdent
vingt hom-
mes, qui font
arrêtés par les
Turcs,
Dounton fort
de la Rade
d’Aden,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
vû la moindre apparence de commerce ou de bonne-foi de la part des Tures.]
Mais quoiqu'il fût perfuadé que les difcours & la conduite de l'Emir cou:
vroient quelque nouvel artifice, il fit réflexion que la Mouffon de l'Eft du.
rant jufqu'au mois de Mai il ne pouvoit fe rendre plûütôc à Mocka ; & com-
me il ne fouhaitoit pas moins d'apprendre des nouvelles de l'Amiral de
Jui donner des fiennes, [le Lundi] il lui dépêcha par terre un de fes Anglois kf»
ui fe nommoïit Caulker, avec une lettre, qui devoit étre pour lui, dit.il
ans fon Journal, une nouvelle fource de peines. Pendant l’abfence du Cour.
ricr, les Turcs redoublèrent leurs carefes, & marquèrent un extrême cm.
preffement de le voir revenir , pour commencer aufli-tôt un heureux com.
merce.
MaLGRé tant de réflexions & de défiance, Dounton fut enfin trompé
par cette diffimulation. 11 manquoit de gros & de etits cordages. [Lekg
Samedi] fes gens lui repréfentèrent que dans leur oifiveté ils pouvoient en
faire eux-mêmes fur le rivage, au long des murs de la Ville, [& que cetrax
vail n'ayant point de rapport avec les affaires du commerce, les Turcs n'au.
roient aucun prétexte pour s’y oppofer.] Il en fit demander la permifiion
à l’Emur, qui affigna lui-même un lieu commode pour les Ouvriers , & qui
leur donna, dans le voifinage, une maïfon, où leurs inftrumens devoient e.
tre à couvert pendant la nuit. [Cependant il fit préparer des fers pour let
Prifonniers qu'il comptoit d'avoir; & meme quelques Anglois en furent aver-
tis par des Done qu'on leur fit; mais croyant qu'on vouloit badiner, ils n'y
firent aucune attention. Le Mercredi] ils defcendirent l'après-midi (+) avec
une parfaite confiance. Mais à peine furent-ils à terre qu'ils fe virent faifis
par un grand nombre de Soldats. Ils furent maltraités , pillés, chargés de
fers, & conduits dans une obfcure prifon. La Pinaffe tomba aufi entre les
mains des Turcs. 1l y eut vingt Anglois de pris dans cette occafion , entre
lefquels fe trouvoient deux Marchands, le Tréforier, & l'Apothiquaire, qui
étoient defcendus par curiofité, ou par amufement. Les autres étoient kes
Ouvriers les plus néceffaires au Vaifleau, tels que le Charpentier , le Cano-
nier, &c; [& ils étoient en tout au nombre de vingt.
UE fi trite avanture fit prendre au Capitaine la réfolution de lever l'an.
cre. [Le Lundifüuivant] il fortit de la Rade, du côté le plus Méridional
pour tourner fes voiles vers Mocka par les détroits de Bal-al-Mandel, qui
forment l'entrée de la Mer Rouge à trente-deux lieuës d'Aden, [Oueft quai
au Sud.]
(a) Le Jeudi, vers quatre heures du matin, il y eut une éclipfe deLu-
ne. On pañlà le Détroit dans l'après-midi du même jour. La longueur du
Canal eft d'environ deux milles. [On trouve au milieu dix brafles d'eau ,F
& fuivant qu’on s'approche, plus ou moins des côtés, huit, fix ou que
es
260
les Turcs ne veulent pas permettre qu'on vicn-
ne éxaminer de près leurs Fortifications ; &
Dounton lui-même fçavoit qu'ils avoient vu de
fort mauvais œil que l’Amiral fe fut approché
du rivage, quoiqu'il fut encore à une gran-
de diftance de la Ville. .
(a) La 4e, Setion commence ici dansl'O-
rigmal. KR. d. E,
(zx) C'étoit une grande imprudence de
la part de Dounton, de remettre ainfi fes
gens au pouvoir du Gouverneur, après les juf-
tes raifons qu'il avoit de foupçonner qu'on ne
cherchoit qu'à en avoir un bon nombre à ter-
re. Et qui plus cft, il leur ordonna d'al-
ler travailler près des remparts de la Ville ; ce-
la fufifoit pour allarmer le Gouverneur : car
faut lire ci
les Ma:
gne &
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bord on
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avoicnt vidé
fut approc
à une gron-
L ici dansl'O-
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I.
les Marées y font aflez fortes. En le paffant on eut à ftribord une Monta-
gne & un roc qui formoit une prefqu'Îfle, adhérente à la Côte d'Arabie, qui
eftun Pays bas, & qui s'avance en une pointe étroite & fabloneufe. A bas-
bord on vit une terre couverte de rochers, qui s'étend de l'Eft à l'Oueft en-
viron la longueur de cinq lieuës (2). Entre fon extrémité occidentale, & la
Côte d'Abyflinie, il y a un beau Canal, qui, autant que le Capitaine en put
juger, paroît avoir trois ou quatre lieuës de largeur. Mais il eft peu fréquen-
té, parce que la profondeur de l’eau empêche qu'on y puiffe jetter l'an-
cre commodément; & d’ailleurs l'autre chemin eft plus court.] Comme il ne
fe trouvoit perfonne à bord qui fçût combien Mocka en eft éloigné & qui
connût fa fituation, on prit au long de la Côte d'Arabie fur neuf & dix braf-
fes de fond. Le foir on jetta l'ancre fur huit brafles, à neuf lieuës du Dé-
troit, vis-à-vis un petit mont qui fe préfente feul fur le rivage.
Le lendemain on s’approcha de Mocka, qui n'eft qu'à dix-huit lieuës des
Détroits, fitué dans un terrain bas, fabloneux & ftérile. Dounton découvrit
bientôt l’Amiral , qui étoit feul à l'ancre, environ quatre milles en mer, a-
vec fa Pinaffe au long de fon Vaifleau. Le tems étoit fi mauvais que Thorn-
ton, qui commandoit la Pinafle, n’ôfa s'éloigner de fon pofte, dans la crain-
te de ne pouvoir regagner le deflus du vent & des-courans. Mais à la vûedu
Pepper-Corn, qui continuoit de s'approcher, les gens de l’Amiral baiffèrent
leur pavillon ;. ce qui fit comprendre à Dounton qu'ils avoient efluyé quel-
que difgrace. Aufñlitôt qu'il eut jetté l'ancre, Thornton.vint à bord. Leurs
premiers difcours furent des témoignages de douleur. Je ne répéterai point
ici ce qu’on à lu dans la Relation de Sir Henri ; mais il fe trouve dans celle-ci
diverfes circonftances qui peuvent jetter du jour fur la première.
TaorNron raconta que le pañlage de l'Incréafe & du Darling avoit été fort
prompt depuis. Aden jufqu'a Mocka ; ils n'y avoient mis que trente heures.
Mais un de ces deux Vaiffeaux ayant eu le malheur de donner fur le banc
de fable, à l'entrée de la Rade, & le fecours du vent,. joint à tous les ef-
forts de l’Equipage, n'ayant point été capable de le dégager , il avoit fallu le
foulager d'une partie de fa cargaifon, & fe fier aux Turcs, quin’avoientrien
épargné pour infpirer de la confiance aux Anglois. Femel, aveuglé par la crain-
te, avoit été le plus ardent à tranfporter à terre tout ce qu’il avoit de précieux
fur le Vaiffeau. Cette partie de l'Arabie, depuis l'Eft d’Aden jufqu’à Camaran
dans la Mér Rouge c’eft-à-dire , environ foixante-dix lieuës au-delà du Détroit
de Bal-al-Mandel (c), s'appelle la Terre d’Yaman, & fetrouvoit alors gou-
vernée par un Bacha, qui faifoit fa réfidence à Zenan, Ville dans les terres
à quinze journées de Mocka. C’eft ce Bacha qui choifit annuellement les
Gouverneurs particuliers de Mocka & d’Aden. Regib Aga, qui l’étoit alors
de Mocka , l’avoit été d’Aden l’année d’auparavant, lorfque le Capitaine
Sharpey y étoit venu avec l’Afcenfion. Il étoit efclave du Bacha ; maisayant
obtenu fon affeétion & fa confiance par toutes fortes de lâchetés, il s'éle-
voit ainfi chaque année à quelque nouveau degré de puiffance & de confi-
dération.
À l’arrivée des Anglois, Regib Aga avoit dépêché à Zenan, pour fçavoir
les
7 (c) Dounton ne pütpas fçavoir com-
bien ce Pays s’étend avant dans les terres,
Kk 3
261
7 (b) Si lAuteur parle ici d'une Ifle, il
faut Lire cinq milles.
Douxron.
1610.
Il arrive à
Mocka &
joint l’Amiral,
Récit que
T'hornton lui
fait des dif-
graces de l'A-
miral,
DounTronx.,
1610.
Confiance
imprudente
des Anglois,
Artifices étu-
diés & bien
conduits par
les Turcs,
6 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
les intentions de fon Maître. Dans l'intervalle, il avoit dreffé fes batterics
contre des Etrangers dont fon avidité lui faifoit déja dévorer en idée toutes
les marchandifes. Ayant fait venir des Cantons voifins un nombre de Soldats
convenable à fes vûes, il les avoit remplis des plus odicufes préventions, en
leur repréfentant les Anglois comme des Pyrates & des Chrétiens ennemis de
la Religion de Mahomet, qui n'étoient venus ge pour détruire les T'emples
de la Mecque & de Médine. Il leur avoit perfuadé que la deftruétion d'une
Flotte Chrétienne étoit un fervice qu’ils devoient à Dieu & à leur Patrie, En.
fin, pour exciter leur avarice avec leur haine, il les avoit afTürésque les deux
Vaifleaux Anglois étant remplis de richefles, il y auroit de quoi payer libéra.
lement ceux qui contribueroient à leur ruine.
‘PENDANT ce tems-là, les Anglois qui ne fe défioient de rien, avoient loué
une Maifon, & préparoient toutes leurs marchandifes pour le retour du Cour.
rier qui avoit été dépêché à Zenan. L’Aga les flattoit de toutes fortes d'efpé-
rances, & leur promettoit des facilités extraordinaires pour le commerce. Ce.
pendant il employoit aufi l’adreffe, pour leur faire débarquer de jour en jour
uelque nouvelle partie de leurs richefes. Il paroïfloit étonné que deux Vaif-
faut fi grands ne continffent pas plus de marchandifes qu'il n'en avoit vû
tranfporter au rivage, & lorfqu'on lui répondoit que le nombre en étoit beau-
coup plus grand , il fe plaignoit de la crainte qui empêchoit l’Amiral de les
débarquer. Pour foûtenir cette comédie, il KP ed e fon propre mouve-
ment, que c'étoit l’ufage du Grand-Seigneur, lorfqu'il vouloit favorifer les
Etrangers, de leur donner par les mains de fes Gouverneurs, une robe, que
les Turcs nomment Caffetan; & que c’étoit en effet la feule marque de pro-
teétion qui pûtles mettre à couvert des infultes du Peuple. Enfüite faifant en-
tendre qu'il étoit réfolu d'accorder cette faveur à l’Amiral, il feignoit d’être
furpris qu’il ne de pas lui-même à la folliciter. Il ajoûta quelle ne pou-
voit être accordée qu’à terre, qu'apparemment l’Amiral avoit peu d’affeétion
our les Turcs, puifqu’il ne daignoit pas defcendre pour la recevoir ; que fa
roideur fur un point de cette importance devoit faire douter de fes inten-
tions; enfin qu’il fentoit quelque fcrupule à lui accorder la liberté du com-
merce, parce que répondant, fur fa tête, de tous les maux qui pouvoient
arriver aux Sujets du Grand-Seigneur , il ne fçavoit fi la prudence lui permet-
toit de fe fier aux Anglois.
L’Amrr AL ne fe laïffa pas perfuader tout-d’un-coup par cet artificieux langa-
ge. Cependant fes Vaifleaux étoient engagés dans un lieu, d’où il y avoit peu
d'apparence qu’ils puflent fortir avant fept ou huit mois. Il ne s’en apperce-
voit point encore, par une autre imprudence, qui avoit été jufqu’alors com-
mune aux Anglois,& qui les avoit amenés dans cette Mer fans être bien informés
de la direétion des vents & des courans. D'un autre côté Femel, qui étoit dans
la Ville, où l'on n'épargnoit rien pour gagner fon efprit, lui rendoit comp-
te de tous les difcours de l’Aga , & le follicitoit même de profiter de fes
offres. Sur toutes cesraifons, l’Amiral, quoique bien informé du caraétère des
Turcs & de leur haine pour les Chrétiens, fe crut obligé, pour l'intérêt du com-
merce, de defcendre à terre, où fa préfence lui À ts oit néceffaire ; [ Mais cey#
fut très malgré lui ; il fitmême beaucoup de difficultés pour entrer dans la Cha-
loupe, foit parce qu’il conçut quelque foupçon en voyant des Turcs fe parler
à l'oreille, foit par un mouvement fubit de crainte, très naturelle dans les cir-
conftances
conftan
ri, fur
ardens |
pertes d
été arré
lation
Vaifea
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LE 2
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récit des
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ffeétion
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nformés
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br de fes
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du com-
Mais ceyg
s la Cha-
fe parler
sles cir-
onftances
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. I.
conftances où il fe trouvoit. ] Ainfi, Dounton s’efforça de juflifier Sir Hen-
ri, fur le témoigna e de fes Compagnons mêmes, qui n'auroient pas été fi
263
1610.
ardens à faire l'apologie de fa conduite , s'ils l'avoient cru coupable de leurs
pertes & de leurs infortunes. Il Ï avoit alors environ trois femaines qu'ayant
e
été arrêté par les Turcs, avec
s violences qu'on a lues dans fa propre Re-
lation (4), il étoit prifonnier à Mocka, où Chambers , matelot de fon
Vaifleau, avoit eu la hardieffe de le vifiter depuis peu, & d'où il étoit re-
venu le 17, c'eft-à-dire, deux jours avant l’arrivée du Pepper-Corn.
Le 21, Dounton renvoya Chambers à Mocka, pour apprendre à l’Ami-
ral toutes les difgraces qu'il venoit d’effuyer à Aden. Sir
récit des fiennes , dans une Lettre fort courte. Il lui confeilloit en même-tems
de fortir, à coutes fortes de prix de la Mer Rouge, & de fe retirer aux en-
virons d'Aden, oùille croyoit moins en danger. Il ajoûtoit que devant par-
tir pour Zenan avec quelques autres Anglois, il lui avoit envoyé le Darling,
dans la feule vûe de prévenir fon arrivée à Mocka.
Ce fut dès le lendemain, que l'Amiral fut conduit à Zenan. Il étoit gardé
par un grand nombre de Soldats, qui avoient ordre de veiller foigneufement
fur lui & fur les gens de fa fuite. Cependant toute leur attention n’empêcha
oint que le même foir, Pemberton ne fe dérobât de la Caravane,
oible & malade comme il étoit, il n’eût le bonheur deregagner furtivement
le rivage, où il trouva encore plus heureufement un Canot, dans lequel il
ne fit pas difficulté de s’abandonner aux flots. Il employa toutes fes forces à
s'éloigner de la terre avec la rame: & ce pénible éxercice, qui l’occupa tou-
te la nuit, le jetta dans un tel abbatement, que n'ayant rien pour fe reme--
tre, il ne trouva point d'autre reffource que d'avaller fon urine. A la pointe
du jour, les gens de l’Incréafe apperçurent le Canot, qui fembloit venir vers
eux; & le vent étant affez doux, ils envoyèrent la Pinaffe , qui leur caufa
une furprife extrême en leur amenant Pemberton. Il étoit fi foible, qu'il
paña plufieurs heures fans pouvoir ouvrir la bouche pour leur raconter le dé-
part de J'Amiral & fa propre avanture.
Deruis ce jour jufqu'au 27, le tems fut fans ceffe orageux. Le Darling,
qui avoit eu beaucoup à fouffrir en s’efforcant d'éxécuter les ordres du Géné-
rès avoir perdu une de fes ancres
tranquille au commencement de Jan-
vier , que les trois Vaifleaux prirent la réfolution de retourner vers Bal-al-Man-
del. Ils avoient deux vûes, l’une de chercher de l'eau, qui commençoit à
leur manquer ; l’autre d'arrêter les Vaiffeaux Indiens qui arriveroient dans cet-
te Mer, pour forcer les Turcs de relâcher leur Amiral & leurs marchandifes.
Ils s’arrêtérent d’abord fur la Côte des Abyfins. Enfüite laiflant derrière eux
le Darling, qui vouloit chercher fon ancre & fon cable dans le lieu où il l’a-
voit perdu, l'Incréafe & le Pepper-Corn pafèrent de l’autre côté vers le riva-
ral, revint dans la Rade de Mocka,
avec le cable. (e) Muis l’air devint
f
ge de l'Arabie, où ils mouillèrent à trois lieuës de Mocka, & quatre milles
en mer. Le 3 au matin, ils remirent à la voile avec la marée; & s'avançant
(d) Icile Traduéteur a fupprimé les cir-
conftances de la réception que l'Aga fit à Sir
Henri, & celles de fon emptrifonnement , qui
ne contiennent abfolument rien que ce qu’on
% vu dans la Relation précédente, Ainii nous
jufqu’au
n'avons pas cru devoir fuppléer à cette omis-
fion , pour éviter une répétition inutile, R. d. E,
(e) La se, Se&tion commence ici dans l'O-
riginal, R, d. E,
enri lui fit auffi le
que
Dounton en.
voye de fes
nouvelles à
l'Amniral,
Etrange ré.
folution de
Pemberton,
1611.
Les trois
Vaiffeaux An-
glois fouffrent
beaucoup de
la Tempête.
Dounron,
264, VOYAGES DES ANGLOIS AUX
jufqu'au foir , [par un grand vent, qui fit perdre au Pepper-Corn fes
deux voiles de Perroquet, ] ils s'arrétèrent [fur quinze brailes d'eau, & ge
à ce qu'ils croyoient fur un bon fond], pour attendre le Darling. Mais le
vent devint fi violent pendant la nuit, que l'Incréafe ayant été enlevé de
deflus fes ancres fut féparé du Pepper-Corn, & courut les derniers dangers,
Le 4 de ypiér À le Pepper-Corn fut poullé lui-même avec tant de violence,
qu'il perdit aufli une de fes ancres. Il apperçut dans l'après-midi l'Incréafe
qui étoit entrainé vers Mocka; & vers le foir, le Darling qui évoit tran.
quille à l'ancre, dans le premier lieu où il l'avoit laiffé, Il ne lui auroit pas
été difficile de fe rapprocher du Darling; mais jugeant que l'Incréafe pou-
voit avoir befoin de fon fecours, il s'eftorça de le fuivre, avec des vents fi
furieux qu'une de fes voiles fut prefqu'emportée (f). Il arriva ainfi, à l'en.
trée de la nuit, dans la Rade de Mocka, où il trouva effeétivement l’Incré.
afe fi maltraité, qu'il fut obligé de lui envoyer la plûpart de fes Ouvriers,
Depuis le 6 jufqu'au 12, les deux Vaifleaux reçurent continuellement des nou-
velles de la Ville, par quelques Canots que les Prifonniers Anglois leur en.
voyérent avec la permiflion de l'Aga, [qui leur faifoit toûjours donner dexé
faux avis, & qui ne s'oppoñfoit pas à cette correfpondance, parce que les
Meffagers Turcs, qui y étoient employés, étoient ordinairement régalés
par les Anglois de quelques verres de vin ou de bierre. |
Le Darling profita d'un vent favorable pour revenir le 12 dans la Rade
de Mocka, Il brûloie d'informer les deux autres Batimens qu'il avoit non-
feulement retrouvé fon cable & fon ancre, mais découvert une Rade extre-
mement commode, avec un lieu pour faire de l'eau. T'andis qu'il contribuoit
aufli à réparer les défordres de l'Incréafe, il leur vint de la Ville quelques
rafraîchiflemens , mais fans la moindre nouvelle de l'Amiral, qui étoic toû-
Usferendent jours à Zenan. Ils fe déterminèrent encore à lever l'ancre pour retourner fur
nn TS la Côte des Abyflins; & le foir, ils mouillérent à trois lieuës de cette Co-
CYECAUD te, fous une Iffe qu'ils nomment l'Ifle des Crabbes, parce qu'ils y en ap-
perçurent un grand nombre. Le 19 ils entrèrent dans la Baye d'Affab, qui é-
toit celle que le Darling leur avoit vantée, & les trois Vaifleaux y jettérent
l'ancre à un mille du rivage, vis-à-vis le lieu même d'où ils efpéroient de
l'eau. Dounton envoya quelques-uns de fes gens au rivage, pour center quel-
que liaifon avec les Habitans. A peine eurent-ils touché la terre, qu’ils vi-
rent paroître environ cent hommes, armés de lances. Un de ces Barbares
s’étant approché fans aucune marque de crainte, parla civilement aux An-
glois & demanda d’être conduit fur leur Flotte. En montant à bord , il ap-
* prit au Capitaine, que les Turcs avoient fait informer tous les Habitans du
Canton de la manière dont ils avoient traité les Anglois; avec des exhorta-
Civilité d'un tions à ne pas traiter mieux tous ceux qui tomberoient entre leurs mains. Cet
jeune Abyfin, Abyflin étoit un jeune homme de diftinétion, qui ne relâcha rien de fes ci-
viltés & de fes bons offices pendant le féjour que les trois Vaffeaux firent
dans la Baye. Il pañla cette nuit à bord de l’Incréafe, où l’on n’épargna rien
pour le confirmer dans les fentimens qu'il avoit déclarés. s
Ë
Dounron.
1011,
Ils fe rejoi-
gnent dans la
Rade de Moc-
ka,
te elles étoient coufucs avec du fil pourri, de
(f) Angl. que fes deux nouvelles voiles de ; L
même que la plûpart des autres, Rd, E,
Perroquet fe déchirérent, parce que fans dou-
Li
gens.
bois,
vint u
quoit
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fa pro
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nains. Cet
de fes ci-
aux firent
Rrgna rien
LE
h pourti de
LS d, E,
INDES ORIENTALES, Li. IV. Crar. 1. 265
Le 21, Dounton defcendit au rivage avec la plus grande partie de fes
gens. Les uns furent employés à creufer des puits, & d'autres à couper du
bois, tandis que le refte failoit la garde autour d'eux fous les armes. 11 leur
vint un Prêtre Abyflin, avec le père & les frères du jeune homme qui mar-
quoit tant d'inclination à les fervir. Ils préfencèrent un bouc au Capitaine,
qui leur offrit en retour quatre chemifes. Ils promirent de revenir le lende-
main & d'apporter d'autres rafraïchiffemens. Dounton trop bien inftruit par
fa propre expérience & par celle de l'Amiral, pour fe fier légèrement aux
apparences , fit continuer la garde pendant la nuit, & veiller fur-tout à la
füreté des puits, que les Turcs étoient capables de faire empoifonner. Le
lendemain il fit recommencer le travail, en attendant le retour des Abyffins;
mais le tems fut fi mauvais qu'il ne fut pas füurpris de n'en voir paroître au-
cun. Ils revinrent le jour fuivant, accompagnés de plufeurs Pâtres qui con-
duifoient des boucs & d'autres beftiaux. Le Capitaine acheta d'eux tout ce
u'ils avoient amené, fans conteftation pour le prix. Ils continuèrent pen-
ant quelques jours de lui fournir toutes fortes de provifions.
LE 29, après avoir renouvellé entièrement leur eau, trois Vaiffeaux pro-
fitèrent d'un vent Nord-Nord-Oueft pour tourner leurs voiles vers les Dé-
troits, dans le deffein d'arrêter tous les Bitimens Indiens qui entreroient cet-
te année dans la Mer Rouge: mais à la hauteur de l'Ifle des Crabbes, ils fu-
t#rent furpris par le calme. | Le Capitaine qui étoit réfolu de profiter dutems,
defcendit à terre avec plufieurs matelots, pour y couper du bois.] Dans l'a-
près-midi, ils apperçurent deux Jelbes qui traverfoient le Golphe; & lorf-
qu'ils fe difpofoient à faire quelque mouvement pour les arrêter , ils en virent
une qui venoit direétement vers l'Incréafe. Elle apportoit à la Flotte une
Lettre de l'Amiral, dattée le 15 de Janvier, qui contenoit le récit de fon
voyage à Zenan. Il parloit de fon élargiffement avec beaucoup d'incertitu-
de, malgré les promeffes qu'on ne cefloit pas de lui faire tous les jours.
K[II témoignoit beaucoup d'inquiétude fur le fort de Pemberton, il fouhai-
toit fort de fçavoir s’il étoit arrivé à bord ou non; il craignoit qu'il n'eut é-
té maffacré par les Arabes, à caufe de l'âne fur lequel il étoit monté.]
Mais il ajoûtoit que Fowler & les autres Anglois du Pepper-Corn, qui a-
voient été retenus par l’Emir d'Aden, étoit arrivés à Zenan, & que le Ciel
au milieu de tant de difgraces , lui avoit procuré quelques amis puiffans , dont
il efpéroit beaucoup de fervices auprès du Bacha. 11 prioit aufli les Comman-
dans de la Flotte de fufpendre leurs entreprifes contre les Vaiffeaux Indiens,
parce qu'il étoit encore important pour fa fûreté & pour l'avantage même
du commerce d'Angleterre dans la Méditerranée, de ne pas donner aux
Turcs de ji fujets de plainte avant qu'ils euflent confirmé ouvertement
leurs injuftices. Enfin il apprenoit à fes Commandans que le Bacha de Ze-
nan avoit juftifié l'Aga, en déclarant qu'il n'étoit rien arrivé à Mocka que
ar fes propres ordres. Dounton écrivit, pour réponfe à cette Lettre, que
a Flotte avoit trouvé une Rade commode & de l'eau fur la Côte des A-
Kbyflins, vis-à-vis de Mocka, à treize lieuës d2 diftance; [& que Pember-
ton avoit eu le bonheur de s’échaper fans aucun accident.]
LE 7 de Février, Thornton, qui avoit été envoyé vers l’Aga pour lui de-
mander des nouvelles de l'Amiral, revint avec une Lettre de l’Amiral mê-
me. Il recommandoit encore à Dounton de fufpendre fa vengeance, & lui
II. Part. LI apprenant
Douwrox,
1611.
La Flotte ne
pes gagner
es Détroits,
Il lui vient
une Lettre de
l'Amiral,
Elle reçoit
d'heureufes
informations.
1611,
Projet de l’A-
miral pour fe
fauver par la
fuite,
Dounton
s'approche de
Mocka avec
le Pepper-
Corn.
Deux Let-
tres à double
fens,
2666 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
apprenant enfin que fes affaires étoient dans une fituation plus heureufe, il
aroifloit compter de quitter Zenan peu de jours après, pour retourner à
ocka. 11 fe pafla néanmoins jufqu'au 1 de Mars avant qu'on reçût la nouvelle
de fon retour. ve Dounton envoya la Pinalle à la Ville avec le Tré.
forier & Ali ; dans fa route elle crouva un endroit où l'on pouvoit fe
pourvoir de fort bonne eau, qui defcendoit des montagnes lorfqu'il pleuvoit
dans l'intérieur du Pays. Après y avoir acheté quelques chèvres & quelques
moutons, elle revint. Le foir on vit une Barque qui venoit de Mocka: le
lendemain elle s'approcha de l'Incréafe, & remit une lettre du Général à
Dounton. Elle portoic que fon voyage avoit été différé à caufe d'une Fête
ue les Turcs dvolent célébrer, mais que cela même lui procureroit le plai.
ir de revenir avec le Scha-Bandar de Mocka. 11 prioit encore Dounton de
fufpendre les effets de fon reffentiment, & il l'avertifloit de ne plus faire
travailler à la Pinafle, parce que le Bacha la vouloit garder pour lui.] Le
Darling fut envoyé le 5 dans la Rade de Mocka, pour apprendre des nou-
velles de l'Amiral [qui
vaun grand Vaiffeau de Dabul , nommé le Mubammed , [& les civilicés qu'il reçut k
des Turcs, apprirent bientôt aux Anglois que les difpolitions étoient changées
en leur faveur.] Cependant l'avis qu il en fit donner aux deux autres Vaifleaux
ne les empêcha point de le fuivre le 11, dans la crainte qu'il ne fût menacé de
quelque nouvelle perfidie. Mais avant qu'ils euffent doublé l'Ifle des Crak-
bes, ils l’apperçurent à la voile; & retournant enfemble à la Baye d'Affab,
ils réfolurent d'y attend'e de nouveaux ordres de l'Amiral. T'hornton fut en-
voyé dans la Pinafle pour obferver les environs de la Ville, On le vit re-
venir le foir , avec vingt-deux des Prifonniers de Mocka & quatorze du Pep-
per-Corn. La furprife des Anglois fut aufli grande que leur joye. Thorn-
ton leur offrit avec les Prifonniers, une Lettre de l’Amiral, qui parloit des
nouvelles affürances que les Turcs lui avoient données de le rendre libre,
aufli-tôt que les Vaifleaux annuels de l'Inde feroient entrés dans la Rade, 1}
confultoit aufli Dounton fr le deffein qu'il avoit formé de s'échapper par
ka fuite ; en le priant , s’il l’approuvoit , d'envoyer le Pepper-Corn dans
la Rade de Mocka , pour favorifer fon évafon. Dounton ne balança point
à louër fon projet. Îl mic à la voile aufli-tôt pour Mocka ; mais un calme
qui le furprit à trois lieuës de la Baye d’Aflab, & la marée qui fe trouvoit
contraire à fa courfe, l’obligèrent de jetter l'ancre contre un banc où il
pañfa la nuit.
(b) Le 19 au matin, il entra dans la Rade, où il n'étoit encore arrivé
que le grand Vaiffeau de Dabul. Mais fans avoir eu le tems de jetcer l'an-
cre, il reçut une Lettre de l'Amiral qui lui confeilloit de retourner ‘ur le
champ à la Baye d'Affab , parce que fon arrivée ayant effrayé les Dabu-
liens, l'Aga même en par oifloit mécontent. Cet ordre déplüt à Dounton,
qui étoit parti avec de meilleures efpérances. Il prit le parti d'écrire deux
Lettres, qu'il envoya par un de fes gens dans fa Pinafle. L'une qui étoit
pour l'Amiral, expofoit non-feulement les befoins de la Flotte, mais l'opi-
nion
(g) Comme il »eft point parlé de cet Ali (b) La . Section commence ici dans l'O-
auparavant ; il y a apparence qu'il y a ll quel. riginul. KR, d, E.
que chofe d'omis, fans doute par Purchair,
arriva ce même jour avec toute fa fuite] Il y trou- }#
nion qu
d'infidé
à l'Ag:
l'Amira
LL] C:
LL |
n” pas ve
» peines
» Vous,
” de r
” acven
» Zenan
» Mock:
» l'Oueft
» que à |
» &Cance
» tience
» Violé d
FT éxempl
» ga vous
K?,, loin de
» l'ai Cha
» les aurc
» pas da
,, d'un md
» les Barc
» ne rem
» & non
” trepren(
» que je
» gens foi
» après l’a
» Cafons.
» faire ent
» terme,
» l'Oueft,
» tranquil
» que le
» troits, |
@(i) Puifq
ne tinflenc {4
de le relâche
INDES ORIENTALES, Le. IV. Cm, L 267
nion que les Anglois devoient prendre des Turcs, après tant de trahifons & Douwrow,
fe, il
rner à +
d'infidélités, L'autre, compofée dans une autre fens , devoit étre montrée
ee à l'Aga. Dounton feignoit de ne vouloir plus reconnoître l'autorité de
olt fe l'Amiral. 11 lui déclaroit qu'étant prifonnier, fon pouvoir ne pouvoit plus
euvoit s'étendre fur des hommes libres, & par conféquent que tous fes ordresn'em-
elques pécheroient point la Flotte Angloife d'entrer dans la Rade de Mocka & dans
a: le tout autre lieu où celle feroit appellée par fes affaires ou par fes befoins.
éral à L'Amiral fit la réponfe fuivante à ces deux Lettres.
, ré
Le plaie ” Avrrains Dounton , l'excès de votre prudence peut vous caufer Réponfe de
on de » beaucoup de mal fans m'apporter aucun avantage. Ne pouffez donc Ftarie Î
1 faire » pas vos foins au-delà du néceffaire, Je n'ai eu jufqu'à préfenc que trop de
] Le » peines, & je n'en fuis point encore délivré. Vous feriez fàché, dites-
> Nou- » Vous, de quitter cette Rade fans moi: mais vous ne devez pas douter
trou- rh ” ao ne fût bien plus trifte pour moi d'y refter après vous, fi ce malheur
| Pt n devenoit néceflaire, Je me fuis vû forcé de convenir avec le Bacha de
anges » Zenan, que notre Flotte ne demeureroit point à l'ancre trop proche de
iffeaux » Mocka jufqu'à l'arrivée des Vaiffeaux de l'Inde; & qu'à la Mouffon de
jacé de » l'Oueft, je ferois mis en liberté avec tous mes Compagnons. Si l'on man-
Crab- » que à l'obfervation de ce Traité, je vous demande alors fecours & ven-
*Aflab, » geance. Mais jufqu'au tems de l'éxécution , il faut que vous preniez par
fut en- » tience comme moi. d° ferois fâché qu'un engagement fi folemnel fût
vit re » violé de notre part, fans que les Turcs nous y euflent autorifés par leur
du Pep- » éxemple. Ne foyez pas furpris de n'avoir pas reçu les provifions que l’A-
Thorn- » ga vous a fait efpérer. C'elt ma faute de ne l'avoir pas preffé, & j'aurai
oit des tp, foin de la réparer. ( vous partez demain, comme je vous en prie, je fe-
libre , » lai charger fur des Jelbes les provifions dont vous avez befoin, & vous
de, ! » les aurez dans trois jours. fai promis que nos Vaifleaux n'entreroient
per par » pas dans la Rade avant l’arrivée des vents d'Oueft que nous aurons en moins
rn dans » d'un mois; cependant vous recevrez de mes nouveiles par les Jelbes, ou
sa point » les Barques que je vous enverrai. ] Enfin je ne doute pas que les Turcs
calme » ne rempliffent leurs promeffes, parce que mon Traité eft avec le Bacha ,
rouvoit » & non avec l'Aga. Si je me défiois de quelque nouveau ftratagême, j'en-
ce où il » treprendrois de m'échapper avantletems. J'en aitrouvé plufieurs moyens,
» que je pourrois tenter encore, fi je ne craignois de laifler la vie de mes
» arrivé » Bens fort en danger. Mais fi la parole du Bacha demeure fans éxécution
ds L'at » après l'arrivée des vents de l'Oueft, je vous affüre que je profiterai des oc-
r fur le » Cafons. Et je vous confeffe même que je l'aurois déja tenté, fi j'avois pû
s Dabu- » faire entrer dans mon projet (i) Femel, qui ne veut rien hazarder jufqu'au
ountON, » terme, parce qu'il eft perfuadé qu'on nous rendra libres à la Mouflon de
re deux » l'Oueft, lorfque vous viendrez nous redemander. Vous pouvez demeurer
qi étoit » tranquillement à l'ancre dans votre Rade jufqu’à cet heureux jour, à moins
» que le vent ne vous permette d'envoyer un de vos Bâtimens jufqu'aux Dé-
us l'opi- À ,
a » troits, pour obferver ce qui s’y pafle. Je comprends que vous D 4
e
LE
i dans l'O-
ü &@(i) Puifqu’il ne doutoit point que les Turcs & il fait même peu d'honneur à la bonne-foi
ne tinffenc la parole qu'ils lui avoient donnée de l'Amiral.
de ie relâcher, ce projet étoit très imprudent, l :
2
168 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Douwrow # de quantité de chofes ; mais j'efpère que je me crouverai bientôt en état de
1611,
Ratlon qui
empèchoit
l'Amtral de
s'échapper,
15 y déter-
nine emin,
Les Turcs
font forcés à
leur tour d'ap-
pailer les An-
£lois,
» Vous les procurer.
[ON a cru devoir ici rapporter cette Lettre, pour faire voir qu'au milieu
de toutes fes efpérances, l'Amiral avoit des foupçons qui lui auroient fai
prendre tout-d'un-coup le parti de la fuite s'il n'avoit été retenu par les crain-
tes & les repréfentations de lemel,] Le 27, Dounton retourna dans la Rade
d'Affab, où il trouva des provilions affez abondantes , par le foin que les
Habitans du Pays avoient eu d'en apporter dans fon abfence, Le Darling
[qui continuoit d'aller à Mocka, de deux jours l'un, fuivane l'accord qu'onk
avoit fait avec les Turcs ;] [revenant le 4 d'Avril, fut obligé , parce que ler
vent ne fouflloit pas affez fort, de s'arrêter au Nord de la Rade jufqu'au 6,
Alors le vent s'étant augmenté, il vint mouiller près de l'Incréafe, auquel
il remic les provifions, qui avoient été retenues long-cems par les Turcs, 1
remie aufli au Capitaine une lettre de l'Amiral.
Le 7 le Darling pour fe faire caréner vint à une Ifle, où étoit le Pep.
per- Corn, & qu'on appela Criane-{fland ,ou l'Ile des Grues, à caufe du grand
nombre de ces Oifeaux qu'on y tua, Depuis ce jour, jufqu'au 12 on fut oc
cupé à décharger le Vaiffeau & à le défuner, Le 21 le Roi de Rahayta en.
voya une Vache & un Efclave à Dounton, pe un de fes parens, F palla
la nuit à bord. Le 30 on radouba l'Incréafe le mieux qu'on put, & l'on rem:
plit vingt-neuf tonneaux de bonne eau. Le 4 & le 5 de Mai on garnit tour
tes les chaloupes ; le vent fut ce jour-là Eft Sud-Eft, Le 7 & le 9 les Bad-
wis amenèrent grand nombre de moutons & de chèvres, mais parce qu'on
n'avoit pas de la toile à leur donner, on fe contenta d'acheter trois bœufs,
qu'on paya en argent. ]} Cependant les Vaifleaux de l'Inle ayant commencé
à paroître fans ” les Turcs marquaflent plus d'empreffement pour l'éxécu-
tion du Traité, l'Amiral prit enfin le parti de s'échapper le 11 de Mui,
dans le Darling, avec quinze de fes Compagnons; & le jour füuivant, il en-
voya la Pinafle à Dounton , pour le preffer de le venir joindre dans la Ra-
de de Mocka, avec les deux autres Vaifleaux; [ce qui fut éxécuté fur le
champ ].
CET événement fit changer de face aux affaires. Les Anglois s'étant ren:
dus maîtres de la Mer, jufqu'à défendre aux Vaiffeaux Indiens, qui étoient
arrivés dans la Rade, d'entretenir aucune communication avec la Ville, Re-
gib Aga fe vit forcé de changer de ton, & de chercher les moyens de fe
réconcilier avec les Anglois. IL employa la médiation de Nackada Mohan-
med & de pluficurs autres Etrangers. Il envoya des préfens à l'Amiral, avec
la promefle de lui rendre inceflamment Femel, qui n’avoit pas eu le même
bonheur dans fa fuite. S'ille retint pendant quelques jours, ce fut pour le
traiter à fa maifon de campagne, où il ne dédaigna plus de boire & de man-
ger avec lui. À fon départ, l'Aga lui dit en foûriant, qu'ils pourroient fe
revoir à Conftantinople. Ce difcours fembloit fe rapporter à la menace que
Femel lui avoit faite autrefois, de porter fes plaintes à la Cour du Grand-
Seigneur; [ mais l'effet montra bientôt qu'il renfermoit une noire & funefte#
rome, ] Femel étant retourné à bord parut extremement joyeux les deux pre-
miers jours. Le troifiéme au matin, il mourut preique fubitement; & les
Chirurgiens, qui ouvrirent fon corps, jugèrent qu'il avoit été empoifonné.
Dan; la douleur d’un fi cruel foupçon, l’Amiral 1€ faifit auli-tôt de tous les
Vaueaux Indiens qui étoient dans La. Rade: … [Le
tpjufqu'à la
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[Le
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Car, L
[Lu x de ea , On eut vers le foir un vent très violent & f chaud qu'il
duoic prefque la refpiration: il enleva une fi grande quantité de fable dans
l'air qu'on avoit peine à vo r } Le 2 ,on vie arriver à bord quelques Députés de
l'Aga, ui venoient deman ler aux Anglois quelles étoienc leurs intentions, L'un
droit Aly Haskins, Portugais d'origine, qui avoit abandonné le Chriftianifime
pour obtenir la dignité de Capitaine, Comme il avoit fervi d'Interpréte à l'Ami-
ral pendant fon féjour à Zenan, & qu'il avoit Faie avec lui une liaifon fort
étroite, l'Aga l'avoir choifi pour négocier la paix. Il étoit accompagné
d'un jeune Banian nommé Tokorfi, 1,'Amiral leur déclara que pour répa-
ration de coutes les pertes qu'il avoit effuyées , il demandoit aux Turcs la
#lomme de cent mille piéces de huit, [Le 8 au matin, Sir Henri envoya le
Darling à Beloula, place ficuée fur les Côtes d'Abyflinie, à dix licuës au Nord
d'Affab, pour y faire provifion d'eau, & de quelques rafraîchiffemens , pour
les gens de la lotte : ils commençoient à étre attaqués d'une maladie de
langueur ; contre laquelle ls meilleurs remèdes écoient la faignée & la pur-
gation, Elle fe cerminoit par des M +0 d'ulcères ; perfonne n'en fut éxemt.]
Le 19, Schermal, Scha Bandar de Mocka, accompagné d'Aly Haskins, de
Tokorfi & de plulieurs riches Marchands Indiens , s'approcha de l'Incréafe
dans une Barque fort ornée, au bruit des inftrumens de mufique , pour ter-
miner l'affaire des facisfaétions, On conclut enfin qu'outre la reftitution du
plomb & du fer, qui avoient été füifis, & celle des préfens mêmes qui avoient
été faits à l'Aga, les Turcs payeroient aux Anglois la fomme de dix-huit mil-
kple piéces de huit, L'Amiral fe réduifit à cette fomme, (parce qu'il vit bien
qu'il n'y avoit pas moyen d'en obtenir une plus grande, &] parce qu'il n'i-
gnoroit pas qu'elle devoir fortir de l4 bourfe du Scha Dandar des Banians, de
qui il avoit reçu beaucoup de fecours & de confolation dans fa captivité,
Comme une fi groffe fomme ne put être payée tout-d'un-coup, l'Aga fit prier
les Anglois de prendre dans le Vaiffeau de Diu une certaine quantité de
marchandifes pour caution, & promit de les racheter par degrés, à mefure
qu'il pourroit faire de l'argent dans l'efpace de quatorze jours. L'Amiral
facilita beaucoup le payement, en prenant, pour fes Vailleaux une grofe
provifion de ris & d'autres grains. Après cet heureux accommodement, il
fe rendit le 3 de Juillet avec fes crois Valeaux & fa Pinafle, dans la Rade
d'Affab, où la bonté de l'eau & les rafraichiflemens , qu'il acheta des Bad-
wis fervirent à rétablir un grand nombre de fes gens. Les civilités & les
préfens qu'il reçut du Roi de Rahayta, pays voifin de la Baye, & du Prince
Abdalla fon neveu, contribuérent aufi à lui rendre ce féjour forc agréable
tpjufqu'à la fin du mois. [Le jeune Prince le pria forc obligeamment de s'ap-
procher du Détroit dans un endroit où il trouveroit une bonne Rade, & où
écant plus proche de Rahayta, le Roi fon Oncle feroit plus à portée de lui
donner des témoignages de fon affeétion. L'Amiral répondit comme il le de-
voit à toutes fes politeffes, & ne fe fépara de. lui , qu'après l'avoir régalé ,
& lui avoir fait quelques préfens.]
IL mit à la voile, le 24, vers Camaran, Ifle fur la Côte d'Arabie, à qua-
rante lieuës au Nord de Mocka, vers le 15e, degré de latitude. Comme el-
le a une Ville & une Forterclie, les Anglois s'imaginérent que le Vauffeau
de Suez, qui vient chaque année à Mocka, auroit choifi cette retraite pour
attendre le départ de leur Flotte. 11 y a peu de Bâtimens qui ôfent rs
L 3 voile
26)
Dounwrounx
1011,
N: toctactons
dos l'ures à
vec l'Atniral
Convention
qui termine
leurs HIT.
rend,
La Flotte
Angloife met
à la voile vers
l'Ifle de Ça-
maran,
DounTron.
1611.
Iles de Ju-
bal Suckar &
& de Jubal
Arry.
Les Anglois
reviennent
dans la Rade
de Mocka.
His repañfent
les Détroits
pour retour-
ner à Sokoto-
ra.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
270
voile dans cette Mer, vers le Nord, pendant la Mouffon de l'Ouett, f qui fé
dure pour l'ordinaire jufqu'à la fin de | ] L'Amiral avançoit pendant
le jour, & ne manquoit pas de jetter l'ancre à l'entrée de la nuit, Cette
précaution ne l'empécha point de donner fur des baffes fort dangereufes,
dont il ne fe dégagea qu'avec une peine extrême. Il pafla deux jours dans
cette allarme, La Flotte n'avoit pas de Pilotes qui connuflent ces Mers, &
le Courant étant incertain, on ne pouvoit avancer fans témérité pendant |:
nuit. JAmiral que tous fes gens avoient prié plufieurs fois d'abandonner
la pourfuite du Vaifleau Turc, fe crut obligé lui-même de renoncer à cette
entreprife.
ON prit vers l’Ifle de Fubal Suckar ( , qui eft affez grande & fort éle.
vée, Élle a au Sud une autre grande Îfle, qui n’eft pas moins haute, & qui
fe nomme Jubal Arry. Toutes deux font environnées d'un grand nombrede
petites Ifles du côté du Sud, &, dans plufiéurs endroits , par des chaines
de petits rocs qui ne fe découvrent que par le battement de la mer. Cet.
te rangée d'Ifles [qui s'étend Nord & Sud,] peut avoir dix licuës de lon.r#
ueur. Elles font au Nord-Nord-Oueft de Mocka, d'où elles peuvent être
acilement apperçues dans le beau tems. Mais rarement l'eft-il affez pour cel,
Depuis la partie Oueft de Jubal [Suckar] je Beloula, la diftance eft de
douze lieuës, Sud-Oueft quart au Sud, au long des mêmes Ifles. II fe trouve
dans cette direétion deux rochers abyfmés, a le battement des flots fai
reconnoître. Au Sud quart à l’Oueft de Jubal Arry, on ml se [fes
& un roc, entre lequel & la Côte d'Afrique, au Sud-Ouelt, font quatre au-
tres petits rocs plats, éloignés du premier d'environ quatre milles & demi.
Il n’y a point de péril à s’en approcher, parce que l'eau eft fort profonde
jufqu'à celui qui eft le plus Sud-Oueft & le plus proche de la Côte d'A.
frique.
Le 6 d’Août, à quatre heures du matin, on revint jetter l'ancre dans li
Rade de Mocka, où l'on appe: zut le Vaiffeau de Suez, qui avoit trouvé le
moyen de pafler fort heureufement. Il étoit amarré fort proche de la Ville,
& déja déchargé. Dounton apprit qu'il étoit arrivé cinq jours auparavant,
accompagné d’une Galère, & qu’au premier jour il devoit en arriver trois
autres. La Flotte Angloife s’approcha le 7, auf os de la Ville qu'il fut
poflible , pour terminer quelques reftes d’affaires & pour fe mettre à portée
de commander tous les Vaiffeaux qui étoient dans la Rade. Tokorfi, l'an.
cien ami des Anglois, & Sabrago vinrent à bord, avec un préfent de la part
de Schermal. |
(1) LE 10, vers onze heures du matin, la Flotte repañfa le Détroit de
Bal-al-Mandel, en fe divifant par les deux Canaux. [On trouva au milieu
de celui qui eft à l'Eft neuf ou dix brafles d’eau, & fept, fix, ou cinq vers
les bords, le Darling & l’Incréafe qui avoient pris par le Canal qui eft au
Sud-Oueft, ne remarquèrent pas que ce paflage fût dangereux; il a environ
quatre lieuës de longueur , & l’autre n’a qu’un mille & demi. L’Incréafefit
route au long du côté Sud-Oueft de l’Ifle de Bal-al-Mandel fur douze Le
eau.
«œ (k) Ou Fabal Sukbar. Jabal figniñie
une Montagne,
( 1) La 7e. Seétion commence ici dans l'O-
rigindl. R. d. E.
d'eau.] L
ze lieuës ;
On avanç
lix qui fe
rouva qi
Doiat la
voile.
LE 27
midi on f
s'approch:
mer une d
nal. Le;
kotora, le
car on fe
L'Anri
& tout l'a
mains du 1
droient da:
4 de Septe
qu'auffi-tôt
n'arriva qi
fentent au
avec la ma:
de plufieur
[Dans cet
quart au S
reflux de
voient pas
flux font é
de Juillet,
qu'il n'y a
des marées
L'AMIR
Barque, q
à l’Amiral
huit lieuës
en qualité 4
Patron ne
Les Anglo
Barre de S.
Ed'interrom
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Incréafe fit
uze braffes
d'eau.]
ici dans l’O-
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuarp. I.
d'eau.] Le lendemain on découvrit la haute tour d'Aden, à la diftance d’on.
ze lieuës ; & fuivant les calculs, on fe crut à trente-fix lieuës des Détroits.
On avança peu jufqu'au 21, puifqu'on n'apperçut que ce jour-là le Mont Fe-
271
lix qui fe préfentoit Eft quart au Nord à dix lieuës de diftance ; [ce qui
prouva qu'on avoit été fort trompé par les Courans.] Les calmes retar-
dérent la Flotte jufqu’au 26, qu’un vent de terre lui fervit à remettre à la
voile.
Le 27, on fit quatorze lieuës Eft-Nord-Eft, & vers quatre heures après-
midi on fe trouva feize lieuës à l’Oueft du Cap de Guardafu. Le foir , en
s'approchant de la pointe du Cap , on remarqua dans le mouvement de la
mer une différence fenfible, qui annonçoit l'ouverture de l'Océan Méridio-
nal. Le 29, on découvrit l’Ifle de Sokotora. Dans ce pañfage d’Aden à So-
kotora , les Courans ne ceflent pas de rendre la navigatian fort incertaine,
car on fe trouve entraîné en arrière lorfqu’on croit avancer.
L'AntraLz fit relâcher à Sokotora, pour 4 prendre des rafraîchiffemens
& tout l'aloës qu'on y avoit ramaflé depuis fon pañlage. Il laiffa entre les
mains du Roi des Lettres d’avis pour tous les Capitaines Angloïs, qui vien-
droient dans cette Ifle avec le deffein de pénétrer dans la Mer Rouge. Le
4 de Septembre, il partit de la Rade de Delifcha ; mais étant arrêté pref-
qu'aufli-tôt par un calme, qui fut fuivi d’une continuelle variété de vents , il
n'arriva que le 23 à la hauteur de sn La vûe des arbres qui fe pré-
fentent au Nord & au Sud de la Baye, lui fervit de direétion pour avancer
avec la marée; & s’approchant toûjours de la terre au Nord, ilfe garantit
de plufieurs écueils dangereux. Enfin il jetta l’ancre fur un fond limoneux.
x#[Dans cet endroit les Marées courent Eît-Nord-Eft quart au Nord, & Oueft
quart au Sud. Quand ils y arrivèrent, le flux étoit de cinq heures, & le
reflux de fept; variété qui étoit caufée par les vents de l'hiver , qui n’a-
voient pas encore entièrement ceflé. Dans un autre tems, le Aux & lere-
flux font égaux & durent chacun fix heures.] Pendanc les mois de Juin,
de Juillet, & d’Août, qui font l'hyver de ce Pays, Dounton eft perfuadé
qu'il n'y a point d'ancres ni de cables , qui puiflent y réfifter à la violence
des marées.
L'AmtRAL envoya aufli-tôt fa Pinaffe au rivage; mais elle rencontra une
Parque, qui venoit de Surate, chargée de ris pour Gogo; & l'ayant amenée
à l’Amiral, il apprit de ceux qui la conduifoient , qu’il avoit paflé de fept ou
huit lieuës le Port de &urate. Il retint cette Barque, pour fe fervir du Patron
en qualité de Pilote. Le 24, il lui vint du rivage une autre Barque, dont le
Patron ne confentit pas moins volontairement à lui rendre le même fervice.
Les Anglois apprirent de ces deux Indiens qu’il fe crouvoit aétuellement à la
Barre de Surate, quinze Frégates Portugaifes, dans le deflein apparemment
Ed'interrompre le commerce [de toutes les autres Nations, car la paix qui ré-
gnoit entre l’Angleterre & l'Efpagne ne permettoit pas de croire que cet ar-
mement regardât direétement les Anglois. Cependant] l’Amiral fe croyant
obligé de garder des précautions , employa jufqu’au 25 à s'approcher de 5u-
rate; & vers fept heures du foir il mouilla tranquillement à une lieuë de ia
Rade, au Sud de la Rarre, où il découvrit trois Vaifileaux Indiens à l’ancre.
Le 26 au matin, il entra aans la Rade avec la marée , & il jecta l'ancre fort
près des trois Indiens. C’étoient des Bâtimens de Surate meme, qui avoient
été
DounTon,
1611.
Ils y laiffent
des avis pour
les Capitaines
Anglois,
La Flotte
prend vers Su-
rate,
Elle entre
dans la Rade,
DouxrTon.
1611,
Elle # trouve
une Arméc
Portugaife.
Maladies qui
aMigent les
Anglois.
ils s'efforcent
inutilement
de paffer la
Barre de Sura-
te,
272 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
été chargés pour Sumatra, mais qui, fur le bruit & par la crainte de l'appro-
che des Anglois, autant que par la tyrannie des Portugais, avec lefquels ils
n'avoient pû s’accorder pour les pafleports, avoient abandonné le deflein de
leur voyage. 1/Amiral reconnut, fuivant l'information de fes nouveaux Pi.
lotes, qu'il y.avoit dans la Rade jufqu’à dix-huit Frégates, qui fe faifoient voir
en plus ou moins grand nombre. Elles avoient pour Commandant Dom Fran.
cifco de Soto Major, Amiral de Daman & de Chaul, accompagné de l'Ami.
ral & des forces de Diu. Cette armée fit pendant quelque tems une garde
fort éxaéte à l'embouchure de la Rivière, pour empêcher qu'il ne vint aux
Anglois des lettres ou des provifions; & fous prétexte de viliter les Barques,
elle pilloit indifféremment tout ce que les Indiens y apportoient fans une per.
miffion par écrit de l’Amiral Soto.
CETTE inaétion, où les Anglois furent long-tems, fans pouvoir fe pro.
curer aucune forte de rafraîchiflemens, fit naître parmi eux des maiadies
dangereufes. Le fcorbut devint celle de tout le monde fur les trois Bords,
Enfin la Chaloupe d’un des Vaiffeaux de Surate leur apporta de la Ville des
informations fort obfcures , dans une lettre de Nicolas Bangham, que l’'Hec-
tor y avoit laïflé pour veiller à la confervation de quelques marchandifes
Angloifes. Quelaues jours après, ils reçurent par lui deux autres lettres; l’'u-
ne du Capitaine Hawkins qui étoit alors à Agra ; l’autre de William Kinch
à Lahor, [qui s'en retournoit en fon pays par cerre.] L’Amiral apprit park R
ces deux voyes qu’il n'y avoit pas beaucoup d'efpérance pour le commerce,
dans une Nation qui avoit peu de fidélité pour fes engagemens. Bangham
lui écrivoit encore que le Capitaine Sharpey , Jean Jordayne & quelques au-
tres Anglois étoient attendus de jour en jour à Surate, par la voye de Cam-
baye, qu’ils avoient prife pour revenir d'Agra. Cette nouvelle jetta beau-
coup de joye dans la Flotte.
LE 30, Dounton , par l’ordre de l’Amiral s’avança avec le Pepper-Com
& le Darling vers l'embouchure de la Rivière, Idans la vûe de chercher le
pañlage de la Barre;. mais la vigilance des Portugais à couper les Chaloupes
qui fondoient devant les deux Vaifleaux, & la multitude des bas-fonds, que
les Anglois ne connoiïfloient pas, firent manquer cette entreprife. Dounton
penfant retourner dans la Rade, fut jetté vers l'Oueft à quatre milles, par
le vent & la marée ; de forte qu’il ne put rejoindre l’Amiralque le 3 d'Oto-
bre. Le Confeil s’affembla pour délibérer fur les embarras d'une fi fàcheufe
fituation. On réfolut d'écrire à l’Amiral Portugais, pour lui demander du
moins la permiffion de prendre à bord les Anglois qui étoient à Surate, en
lui promettant de quitter aufli-tôt la Côte, Mais les Portugais rejettèrent
même cette prière, & répondirent qu’ils fe chargeoient de conduireces An-
glois à Goa, d’où ils auroient la liberté de retourner en Europe. [Cependant
Jordayne, croyant que le meilleur moyen de revoir fa Patrie étoit de pañer
en Portugal, travailla à gagner l'amitié de quelques Prêtres Catholiques, qui
“étoient à Angra & à Cambaye, & il en obtint des Lettres de recommanda-
tion pour le Vice-Roiï de Goa, Mais l’Amiral douta du fuccès du fon en-
treprife, perfuadé qu’un homme qui refteroit attaché à fa Religion & aux
intérêts de fon pays, n’avoit aucun traitement favorable à attendre de tel-
les gens.] Dans le tems qu'ils affeétoient tant de fierté, ie Capitaine Shar-
pey, qui étoit arrivé à Surate, s’étoit adreflé dans'cette Ville à quelques-
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l'appro- uns de leurs principaux Négocians, pour obtenir de l'Amiral Soto Major Dounrow.
quels ils un fauf-conduit jufqu'à la Flotte. Cette grace lui fut accordée, mais à con. 1671.
efféin de dition qu'il feroit tranfporté fur une Galiotte Portugaife. Sharpey auroit pû . Réponte que
Caux Pi- fe fier à cette propofñition, fi l'on n’y eut ajoûte l'offre de le mener à Goa, les Fortugals
EC voir en lui promettant d'un ton ironique qu'il y feroit regardé d’aufi bon œil tt
om Fran. ue les Turcs, les Mores & les Juifs. Il comprit à quoi il devoit s'attendre, dE
le l'Ami- s'il fe livroit à des ennemis qui ne cherchoient pas même à déguifer leur
ne garde mépris & leur haine.
vint aux L’Amiraz Anglois, dans l'impatience de procurer la liberté à fes Compa-
Barques, riotes, leur écrivit de fe mettre en chemin par terre, & de le venir joindre
une pér- à Dabul. Mais cette route étoit trop pénible, fans compter que les guerres
du Dekan la rendoient fort dangereufe, Le tems fe perdoit ainfi, avec autant
ir fe pro- d'incommodité que de chagrin pour les Anglois. L'eau & les vivres leur man-
[maiadies quoient, fans aucune efpérance d'en envoyer prendre ou de s’en faire appor-
is Bords. ter, Sharpey avoit acheté pour eux à Surate diverfes fortes de rafraïchiffe-
Ville des mens ; mais il n’foit en tifbuer le tranfport à la vûe des Portugais, qui ob-
que l'Hec- fervoient continuellement le paflage. L’ayant tenté néanmoins, il eut le cha-
rchandifés grin de voir enlever fa en ®% Soto Major, joignant l'infulte à l’injufti-
ttres; l'u- ce, fit dire aux Anglois qu'il les remercioit beaucoup de lui avoir procuré
am | inch | des provifions fi fraiches.
pprit park Sir Henri Middleton, fort inquiet de la fituation de fa Flotte, leva l'an- La Flotte
ommerce, cre le 11, pour chercher vers le Nord, au long de la Côte, quelqu'endroit Role
Bangham où non-feulement il pâût fe faire une retraite commode, mais d’où il pût com- cher de tt
elques au- mander affez la terre pour affürer le pañlage de fes Chaloupes jufqu'au riva- re.
e de Cam- ge. Il fut forcé par le vent de s'arrêter vers la fin du jour à la pointe du
tta beau- SANord, vis-à-vis la Barre. [Ce jour-là Æ/onfo Granfillio mourut. ] Le 12 au ma-
tin, il remit à la voile avec la marée, Comme le Courant étoit fort rapide,
per-Corn & qu’il ne connoifloit pas la Côte, il fit toûjours avancer devant lui le Bà-
Éetoher le timent qui prenoit le moins d'eau, avec ordre de tenir les ancres prêtes,
Chaloupes pour les jetter à la première apparence de bas-fond. Il s’apperçut bientôt
onds, que que la Flotte Portugaife avoit mis aufli à la voile, & qu'elle le füivoit avec
Dounton tous fes pavillons déployés , & faifant entendre quelquefois fon artillerie, comme
ailles, par {i elle s’étoit préparée à l'attaque. On découvrit Soto Major qui alloit de Vaif-
> 3 d'Oéto-
G fàcheufe
mander du
Surate, en
rejettérent
rire ces An-
à :
Cependant
it de pañer
oliques, qui
commanda-
du fon €n-
ion & aux
dre de tel-
taine Shar-
quelques-
uns
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. 1. 273
feau en Vaifleau dans une petite Frégate, pour encourager fes gens. Enfin,
la Chaloupe du Darling étant à fonder vers la terre à quelque diftance de fon
Bâtiment, deux l’régates Portugaifes des plus légères , entreprirent de lui cou-
per le pañlage dans faretraite. Le Capitaine du Darling , qui vit fa Chaloupe &
fes gens en danger, ne balança point à faire feu. Une des Frégates fe retira
‘heureufement ; mais la feconde, ayant effuyé quelques coups qui la mirenten
défordre, fe fit échouer fur le rivage, & fes gens ne réfiftant point à leur
frayeur fautérent à terre pour fe fauver par la fuite. L’Armada parut faire quel-
que mouvement, dans le deffein de s'approcher à leur fecours. Cependant
comme fes forces ne confiftoient point en artillerie, elle n'ôfa s’expofer à
celle des Anglois, & la l'régate demeura ainfi entre leurs mains. Ils y trouvè-
rent une petite quantité d'indigo, de canelle, de coton, de mirabolans,
dépouilles d’une Barque Baniane dont les Portugais s’étoient faifis nouvelle-
ment. Cetavantage en procura un autre aux Anglois, par l’occafon qu'ils en
prirent de s’avancer jyfqu’à l'embouchure de la Rivière de Surate, & fi près
IL. Part. Mn de
Petit combat
où les Anglois
fe faififfent
d'uncFrégate,
DounTon.
1611.
Bravade de
quelques Por-
tugais,
Entreprifc
des Anglois
pour fe procu-
rer des vivres.
o# VOYAGES DES ANGLOIS AUX
de la terre qu'ils jettèrent l'ancre fur cinq braffes, à la portée du moufquer.
m) Læ 13 au matin, s'étant encore avancés plus près du rivage , fur fix
brafles de fond, ils apperçurent à terre plufieurs perfonnes vers lefquelles ils
ne firent pas difficulté d'envoyer une Chaloupe avec le pavillon de paix, Jef-
fe & Bragge, qui furent chargés de cette députation , reconnurent en s'ap-
rochant que c'étoient des Portugais, & s'en crurent encore plus certains
orfqu’ils leur virent tirer l'épée avec des fignes fort menaçans. Ces bravades
furent fi mal foûtenues, qu'à l’arrivée des Anglois, qui n’en parurent point
effrayés,, leurs ennemis prirent le parti de fe retirer. L’Incréafe étant refté
à quelque diftance, dans la Rade, Sir Henri lui envoya fes ordres par le Dar-
ling, qui revint prefqu'aufli-tôt avec une Barque Indienne qu'il avoit rencon-
trés, & fur laquelle dix-fept Indiens, qui avaient été envoyés fucceflivement
à Surateavec des lettres pour le Capitaine mit avoient eu la hardieffe
de rifquer le pañfage à la vûe des Portugais. Sir Henri les récompenfa noble-
ment, & leur promit, à fon retour, d’autres marques de fa reconnoiffance.
[ Cinq furent renvoyez le même foir avec des Lettres ; ils promirent de s’ac-kf
quiter foigneufement de leur commiflion; fans cependant avoir intention de
tenir parole.
Le 16, l’Amiral envoya reconnoître deux Frégates, qu'on découvrit du
côté du Nord. Mais le vent n'ayant pas favorifé les Anglois, ils furent obli-
gs d'abandonner leur deffein, & de s'arrêter à la pointe méridionale de
oually. Ils y-voulurent pêcher , mais l’eau s'étant trouvée trop profonde,
l'Amiral prit x parti de s’avancer dans la rivière avec fa Galiote. Au mé-
me inftant, un vent qui venoit du côté de la Mer s'étant levé, on vitentrer
les deux Frégates, fuivies de deux autres, qui ne faifoient que d'arriver de
la barre de Surate. Il y avoit à bord de l'une, le Capitaine de celle qui
avoit été prife le jour auparavant , qui, après s'être fauvé avec peine àtravers la
boue , s’étoit courageufement offért à courir le même danger pour venir
reprendre fon Bâtiment , comme on le fçut enfüuite. Elles avoient le vent fa-
vorable au lieu qu'il étoit contraire aux Anglois, qui avoient outre cela à
craindre les bas fonds :. Cependant s'étant préparés au combat, dans l’efpé-
rance que l’Incréafe qui n’étoit pas éloigné, pourroit les fecourir, ils virent
les Portugais qui s’approchoïent, & qui firent même quelques décharges fur
eux: Mais bientôt ils perdirent courage, & prirent la fuite: les Anglois leur
donnèrent la chafle, mais fans pouvoir les atteindre. ]
LE 20 au matin, il envoya au rivage, dans la Pinafle, Thomas Glenam,
pour engager les Payfans du Canton à lui apporter des vivres. Glenam avoit
ordre de faire tirer trois coups de moufquet, pour avertir la Flotte du fuccès
de fa négociation. En abordant, il fit monter un defes gens fur la hauteur,
dans la vûe d’affûrer fa marche par de fages obfervations. Elles étoient fi né-
ceffaives , que dès la première vûe, l’efpiondécouvritune troupedePortugais,
qui fortirent tumultueufement de leur embufcade. Il eut befoin d'employer
toute fa légèreté pour regagner la Pinafle, qui s’éloignant aufli-tôt, jetta l’an-
cre à quelque diftance du rivage. Les Portugais n’accoururent pas moins juf-
qu'au bord de l'eau, d’où.ils firent leur décharge für la Pinafle ; mais elle fut
moius-
Cm), Ici commence la 8e, Seétion dans l'Ouiginial. K. d. E.
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INDES ORIENTALES, Liv. IV. Crar. I. 275
moins heureufe que celle des Anglois, qui leur blefférent quelques hommes. Dounrow.
Les Ennemis s'étant retirés, on apperçut de la Pinaffe un homme à cheval, 6x1.
qu'on prit pour un Indien. On lui fit queiques fignes, qui le firent avancer Ils fontinter-
jufqu'au rivages & Glenam perfuadé que c'étoit l'occafon qu'il cherchoit pour pneu
fe procurer des vivres, fit tirer les trois coups dont il étoit convenu avec l'Ami- 6
ral. La Frégate dont les Anglois s’étoient faifis, & dy avoient rendue pro-
pre à leurs ufages, fut envoyée aufli-tôt pour feconder la Pinaffe. Mais le Ca-
valier Indien fe retira dans cet intervalle , fans qu'on pût juger du motif qui
l'avoit amené. Seulement, vers le foir, il fe préfenta quelques pauvres Ha-
bitans du Canton, avec certains fruits que l’Amiral fic acheter. Tandis que
les Anglois rentroient dans la Frégate, il leur vint trois Déferteurs de l’Ar-
mée Portugaife ; l'un né à Lisbonne, mais Hollandois d’origine ; les deux au-
tres, Portugais & mécontens de leurs Chefs.
L'A MiRAL s'étant approché de la terre le jour fuivant, y reçut, par le Avis qu'ils
miniftère d'un Indien, une lettre du Capitaine Sharpey, qui lui donnoit avis nos
que le 22 il étoit réfolu de faire tranfporter toutes les marchandifes Angloifes Sharpey.
au rivage, fous une efcorte de cent Cavaliers bien armés. [Il le prioit de fe-
conder fon entreprife par l’adreffe ou la force, car il ne doutoit pas qu’é-
tant obfervé par les Portugais, il ne dût trouver quelqu'obftacle du côté de
la terre ou de la mer.] Un jeune Malabare, qui avoit été cinq ou fix ans
leur efclave, vint fe rendre aux Anglois dans le même lieu, & leur demander
la liberté ou des Maîtres plus humains.
LE 22, à la pointe du jour, Sir Henri fe rapprocha du rivage avec la Fré-
gate & la Pinalle, pour attendre Sharpey & les marchandifes. Il débarqua
trente hommes, armés de fabres & de moufquets, dont l’un fut placé d’abord
au fommet de la hauteur pour nt pas interrompre un moment fes obfervations,
tandis que tous les autres fe poftérent avantageufement ‘ur le rivage. L'Efpion
découvrit bientôt deux Banians, qui venoient du côté du Nord. Ils apportoient
à vendre du tabac & d’autres bagatelles. Etant conduits à l’Amiral, ils lui ap-
prirent que la nuit précédente cinq Anglois s'étoient rendus de Surate dans
un Village à quatre milles de la mer, & que vrai-femblablement ils arrive-
roicnt dans le cours de l’après-midi. Pendant que l’ Amiral recevoit ces infor- Nouvetle at.
mations, fept Compagnies Portugaifes fe firent voir entre deux Collines, en- taque des Por-
ges für feignes déployées. A cette vûe les Anglois fe difpofèrent au combat. Mais tugais.
ois leur ‘l'inégalité du nombre porta Sir Henri à les faire rentrer dans leurs Bâtimens ;
& les Portugais, qui s'étoient d’abord arrêtés, ne balancèrent point alors à
slenam, s'approcher du rivage. Il avoient avec eux cinq ou fix petites piéces de cam
avoit pagne, dont ils firent quelques décharges inutiles. Les Anglois à qui il étoit
fucces plus facile d’ajufter leurs coups, firent plus de ravage dans leurs rangs, &
auteur les forcèrent enfin de fe mettre à couvert: l'inquiétude de l’Amiral n'en fut
tfiné pas moindre pour le convoiqu'il attendoit. Après avoir pañfé plufieurs heures
rtugais dans l’impatience, il jugea que l'arrivée des Portugais avoit fait abandon-
ployer ner fon deffein au Capitaine Sharpey ; & retournant à bord du Pepper-Corn,
tta l'an- il penfoit à remettre le foir à la voile pour rejoindre l’Incréafe: mais lorf-
pins juf- qu'on fe difpofoit à lever l'ancre, on découvrit quelques hommes, qui ve-
elle fut noient du côté du Nord. L’Amiral fe rapprocha aufli-tôt de la terre, où
OS fans voir paroître les Portugais , il eut la fatisfaétion de recevoir trois An-
glois qui lui annoncèrent, pour le lendemain, l’arrivée de Sharpey & de fon
Mn 2 convoi.
DounTON.
1611.
Sharpey a-
mene heurcu-
fement les
marchandifes
à bord,
Le Gouver-
neur de Sura-
te accorde
une conféren-
. ce aux An-
glois,
Les Anglois
feignent de
partir, pour
tromper les
Portugais.
Reproches
qu'ils font à
Jeur Comman-
dant.
276 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
convoi. En effet on apperçut, le jeudi, cent Cavaliers armés d'arcs &
d'épées, qui conduifoient les marchandifes au centre de leur Troupe ; &
Sharpey, qui faifoit l’arrière-garde avec quelques autres Anglois. Le con-
voi fut tranfporté à bord fans aucune oppofition.
Avec les marchandifes & quelques provifions , Sharpey spores à Sir
Henri l’heureufe nouvelle d'un changement fort imprévu dans les difpofitions
du Gouverneur de Surate. Khoja Nalan, qui occupoit cet emploi, avoit pro-
mis de fe rendre lui-même au rivage pour conférer avec l’Amiral Anglois fur
les intérêts du commerce. Cette faveur n'étant remife qu'au lendemain, on
fit des préparatifs pour la recevoir avec éclat. L'Amiral fe mit dans la Frégate,
avec fes principaux Officiers, & s’approcha de la terre au bruit des inftru-
mens. Khoja Naflan, qui s'y étoit déja rendu, l’envoya prendre à la defcente
du Vaiffeau , par quatre de fes gens, qui le tranfportèrent fur leurs épaules dans
un Palanquin. Un fuperbe tapis, que les Indiens avoient étendu dans un lieu
commode, fervit de fiège pour la conférence. Après quelques difcours, fur les
motifs qui avoient amené l’Amiral à Surate, & fur le chagrin que les Habitans
reffentoient, de fe voir tirannifés dans leur propre Ville par les forces fupé-
rieures des Portugais, Khoja Naffan confeilla aux Anglois de fe rendre à Gogo,
Port de la partie Occidentale du Golphe, & plus voifin de Cambaye, en leur
offrant des Pilotes pour les conduire. 11 leur reftoit à fe faire expliquer les mo-
tifs de ce confeil, lorfqu'une pluye violente, qui furvint tout-d'un-coup, mit
Khoja Naffan dans la néceffité de fe retirer. La conférence fut remife au jour
fuivant.
LE 26, Khoja Naflän envoya au Général Anglois, dans une de fes Cha-
loupes, un préfent de quelques provifions, & deux Pilotes pour le conduire à
Gogo On fe rejoignit fur le rivage, pour recommencer la conférence. Les
Pilotes mêmes ayant repréfenté, que Gogo-n'étoit pasun Port auffi commode
pour les Anglois que Naffan lavoit prétendu, on convint qu’ils mettroient
en mer pendant cinq ou fix jours, en feignant de quitter tout-à-fait la Côte,
dans l’efpérance , que-les Portugais la quitteroient aufñfi après leur départ; &
Naffan promit de les faire avertir: Suivant cette réfolution, l’'Amiralfitle-
ver l'ancre pour rejoindre l’Incréafe, & partit dès le lendemain dans ce Bà-
timent: Mais s'étant arrêté au-deflus de la Rade, pour attendre le refte de
fa Flotte, il écrivit dans cet intervalle à Dom Francifco de Soto Major.
En faifant comprendre aux Portugais qu’il étoit prêt à s'éloigner, il rappel-
loit dans fa lettre tous les fujets de plaintes qu’il avoit reçûs d’eux , tels que
de s’être oppofés à fon-débarquement , d'avoir empêché les Anglois qui é-
toient à Surate de fe rendre fur fa Flotte, d’avoir intercepté fes lettres &
faifi fes provitions. Il leur reprochoïit particulièrement d’avoir coupé le paf
fage à fes Chaloupes & de les avoir forcées d'employer la violence pour s’é-
chapper de leurs mains. . Il ajoûtoit qu'ayant terminé toutes fes affaires, il
étoit difpofé à leur reftituer leur Frégate, s'ils vouloient envoyer quelqu'un à
qui les Anglois puffent.la remettre. |
APRrÈs avoir attendu inutilement leur r£pc-fe, il mit à la voile le 29;
_ mais il fut furpris de fe voir fuivi, à quelque diftance, par l'Armée Portugai-
fe; ce qui ne l’empêcha point d'arrêter une Barque chargé: de cocos pour
Cambaye. Il en acheta foixante-dix mille, qu’il diftribua entre fes gens. Le
81, appercevant que les Portugais ne cefloient pas de le fuivre, ilprit laré-
folution
folution «
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Portugais
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vis d'eux,
taine Dour
midi, pou
marécaget
nécefité le
cafion qu’i
pour le for
gner pour
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Capitaine
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& qu'ils y
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le 29;
ortugal-
S pour
ens. Le
rit laré-
{olution
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar. I.
our achever fes affaires, En effet, [le r de Novembre 1 il reprit brufque-
ment vers le Nord; & gagnant la Rade de Soually il defcendit aufli-tôt au
rivage; mais fans pouvoir s'y procurer aucunes nouvelles de Surate. Les
Portugais, qui s’étoient rapprochés en même-tems de la Rivière , firent en-
tendre la même nuit un grand bruit d'artillerie, & publièrent parmi les In-
diens que c'étoit pour fe ss de l'approche d'une nouvelle Flotte qui ve-
noit à leur fecours. Ils fe flattoient d'infpirer de la frayeur aux Anglois,
dont ils avoient jufqu'alors éprouvé la réfolution, & qui étoient mieux dis-
pofés que jamais à les recevoir. |
Les, Sir Henri ayant envoyé Pemberton, Capitaine du Darling, avec
fon Vaifleau & la Frégate pour chercher une autre Rade vers le Nord, eut
la fatisfaétion d'apprendre à fon retour qu'il en avoit trouvé une, avec une
Barre, fur laque!le non-feulement les petits Vaiffeaux ,imais l’Incréafe même,
en le foulageant un peu, pouvoient pafler fürement dans la haute marée, &
jeter l'ancre à dix toifes du rivage. Toute la Flotte partit le 6 pour gagner
cette nouvelle Rade, & pafla heureufement la Barre avec la marée. Elle fut
immédiatement fuivie par douze Frégates Portugaifes, qui mouillèrent vis-à-
vis d'eux, mais hors de la portée du canon. Sir Henri, accompagné du Capi-
taine Dounton & de quarante Fufiliers , defcendit à terre dans le cours de l'après-
midi, pour chercher de l'eau fraîche. Il fut obligé de parcourir un terrain
marécageux, dans lequel il découvrit enfin une forte d’eau mélée, dont la
néceflité le força de fe contenter. Mais ce défagrément futcompenté par l'oc-
cafñon qu'il trouva d'acheter cinq ou fix chèvres, une brebis & quelques fruits
pour le foulagement de fes malades. Comme il étoit réfolu de ne rien épar-
gner pour les rétablir, & que fa Pinaffe demandoit d’ailleurs des réparations
qui ne pouvoient fe faire que fur le rivage, , il y fit élever une tente, où le
Capitaine Dounton s'établit avec une garde nombreufe, pour fe précautionner
contre les Portugais. Il y reçut de Surate des rafraîchiffemens que l'Amiral y
fit acheter par Bangham. Les Payfans du Canton s’empreffèrent auffi de lui
apporter tout ce qu'ils pouvoicnt retrancher à leurs propres befoins. es
jours après, on reçut avis, par la Flotte, qu'il étoit arrivé dans la Rivière
deux Galères & huit Frégates. Cette nouvelle fit changer de réfolution à l’A-
miral, qui fe crut obligé, pour fa füreté, de réunir toutes fes forces. 11 fit
rentrer tous fes gens à bord, & les réparations de la Pinafle furent différées.
On repañfa.auffi-tôt la Barre, pour retourner dans la Rade de Soually, où la
réfolution de l’Amiral étoit de reconnoître ls intentions de.la nouvelle Flot-
te Portugaife. Il y entra le premier ; & dès le lendemain, il vit arriver de Su-
rate Khoja Naffan, au-devant duquel il s'empreffa de defcendre fur le rivage.
Cette entrevûe fut remplie d’affeétion & de civilité Le Gouverneur Indien
lui promit qu'aufli-tôt que fes autres Vaifleaux feroient entrés dans la Rade,
les Négotians de la Ville apporteroient des marchandifes für le bord de la Mer,
& qu'ils y établiroient un Marché où les Anglois pourroient fe fournir de tou-
tes fortes de commodités. Il apprit auffi à l’Amiral que les Frégates qui étoient
arrivées dans la Rivière, étoient un Kaffilath, c'eft-a-dire , une Flotte de Mar-
chands Portugais, qui faifoit voile à Cambaye. Pour confirmation de fes pro-
mefles , le Gouverneur emmena Bangham avec lui jufqu’à Surate.
Trois jours après, on vit naître en effet fur le rivage , un Marché de toutes
Mm 3 lès
277
6
folution de ne jo oufler plus loin fa courfe , & de retourner , en dépit d'eux,
€
Dounxro x.
1611,
Is revien-
nent àSoually,
Autre Rade
qu'ils décou-
vrent,
Arrivée d'une
nouvelle flot.
te Portugaile.
Elle n’eft
compoféc que
de Mar-
chands,
DounTon.
16117,
Marché ou
l'oire des In-
diens fur le
rivage,
Les Portugais
viennent l'in.
terroinpre,.
Le Gouver-
neur de Cam-
baye rend vi-
fite à l’Amiral
plots
Anylois,
078 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
les provifions qui font propres au Pays; [ confiftant en farine, pain, bœufs, js
.Chèvres, moutons, poules, beure, fromage, fucre, fucre-candi, limons, noix
de cocos, melons d'eau, concombres, lait, pois, gindus, petit fruit qui a
un nojau rond , cannes de füucre, tabac, poiflons fecs, & vin de Palmier
nommé par lesHabitans T'addy.] Les Anglois defcendirent librement, pour fatis:
faire leurs befoins ou leurs goûts à des prix fort raifonnables. Mais la
tranquillité de ce commerce fut interrompue par un Efpion qu'ils avoient
placé fur une hauteur, & qui ayant découvert environ cinq cens Portugais :
vint répandre l'allarme dans le Marché. On ne penfa plus qu'à regagner les
Chaloupes, pendant que l'Ennemi défefpéré d'avoir été reconnu , s'avançoit
tumultueufement pour couper la retraite à ceux qu'il voyoit fuir. Cependant,
comme la plûpart étoient bien armés, ils ne rentrérent point dans leurs
Chaloupes fans avoir fait une décharge, qui devint funefte à plufeurs Por.
tugais. Quelques-uns furent bleffés; & ne penfèrent qu'à fe retirer. Les
autres fe trouvant arrêtés par une ravine, qui leur fit craindre d'effuyer une
feconde grêle de moufquetterie, fe hatèrent aufli de retourner fur leurs pas,
Dans une retraite fi précipitée , ils laiffèrent derrière eux Antonio de Souza,
Gentilhomme de Chaul, qui étoit tombé d'un coup mortel à la tête: les An.
glois, plus pitoyables que fes Compatriotes, ne virent pr; plutôt le champ li.
bre, qu'ils allèrent le relever; & l'ayant tranfhorté à bord, tous leurs fe.
cours ne l’'empêchèrent point de mourir avant la nuit. Ils l’enterrèrent hono-
rablement fur le rivage. On apprit enfüuite du Mockadan, ou du Gouverneur
de Soually, que les Portugais avoient eu neuf de leurs gens tués ou bleffés
dans cette occafion.
(n) Les Indiens prenoient fi peu de part à toutes ces violences, quele 4
après-midi, Mokrib Kham, Gouverneur de Cambaye, vint au rivage avec
cent chevaux, & de l’Infanterie en plus grand nombre, cinq éléphans, plu-
fieurs chameaux & des chariots pour le tranfport de fes provifions. 1l avoit
auf plufieurs léopards dreflés à la chaffe, pour faire montre de fa grandeur.
On vit aufli-tôt élever une Ville de tentes. Sir Henri, qui defcendit à terre
pour faire honneur à Mokrib, y fut reçu avec une décharge de la moufque-
terie Indienne, tandis que l'artillerie de fes Vaifleaux faifoit retentir aufli le
rivage. Enfüuite l’Amiral préfenta au Gouverneur de Cambaye, la Lettre & les
préfens du Roi d'Angleterre , qui furent acceptés avec de grandes apparences
d'amitié. Il le preffa de lui faire l'honneur de monter fur fon Vaifleau. Mo:
krib y confentit fans aucune marque de défiance ; & laiffant fur le bord de la
Mer Khoja Naffan, Khoja Arf Aly, & les autres Seigneurs de fon corté-
ge, il fe rendit hardiment fur l'Incréafe avec fix (0) hommes choifis. Les
Anglois s’efforcèrent de le bien traiter. Il y pañla la nuit & la moitié du jour
fuivant , occupé à confidérer les bijoux & les bagatelles qui pouvoient plai-
re au Roi fon maître, mais écartant les propolitions férieufes de commerce,
ou les remettant à d’autres occafions. Après avoir fatisfait fa curiofité fur
le Vaifleau de l’Amiral, il fouhaita aufli de vifiter les autres, fur lefquelsil
continua de jouër le inême rôle. Cependant il y acheta toutes les caifles de
lames d'épées, & fon ardeur fut fi grande pour s’en affürer la paies
qu
_(n) La 9e. Seëtion commence ici dansl'O- (o) Ængl. feize. R. d. E
riginal. KR. dE.
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; freifion 9
p° qu'i
INDES ORIENTALES, Lav. IV, Cuar. L 279
qu'il les fit cranfporter fur le champ au rivage. à mr jours après, ayant
mis à part celles qui lui parurent moins belles, il les renvoya d'un air dédai-
gneux, fuivant l'ufage dé çes Nations, où l'on ne fait pas difficulté de rom-
pre un marché après l'avoir conclu. L'Amiral lui renouvella fes propofitions
de commerce, qu’il remit encore à d’autres tems, fous divers prétextes. En-
fin, dans l'incertitude de ce qu'on devoit s'en promettre, le Confeil s'affem-
bla fur l'Incréafe, & l'on prit la réfolution de s'expliquer avec autant de for-
ce que de netteté. Le 26, l'Amiral retourna au rivage dans cette vûe; mais
il y apprit que Mokrib étoit parti; & que, pour garder quelque ménagement
avec les Anglois, il avoit déclaré qu'il alloit travailler à les mettre en bon-
ne intelligence avec les Poicugais. Sir Henri jugea fort bien que c'étoit une
comédie, & qu'après avoir tiré des préfens de la Flotte Angloife, il alloic
employer les mêmes artifices fur la l'lotte Portugaife. Cependant, comme
Naffan étoit demeuré au rivage, & qu'il témoignoit quelque envie d'achetei
les marchandifes, on y mit le prix. Le refte du jour fut employé à cet ar-
rangement, & le commencement du commerce fut remis au lendemain.
Le 27 au matin, Mokrib envoya au Général Anglois un de fes princi-
paux Officiers & fon Faéteur, avec une Lettre, pour le prier de lui accorder
quelques bijoux (p) qu'il avoit vus à bord & qu'il regretoit de n'avoir pas
emportés. Îl demandoit aulli que les Serruriers de la Flotte fiffent pour lui,
le modèle d'une chaîne de pompe. [Sir Henri refufa honnêtement la premiè-
re de ces deux demandes (9), & fe rendit volontiers à la feconde.] Îl fe paf-
fa plufieurs jours, pendant lefquels Sharpey & Jordayne conférèrent fouvent
avec les Faéteurs Indiens fur le prix des marchandifzs. Mokrib & Nafan fi-
rent plufeurs fois le voyage de Surate, allant & revenant avec diverfes
KPmarques de mécontentement ou d'incertitude. [Le 28, Naffan laiffa fon Gen-
dre, Khoja Yellardin, pour avoir foin des affaires en fon abfence; mais des
le lendemain celui-ci partit. Un charpentier Anglois s'étant rendu ce jour-
là à Surate pour y acheter des planches, qu'on lui avoit promifes, ne put
rien obtenir de ce qu'il étoit allé chercher, & fe trouva même dans la crain-
tedene pas obtenir la permiflion de s’en retourner à bordle même jour. Jour-
dayne, l'raine, & quelques autres perfonnes allérent à terre pour éxaminer
les marchandifes, que Naffan leur offroit en troc: ils trouvèrent qu'il faifoit
monter fes prix exceflivement haut.
Le 1 de Décembre, les Indiens voyant que Sir Henri ne vouloit pas accep-
ter leurs propofitions, firent tran{porter à Surate les marchandifes qu'ils a-
voient au Village de Damka, à trois milles de diftance; &ils défendirent de
vendre aucune provifion aux Anglois.
Le 6, on avertit Sir Hlenri que Mokrib & Naffan ne tarderoient pas àre-
venir.] Enfin, le 8 de Décembre, ils arrivèrent tous deux au rivage, fuivis
d'un grand nombre de chariots, qui déchargèrent d’abord quarante ou cin-
quante bales de calicots. Ils en étalèrent enfuite jufqu’à cent vingt. Les
Marchands Indiens marquérent beaucoup d'empreflement pour le PAERTBARRSE
e
) Ces bijoux, fuivant l'Original, fe re- (q) Suivant l'Original, il ne la refufa point,
car il yelt dit que le 28, Naffan revint à Sura-
te en apportant avec lui, la vefte & le chien
qu'on avoit demandé, R d, E.
(
duifoient à une vefte parfumée & à un éfpa-
gneul, qu'on avoit déja refufé à Mokrib le jour
d'auparavant, R. d. E,
Dounron.
1611.
Les mauvais
procédés fuc
Cédent à fn po-
litefe,
Incertitudes
de part &
d'autre pour
le commerce,
DounTroxw,
1611.
Les Indiens
font plufieurs
infultes aux
Anglols,
1 Amiral at-
rête à bord Île
Gouverneur
de Surate.
Le commerce
eit interrom-
pu par les
Portugais.
289
VOAYGES DES ANGLOIS AUX
le vermillon des Anglois; & Mokrib Kam, pour leur velours, Mais ne
vant obtenir que ces marchandifes fuffent vendues féparément, ils confenti.
rent à prendre en même-tems du plomb, Leur injuflice fut celle, qu'ils s'ob.
ftinérent à vouloir gagner cinquante pour cent fur les biens qu'ils mettoienc
en vente à leur porte, tandis qu'ils n'accordoient aux Anglois qu'un prof
médiocre
tin, Sir}
Le ceux qu'ils avoient apportés de fi loin. Cependant le 9 au ma-
mri revint à verre, & s'étant fait confirmer par les Indiens qu'ils
s'en tiendroient du moins aux prix convenus , il commença férieufement à fai.
re décharger fon plomb, Mais, vers midi, Mokrib Kai reçut des Lettres du
Grand Mogol, qui le jettèrent dans une profonde confternation, À peine
lui échappa-t'il une parole; & partant prefqu'aufli-tôt, illaiffa Khoja Nain
& les Faêteurs pour achever le commerce, L'Amiral, à qui cet incident fic
naitre de
ficheux foupçons, ne retourna fur fon bord que pour fe donner plus
de liberté à faire demander encore à Koja Naflan s'il étoit fidéle à fes enga:
gemens,
La réponfe fut fi nette & fi politive que les Anglois ne pouvant
lus conferver de défiance s'empreflèrent de décharger leurs marchandifes,
Ce même jour Villiam Fobnfon de l'équipage du Darling, Jean Coverdale Trom-K
pette, & Jean Pattifon défertèrent, & le dernier prit la route de Surate & les
deux autres fe rendirent à l'Armade Portugaife,
Lx nouveau Gouverneur de Surate fe rendit le lendemain fur la Flotte
«vec Khc
ja Arfan Aly, pour fatisfaire leur curiofité, ‘Tandis qu'ils évoient
à bord de l'Incréafe, l'Amiral fut averti par un Exprès dépéché du rivage,
que Khoja Naffan, après avoir reçu le velours & quelques autres marchan-
difes qu'il avoit defirées, avoit commencé à faire de nouvelles chicanes aux
Anglois; qu'il avoit entrepris de les tromper fur les poids ; & que pour ré.
ponfe à leurs plaintes, il les avoit menacés de faire remporter fes marchan-
difes à la
Ville, Cette conduite caufa tant d'indignation à l'Amiral, que n'é-
coutant plus que fon reffentinent , il arrêta fur le champ le Gouverneur de
Surate & Khoja Arfan Aly.
Cependant il continua de les traiter fi civile-
ment, que le Gouverneur entrant dans fes intérêts, lui confeilla d'envoyer de
fa part au rivage, pour y porter à Naflan l'ordre de le venir joindre fur la
Flotte Angloife, Naffan n'ôfa défobéir. Mais à peine fut-il arrivé , que le Gou-
verneur s'adreffant à l'Amiral, lui dit qu’il pouvoit garder pour caution ce-
lui qu'il accufoit d’injuftice, & ne lui rendre la liberté qu'après l’éxécution
des articles.
Ainfi Naffan fut humilié jufqu'à demeurer captif fur l'Incréale,
du confentement même de fon Gouverneur , à quiles Anglois permirent auf-
fi-tôt de
retourner au rivage. On continua la vente des marchandifes avec
plus de tranquillité & de fuccès. Cependant , pour ne refufer aucune fa:
tisfaétion aux Indiens , l'Amiral leur donna de fon côté deux Otages, qui
furent Jean Williams & Henri Boothby.
[Les Portugais ne purent ignorer long-tems que le commerce s'éxerçoit en-
fin avec
gloife.
beaucoup de franchife entre les Négociansde Surate & la Flotte An-
N'ayant pu l'empêcher, ils réfolurent de l’interrompre.] L'Amiral,
qui ne quittoit plus fon bord, reçut avis qu'on découvroit du côté du Sud,
cinq Compagniés Portugaifes , qui s’'approchoient avec leurs enfeignes dé-
ployées.
pour fe
aufli-tôt
Il ne put douter que leur deflein ne fût de s'approcher de la Mer,
faifir de fes marchandifes & brûler les Chaloupes. Il fit tranfporter
fur le rivage, dans la Frégate & la Pinañle, deux cens hommes ar-
mes
més de n
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Anglois,
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més
Œchât' d'avoir attiré la tempête fur fon commerce,
INDES ORIENTALES, Lav. IV Cr, I. 28
més de moufquets & de piques, avec ordre de ménager fi peu les Ennemis,
ue cette avanture devine pour eux une leçon, Mais à la vüe de tant de mon-
%, qui étoit difpofé à les recevoir, ils prirent le parti de fe retirer. Les
Anglois, ayant marché quelque tems à leur pourfüuite , rencontrèrent près
de Soually plufieurs Négocians de Surate, qui venoient à la Mer avec vingt
nouvelles bales de marchandifes,
[Le 19, Pierre Rofemary, qui étoit Portugais de Nation, & un Pilote de
l'Incréafe défertérene & paflèrent du côté des Portugais. Le 27 Naflan re-
vint de Surate pour voir de nouveau s'il y auroit moyen de faire quelque
commerce avec les Anglois ; mais il s'en retourna fans avoir pu convenir
des prix: Ce même jour] Sir Henri reçut, par un Juif, une Lettre de Peter
Forts, Capitaine Hollandois au fervice de la Compagnie d'Angleterre, Elle
droit dattée de Mafülipatan, où la Compagnie avoit un Comptoir; & Floris
donnoit avis à l'Amiral qu'il étoit parti trois Vaifleaux d'Angleterre, dont
‘un étoit deftiné pour la Mer Rouge, Cecte nouvelle lui caufa d'autant plus
de chagrin, qu'après les différends qu'il avoit eus avec les Turcs, efpérant
eu de faveur de la Nation pour tout ce qui paroîcroit dans cette Mer avec
f nom Anglois , il craignoit que la Compagnie d'Angleterre ne lui repro-
[Cependant , comme il
ne doutoit point que le Capitaine ne relächüt dans l'Ifle de Sokotora, il le
crut afez averti du péril, par la Lettre qu'il avoit laiflée entre les mains
du Roi.
vorque le commerce eût été pouflé avec aflez d'avantage fur le bord
de la Mer,] Jordayne fut envoyé le 30, à Surate, pour engager les Indiens
à mettre en vente une plus grande quantité de leurs étoffes, & pour leur
faire prendre d'autres marchandifes de la Flotte, [Il avoit l'efprit infinuants
& le long féjour qu'il avoit fait dans les Indes , depuis le naufrage de l'Af-
cenfion, lui ayant donné l'occafion d'apprendre la langue du pays, ilfe lia
fort étroitement avec un Marchand d'Efclaves, qui s'écoit fort enrichi par
ce commerce. Dounton, Auteur de cette Relation, & depuis long-tems
ami de Jordayne, regréte qu'il n'eût point employé le talent qu'il avoit de
plaire, à fe mettre aufli-bien dans l'efprit de quelques Négocians , dont l’a-
mitié pt être plus utile aux Anglois. Il raconte, fur le En. 4 de fon
ami, que le Marchand d'Efclaves porta la confiance & l'affection jufqu'à
vouloir l’affocier à fon commerce, & qu'il lui en découvrit tous les refforts.
Il avoit à Surate une fort grande maifon, qui reffembloit par la diftribution
des RER aux Couvents de l'Eglife Romaine, dans laquelle il entrete-
noit plus de cent jeunes filles, qu'il achetoit en fortant du berceau, & qu'il
faifoit élever fuivant le jugement qu'il portoit de leur beauté, à mefure
qu'elles avançoient en âge. Les Efclaves de l’autre féxe étoient en beaucoup
plus grand nombre, mais logés & nourris comme il convenoit à leur miféra-
ble fort; au lieu qu'il ne manquoit rien aux filles pour les commodités de la
vie & pour l’inftruétion. Le Marchand fournifloit non-feulement les prin-
cipaux Sérails d'Agra & des plus grandes Villes de l’Indoftan ; mais quan-
tité de Turcs qui venoient prendre tous les ans, dans fon féminaire , de
quoi fournir eux-mémes les Sérails du Caire & de Conftantinople. Il fit
voir à Jordayne des beautés de divers prix, depuis cent piéces de huit juf-
qu'à douze & quinze mille. Mais; ce qui doit paroître aflez étrange , il en ti-
IL. Part. . Nn | roit
Dounro#,
16114,
Îla fe retirent
en délordre,
Lettre de Pe:
ter F'lorls,
Jordayne fe
lie avec un
Marchand
d'Éiclaves,
Détail de ce
comimncrcece,
Douwrow.
1611,
Hawkins eft
tenté de paf:
fer à Goa.
1612.
Les Anglois
fe flattent en
vain d'obtenir
un Comptoir
à Surate,
Kañfilath de
500 voiles,
Déferteurs
Anglois, dé-
bauchés par
Pierre Rofe-
mary,
282 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
roit des Marchands Turcs pour les divers pays de l'Inde, comme il vend,
celles de l'Inde pour la Turquie.] Cu,
L'Amtnaz reçut le même jour une Lettre du Capitaine Hawkins , qui
étoit retourné à Cambaye, & qui lui marquoit qu'après avoir fait des ré.
fléxions férieufes fur les offres des Portugais, il écoic réfolu de fe rendre à
Goa avec toute fa famille, pour retourner de-là en Angleterre, De quelque
fource que plc venir ce deffein, Sir Henri fe cruc obligé de lui repréfenter
avec force , qu'une entreprife fi téméraire l'expofoit à perdre fes biens & fa
vie, En lui faifant cette réponfe par le méme Meflager , il l'exhortoit à
prendre l'occafon de fa Flotte, pour retourner dans fa Patrie avec plus de
douceur & de füreté, Ce ne ft néanmoins qu'après des inftances redou-
blées, qu'Hawkins prit cette réfolution. Il arriva le 26 de Janvier , à Soual.
ly, avec le Capitaine Sharpey , Fraine & quelques autres Anglois qui l'a.
voient accompagné à Cambaye ; & l'Amiral alla trois milles audevant de
lui avec un corps de deux cens hommes , pour le garantir de l'infulce des
Portugais, qui n'étoient pas éloignés de fon pallage avec leur armée,
PenDanT le féjour de Jordayne à Surate, fes manières douces & inf.
nuantes fembloient avoir difpofé, le Gouverneur à lui accorder pour fa Na:
tion un Comptoir dans cette Ville. Il donna lui-même cette efpérance à
l'Amiral, qui avoit déja nommé ceux qui devoient être chargés de cet éra-
bliffement. Mais ayant envoyé le 27 Jean Williams, pour fçavoir les der.
nières réfolutions du Gouverneur , il le vit revenir le 29 avec un refus &
des marques d'éloignement qui ne regardoient pas moins le fond du com:
merce que la propofition du Comptoir. [Ce changement ne put être attri.x
bué qu’à la jaloufie & aux pratiques des rsessls Après une déclaration
fi rigoureufe, il ne reftoit aux Anglois de Surate qu'à prendre les ordres de
leur Amiral, fur le tems de leur retour à la Flotte, Il leur écrivit, dés le
jour füuivant , de partir fans délai; de forte qu'ils furent rendus à bord le 31
avec toutes leurs marchandifes.
Le 6 de Février, les Anglois virent paffer un Kafilath , c'eft-à-dire une
Flotte Marchande , d'environ cinq cens Frégates Portugaifes qui alloient à
Cambaye. [Il leur étoit venu fur leurs trois Vaiffeaux eg Déferteurs 4
de cette Nation, qui n’y avoient été reçus que par le feul mouvement de
l'humanité; mais ils éprouvèrent à leur tour que la Religion & l'amour de
leur Patrie ne font pas toûjours capables de retenir les Anglois; car plufieurs
Macelots, gagnés apparemment par des carefles & des offres , abandonné
rent leur bord pour À oem fur la Flotte Portugaife. On accufa de leur
défertion le Portugais nommé Pierre Ro/emary, qui étant pañlé du Portugal
en: Angleterre pour y embraffer la Religion Froteftante, avoit offert à l'A-
miral de l'accompagner dans fon voyage. Ils avoit fervi d’Interpréte dans
tous les lieux où l'on avoit eu befoin des Langues Portugaife & Arabe, &
celle-ci lui étoit prefqu'auffi familière que l’autre. Enfuite étant arrivé dans
Ja Rade de Surate, il n’avoit pu fe voir fi près d’une Flotte de fa Nation fans
rappeller les idées & les fentimens de fa naïflance, qui l’avoient porté à re.
joindre fes Compatriotes. Mais quoiqu'il fût parti feul, dans une occafon
qu'il trouva {ur le rivage, pendant que les Indiens y tenoient leur marché,
on fut furpris de voir déferter apre: lui.tous les Matelots avec lefuels il
avoit eu quelque familiarités com. ‘'" péinrure qu'il leur avoit apoarem-
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L'appar 5
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Car, IL
ment tracée de fa Nation & des avantages qu'ils y voient efpérer , leur
avoit fait perdre l'amour & le goûc de leur propre Patrie, Dans la premiè-
283
re indignation que l'Amiral reflencit de leur fuite , il fue. tenté de les faire
redemander à Dom Soto Major, en lui offrant pour échange les Portuxais
ui étoient paflés fur la Flotte Angloife : mais il gg qu'on ne l'accu-
te . violé, à l'égard des derniers, fa parole
miles.
# [Le 9 on vit arriver Nicolas Uphet, Domeftique du Capitaine Hawkins ,
à
le droit facré des
ui avoit été laiffé comme un sr à Cambaye, & qu'on avoit attendu depuis
l'expulfion des Anglois hors de Surate, Le foir Dounton mit à la voile, &
s'étant approché de la Barre, il jetta l'Ancre fur huit braffes de fond, à un
mille de diftance de l'Amiral, qui s'étoit rendu le matin dans cet endroit,]
(r) La Flotte Angluife avoit pañlé dans ce pays l'efpace de cent trente-
huit jours, pendant lefquels elle avoit efluyé de la part des Gouverneurs de
Surace, des infidélités & des délais fort pernicieux à fon commerce, Lere
fus d'un Comptoir, après lu avoir fait efpérer fi EE cette faveur ,
étoit une autre injuftice dont elle étoit d'autant plus bleflée , qu'ayant reçu
l'ordre de partir immédiatement, il ne lui reftoit aucun moyen de fe faire
ayer de plufieurs fommes qui lui étoient dûes par les Marchands de la Vil-
e, L'Amiral apprit emuite , d'où venoit cette mauvaife difpoficion des In-
diens, Pendant qu'ils délibéroient s'ils devoient lui accorder la permiflion
d'établir un Comptoir, Mokrib Kam avoit reçu une Lettre de Dangier, Ba-
nian de Cambaye, qui lui déclaroit, à l'inftigation des Miffionnaires Jéfüi-
tes, que s'il fouffroit l'écabliffement des Anglois à Surate , les Portugais é-
toient réfolus de brûler toutes les Villes de la Côte & de fe faifir de tous les
Vaiffeaux Indiens qui tomberoient entre leurs mains. Sur quoi Mokrib avoit
jugé que la prudence devoit lui faire rejetter toutes fortes de liaifons avec
l'Ang cterre.
La Rade de Soually, où les Anglois étoient à l'ancre , eft au 20°, degré R
55 minutes de latitude du Nord , & la variation de 16 degrés 40 minutes
à l'Oueft. Dounton obferva que dans les marées de la pleine-lune , la hau-
teur de l'eau, [qui eft de 24 pieds ,] furpalle de quatre pieds celle des marées
communes; & qu'ordinairement les marées de nuit font plus hautes de trois
pieds que celles du jour, Fr le vent qui fouffe; & que les Côtes , füi-
want la Bouffole, font fituées à peu près Sud & Nord; c'eft-à-dire, fi l’on a
égard à la variation, Nord quart à l'Eft & moitié Eft ; & Sud quart à l'Oueft,
moitié Oueft.]
Læ 10, après avoir réglé tous les comptes du commerce , avec deux Fac-
teurs de la Ville, nommés Saddan & Narran , l'Amiral fe faifit d'une Fré-
ate ndienne, qui faifoit voile à Gogo; & s'étant accommodé d’une partie
e fa cargaifon , qui étoit compofée de chandelles faites d'un mélange de ris
& de poix, il donna aux Patrons, des billets payables par fes Débiteurs de
Surate, La l'lotte leva l'ancre, le 11, avec la marée ; & s'étant avancée
au Sud de la Barre de Surate, près d'un Vaiffeau Indien, nommé le Hagfa-
ni, qui étoit prêt à faire le voyage de la Mer Rouge, elle prit aufli quel-
ques
(r) La 106, Sedtion commence ici dans l'Original. R. d. E.
Nn 2.
Dountrow.
1612,
Caufe des
où bael " que
les Anxlols
AVolunt trou:
vé à Surate,
Pofition de la
ade de
Soually.
Les Anglois
fe payent par
leurs propres
mains,
quittent Sura-
DounTo.
1612.
Leur route
jufqu'à Dabul,
Situation de
Dabul,
Politefles &
offres du
Gouverneur.
284 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ues marchandifes, dont elle lui affigna le payement fur ce qui reftoit dû aux
Angiok par les Négocians du pays. Le 14, à une heure du matin, elle
tomba fur un grand banc, où l'eau fe trouva toûjours affez haute pour ne
pas lui caufer beaucoup d'inquiétude; après quoi, fuivant la terre à la dif.
tance d'environ dix licuës, & forcée par le vent de porter au Sud-Sud-Eft,
elle fe trouva le lendemain à 19 degrés 37 minutes de latitude. [A une heu. k#
re, elle pafla près de trois Vaiffeaux de Malabar, chargés lp Surate, qui
étoient fur quatorze brafles d’eau, à neuf lieuës de terre; enfüuite elle en
vit fept autres au Sud-Eft.] Depuis midi jufqu'au foir, elle ne fit que cinq
lieuës, au Sud-Eft, avec beaucoup d'embarras pour fe dégager d’un dange-
reux Courant. Un calme, qui dura une partie de la nuit fuivante, lui fit
entendre fort diftinétement plufieurs coups de canon, dont le bruit venoit
du rivage; & le matin, fans appercevoir aucun Vaiffeau, ils découvrirent
la terre, qui préfentoit un mélange de montagnes & de vallées fort agréa:
bles. La latitude à midi étoit de 19 degrés 4 minutes. Vers le foir, ils fe
trouvèrent à trois lieuës du rivage fur un fond de douze braffes, qui diminua
jufqu'à fix. Enfin, ie 16 à midi, ils virent une terre haute, divifée par
plulieurs Bayes, qui fembloient offrir d'excellentes Rades, avec un fond ex.
cellent de cinq ou fix braffes à quatre milles du rivage , & de. neuf ou dix
brafles à trois lieuës en Mer; la latitude de 18 degrés une minute. Ils ne
purent douter, fur les indications de leurs Cartes, qu’ils ne fuffent proches
de Dabul. En effet, ils jettèrent l'ancre près de la Barre, à l'entrée de la
nuit, fur un fond de fept braffes.
L’AMIRAL, qui s’étoit propofé de fe défaire dans ce Port de quelques
marchandifes Angloifes, s’avança le lendemain dans fa Frégate, pour fonder
la profondeur de la Barre. Il trouva cinq braffes à la pointe du Sud ; mais
un peu plus loin Nord, vers le milieu de la Barre, il ne trouva que deux
brafles. La latitude de cette pointe du Sud eft de 17 degrés 34 minutes; &
là variation, 15 degrés 34 minutes.
LE même jour, après-midi, on vit arriver , de la part du Gouverneur,
deux Barques, dont l’une ramenoit le Meffager que les Anglois lui avoient
envoyé pour l’informer de leur arrivée (5), & l'autre apportoit à l’Amiral
un préfent de trois veaux, &@ d’un mouton, avec quelques fruits & des me-
lons d’eau. [Le Vaiffeau de Dabul que les Anglois avoient trouvé à Moc-
ka, étant revenu dans le pays,] le Capitaine faifoit témoigner à l'Amiral
la fatisfaétion qu’il avoit de fon arrivée; & joignant, à la manière des In-
diens, beaucoup de complimens aux promeiles d'amitié, il ajoûtoit ; que pour
les marchandifes Angloifes, les Négocians de Dabul donneroient ou de l'ar-
gent comptant, ou de l'indigo, des étoffes &. du poivre. C’étoit plus qu'ils
n'avoient deffein d’éxécuter & que les Anglois ne s’étoient promis; car tout
lindigo , les étoffes & le poivre du pays s’embarquent ordinairement fur
leurs propres Vaifleaux pour être tranfportés dans la. Mer Rouge. Cepen-
dant, fur de fi belles offres, l’Amiral ne balança point à faire defcendre fes
Facteurs, avec un préfent pour le Gouverneur & des effais de leurs mar-
chandifes. Ils furent traités civilement , mais à peine. vendirent-ils quel:
ques
(s) Angl. amenoit ceux qui étoient en- qu’elle avoit. à faire dans ces quartiers. R.
Yoyes pour reconnoître la Flotte & fçavoir ce: d' E..
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INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar. I. 285
ques piéces de drap & d'étamine. Le Gouverneur, après avoir acheté
une certaine quantité de plomb, ne fit pas difficulté de le renvoyer à bord,
& de rompre fon traité, fuivant l'ufage de Surate, dont les Anglois avoient
déja fait une trifte expérience. A l'égard du bled , de l'eau & des autres
provifions , ils obtinrent facilement tout ce qui leur étoit nécefläire. Ils
‘changèrent une de leurs ancres contre un gros cable Indien, de dix-huit pou-
ces d'épaifleur, & long de 96 braffes, qui fut eftimé douze livres fterling.
Dounton déclare qu'il ne put juger fi toutes ces facilités venoient'de l’incli-
nation du Gouverneur à favorifer les Etrangers, ou de la crainte que lui pou-
voit infpirer le récit de tout ce qui s'étoit paflé à Mocka.
Ourre plufieurs Bâtimens Malabares, qui étoient à l'ancre dans la Rade,
les Anglois virent arriver, le 26 après-midi, ur grand Vaiffeau Portugais
accompagné d'une Frégate. L’Amiral envoya, deux heures avant la nuit,
le Darling pour le reconnoître ; & craignant enfüite qu’il ne trouvât le moyen
de s'échapper dans les ténèvres, il fit avancer aufi le Pepper-Corn & fa Fré-
gate, avec ordre de s’en faifir. On s’apperçut bientôt que cette précaution
avoit été néceflaire ; car à l'entrée de la nuit, les deux Bâtimens levèrent
l'ancre & commencèrent à s'éloigner. Mais un coup de canon les força de
baiffer leurs voiles. Ils fe hâtèrent d'envoyer un canot avec trois hommes,
pour faire les excufes de leur Capitaine, à qui fon âge & fes infirmités, di-
rent-ils , n’avoient pas permis de venir lui-même à bord. Ils ajoûtèrent que
leur grande Chaloupe étoit fi chargée, qu'ils n’avoient pû la détacher du
Vaifféau pour la mettre en mer. La-deflus, Dounton fe trouva obligé de fai-
re avancer fa Pinafle, avec quelques-uns des principaux Marchands & plu-
fieurs Soldats, mais contre fon inclination, parce qu'il prévoyoit combien
il feroit difficile d'empêcher le pillage. Il défendit fort rigoureufement au
Patron de laiffer monter aucun Soldat dansle Vaifleau Portugais, s’il n’y étoit
forcé par les circonftances ; fon deffein n'étant que de s'en affürer, & d’at-
tendre l’Amiral à qui il vouloit laiffer l'honneur d'y entrer le premier. D'un
autre côté, la Frégate Angloife, qui, après avoir tué un Portugais du coup
de canon qu’elle avoit tiré, avoit pourfuivi leur Frégate, la ramena comme
en triomphe, & vint prendre les ordres de Dounton. Il fit pañfer fur fon
bord une partie de l’Equipage, & donna ordre au refte d’entrer dans la Ra-
de. Mais s’appercevant qu'ils prenoient un détour, & craignant que s'ils
gagnoient le vent, il ne lui fut impoñlible de les rejoindre avec toutes fes
voiles, non-feulement il les fit arrêter, mais s'étant fait apporter leurs voi-
les, il les força de jetter l'ancre près de lui. Enfüite il prit dans fa chambre
leur Patron pour fe faire expliquer en quoi leur cargaifon confiftoit.
PENDANT ce tems-là, le Patron de la Pinaffe, feignant de douter fi les Por-.
tugais du Vaiffeau étoientc difpofés à la foûmiflion, monta fur leur-bord avec
quelques Soldats, qui ne balancèrent point à piller tout ce qui excita leur
avarice. Dounton, qui n'en étoit pas afféz éloigné pour ne pas s’appercevoir
du défordre, les fit rappeller plufieurs fois fans leur trouver beaucoup d'obéif.
fance pour fes’ordres. Enfin, les voyant revenir , il chargea quatre de fes prin-
cipaux Officiers de fe tenir prêts à la lanterne , pour les fouiller l’un après
l'autre à leur retour. Tout le butin qu’ils apportoient fut jetté fucceffivement
dans la Chaloupe, & Dounton le renvoya fur le champ aux Portugais, en
leur faifant dire que s’il leur manquoit quelque chofe de plus, on leur--accor-
n 3 | deroit
Dovnrow,
1612.
Le Commer
ce fe réduit
prefqu'à rien.
Les Anglois
fe faififlent de
deuxBâtimens
Portugais,
Dounton ne
peut cmpê-
herlenillare
cherle pillage,
lreftitue
aux Portuzais
ce qu’on leur
avoit pris,
DounxTon.
1612.
Le défordre
augmente &
l'Amiral y re-
médie,
Il prend lui-
même une
partie des
marchandifes
Portugaifes.
Délibération
des Anglois.
2386 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
deroit toutes fortes de fatisfaétion, aux dépens de ceux qui étoient montés
fur leur bord, fans aucun ordre. Mais tandis qu'il en ufoit fi généreufemence ,
la Frégate Angloife, qui n'avoit alors pour Commandant qu'un certain Ter.
rie, valet de Thornton, fe rapprocha de la Frégate Portugaife ; & les Mate.
lots Anglois montant à bord briférent les armoires, forcèrent les coffres, &
‘prirent tout ce qu’ils jugèrent à propos. Dounton, fortirrité de ce brigandage,
preffa Pemberton, Capitaine du Darling, d'en informer promptement l’Ami. :
ral.
IL paroifloit affez difficile d'arrêter un penchant fi général au pillage. Ce.
endant l'Amiral, fans perdre un moment, envoya des ordres févères à tous
es Anglois, de rentrer chacun fur fon bord. Énfüite s'étant mis dans fa
Chaloupe avec les principaux Marchands du Navire Portugais, il fit la vi.
fite de tous les Vaifleaux de fa Flotte, avec une ardeur extrême à fouiller
dans les coins les plus détournés. Après avoir donné cette fatisfaétion aux Of.
ciers Portugais, il fit mettre à leur yeux, dans fa Frégate , tout ce qui leur avoit
été enlevé, & le fit tranfporter avec eux fur leur Bâtiment. Ils venoient de Co-
chin, pour fe rendre à Chaul. Leur Navire, qui étoit d'environ trois cens ton-
neaux , fe nommoit le Saint-Nicolas. Sa cargaifon confiftoit principalement en
noix féches de cocos, noix de Racka, fucre noir , étain, écoffes & porcelair._s de
la Chine, cayro, facs d’alun, & divers cordages. En vain les Anglois preflèrent
le Capitaine de leur communiquer le Mémoire de toutes fes marchandifes.
Ils ne purent ni l'obtenir , ni le trouver par toutes leurs recherches. Mais après lui
avoir fait reftituer ce qui lui avoit été pris fans ordre, l’Amiral fe crut en
droit de prendre lui-même de quoi fe dédommager d’une partie des pertes que
les Portugais lui avoient caufées à Surate. Il fit tranfporter, du Saint-Nicolas
fur l'Incréafe , quelques bales de foie crue de la Chine, plufieurs caiffes de
girofle & de canelle, avec une certaine quantité de belle cire; foible répa-
ration, dit l’Auteur, pour tous les outrages, & les torts que la Flotte Angloife
avoit reçus des Portugais.
LA Frégate appartenoit aux Portugais de Chaul, & faifoit voile pour Or-
muz. Sa charge étoit d'environ 60 tonneaux, & fes marchandifes confiftoient
en ris & en tamarins. L’Amiral prit quelques facs de ris pour fa provifion.
H confentit à laïfler pañler fur les deux bords Portugais, les Déferteurs de
cette Nation, qu'il avoit reçus à Surate, & qui lui demandèrent volontaire-
ment cette faveur. Enfuite ayant fait quelques préfens aux deux Capitaines,
[& aux Marchands à qui appartenoit la foie qu'il avoit fait tranfporter à fon L+
bord] il leur accorda la permiflion de continuer leur courfe.
CET incident avoit interrompu le commerce des Anglois avec Dabul [ juf- é
qu’au 1 de sa ; ce qui n'empêcha point le Gouverneur de les faire avertir
que le grand Kafilath , qui avoit pañlé le 6 de Février aux environs de Surate pour
e rendre à Cambaye, devoit repañfer le lendemain ou la nuit fuivante, en re-
tournant à Goa. Les Anglois n'en découvrirent aucune trace. Mais l’Amiral
affembla fon confeil, pour délibérer fur plufieurs partis qu’il avoit à choifir.
Il propofa d’abord de faire voile à Goa, pour demander des réparations aux
Portugais; dans le deffein de fe faire un droit de leur refus pour éxercer
des repréfalles fur tous les Vaifeaux de cette Nation qui tomberoient en-
tres fes mains. Cette propofition parut fort raifonnable à l'Aflemblée; mais
comme c’étoit s’expofer à des délais, & à des fubterfuges ; en un mot, à quan-
tité
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C
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I. 287
ité de nouveaux artifices, dont le feul effet certain feroit de faire perdre Dounron.
jontés un tems qui pouvoit être mieux employé, on conclut qu'il valoit mieux re- 1612,
nent, tourner vers la Mer Rouge, non-feulement pour tencer de fe remettre en ,
Ter. .poffeffion de tout ce qu on avoit perdu, mais par trois autres raifons , dont
Mate. a plus foihle n'étoit pas fans force: 1°. Pour fe were fur les Sujets
es, & du Grand - Mogol, des pertes qu’on avoit efluyées dans les. Rades de Soual-
idage, ly & de Surate. 2°. Pour tirer quelque vengeance de la trahifon des Turcs
l'Ami- É An & à Mocka. 3°. Pour ui: ou fauver du péril le Vaifleau An-
Ce-
Motifs qui
nent à retour-
. . . le 4 » e
lois qui devoit arriver dans cette Mer, comme on l'avoit appris de Mafu- !°° déterm
af
h patan, par la Lettre du Capitaine Floris. [Malgré les excu es & les dégui- ner dans la
à tous femens de l’Auteur, il faudroit ici s’aveugler pour donner à l'entreprife des Mer Rouge.
ans fa Anglois un autre nom que celui de pyraterie. (C'eft une remarque que j'ai
la vi- faite à l'occafion du même voyage, dans la Relation précédente. ]
ouiller () Le 5 Février, à fix heures du matin, la Flotte mit à la voile , en füi-
x Of- vant la Côte a1 Nord-Nord-Oueft. L’'Amiral, qui vouloit garder au fond quel-
Favon ques mefures avec les Portugais, étoit bien aife de voirle Vaifleau de Co-
de Co- chin en fûreté, & de lui fervir comme d’efcorte jufqu’à Chaul contre les
ns ton: Malabares, alors ennemis de la Nation Portugaife. Il mouilla l'ancre, le foir,
ent en à une lieuë de la terre, à fix de Dabul , & neuf de Chaul.
is de LE lendemain, ayant remis à la voile avec un vent favorable, la Flotte
ffèrent éprouva de jour en jour qu’elle étoit pouflée plus loin au midi qu’elle ne de-
andifes, voit s’y attendre füuivant la direétion de fa courfe, fur-tout après avoir paflé
près lui l'embouchure du Golphe Perfique. Dounton croit que cette erreur ne peut
Por en être attribuée qu'aux ren DU Hu ne foient pas toûjonrs fenfibles, Le
Les que 20 de Mars, étant à la vûe de l'Ile de Sokotora, l'Amiral envoya devant lui L'Amiral en.
DHcolss Pemberton , dans le Darling, pour s'informer , fi le Vaifleau Anglois qui de- voye le Dar-
iMes de voit entrer dans la Mer Rouge, avoit déja paru fur cette Côte. Pour lui, lé à Soko
€ répa- tp continuant fa courfe, [il découvrit l'extrémité occidentale de Sokotora , qui é-
ingloife toit éloignée de 8 lieuës, & qui portoit Oueft- Sud - Ouett ; Il y vit quatre
montagnes de fable.] 11 fe trouva, le 25 au matin , devant la pointe de Deli-
UE Or- fcha; & le jour fuivant, un calme, dont il fut tout-d un-Coup furpris, le for-
iftoient ça de.mouiller l’ancre fur vingt braffes de fouu , à un mille du roc de Saboy-
ovifion. na, pour fe garantir du Courant, qui l'auroit pouffé au Nord für ce roc.
eurs de L'abondance de poiffons, dont la Flotte fe vit environnée, fervit à l'amufe-
ontairé- tfrment des Anglois. [Entre neuf & dix heures, ils remirent à la voile, avec
arr ti un vent de Sud, &] le 27, ils paflèrent les rocs, qui font à trois mille au
r à fonsg Nord d’Abba Kuria, &, fuivant le calcul de Dounton, à vingt lieuës Oueft
Le jé quart au Sud de la pointe Occidentale de Sokotora. [ils y trouvèrent feize,
ul Cjuf-xé dix-fept, & dix-huit braffes d'eau ;& le jour écant venu ils virent l'Ifle d'Ab-
F'AVYEUE ba Kuria.] Le matin du 28 , ils fe trouvèrent à fept licuës du Cap de Guar-
ate pour dafu, & à neuf du mort Felix. Vers trois heures après-midi, le vent, qui
A st devint contraire, leur fit prendre le parti de jetter l'ancre fur un fond de
l'Amiral fept braffes, mais fort rude à un mille & demi du mont Felix. L'amiral re-
choifir. connut toute cette Côte avec fa Frégate. Trois Habitans, qui nefe firent pas
ons aux preffer pour venir à bord, fe chargèrent d’une Lettre pour le Darling s’il
Éxercer | s'approchoit
jent €en-
€ ; ad (t) La zre. Section commence ici dans l’Original. R. d, E.
à quan” L ;
ute
DounTon.
1612.
I relâche fur
luCôte de l'A-
rabic heurcu-
L)
LA
Le Daïrlinz
apportedes in-
formations à
l’Amiral,
Dounton de-
meurc feul à
croifer près
d'Aden.
Il arrête un
Vaifleau de
Calecut,
28 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
s’approchoit de la même Côte. Ils apprirent à l’Amiral que trois jours &
vant fon arrivée, ils avoient vû pañler quatre Vaifleaux Indiens vers la Mer
Rouge,
L'Espérance de voir paroître le Darling retint l'Amiral à l'ancre juf-
u’au 29, & ce délai lui procura des rafraïîchiffemens, qui lui furent apportés
l
e toutes les parties du Canton. Îl acheta même, à jufte prix de l'ollibanum
& diverfes fortes de gommes Arabiques. Les Habitans le prirent pour un
Mahométan, & lui répétèrent plufieurs fois, qu'ils ne l'auroient pas fi bien
traité s'ils l’avoient cru franghis; c'eft le nom qu'ils donnent aux Chrétiens,
Enfin ne comptant plus de voir arriver le Darling, on tourna les voiles vers
Aden. Le 30, on découvrit la Côte de l'Arabie Heureufe, qu'on ne perdit
plus de vûe que la nuit, jufqu'au 1 d'Avril, que fe trouvant à dix-huit lieuës
d'Aden, on tint Confeil fur la féparation de la Flotte, Il fut réfolu que le
Pepper-Corn demeureroit à croifer devant le Port d'Aden, pour empêcher
les Bâtimens Indiens d'y entrer, & leur faire prendre le parti de s’avancer
vers la Mer Rouge, où l’Amiral feroit prêt à les recevoir avec le Trade-In-
créafe, fa Frégate & les Pinafles.
Le jour fuivant, à huit heures du matin, lorfqu'ils étoient prêts de fe fé-
parer, ils trouvèrent le Darling à l'ancre, au defhs d'Aden, à la diftance
d'environ fept lieuës, Leur retardement fur la Côte d'Arabie lui avoit don-
né le tems de les devancer de deux jours. Pemberton, qui le commandoit,
avoit reçu du Roi de Sokotora une lettre que le Capitaine Saris avoit laiffée
au Prince , en paffant dans fon Ifle avec trois Vaifleaux, le Cloue , l’He&tor &
le Thomas. ne Va y eût trouvé la Relation dés difgraces que fes Compa-
triotes avoient efluyées dans la Mer Rouge, il s’étoit obftiné à fuivre la mé-
me route avec fes trois Bâtimens, par la feule raifon qu’étant muni d’un Paf-
feport du Grand-Seigneur, ilfe flattoit d’être reçu plus favorablement. L’A-
miral partit immédiatement avec le Trade-Incréafe, le Darling & la Fréga-
te, laiffant Dounton à l’ancre pour éxécuter fes ordres.
LE 3 au matin, Dounton mit à la voile & s’avança au Sud pour donner
plus d’étendue à fes obfervations. Il découvrit bientôt trois Navires [qui al-K
loient à Aden;] mais le vent, qu’il avoit contraire, ne lui permit pas deles
joindre; & le tems n'ayant pas changé vers le foir, il lui fut impoñlible de
jetter l'ancre pendant toute la nuit. Le 4, il s'approcha jufqu’a trois milles
d'Aden; & trouvant un fond commode, il y mouilla fur douze braffes. [ Huitk
jours qu’il paffa dans cette fituation, lui étotent devenus fort ennuyeux, lorf-
que] le 12 au matin, il apperçut un gros Bâtiment , qui n’épargna rien pour
éviter fa rencontre. L’effort des Anglois pour lui couper le paflage ne l’auroit
point empêché de gagner le Port, s’ils n'euffent pris le parti de lui lâcher
quelques boulets , qui lui firent baïfler aufli-tôt fes voiles. Il envoya fa Cha-
loupe, avec quelques Indiens, de qui Dounton apprit qu'ils appartenoïent au
Samorin de Calecut; & qu'étant partis de cette Ville pour Aden, ils avoient
émployé quarante jours dans leur voyage. Ils avoient paflé à Sokotora, &
s'étant enfuite arrêtés fur la Côte du mont Felix, ils avoient vû la Lettre
que l’Amiral y avoit laiflée pour le Darling; [@& un Vaïfleau de Dabul, quixé
venoit d'Achen.] Leur Capitaine, ou leur Nackada, fe nommoit Zbrabim Ab-
ba Sinda. Leur cargaifon qui étoit de deux cens conneaux, confiftoit, fuivant
leur déclaration, en trois tonneaux de tamarius, deux mille trois cens quin-
taux
XF peine d
Kloccaf
a der
fenfe
que
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encor
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Lettre
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ns quin-
taux
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I. 289
‘eaux de ris, quarante bahars de Jagazza ou de fücre brun, fept bahars de Dounrow.
cardamome, quatre quintaux & demi de gingembre fec, un tonneau & de- 1612.
mi de poivre, & trente & une bales de coton. L'Equipige étoit compofé
de foixante-treize perfonnes pour les ufages fuivans: vingt pour le fervice
des pompes & la manœuvre intérieure, huit pour le gouvernail , quatre pour
les mâts & vingt pour les alimens & la cuifine, Le refte étoit des PafTagers,
Pélerins ou Marchands.
Comxe ils étoient d'une Ville qui n’avoit jamais caufé de tort aux An- Sa conduite
lois, Dounton n'eut aucune envie de les chagriner, & borna fes demandes : rio
à deux barils d’eau qu'ils lui accordèrent volontiers. Cependant, fur la dé-
fenfe qu'il leur fit d'entrer dans le Port d'Aden, ils parurent fi mécontens,
que pour fe faire obéir, il les menaça de les couler à fond, & de ne leur
laiffer que leur Chaloupe pour fauver leur vie. I.eurs objeétions continuant
encore, il ajoûta que s'ils ne partoient avant qu'il parût quelqu'autre Bäti-
ment, il feroit forcé de les abyfmer , pour empécher leurs correfpondances
avec les Turcs fes ennemis. Ils fe déterminèrent enfin à mettre à la voile,
mais en portant vers la Côte; de force que les Anglois prirent la réfolution
de les fuivre nuit & jour, de peur qu'ils ne profitaifent des ténébres pour fe
liffer dans le Port. Dounton fait obferver qu'à chaque Vaifleau qui paroif-
fit à la vûe d’'Aden, les Turcs fe hâtoient de donner avis qu'il y avoit un
Vaiffeau de l'Europe fur leur Côte. Ils avoient voulu rendre le même fer-
vice au Navire de Calecut; mais quelques Arabes & deux Soldats Turcs qu'ils
avoient envoyés dans une Barque, tombèrent comme lui entre les mains des
Anglois. Leur frayeur fut égale à leur furprife lorfque paroiffant devant le Traitement
Capitaine, ils le réconnurent pour celui qu'ils avoienc traité l’année précé- ARS .
dente avec tant de mauvaife foi & de barbarie. Ils fe feroient jettés à la Turcs.
nage, s'ils avoient été moins éloignés de la terre, fur-tout lorfque Dounton
Jeur rappella leur ancienne conduite, avec des reproches de leur injuftice &
de leur cruauté. Cependant, après les avoir effrayés, il leur dit que malgré
de fi juftes fujets de reffentiment, 1l vouloit leur faire connoître que fa Na-
tion étoit plus capable d'humanité que les Turcs, & les renvoyer dans leur
Ville fans leur nuire. Ils parcirent fort fatisfaits,en promettant d'apporter
des vivres & des rafraîchifflemens. Eneffet, ils envoyèrent une Barque char-
gée de poiffon, qui devoit être füuivie le lendemain de beaucoup d’autres pro-
vifions. Mais le Pepper-Corn étant alors à la fuite du Bâtiment de Caiecut,
ils n'ôfèrent fe hazarder fi loin pour le joindre. .
Le 14 au matin, Dounton découvrit un autre Vaiffeau de la même gran- Divers Ba:
deur, qui s'avançoit aufñfi vers Aden. L'ayant forcé de mettre à l'ancre, il PTS an
s’en fit amener quelques Indiens, tandis qu’il faifoit faire la vifite de leurs Eo. ‘
marchandifes. Il apprit d’eux qu'ils étoient de Pormean, Ville peu éloignée
de Kuts-Nagone (v) & Tributaire du Grand-Mogoi, qui avoit maltraité la
Nation Angloife, Le Capitaine étoit Banian. Dounton, fans prendre la
x pcine d’éxaminer plus long-tems leur Commifion, [ dans la crainte que d’au-
tres Vaiffeaux qui pourroient arriver fur ces entretaites, ne profitaflent de
Kloccafon pour s'échaper,] fit enlever quelques bales [des Marchandifes dont
il
Cv) C'eft un lieu dans la prefqu'Ifle de Guzarate, & peu éloigné dé fa pointe Occidentale,
IL, Part. Oo
Dourron,
1612.
Fierté de
Dounton à
l'égard des
Turcs,
|. me il affeéte
dît à la valeur des Danse à [Le 27 il vit une Jelbe, entre le riva-x#
a
Il abandone
ne Aden pour
fe rendre aux
Détroits,
Diverfes pri-
fes qu’il y fait, .
299 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
il avoit befoin, & quant à celles] de coton & de calicos, Eau faifoient Jak
endemain à les kf»
leur accorda la liberté de porter le refle aux Turcs. ] Cettek
plus précieufe partie de leur cargaifon,] [il différa jufqu'au
éxaminer ,] [
violence n'empêcha point que le même jour Maharim, Aga d'Aden, ne lui
envoyât, par quatre Arabes, un préfent d'œufs, de poules & de fruits. Mais
il ne daigna pas même le regarder. Après avoir laïflé pendant quelques mo.
mens les Meflagers fans leur répondre, il leur déclara que c'étoit le reffen-
timent des outrages que fa Nation avoit reçus des Turcs qui l'avoit ramené
dans cette Mer, pour en tirer vengeance par tous les chagrins qu'il trouve-
roit l'occafion de leur caufer; qu'étant fi éloigné de vouloir mériter leurs fa.
veurs, il méprifoit aufli leurs artificieufes politefles; enfin qu'ayant égorgé
les Anglois lorfqu'ils étoient venus chez eux avec la qualité d'amis , ils n’en
devoient point attendre ‘'es témoignages d’affeétion, lorfqu'ils venoient avec
le deffein de fe venger. À l’égard du préfent, il confentit que fes gens le
riflent pour leur ufage, mais en payant la valeur; afin qu'ils ne s’engageaf-
ent à rien par une autre acceptation. Il en ufa de même pour des rafraîchif-
femens de poiffons qui lui furent envoyés; c'elt-à-dire , que faifant payer
tout ce que les Turcs lui apportoient , il les retenoit encore pour manger avec
fes gens une partie de ce qu’ils avoient apporté. |
Le 26, il apperçut au Sud d’Aden un Bâtiment qui faifoit voile vers l’Eft.
La Pinaffe qu’il envoya aufi-tôt à fa pourfuite , le lui amena dans l’après-midi.
C'étoit une Jelbe de Xaer ou Schaer, [ dans laquelle il y avoit plufieurs Péle.#
rins de la Mecque, & qui étoit ] chargée de grains, d'opium & d'autres
commodités. (I en tira ce qui convenoit à fes befoins; @ s'il le paya ,com-
e le répéter , il y a peu d'apparence que le payement répon-
ge & lui. La Pinaffe lui donna Ja chafle, mais il la laiffa continuer fa rou-
te, lorfqu’on lareconnut pour une de celles qui avoient déja pafñté dans le mé-
me endroit quelques jours auparavant. Le 28 au matin, il mità la voile &
croifa devant Aden, parun vent d’Eft. ] Le 29, il vit tomber entre fes mains
deux grandes Rarques qui venoient d’une Ville des Abyflins , nommée Ban-
dar Zeada. Leur cargaifon , en marchandifes, n’étoit Compofée que de nat-
tes; mais elles portoient aufli foixante-huit moutons à grofle queuë, qu'il
acheta, [ fans confüulter apparemment ceux à qui il en fit agréer f prix.
IL ne paroît pas que dans ces petites expéditions, le Pepper-Corn eut ré-
pondu fort avantageufement aux efpérances de l’Amiral. ] Mais le vent de-
vint fi favorable pour gagner les Détroits, que Dounton ne pouvant réfif-
ter à l’occafion, tourna fes voiles vers Bal-al-Mandel. Après avoir décou-
vert à dix heures du matin la Côte d’Ab;finie , qui fe préfente dans l’é-
loignement avec l'apparence d'une Ifle, il porta au Nord-Oueft vers les Dé-
troits, dont il fe jugea éloigné d'environ dix lieuës; &, vers quatre heures
après-midi, il commença A iSGterhene à les appercevoir. Ayant jetté l’an-
cre à l’entrée pour y pañler la nuit, il vit arriver, le jour fuivant, un petit
Vaiffeau dont fa Pinafle fe faifit fans réfiftance. Le Nackada qui lui fut ame-
né, fe déclara Sujet du Grand-Mogol, & parti d'une Ville nommée Larri,
ou Lourri Bandur, à l'embouchure ce la rivière de Sinde. Il en tira plufieurs
bales d’étoffes précieufes , de l’huile & du beurre pour l’ufage de fon propre
Vaifleau , après quoi il lui laiffa la liberté de continuer fa courfe vers Mocka.
Mais
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n propre
s Mocka.
Mais:
ions d'huile & de beurre.
‘de Bandar Kaffum; qu'il alloit à Mocka avec des nattes ; que rangeant la
Côte
INDES ORIENTALES, Lw. IV. Cm. L apr
Mais à peine avoit-il fait tranfporter des marchandifes qui lui coûtoient fi
peu, qu'il vit paroître, à l'E du Détroit, un Navire de deux cens ton-
neaux, immédiatement fuivi d’un autre Bâtiment beaucoup plus gros, dont
le grand mât avoit quarante-trois (x) uerges de longueur. Ces deux Vaif-
feaux n'ayant été découverts que de fort près, parce qu'ils étoient cachés par
la fituation de la terre, le premier, qui avoit pour lui le vent & la marée,
pafla fi légèrement, que Dounton n'ayant pû le couper, fut réduit à lui
donner la Chaffe par derrière. En le fuivant d’affez près, Dountonlerecon-
nut pour le Vaifleau de Mahammed de Dabul, l'ami des Anglois. C'était
perdre l'efpérance d'en faire fa proye. Cependant il fe refouvint de la fierté
de ce Nackada, qui avoit refufé de vifiter l'Amiral Anglois fur fon bord,
pendant le féjour qu'il avoit fait à Mocka & à Dabul, & cette penfée lui
auroit fait fouhaiter de pouvoir éxercer fur lui quelque autorité. Mais, le
Navire ayant trop d'avance, il fe contenta de lui envoyer une volée de ca-
non, dans la crainte de manquer aufli celui qui le fuivoit. En effet, celui-
ci, qui avoit vû les Anglois attachés à la pourfuite du premier, jetta l'an-
cre aufli-tôt, avec l'efpérance de pouvoir s'échapper à la faveur des téné-
bres. La nuit n’étoit pas éloignée ; mais c’étoit dans la même idée que Doun-
ton avoit abandonné fon autre chaffe; de: forte que s'étant bientôt rappro-
ché, il n'eut point de peine à fe faifir d’une proye qu’on ne penfoit point à
lui difputer. S'il y a quelque chofe d'étonnant dans cette mittode de pri-
fes, c'eft la facilité avec laquelle on voit abandonner aux Indiens leurs Vaif-
feaux & leurs marchandifes. (Ce dernier Bâtiment que les Anglois avoient
ris pour un Navire de Diu, étoit de Xuts-Nagone, chargé de] coton, de ca-
icos, de beurre & d'huile. Dounton, qui vouloit fe donne le tems de le
vifiter , fit pafler fur fon bord les principales perfonnes de drag e; &
le conduifant fur la Côte d'Arabie, dans un lieu parfemé de bafles , il atten-
dit le matin pour ne laifler rien échapper à fes obfervations. Les richefles
u'il en tira, furent la plus grande partie des étoffes, avec quelques provi-
FOcpendan comme il étoit naturel qu'il rendît en
échange quelques marchandifes Angloifes, ne fut-ce que pour faire place fur
fon bord à tant de richeffes dont il s’étoit déja faifi, il fut furpris de voir re-
jetter fes offres aux Indiens, fous prétexte qu'ils n’avoient aucun ufage à
faire des marchandifes qu'il vouloit leur faire accepter. Ce qui n'étoit ap-
paremment dans ces Infdelles qu’un effet de leur dépit ou de leur haine,
ne laiffa pas de tourner à leur avantage, par le fcrupule que Dounton fe fit
de prendre leur bien fans aucune forte de compenfation.] Il leur rendit quel-
ques bales, avec une partie de leur beurre & de leur huile ; après quoi re-
mettant fur leur bord les Pélerins & les Paflagers qu’il en avoit fait fortir,
il leur donna une Lettre pour l'Amiral, dans la perfuafion qu'ils ne man-
queroient pas de le rencontrer. Mais avant leur départ les Anglois apper-
çurent une Jelbe, 7 venoit vers eux de Bal-alMandel , & que leur feule
chaloupe arrêta. Le Patron apprit au Capitaine qu’il appartenoit à Bandar
Zeada, Ville de la Côte d’Abyflinie, éloignée d’une demie journée à l’Oueft
(x) Mefure Angloig, qui revient à l’aune de France. R. d. T.
Oo 2
Dounrox.
1612.
Il manque
un grand Vuil
fcau.
Il en prend
un beaucoup
plus grand.
Scrupule de
Dounton.
DounTon.
1612.
Dounton ap-
prend des
nouvelles de
l'Amiral,
Il enreçoit
direétement
par un dépu-
té, &lcre-
joint à AfTab.
Propofitions
du Gouver-
neur de Moc-
ka,
Adreîe des
Turcs pour fe
difpenfer du
payement,
29? VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Côte au pañage du Détroit il avoit appris d'un homme du Canton que l'A.
miral Anglois s'écoit retiré dans la Baye d'Affab avec huit ou neuf Vaiffeaux
Indiens, & lui avoit laiflé une Lettre pour le Capitaine Dounton ; mais qu'il
ne vouloit la remettre à perfonne, parce qu'efpérant que Dounton retour.
neroit au Détroit, il comptoit d'en recevoir une récompenfe, Surcet avis,
le Capitaine mic à la voile le méme jour ; mais le vent, qui Changea tout.
d'un-coup, l'obligea de remettre à l'ancre (y). Comme il fe difpofoit à par-
tir le jour fuivant, il vit arriver, dans une Pinafle, Galles Thornton, Lieu.
tenant de l'Incréafe, qui venoit le féliciter de la part de l'Amiral fur fon
heureufe arrivée, & l'informer que la flotte étoit etFeétivement dans la Baye
d'Aflab avec celle de Saris & quantité de Vaïfléaux Indiens. dont les deux
Flottes Angloifes s'étoient faifis. Il lui nomma le Rehemi, de cinq cens ton.
neaux ; le Haffani, de fix cens; le Mabmudi de Surate, de cent cinquante ;
le Sallamita , de quatre cens cinquante ; le Audri, de deux cens; l’Agum
Khani, de deux cens; tous Bätimens de Diu; outre trois Vaiffeaux Malaba.
res, de deux à trois cens; le Xadri, de Dabul, de quatre cens, & le grand
Navire de Cananor. Dounton ayant levé l'ancre aufli-tôt, Thornton ajoû-
ta qu'il lui feroit difficile de gagner aflez promptement la Baye d'Affab, pour
affilter à la réception du Roi de Rabira, qui devoit venir le même jour au
rivage avec fa Nobleffe & fes Gardes, & que les deux Généraux Anglois fe
ropofoient de traiter magnifiquement. En effet le Pepper-Corn n'entra dans
a Baye qu'au retour des deux Généraux, qui revenoient fouper enfemble fur
l'Incréafe. Dounton apprit d'eux que par une convention mutuelle ils é.
toient venus à Affab pour y faire l'échange de toutes leurs marchandifes
Angloifes contre les richeffes Indiennes dont ils s'étoient fais; [ou, fi
l'on veut des termes plus clairs, pour y faire enfemble le. partage de leur
proye. ] |
PENDANT que toutes les forces des Anglois étoient raffemblées dans cette
Baye, le Gouverneur de Mocka leur envoya Mammi, un de fes principaux
Officiers, & quelques autres Turcs, pour capituler avec l’Amiral ; c'eft-à-
dire, pour lui demander à quoi fe borneroient enfin les fatisfaétions qu'il
continuoit d'éxiger. Sir Henri infiftant fur cent mille piéces de huit, les
Députés le prièrent de leur accorder du tems, pour faire connoître fes pré-
tentions au Bacha de Zenan. Lorfqu'ils furent partis , les deux Généraux
Anglois détachèrent chacun un. Vaiffeau de leurs Flottes , le Darling & le
Thomas , pour les envoyer à Tekou. Sir Henri congédia le même jour.
l'Azum Khani, en faveur. de Schermal , Scha Bandar de Mocka, à qui ce
Navire appartenoit.
LE 30, tandis que tous.les Officiers des deux Flottes étoient à dîner fur
l’Incréafe , où ils s étoient aflemblés pour le Confeil, on vicarriver de Moc-
ka le Scha Bandar, avec Manci & un Aga, députés tous trois par le Gouver-
neur, pour conférer avec l’Amiral Anglois. Le trouvant déterminé à ne
rien rabattre de fes prétentions, ils lui demandèrent la liberté d'entretenir
particulièrement les Capitaines des Vaifleaux Indiens. L’Amiral pénétra leur
deffein, qui étoit de faire entrer ces Capitaines dans le payement d'une par-
tie
(y) La 12e, Seftion commence ici dans l’Original. R. d. E.
Hainf la lib
tic de la
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Dounton,
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APRÈS
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diens. Là
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difpofés à
fruit de ce
pofition ,
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feaux confd
6 d'Août,
l'Heétor, 4
l'A:
"AUX
qu'il
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par-
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me jour.
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ouver-
né à ne
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étra leur
une par-
tie
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar. I
293
rie de la fomme; & loin de nuire à leurs vûes, il fit dreflèr fur le rivage
une Tente pour leur conférence. Mais les Nakadas , qui avoient eux-mê-
mes des plaintes à faire contre les Turcs, & qui ne craignoient plus que
leur fort pût empirer entre les mains des Anglois, ferméèrent l'orcille à tou-
tes forces d'inftances & de propofitions. 11 fut impoñible aux Députés de
déguifer leur chagrin. Cependant ils promirent encore à l'Amiral de lui fai-
re fçavoir la réponfe du Bacha, aufli-tôt que leur Gouverneur l'auroit re-
que, Les Anglois s'occupèrent, jufqu'au neuf de Juin , à choifir entre les
richeffes Indiennes celles qui leur convenoient le mieux, à les nettoyer, les
embaler , en faifant cranfporter à leur place différentes parties de leurs pro-
pres marchandifes qu'ils donnoient en échange.
Le 11, Sir Henri Middleton, avec l'Incréafe, & le Capitaine Saris a-
vec le Clove & l'Heétor, quittèrent la Baye d'Affab pour retourner dans la
Rade de Mocka. Ils menèrent comme en triomphe tous les Vaiffeaux In-
diens qu'ils avoient dépouillés ; & le Pepper-Corn refta feul dans la Baye,
avec un petit Bâtiment de Surate, nommé le ungo, dont les échanges n'é-
uient point encore achevées. Après cette opération, [il mit à la voile le
lendemain ; mais le vent & la marée lui ayant été contraires , il fut obligé
de jetter l'ancre à trois lieuës de la Rade, le 13] il rejoignit la Flotte, qui
attendoit impatiemment la réponfe des Turcs à la vûe L eurs propres murs.
Comme il s'étoit pallé plus d'un mois depuis qu'ils l'avoient fait efpérer, &
qu'abufant de la patience des Anglois , ils ne paroifloient occupés qu'a dé-
charger un Vaifleau de Kuts-Nagone, qui avoit trouvé le moyen d'échapper
aux deux Flottes, Sir Henri prit la réfolution de troubler du moins leur tra-
vail jufqu’à l'arrivée de la réponfe du Bacha. Il fit avancer le Capitaine
Dounton, avec ordre de leur envoyer quelques volées de fon artillerie , qui
les forcèrent bientôt de fe retirer.
Arrès avoir encore attendu jufqu'au 26, les deux Généraux Angloisne
pouvant plus réfifter à leur indignation , fe rendirent à bord du Mahmudi
de Dabul, où ils firent affembler tous les Nakadas des autres Vaiffeaux In-
diens.. Là, Sir Henri, après avoir répété les juftes fujets de plaintes qui
l'animoient contre les Turcs , déclara ouvertement que tout fhrisfait qu'il
croyoit être pour les injures qu'il avoit reçues dans l'Inde, il ne permertroit
point aux. Indiens de commercer dans la Mer Rouge avant qu’il eût reçu la fa-
tisfaétion qu'il éxigeoit du Bacha; & que fa réfolution étoit , par conféquent,
d'emmener avec lui tous leurs Vaiffeaux hors de cette Mer, pour faire du
moins perdre aux Turcs le profit du commerce de eette année. En effet il
ne lui reftoit plus d'autre moyen de leur nuire, Mais les Nakadas n’étoient pas
difpofés à retourner chez eux avec leurs marchandifes, fans avoir tiré aucun
fruit de cette Mouffon. Ils propofèrent à l’ Amiral une autre forte de com-
pofition, qui feroit de payer une fomme pour chaque Vaifleau, & d'acheter
ainfi la liberté du commerce. [Peut-être n'avoit-il pas d'autre vûe que de les
amener, à cette réfolution. Il fe fit preffer néanmoins pour y confentir ; mais]
dès le même jour il convint avec Mir Mohammed Takkey, Nakada de Ze-
hemi, pour la fomme de quinze mille piéces de huit. ‘Tous les autres Vaif-
feaux confentirent à ce Traité. Une partie de la fomme ayant été payée le
6 d'Août, Saris fit partir immédiatement Towtfon, fon Vice-Amiral, avec
l'Heétor, & ne remit à le fuivre que jufqu’au 13. Sir Henri & Dounton a-
Oo 3 bandonnèrent
Douxrox.
1612,
Les Anglois
rentrent dans
la Rade de
Mocka,
Déclaration
de l'Amiral
Anglois aux
Capitaines [n.
diens.
Accommode:
ment entre les
Anglois & les
Indiens.
DowwTon,
16192,
Les deuxFlot-
tes Angloifes
fortent de la
Mer Rouge,
Elles pren-
nent leur
courfe vers
d'Inde,
29% VOYAGES DES ANGLOIS AUX
bandonnèrent auffi la Rade de M':ka, trois sus après, & repaièrent les
anae monta. kr
Détroits dès le lendemain, [Le 19, ils furent à 8 licuës d'une
ne qui eft fur les côtes d'Arabie. Toute la nuit, & l'après-midi du’ lendemain,
e vent fut fi variable qu'ils avancérent très peu. Le 41 au matin , ils s'apper.
urent que le vent contraire leur avoit fait perdre au moins deux lieuës à
ER. Mais un vent frais s'étant levé avec le foleil, ils trouvèrent à midi qu'ils
avoient fait prèsde 9 licuës Elt-Sud-Eft ; le foir ils furent à 7 lieuËs d'Aden,
qu'ils avoient au Nord-Nord-Eft, Le 22, depuis quatre heures du matin juf.
u'au coucher du foleil, ils firent quinze lieuës, & alors ils eurent Aden au
Vora-Oueft moitié au Nord, & à cinq lieuës de diftance. Le 23, ils dé.
couvrirent les Côtes d'Abyfinie, donc ils étoient éloignés de quinze lieués,
Le 26 ils furent retardés par un Courant qui les portoit au Sud, pendant qu'ils
faifoient route du côté du Nord.]
ILs n'arrivèrent que le 29 à la hauteur du Cap de Guardafu (2). Enfüite,
ayant tourné leurs voiles vers l'Inde, ilsfe trouvèrent le premier de Septem-
bre, à 13 degrés 35 minutes de latitude, trompés fouvent dans leur courf
ar l'aétion continuelle des Courans. La pluie fut continuelle pendant les
uit jours fuivans. Le 12, ils apperçurent plufieurs ferpens, qui nâgeoien
fur la furface de l'eau; ce qui n'arrive guères dans les cems orageux, & qui
marque toûjours dans ces mers, qu'on n'eft pas éloigné de la terre. Le: 3, 1
en découvrirent encore un plus grand nombre, & le fond fe trouva de cin-
quante-cinq à quarante brailes. Enfin, le r4, au lever du Soleil, ils recon-
nurent la terre, qui leur parut fort haute, à la diftance d'environ feize lieués,
Ils portèrent Eft quart au Sud jufqu'à quatre heures après-midi qu'ils découvri:
rent plus diftinétement la Côte à huit lieuës. Ayant pris le parti de la fui:
vre , ils trouvèrent affez long-tems l'eau épaiffe & bourbeufe, ce
taches claires par intervalles. La profondeur en portant Eft quart au Sud é.
toit de vingt à trente braffes; mais vers le Sud, ils ne la trouvoient que de
feize à vingt-cinq. |
Le 15, fs ceflérent d'appercevoir des ferpens. Le 16, en continuant de
fuivre la Côte de Malabare , fur vingt & feize braffes de fond, ils fe trouvé-
rent au milieu du jour à l’Oueft d’une haute montagne, quis'avance en poin-
te dans la Mer, ui eft entourée de terres baffes. Au côté du Sud, on
découvre une Baye. La plus haute partie de la montagne eft à 12 degrés 10
minutes de latitude; & cette pofition fit juger aux Anglois que ce devoit é-
tre la terre de Magifilan. Le lendemain, ils eurent le vent ficontraire avec
un tems fi fombre & fi pluvieux, qu'ils perdirent pendant quelques heures la
compagnie de l’Amiral ; mais l'ayant retrouvé avant-midi, ils portèrent direc-
tement au Sud. Le 18, la terre ie couvrit d’un brouillard fi épais, que pen:
dant tout le jour ils ne purent l’appercevoir. Le fond étoit toûjours entre
vingt-cinq & vingt-neuf brafles. Le 19, ils furent pouflés par un vent Sud:
Oueft, à quatorze lieuës de la terre, où ils ne trouvérent pas de fond à
moins de quarante braffes. [Le 20, par un beau tems ils eurent le vent vari:-K
ble,
voient vûe le jour précédent; ce qui prouve
qu'ils avoient été fort trompés par les Courans,
qui fuivant les obfervations du Capitaine, pot:
tent au Sud-Oueft. KR, d, E.
(3) Angl. Le 29ils virent une Terre, qu'à
£aule de fa hauteur, ils prirent d'abord pour
les côtes du Cap de Guardafu, mais bientôt
ils la reconnurent pour la même terre qu’ils a-
commande
Cette Ville
les Habita
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traire avec
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tèrent direc-
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Car, L
295
ble, & pendant tout le jour ils furent fur 44 ou 45 braffes d'eau, fond li-
moneux, Le 21, ils eurent peu de vent jufqu'à crois heures de l'après-mi-
di; mais alors le vent s'écant mis au Nord-Nord-Oueit, ils avancérent de
drfaçon que] le 22, ils découvrirent avant-midi le Cap de Comorin , [dont les
Côtes , fuivant les obfervations du Capitaine , s'étendent au Sud-Eft,] Le jour fui-
ppvant,ils aperçurent la cerre haute qui eft [à 18 Heuts] à l'Eft de ccCap [& qui s'é-
tend Nord-Nord-Oueft, ] Le 24 , ils eurent la vûe de Ceylan; & le 26 ils en recon-
nurentla pointe méridionale , qui porte le nom de Cap de Galle, Sa latitude eft
de sdegrés 40 minutes. Ils continuëèrent leur courfe Éft-Sud-Eft, avec un vent
qui ne cefla point de fe foûcenir entre Sud-Oueft & Oueft-Sud-Oueft. La pluie
les abandonna fi peu, qu'une rte de leurs grains fe trouva corrompue par
l'humidité, [& qu'ils eurent plus de vingt piéces de Calicos pourries.
(a) Enfin le 19, à trois heures après-midi, ils jectérent l'ancre dans la Ra-
de de Tékou, où ils trouvèrent le Darling, qui y étoit arrivé dès le mois
de Juillet, Pemberton qui le commandoit, avoit eu le chagrin d'y perdre
trois de fes Marchands & trois Matelots. Le refte de fon Equipage étoit ac-
cablé de maladies. 11 s'étoit trouvé peu de poivre dans l'Ifle, avec peu d'ef-
pérance d'en recueillir davantage juiqu'à la faifon fuivante, qui ne devoit
arriver qu'aux mois d'Avril & de Mai. D'ailleurs les guerres civiles met-
tient un fâcheux obftacle au commerce, Le Thomas, Vaifleau de Saris, é-
toit aufli dans le même Port: il étoit revenu depuis peu de Priaman, où il
gpn'avoit pas mieux réufli que le Darling à Tékou. [Ils y apprirent des bonnes
nouvelles de David Middieton, & le Capitaine Caftleton , qui étoit arrivé-là
quelque tems avant eux, les informa qu'on attendoit quinze bäâtimens Hol-
landois chargés de Munitions, & deux l’rançois qui venoient pour négocier.
Cette nouvelle diffipa: les cfpérances qu'ils avoient conçues de fe dédom-
mager de tout ce qu'ils avoient fouffert dans leur voyage.]
Le 20, Sir Ienri peu facisfait de cet endroit, mit à la voile fur le Pep-
per-Corn, pour fe rendre à Bantam, & laiffa l'Incréafe à Tékou, fous le
commandement de Dounton, pour y demeurer jufqu'au 16 du mois fuivant.
Cette Ville devint fort défcrte au mois de Novembre, par l'ordre que tous
les Habitans reçurent le 2 de fe rendre à l'Armée. Raja (2) Buncha (c’étoit
le nom de leur Prince) étoit en guerre contre un Raja voilin , [dont l’Auteur
vante le courage & l'habileté, fans nous apprendre quelle étoit la caufe de
leur divifion.] Le 20, après avoir trouvé beaucoup dé mauvaife-foi dans les
#Négocians du Pays qui avoienc livré du poivre aux Anglois, [& qui y a-
voient mis des petits facs de ris, & même des pierres pour en augmenter le
oids, ] Douncon fortit du Port à la clarté de la Lune, avec un vent Nord-
s, que pen Et. Il eut befoin de beaucoup de précautions, pour éviter deux rocs fort
pûjours Entre connus, qui font à trois lieuës de l’Ifle; l’un Sud quart à l'Oueft, l’autre
in vent Sud Sud quart à l'Eft; & qui ne font jamais fans danger, quoique dans l’efpace
as de fond à Hqui les fépare le fond foit par-tout de vingt-fix brafles. [Les mêmes vents
e vent à qui font favorables pour {ortir du Port, & les Courans, dont la violence eft
)
ce qui prouve
par les Courans,
Capitaine, pot
prefque toûjours égale, expolënt les Vaifleaux à fe brifer contre l’un ou l’au-
tre
_(a) La ‘13e. Seétion commence ici dans l'O- (b) Angl, Raja Dûnefü, ou Booncfoo.
riginal, R, d, E, | R. d. L.
Dounron.
16192,
Cap de Co-
morin,
Les Angloi:
arriventà Te
kou; ils y re
trouvent le
Darling,
L'Amiral
part pour Ban
tan fur lePep-
per-Corn,
Dounton part:
après lui; dan--
gers qu'il ef
fuye,
Dounro,
1012,
Dounton eft
forcé de re-
tourner à ‘l'e-
kou,
Il fe remct
en mer,
296 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
tre de ces deux écueils.] [Les Anglois furent forc furpris quand malgré lyxte
manœuvre qu'ils avoient faite, pour aller au Sud-Oucit, quart à l'Oueft,
ils fe crouvèrent tout-d'un-coup fur quatre brafles d'eau, & s'apperçurent
que leur Vaifleau étoic arrêté fur un Rocher, Ils y reftérenc près de deux
heures; & ils firent vous les efforts poilibles pour fe tirer de ce péril,] Heu.
reufement pour Dounton, le tems devine fi calme & la mer fi tranquille, que
la feule aétion du Courant le mit biencôe en füreté ; &, pour comble de bon.
heur, un vent frais d'Oueft, qui fe leva aufli-côe , l'éloigna cout-d'un-coup des
deux rocs, 11 jetta l'ancre à deux milles, pour attendre fa Chaloupe, qui ap.
portoit quelque refte de marchandife après lui; mais il reconnut la faveur du
Ciel dans le parti qu'il avoit pris de s'arréter, lorfque À prmggpe de cet inter.
valle pour vifiter fon Bâtiment, il découvritune voie d'eau, que la précipita.
tion de l'Amiral à partir pour Bantam lui avoit fait ss 5 Le mal , qui pa-
rut d'abord affez léger , augmenta tout-d'un-coup avec tant de violence, que tout
l'Equipage fu affemblé pour délibérer fur une ficuation fi preffante, On con.
fidéra le danger fous plufieurs Faces, Premièrement, l'ouverture évoit déja fi
rande, qu'elle employoit continuellement un grand nombre de perfonnes , dont
€ travail n'empéchoit pas l'eau de gagner avec beaucoup de vicefTe, 2°, Le
Vaifleau étant fans fer, on ne trouvoit rien qui pût fuppléer à la chaîne de la
pompe, qui s’étoit déja brifée pures fois ; & l'eau d'ailleurs commençoiri
s'élever avec tant de force qu'il paroiffoit impollible de porter le cravail au
bas des pompes, 3°, La plus grande partie de l'Equipage étoit dans un éut
de foibleffe & de langueur , caufée par la mauvaife qualité des alimens, qui
ne permettoit pas d'en efpérer beaucoup de fecours, 4°. La bonté du Vaiffn
& la richefTe de fa Cargaifon méritoient toutes fortes de foins pour le conier.
ver, Enfin ic naufrage de l'Afcenfion , les infortunes de Saarpey , & les
mauvais procédés de fon Equipage, étoient des éxemples capables d'allarmer,
Arrès avoir pefé des raifons fi fortes, Dounton jugea que le feul parti qu'il
eut à prendre évoit de retourner à Tekou, pour s'y procurer des fecours qu'il
ne pouvoit cfpérer au milieu des flots. Le vent feconda fes intentions, Ayant
abordé au rivage vers la fin du jour, avec une peine incroyable à faire jouir
continuellement les deux pompes, il n'eut rien de preflant que de foulager
le Vaifleau en déchargeant une partie de fa cargaifon. La réparation des voies
d'eau dura jufqu'au 8 de Décembre; après quoi l'Incréafe remit à la voile,
avec la précaution de fe faire précéder par fa Chaloupe pour fortir.du Port.
Les deux rocs furent évités d'autant plus heureufement que la Mer étant fort
tranquille, les gens de la Chaloupe eurent peine à les appercevoir, [Comme
on s’étoit éloigné de l'Ifle par un vent frais de Nord- Nord-Eft, & enfuite
de Nord-Nord-Oueft, & qu'ainfi on avoit dû faire route vers le Sud-Sud-
Oueit, & Sud quart à l'Oueft, on fe crut près du Roc contre lequel on avoit
donné auparavant, Cela fut caufe qu'on avança encore avec plus de précau
tion.] On porta enfüuite, pendant toute la nuit, au Sud, & au Sud quart à
l'Oueft, avec un petit vent frais, qui rendit la navigation fort légère. Lelen-
demain au lever du Soleil, on fuivit cireétement le Sud-Oueft quart au Sud,
l'efpace d'environ dix lieuës , après lefquelles on découvrit du même côté
quelque partie d’une grande Ifle, & l'on recommença à porter au Sud. La
pluie & l'orage furent terribles la nuit fuivante ; ce qui n'empècha point de fai-
re huit licuës avant le jour ; & la clarté du Soieil naïlant fit découvrir la hau-
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méme côté
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uvrir la hau-
{te
Krdans la Baye, que de manquer l'occafion de retourner avec eux.
r, [Comme Le)
INDES ORIENTALES, Jav. IV, Car, IL ty:
pprte terre de Sumatra, à vingt lieuës de diftance, [du côcé de l'Eft; & en mé-
me-tems on avoie, à huit licuts au Sud-Eft, la partie de l'Ifle qu'on avoit vue
le jour mer La latitude, à midi, écoit de 2 degrés 1 1 minures du Sud,
On arriva le 20 à Pulo Panian,
Sin Henri Middieton, que la néceflité de radouber le Pepper-Corn avoit
arrèté dans cette Ille, n'eut pas moins d'inquiétude en apprenant le malheur
ui étoit arrivé à l'Incréafe, que de facisfaëtion à la vûc de ce précieux Vaif-
eau. 11 affembla aufli-côc le Confeil pour délibérer fur les moyens de le ga-
rancir du même danger, Le réfüleac fut qu'il devoit être fortifié & caréné avant
que de retourner en Europe, Mais comme cette entreprife demandoit beau-
coup de tems, on réfolut aufMi de renvoyer immédiatement le Pepper-C'orn
en Angleterre , pour donner quelque fatisfaétion à la Compagnie, La fépara-
tion des deux Vaiffeaux devint funefte à Sir Henri qui mourut le 24 de May à
Machian , du chagrin d'avoir vû échouër le fien & d'avoir perdu une partie
de fon Equipage. On lira cette trifte avanture dans les Relations de Floris &
de Saris.
Ainst, Dounton, après avoir achevé de charger le Pepper-Corn à Pulo
Panian, mit à la voile pour l'Europe le 4 de Février, Il mouilla le 19 de Mai
dans la Rade de Saldanna, où il s'atcendoit de trouver tous les Bütimens An-
glois qui étoient partis de l'Inde pour reprendre la même route, Mais il n’
trouva que l'Heétor & le Thomas, deux Vaifleaux du Capitaine Saris ,
l'Expédition, commandé par le Capitaine Newport, qui étoit parti de Lon-
dres depuis fix femaines, pour le douzième voyage de la Compagnie, Le
Thomas & l'Heétor devant lever l'ancre dans peu de jours, Dounton anima
mieux fe priver des rafraîchiffemens & du repos, qu'il étoit venu chercher
Il fe con-
tenta de fe pourvoir d’eau , avec toute la diligence poñlible,] Ils levèrent
l'ancre le 15, tandis que l'Expédition alloit doubler '« Cap de Bonne-Efpéran-
ce, pour relâcher dans fa courfe au Golphe Perfique, où il devoit laifler Sir
Robert Sherly & Sir Thomas Powell avec leurs femmes.
Les vents contraires retardèrent long-tems cette nouvelle Efcadre, & la
ouffèrent enfuite vers le Sud. Le Pepper-Corn, qui étoit bon voilier, pro-
ita fi. adroitement des premiers fouffles dont il put tirer le moindre avantage,
ue laiffant les deux autres fort loin derrière lui, il les perdit enfin de vûe ;
gr {Pour les rejoindre, il fit voile vers le Sud, & fe rapprocha de terre, il les
attendit inutilement jufqu'au 19. Ce jour-la il fe trouva à dix -fept lieuës de
Saldanna. Le tems étoit fort couvert & il refta tel pendant les trois jours
fuivans.] Le 6 Juin, étant à la hauteur de la pointe du Nord-Eft, il s’appro-
cha de l'entrée de la Baye, dans le deffein d'y jetter l'ancre pour les attendre.
Mais il y apperçut deux Caraques Portugaifes, dont le premier mouvement
d'une jufte défiance ne lui permit pas d'approcher. Il tint quelque tems contre
le vent, pour délibérer fur les périls de cette rencontre. Cependant il prenoit
la réfolution d'en courir les rifques, perfuadé que les Portugais ne le croi-
roient pas feul; lorfqu'il fe fentit entraîné par les Courans avec tant de
violence, qu'il n’y trouva pas d'autre reméde que de tourner fa proue vers
l'Angleterre. [1 perdit ainfi la double efpérance de rafraîchir fes gens, qui
£toient accablés de maladies, & de rejoindre le Thomas & l'Heétor. Le 15 &
II. Part. Pp | le
Dovwrox,
1012,
Pulo Pantun
Dourtron re
Joint l'Amiral
dans cotte
lile,
1613,
Le Pepper
Corn elt ren
voyé en Àn
gleterre,
Vaieaux
qu'il trouve
ans la Baye
de Saldanna
Il rencontre
deux Cara-
ques Portu-
gailes,
Douwron.
1613.
Il arrive à
Waterford en
Irlande,
Dounton eft
arrêté en qua-
lité de Pyrate.
298 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
le 16, il effuya des pluies d’une groffeur furprenante. Le 18, il paña la
Ligne.
Le refte de fa navigation n'auroit eu que de l'agrément, avec le gs beau
tems du monde & la flateufe idée d’une riche cargaifon , fi le fcorbut & d’autres
maladies n’euffent continué de troubler l'Equipage.] Le 10 de Septembre, après
avoir doublé les Caps d'Efpagne, le vent devint fi difficile à gouverner, que
Dounton n'efpérant point de pouvoir aborder dans aucune partie Méridionale
de l'Angleterre, dirigea fa courfe au Nord-Eft, pour gagner Milford - Haven
dans le Pa s de Galles, d’où il fe l'onde sou plus de facilité à donner de fes
nouvelles à la Compagnie. Le lendemain, à cinq heures après-midi , on dé.
couvrit tout à la fois la Côte de Galles & celle d'Irlande, qui fe préfente par
une haute montagne entre Wexford & Waterford. On pañla la nuit à l’ancre,
dans la crainte d’être jetté contre les rocs, par un vent qui étoit encore devenu
plus impétueux. Il continua, le jour fuivant, avec tant de furie, que perdant
toute efpérance de pouvoir s'approcher de Milford Haven, Dounton fe déter-
mina tout-d’un-coup à fe réfugier dans la Rivière de Waterford. Le 13 au ma-
tin, il reconnut la Tour de Whooke, feule marque à laquelle on diftingue
cette Rivière, qui n’en eft qu’à trois lieuës. À huit heures, on apperçut une
petite Barque, qui fortoit de la Rivière, à qui l’on fit figne de venir à bord.
C’étoit une Barque Françoife, qui allait à Wexford, & que le Capitaine
louä pour aller porter la nouvelle de fon arrivée au Commandant du Fort de
Dunganon, parce que l’entrée du Canal étant fort étroite, il craignoit que
fon Vaifleau ne fouffrit du moindre retardement , s'il étoit forcé de jetter
l'ancre. À midi, il remonta la Rivière jufqu’au lieu qui fe nomme Pallige ,
où il trouva un Pêcheur de Lime, nommé Stephen Bonner , qui vint au-de-
vant de lui dans fa Barque avec quelques autres Matelots, & qui entreprit
avec beaucoup de zéle de rendre toutes fortes de fervices aux malades du
Vaifleau.
Lz 18, Dounton dépêcha Bonner à Londres, avec une lettre à la Compa-
gnie, par laquelle il Jui rendoit compte de fon arrivée & de fes befoins,
Ïl reçut, le même jour, la vifite du Doéteur Lancafter , Evêque de Water-
ford, qui fignala fa politeffe par un grand feftin qu'il fit préparer à bord,
& fon zéle par un fermon qu'il prêcha devant l’Equipage.
[LE 21 On eut auffi la vifite du Capitaine Jean Burrell qui offrit de prê-k$
ter à Dounton l'argent dont il avait befoin, pourvu qu’on envoyât avec lui
quelqu'un à Cork: on choifit Mullineux pour cela ]. Le 22, il arriva au
Capitaine Dounton une difgrace, [ qui non-feulement lui rappella les trahifons
& la barbarie des Turcs, mais qui lui fit douter fi c’eft avec raifon que fes
Compatriotes s’attribuent l’honneur d’être plus humains & de meilleure foi
que ces Infidéles. ] Il avoit congédié @ un de fes Matelots pour quelques
crimes notoires. Ce niférable, qui devoit fe croire heureux d’avoir évité
le dernier fupplice, s’engagea au fervice de Stratford, Commandant du Fort
de Dunganon , & ne tarda point à lui raconter toutes les expéditions de
fon Vaiffeau dans la Mer Rouge. Stratford n’étoit point aflez riche pour
vivre content de fa fortune, ni affez honnête-homme pour rejetter l’occa-
fion
Ce) Angl, avoit fait mettre en prifon à Waterford. R, d, E.
lle 23
& Bâtiment
Eimmédiat/
Kprétend
non, 4
nicatior
fe voir
tretiens
la mêm
leurs dé
qu'il eût
blic s'ét
par les
Lawrenc
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Capitaine
avec de
Orientale
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IL for
tin, il ét
la Rade d
où fe tro
core le c
les Officid
Contre-m
avoir pri
ce, juftifi
Ajoûtons
rie, il ra]
le même
riva à Til
fite des D
INDES ORIENTALES, Lrv. IV. Cf. L 99
fion de s'enrichir par une (ar Îl crut pouvoir abufer du Statut contre Douwron.
fa la la Pyraterie, pour arrêter le Pepper-Corn, & fe faifir de toutes les mar- 1613.
chandifes au nom du Comte d’Ormond, dont il eut l’adreffe d'obtenir un
beau K plein pouvoir. Il vint à Paffage avec cette autorité ; & faifant dire à Doun-
autres ton qu’il avoit deffein de le vifiter fur fon Bord, il le pria de lui envoyer
après fa Chaloupe. Elle lui fut envoyée fur le champ; mais il fit arrêter ceux
que qui la conduifoient , & prenant fes propres Matelots avec hs gens
ionale armés pour fe rendre fur le Vaiffeau, il arrêta aufñfi le Capitaine & fon Bà-
Haven timent à titrede Pyraterie. Dounton fut renfermé dans le Fort de Dunga- Ilettrenfer-
de fes non, avec des ordres rigoureux pour lui retrancher toutes fortes de commu- peur D |
n dé- nication; ou fi quelqu'un obtint la liberté de le vifiter, ce ne fut que pour ganon. ”
te par fe voir forcé, en le quittant, de répéter fous la foi du ferment ,tous les en-
ancre, tretiens qu'il avoit eus avec le Prifonnier. Ses gens furent éxaminés avec
levenu la même rigueur, & l'on employa les détours les plus captieux pour rendre
erdant leurs dépofitions nuifibles au Capitaine. Sa prifon dura près d’un mois , fans
déter- qu'il eût la liberté de fe défendre ni de fe plaindre. Cependant le cry pu-
au ma- blic s’étoit fait entendre en fa faveur, & le Comte d'Ormond mieux inftruit
ftingue par les informations de quantité d’honnêtes-gens , envoya à Paflage Sir
ut une Lawrence Efmond pour approfondir cette affaire. Dounton fut délivré de la
bord. tyrannie de Stratford, & conduit à Paflage, où dans la préfence de l'Evê-
pitaine ue de Waterford & d'Efmond, i! prouva aifément la vérité de fa Commiffion
ort de & la juftice de fa conduite ; & il fut remis en pofleflion de fon Vaifleau.
oi que [Le 23 Mullineux expédia à la Compagnie les lettres par lefquelles le
> jetter Capitaine lui donnoit avis de cette défagréable affaire; & revint de Cork
age , avec de l'argent. ] Dounton vit arriver le 26 de Septembre, dans un petit
au-de- Bâtiment de Briftol, a or A [député de la Compagnie des Indes
treprit Orientales, ] qui lui apportoit de l'argent avec des hommes & des provifions
ides du pour achever fon voyage. |
IL fortit, le 6 d'Oftobre, de la Rivière de Waterford. Le 12 au ma- flobtientia
ompa- tin, il évoit à la hauteur de Beachy, & quelques heures après il entra dans liberté & re-
befoins, la Rade de Douvres. Il en partit le 13 pour aller jetter l'ancre aux Dunes, Lit en An-
Water- où fe trouvant près d'un Vaifleau de guerre, nommé l'Affärance, il eut en. °°
bord, . core le chagrin, fur diverfes indifcrétions de fes gens, de fe voir arrêté par
. les Officiers de ce Bâtiment jufqu’à l’arrivée des ordres de l’Amirauté. Son
de prê-kF Contre-maître, qu'il dépêcha aufli-tôt à la Compagnie des Indes, apporta ,.
avec lui immédiatement l'ordre de le relâcher ; [ mais l'opinion même qu’on fembloit
riva au avoir prife, en Angleterre, de fon voyage & de la nature de fon commer-
rahifons ce, juftifie quelques réfléxions qui me font échappées fur fon propre récit.
que fes Ajoûtons qu’en reconnoiffant, dans fa Relation, qu'il fut accufé de Pyrate Remarque
eure foi rie, il rapporte bien qu'il fe mit à couvert de cette imputation; mais ilne fur fon voya-
quelques kprétend nulle part qu’elle fût fans fondement. ] [ Le 18 il mit à la voile, & 5°
ir évité le même jour il jetta l'ancre dans la Rade de Gorend. Le lendemain il ar-
du Fort riva à Tiülbury. Le 20 il fe rendit à Blackwall. Et l'après-midi, il eut la vi-
ions de fie des Députés de la Compagnie, qui le déchargérent de fa commiffion. ]
e pour
l'occa-
fion pur
Pp2 LATITUDES.
g殜 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
LATITUDES.
Aden en Arabie........... 12 95 Dabul(entréedelaRade)... 17 34
Variation Oueft...... 12 40 arjation. ........... 15 94
Ifle de Cameran..........,. 15 oo Mafigilan........,......, 12 ïo
Baye de Soually........... 20 55 Cap de Galle dans l’Ifle de
Variation Oueft...... 16 40 QUAR de sesosonseoss 49
Ce LCL ST OUT OT CL ES à Lo Lischur L'EL Li LR
CHAPITRE II(:)
Voyage d'Antoine Hippon à la Côte de Coromandel , à Bantam
à Siam en 1611.
Hrrron. N trouve dans Purchaff deux Relations de ce Voyage, l'une par Natha-
1611. O niel Marten (2) , Contre-maître du Vaiffeau nommé /e Globe, qui fut en-
Remarques voyé feul dans l'Inde, en 1611, fous le commandement du Capitaine Hippon,
prélitates l'autre par Floris. Celle-ci, qui eft de Marten, ne contient guéres que des re-
lation. marques nautiques & des obfervations de latitude , leéture plus utile qu’agréa-
bie, & qu'on offre ici prefqu'uniquement aux Navigateurs & aux Géogra-
phes. Aufñi Purchaff même a-t'il fupprimé (c) une grande partie du Jour-
nal de Marten,& n’y a-t'il joint celui de Floris que pour dédommager le Lec-
teur de la fécherefle du premier. Cependant, comme le deflein de ce Re-
cueil eft de donner un corps de tous les Voyages , ceux qui prennent la
peine de le compofer ne doivent pas craindre qu'on leur faife un reproche.
d’avoir apporté trop de foins à le rendre complet; fur-tout lorfqu'avec une
fidélité conftante pour leur plan. ils n'y admettent rien qui ne porte le c4-
raétère de la vérité. Qu'on y faffe réfléxion: ce ne font pas les voyages.
les plus eftimés dont la. leéture a le plus d'agrément. Les premiers Navi-
gateurs de chaque Nation fe font d’abord attachés à découvrir des Côtes
inconnues , &. n’ont guères écrit que pour l'inftruétion de ceux qui vifite-
roient les mêmes lieux, dans la vûe d'y frire d’autres fortes de découver-
tes. C'eft.ce qui rendra bientôt les Rate plus agréables, à mefure que
_ Réféxion les années vont augmenter. [ Dailleurs il faut. fe rappeller ce qu’on a prisk
Du Re NN foin de répéter ici plufieurs fois, & ce que chaque Leéteur doit avoir véri-
tour anglo. fié lui-même; que les Marchands Anglois , dans l'origine de leur commer-
. ce, étoient conduits par l'unique efpoir du gain, fans aucune vâûe de cu-
riofité ou de plaifir, & , j'ôfe dire, avec aufñi peu de lumières que de goût.
L’avidité des richeffes a fait entreprendre aux Anglois les voyages de com-
merce ;. & le fuccès du commerce, qui a produit avec les richeltes le goût
des fciences & du plaifir, les a fait penfer enfüite à tirer de leurs. voyages au-
tant d'agrément que d'utilité. Ox
(a) C'eft le XIIL. Chapitre duIIl. Livrede tièrs, qui interrompent le fil de la Narration,
POiiginal, R. d. E. ik auroit mieux fait d’abréger chaque pari-
ur(b) Voyez Vol.L. pag. 314. dela Colleétiôn graphe, en donnant éxaétement la route du
de Purchaff. Vaiileau..
(e) Aulicu de fupprimer des articles en-
ZrE=MYLE%X,van 20m een Graad
r Natha-
ji fut en-
Hippon ,
des re-
qu'agréa-
Géogra-
du Jour-
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commer-
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+ de goût.
de com-
oyages au- rilandenÿ #08
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Échelle de Lieues Marines de France :
a Narration;,
chaque pari
la route du
OLPHE DE BENGALE
Ziree de la Carte de
L'Ocean Orrental, 7 À
Publiée Ordre de « MST Le Comte Ÿ "2,3 (7 FE
1 boites en 1740. SF
gmentée , /r des Remarques particulières
A. Anglois : Engelsfen.
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ÉXXBT van de GOLF van BENGALE, gemaakt na de Fransfe-Kaart van den Oosr.
Vermeerderd op Syzondere Aa
ZrrMYLEY, van 2010 een Graad
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I
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de Mai.
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vage; mi
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renverfée
ne de no
l'Auteur
LE 15
vernante
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuarp, Il, got
On ne fe plaindra point de trouver, dans la Relation de Marten,unecn- Hirrox,
nuyeufe répétition de la route ble al Etant parti de Blackwall le 3 de 1614.
Janvier 1611, [fur un Vaifleau nommé le Globe, il arriva à Saldanna le 2r Départ rou
de Mai. Il quitta cette Baye le 6 de Juin & ayant dirigé fa courfe par Mo. t d'Hippor.
zambique, Comore & Pemba,] il fe tranfporta à la hauteur du Cap de Galle,
dans lle de Ceylan, où il fe trouva le dernier jour du mois de Yuillec. Le
4 d'Août au matin, l'Auteur obferve que la variation étoit de 13 degrés 7
minutes. À Midi, le Vaiffeau étant à fix licuës de la terre, qu'on apperce-
voit diftinétement du tillac, on eut pour latitude 9 degrés 15 minutes. A
trois lieuës du rivage, on trouva neuf bralles de fond, & l'on jugea que la
Côte fe préfente Nord-Ouetft, & Nord-Ouelt quart au Nord.
LE 6, au matin, on s'apperçut que le Vaiffeau étoit engagé dans un grand
H Courant, dont ladireétion étoit Nord quart à l'Oueft. [A midi on trouva que
depuis les quatre heures du foir , du jour précédent, on avoit fait dix-fepe
lieuës; car alors on avoit pour latitude 10 degrés 31 minutes. Depuis midi
jufqu'à deux heures, on porta Nord-Oueft.] Cependant la vûe de plufieurs Pé-
cheurs, qu’on découvrit du haut des mäts, fit juger auffi qu'il y avoit peu.
de rifque à les fuivre; & la cerre qui fe fit voir prefqu'auifi-tôt à fept ou
huit lieuës vers l'Oucft-Nord-Oueft, achevr ae “aflürer les Matelots. On
tourna la proue, fur vingt braffes de fond. .\ ;nefure qu'on avança, l'eau fe
remplifloit de rocs & de bafles. Vers trois heures après-midi, on apperçutla
Tour de Négapatan, & un Vaiffeau , qui étoit à l'ancre au Nord-Oueft. On Tout de Né-
mouilla fur huit brafles, à trois lieuës du Rivage. gapatin.
Hiepon, qui n'explique point fes projets, remit à la voile, le foir, & fit
feize lieuës jufqu'au lendemain à midi, portant Nord quart à l'E, fur un
fond qui fe foûcint fans ceffe entre douze & quatorze braffes. La latitude, de
11 degrés 57 minutes. Depuis le 7 jufqu’au 8 à midi, il continua de porter
Nord quart à l'Eft, & l'on fit environ vingt lieuës, à la vûe de la haute ter-
re, qui s’éleve de collines en coilines. On prit ce jour-là une Barque de Saint
Thomé. Le 9 à midi, on découvrit au Nord-Nord-Oueft la Viile de Mé-
liapor à deux lieuës. La marque, pour la reconnoître, eft une montagne fort Métiapor:
haute, qui eft dans les terres. A deux lieuës au Sud de Paleakate, on trouve
un banc, qui n’eft guères à plus d'un mille du Rivage, mais dont la pointe
Nord-Eft s’en écarte de plus d'une lieuë. On s’en approcha imprudemment
jufqu'à ne trouver que trois braffes de fond; ce qu’on peut éviter fans pei-
ne en fe tenant toûjours fur dix ou douze braffes. Le 9, à quatre heures après-
fmidi,on mouilla vis-à-vis la Ville, [qui s’étend à l'Oueft quart au Nord.] Elle
a, au Nord, une croix qui peut être apperçue à deux o4 trois milles du Ri-
vage; mais, de ce lieu, on ne pzut découvrir la Ville même. Ilippon, ne On rive
trouvant point cette Rade commode, s’avança plus au Nord, & jetta l’an- ! re
cre fur huit braffes. Le 10 à mudi, ils virent paroître une Barque, qui vintà uno
bord de la part du Gouverneur. Browne & Floris prirent le parti de defcen-
dre au Rivage, mais dans la Chaloupe du Vaifleau, qui fut malheureufement
renverfée parune vague en paffant la barre, fans qu'il y eut néanmoins perfon-
ne de noyé. Paleakate eft fituée au 13. degré 13 minutes de latitude, Le 13
l'Auteur trouva la variation d'un degré 15 minutes par le demi-cercle.
Le 15, Hippon defcendit lui-mème à terre, pour conférer avecla Gou-
vernante ; mais il revint à bord le jour füuivant , fans avoir pl s’accorder fur
Pp 3 es
Hirron.
10611.
Hipponentre
dans la Rade
de Petapoli,
Il eft invité
au commerce,
ll fe rend à
Maiulipatan,
39929 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
les articles du commerce. Dès le même jour il leva l'ancre pe pquer Po.
tapoli. Il s'avança l'efpace de trente lieuës jufqu'au 17 à midi, à A atitude
de 14 degrés 15 minutes, en portant fans ceffe Nord quart à l'Eft. Du 17
au 18, il fit environ vingt-trois lieuës, vers le Nord, mais d'un fi mauvais
tems qu'il fut obligé de renoncer aux obfervations. Le 18 au matin, fi dé. ps
couvrit à quatre milles de la terre une galiotte, qui étoit fur fept braffes
d'eau; elle fe tint tranquille jufqu'à ce qu'il fut fort près d'elle; mais alors
elle s'engagea entre des bancs de fable. ge il changea fa courfe du Nord.
Nord-Ef à l'Eft-Nord-Eft & à l'Eft quart au Nord ; mais trouvant peu d'eau
jufqu'au-delà d'une ouverture d'environ deux lieuës, qui forme une petite
aye dans les terres. Le 18, depuis midi jufqu'à cinq heures, il porta Nord-
Eft quart à l’Ef, pes trouver plus d'eau, parce que la Côte s'avance ici
beaucoup plus à l'Éft. A cinq heures, on apperçut, à la diftance d'environ
fix lieuës, une touffe d'arbres , qui eft proche de Petapoli, la terre eft fort
haute au Nord-Oueft de cette Ville. A fept heures on mouilla fur neuf braf-
fes. Le lendemain au matin on s’avança vers les arbres; & vers neuf heures,
on jetta l'ancre fur cinq braffes, à deux milles du Rivage.
EUX Barques, qui portent dans ce lieu le nom de Gingathes ,apportèrent
à bord une lettre des Marchands de la Ville. Elles furent fuivies prefqu'auft-
tôt d'une autre Barque & d’un Mceffager de la part du Scha-Bandar. C'étoient
des invitations à defcendre pour le commerce. On y répondit civilement, &
le lendemain, Hippon reçut un préfent du Scha-Bandar, avec deux nouvel-
les Barques pour les Faéteurs du Vaiffeau qui voudroient defcendre à terre,
Cinq Anglois, Floris, Lucas, Effington, Adam Dounton & Leman, s’of-
frirent les premiers. Is furent fi bien reçus par le Scha-Bandar & les Mar-
chands, qu'ayant renvoyé à bord le 21, pour marquer leur fatisfaétion, le
Capitaine ne fit pas difficulté d'entrer le même po dans la Rade, ES ilké
jetta l'ancre fur neuf brafles & demi Em a marque, pour palier la
Barre fans danger, eft un petit Palmier fur le bord de la Côte, vers la
pointe Nord de la colline. L’Auteur trouva la variation de 12 degrés 27
minutes.
Le 28, Floris & Effington revinrent à bord ; & le foir, on partit pour
Mafülipatan, avec le vent au Sud-Eft: On y arriva le 30. Je fupprime les
obférvations de la route , parce ge ne regardent que les vents QE ui
ne font pas toûjours les mêmes. On ne trouva nulle part plus de cinq braffes
dans ces deux jours de navigation ; & la Rade de Mafülipatan, où l’on jet-
ta l'ancre à cinq heures, n’a pas plus de trois brafles & demi [Un grandit
Arbre, qui fert de Lu er pour entrer dans la Rade, eft fitué Oueft quart
au Nord, tirant à l'Oueft. La Côte méridionale court au Sud quart à l'Ouelit,
tirant au Sud, & la Côte feptentrionale s'étend au Nord-Eft, tirant à l'Eft.]
Le 31, les Faëteurs defcendirent à terre, pour y demeurer au nombre de
cing; Floris, Efington, Simon Evans, Cuthbut, Whitfield & Arthur-Smith.
L’Auteur obferva le 28 de Décembre que la variation étoit de 12 degrés 22
minutes. ON
(4) C'eft pourquoi nous n'avons pas cru Relation remarque que le pays qui eft à l'E
devoir fuppléer ce que le Traduéteur a fup- de Petapoli s'étend Eft quart au Sud, & Ouelt
primé ici. La feule chofe qui mérite peut-être |
d'avoir place ici, c'eit que l'Auteur de cette
quart au Nord, R. d. E,
ON
kg” même
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& don:
anvier
e). Le
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à l'Ett.]
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egrés 22
ON
j eft Al'EÎ
d, & Oueit
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. II. 303
ON remit le 40 à la voile pour retourner à Petapoli, où l'on arriva le Hirron.
x} même qe à 8 heures du foir, après étre parti à 7 du matin. [Sur la route 1612.
on vit à midi, du côté du Sud, une Pointe qui s'étend Sud quart à l'Oueft;
& dont la latitude étoit 25 degrés 57 minutes.] Marten obferva, le 4 de
anvier , la latitude de cette Rade, qu'il trouva de 15 degrés 36 minutes
&, Le 15 & le 26 ayant renouvellé fes obfervations , il trouva 15 degrés
49 minutes. |
Le 7 de Février, les Faéteurs revinrent à bord avec les marchandifes qu'ils 1! revient à
avoient achetées ; &, le 11 à fix heures du matin, on fortit de la Rade de Petapoli, &
Petapoli avec le vent au Nord-Nord-Oueft. On eut fi peu de vent jufqu'au Par après fon
14, que la crainte des Courans, D portoient au Nord-Eft, fit demeurer à |
Kl'ancre à fix lieuës de la Rade, [Le 12 on fit voile par un vent de Sud-Ett,
ou de Sud-Eft quart à l'Eft, jufqu'à trois heures après-midi; & alors on jet-
ta l'Ancre fur neuf brafles d'eau. Suivant le calcul de l’Auteur, on s'étoit
éloigné de fix lieuës de la Rade, en tirant au Sud-Oueft quart au Sud ; &
l'on avoit à l'Oueft moitié Sud, les Terres hautes qu’on avoit à l'Oueft moi-
tié Nord , quand on étoit dans la ver Le 14, à quatre heures du matin,
onremit à la voile avec le vent au Sud-Sud-Eft, & l’on porta avec affez de pei-
ne au Sud-Eft & au Sud-Eft quart au Sud. [Il y a beaucoup d'apparence
qu'Hippon reprit vers Mafülipatan, & qu'ayant paifé quelques femaines dans
ce Port, il y reprit les Faéteurs qu'il y avoit laiffés; car la Relation nous
tranfporte tout-d'un-coup au 20 de Mars, fans aucune trace de ce qui s'eft
affé dans l'intervalle, & les mêmes Faéteurs reparoiffent plufieurs fois dans
e voyage.
Le : d Mars , on fut furpris par le calme. Le lendemain à midi, après
tpavoir fait fept lieuës [au Sud-Sud-Oueft], on fe trouva à 2 degrés 26 mi-
nutes de latitude. La variation étoit le foir de 13 degrés 57 minutes par le
demi-cercle ; & l'amplitude, de 4 degrés 27 minutes , qui étant fouftraits
de 13 degrés 57 minutes, faifoient, pour la variation, 9 degrés 25 minu-
tes, Depuis le 21 à midi, jufqu’au 22 à la même heure, on fit quinze
lieuës , & la latitude fe trouva d'un degré 34 minutes. Au foir, la varia-
tion étoit de 20 degrés 10 minutes; ce qui fit voir qu'on avoit été em-
orté à l'Oueft par un grand Courant. Le lendemain à midi, après avoir Continuation
Fait fept lieuës Sud quart à l'Eft, on trouva la latitude de 57 minutes , &, EE er
le foir, la variation de 10 degrés. L’Azimuth magnétique étoit de 15 de- ins,
grés 15 minutes ; & l'amplitude, 5 degrés 13 minutes. Depuis le 23 juf-
qu’au 24 à midi, on fit vingt-trois lieuës Sud quart à l’Eft, avec le vent
entre Oueft & Sud-Oueft; après quoi, fuivant les informations, on fe trou-
va fous la Ligne.
Depuis le 24 jufqu'au 25 à midi, on avança au Sud-Sud-Eft, l’efpace de
vingt & une lieuës , jufqu’à 57 minutes de latitude du Sud. L’Auteur ayant
obfervé la variation trouva l'Âzimuth magnétique de 17 degrés 40 minutes,
& l'amplitude de 6 degrés; ce qui donnoit pour la variation 9 degrés 40
minutes.
DeEpruis
@(e) Il faut qu'il y ait ici une erreur; car qu’au lieu de Petapoli, on devroit lire ici Ma-
là Rade dont il s’agit eft plus au Nord que la fulipatan,
pointe dont il vient d'être parlé, Peut-être
blirron,
1012,
lfles voifines
de Bantam,
Jaukaparce.
4
Montagne
äc Mompine,
304 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Derurs le 25 à midi jufqu'au 26 à la même heure, on fit quinze lieuts
au Sud-Sud-Elt, avec un vent variable entre le Nord-Nord-Oueit & l'Oueft.
Sud-Oueft, La latitude fe trouva d'un degré 30 minutes. Au foir, l'Azi.
muth magnétique portoit 15 degrés 5 minutes ; X l'amplitude, 6 degrés 21
minutes: par conféquent la variation 8 degrés 54 minutes,
f) Duruis le 31 à midi juiqu'au premier d'Avril à midi, le vent demeura
su trés-foible, On fit douze lieuës en portant à l'Eft-Sud-Eft, & la latitu-
de fut de 4 degrés une minute, Du premier au fecond, vingt & une lieuës &
deux tiers Sud-Eft quart à l'Eft, & la latitude 4 degrés 24 minutes. Suivant
le calcul de l'Auteur, qui fe trouva d'accord avec fes obfervations, on avoit
douze lieuës Eft-Sud-Eit, & deux lieuës (g) Sud & quart à l'ESt. Au ma-
tin, l'Aimicanter & l'Azimuth magnétique portoit un degré 30 minutes ,
l'amplitude 8 degrés 47 minutes; ce qui fafoit pour la variacion 7 degrés
27 minutes. Vers deux heures du matin, la mort enleva un Marchand ,
nommé Adam Douglas. Du 2 au 3, on fit crente-deux lieuës, & l'on fe
trouva vis-à-vis la partie la plus Occidentale de l'Ifle d'Engam (h). Le 26,
à quatre heures après-midi, on jecta l'ancre dans la Rade de Bantam , fur
quatre brafTes & demi de fond, Pulo-Panian orte Nord, Pulotando Nord-
Oueft quart au Nord, Puloduo Eft-Sud-Eft, & la pointe la plus Occidentale
de Puloranzo Nord-Oueft quart au Nord. La pointe la plus Orientale de Pu-
Jolimo touche pre‘que à la pointe Occidentale de Java. Aufli-côt qu'Hippon
eut mouillé l'ancre, Spalding, l'aéteur Anglois de Bantam, vint à bord avec
deux autres Anglois du Comptoir. …
Le 31 de May, à quatre heures après-midi, les Marchands qui étoient
defcendus à terre, rentrèrent dans le Vailleau ; & vers neuf heures, on rc-
mit à la voile en portant au Nord-Nord-Eft avec le vent au Sud. Le pre-
mier de Juin, on eut un fi mauvais tems, qu'on prit le parti de mouiller
contre l'ifle de Pulotando, fur un fond de dix-neuf brafles. Le lendemain,
on partit avec le vent au Sud-Eft, & l'on ne trouva bientôt que cinq braf-
fes , qui diminuèrent encore jufqu'à quatre, L'Ifle eft couverte de bois ,
& fa longueur paroît d'environ quatre milles. On apperçoit à peu de dif-
tance une chaîne de rocs & de fables. Depuis fix heures au matin qu'on a-
voit mis à la voile, jufqu’à midi, on fic fept lieuës Nord quart à l'Ouef.
Vers huit heures, on découvrit du haut des mâts Lukapara, à huit ou neuf
lieuës de diftlance. Le 7, on fit encore fept licuës jufqu'a midi, en por-
tant au Nord-Oueft. Vers dix heures on apperçut la montagne de Mom-
pine, au Nord-Eft, à la diftance au moins de huit lieuës ; après quoi l'on
ne trouva jamais moins de dix brafles aux langues baffes de Sumatra. Le
9 à cinq heures du matin, on porta au Nord-Oueft quart au Nord, comme
la Côte s'étend elle-même, mais on ne s’approcha pas à plus de trois ou qua-
tre lieuës de la pointe de Mompine, parce qu'il fe préfente une chaîne de
rocs à deux lieuës de la pointe Orientale de Sumatra, qui eft la feptième
pointe des Détroits.
deur de l’eau augmenta de dix jufqu’à quatorze braffes.
(f) La ade, Seétion commence ici dans l'O-
ciginal, R. dE,
(g) Angl, dix lieuis. KR. d. E,
matia,
KOueft, à
[Ces Rocs s'étendent de l'Eft à l'Oueft.] La profon-f
Quand on a Mom-
pine
> (Ch) Cette Ile eft au Sud-Oucft de Su-
pine au
degré 3
æ 1!
Nord-O
foir, on
main à
trouva 4
loignée
aulh, m
teur déc
Dour la |
ieuës O
haute te
trois pet
Le 1
degré 34
Nord-Qr
midi, l’4
Le 13,
au Nord
toient fr:
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qu'une br
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on fit di
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l'Auteur
on n’avo
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d'une lie
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re le pal
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La latitud
DEru
licuës No
«(i) Nou
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fuivre dans
Confervons
IL. Pa
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l'Oueft-
, l'Azi-
grés 21
lemeura
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ieuës &
Suivant
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Le 26,
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lo Nord-
cidentale
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r'Hippon
ord avec
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$, on rce-
Le pre-
mouiller
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u'on 4-
| l'Oueft.
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en por-
de Mom-
quoi l'on
atra. Le
|, comme
DIS OU qua-
chaîne de
feptième
a Mon-
pine
Oucft de Su-
degré 35 minutes & le fond de vingt-cinq braffes ,
La profon-Kÿ
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cm IL 305
pine au Sud-Eft , on eft délivré des rocs.
degré 39 minutes,
æ 10, vers trois heures du matin, on découvrit à trois licuËs au Nor1-
Nord-Oueft , une Ifle de petite étendue, Deus widi jufqu'à fix heures du
foir, on fit Gix lieuës au Nord; & depuis fix heures du foir jufqu'au lende-
main à midi, on fit dix-huit lieuës en continuant la même courfe. On fe
trouva alors à un degré de latitude du Nord, à la vûe de deux les; l'uneé-
loignée de fept lieuës au Sud-Ouelt quart à l'Oucit ; l'autre de fept licuës
auf, mais à l'Oueft-Sud-Ouelt, Le fond étoit de vingt-cinq braffes. L'Au-
teur découvrit du haut des mâts une haute terre à douze lieuës, qu'il prit
pour là haute terre de Bancam (1). Depuis midi jufqu'a fix heures, on fir {ept
feuës Oueft quart au Nord. Le fond fe trouva de vingt-cinq braffes , & la
haute terre de Bantam ne parut plus alors qu'à fix licuës,
trois petites Iles à l'extrémité Sud-Eft de cette Ifle.
Le 19, on fit cinq licuës, Nord quart à l'Eft, La latitude fe trouva d'un
[& à dix licuÿs Oucit
Nord-Oueft de la Côte feptentrionale de l'Ifle de Bantam.] Dans l'après-
midi, l’Auteur découvrit à neuf lieuës au Nord-Oueft, une [le affez haute,
Le 13, depuis fix heures du foir jufqu'au 14 à midi, on avança neuf lieuës
au Nord-Oueft quart au Nord , à caufe du Courant, Les calmes, qui é-
toient fréquens, fervoient non-feulement à retarder la navigation , mais à
rendre l’aétion des Courans plus difficile à furmonter. On fe crut pen lant
cette nuit dans un grand danger, lorfqu'ayant jetté la fonde on ne trouva
qu'une brafe de fond. Mais après s'être avancé en tremblant, on fe retrou-
va fur dix & onze braffes. Depuis fix heures au matin du 15 jufqu'a midi,
on fit dix lieuës Nord-Nord-Eft. La latitude étoit de 4 degrés 48 minutes,
& le fond de trente brafles. A huit heures, on apperçut une Ifle au Nord-
La latitude droit ce jour-là d'un
On apperçoit
KPOueft, à quatre milles, [& à cinq licuës du Continent fuivans le calcul de
l'Auteur, elle étoit à 4 degrés, 35 minutes. ] La nuit ayant été fort calme,
on n'avoit remarqué ve Courant, qui alloit vers le Nord. Depuis midi
jufqu'à fix heures du foir, on porta au Nord-Nord-Oueft, & l'on fit huit
Tiens , après lefquelles on découvrit une autre Ifle à l'Oueft quart au Nord. On
n'étoit qu'à cinq ou fix lieuës du Continent, dont cette Ifle n'eft éloignée que
d'une lieuë. Depuis le 16 à midi jufqu'’au dix-fept à la même heure, on fit
douze heuës.au Nord-Nord-Queft; mais on découvrit taut-d'un-coup devant
le Vaiffeau un roc abîmé, qui dans l'effroi dont on ne put fe défendre , quoi-
u'on eût encore onze braffes d'eau à moins d'une lieuë du Rivage, fit pren-
re le parti de tourner promptement au Nord-Eft; fans compter qu'on voulut
éviter deux petites Ifles à l'Éft, qui ne paroifloient pas non plus fans danger.
La latitude étoit ce jour-là de 5 degrés 54 minutes.
Derurs le 17 à midi, jufqu'au lendemain à la même heure, on fit huit
lieuës Nord-Oueft ; & le même nombre depuis le 18 jufqu'au 19, dans la mé-
me
«F(i) Nous avons déja eu occafon d'aver-
tir que nous ne changerions rien à l'Ortogra-
phe que Mr. Prévolt a trouvé-d-propos de
fuivre dans les noms de lieux ; ainii nous
onfervons ici le nom de Lantun, quoiqu'il
II. Part. Qq
ne s'agifle pas de Bantam dans l'Ile de Java,
mais de la petite l'Ifie de Bintam, ou Bin-
tang , dont il a déja été parlé cy-devant
Vol, J. page 136.
Ifles diver.
fus, fonds &
latitudes,
Danger du
Vaifiau A
glois,
flirron,
1612.
Roc dange-
roux & fa fl
tuation,
Suites d'obfer-
vations nauti-
ques,
VOAYGES DES ANGLOIS AUX
me direétion. Le matin à fepc heures, Marten apperçut un petit roc h trois
lieuts du Vaiffeau. Comme on s'en trouva fort près vers midi, il defcendit
dans la Chaloupe pour s'affürer du fond, qu'il trouva de 12 braffes à la portée
d'un jet de pierre, & de 6 braffes contre le roc. Cet écueil eft entre la pointe
Oueft & la pointe Sud de la terre, à trois ou quatre lieuës de la prémière,
& à deux ou trois lieuËs de l’autre, Depuis le 20 jufqu'au 21 à midi, on porta
au Nord-Oueft pendant fix lieuës, Le calme obligea de mouiller deux fois
dans le cours de la nuit, Depuis le2r jufqu'au 22 , on côtoya le Rivage, avec
le vent à l'Oucft; après quoi l'on RPpErEue la balle pointe de fable de la Rade
de Patane, à deux lieuts an Sud du Vaifleau,
ON s'arrêta dans cette Rade pre 4 d'Août, qu'on remit à la voile avec
le venc au Sud -Sud-Oueft; & l'on porta fucellivement au Nord-Oueft , au
Nord-Oueft quart à l'Oueft, &au Nord-Oucft quart au Nord, Suivant le cal.
cul. de l'Auteur , depuis neuf heures pee midi, on fic dix licuës Nord-Oueft,
306
[& alors on cut les terres hautes de la Rade au Sud-Oueft, On trouva de-p
uis midi juf:
, jufqu'àa fx
Le matin on
puis trois, jufqu'à fept, huit & dix braffes de dar nr
qu'à fix heures, dix lieuës; & huit lieuës, Nord-Nord-Oue
heures du matin. Les vents furent variables dans cet efpace.
découvrit la terre à dix lieuës.
Dzruis le 6 au matin jufqu'à midi, on fit cinq lieuës Nord-Nord-Oueñ,
& la latitude étoit de 8 degrés 7 minutes. Le fond de dix-fept braffes.
LS l'on avoit à dix lieuës de diftance les terres hautes qui s'étendoient àx
Oueft & au Nord, ] 5 midi jufqu'au 7 à la même heure, on porta au
Nord-Nord-Oueft avec fort peu de vent. L’Auteur juge qu'on ne fit pas
plus de fix lieuës: cependant la latitude fe trouva de 8 degrés 3 minutes. Du
7 au 8, le vent fut encore trés-foible; ce qui n'empécha point de faire huit
ou dix lieuës Nord-Nord-Oueft, fur dix-huit & vingt brafles de fond. [ De-x#
uis le 8 jufqu'au 9, à midi, le vent fut encore foible &: variable, & la]
atitude fut 9 degrés 40 minutes. Au matin, l’on apperçut deux Ifles. De-
uis le 9 jufqu'au ro à midi, le calme rendit le Vaïffeau prefqu'immobile.
On eut vingt & vingt-deux braffes de profondeur. Depuis le 10 jufqu'au 1114
à midi, on n eut prefque aucun vent ], on fit néanmoins deux lieuës au Nord-
Nord-Oueft , dans cet efpace. Le -vent recommença le jour fuivant, mais
pour devenir fort variable, & l'on ne fit jufqu'au 12 que huit lieuës Nord
quart à l'Oueft, fur vingt-cinq & vingt-fix braffes. Du 12 à midi jufqu'au
13, on fit Nord quart à l'Ef, vingt-quatre lieuës, avec le vent au Sud-Sud-
Oucft. On n'étoit qu'à fept ou huit lieuës du Rivage [ & l'on eut vingt-fixkf
& vingt-huit braffes d'eau ].
Du 13 au 14, on fit feize licuës Nord quart à l'Oueft, avecun vent Sud-
Oueft,.& depuis de -deux jufqu'a vingt-cinq braffes de fond, à cinq ou fix
licuës du sb u 14 au 15, on fit feize lieuës Nord quart à l'Oueft
avec le vent à l'Oueft, & le même fond, à fix lieuës de la Côte. - Du 15
au 16, dix lieuës Nord quart à l'Oucft; mais le fond diminua jufqu'à neuf
& huit braffes à quatre lieuës du Rivage. Enfüite on porta jufqu’à minuit à
l'Eft & à l'Eft-Sud-Eft, jufqu’a ce que la fonde ne faifant trouver que quatre
brafles, on fe hâta de baifler les voiles; mais le fond diminuant encore juf-
qu'a trois brafes, on prit le parti de jetter l'ancre jufqu'au jour fuivant. Le
18, on avança fur cinq brafles, ayant au Sud quart à l'Ouelit la pe
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partie la
plus
ANDES ‘ORIENTALES, Liv. IV, Cnap, NT, so
plus Méridionale de l'Ifle (#4), & l'embouchure de la Rivière de Siam (7) Hirrow.
au Nord, 1612,
La 3 de Novembre on quitta cette Baye, & l'on prit au Sud-Sud-Eft
pour fe dégager de l'Ifle, Le 4 à midi, la latitude étoit de r2 degrés 33
minutes, après avoir fait je gen lieuës dans l'efpace de vingt-trois heu-
res. On norta enfuite au Sud quart à l'Oueit , & l'on arriva le 11 à Patane,
Puncuass, fe laffant ici de fuivre l'Auteur dans ce détail, abrége cout : Conclufon
d'un-coup fa Relation. 11 ajoûte feulement que le Capitaine retourna de Pa- è remarque
tane à Siam, où il avoit lailfé quelques-uns de fes gens, & de Siam à Para. % Purchaif
ne; qu'il fit un fecond voyage de Mafülipatan à Bantam en 1614, & qu'il
pprerourna en Angleterre [ où il arriva le 20 d'Août 1615, après avoir em-
ployé environ quatre ans & huit mois à fon Voyage, ] La feule remarque qu'il
ait confervée, & qui paroît affez importante, c eft que l'Ifle de Sainte-Hé-
lène eft cent lieuës plus à l'Ouelt qu'elle n'eft marquée dans les Cartes.
LATITUDES.
PAlÉAkKARE ssrssssssse evoveutoonssee ms 13 30
Mafulipatan , Pointe du Sud, 30 (m)
Variation... PRE 22
Petapoli....... svébooÉoeenco0oee eve 49
Ch) Angl, Ayant au Sud quart à l'Oueft me y — cette Relation de Marten, on ne doft
l'ile fa plus méridionale, & à l'E quart au pas être furpris qu'elle ne foit pas moins ob-
Sud l'Ifle la plus Orientale, Sur cela les Au- feure pour le terme que Le le progrès du
teurs Anglois remarquenc que Purchaff au. Voyage, Peur être ce défaut vien-il » l'Ab-
roit bien dû dire quelles étoient ces Ifles. bréviateur, à qui on le reproche dans plu-
R dE fieurs autres Journaux, R T,
(4) Comme rien n'a dû paroltre fi infor- Cm) Angl, 57. KR, d, E,
LIT DC DS Se DELLE SR DEC DEC DE |
CHAPITRE III.
Journal de Peter Williamfon Floris, premier Faéteur du Capitaine Hippon
dans le même Voyage.
S' la Relation de Marten eft entièrement nautique, celles de Florisfebor. pions.
ne refqu'uniquement aux tranfaétions, aux avantures, en un mot, aUX rGrr.
faits hiftoriques qu'il a pris foin derecueillir dans de cours du voyage. Purchaff Remarque
avoue néanmoins qu'il en a fupprimé une partie, & n’appelle ce qu'ilacon- furce Journal,
fervé qu'un extrait, en nous apprenant que c’eft la traduétion de l'Original
Hollandois; mais il n'explique point fi cet Original étoit imprimé ou manuf-
crit, ni fi c'eft lui-méme qui a pris foin de le traduire. Pour la perfonne de
Floris, il obferve que c’étoit un Négociant Tollandois, qui fuivit Hippon
avec la qualité de premier Faéteur, & qu'étant revenu en Angleterre en
1615, il mourut à Londres deux mois aprés fon retour. Les Anglois efti-
Qgq 2 ment
FLonts
1011.
Départ du
Globe.
Le Ginfeng
apporté à Sal-
danna par les
Hollandois.
Erreur des
cartes fur l'Ifle
de Ceylan,
Paléakate.
Les Anglois
y defcendent,
38 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ment fa Relation (4), non-feulement parce qu’elle contient des particulz.
rités intéreantes, mais encore parce que la liberté avec laquelle Floris cen.
fure les Hoïltandois , fes Compatriotes , eft une preuve continuelle de fa
bonne-foi. |
Le Globe ayant mis à la voile le 5 de Février 1611, arriva le 21 de Ma
dans la Baye de Saldanna. 1ly trouva trois Vaifleaux, deux defquels comman.
dés par Ifaac Le Maire, & par Henryk Brouwer, l'envoyérent faluer par leurs
Chaloupes. 1 n'y avoit pas beaucoup derafraîchiflemens àfe promettre dans
cette faifon, quiétoit l'Hyver du Pays, fur-tout après des pluyes violentes , dont
les traces paroifloient encore dans les campagnes, quoique les monts fuffent
couverts de neige. Les Anglois firent beaucoup de recherches , pour découvrir
Ja racine de Ginfeng, dont les deux Vaifleaux Hollandois avoient apporté la
connoiffance dans ce pays, en revenant du Japon où les Européens avoient com.
mencé à connoître cette plante. Mais les nouvelles feuilles ne faifant alors que
pouffer fans être encore CEUCOER ES) ils n’auroient pas tiré beaucoup de fruit
de leurs recherches, s'ils n’euflent reçû des explications plus capables de les
inftruire. La véritable faifon, pour recueillir le Ginfeng, eft le mois de Dé-
cembre, & ceux de Janvier & de Février, parce que c’eft le tems de fa matu-
rité. Les Habitans de la Baye le nomment Karera (b),.
APRÈS avoir pris fa provifion d'eau, [& s'êcre chargé de huit moutons ,f#
& vingt bœufs] de Globe fe remit en Mer, & continua fa navigation jufqu'au
10 de Juin, qu'une furieufe tempête, me OU d’un tonnerre épouvanta-
ble, faillit de le fubmerger près de Tierra de Natal. Le premier d'Août, il
fe trouva à Ja hauteur de la pointe de Galle dans l’Ifle de Céylan. Il füuivit la
Côte jufqu'a Négapatan, dont il eut la vûe le 6. Mais les obfervations firent
trouver dans ce lieu une erreur de 28 lieuës fur la carte. Les Hollandois qu'on
avoit rencontrés dans la Rade de Saldanna, avoient remarqué la même cho-
fe. On ne trouva pas non plus l’Ifle de Céylan auffi large que les Géographes
le prétendent. M. Mulleneux a pic le Cap ou la Pointe de Galle à 4 degrés
de latitude, au lieu de 6, qui eft fa véritable pofñtion. Vers le foir, on paf
fa devant la Rade de Négapatan, & l'on apperçut diftinétement la Ville & les
maifons.
[LE 7 on pañla Lanagapatan, où les Hollandoiïs fe font laflés d’avoir uns
Comptoir, à caufe du peu de commerce qui s’y fait.]
LE 8, on fe trouua vis-à-vis Saint Thomé, & le 9 à Paléakate, où l'on
n’aborda qu'après avoir paité fur une baffe d’un demi-mille (c) de longueur,
ui n’a guêres que trois brafles de fond. Il vint deux Chaloupes au-devant du
Vaifeas, l'une de la part des Hollandois, l’autre du Scha-Bandar , avec un
fauf-conduit pour s'approcher du Rivage. L’Auteur defcendit avec M. Brown;
mais la mer devint fi groffe , que leur Chaloupe fut renverfée par une vague, fi
heureufement
(a) Elle fe trouve dans le Vol. L pag. 319. nois, à caufe de la propriété qu'elle a de foiti-
de Purchaffs Pilgrims. fier l’eflomac. Les Hottentots ajoutent-is,
(b) 1 y a dans l'Original Kama, furquoi lui attribuent la même vertu, & elle eft auf
les Auteurs Anglois remarquent qu'on fuppo- rare au Cap de Bonne-Efpérance, que dans la
fe que cette racine (qu'ils ont nommée au- ‘artarie Orientale. R. dE.
paravant AMingim, & non Ginfeng, comme le (ec) Angl. Sur une baffle qui a plus d'unc
‘Traducteur l'appelle) eft la même que laRa- portée de moufquet en longueur. KR, d. E.
cine Ginfeng , qui eft fi fort cftimée des Chi-
Ang
vers
attri
reçu
la ra
reçu
Princ
cent;
marc
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Kaul
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n jufqu'au
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Août, il
| füivit la
ions firent
dois qu'on
moutons ,Kÿ
INDES ORIENTALES, Liv, IV. Cuar. III. 309
Prince pour obtenir la liberté du commerce. Comme cette négociation de-
mandoit plus de deux mois, & leur auroit fait perdre la Mouffon pour Patane ,
fans compcer l'incertitude du fuccès contre des ennemis qui préparoient déja
pour le Roi de Narfingue un préfent de deux Eléphans, ils réfolurent de conti-
nuer leur courfe vers Petapoli & Mafulipatan.
ILs arrivèrent le 20 à Petapoli. Le Gouverneur leur ayant envoyé un Kaul,
ils convinrent avec lui que les droits de la Douäne fe réduiroient à trois pour
cent; & fur cette convention ils ne firent pas difficulté de décharger quelques
marchandifes, dans la réfolution de laiffer deux Faéteurs pour le commerce, &
rticula- heureufement néanmoins ” ne fe noya perfonne. Le Scha Bandar étant venu
oris cen- lui-même à leur fecours, leur offrit une maifon pour les loger, & leur promit
lle de fa une lettre du Roi pour la Gouvernante Konda Maa. Le 11, Jean Van Wer-
ficke, Préfident Hollandois de la Côte de Coromandel, leur fit voir un Kaul,
r de May c'eft-à-dire, un ordre de Venkapati Raja, Roi de Narfingue, qui défendoit
comman- le commerce à tous les Vaifleaux de l'Europe, s'ils n'avoient une Commiflion
par leurs du Comte Maurice. Ils répondirent que celle du Roi d'Angleterre leur fufifoit ;
tre dans fur quoi les expreflions devinrent fi vives, que le Scha Bandar employa tous
tes , dont fes efforts pour calmer les efprits, en aflürant que la Gouvernante devoit ar-
ts fuffent river dans trois jours.
découvrir Ex effet, Konda Maa fit fon entrée dans la Ville le 17, & le Capitaine Iisn'obtien.
À la Anglois defcendit au Rivage pour lui faire fa cour. Mais lorfqu'il s’avançoit nent rien du
ent com- vers elle, il reçut l'ordre de remettre fa vifite au lendemain. Les Anglois Gouvemne
alors que attribuërent cet incident aux mauvais offices des Hollandois, & n'ayant pas id
p de fruit reçu le nouvel ordre qu'ils attendoient le jour fuivant, ils en firent demander
es de les la raifon au Scha-Bandar, qui leur fit répondre que les Hollandois avoient
Is ac Dé: reçu du Roi unprivilége exclufif, & qu’il falloit par conféquent s'adreffer à ce
Ils fe rendent
à Petapoli.
ême cho- de conduire leur Vaifieau à Mafulipatan , où la Rade eft beaucoup plus com-
éographes té mode. [Ils y arrivèrent fur la fin d'Août, Zaldkhar Khan , leur fit avoir un
à 4 degrés Kaul]. Ils réfolurent d'envoyer un préfent à Mir Sumela, un des principaux 16712.
, on paf Officiers du Roi, & Préfident de fes Revenus à Kondapoli, pour s'aflürer de : Mortd'un
Ville & les fa protection contre l2 mauvaife foi des Officiers inférieurs. Le 20 de Janvier , nu
kon apprit la mort de Kotohara, Roi de Badaga [ou Lollongana] & de Mafüu- jes Anglois.
l'avoir unyé
, où l'on
longueur,
devant du
avec un
M. Brown;
e vague, fi
reufement
elle a de forti-
ajoutent-iis »
elle eftauñli
, que dans la
a plus d'une
.R dE.
lipatan. Il étoit à craindre quelle ne fût fuivie de beaucoup de défordres ; mais
ils furent prévenus par la prudence de Mir Mafüunim , qui fit élire auñi-tôt
Mahmud-Unim Kotohara, neveu du Roi, mort fans enfans. Sous le der-
nier régne, les Perfans avoient eu dans le Royaume une autorité fans bornes, par
l'infidélité de Mir Sumela, qui afpiroit à la Tyrannie (d). Le jeune Monarque
prit une conduite tout-à-fait oppofée.
LE Gouverneur trompa les Anglois dans un marché de draps & de plomb.
11 prétendit s'être accordé avec Floris pour la fomme de quatre mille pagodes,
& fa feule preuve contre ce Marchand qui défavouoit le traité, fut qu'étant Mir
& defcendu de Mahommed, fon témoignage devoit l'emporter fur celui d’un
x-Chrétien. Floris, qui n’avoit pas le tems de porter [a Golconde] fes plaintes
au nouveau Roi, auroit eu peine à fe garentir de cette injuftice, fi les Mar-
chands du Pays n’euflent employé leur interceflion en fa faveur.
Les
(d) Angl, qui étoit la caufe de ce Gouvernement tyrannique. K. d. E,
Qa 3
‘810 VOYAGES DES ANGLO:I1S AUX
FLonrs, Les affaires du commerce étant terminées à Petapoli, & la Mouffon deve.
1612. nant favorable, on-mit à la voile pour Bantam, où l'on arriva le 26 d'Avril
A fe rendent. 1612, Les nouvelles éxaétions - s'introduifoient dans cette Ville, avoient
potene do PAR prendre aux Hollandois la réfolution de fe retirer à Jakatra, & les pré-
mécontente. _ paratifs fe faifoient pour leur départ: ce qui n'empêcha point les Anglois, qui
ment des Hol. : n'avoient pas alors de Maifon à Bantam, de s’accorder avec le: Gouverne-
landols, ment pour le droit d'Entrée, qui fut reglé à trois pour cent. David Middleton
avoit entrepris, dans cetems-là, d'établir un Comptoir à Sukkadonia, &
Spalding travailloit encore à le foûtenir; mais on reconnut enfuite que l'in-
térêt particulier avoit eu plus de part à cet établiffement que le zéle du bien
public. (
ls vontà * ON partit de Bantam le premier de Juin, & l'on arriva le 22 dans la Rade
en d de Patane, où fe trouvoit alors le Bantam, Navire d'Enckuyfen, qui apprit
la Reine. aux Anglois les ufagés du Pays. Ils defcendirent à terre le 26, avec beaucoup
d'appareil, & un préfent de fix cens piéces de huit, dont la lettre du Roi
d'Angleterre devoit être accompagnée. On n'épargna rien pour leur fai-
re un accueil honorable, “La lettre fut mife dans un bafñin d'or, & por-
tée fur un Eléphant couvert de-.riches parures, [& fuivi de Muficiens, &y#
de plufeurs perfonnes qui portoient des lances & de petits étendarts]. La
-Cour de la Reine étoit d’une magnificence étonnante. Cette Princeffe ne
‘fe fit pas voir aux Anglois ; mais elle lut leur lettre & leur accorda la
permiffion d'éxercer le commerce en in les mêmes droits que les
Hollandois. Après { cette myftérieufe audience, ] ils furent conduits chez
Daton Laxmena, Scha - Bandar , dont l'office étoit de traiter avec les E-
trangers, & qui leur fit fervir un rafraîchiffement de fruits. Ils virent en-
fuite Oran -Raja Sirnona , qui ne les reçut pas avec moins de politef-
fe. Le jour fuivant, la Reine leur envoya des vivres & des fruits en abon-
dance. Le 3 de Juillet, une Pinaffe Hollandoife nommée le Lévrier, qui a-
voit apporté des lettres de Bantam aux Angloïs, mit à la voile pour le Japon,
fans ôfer confier fon deffein à d’autres qu’à Floris (e), parce que les Japo-
nois étoient alors en guerre avec Patane, & l’avoient brûlée deux fois dans
. l'efpace de fix ans. Cette haine d’une Nation fi puiffante & fi hardie fit dé-
ge A9 libérer aux Anglois s'ils devoient ufer de la liberté que la Reine leur accor-
Magazin à Pa doit de bâtir un Magazin dans la Ville. Il falloit du moins le faire à l’épreu-
tance. -ve du feu, ou dans quelque lieu dont il ne pâût approcher. Ils demandèrent
leur coûte une place qui leur fut accordée, proche du Comptoir Hollandois, mais qui
fort cher. leur fut vendue bien cher. Quatre mille piéces de huit, que leur coûta le ter-
rain, joint aux frais d’un bâtiment de quatre-vingt toifes (.f) de long fur qua-
tre dé largeur , leur auroient paru une fomme exorbitante, fi leur courage
-n'eût été foûtenu par l'efpérance d'en recueillir les fruits. Les maladies qui
Malheurs fe répandirent dans le Vaifleau, y caufèrent beaucoup de ravage. Le Ca-
qu'ils efMy- pitaine Hippon fut une des premières viétimes de cette contagion. [Il mou-Ké
rut le 9 de Juillet.] Les boëtes furent ouvertes fuivant la méthode dont on
‘ î a déja
(e) Angl. qui avoit apporté des Lettres de de remettre elle-même fans quoi cette Lettre
William Adams aux Anglois de Bantam, mit n’auroit pas pù parvenir. R. d. E.
à la voile pour le Japon. Elle portoit la ré- (f) Angl. huit toifes. R. d. E.
ponfe dela Compagnie, qu’elle avoit promis ÉALUET
1 deve-
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is , qui
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qui cau
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venoit d
alors, F
fournir.
À pein
La raifo
laca une
dois en :
res faifo
& à Tar
peine à
fits mon
te carga
Perfons.
LE 9
ne Eilin,
Siam , &
vient de
puis que
guées po
tane les
d'autres
tam, &
tenoit à
ne. L'A
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar, Il. git
a déja vû l'éxemple, Brown, qui fe trouvoit nommé dans la première, étoit
déja mort. La feconde nommoit Thomas Effington, qui prit aufli-tôt pof-
feilion de fon Emploi. Pour augmenter la confternation des Anglois, leur
nouvelle Maifon fut volée pendant la nuit. Ils y étoient au nombre de quin-
ze; ils avoient une lampe allumée, un homme armé, & deux doguesd'An-
gleterre, qui faifoient la garde ; ce qui n'empêcha point qu'on ne leur enle-
vât deux cens quatre-vingt-trois piéces de huit. ais un événement fi ex-
traordinairé fit foupçonner que le vol venoit de quelqu'Anglois même, quoi-
qu'on n'en ait jamais pû découvrir les Auteurs.
FLoris, Jean Perfons, & fix autres Marchands furent luiffés à Patane
pour la vente des marchandifes & le foutien du Comptoir , tandis que le Vaif-
feau remit à la voile au mois d’Août, dans la réfolution de faire le voyage
de Siam. Effington avoit penfé à s’en ouvrir les voyes par fes lettres ; mais il
n'avoit point eu d'occafion pour les envoyer par mer; & la route, parterre,
étoit infeftée par les tygres, & traverfée par un grand nombre de Rivières, qui
ne permettoient point aux Habitans mêmes du Pays de l'entreprendre, fans
être bien accompagnés.
FLORIS.
1612.
Le Globe part
‘ pour Siam,
“oris eft lail-
{fé à Patanc,
PENDANT fon abfence, qui dura jufqu'au mois de Novembre, le Roi de
Jahor, ou de Jor, vint brûler les fauxbourgs de Pahan & Camponfina; ce
qui caufa une difette extrême dans tout le Pays. Floris qui avoit fait, quatre
ans auparavant , le voyage de Patane fur un Vaiffeau de fa Nation, fe fou-
venoit d’avoir vendu fi promptement toutes fes marchandifes, qu'il fembloit
alors, pour me fervir de fes expreflions, que l'Europe entière n’auroit pû
fournir de quoi raflafier l'avidité des Indiens. Mais les tems étc.ent changés.
A peine la curiofité lui amenoit-elle des fpeétateurs, au lieu de Marchands.
La raifon qu’il en donne, eft que les Portugais apportoient tousles ans de Ma-
laca une quantité régulière de marchandifes de l’Europe, & que les Hollan-
dois en avoient rempli Bantam & les Moluques ; fans compter que les Mo-
res faifoient eux-mêmes une partie de ce commerce à Tanafferim, à Siam,
& à Tarangh, Port nouveau dans le voifinage de Se (g). Floris avoit
Changement
du commerce.
peine à faire cinq pour cent de fes marchandifes, tandis qu’autrefois fes pro-
fits montoient à quatre cens pour cent. Il envoya le 8 d'Oétobre une peti-
te cargaifon à Macafñlar, fur un jonc d'Empan, & fous la conduite de Jean
Perfons.
LE 9, deux joncs arrivés de Siam, lui apportèrent une lettre du Capitai- ‘
ne Ellington, qui lui peignoit fort vivement les peines qu'il avoit efluyées à
Siam, & qui fe louoit fort peu de fon commerce. Outre les raifons qu'on
vient de lire, il attribuvit fa difgrace aux guerres quiravageoient ce Pays, de-.
puis que les forces de Camboya, de Laniam, & de Jangoman s’étoient li-:
guées pour y faire diverfes invafons. Le 25, Floris vit fortir du Port de Pa-
tane les joncs deftinés pour Borneo, Jambi, Java, Macaffar, Jorthin, & pour
d'autres lieux. Entre ces Bätimens il s'en trouvoit un qui partoit pour Ban-
tam, & qui devoit aller de-là à Macafar, à Amboyne & a Banda. Il appar-
Départ des
: Joncs de Pata-
ne.
tenoit à Orankaja Raja Indramouda, un des plus riches Négocians de Pata-
ne. L’Auteur admire que les Hollandois accordent ainfi la liberté du commer-
ce
dr (g) Queda eft fur la Côte de Malaca,
Lu]
ZS'eyer, dd]
JJunfalan
Ko 8 :
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De Broeders dé
le onte,
1012,
Rélexlon fur
les prinelocus
des L{oilin-
dois,
Eflington ar
rive à Sun, Il
v fait le com-
HICrec,
Tempête fu
ricuie,
Adrefe &
courage de
Skinner.
412% VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ne
ce aux Malayens, aux Chinois, aux Mores, & qu'ils leur prétent même leur
aMiftance ; tandis que, non-feulement ils refufent la même faveur aux Nations
Chrétiennes, à leurs amis, à leurs frères, mais qu'ils l'interdifent même fous
peine de confifcation & de mort; terrible effec, dit-il, de l'avarice ou de l'en.
vie; [& qui eft un figne (h) que les jugemens de Dieu tombéront bientôt
fur eux.] Il ne faut pas oublier, en lifanc cette réflexion, que Floris étoie
Hollandois.
Le Globe revint de Siam vers le milieu de Novembre. Il y étoit arrivé
le 15 d'Août, [après avoir été 8 jours en route ;] &, jettant l'ancre à quatrex#
milles de la Barre, Effington avoit été furpris de s'y trouver für trois brafles
de fond pendant la haute marée, [Le lendemain pendant 13 heures que dura dr
le reflux, il n'eut que 6 pieds d'eau, fur un fond bourbeux, & qui par cela
même n'étoic pas fort dangereux.] 11fe hâta d'entrer dans la Rade , qui eft fi.
re & commode, excepté pendant les vents Sud-Sud-Oueft, La Ville eft à
trente lieuës dans la Rivière. Il y envoya la nouvelle de fon arrivée, Le
Scha Bandar, & le Gouverneur de Bankok, Place fituée à l'embouchure de
la Rivière Menan, accompagnérent les Députés Anglois à leur retour, pour
recevoir les lettres & les préfens du Roi d'Angleterre, Eiïington confentit
à fe rendre à la Ville avec eux. Il y fut préfenté au Roi, qui lui promit la
liberté du commerce, & qui lui fit préfent d'une petite coupe d'or, avec
une piéce d'étoffe du Pays. Les Mandarins , qui font les Seigneurs & les
Officiers de l'Etat, refpeétérent fi peu l'ordre du Prince, qu'Us voulurent
fixer arbitrairement le prix des marchandifes & ne payer que fuivant leur com-
modité ou leur caprice. Les Anglois n'avoient encore vû dans l'Inde aucun
éxemple d'une fi odieufe tyrannie. Mais ils trouvèrent le moyen de faire pé-
nétrer leurs plaintes jufqu’aux oreilles du Roi, qui établit en leur faveur des
régles plus fermes & mieux éxécutées; il leur accorda, près du Comptoir
Hollandois, une Maifon de briques, la meilleurequ'il y eût à Siam, où leurs
marchandifes furent tranfportécs.
Ox étoit malheureufement dans la faifon des pluyes, quifont d’une abon-
dance & d'une force extraordinaire à Siam. Tout le pays fe trouva couvert
d'eau. Le 26 d'Oétobre , il s'éleva une tempête fi furieufe, que les Habitans
n’avoient rien vû qui leur eût caufé tant de frayeur. Les arbres furent enlevés
jufqu'aux racines. Un magnifique monument que le Roi avoit élevé pour ho-
norer la mémoire de fon Père, fut renverfé à fond en comble. Le Vaifleau
Anglois ne fut fauvé que par une faveur du Ciel. Il avoit été détaché de
deffus deux. ancres, & poullé à moins d'un mille de la terre, où il ne pou-
voit fe garantir d'un trifte naufrage; mais Skinner, au rifque de fa vie qu'il
faillit de perdre dans les flots, trouva le moyen de jetter une troifième an-
cre, qui le fixa derrière une colline, où l'on fe trouva un peu à l'abri. Il
étoit tombé, avec cinq hommes qui l’aidoient à ce travail, & qui périrent
tous fans pouvoir être fecourus. On ne douta point qu'une baleine, qui pa-
rut au même inftant, n’en eût dévoré un. Skinner fut le feul qui échappa
au péril, avec autant d’adrefle & de réfolution qu’il en avoit eu à fauver le
Vaifleau.
67(h) Ces jugemens ne font cependant pas Cependant il faut convenir avec lui que le pro-
encore tombés; ce qui prouve la témérité de cédé dont il s'agit paroit Ctrange,
ce que l'Auteur de la Relat.on a avancé ici,
l'Original. R.
© (k) Der
chofe ; la feule
d'avec l’Auteu
l'attribue pas
tüires, à la fé
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vie qu'il
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périrent
qui pa-
échappa
fauver le
aiffeau.
que le pro
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cnar. IL 314
Vaifleau. La tempête dura | pi ou cinq heures ; après lefquelles la mer Frorrs.
redevint aufii calme que fi elle n'eut jamais fouffert d'agitation, Mais il s'é. 1612.
leva une autre forte ones fur le Vaifleau, par la perverfité du Contre-mai.
tre, qu'on fut obligé de charger de fers , en nommant Skinner à fa place.
Du côté du commerce, le calme ne fut que trop profond , pour une Ville
qui tenoit le troifième rang dans les Indes après Bantam & Patane. Floris
a pris foin d'expliquer les caufes de ce changement. |
(i) Siam étoit un ancien & puiflant Royaume ; mais il avoit été conquis Révolution
depuis peu & rendu tributaire du Pégu. Cette première révolution néanmoins Slt:
n'avoit pas duré long-tems. Le Roï de Siam avoit laïffé, en mourant, deux
Fils, qui furent élevés à la Cour de Pégu. L'aîné, qui fe nommoit en langue
Malayenne Raja Api, c'eft-à-dire, le Roi terrible, & que les Portugais ont
nommé le Roi Noir, trouva le moyen de s'échapper & de remonter fur le
Trône de fes Pères. Le Roi de Pégu fit marcher contre lui une armée re-
doutable, commandée par fon propre Fils, Ne périt malheureufement dans
cette guerre, & dont la mort attira dans le Pégu tous les ravages dont Siam
avoit été menacé. Le Roi défefpéré de la mort de fon Fils, tourna fa ven-
geance fur fes principaux Officiers & fur un grand nombre de Soldats, qu'il
accufoit de l'avoir mal défendu. Cette févérité fit tant de mécontens & de
rebelles, qu'il fe vit abandonné de jour en jour par les Rois tributaires de fa
Couronne (4), qui étoient au nombre de vingt. lLaffoibliffement de fes
forces encouragea le Roi Noir à lever une groffe armée , avec laquelle il
Ks'avança devant [la Ville de Uncha, ou] Pégu. (Cependant, après deux Ruine du
mois d’un fiége pénible & fanglant, il fut obligé de retourner à Siam fans DOTE de
avoir éxécuté fes deffeins. Enfüite le Roi de Pégu fe voyant épuifé de Su- ni E
jets & de munitions, & menacé de tomber entre les mains du Roi d'Arta-
kan qui venoit contre lui avec toutes fes forces, prit le parti de fe foûmet-
tre au Roi de Tangu avec tous fes tréfors: ce qui n’empécha point que le
Roi d'Artakan ne fe rendît maître de fa Capitale & d'une partie de fes Etats,
où il porta la défolation & la famine (7). Ce furieux vainqueur menaçoit
enfuite le Roi de Tangu , qui lui envoya des Ambafladeurs pour lui offrir
une partie des tréfors de Pégu, l'Eléphant bleu (m), & la Princeffe Fille du
Roi. L’Auteur rend témoignage qu'il avoit vû en 1608 ,la Princefle & l'E-
léphant. À ces offres, le Roi de Tangu joignoit celle de livrer le Roi
même, ou de lui donner la mort. Floris ne rapporte point comment ces
propofitions furent reçues du Roi d’Artakan; mais il y a beaucoup d'appa-
rence qu'il en profita pour établir fon pouvoir ; car l’Auteur ajoûte que le
Roi de Tangu tua celui de Pégu d’un coup de pilon, afin qu’il ne parût au-
cune marque de fon crime par les traces du fang & les bleflures; que F je |
: |
(i) Ici commence la 2de, Scion dans Pays, Voyez Purtug. Afia. Vol. II. pag. ll
l'Originat. R. d. E. 121, |
&@ (k) De Faria rapporte à peu près la même (1) Angl, où la défolation & la famine ré- |
chofe ; la feule circonftance en quoi il différe gnoient par tout. R. d. E.
d'avec l’Auteur de cette Relation, c'eft qu'il (m) Cet Eléphant bleu, eft fuivant l'Ori-
il
wattribue pas la Rébellion de ces Rois tribu- ginal, le fameux Eléphant blanc de Siam. R. |
taires, à la févérité du Roi de Pégu, maisà d. E, | |
une pefte qui fit de grands ravages dans le
Part. ï
FLOnts,
1612,
Préfent mal
récompenfé,
Hardiefé fin-
gulière d'une
troupe de Ja-
ponois,
Siam troublé
par des guer-
res.
34 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
d’Artakan donna le Fort de Siriam (n}, fitué fur la même Rivière que Pc.
, à Philippe Brito de Nicote & aux Portugais, "n accordant à Brico le
titre de Changa (0); faveur néanmoins qui fut fi mal récompenfée dans l'ef.
ace de deux ou trois ans, que les Portugais fe faifirent du Fils du Roi, &
'obligèrent de payer poûr fa rançon onze cens mille tangans & dix Barques
chargées de ris. Brito s'étoit acquis une autorité dont il jouifloit encore
tandis que Floris étoit aux Indes.
A1ns1, la deftruétion de Pégu avoit fervi à rétablir Siam dans toute fà
iffance & fon éclat, Le Roi Noir s'écoit aflüujetti les Royaumes de Cam:
oya, de Laniang, de Jangoma, de Lugor, de Patane, de Tanaférim &
plufieurs autres. Etant mort en 1605, fans laiffer d'enfans, il eut pour Suc.
ceffeur fon Frère, qu'on appella le Roi Blanc, Ce Prince fe rendit odieux
par fon avarice; ce qui ne l'empécha point de l d'un régne tranquille, 11
mourut en 1610, laiffant après lui plufieurs enfans, qui donnèrent naiffance
à de nouveaux défordres; car dans fon lit de mort il en fit tuer l'aîné, à
l'inftigation de Jockromeoua, un des principaux Seigneurs de Siam, qui foû.
tenu par un prodigieux nombre d'Efclaves , afpiroit lui-même au Trône.
Cependant le fecond fils du Roi Blanc avoit été couronné avec les acclama-
tions de la plus grande partie de fes Sujets; & c'étoit lui qui régnoit à Siam
en 1612 , ägé environ vingt-deux ans. Il s'étoit défait de l’ambitieux
Jockromeoua; mais ce perfide avoit entre fes Efclaves deux cent quatre.
vingt Japonois, qui entreprirent de venger fa mort. Ils coururent au Pa:
lais, dont ils eurent l'audace de fe faifir; &, forçant le Roi de leur livrer
quatre de fes principaux Mandarins , qu'ils accufoient d'avoir contribué à la
mort de leur Maître, ils les tuèrent avec des circonftances cruelles, Enfui-
te, après avoir profité quelque tems de l'éloignement des troupes & de la
confternation du Peuple , pour commettre toutes fortes de défordres , ils
forcèrent le Roi de figner de fon propre fang un certain nombre de condi-
tions qu’ils lui impofèrent; ils emmenèrent les principaux Talapoins pour à:
tages, & partirent chargés de créfors, au prix defquels les Siamois fe cru-
rent trop heureux d'acheter le repos & la liberté, Mais le plus ficheux ef.
fer de ce brigandage, fut d’avoir porté quelques Royaumes tributaires à fe
révolter. Le Roï de Laniang entra dans les Etats de Siam, & croyant
Capitale encore troublée par les Japonois , il s’en approcha fi brufquemen!
qu'il n’en étoit plus qu’à deux journées. Deux autres Rois devoient le join
dre avec leurs forces. Mais ne s'étant pas donné le tems de les attendre, fä
précipitation devint un avantage pour le Roi de Siam; qui ne balança point
à marcher au-devant de lui avec les troupes qu'il put raflembler. Certe vi:
goureufe réfolution démonta le rebelle, & lui fit prendre le parti de la re-
traite, ‘Telle étoit la fituation des affaires de Siam, lorfqu’Effington y étoit
arrivé: des conjonétures fi tumultueufes n'avoient pû faire trouver aux An-
glois beaucoup de facilité pour le commerce, “à
N
Vol. IL pag. 12!
dc (o) Ce Titre fignifie Æonnéte- Homme,
ou Homme de bien; Faria dit qu'il fut donné
à Brito, à caufe de fes heureux fuccès dans
la guerre, & de fes manières polies,
(n) Ou Siriangh. De Faria dit que Shili-
mi Sbhdb, Roi d'Artakan, (ou plûütôt fui-
vant l'Original, Arrakan) donna ce Port aux
Portugais, pour les récompenfer des fervices
qu'il en avoit reçus. Voyez Portug. Afia.
Ox
ar div
us, |
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1.
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Sœur , «
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taires à fe
croyant la
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de la re-
ston y étoit
f aux Àr-
ON
imête- Hommes
'il fut donné
fuccès dans
blies,
INDES CRIENTALES, Liv, IV, Car, MI, sis
Ox prit la réfolution de pañler l'Hyver à Patane ; & l'on s'ytrouvoit forcé
ar diverfes raifons. Le 31 de Décembre, la Reine, accompagné de fix cens
as, fortit pour fe procurer de l'amufement, Elle s'arrêta d'abord à Sabrangh,
où les Anglois fe rendirent pour la faluer , de concert avec les Hollandois,
C'étoit une femme de fort belle figure, âgée d'environ foixante-ans, grande
& pleine de Majefté. Floris en avoit peu vû, dans l'Inde, qui euffent l'air
auf noble, Elle avoit près d'elle fa Sœur, qui écoit deftinée à lui fuccéder, &
la fille d'une autre Sœur , mariée au Raja Siack, Frère du Roi de Jahor, Cette
Sœur, que le droit de fucceflion faifoic déja nommer la jeune Reine, n'a-
voit jamais été mariée, quoiqu'elle n'eût pas moins de quarante-fix ans.
Après une courte audience, où la Reine fe Jaiffa voir à découvert, un ri-
deau qui la déroba tout-d'un-coup , fit connoître aux Anglois qu'ils devoient
fe retirer; mais on leur dic qu'ils avoient la liberté de revenir le jour füi-
vant. Îls ne manquèrent pas d'accepter cette faveur, & l'on n'épargna rien
Æ pour les bien traiter. Douze femmes & [douze] enfans danfèrent devant
eux, avec tant d'art & de grace qu'ils furent charmés de cette galanterie,
Enfüuite les Nobles du cortège reçurent ordre de danfer à leur tour, Les
Anglois & les Hollandois, invités aufli à danfer, ne purent refufer cetre
marque de refpeët à la Reine, qui parut prendre beaucoup de plaifir aux
danfes de leurs Pays. Il y avoit fept ans qu'elle n'étoit fortie de fon Pa-
lais, Eile alloit à la chaffe des bufles & des taureaux fauvages, qui font en
rand nombre, aux environs de Patane. Dans fon pañlage entre les Vaifleaux
& la Maifon des Anglois, elle fut faluée de quelques coups de canon à bord,
& de Ja moufqueterie fur le Rivage.
PENDANT l'Hyver, qui tombe dans ce Pays aux mois de Novembre
& de Décembre , la pluye rendit les eaux fi groffes , qu'elles emportérent
Le 25
uantité de Maifons , & firent périr un grand nombre de beftiaux.
de Janvier 1613, on reçut avis par un Bâtiment Hollandois , arrivé de
Siam, que les l'aéteurs Anglois, qu'Effington y avoit laiflés, avoient ven-
du plus de la moitié de leurs marchandifes , & que le Roi même en avoit
acheté une grande partie. Ce Prince avoit porté fes foins, pour la fûre-
té des Faéteurs, jufqu'à défendre que fes propres Officiers emportaffent ,
fans une permiflion de fa main, les marchandifes méines dont ils avoient
déja payé le prix. On apprit aufli par la voye de Quéda , que les Portugais
de Saint Thomé, au nombre de quinze-cens, s'étoient faifis de la Maifon des
Hollandois à Paléakate ; qu'ils avoient fait main-baffe fur tout ce qu'ils y avoient
rencontré, & qu'ils en avoient enlevé tous les effets. Au mois de Mars,
Effington, laiffant Floris à Patane, fe remit en mer pour Siam, avec de nou-
velles marchandifes.
PENDANT fon voyage, le Roi de Pahan époufa la feconde Sœur de la Rei-
ne de Patane , après l'avoir faitenlever fans doute avec quelque violence ; car
la Reine la redemanda par des Ambaflades folemnelles (p), & n'ayant pû
l'obtenir , elle prit le parti non-feulement de faire arrêter tous les [reed de
Siam,
d(p) Le Roi de Pahan avoit époufé la Sœur
cadette de la Reine de Patane, Cette Reine
qui n'avoit pas vû fa Sœur depuis vingt-hu it
Rr 2
ans, envoya divers Ambafladeurs, pour de-
mander la permiflion de la revoir,
PLonrs
1612,
La Ruine de
Patanc favorl
fu les Anglois.
Elle leur
procure des
amulmens,
Triftes avis
qu'ils reçoi-
vent de Qué-
da,
Guerre entre
Patane &
Pahan,
FYLouts,
1013;
Heureufes
nouvelles de
Siam,
Facheux avis
do Hantam.
Réconcilia-
tion du Roi de
Pahan avec la
Reine de Pa-
tance
116 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Siam, de Camboia, de Bordelongh, de Lugor & les autres Navires chargés
de ris pour Pahan, mais encore de mettre en Mer toutes fes forces , qui étoivne
compolées de plus de foixante & dix Voiles & d'environ quarame mille (4)
hommes, fous la conduite de Maha Raja, de Daton Baflar & d'Oran Raja
Sirnora, Dans l'excès de fon reffenciment , elle avoit donné ordre que par force
ou par adreffe fa Sœur fût ramenée [ morte ou vive ; ] de forte qu'au juge. x
ment de l'Auteur, il y avoit peu d'apparence que le Roi de Pahan, déja
force embarafé par la perte de fes provifions & par fes guerres avec le Roi
de Jahor, fûe capable de fe défendre contre une attaque fi puiffante,
Roi de fJahor fe préparait à venir en perfonne contre lui; tandis que d'un
autre côté , le Roi de Bornco , levoit des troupes, pour lui donner du fe.
cours, ]
Au mois d'Avril 1613, il arriva plufieurs Joncs de Camboya & de la Chine,
Dans le cours du mois de Maï, Floris reçut des Lettres de Siam , avec avis que
le Globe y étoit arrivé fort heureufement, & que le commerce s'y faifoit avec
le même bonheur, Cette agréable nouvelle augmenta l'empreflement avec
lequel il travailloit à charger un Bâtiment pour le Japon; & jugeant qu'il
y avoit beaucoup d'avantage à tirer des marchandifes de la Chine, 1l emprun.
ta de la Reine de Patane trois mille piéces de huit, à fix pour cent d'inté
rét pour trois ou quatre mois, dans la vûe de remplacer celles dont il efpc.
roit de fe défaire au Japon. Mais fa joye fur modérée par les criftes avis
qu'il reçut de Bantam, Campon China ayant effuyé deux incendies, la Mai-
on des Anglois, qui étoit remplie d'étoffes, & celle des Hollandois , n'a
voient pû échapper aux flammes, D'un autre côté, le Trade-Incréafe , grand
Vaifleau Anglois commandé par Sir Henri Middleton, avoit beaucoup fouf-
fert à Pulo-Panian, & la moitié de l'Equipage avoit été enlevé par les mala.
dics, Enfin, les Achinois avoient afliégeé Jahor.
Le 12 de Juillet, on vit arriver à Pacane, pavec autant de joye que dex
furprife, ] le Roi de Pahan, fa femme, Sœur
fils. } Ce prince cédoit à la néceilité plûcôt qu'à fon inclination. Il avoit
laiffé fon Pays en proyeau feu, à la guerre, à la famine, & aux trahifons
de fes principaux Sujets, qui avoient formé contre lui diverfes confpirations,
Il raconta que la Flotce d'Achin s’étoit emparée de Jahor,. après vingt-neuf
jours de fiége; qu’elle en avoit emporté l'artillerie, les efclaves, & cout ce
qu'elle y avoit trouvé de précieux; que Raja Bunghfum un des dt
Scigneurs du Pays avoit été fait prifonnier avec fes femmes & fes enfans;
que le Roi n'ayant trouvé de reflource que dans la fuite, étoic allé chercher
une retraite à Bantam (r}), enfin, que plufieurs Hollandois qui étoient dans
la Ville, avoient été maflacrés par les Vainqueurs.
UELQUE fatisfaétion que la Reine eût reffenti à l'arrivée du Roi de#
Pahan , elle atfeéta de le recevoir avec froideur; vengeance pardonnable,
après la dépenfe & les chagrins qu'il lui avoit caufés. | Elle ne voulut pas
méme que les Seigneurs de fa Cour paruffent trop empreflés à le vificer. Ce-
pendant elle eut la complaifance de faire tuer tous les chiens de la Ville, par-
ce qu'il avoit de l'averfion pour ces animaux. Les Anglois, qui n'avoient
reçu
(3) gl, quatre mille, R. d, E, Cr) Angl. Bintam, R, d. E.
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Joncs &
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar, El, q17
chargés reçu d'elle aucun ordre, fe crurent obligés de faire honneur à l'arrivée du Fionis,
ÉtoiLNe Roi, par une décharge de leur artillerie, EE parue fi fenfible à cette politeffe, 1613,
ile (4) que # dant arrété quiques momens pour les entretenir , il les pria delevoir Fête que lu
in Raja fouvent, & de fe difpoler dans la fuite à porter une partie de leur commerce yep Leg
ar force dans fes Etats. |
u juge- x [Le 16 de Juillet, on reçut des Nouvelles du Capitaine Saris qui écoit à
n, déja Ma:hian, en route pour le ar On apprit aulli que le Chevalier Henri
le Roi Middieton étoit more de chagrin, le 24 de Mai: que le Vaiffsau l'Incréafe
[Leïk droit à fee, fans müt, & on force mauvais état : qu'il n'y reftoit que trente
que d'un hommes, dont la plus grande partie dcoit malade: qu'une maladie extraordi-
du fe- naire y avoit enlevé cent Anglois, un plus grand nombre de Chinois, qu'on
avoit loués, & huit Hollandois, Que le Capitaine Schot s'étoit emparé fur
a Chine, les Hollandois du Château & de l'ile de Solor, où il avoit trouvé une gran-
avis que de quantité de bois de Sandal, & que dans les Moluques les Hollanlois a-
foit avec voient aufli remporté des avantages confidérables fur les Efpagnols, Le 3r,
nt avec le Roi de Pahan fe rendit au logement des Anglois avec une grande fuite ;
ant qu'il & il les encouragea fort à négocier dans fon pays. ]
emprun- La Reine s'écant enfin réconcilide avec fon Beau-l'rère, fit faire les préparatifs
it d'inté- d'une grande fête qui fut célèbrée le premier jour d'Août, Elle fic l'honneur aux
til efpc- Marchands Anglois de les y inviter, Il y eut une Comédie repréfentée par des
Îtes avis femmes , à la manière des Javans ;[c'eft-à-dire , fur un fujet de l'Antiquité ,Javec
Ja Mui- des habits tels qu'on edge Inde,que l'ufage étoit anciennement de les por-
Ois, n'a ter, Le 9,le Roi de Pahan quitta Patane, après y avoir pañé plus d'un mois,
e, grand Sa femme, à qui la Reine offrit la liberté de demeurer avec elle, fe détermina
oup fouf- æ volontairement à retourner avec fon mari, [& juftifia par cette conftance la
les mala+ facilité, avec laquelle il paroiffoit qu'elle avoit confenti à fon enlevement.]
Le 16, Florisreçutune lettre de T'homas Bret, à Macaflur , qui lui peignoit
que de le commerce de cette Ville avec de triftescouleurs. La guerre avoit caufé dans fi 8"rre
fes deux l'Ifle de Célèbes les mêmes déforires qu'à Patane, Jean Perfons y étoit devenu commirce,
Il avoit : fol. Les Anglois rebutés du mauvais fuccès de leurs entreprifes, y avoient
trahifons acheté un Jonc, dans le deffein de quitter l'Ifle; mais, dans le même tems,
pirations. le Darling y étoit arrivé avec fa cargaifon de draps, dans le deffein d'y établir
ingt-neul un Comptoir.
tout ce Le 18 de Septembre, Raja Indramonda revint à Patane, d'où il partit le
rincipaux 25 d'Oétobre pour fe rendre à Macañur & de-là aux [fes de Banda, où il fit
s pi un commerce fi avantageux , qu'il en apporta deux cens fockes de fleur de muf-
chercher cade avec une grande quantité de noix. Ils'étoit chargé pour Floris d'une lettre
ienc dans de Richard Walden, qui contenoit la fituation préfente de Benla. Peter de Situation des
Bot, Général des Hollandois, ayant traité fes gens avec trop de rigueur, juf= Hollandois à
1 Roi de# qu'à faire pendre fur une Galère voifine (5) du Château, quelques Sentinelles, Banda.
lonnable, pour s'être endormis dans SO 1 La plufieurs Hollandois avoient pris le parti
oulut pas de déferter chez les Bandanois & d'y embraffer le Mahométifme. ‘Tous les efforts
fiter. Ce- du Général avoient écé inutiles pour les rappeller, parce que n'ayant aucune
ille, par- autorité fur les I fabitans de l'Ifle, tout fon pouvoir fe bornoit à forcer les
n'avoient Joncs & les autres Batimens de venir jetter l'ancre fous le Château, Enfin,
reçu quoique
Çs) Angl, à un gibet voifin. R. d. E.
Rr 3
FLonres,
1613.
Brito Nico-
te ct mpal à
diriung,
Sort de fa
femme,
‘Terrible In-
cendie à Pa-
tance,
Les Anglois
& les Hoilan-
dois délivrent
Patane.
38 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
quoique les Hollandois fuffent les maîtres de la Mer aux environs de ces iles,
ils n'ôfoient entreprendre d'éxercer leur empire fur les Habitans. |
Le 23, le Globe arriva de Siam, avec une lectre des l'aéteurs pour Floris,
Ils lui marquoient qu'ils n'avoient appris aucune nouvelle de la Cargaifon qui
étoit partie pour Jangoma, parce que la guerre qui étoit allumée entre Ova
& Laniang, avoit fermé tous les pailages. On racontoit que le Roi d'Ova
s'étoit emparé de Siriang, & qu'il avoit fait empaler Brico de Nicote & lon
fils. La poudre (+) ayant manqué aux Portugais de Siriang, ils avoient été for.
cés de fe rendre, & le Vainqueur , après s’ètre défait de Brito par un cruel fup-
plice, avoit voulu mettre fa femme aurang de fes concubines ; mais fur le re.
fus quelle avoit fait de fe rendre à fes delirs, il lui avoit fait écorcher les jam-
bes, & l’avoit réduite à la condition des Efclaves. Cette femme avoit à fe
reprocher fa propre difgrace & celle de fon mari. Elle vivoit depuis longrems
dans un commerce fcandaleux avec un Officier de fa Nation; & tous les Por-
tugais de la Garnifon de Siriang ayant tenu des difcours trop libres fur une
intrigue dont l'éclat leur paroifloit choquant, elle avoit perfuadé à fon mari,
qui ignoroit feul fa honte, qu'une fi groffe Garnifon étoit inutile ; & qu il
pouvoit s’en épargner les frais ; de forte que le Roi d'Ova l'avoit trouvé pref.
que fans défenfe. Les ambitieux projets de ce Prince fembloient menacer auff
le Royaume de Siam. Mais il trouva les frontières de cet Etat fi bien gardées,
qu'il n'eut point la hardieffe de s'en approcher. L Sr
LE 4 d'Oétobre, qui étoit le premier jour du Carême des Mahométans ,
le feu prit avec une violence extrême dans la Ville, ou plutôt dans le Fort &
le Palais Royal de Patane. La caufe de cet accident venoit d'une foule d'Ef
claves Javans révoltés, qui n'avoient pas trouvé de moyen plus für que l'In-
cendie pour fe venger de leurs Maîtres. Ils étoient environ cent, qui couru-
rent vers la grande porte, nommée Punta Gorbangh, en mettant Île feu des
deux côtés à tous les édifices; de forte, qu'a la réferve de quelques Maifons,
[parmi lefquelles futle Palais de la Reine, ] tout fut confumé par les flammes. kf
Dans leur pañfage ils enlevèrent les plus belles femmes ,» qu'ils emmenérent
avec eux. Le défordre dura depuis le milieu de la nuit jufqu’à deux heures aprés-
midi, fans que perfonne ôsât s'approcher des Rebelles, |
PENDANT ce tems-là, les Anglois n'étoient pas fans inquiétude dans leur
quartier. Ils étoient informés que le deffein de ces furieux étoit de tomber fur
les Etrangers; & leur premier foin fut de fe garantir d’abord par une forte
garde. Mais, lorfqu'ils fe furent affürés contre toutes fortes.de furprife, ils ré-
folurent, de concert avec les Hollandois, de marcher au devant d un ennemi
fi méprifable; & s’étant armés de fufils & de fabres, ils s’avancèrent en bon
ordre. Les Efclaves, informés par leurs efpions, de l'attaque qui les menaçoit,
penfèrent moins à la réfiftance qu'à la fuite. Ils fe retirérent à travers-champs
au Village de Qualbouka, & de-là jufqu'à Bordolong & Sagnora dans l’inté-
rieur des terres. Aïnfi, fans effuyer aucune perte, les Marchands des deux
Nations méritèrent le titre de défenfeurs du Pays. La Reine fit ne
fugitifs, dont on ne prit que cinq ou fix traîneurs , arrêtés par la maladie.
Fioris ignora ce que devint le refte; mais cet Incendie étoit le troifième es
avoi
Wr(t) Ce détail eft tiré del’Afic Portugaife de Faria Vol. IL. pag. 19r.
Fune Mont:
Pécueil, a
avoit a
mis le
Le 2
au Capi
teurs di
erave
Jour, le
de gaho
lorfque |
& leur c
poir d'u:
defcendt
auffi loir
feau ne
feul hom
bord, ta
trer dans
& les vin
tenta mil
un orage
vers Pulo
cher des
mais dont
au long dd
du Conti
KE[& Sud q
où il fure
courfe, lo
LE pre
Bianca ; 6
qui s'étend
Linfchote
petites If
il eft bon
Ifles & Pe
PEDRA
a tellemen
rent jufqu’
bouchure d
INDESORIENTALES, Liv. IV. Car. IL. 319
s fes, avoit aMigé Patane depuisun petit nombre d'années ; [Les Japonois y avoient FLonis,
Floris mis le l'eu deux fois, & les Javans, une ]. | . | . 1613.
fon qui Le 21, les Anglois prirent congé de la Reine, qui fit préfent à | Auteur & , DAQaE des
e Ov au Capitaine Effington, d'un poignard d’or à chacun. Ils laiffèr ent trois fac. "5 ts
d'Ova teurs dans leur Magafin, William Ebert, Robert Lilctleworld , & Ralph Coo-
& fon er avec des lettres pour John Lucas, qui étoit demeuré à Siam, Le méme
été for jour, les Hollandois virent arriver leur Vaiffeau Le Hope , qu ils attendloient
uel fup- fs pour remettre auffi à la voile, | Ils s'étoient déjarendus au Rivage, * Patanc eft
ière. lorfque la Flotte d’Achin, qui venoit afliéger Patane, entra dans la Rivière » aies c par la
les jam- & leur NS ET pañage avant qu'ils euffent pû fe rendre à bord. Dans le aiéief- PE es
re a poir d’un fi ficheux contretems, ils écrivirent aux gens du Vaifleau de faire ris
ngtems defcendre à terre trente hommes bien armés, & des avancer dans la Rivière, l'ucs prifon-
is Dors auffi loin qu'il leur feroit polible, pour combatre les Achinois. Mais le Vaif. nicrs.
Le te feau ne trouvant point aflez de fond, ne put ni s'avancer, ni débarquer un
mari, feul homme. Douze des Hollandois du Rivage trouvérent le moyen d'aller à
& qu'il bord, tandis que les autres, au nombre de vingt-trois, furent obligés de ren-
vé pref. trer dans la Ville. Elle fe rendit par compofition après vingt-neuf jours de fiége,
pie & les vingt-trois Hollandois furent faits prifonniers. Le Capitaine du Vaiffeau
de tenta mille moyens pour les fecourir ; mais au milieu de fes efforts il s’éleva
| d un orage qui le poufla fur le banc de Borneo, d’où il fut jetté par un autre vent
sean: vers Pulo Kondor. Ayant perdu l'efpérance de regagner Patane , il allacher-
Fort & cher des rafraîchiffemens dans la Baye de Varellas, Rade aflez commode,
le d'Ef mais dont il tira peu de fecours », parce qu'il y trouva les Habitans mal dif-
pe es pofés pour lui. Son V aiffeau étoit chargé de quinze mille piéces de huit, &
de vingt-neuf bales d’étoffes des Indes. |
FRE (v) Les Anglois, en quittant Patane , avoient trouvé le vent fi favora- Route du
NE ble, que le 25 ils étoient à la vûe des Ifles de Ridangh, qui font au nom. Vaifleau An.
Jaifons, bre de dix-huit ou vingt, au fixiéme degré de latitude. Ils paflèrent le foir lois.
lammes. Kf au long des trois Ifles de Kapas, à treize lieuës de celles de Ridangh & deux
RRerent du Continent. Le 26, ils virent Pulo Tiama à vingt-huit lieuës au Sud
ble da KL & Sud quart à l’Eft] des Ifles Kapas. Le 29, ils arrivèrent à Pulo Tingi,
où il furent furpris par le calme: il n’y a point de danger dans toute cette
ans leur courfe, lorfqu’on fe tient conftamment fur dix-huit brafles de fond.
nber fur LE premier de Novembre, on vit la Pointe de Jantana, ou Jahor, [ &
. forte une Montagne de l’Ifle de Bintam. ] Le lendemain, on eut la vûe de Peilra
e, ilsré Bianca ; & vers dix heures ,on fe trouva contre ia dangereufe chaîne derocs
FAN qui s'étend , de la Pointe de Jahor , l’efpace de quatre lieuës dans la Mer.
en bon Linfchoten, Voyageur Hollandois, a fait une defcription fort éxaéte de cet
Enagoit, Fécueil, après l'avoir paflé avec beaucoup de danger. [ La pointe avec trois
champs petites Iles qui font auprès , porte Oueft-Sud-Oueft. Pour fe tirer de-là,
s lintér il eft bon de prendre le large, jufqu’à ce qu'on ait Jahor, les trois petites
cs deux Ifles & Pedra Bianca, fur une même ligne, en laiffant Bintam en dehors ].
ivre les PEeDrA Bianca eft un roc, couvert d’oifeaux de Mer, dont la fienteen Roc de Pedra
moe a tellement blanchi le fommet qu’il en a tiré fonnom. Les Angloisemployè- Bianca.
GRIS de Q rent jufqu'au 7 à combattre les Courans, jufqu’a ce qu'ils eurent pailé l’em-
di bouchure de la Rivière de Jahor & qu'ils furent a deux lieuës de Sincapur.
Le
La 5e, Scétion commence ici dans l'Original. R. d. E,
lLORTS,
1613.
Rétabliffe-
ment deJahor.
Changement à
Mafulipatan,
1G14.
Narfapur Pe-
ka,
Rétabliffe-
ment de Pégu.
“
3309 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Le 8, il leur vintplufieurs Pares, conduites par des Sujets du Roi de Jahor,
qui n'ont pas d'autre habitation avec leurs femmes & leurs enfans, & qui s'y
nourriffent de leur pêche. Floris apprit d'eux, que le Roi d’Achin avoitren-
voyé avec beaucoup d’honneurs Raja Bounyfoc, Frère de leur Roi, pourre.
bâtir le l'ort & la Ville de Jahor, & que lui ayant donné fa Sœur en maria-
ge, il vouloit le placer fur le trône au lieu de l'ancien Roi. Les Anglois pri-
rent ici un Pilote pour les conduire au travers des Détroits.
Le 19 de Décembre, ils arrivèrent à Mafülipatan, où ils trouvérenc un
Vaifleau de leur Nation & deux Hollandois. L’Anglois, qui fe nommoit Je
James, avoit été envoyé pour les feconder dans leur voyage. Marlou, Da-
vis, Gumeg, & Cob, fes principaux Faéteurs, vinrent à bord du Globe, &
remirent au Capitaine & à fes gens quantité de lettres dont ils étoient char-
gés. Le 21, l'loris defcendit au Rivage. Il ÿ trouva le gouvernement chan-
gé par une révolution, qui avoit dépoflédé Mirfadardi, & qui lui avoit fait
donner pour fucceffeurs Armaban & Bufebulleran. Wentakadra, fils de Bu-
febulleran, vint au-devant de lui, avec le Scha Bandar & d'autres Mores. Ils
‘lui firent divers préfens, entre lefquels étoit un fort beau cheval, qu’il refu-
fa d'accepter, dans la crainte que cette apparence de générofité ne fût le
voile de quelque trahifon. Mais il y fut forcé par les inftances de Wentaka-
dra, de qui il obtint aufi un Kaul, ou une permiffion pour le débarquement
de quelques marchandifes, en payant cinq pour cent.
Le 25 de Janvier 1614, le James mit à la voile pour Petapoli, dans le def
fein de fe rendre enfuite à Bantam. Floris partit le 18 pour Narfapur Peka.
Le 19, il entra dans la Rivière, où il trouva neuf brafles d’eau, & jufqu'a
dix & demi, contre l& rapport de quelques perfonnes qui cherchoient à re-
froidir les Anglois par de fauffes defcriptions. Le 23, l’Auteur revint à Ma-
fulipatan , & dépêcha un Peon, c’eft-à-dire un Courrier Indien, à Surate, pour
y porter de fes nouvelles au l'aéteur Alworth. Le même jour , il arriva un
petit Bâtiment de Pégu, fur lequel étoit Cornelius Franke, Marchand Hol-
landois, qui confirma la prife de Siriang par le Roi d'Ova, le maflacre des
Portugais, & la mort tragique de Brito. Le Roi avoit donné des ordres pour
faire relever Pégu de fes ruines. £nfuite s'étant avancé vers Tenaflérim , il y
avoit été joint par Banga D'ela, à la tête de cinquante mille Péguriens (x),
qui l’avoient reconnu por leur Vainqueur & leur Maître. Cette conquête a-
voit caufé beaucoup de jcre aux Mores de Mafülipatan, parce qu'ils fe flat-
toient que le commerce de Pégu tomberoit bientôt entre leurs mains; &
dans cette efpérance, ils firent équiper deux Vaiflearx, pour les y envoyer au
mois de Septembre.
Dans le cours du mois de Mars, les Anglois apprirent qu'il étoit arrivé
onze Vaiïfleaux à Goa, huit de Ja Chine & trois de Malaca. Cette abondance
de marchandifes auroit caufé beaucoup de préjudice à l’Auteur, s’il n’eût dé-
ja vendu la plus grande partie des fiennes. Au mois d'Avril, Atmakan par-
tit pour Golkonde, où le tems étoit venu d'aller rendre fes comptes; & ce
voyage ne pouvoit tomber dans une conjonéture plus heureufe, parce que
Maleck Tufz, fon ami, fut alors nommé par le Roi à l'office de Le Tré-
orier.
(x) Ces Péguriens font des Péguans. R. d. E.
# Le fecond 1
® & le prefla
forier.
lement
ce que
fon emp
LE 1$
Effingtor
YFune févr
fe à quel
l'épaule,
commune
en bon oi
dement,
Skinner,
ce, Sav
le nouvea
vage, ilt
le lee: de
pa Kandia
le comme
le Fort, €
la manière
de fond fu
tr'eux dem
neroient à
Kponfe [aux
Roi meme.
qu'elle avo
la prioit de
leur confia
VENGA
putés, l’un
beffiam de c
blanche, fu
deux autres
Jaga Raja,
au cominer
Il faifoit de
bâtir une M
fa bonne-foi
annuel étoit
arrivée, d’
faveur fi écl
CO) Angl. 1
ll de fuccéder
IL. Part,
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cap. Il.
321
forier. Les Anglois y trouvèrent aufñli des avantages confidérables, non-feu- fLours.
hor, lement par la faveur d'Armakan, qui lenr étoit afteétionné, mais encorepar- 16 r4.
167 ce que les dettes d’un Gouverneur Indiea font mal affürées, lorfqu'il perd Avantages
.Yen- fon emploi. | sé po, cs An-
IF Fe Le 18 de Mai fut un jour funefte aux Anglois, par la mort du Capitaine Kurt du Capi
ee Effington, dont le caraëétére étoit généralement eflimé. Il fut emporté par taine Lifins
dd pune fiévre fubite, qui le prit en fortant de table, [&donton attribualacau- 19:
fe à quelques cloux qu'il avoit fur le Corps, & fur-tout à un qu'il avoit fur
HAS l'épaule, & qui n’avoit pas pû s'ouvrir. Cette forte d'incommodité eft fort
oùt le commune dans cette faifon.] iloris prit foin auflitôt de mettre le Vaiffèau
y Da: en bon ordre; mais quoique tout l'Equipage le preffat d'accepter le comman-
pe, & dement, il refufa cet honneur (y), & confentit feulement à nommer M.
char- Skinner, en laiffant efpérer qu'il pourroit quelque jour reprendre cette p'a-
chan- * ce. Sa vûe, dans une promeffe fi vague, écoit de foûtenir & l'Equipage &
it fait le nouveau Capitaine dans l’éxercice de leur devoir. Etant retourné au Ri-
de Bu- vage, il trouva dans la Ville trois députés de la Reine de Paléakate , &des Divers Prin-
res. Îls W lettres de cette Princeffe, [de Jaga Raja, Gouverneur de St. 'T'homé, & de A- ces invitent
] refu- pa Kandia, Sécretaire du grand Roi Wankatad Raja,] pour l'inviter à faire le ue on
ie le commerce dans fa Ville, avec promefñe de lui donner un terrain vis-à-vis °°"
ntaka-
le Fort, & de lui accorder plufieurs faveurs. Floris, qui fe reflouvenoit de
la manière dont il y avoit été reçu l’année précédente, ne fit pas beaucoup
de fond fur ces offres. Cependant il convint avec les Députés qu'un d’en-
s le cf tr'eux demeureroit près de lui à Mafulipatan, & que les deux autres retour-
r Peka. neroient à Paléakate avec Vengali, un de fes gens, qu’il chargeroit de faré-
1ement
jufqu'a tpponfe [aux diverfes perfonnes qui lui avoient écrit, & d'une lettre pour le
At à Fe Roi meme.] Dans fa lettre il rappelloit à la Reine (2) le mauvais accueil
ta Ma qu'elle avoit fait aux Anglois ; & fi elle étoit réfolue de les traiter mieux, il
te , pOur la prioit de lui envoyer un Kaul, ou un fauf-conduit, qui pût faire renaître
riva un leur confiance.
d Hol- VENGAL1 revint à la fin de Juillet, accompagné de quatre nouveaux Dé- Députation :
cre des putés, l’un du Roi de Narfingue, qui apportoit un Kaul à Floris, avec l'4- du RoideNar-
es pour beftiam de ce Prince, faveur Indienne, qui confifte dans un morceau d’étoffe ue à Flo-
im,ily blanche , fur lequel la main du Roi eft empreinte en fandal, ou en faffran.
ns (x); Le fecond Député [apportoit aufli le Kaul] de la Reine de Paléakate: &les
uête a- kdeux autres étoient chargés des lettres de | quelques petits Princes, tels que]
s fe flat- Jaga Raja, Time Raja, Apokandora Raja, &c. qui invitoient les Angloïs
ains; & au commerce. La lettre du Roi de Narfingue étoitécrite fur une feuille d’or.
oyer au
Il faifoit des excufes à Floris, du traitement qu’il avoit reçu à Paléakate,
‘ & le preffant de fe rendre dans fes Etats , il lui offroit le choix d’un lieu pour
jt arrivé bâtir une Maïfon ou un Fort, avec d’autres priviléges. Enfin, pour gage de
bondance fa bonne-foi, il faifoit préfent à Floris d'une petite Ville, dont le revenu
h'eût dé- annuel étoit d'environ quatre cent livres fterling, en lui promettant à fon
, , , . D) . . ,
kan par- arrivée, d’autres marques de fon affeétion. Les Hollandois, jaloux d’une
A ’ , \ , , r . ? .
s; & ce faveur fi éclatante, s’etforcérent d’en écarter les iuites; mais leur influence
arce que étoit
and Tré-
foricr. (y) Angl. I crut qu'il étoit au deffous de (3) Angl. au Roi KR. d. E,
lui de fuccéder à un fous-Marchand. KR. d.E.
II. Part. Ss
322 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
étoit trop foible à la Cour du Roi. Ses propres Sujets, aflligés de vois pafler
chaque année fur leur Côte tant de Vaiieaux Anglois, fans en tirer aucun
fruit, avoient fait retentir fon Palais de leurs plaintes, & s étoient rendus
comme les Avocats de la Nation Angloife, Cependant une jufte précaution
porta Floris à retenir le Député du Roi, qu'il entretint aux frais de la Com-
pagnie jufqu'à l’arrivée de fon Vaileau dans la Rade, Ses défiances ache.
” vérent de ke diffiper, lorfqu'il eut appris que Vengali avoit été reçu avec au.
tant d'affcétion que de civilité, & que le Roi pour confirmer fes promefes,
avoit mis folemnellement la main fur fa têce.
Inondatior à Au mois d'Août , Narfapur Pcka & tous les lieux voifins furent défolés par
Narfapur Pc. une fi furieufe inondation, que le ris, les falines, les beftiaux, les hommes
sa & les villes entières, furent enveloppées dans la même ruine, Dans les
grands chemins, l’eau s’élevoit de fix pieds au-deffus de la terre. A Golkon-
de, qui eft joint à ce Canton par une branche de la méme Rivière sy
eut plus de cinq mille Maifons entrainées. Deux Ponts de pierre , l'un de
19 arches, l’autre de 15, aufli-bien bâtis qu'il y en ait en Europe, fe trou-
vérent couverts de 3 pieds d’eau, quoiqu'au jugement de Floris leur hauteur
fût ordinairement de 18 nieds au-deflus de la furface ; & 6 arches des 19
rent emportées par :? torrent.
: LE 4 d'OËtobre, , les Anglois prirent congé du Roi de Narfingue, [aprésik
lui avoir trouvé toute la fidélité qu'il leur avoit fait efpérer dans fes pro-
mefles.] l'loris ayant pris occafion de tant de faveurs pour fupplier ce Prin-
ce de lui faire toucher quelques fommes , dont le payement commençoit à
traîner en longueur (a), le Secrétaire de la Cour eut ordre d'en écrire À
Mir Mahmud Raja & r" Scha Bandar. Mais le 25, c'eft-à-dire, peu de
jours après (b) le re.:ur du Vaiffeau à Maïülipatan , on y reçut la trifte
Mort duRoi nouvelle de la mort de Wankatad Raja, Roi de Narfingue. Il avoit regné
ge 0 cinquante-cinq ans. Ses trois femmes, dont Obiama , Reine de Paléakare
nt étoit une, fe brûlérent avec fon corps. On appréhenda que cet incidentne
brtler avec produisit de grands troubles ; & les Hollandois particulièrement, craignirent
fon Corps, beaucoup pour le nouveau Fort qu’ils avoient obtenu la permiffion de conf-
truire à Paléakate. pue en renforcèrent la garnifon par foixante-fix Sol-k*
dats, qui vinrent fur le Vaiffeau le Lion. Ce Vaiffeau arriva de Bantam le
x de Novembre, & il apporta la Nouvelle que le Bantam avoit été jetté dans
le Téxel, & le Lion blanc à St. Hélène; que le James étoit arrivé heureu-
fement à Bantam, @ qu'il en étoit parti pour fe rendre à Patane.] Floris
s’appercevant que la mort du Roi faifoit chercher au Gouverneur de Mañi-
lipatan des prétextes pour différer le payement de fes dettes s & craignant
d'être renvoyé au-delà de l'année, prit la réfolution de l'enlever, lui ou fon
Fils, & de le garder à bord aufli long-tems qu'il refuferoit de payer. L’en-
Etrange pro- treprife étoit dangereufe, mais tout l'Equipage lui promit de le /econder. Îl
it de Floris._ envoya la Chaloupe à bord, pour en amener fix moufquetaires, qui vinrent
enveloppés dans des voiles, parce qu’il n’étoit pas permis aux Etrangers de
defcendre à terre avec des armes, & qui fe cachèrenc d'autant plus ie
men
FLonte,
1614.
(a) Angl. Floris, ayant pañlé heurcu- fiéme fois en Cour, en infiftant fur ce qu'on
fement la barre, fit redemander de nouveau eut à lui en payer les intérets. R. d. E.
ce qui lui étoit dû, & en écrivit pour la troi- (b) Angl. deux jours après. KR, d. E.
.Mahmud
ment d
qu'au E
lui, de
droient
vant l'h
gea des
emmer
ans le
jufqu’aus
férieufe ,
& [Le :
fois dan
tems-là,
qu'ils crc
péché.
CEPE:
emporté
attendre
cher d'av
tous deux
lorfque fa
laifler jou
mefle forr
quelque p
tre. On :
Douäne,
pe nombi
haute, de
deffein po
fiter, Ses
laiflés po
ne, & fer
Floris pre
ou quatre
refte des A
çoit à s’a
té la terre
gée de füi
grand Can
mirent à |:
manqué de
légèreté ;
l'air, réfr
cey, un d
conduite &
la maifon,
qui le mal:
paler
aucun
endus
aution
, Com-
ache-
ec au-
nefes,
lés par
ommes
ans les
solkon-
4 il Y
l'un de
fe trou-
hauteur
des 19
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INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. Il. 223
ment dans un endroit obfeur de la Douäne, que ce bâtiment touchoit pref-
qu'au Rivage. Il donna ordre en méime-tems aux gens qu'il avoit prés de
lui, de fe tenir prêts à le fuivre, lorique le Gouverneur, ou fon Fils, pren-
droient le chemin de la Dou'ine; ce qui ne pouvoit tarder long-tems , füui-
vant l'habitude qu’ils avoient d’y aller tous les jours. Le foin dont il char-
gea fes gens, fut de fe failir des piques de la garde, qui demeuroient négli-
emment appuyées contre un mur, tandis que le Gouverneur étoit occupé
ans le bâument, Avec quelque fecret que ce deffein eût été formé, il alla
jufqu’aux oreilles des Hollandois ; mais le regardant comme une menace peu
férieufe, ils ne furent pas tentés de le découvrir.
f [Le 21 de Novembre, les Gentils célébrèrent une fête, qui revient trois
fois dans une année, quand la nouvelle june tombe un lundi : Dans ce
tems-là, les hommes & les femmes viennent fe laver dans la Mer , parce
qu'ils croyent que c'eft-là un moyen très efficace pour les purifier de tout
péché. Les Bramines & les Komctis font la même chofe.]
CEPENDANT floris étant allé voir, le 24, le Gouverneur, prit un tonfort
emporté pour lui demander fon argent & pour fe plaindre qu'on le lui fit
attendre depuis fept mois. Il vit aufli Mir Mahmud Raja, pour lui répro-
cher d'avoir eu fi peu d'égard aux ordres de la Cour. Ils lui répondirent
tous deux, avec quelques railleries, qu'on parleroit d’affaires à la Douäne,
lorfque fa colère feroic pañlée. Floris reprit qu’il n’étoit pas d'humeur à fe
laiffer jouër plus long-tems, & que s’il ne recevoit pas fur le champ une pro-
mefle formelle, avec des affürances pour l'éxécution , il fçauroit prendre
quelque parti qui conviendroit à fes intérêts & à l'honneur du Roi fon Mai-
tre. On ne fit que foùrire de fa menace. Il fe rendit fur le champ à la
Douäne, où il fçavoit que le Fils du Gouverneur étoit déja, avec une garde
peu nombreufe. Les piques étoient dreffées contre la porte , & la marée
haute, deux circonftances dont il avoit toûjours jugé que le fuccès de fon
deflein pourroit dépendre. Auñli fe confirma-t'il dans la réfolution d’en pro-
fiter. Ses gens, qui le fuivoient à l’œil, à l'exception de trois, qu'il avoit
laiffés pour garder fa maifon, fe failirent des piques entrèrent dans la Douä-
ne, & fermérent la porte fur eux. Les Moufquetaires parurent aufi-tôc,
Floris prenant lui-même le fils du Gouverneur par le bras , le remit à trois
ou quatre de fes gens , qui le conduifirent à la Chaloupe, tandis que lui & le
refte des Anglois faifant l’arrière-garde, écartèrent le peuple qui commen-
çoit à s’aflembler, & gagnérent xnfi le Rivage. Le Gouverneur & Mir
.Mahmud Raja arrivèrent immédiatement, mais la Chaloupe avoit déja quit-
té la terre. Cependant comme le vent étoit affez fort, & qu'elle fut obli-
gée de fuivre quelque tems le Rivage > à peu de diftance, pour arriver au
grand Canal, les Indiens fe hâtèrent d'entrer dans quelques Canots, & fe
mirent à la pourfuivre. Il étoit déja trop tard. Floris, qui n’avoit pas
manqué de prendre fes plus habiles rameurs, avoit paflé la Barre avec une
légèreté incroyable; & deux ou trois coups de moufquets, qu’il fictirer dans
l'air, réfroidirent ceux qui auroient entrepris de le fuivre plus loin. Chan-
FLonrts.
1014.
Il l'éxécute
& fe faifit du
Fils du Gou-
verneur,
Vains efforts
des Indiens
pour le tirer
de fes mains.
cey, un des trois Anglois, qu’il avoit laïflés dans la Ville pour juftifier fa .
conduite & recevoir l'argent qui lui étoit dû, eut l’imprudence de fortir de
la maïifon, par un mouvement de curiofité. Il tomba dans un gros d’Indiens,
qui le mal.raitèrent beaucoup. Mais le Gouverneur , craignant dis repré-
Ss 2 failles
3924 VOYAGES DES ANGLOIS AU X!
failles fur fon Fils, fe le fit amener aufli-tôt & le prit fous fa protcétion.
FLonts, \ dE ,
1614. Dans le cours de l'après-midi, Wérner van Berchem , Marchand Hol.
Fermeté de Jandois, vint a bord du Globe ave l'Interpréte du Gouverneur, pour deman.
Foris. der la caufe d'une entreprife fi violente. Floris leur répondit qu'il trouvoit
furprenant qu'ils paruffent l'ignorer, après avoir été fi fouvent témoins de
fes plaintes; & que d’ailleurs il avoit laïflé trois de fes gens dans la Ville
pour expliquer fes intentions. Enfuite apprenant que celui qu'il avoit char-
é principalement de fes ordres, avoit été maltraité par le peuple, il feignit
x vouloir s’en venger fur le Fils du Gouverneur ; & quoiqu'à la prière de
Berchem, il promît de fufpendre les effets de fon reffentiment, iljura de fai.
re étrangler ce jeune homme , fi le moindre de fes gens recevoit quelque
injure. Non-feulement il écrivit la même chofe au Gouverneur, mais il lui
déclara, que s’il venoit au Vaifleau Anglois quelque Barque de la Ville, fans
une lettre de Chancey, elle feroit coulée à fond fans pitié.
VAN Berchem revint le jour fuivant avec l'Interpréte. Il apportoit la
dette du Gouverneur. Floris lui répondit que pour fatisfaire les Anglois, il
falloit que le Gouverneur leur fît payer ou leur payât lui-même la dette de
Kalipa Marchand Indien, dont il s'étoit rendu caution, & qu'il envoyäât fur
le Vaifleau , les autres Marchands qui refufoient de les payer. Berchem
choqué de cette fermeté, protefta contre le procédé de Floris, en ajoûtant
que les Anglois répondroient du tort que leur conduite avoit caufé & qu'elle
Florisinfifte pouvoit caufer encore aux Hollandois, Mais Kloris , fans paroître embar-
fur fespréten- raflé de cette protefltation, y répondit par un aéte pubic qu'il fit figner à
tour tous fes l'aéteurs. Le Bâtiment Hollandois partit la même nuit pour Patane.
PenpanT ce tems-là, le Fils du Gouverneur étoit demeuré à bord fans prendre
aucune forte de nourriture, parce qu’étan. Bramine, il ne lui étoit pas per-
mis de boire ni de manger chez autrui, s’il n'avoit préparé fes alimens lui-
même. f'loris ayant pitié de fa fituation, offrit de le rendre à fon Pére,
pourvu que deux Mores de qualité vinflent prendre fa place. Mais il ne fe
Accommode- trouva perfonne qui fût tenté d'accepter cette condition. Enfin le Gouver-
ment avec lc heur confentit à payer la dette de Kalipa, & força les autres Marchands de
A nd payer, à l'exception de Miriapeck & de Datapa, deux Indiens qui faifoient
leur réfidence à Golkonde. Ainfi le prifonnier fut remis en liberté le 30 de
Novembre.
ArrÈs cet accommodement, plufeurs Mores, qui vifitèrent Floris fur fon
Vaifleau , lui promirent de rendre un compte fidéle au Roide tout ce quis'é-
toit pañlé, & le prièrent de n’en pas prendre droit de nuire aux Bâtimens de
leur Nation. Il leur répondit qu'il fe bornoit à la fatisfaétion qu'il avoit re-
çue, mais ana l'avenir il leur confeilloit de prêter plus facilement l'oreille
aux plaintes des Anglois, ou plûtôt de ne leur donner aucun fujet d’en faire.
Excufes de I] écrivit dans le même fens au nouveau Roi. Les différends qu'il avoit eus
Nour avec les Officiers de Mafüulipatan ne lui avoient pas permis de proficer dis
bienfaits de fon prédéceffeur ; mais il fe crut obligé d’en faire des excufes au
nouveau Gouvernement & de promettre dans une autre occafion plus d’em-
‘ preffement pour de fi grandes faveurs. Il laiffa aufli des lettres à quelques
Marchands fidéles & affeétionnés pour l’inftruétion des Anglois, qui vien-
droient dans le même Port après lui.
Le 7 de Décembre, Chancey revint à bord avec les deux autres daghoir,
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INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. IL gs
Floris ordonna auffitôt que l'ancre fût levée la nuit fuivante, Il offrit de
defendre encore une fois au Rivage pour faire civilement fes adieux ; mais
le Gouverneur appréhendant qu'il ne pensät à lui rendre quelque mauvais of.
five à la Cour par le moyen des Mores, lui fit répondre avec une modeftie
affeétée, qu'après les fujets de plainte qu'il avoit donnés aux Anglois, iln'au-
roit pas la force de foûtenir fes regards.
ON mit à la voile avant la fin de la nuit; &, le 3 de Janvier, onarrivaau Le Globe f
Port de Bantam, où l'on trouva le James, venu nouvellement de Patane, rend à Ban. '
le Hofiander & la Concorde. Floris defcendit à terre. Jordayne, alors pre- tam.
mier Faéteur de Bantam, lui remit plufieurs lettres de différens Comptoirs,
tels que ceux de Macaflar, de Paléakate , de Siam, &c. Dans tous ces lieux,
on paroifloit encore allarmé par les défordres de la guerre; mais comme le
Darling y devoit pañler fuccellivement, Floris fe flatta que les Faéteurs de
chaque Pays en recevroient quelque confolation. Il convint avec Jordayne
que les marchandifes de l'Hofiander feroient tranfportées fur le Globe , & que
les deux Capitaines, Edouard Chriftian & Skinner , prendroient aufli la pla-
ce l'un de l’autre; que le Globe auroit cinquante hommes d'équipage ; le Ja-
mes cinquante-cing; le Hofiander, qui devoit refter aux Indes, vingt-huit
(c), & la Concorde vingt-quatre (4). Le James partit le 30, avec ordrede
s'arrêter au Cap de Bonne-Efpérance ou à Ste, Hélène, pour y attendre les au- dau
tres. Comme l'Hofiander ne tie être prêt aflez-tôt pour les entreprifes de ture
auxquelles il devoit être employé, on prit le parti d'envoyer la Concorde à Vailfeaux An-
Amboyne, avec Georges Bale pour Faéteur, & Georges Chancey, qui de- glois.
voit s'arrêter à Macaflar. Avant leur départ, le Vaifleau Hollandoïs /a Zélan-
de, arrivant du Japon, apporta des lettres de Cocks, quiapprirent aux Comp-
toirs des deux Nations, que M. Peacok, Anglois, & tous les Hollandois qui
étoient à la Cochinchine, avoient été maffacrés par les IHabitans du Pays, &
que cinq Anglois, échappés au carnage, s'étoient retirés à Siam.
Le 14 de Février, le Capitaine David Middleton arriva au Port de Bantam Effroide Da-
avec trois Vaifleaux, le Samaritain , le Thomas ES le Thomaflin, qui par un bon- vid Middie-
heur prefque fans éxemple, n’avoient point un feul malade dans les trois Equi- ns RE
pages. Middleton apprenant la mort de Sir Henri fon Frère, & la perte de fon 4c fon Frère.
Vaifleau , fut fi troublé par cette nouvelle, qu’il prit la réfolution de retourner
en Angleterre. Le Confeil s’affembla pour régler la route des quatre Bätimens
qui fe trouvaient à Bantam. Le Samaritain fut nommé pour retourner avec
Middleton ; le Thomas, pe Sumatra ; le Thomaffin, pour joindre la Concor-
de à Amboyne ; & l’Hofiander pour Patane & le Japon.
LE Globe & le Samaritain mirent à la voile le 22 de Février. Ils arrivèrent Ilretourne
le 30 d’Avril dans la Baye dé Saldanna, où ils trouvèrent, avec le James, l’Ad- en Europe a-
vice & l’Attendant, deux Vaiffeaux Anglois qui faifoient le voyage de l'Inde, Vecfloris.
Le 17 de Mai, ils quittèrent Saldanna, accompagnés du James; & le premier
de Juin il relâchèrent à Sainte Hélène.
FLonrs.
16153.
(ec) Angl. vingt. R. d. E. der la Concorde. R, d. E.
(d) Angl, & trois ou quatre pour gar-
pt” hs
Ss 3 CHAPITRE
CASTLETON.
1612.
Remarques
préliminaires
Départ.
L'yvreffe des
Matelots Hol-
landois leur
fait perdre
un Bätiment
qu'ils avoient
pris.
1613.
Rofisko au
Cap-verd,
6 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
ob Ab EE db KA db AD EDGE»
CHAPITRE IV.(a)
Voyage de Samuel Cafileton à Prieman, en 1612.
CENT RE les voyages qui fe faifoient aunom dela Compagnie des Indes , 4
il s’en trouve toûjours quelques-uns qui n'étoient que les entreprifes de
divers particuliers, fans qu’on foit informé de qui ils recevoient leur commif.
fion, & s'ils étoient autorifés par le Gouvernement, ou par la Compagnie. ]
Celui-ci dont John T'atton, Pilote du Vaiffeau, nous a laiffé la Relation, pa-
roît ne s'être fait qu'aux dépens du Capitaine Caltleton, & de Georges Bathurft
fon Lieutenant. Mais on ignore quelle étoit leur cargaifon, & de quel nombre
d'hommes leur ge e étoit compofé. Aufli PurchafT (b), qui nous a con-
fervé le Journal de Tatton, déclare-t'il qu'il n’a pris ce foin que pour l'utili-
té de la navigation. Il femble même qu'il en ait retranché quelques endroits,
qui lui ont paru fans doute moins convenables à cette vûe,
CasTLETON, Capitaine de la Perle, partit de Blackwall le 22 d’Août 16r»;
mais les vents lui devinrent fi contraires, qu'ayant relâché de Port en Port au
long des Côtes d'Angleterre, il ne put gagner Landfend avant le 5 de Novem-
bre. Le 27, il arriva devant Lancerota, une des Canaries, fans pouvoir entrer
avant le 3 de Décembre dans la Rade de Lauratavi qui appartient à cette Ifle.
H y trouva un petit Bâtiment de Londres, que le mauvais tems avoit auñli forcé
de s'y mettre à couvert. Le 5, ils en furent chaflés tous deux par la force du
vent, & pendant le refte du mois, ilsfe virent contraints d’errer aux environs
de cette Ifle & de celle de Ténérife, d'où ils trouvèrent pourtant le moyen
de tirer feize pipes de vin. Le 31, Caftleton, qui avoit perdu de vûe le petit
Bâtiment depuis le jour précédent, l'apperçut à l'ancre, prèsd’un Vaiffeau de
guerre Hollandois, qui s’en étoit faifi; mais les Matelots de Hollande s'étant
enyvrés pendant toute la nuit, il fut facile aux Anglois de fe dérober dans les
ténébres, quoiqu'ils ne fuflent qu'au nombre de trois. Caftelon leur donna
deux hommes de plus, avec un Faéteur, qu'il les pria de mettre à terre dans
la Grande Canarie. Le vent n'ayant pas cellé de les en écarter, il convint avec
eux qu'ils le fuivroïient jufqu’à l’ifle de Palme, où il promit de leur faire trou-
ver de meilleures provifions ; & tous deux fe trouvèrent fort bien de s'être
arrêtés à ce parti.
Le 15 de Janvier, Caftleton mouilla dans la Rade du Cap-Verd, où il fe
rocura quelques bœufs, avec une nouvelle provifion d'eau. Le 27 ayant re-
mis à la voile, il s'avança jufqu’à Rofisko, dans l'efpérance d'y trouver des
beftiaux en plus grand nombre. Il y jetta l'ancre à cinq heures du foir, fur
onze braffes , profondeur qui eft à peu près la même dans toutes les parties
de la Rade, fur-tout à l'EÎt quart au Nord, qui eft la pofition de Rofisko à
l'égard de l'Ifle qui forme la Rade du Cap - Verd. Les Anglois s’y procuré-
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(a) Ceft le XV. Chap. du I, Livre de gr(b) Voyez Pilgrims. Vol. L. pag. 328.
Original. R. d. E.
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rent fept bœufs, Le 24 au matin, ils quittèrent Rofisko, & faifantvoileavee Carrsaros.
un bon vent, ils fe trouvèrent le 28, à 6 degrés 32 minutes de latitude, 16548.
2 KP{ Là , ils eurent à effuyer un Ouragan, | dura près de deux heures.] Le 20
NTI de Février, ils paflèrent la Ligne, & prirent leur courfe au Sud-Bud-Eft, |
= À Le 15 d'Avril, étant à 32 degrés 39 minutes, ils portèrent à l'Eft-Sud-Eft, |
ffravec un vent Sud-Ouelt, À mefure qu'ils continuérent d'avancer, [ils virent
plufieurs de ces Herbes que les Portugais appellent Trombos, &] ils remarquè-
rent du changement dans l'eau, jufqu'à cinq heures du foir , qu'ils découvri-
rent la terre entre l'Eft-Sud-Eft & l'Eft-Nord-Eft, 1Ils fuivirent l'Eft pendant
toute la nuit jufqu'a fept heures du matin, qu'ils fe trouvèrent vis-à-vis la
ointe de Sainte-Lucie à quatre lieuës en mer. Cette pointe eft un peu au |
ud du Cap de Saint-Martin. Ils jettérent la fonde, qui leur fit trouver 43
braffes fur un fond fort pierreux. Le 16 à midi, la latitude étoit de 33 de- Dprne |
grés; & vers cinq heures après-midi, il furent jettés fi loin dans la Baye, 00° {
qu'ils fe trouvèrent contre une chaîne de rocs qui eft au Sud-Sud-Oueit, Ils |
eurent tant de peine à s'en dégager, que le jour fuivant à fept heures du
matin, ils n'étoient avancés que de trois lieuës au Sud (s). À deux milles |
de la terre, qu’ils côtoyèrent pendant le refte du jour, ils ne trouvèrent nul-
kle part moins de neuf brafles. [Ils jettèrent l'ancre fur fept brafles, au côté |
Sud-Eft de la Baye; ayant une pointe au Nord-Nord-Eft à environ feptlicuës, |
& l'autre au Nord-Oueit. Ce jour-là leur latitude fut de 33 degrés.
Le 18 au matin, ayant envoyé la Chaloupe & l'Efquif au rivage, l'Efquif |
revint aufli-tôt pour leur annoncer que les Habitans étoient d'un caraétère |
traitable, Vingt de ces Barbares s'étoient prélentés avec diverfes fortes de |
beftiaux. Caftleton renvoya l'Efquif à terre avec plufieurs morceaux d'un |
EE croc de fer coupé en piéces, & quelques haches. Pour un morceau de croc,
= les Anglois achetèrent un veau; & pour une petite hache , ils obtinrent un
= excellent mouton. Il eft étrange que l'Auteur ne faffe pas connoître cette Baye avanta-
Baye par fon nom; mais, [ce qui ne permet pas de croire que ce fût celle re e que
de Saldanna (d) ,] c'eft qu'on n'y trouva point d’eau, à la referve de celle ue 8
que les Habitans montrèrent dans quelques marais bourbeux, enfaifantcam- mer, |
prendre par leurs fignes qu'ils en faifoient ufage, & que le pays n'en avoit | |
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À
CEEEEETEETETLE PALETTE TER ONE RP Ten
as d'autre. La Chaloupe remonta, l'efpace de plus d'un mille, une fort bel-
e rivière qui eft au fond de la Baye; mais l'eau en étoit aufli falée que cel-
le de mer. Tous les environs parurent fort ftériles.
X# [La 19 à deux heures du matin, le vent s'étant mis au Nord-Nord-Oueft,
ils levérent l’Ancre & firent route fur dix, neuf, huit, & fept brafles. Le
22, a midi, ils fe trouvèrent à 33 degrés 53 minutes, à 6 lieuës du rivage.
Le lendemain au matin, ils eurent à cinq lieuës de diftance la montagne de la
Table. La nuit fuivante ils n’avancérent point à caufe du ue)
Le 24 d’Août, la Relation nous tranfporte à Priaman, d’où elle fait par-
tir le Vaiffeau pour Tékou; mais ce n’eft pas fans obferver que la première | |
de ces deux Villes eft à 38 minutes du Sud, & que la variation y eft de 4 | |
|
degrés
TETETEETNNEEEN EEE ELET EEE ELUUUTELETAEENE RTE EEEEENECEEEEREE RENTREE ENTER
(c) Angl. le jour fuivant au matin, ils fe contraire à celui du Traduéteur: ils avertif-
trouvèrent à fept lieuës de la terre, ayantfait fent dans une note, FL ya pue que
trois lieuës au Sud. R. d. E, c'étoit la Baye de Saldanna. KR. d. E.
ul
_ (d) Les Auteurs Anglois font d'un avis
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25
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CASTLETON.
1618.
Bayc d'Ayre-
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Ifle de Patta-
han & fa fitu-
ation.
Grande Ifle
que l’Auteur
ne nomme
pas,
Les Anglois
arrivent dans
l'Ifle de Cey-
lan,
398 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
degrés 50 minutes Nord-Oueft. La latitude de Tékou eft de 25 minutes da
Sun. On rencontre entre ces deux Places trois où quatre Baffes qui font fans
danger pour ceux qui fe tiennent au large, à quatre licuës du rivage. Le
FE Caîtleton entra dans une Baye qui fe nomme Ayre-Bangye, du nom
d'une petite Ville qui en eft fort proche au Sud. La latitude de cette Baye
eft de huit minutes du Nord. A deux mille du rivage, vis-à-vis la pointe
Ouett , c'eft-a-dire au Nord d'Ayre-Bangye, il fe trouve une chaîne de rocs,
fur lefquels l'eau n'a pas plus de huit ou neuf brafles; mais plus loin, entre
la terre & une longue lfle quieneft à fept lieuës, on n'a guéres moins de
vingt-huit ou trente braffes.
LE 10 de Septembre, on jetta l'ancre à deux milles de Pattahan, parce
u'on avoit à combattre le vent qui venoit du rivage. Le lendemain au ma-
tin, on s'avança à l'extrémité Sud-Oueft de cette Ifle, où l’on mouilla fur r4
brafles ; & vers deux heures après-midi, s'étant approché de la Rivière, on
y mouilla fur cinq brafles. Le fond, fur toute cette Côte, eft fort bourbeux
au long du rivage, excepté fur quelques Baffes qui paroiffent d’un fable fort
pur. L'eau de la rivière eft excellente, & l'on y trouve fix ou fept pieds de
fond au-delà de la Barre. Elle eft à 28 minutes du Nord. Le 14 on partit
de Pattahan avec deux Pilotes du pays, pour s’avancer vers Barons & A-
chin. On fe trouva, le 16, fort près d'une grande Ifle qui eft à vingt-cinq ou
vingt-fix lieuës de Pattahan vers le Nord, qui n’eft sh deux milles du Con-
tinent, [& au Sud de laquelle on voit deux petites
degré 40 minutes. Elle a du côté Nord-Oueft un torrent qui tombe d’un mont
efcarpé, & qui eft fi blanc de fon écume, qu'il fe fait appercevoir de fept :
ou huit lieuës. Du côté du Nord, on découvre une belle Baye, près de la-
quelle le fond eft bourbeux füur trente braffes. Au Sud-Oueft, [ou à l'Oucftr#
Sud-Oueft] à quatre lieuës de l'Ile, on rençontre une Bafle qui demande des
précautions.
LE dernier jour d’Oétobre, la Relation fait partir le Vaifleau de Nico-
bar, fans nous avoir appris qu'il y fût arrivé. C’eft la méthode infuporta-
ble de Purchaff, quand il entreprend d’abréger. Il fupprime une partie de
fon texte au lieu de le refflerrer par des extraits. Ledeflein des Anglois étant
de fe rendre à Ceylan, où les Habitans de Nicobar ne font pas difficulté d'al-
ler dans leurs canots, comme s'ils en étoient fort voifins, ils fe trouvèrent
le 12 de Novembre à 5 degrés 35 minutes de latitude ; & fuivant cette ob-
fervation , l’Auteur conclut qu’en deux jours le Vaiffeau étoit avancé, de
quarante lieuës au Sud plus qu'il n'avoit pû juger par fa navigation. Orf'a-
voit eu le même jour, à huit heures du matin, la vûe de la haute terre du
Cap de Galle, à plus de douze lieuës du rivage. Dans cet endroit, la fon-
de ne trouva point de fond. Le 13 à midi, la latitude étoit de 5 degrés 32
minutes; & le foir, la variation de 13 degrés 24 minutes. Ayant porté au
Nord pendant la nuit, avec des vents fort variables & beaucoup de pluye,
la terre fe préfentoit le matin à l’Eft-Nord-Eft. A midi, la latitude étoit de
6 degrés, & l'on avoit à l'Eft la partie méridionale de Ceylan, qui s’appelle
Dondera (e).
LE
«7 (e) De Life l'appelle Tannidar.
fles.] Sa latitude eft un x
nutes da
ont fans
ge. Le
du nom
te Baye
a pointe
de rocs,
1, entre
noins de
parce
n au ma-
la fur 14
rière , on
OurhEux
able fort
pieds de
on partit
15 A-
t-cinq où
, du Con-
de eftunré
l'un mont
: de fept
rès de la-
à l'Oucttré
ande des
le Nico-
fuporta-
artie de
ois étant
ulté d’al-
ouvérent
cette ob-
ancé, de
Or a-
terre du
, la fon-
egrés 32
porté au
e pluye,
+ étoit de
s'appelle
LE
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar, IV. 329
Le 16 après-midi, on entra dans la Baye de Billigam (f), avec le defféin d'
faire de l'eau, & l'on y jetta l'ancre fur un fond de fept braffes, d'excel-
lent fable, à un quart de mille du rivage. Des deux pointes de cette Baye,
l'une eft à l’Oueft-Nord-Oueft; & l’autre, au long de laquelle on entra, eft
au Sud-Sud-Oueft. Caftleton envoya, le foir, fon Efquif au rivage, avec un
Pavillon de paix; mais aucun de fes gens ne hazarda d'y defcendre , parce
que les Habitans leur firent connoître par des fignes, qu’il n’entendoient pas
la langue Portugaife. Le 17, la Chaloupe s'étant approchée de la terre de
l’autre côté de la Baye, où les Portugais avoient plufieurs maifons, un In-
fulaire qui s'avança dans l’eau, parla fort bon Portugais. Quoiqu'il fût vêtu
à la mode du Pays, les Anglois jugèrent qu'il n’en étoit pas. 11 répondit à
leurs queftions, qu'il ne pouvoit leur donner ancune affürance poñitive, juf-
qu'à ce que le Roi fût initruit de leur arrivée; & que s'ils vouloient revenir
le lendemain au même lieu, ils y apprendroient les intentions de ce Prince.
Leur réfolution n'en étoit pas moins de defcendre ; mais appercevant les
Portugais qui commençoient à fe raffembler, ils prirent le parti de retour.
ner au Vaifleau, Le 22, Caftleton ne pouvant fe perfuader qu'on lui refu-
fât la liberté de chercher de l’eau, renvoya au même rivage fa grande Cha-
loupe & fon Efquif. La Chaloupe avoit ordre de ne pas s’approcher trop de :
la terre, mais de fe tenir à portée de fecourir, s’il en étoit befoin, l'Efquif,
qui étoit conduit par fix hommes. Il ne parut fur le rivage qu'un feul Infu-
laire, à qui les Anglois demandèrent s'ils pouvoient obtenir de l’eau. 11 leur
répondit qu'ils en obtiendroient en la payant. Leur Capitaine, replique-
rent-ils, confentoit à donner le prix qui feroit demandé. Ils ajoûtérent
qu'ils alloient à Matikalo (que d’autres appellent Batikala,) une des princi-
pales Villes de l'Ifle. Pendant cet entretien, l'Efpion des Portugais s’avan-
çant vers l'Efquif, affeéta de la timidité, & dit aux Anglois qu'ils avoient
fans doute des armes à feu, dont il craignoiït qu’ils nefe ferviffent contre lui.
Ils l’affürèrent qu'ils étoient fans armes , & Caftleton effeétivement n’avoit
fait armer que la Chaloupe. L’Efpion continua de leur parler, avec de gran-
des apparences de bonne-foi. Mais s'étant retiré brufquement, une déchar-
ge furprenante de moufquets, qui ne pouvoient être moins de deux cens, blef-
a les fix Anglois, & leur fit regarder comme un bonheur extrême d’en être
quittes pour des bleffüres. Au même inftant, il fortit d’entre quelques bruyè-
res un grand nombre de Portugais mêélés d’Indiens, dont plufeurs s'avancé-
rent dans l’eau jufqu’au cou, pour fe faifir de l’Efquif. Mais deux Matelots
Anglois, fuppléant aux quatre autres , qui ne pouvoient fe fervir de leurs
bras, s’éloignèrent de la terre à force de rames ; tandis que la Chaloupe,
avec quelques petites piéces de canon & fa moufqueterie, força leurs Enne-
mis de regagner leur embufcade.
LE 24, Caftleton alla jetter l'ancre fept lieuës à l'Eft de Dondera, qui
Æ forme la pointe méridionale de l’Ifle. [La nuit, dans une paix profonde,
tout l'Equipage fut reveillé par un bruit effroyable , qu’on auroit pris pour
les cris d’une multitude d’animaux , fi l’on eût été moins éloigné de laterre.
Les Sentinelles du Vaiffeau ne diftinguant rien autour d’eux à la feule lueur de
la
CF) H y a dans l’Original Velagam, & les c’eft peut-être la Baye de Billigam. R.d.E,
Auteurs Anglois avertiflent dans un note, que
II. Part. Tt
CasTLeTon,
1613.
Baye de Billi
gam , où Vela
gam,
Ils confèrent
avec un Inlu-
laire,
Trahifon des
Portugais.
Les Anglois
s'en fauvent
heureute-
ment,
gÿ VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Casrteron. Ja lanterne, Caftieton effrayé lui-même d'un bruit qui n'étoit point inter
1613.
Secours qu’ils
accordent à
des malheu-
reux,
Rivière de
Vallouay.
Orage &pé-
rils de mer,
rompu, fit allumer quantité de feux, qui devoient jetter une grande lumié-
re ns une nuit fort obfcure. C'étoit plûütôt, comme il commençoit à le
concevoir, pour être de quelque fecours à des malheureux , que pour éloi-
gner fes propres dangers; car le bruit devenant plus diftinét à mefure qu'il
s'approchoit, tout le monde croyoit entendre des voix d'hommes & de fem-
mes qui étoient apparemment dans quelque extrémité preflante. Enfin la lu-
mière du Vaiffeau les attira bientôt à fi peu de diftance, qu'on les reconnut
pour une troupe d’Indiens qui étendoient les bras en demandant d’être aftif.
tés, Ils étoient quinze dans une Barque de l'Ifle. Quoi u'ils ne fçuflent pas
le Portugais, leur crainte, qui s’exprima d’une manière fenfible, & la vûe
même de leur fitution, apprirent aux Anglois, que pañfant le foir d'un en-
droit de l’Ifle à l’autre, ils avoient été jettés en mer par un vent impétueux, &
pouflés contre un roc qui avoit fait plufieurs ouvertures à leur Barque. L'eau
qui les gagnoit fans ceffe étoit un mal d'autant plus dangereux, que n'ayant
ni pompe ni pelles, ils étoient réduits au fecours de leurs mains, dont le fer-
vice ne pouvoit être fi prompt que l'augmentation du péril. Aufñli fut-il
impofible de fauver la Barque. Mais la plûpart s'étant jettés à la nage pour
monter fur le Vaifleau Anglois, évitèrent la mort à la faveur de la Chalou-
pe, que Caftleton envoya au devant d’eux.]
Le lendemain, les Anglois s’approchèrent du rivage, & jettérent
l'ancre à midi, devant la Rivière de Vallouay (h), fur huit brafles de fond.
Elle leur parut fort large; mais l'entrée en eft défendue, par un roc , con-
tre lequel l’eau bat avec beaucoup de violence, [& qui avoit caufé vrai-fem-.#
blablement le malheur des quinze Infulaires. Caftleton les fit mettre à terre
dans la Chaloupe. À peine leur avoit-on rendu ce dernier fervice, que] le
vent devenant orageux , força non-feulement la Chaloupe de retourner à
bord, mais le Vaifleau même de faire une manœuvre fort difficile pour éviter
plufieurs rocs qui fe préfentoient au long de la Côte. On s’en éloigna juf-
qu’à fix milles; & l’on fut obligé de jetter trois ancres, & de pañler le ref-
te du jour & la nuit fuivante à cordes & à mâts.
Le 28, après s'être avancés cinq ou fix lieuës à l'Eft , en fe tenant toû-
jours à fix ou fept milles du rivage, on rencontra un autre écueil, qui confif-
te en plufieurs petits monts de fable; mais à la diflance de deux ou trois
milles, où le Vaiffeau les laiffa , le fond ne ceflà point de donner cinq ou fix braffes.
En fe rapprochant du rivage, on apperçut quelques rocs, qui faifoient la
Belle rivière pointe d’une belle rivière, & l’on mouilla fur neufbrafles à l’Eft de cette poin-
cüles Anglois te, qui fe préfente au Sud-Oueft quart au Sud. Là, Caftleton fit defcendre fur .
font de l’eau,
Jes rocs trente hommes armés de moufquets, pour garantir ceux qui furent
occupés à prendre de l’eau. Il ieur vint plufieurs Habitans, qui donnèrent d’a-
bord quelques marques d’effroi, mais qui s’apprivoiférent enfuite jufqu’à de-
venir fort careflans. [Ils reflembloient peu à ceux quiavoient été fecourus par
le Vaifleau ; c’eft-à-dire, qu’au lieu d’avoir, comme eux, les cheveux
courts & les oreilles percées d’un grand trou,] ils avoient les oreilles entié-
rcs
(g) La »e, Seëtion de ce Chapitre com. e®(h) Dans les Cartes de Dé Lille elle eft ap-
mencce ici dans l'Original, R. d. E, pellée Welebe où Walue,
parenc
foient :
qui l’éx
couver!
le prir(
fuite ay
rent bic
d'une g
de fes d
poivre,
récit, €
ui étoi
Oit que
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ILs !
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fe nomn
celle de
il dit qu’
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plus gra
au Sud-(
ferver,
minutes,
les paral
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Coup en
(i) L'
d'entr'eux
inter
lumié-
jt à le
ar éloi-
re qu'il
de fem-
in la lu-
connut
re aflif-
Yent pas
la vûe
un en-
ueux, &
», L'eau
n'ayant
t le fer-
M fut-il
ge pour
Éhalou-
ettérent
de fond.
>, COn-
rai-fem- +
> Aterre
que] le
urner à
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gna juf-
r le ref-
ant toû-
i confif-
bu trois
brafles.
oient la
e poin-
ndre fur .
furent
ent d’a-
u’à de-
rus par À
heveux
s entiè-
1CS
[le eft ap-
INDES ORIENTALES,
Liv. IV. Car. IV. ggr
res (1), & les cheveux noués für le haut de latête, à la manière des Chinois. Les Casrtrrox,
uns & les autres étoient nuds, avec un grand pagne, com ofé d'une piéced'é-
toffe qui leur tomboit jufqu'aux genoux.
bien la Langue Portugaife ne firent pas difficulté d'aller à bord. Ilsyfirent
beaucoup de promefles qu'ils n'éxécutèrent pas. Les Anglois fe voyant trom-
pés dans l'efpérance d'obtenir quelques rafraïchiffemens , en retinrent un, &
renvoyèrent l’autre à terre, avec un mélange de promefles & de menaces.
KIls reçurent le lendemain un mouton & deux veaux, [au grand contente-
ment de leur prifonnier qui écoit fort inquiet, de ce que fon Camarade tar-
doit tant à hé à
Æ (PENDANT plus
Il s'en trouva deux qui parlant fort
e deux mois que les Anglais pafèrent fur les Côtes de Cey-
lan, on eft embarraflé à découvrir le motif qui pouvoit les avoir amenés
dans un région fi éloignée.] On ne les voit occupés qu'à changer de ftation,
à mefurer les profondeurs, à tenir ME Ex des bafles & des rocs, à s’écar-
ter & à fe re rocher de la rivière de
l
Æte de Galle.
allouay, de Dondera, & de la poin-
ne paroît pas la moindre trace de commerce dans leur Jour-
nal, & l’Auteur n'annonce nulle part d’autres vûes. Il y a beaucoup d’ap-
parence que leur voyage n'étoit qu'une entreprife de Pyrates, & qu'ils pen-
foient moins à s'enrichir par le commerce que par les dépouilles de ceux
qui l’éxerçoient. Tatton confefle du moins que] le 19 de Janvier, ayant dé-
ils
couvert un Vaiffeau qui pañloit fans défiance,
lui donnèrent la chafle, &
le prirent dans l’efpace de trois heures. La Nation n'eft pas nommée, En-
fuite ayant jetté l'ancre à deux milles du rivage, dans un lieu où ils fe cru-
rent bien à couvert, ils déchargèrent leur prife. Ce Bâtiment devoit être
d'une grandeur & d’une richefle extraordinaire , puifqu’après être comblés Prife fort ri-
de fes dépouilles , les Anglois lui laiffèrent encore près de cent tonneaux de
poivre, & je ne fçais quelle quantité de bois de Sandal. [A juger par ce
récit, & par la longueur de leur retardement , ils attendoient cette proye,
ui étoit peut-être quelque Vaiffeau annuel des Indes ou des Portugais ; &
oit que leurs defirs fuffent remplis d’un-feul-coup, foit que ce ne fut pas
leur unique brigandage, ils ne penfèrent enfuite qu'à retourner en Pnage.]
ILs partirent le 3 de Février, immédiatement après avoir fait pañler
eur
butin à bord; [ce qui confirme encore qu'ils n’avoient cherché que cette
occafion de s'enrichir. ] À fix heures du foir, ils étoient déja vis-à-vis d’une
Ifle qui eft à fept ou huit lieuës, au Sud, du Fort Portugais de Céylan, qui ‘7 Europe,
fe nomme Columbes. La précipitation de l'Ecrivain ne le céde point ici à
celle de la courfe; car fe tranfportant tout-d’un-coup au 20 du moisde Mars,
il dit qu’on fe trouva ce. jour-là à 13 degrés 7 minutes de latitude, & que la
variation étoit de 24 degrés 26 minutes.
plus grande qu’il ait trouvé dans le voyage. A la même hauteur, on porta
au Sud-Oueft, fans s’appercevoir d'aucun Courant: fur quoi Tatton fait ob-
ferver, que depuis 4 degrés 30 minutes de latitude, jufqu’à 13 degrés fans
minutes, on avoit trouvé quantité de Courans & de tournans, fur-tout dans Courans &
dui
Coup en terre.
(5) L'Anglois dit au contraire quelaplûpart grand trou, R, d, E.
d'entr'eux avoient les orcilles percées d'un
Tt 2
Il ajoûte que cette variation eft la
Le
1613.
Le Vaifleau
e Caftleton
n'étoit qu'un
Pyrate,
1614,
Il fait une
cae,
Sonretour
les pete de Pedras Biancas, du côté de l’'Oueft, Les tournans y pro- (Urmnans.
oient quelquefois un bruit femblable à celui de l’eau qui s’abimetout-
32 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
LE 24, 16 degrés 5o minutes de latitude, & 23 degrés 10 minutes de
variation, On continua de porter au Sud-Oueft. Le 27, étant au 21°, de.
gré, on découvrit à quatre licuës de diftance, Oueft-Sud-Oucft & Sud-Oueft
uart à l'Oueft, une ifle dont la terre parut fort haute. A fix heures du
oir, On jctta l'ancre à un mille du rivage, fur dix braffes d'un fond d’ex-
cellent fable, & l’on s'apperçut avec étonnement que près du rivage même,
le fond varie depuis quarante jufqu’à quatre brafles. La Chaloupe , qui fut
envoyée à terre, y trouva une prodigieufe quantité de tortues, dont chacu-
ne feroit la charge d’un homme. C’eft une nourriture fort agréable & fort
faine. La pointe Nord-Eft de l’Ifle eft très-haute ; mais, un peu au Sud-Eft,
la terre eft bafle & arrofée d'une belle eau qui a l'apparence d'une rivière,
Quoiqu'une chaloupe n'y puifle point entrer, on peut y faire aifément fa
provifion. [A une certaine diftance du Rivage, l'ffle paroit être une fo-x$
rêt; aufli l'Auteur l'appella-t-il Ja Fort d'Angleterre, & les gens de l'Equipage
lui donnérent le nom du Vaifleau, c’eft-à-dire qu'ils l’appellèrent M e de
la Perle. ]
Cerre Île, que les Portugais ont appellée Mafcarenhas, & que les
François nomment aujourd’hui l'Ifle de Bourbon, étoit alors inhabitée; mais
elle étoit remplie d'oifeaux de terre de toutes les efpéces, de pigeons, de
rands perroquets, d’une autre forte d’oifeaux de la groffeur d'une oye,
ort gras, avec des ailes courtes qui ne lui permettent pas de voler. On l'a
nommé depuis le géant; & l’Ifle Maurice, Eaujourd'hue l'Ifle nr 0 HI
produit aufli beaucoup. Il eft blanc, & naturellement fi gas qu'il fe Jaif..
foit prendre à la main; ou du moins, s’effrayant peu de la vûe des Mate-
lots, il leur étoit aifé d’en tuer un grand nombre à coups de bâtons & de
picrres. En général, les oifeaux font en fi grande abondance dans cette Ifle,
que dix hommes en peuvent ramafler dans un jour pour la nourriture de qua-
rante. Quelques Anglois s'étant répandus dans les terres y trouvèrent une
autre rivière, couverte d’oyes & de canards, & remplie de groffes Anguil-
les, du meilleur goût du monde. Tatton admirant leur groffeur, eut la curio-
fité d'en pefer une, qui fe trouva du poids de 25 livres. Lorfqu’elles font
frappées d’un coup de pique, elles fuyent l’efpace de deux ou trois braffes,
après quoi s’arrêtant d’elles-mêmes, elles fe laifflent prendre aifément. L’Au-
teur répéte avec complaifance que c'eft le plus agréable poiffon qu'il ait jamais
mangé. Comme il n’y a d’ailleurs aucun danger pour les Bâtimens aux envi-
rons de l’Ifle, il conclut que c’eft un lieu admirable pour le rafraîchiffement
des Voyageurs.
Le premier d'Avril, on remit à la voile,. & doublant la pointe. Nord-Eft
dont on a parlé, les yeux des Anglois fe promenérent avec une fatisfaétion
extrême fur la Côte du Nord, qui eft une belle terre, couverte d'arbres, &
dont la perfpeétive eft beaucous plus agréable que celle de la Côte du Sud. Le
lendemain , étant à cinq lieuës de l’Ifle qu’on laifloit au Sud-Eft quart à l'Eft,
la latitude fe trouva de 20 degrés 58 minutes. Le foir, la variation étoit de
‘22 degrés 48 minutes. Le premier de Mai, à 38 degrés 47 minutes de lati-
tude, qui étoit la plus grande qu'ils euffent jamais eue au Sud, ils commen-
cèrent à porter Oueft-Nord-Oueft. Le 11 à midi, la latitude étoit de 33 de-
grés 58 minutes. L’Auteur, par cette obfervation, découvrit un Courant au
Nord, & trouva qu'on étoit à l'Oueft du Cap de Bonne-Efpérance. ;
E
utes de
21°, de-
d-Oueft
ures du
d d’ex-
: même,
qui fut
t chacu-
& fort
Sud-Eft,
rivière.
ment fa
une fo-x$e
4: age
’Ifle de
que les
es; mais
eons, de
ne Ooye,
, Onfa
oi en
1 fe laif.
es Matc-
ns & de
ette Ifle,
e de qua-
rent une
; Anguil-
la curio-
elles font
s brafles,
t. L'Au-
dit jamais
ux envi-
iflement
Nord-Eft
tisfaétion
rbres,
Sud. Le
tà l'E,
étoit de
ès de lati-
commen-
de 33 de-
ourant au
LE
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnavr. IV.
333
Le premier de Juin, fans avoir parlé de l'Ifle de Sainte - Hélène , il nous Casrzerow,
apprend qu'il en partit un VaifTeau Anglois , nommé le Salomon, & qe:
r
grands Bâtimens Hollandois. Quatre heures après leur départ, & lo
qu'ils
étoient encore à la vûe de l'Ifle, il y arriva deux grandes Caraques Portu-
ms Caftleton n'avoit
s'étoit
pas dix hommes à bord. La plus grande partie de fon
quipage, qui étoit arrivée fort malade, fe rafraîchifloit dans l'Îfle, où elle
Éfberfée. Cependant il envoya aufli-tôt la Chaloupe au rivage d'où
elle ramena feize hommes, de cinquante qui étoient à terre. On fe hâta de
dépêcher après l'Amiral Hollandois, pour l’avertir de l’occafion que la fortune
leur offroit. Le plus gros Vaifleau de l'Efcadre Hollandoife & le plus capable
de défenfe & d'attaque, s'étoit déja éloigné avec le Salomon; ce qui n'em-
Æpêcha point l'Amiral [Jean Derickfon red de
reftoient, & de fe joindre à Caftleton dans la
revenir avec les trois qui lui
Rade.
Vers midi, l’Amiral fut le premier qui allant jetter l'ancre au flanc de
la principale Caraque, commença par une canonade fi vigoureufe qu'il l'au-
roit coulée à fond, fi l’avarice ne l'eût fait penfer à conferver faproye. Mais
les Portugais, qui avoient été furpris d’une attaque fi brufque , fe remirent
bientôt de leur effroi. Ils étoient beaucoup mieux en artillerie que des Vaif-
feaux Marchands. Ils firent à leur tour un feu fi terrible ,
ue l’ardeur des
Anglois & des Hollandois ne fut pas long-tems à fe réfroidir, & le Ciel,
qui les favorifoit, permit qu'une piéce du Lion blanc, un des Vaiffeaux Hol-
landois, crevant fur la chambre des poudres, y mit le feu, fit fauter le Bâti-
ment en piéces & l’abima fur le champ. Les deux autres, affez maltraités par
l'artillerie Portugaife, n’eurent point d'autre reffource que de fortir fucceffive-
ment de la Rade; & Caftleton, contraint d'abandonner dans l'Ifle quinze de
fes gens, qui étoient difperfés fur les montagnes , quoique la Chaloupe eût.
ramené le refte pendantle combat, fe hâta auffi de gagner la Mer & de pren-
[Henri Bacon, & Ilenri Teddyman, &
quarante neuf Hollandois fautèrent en l'Air avec le Lion blanc].
Le 28 de Juillet, les Anglois & les Hollandois réunis fe trouvèrent dans
une Mer couverte d’herbes à longues feuilles, qui portent un petit fruitblanc
de la groffeur d’un grain de poivre. Un Pilote Hollandois, qui avoit péné-
tré plus loin du côté de l'Oueft, affüra que dans plufieurs endroits, l’eau en
Kdre le large avec toutes fes voiles.
eft affez chargée pour retarder la navigation des plus gros Vaifleaux.
Cette.
Mer, qui eft entre les Açores & le Cap-Verd, ou pour la marquer avec plus
de précifion, entre le 22°, & le 32°. degré de latitude , eft nommée par les
Efpagnols Mare de Sargoffo, & par d’autres la Mer Verte, ou la Mer des her-
bes. Le 19, nos Voyageurs palfèrent le. Tropique du Cancer.
LATITU DES:
PTIAMAN ss sosonsososssesosoee oO 3o S Baye d’Ayre Bangye...…. o 8 NN.
Variation Nord-Oueft... 4 5o Rivière de Pattahan..….. o 28
ÉRROUsrrssesssoise senoeosess © 95 Grande Ifle fans nom... 1 40
Ifle Mafcarenhas ou de.
Bourbon. 21 Oo S.
Tt3 CHAPITRE
1614,
Combat à
Sainte-Hé-
lène,
Un Vaifeau
Hollaindois
faute & les au-
tres prennent
la fuite avec
Caftleton,
Mare de Sar.
goffo ou Mer
des herbes,
Sants,
1611.
Introduétion,
Départ.
Route de Ja
Ylotte An-
gloife.
| bloneufe.] On pafñfa enfüite le
34 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
AXLXODXLAEDLAAXA MIX LA XADL ADI AGD XX ES
CHAPITRE V.()
Voyage du Capitaine Tobn Saris à la Mer Rouge, aux Moluques ,
€? au Japon, en 1611.
E Voyage qui tient le huitième rang entre ceux de la Compagnie , mé.
rite d'autant plus de curiofité, qu'il eft le premier que les Anglois ayent
fait au Japon: on doit entendre, fur un Vaifleau de leur Nationj car Wil.
liam Adams étoit arrivé quelques années plûtôt dans cette Ifle, fur un Navire
Efpagnol. L'Auteur de 4 elation, qui eft Saris même, n'ayant jamais pu-
blié fon ouvrage, PurchafT(b}), entre les mains duquel il étoit tombé, nous
en a confervé le fond dans un extrait. Les obfervations en font générale.
ment curieufes, fenfées, & d'une variété fort agréable. Saris étoit Faéteur à
Bantam en 1608. Il nous a laiflé la continuation des événemens de cette
Ville, depuis le tems où Scot finit fon Journal. Dans ce voyage, il avoit
su vaifleaux fous fes ordres ; Je Clove qu'il commandoit lui-même, l'Heëtor &
e Thomas.
ETanNT parti des Dunes le 18 d'Avril 161, il pafla la Ligne le 6 de di
let; & le premier d'Août, il mouilla dans la + de Saldanna, où s'étant
rafraîchi pendant huit jours, il leva l'ancre le 9,& vers quatre heures après-
midi, il doubla le Cap de Bonne-Efpérance [dont il fe trouva éloigné de cinq'#
lieuës.] Le 2 de Novembre, [ faifant route à l'Eft quart au Nord,] il fe vit
à 24 degrés 21 minutes de latitude du Sud. Il obferve que depuis le Cap,
il ne trouva point de Mouffons de vents d'Oueft, comme on l'en avoit aver-
ti; mais au contraire des vents Nord-Eft, Sud-Eft, & Eft, avec de violents
orages, des pluyes, du tonnerre & des éclairs furprenans. Cependant le tems
étoit fi beau, ce jour-là, & la chaleur fi exceflive , qu'on fe crut menacé
d'un long calme.
Le 3 la latitude étoit de 23 degrés so minutes. [ & la route Sud quart àkÿ
l'Oueft. ] Vers le foir, on découvrit l’Ifle de Madagaïcar , & la Baye de Saint-
Auguftin à fix lieuës Eft quart au Nord. On porta au Nord-Nord-Eft. La
variation fe trouva le foir de 15 degrés 11 minutes Oueft. La fonde n’y don-
na pas de fond à cent braffes. Ts terre n’y eft pas haute, mais elle . eft fa-XF
ropique du Capricorne, & le 10 de Septem-
bre, on eut pour latitud: 17 degrés 3 minutes. Ayant porté de-là au Nord-
Nord-Eft, la variation fe trouva, au lever du Soleil, de 13 degrés 54 minutes
Oueft. Un Courant impétueux emporta les trois Vaifleaux au Sud-Sud-Oueft,
& dans l’efpace d'un petit nombre d’heures, ils ne firent pas moins de vingt-
quatre lieuës; mais ayant avancé peu dans leur direétion, ils fe trouvérent,
Je Soir , à quatre lieuës Oueft quart au Nord de l’Ifle Primeiras. [Le rr,leurk
latitude fut de 17 degrés, 33 minutes. Leur courfe fut au Sud quart à Mets
(a) Ceft le Chapitre XVL du IIL. Livre de (b}) Voyez fa Collection Vol. I. pag. 334.
l'Original. R. d. E. R. d. E.
& mo
orage
empor
obferv:
Nord-l
favoral
ne pure
Nord d
fon éte
brafes.
rivage,
voguer
remarqu
raifon q
dix-huit
le foir,
& envi
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minutes
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vérent,
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à l'ER,
&
pag. 334
obfervèrent leur latitude.
favorable, & le Courant moindre.
ne purent
Nord de ]
k
ar
fon étendue eft du Nord-Oueft au Nord,
braffes. Comme l'impétuofité du vent pouvoit faire craindre l'approche du
rivage, & que les befoins de la Flotte n'étoient pas preffans, on continua de
voguer jufqu'au 15, que fe trouvant à 16 degrés 46 minutes de latitude, on
remarqua que la violence du Courant étoit fort diminuée. Saris en donne pour
raifon qu'entre le Courant & la Flotte, il avoit l'Ifle de Juan de Nueva, à
dix-huit lieuës Eft quart au Nord, fuivant fon calcul.
le foir, de 12 degrés 8 minutes Oueft. [ Le 16 la latitude fut de 16 degrés
& environ 9 minutes. La route fut au Nord-Eft quart au Nord, par un
vent foible de Sud-Oueft quart au Sud, mais avec un Courant rapide.
lever du Soleil la variation fut de 13 degrés & environ 3 minutes à l'Oueft.]
Le 17 au matin, on découvrit à la diftance de 7 lieuës, les Ifles d'Angadoxa
Le côté Occidental de ces Ifles parut fort blanc.
On porta Nord-Eft quart à l'Eft, & l’on apperçut, le foir, la terre du Con-
tinent qui s’étendoit au Nord. Elle fembloit couverte d'arbres vers la Mer.
Ici le Courant prenoit fa direétion au Nord-Nord-Oueft , car à la vûe dela
terre on remarqua que fans beaucoup de vent, la Flotte étoit emportée fort
ord. La fonde ne donna point de fond à cent braffes.
Après avoir combattu deux jours contre le Courant, on fe trouva le 2r, fort
prés de la plus Septentrionale des Ifles d'Angadoxa, à 16 degrés 20 minutes
de latitude du Sud. Ces Ifles, fuivant l’obfervation redoublée de Saris , ont tion de ces
été placées mal-à-propos dans les Cartes à 15 degrés4o minutes. La variati-
on y étoit de 1
au Sud de Mozambique.
rapidement vers le
ris profita, le 22, d’un vent favorable, pour retu. :2r vers l'Ifle de Mada-
gafcar , en obfervant avec foin, l’Ifle de Juan de Nueva , dont Van Linfcho-
ten avertit les Matelots de fe défier beaucoup, & de ne pas trop approcher
egrés Oueft.
f Dans la dificulté de fe dégag
fe, qu’on avoit découvert à l’
dans les petites lunes.
CEPENDANT il fallut en courir tous les dangers, pour fe délivrer des Cou-
trans. [Le 23 à 16 degrés 24 minutes de latitude, on fit route à l’Eft-Nord- |
Et, pour fe tirer des Courans. Au coucher du Soleil la variation fut de 13
degrés 16 minutes Oueft. Le 24, à la latitude de 16 degrés 16 minutes, on
courut à l’'Eft Nord-Eft, par un Vent de Sud-Oueft, & de Sud-Sud-Eft, qui |
dura jufqu’à 8 heures du matin; après quoi il fe tourna au Nord.] Le 25 au
matin, après s'être crus fort avancés à l’Eft-Nord-Eft, les Anglois des trois |
|
INDES ORIENTALES, Liv. IV,
& moitié à l'Eft, Le vent étant au Nord-Eft quart à l'Eft, ils eurent un
orage à effuyer, Ayant pris pendant très peu de tems à l'E, les Courans les
emportérent 30 minutes plus au Sud, qu'ils ne l'étoient la dernière fois qu'ils, Ie Primelras,
Cela les engagea à fe tourner vers la Terre au
Nord-Nord-Oueft, dans l'efpérance que près des Côtes le vent feroit plus
Là l'eau changea tout-d'un-coup, & ils
as trouver de fond à cent braffes. ] Ils s’approchèrent le foir , du
le Primeiras, d'où elle leur
ut plus lon
La fonde
|
er des Courans , [& d'une baffe dangereu- |
de l'extrémité Se: ntrionale de r'fle:] Sa-
Vaiffeaux furent extrêmement furpris de revoir la terre à cinq lieuës vers
l'Oueft. A mefure que le jour s’éclaircît, ils reconnurent la même Ifle d’An- Erreur fur-
gadoxa qu'ils avoient quittéc le 22; ce qui caufa tant de chagrin & d’épou-
vante aux Matelots, qu'ils défefpérèrent de trouver un pañlage par cette
Cuar, V. 335
SAR:8,
1611,
que qu'auparavant, car
onna vingt & trente
Embarras
caufé par les
La variation étoit, |
courans aux
Au Ifes d'Anga-
doxa,
Fauffe pofi.
fes dans les
Cartes,
prenante,
voyc,
Sants,
1611:
Obfervations
curieufes & u-
tiles de Saris,
Avis impor-
tant pour cs
Navigateurs.
La Flotte
mouille entre
Sofala & Mo-
zambique,
Moyella , une
des Îfles de
Comore.
336 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Ils jugèrent que la caufe de leur erreur venoit d'un Contre-courant ,
bé Cas lé déclin de la Lune] part Eft-Nord-Eft & Oueft-Sud-Oueft de la kf.
‘pointe du rivage, & qui rencontrant le Courant Nord-Nord-Eft, les avoit
ettés à l'Oueft avec beaucoup de violence, malgré le vent qui lesavoit fort
ien fervis, & qui fut fuivi ce jour-là d'un profond calme, |
S1 l'Ile de Juan de Nueva éxifte, die Saris, clle doic être bien moins À
l'Oueft qu'on ne l'a placée dans les Cartes fe Daniel,] & beaucoup plus pro.
che de l'Ifle de Madagafcar ; fans quoi il lui paroît impoflible qu'il ne l'eut
point apperçue dans cette courfe. Les Anglois qui avoient fait le quatrième
voyage de la Compagnie dans le Vaiffeau del'Afcenfion, comptoient d'avoir
pallé vers l'EIt, entre cette Ne & celle de Madagafcar ; ce que les Portu-
ais de ce tems-là, foûtenoient impoflible, parce qu'ils prétendoient que l'If.
e de Juan de Nueva ef fi proche de Madagafcar, qu'elle n'en eft féparée
que par un canal fort étroit. Cependant comme ils l'ont placée enfüite, fort
à l'Oueft, dans leurs Cartes, Saris en conclut qu ils ont eu deffein de trom-
per les Navigateurs des autres Nations, & de les faire comber dans ces Cou-
rans impétueux, qui fuivant fes obfervations , tournent beaucoup plus à l'Oueft
qu'au Nord-Eft & au Sud-Eft. 11 exhorte par conféquent ceux qui doivent
naviguer de ce côté-là, à fe rendre fur la Côte de Madagafcar, pour le pre.
mier de Juin; &, du Cap de Saint-Auguftin jufqu au 12 degré, à porter
vers l'Eft, en fe gardant bien de prendre leur route à l'Ouet du Nord ou
au Nord quart à l'Oueft; dans la crainte des Courans du Sud-Ouett, qui, à-
vec les calmes & 14 degrés 2 minutes de variation Oueft, les jetteroienc in-
failliblement fur la Côte de Sofala, fond brifé, Mer profonde, où l’on n'eit
uères le maître de garder fes latitudes. D'un autre côté, fi l'on veut pren-
re au deffus de Madugafcar, on ne le peut guëres, fans courir le danger
de tomber fur les bafles de l'Inde, fur-tout fi l'on pañlé au Nord de ces baf:
fes, parce que le Courant prend les Vaiffeaux en flanc, für-tout au mois
d'Août & Septembre où l'on trouve des vents de Nord-Oueft fort violens.
Le 3 d'Oétobre, la Flotte Angloife alla jetter l'ancre, avec beaucoup de
difficultés, entre Sofala & Mozambique, fur treize & quatorze brafles. La
latitude de 16 degrés 32 minutes ; la longitude de 76 degrés 32 minutes (c),
& la variation d'onze degrés 50 minutes Oueft. On mouilla fous une Ifle qui
eft proche de la Côte, mais fi déferte & fi ftérile, qu'on n'y trouva point
d’} iabitans ni d’eau, quoiqu’on y fit de profondes ouvertures dans le fable.
L'inquiétude des Anglois ne faifant qu'augmenter, Saris prit la réfolution de
gagner Madagafcar , au deflus de l'EIt quart au Nord, dans l'efpérance defe
dégager des Courans par cette voye. Ilremit à la voile; mais après avoir été
fort embarraflé jufqu'au 26 [par des vents variables, & parun Courant quil
venoit du Nord-Eft, il fe trouva heureufement à Moyella, une des Ifles de
Comore, à 12 degrés 13 minutes de latitude du Sud. Les rafraïîchiffemens y
étant en abondance, il y pañla huit jours, pendant lefquels, avec quelque
mercerie & peu d'argent, il fe procura des cabris, des veaux, des poules,
des limons, des cocos, des cannes de fucre, des tamarins, du ris, du lait,
d'excellentes racines, des œufs & du poiflon. Le foin qu'il eut fans ”
(ce) Angl, 10 minutes. R. d. E.
&(d) Le n0
ti-homme, el
Religi
d'il ti
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Abubel
pria $&
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EX por
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que l'If.
{éparée
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ces Cou-
à l'Oueit
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à porter
Nord où
3» qui, à
roient in-
l'on n'eft
reut pren
le danger
: CES baf-
nutes (C)
ne fle qui
uva point
s le fable.
olution de
rance defe
s avoir été
ourant qui
es Ifles de
flemens y
c quelque
es poules,
, du lat,
fans celle
de
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Ca. V.
de tenir fes gens fur leurs gardes, foûtint les Habitans dans la difpoñition de
le fervir avec beaucoup de civilité & d'affeétion,
Iz invita le Roi de l'Ifle, qui étoit Mahométan, à le vifiter à bord, où
il le reçut au bruit des crompettes & de plufieurs inftrumens. Ce Prince re-
fufa de toucher aux viandes des Anglois, parce qu'il étoic au carême de fa
Religion, qu'il nommoit Ramadan, comme les Turcs. Mais il en prit ce
u'il trouva de meilleur pour le porter à la Reine fa Mère, en promettant
‘en manger lui-même, après le coucher du Soleil. Il fe nommoit Cherif-
Abubeker ; & la Reine Sultane, Manangalla. A fonretour au rivage, le Roi
ria Saris de lui laiffer une Lettre, qui rendit témoignage de l'accueil ci-
vil qu'il avoit fait aux Anglois, afin qu'il pût la montrer aux Bûtimens de
leur Nation, qui viendroient après eux. Il en avoit une de l'Amiral Hol-
landois Stephen Verhagen , dattée de l'année 1604, qu'il fit voir avec com-
plaifance, & que Saris accompagna de la fienne ; mais avec un avis aux
gens de fa Nation de ne pas fe fier crop à ces Infüulaires, s'ils n'étoient les
lus forts.
À Lus Habitans de l'Ifle Moyella font Négres. Leurs cheveux font naturel-
lement frifés, & leur unique habillement eit une piéce d'étoffe peinte, qui
leur couvre le milieu du corps. Sur la cêce, les uns ont un bonnet blanc ou
rayé, d'autres un turban. Cependant avec le turban & le pagne, le Roi a-
voit les épaules couvertes d'un manteau de coton. Sa taille étoit fort bafle,
fon vifage maîgre, & prefqu'aufli noir que celui de fes plus vils fujets. 1
parloit peu; mais il fçavoit quelques mots d'Arabe, qu'il avoit appris dans
un pélerinage de la Mecque, d'où il avoit auffi rap orté le nom de Chérif
@. Il donna au Général Anglois un certificat d'amitié, figné de fa main,
ont PurchafT nous a confervé les caraétères. Les Habitans aimérent mieux
recevoir le payement de leurs denrées en argent qu'en marchandifes. Cepen-
dant pour du drap écarlate, des calottes rouges, des étoffes de Cambaye &
des lames d'épée, on eft für de tirer de l'Ifle, toutes les provifions dont ona
befoin.
Le 4 de Novembre, on leva l'ancre; & le 7 au matin, on découvrit la
terre de Mélinde, & la Baye, ou le Golphe, qui s'appelle Formofa. La Cô-
te s'étend au Nord-Eft & au Sud-Oueft. À quatre lieuës du rivage, la fon-
de donna trente brafles d'eau. La direétion des Courans étoit au long du ri-
vage vers le Nord-Eft. On eut pour latitude 2 degrés 10 minutes; & le
foir, pour variation, 12 degrés 37 minutes Oueft. Cette terre eft plus à l'Eft
qu’elle n'eft placée dans les Cartes, fans quoi on n’auroit p l’appercevoir fi-
tôt; car fuivant les calculs fondés fur les Cartes, Saris s’en croyoit encore à
plus de quarante-huit lieuës. Le 29, la latitude étoit de 4 degrés 44 minu-
tes du Sud, & la variation de 17 degrés 34 minutes Oueft. À la diftance
d'environ douze lieuës des Baffes, nommées par les Portugais Baxos de Mal-
hina, Eft quart au Sud, on trouva un grand tournant, ou un gouffre d’eau,
auprès duquel] la fonde ne trouva point de fond à cent braffes.
EN portant au Nord-Eft, on fe vit le, premierjde Décembre, à trois degrés
49
«(d) Le nom de Chérif, qui figniñie ‘Gen-
tihomme, eft un titre qu'on donne à ceux qui
IL, Part.
font de la Poftérité de Mahomet.
Vv
337
LETILA
1611.
Le Rol de
foyclla vitite
Sarls à bord,
Carañère du
Roi & des Ha-
bitans,
Baye Tormo-
fa, lurla Côte
de Mélinde.
Baxhos de
Maihina.
333 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Snn:e 40 minutes du Sud, & l'on mé un autre tournant d'une grandeur &
2611. d'une violence furprenantes, La variation évoit de 16 degrés 15 minutes
Ouelt, Le 6, 5 degrés $ minutes de latitude, Depuis le 31 de Novem.
bre jufqu'à ce jour, on avoit fait, Sud-Eft quart au Sud , füivane les cal.
culs, féleante-douse lieuës, malgré la force d'un Courant r alloit au Sud,
& la frayeur continuelle dont on ne pouvoit fe défendre à la vûe des Tour.
Le « nans, On étoit averti pendant la nuit par le bruit de l'eau; & cet indice
sous même devenoit un fujet d'épouvante, parce qu'étant loin de la terre ,on ne
pouvoit concevoir la caufe de ce Phénomene, On eut aufli des pluies, des
tonnerres, & des éclairs épouvantables, avec une déluge de vapeurs foudai.
nes qui coupoient la refpiration Ge) Saris y joint des calmes fréquens, qui
achevoient de défefperer les Matelots,
[Le 10, la latitude fut de 4 degrés, 12 minutes ; & depuis le 6, on avoirkf»
fait 50 lieuës Nord-Eft quart à l'EIt, La variation fe crouva étre de 20 de.
grés 57 minutes à l'Ouelt.]
Le 25, étant à une minute de latitude du Nord (f), & fort près du ri-
vage, on trouva, par le calcul du tems & de la navigation, qu'on avoit été
reculé de 5 degrés 26 minutes. Sur quoi l'Auteur obferve que ceux qui vont
à Sokotora dans cette faifon , doivent tenir courfe l'efpace d'environ deux
cens licuës vers l'Eft de Pemba, où la variation augmente fans cefTe à l'Oueft;
ce qui ne manquera point de les avancer plus au Nord. Aïinfi, tenant toû.
jours l’Ifle de Sokotora ouverte entre le Nord quart à l'Eft & le Nord-Nord-
ft, ils cireront le meilleur parti qu'on puifle efpérer de tous ces vents, qui
rès du Continent fe foûtiennent fans interruption entre Eft quart au Nord
Nord quart au Sud, mais qui ne ceffent point en Mer de fouffler au Nord-
Ett, au Nord, & quelquefois au Nord-Oueft, à l'Oueft quart au Sud, avec
des mélanges, néanmoins de calmes, de tournans, de tonnerres & d'éclairs,
Et quoique les vents Nord-Eft & Nord ne foient pas d’un grand fecours pour
ceux qui vont au Nord , on en tire néanmoins cet avantage , qu'à propor-
tion qu'on avance plus à l'Eft, on s'approche plus du Nord de la Ligne , avant
que de rencontrer le Continent , dont Saris recommande füur-tout qu’on fe
tienne hors de vûe autant qu'il eft gorbe pendant ce tems de la Moufton
d'Eft, jufqu'à ce qu’on foit arrivé à 10 degrés de latitude du Nord. Au con-
traire, dans la Mouflon de l'Oueft, fuivez hardiment le rivage, car il eft
ar-tout fort für ; mais il eft beaucoup plus à l’Eft qu'il n’eft repréfenté dans
es Cartes.
Le premier de dura. à 3 degrés 58 minutes de latitude du Nord,on
découvrit la terre de Magadoxa, & le Cap das Baxas, ‘à la diftance de huit
tion. dans” lieuës; [la cerre y eft baffle, fabloneufe & ftérile. Le 2, la latitude fu de
certaines fai. 2 degrés 31 minutes, Sud.] Le 18, après avoir été fort tourmenté parun
fons, Courant, on eut, à fix degrés 27 minutes du Nord, la vûe des terres de
Doara qui parut fabloneufe & fort ftérile. Quoiqu'il y ait peu de régulari-
té dans la variation, on trouva par l'expérience, qu’en avançant vers de
elle
Obfervations
Nautiques,
1612.
Incertitude
de la naviga-
minutes de latitude Sud ; & comme un mois
& cinq jours auparavant on avoit été à une
minute de latitude Nord, R, d, E,
Ce) Angl. avec des tourbillons qui furve-
noient tout-d'un-coup, mais qui ne duroient
pas long-tems, R. d. E, ;
(F) Angl, le 25, on fut à 5 degrés, 25
clle «
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rers l'E;
elle
me un mois
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100
k#demi de ‘l'amerin, Ville où le Roi fait fa réfidence.
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cm, V. 119
elle augmente à l'Oueft, & qu'en füuivant le rivage au Nord-Oueft , elle di-
minue au contraire fort fenfiblement à l'Oueft : de forte qu'en confültant
les Cartes , on fe croyoit coûjours plus loin de la terre qu'on ne l'étoic ef:
feétivement, au lieu que la variation en faifoit juger fans aucune erreur,
Ain c'eft une régle fur laquelle on peut faire fond ; & l'on n'en doutera
pas, quand les obfervations feront faices par un homme d'expérience, avec
un Enfirument éxaét, Saris acquit cette connoiffance à force d'être repouf-
fé fur cetce Côte. La variation étoit le 18, au Soleil levant, de 17 degrés
36 minutes Oueft, & le foir de 17 degrés 20 minutes.
Le premier de Février, on eut la vüe du Cap Dorful , à fept lieuës de
diftance ; terre haute & fort ftérile en apparence au long de la Mer, Le 9,
à 19 degrés 37 minutes du Nord, on apperçut encore le même Cap, con-
tre loss e tout le monde; mais il portoit Nord-Oueit, au lieu que la
première fois c'étoit Nord-Eft quart au Nord. La caufe de l'erreur fut un
Courant Oueft-Nord-Oueft, dont on fe défioit fi peu, qu'on fe croyoit à 45
ou 50 licuës de la terre, La fonde, à cinq lieuës du rivage , donna cin-
quante brafles, fur un fond de beau fable, On n'apperçut que des terres
hautes & quantité de montagnes. Le 10, à onze Es 20 minutes du
Nord, après avoit faic feize lieuës Nord-Eft quart à l'Eit, on vit la haute
terre du Eap de Guardafu, dont on n'étoit guères qu'à la diftance de huit
lieuës, Saris fit faire l'eflai du Courant, avec la Pinaffe, & l'on trouva que
fon cours étoit Nord quart à l'ESt, Vers le foir du même jour , on eut la
vûe de l'Ifle d'Abda del Kuria, d'environ dix lieuës. C'eft une terre hau-
te, qui préfente l'apparence de deux Ifles. Le 14, à 11 degrés 92 minutes |]
du Nord, on crut appercevoir de fix lieuës la plus Orientale des Ifles Her-
mannas, dont la terre parut baffle, Le 15,à 11 degrés 27 minutes, n'ayant
fait que fix lieuës à l'Eit-Sud-Eft, on fe perfuada qu'une Ifle qu'on décou-
vroit de huit lieuës, étoit encore la plus Orientale des deux Hermannas ;
mais on reconnut que c'écoit Abda del Kuria, & que les deux Hermannas
(g) étoient à douze lieuës au Nord-Eft. La variation fe trouva le foir de
k17 degrés 23 minutes Oueft. [Pendant la nuit, on fut emporté par un Cou-
rant à l'Eft, ce qui étoit contraire aux Relations des Voyageurs, qui a-
voient fait cette route auparavant] Le lendemain à la pointe du jour, on
vit de fix lieuës l'Hermanna occidentale, qui fe préfentoit Eft-Sud-Eft ; &
l'on découvrit Sokotora à dix lieuës de diftance. A midi la latitude étoit de
12 degrés 19 minutes; la variation de 17 degrés 32 minutes Oueft. On
s’approcha de la pointe occidentale de l’Ifle de Sokotora. Vers le foir , on
eut la vûe du rocher blanc qui eft à l'extrémité de cette pointe. Mais
“quoiqu'on n'en fût qu'à que ieuës, un Courant impétueux, qui fuivoit la
terre, ne permit que le lendemain au foir de jetter l'ancre à une lieuë &
[Ce jour-là , la lati-
\ la variation fe
trouva de 17 degrés, 22 minutes Oueft.] Le 18, on entra dans la Rade,
& Saris ne fit pas difficulté de mouiller vis-à-vis du Palais Royal , fur un fond
tude fut de 12 degrés 47 minutes; & au coucher du Sole
kde fable d'environ neuf braffes, [& à une lieuë du rivage.]
(») L
67 (g) Ces deux petites Jfles font entre Le del Curia, & Sokotora,
v 2
Cip Dorful,
Erreurs de
Cux.
Rade de Ta-
merin dans
l'Ifle de Soko-
tora,
Saris pate la
nuit avec le
Roi,
Cherté des
provifions,
Saris afluin-
ble le Conftil
pour délibérer
{ur fa route.
Ses motifs
pour entrer
dans ia Mer
Rouge,
go VOYAGES DES ANGLOIS AUX
(b) IL envoya immédiatement dans l'Efquif, Richard Cockes fon princi.
pal Faéteur, pour informer le Roi de quelle Nation étoient fes trois Vaif.
eaux, quels*étoient les motifs de leur voyage , & pour lui demander des
rafraïchiflemens. Cockes & ceux qui l’'accompagnoient, furent reçus avec af.
feétion. Le Roi fit porter aufli-tôt des provifions fraîches à la Motte, avec
une Lettre (i) de Sir Henri Middleton, dattée le premier Septembre 1611,
à bord du Trade-Incréafe, dans la Rade de Delifcha. Saris garda l'original
de cette Lettre, & pour l'utilité des Anglois qui viendroient après lui, il enfic
tirer une copie qui fut renvoyée au Roi.
Le 19, il defcendit au rivage avec beaucoup de pompe, & le Roi l'ayant
traité pendant toute la nuit, ils ne fe féparèrent que le matin. Ce Prince
étoit vétu d’une robe de velours cramoifi, brodée en or. Le Palais eft bati
de pierres de taille, & préfente l'apparence d’un Fort. De plus de cent hom-
mes qui compofoient le Cortège Royal, il n'y en avoit pas plus de cinquan-
te qui fuflent vêtus honnêtement à la façon des Mores. Tout le refte paroil
foit une troupe de [miférables] Infüulaires, [dont la plûpart étoient prefque &
nuds.] Le Roi qui fe nommoit Sultan Amir Ebenfaid, étoit Fils du Roi de
Cafchem fur la côte d'Arabie.
Les Habitans de l’Ifle, accoutumés depuis long-tems au pafage des Vaif.
féaux de l'Europe , avoient pris auffi l'habitude de leur faire payer les rafrai-
chiflemens fort cher. Un bœuf coûta aux Anglois douze piéces de huit, un
mouton, trois fchellings, & chaque chevreau, une piéce de huit. Mais la
cherté leur parut enco:e moins rebutante que la faleté de ces viandes, qui
fe vendant toutes préparées par les Infulaires, étoit capable de dégoûter
les Matelots les plus affamés. Le ris fe vendoï* .“ois fols la livre; les dat-
tes, le même prix ; les poules, jufqu'à deux & troisfchellings (k). Le tabac,
une piéce de huit pour foixante-dix feuilles ; les œufs, un fol piéce. Le Roi,
pour fes marchandifes particulières, ne voulut pas recevoir d'autre monnoye
que des piéces de huit.
Le 27, Saris affembla le Confeil, pour lire en commun les inftruétions
de la Compagnie & la Lettre de Middleton. Après quoi repréfentant, que
d'un côté il n'y avoit pas d’efpérance d'obtenir de l’aloës à Sokotora, parce
que le Roïi qui en étoit abfolument dépourvu, ne promettoit d’en fournir qu’au
mois d'Août, & que d’une autre part la Lettre de Sir Henri Middleton ne :
leur confeilloit pas d’entrer dans la Mer Rouge, où leur deffein avoit été.
de s'arrêter , s'ils ne trouvoient pas la Mouflon favorable pour Surate, il fem-
bloit qu’on fût réduit à la néceffité de paffer fix mois dans la Rade où l'on.
étoit, ou dans celle de Delifcha , pour attendre la faifon. Cependant quel-
le apparence de perdre un tems fi confidérable, fans aucun efpoir de for-
mer la moindre entreprife ; car il ne falloit pas fe promettre de pouvoir ga--
gner la Côte de Cambaye avant la fin de Septembre. Saris revint donc,
malgré les avertiffemens de Sir Henri, à propoier le voyage de Mocka,
parce.
(b) La 2de, Seîion de ce Chapitre com- à tous les. Anglois de fe tenir fur leurs gar-
mence ici dans Original. R. d. E. des; & d’avoir recours ,en c:s de befoin, à lt
(3) Cette Lettre contenoit un détail Rade d’'Affab, dont il indiquoit la pofition.
de tout ce qu: Henri Middleton avoit eu à (k) Monnoye d'Angleterre. qui vaut dou-
foufiir par la perfidie des "Lurcs ; avec avis ze fofs du Pays. R, d. T.
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Le Ve
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fur fes ;
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1611,
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Voir ga-
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pofition.
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CN
ss
INDESORIENTALES, Liv. IV, Cu. V. 941
J
parce qu'on avoit du moins un Paffeport du Grand-Seigneur ; ce que les au-
tres Vaifleaux n’avoient jamais eu. Il ajoûta, pour fortifier fon opinion, que
c'étoit le feul moyen de reconnoître une fois, s'il y avoit quelque fond à fai-
re fur ces Pafleports; qu'on en feroit quitte pour fe tenir concinuellement
fur fes gardes, & pour ne rifquer la füreté de perfonne fans une bonne cau-
tion ; de forte qu’on pourroit fe tenir tranquillement à l'ancre, & fans def
cendre aurivage, éxercer le commerce avec d'autant plus de confiance qu’il
n'y avoit aucun Port d'où l’on pât faire fortir affez de forces pour allarmer
la lotte: que fi les voyes du commerce leur étoient fermées, il étoit réfo-
lu en vertu de la (‘ommiffion du Roi, de tirer vengeance des outrages que
Sir Henri avoit effuyés de la part des Turcs, foit en les forçant d'acheter les
marchandifes Angloifes, foit par la ruine de leur propre trafic, en fermant
l'entrée de la Mer aux Bätimens Indiens qu'ils attendoient vers le 5 de Mars.
Enfin, il conclut que cette réfolution devoit plaire à tout le Confeil, parce
qu’elle ne demandoit pas que les trois Vaiffeaux fe féparaffent, & que pou-
vant faire voile enfemble de la Mer Rouge à Surate, ils en feroient plus ca-
pables de relifter à toutes les entreprifes de leurs ennemis. L’affemblée goû-
ta de fi fortes raifons, & le jour du départ fut fixé au premier de Mars. Le
Roi de Sokotora, qu’ils confultèrent fur leur route, leur confeilla de prendre
au Sud d’Abda del Kuria, parce qu’en prenant au Nord, ils s'expofoient à fe
voir jettés fur le rivage d'Arabie, d’où ils auroient beaucoup de peine à ga-
gner le Cap de Guardafu. En effet ils trouvèrent par l'expérience qu'il vaut
mieux fuivre le rivage des Abyfins.
ILs quittèrent Tamerin le jour qu'iis s’étoient propofé. Cette Baye elt à
12 degrés 35 minutes de latitude du Nord, & la variation y eit de 18 degrés
f42 minutes Oueft. [Depuis qu'ils y avoient jetté l'ancre, les vents avoient
été ordinairement pendant le jour, Nord-Eft quart à l’'Eft, ou Eft-Nord-Eft ;
& pendant la nuit, ils avoient eu un fort beautems, par un vent qui foufoit
d’entre le Sud & le Sud-Eft. Ils s’étoient avancés fur quatre bralles jufqu’a
un coup de moufquet du rivage ; & ils avoient même pouflé. plus loin juf-
qu'à n'avoir que trois brafles. Le rivage qui eft au long de la Baye cft bon
& für; il eft couvert de fables & a peu de pierres. Le château dont ils n’é-
toient pas éloignés, n’eft prefque d’aucune défenfe.] Le 4 au matin, onap-
perçut, à huit ou neuf lieuës à l'Oueft,. le Cap de Guardafu, fans trouver
de fond dans cet endroit, (12 degrés une minute de latitude), à plus de cent
braffes. Le foir, on s’approcha du rivage pour chercher la Baye du mont
Felix, & l’on y trouva un fort bon fond fur vingt-fix, dix-huit & dix-fept
brafles. Ce fut-la qu'après avoir confidéré qu’Aden étoit une Ville de guer-
re, où le commerce étoit peu confidérable , fans compter les droits & les
éxaétions, qui.n’ont pas de bornes, on prit la réfolution de fe rendre à Moc-
ka. La Baye du mont !'elix fournit aux Anglois d’excellent poiffon, qu'ils
fe firent un amufement de prendre à la ligne. Ils y trouvèrent aufli plufieurs
fortes de gommes odoriférantes, qui leur étoient apportées à bord par. les
Habitans, & quantité de ces belles nattes qui font recherchées à Aden, à
Mocka & dans toutes les Indes. Les moutons, le beure & les autres vivres
font à ji bon marché dans la Baye du mont Felix, que les Vaiffleaux Indiens
y relâchent exprès, comme dans le lieu d'où Aden & Mocka tirent la plus
grande partie de leurs provifions. Mais les Habitans ne veulent recevoir que
Vv3 du
Sants,
1612.
Avis utile du
Roi de Soko-
tora,
Départ pour
la Mer Rouge,
Abondance de
vivres au
mont lelix,
Sanie
1612.
Courant.
Inftruétion de
Saris à fes Of-
ficiers,
Pluye rare.
La Flotte paf
fe lesDétroitse
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
342
du linge en échange. La Ville de Félix (c'eft le nom qu’elle où ve dans tou.
tes les Relations de l'Europe, par corruption de Feluk qui eft fon véritable
nom,) cft fituée fi avantageufement pour l'approche des Vaiffeaux, qu’il en
eut pafler trois de front fans danger, dans le Canal qe eft entre une baffe
ointe de fable & une Colline aflez élevée. L'eau & le bois font en abondan.
ce aux environs de la Ville; mais il ne s'en trouve point au fond dela Baye,
[Les Pilotes réfolurent-là de faire voile à l'Oueft quart au Nord, au long dut
rivage jufqu’à Demeti, & de pañfer enfüite à la vûe d’Aden.]
LE 9, on fit vingt-cinq lieuës à l'Oueft, en füuivant le rivage à la diftance
de fept ou huit lieuës. Le ro au matin, en portant Oueft quart au Nord, on
eut la vûe de deux petites Ifles, à une lieuë de la haute terre de Demeti, é.
loignées l’une de l’autre d’environ quatre lieuës. Le lendemain, on vit à huit
lieuës la haute terre de Darfina en Arabie, [qui portoit Nord quart à l'Eft(
Au lever du Soleil la variation fut de 15 degrés 2 minutes, Oueft.] Un Cou:
rant d'Eft caufa quelque embarras à la Flotte, & la porta contre fon attente
au Nord quart à l'Oueft, au lieu du Nord-Nord-Oueft qui étoit fa direétion;
mais lorfqu’elle eut été pouffée à douze lieuës du rivage, elle fut délivrée de
cet obftacle ; ce que Saris attribua au Cap ou à la Pointe d'Aden qui rom.
poit le Courant.
Ex s'approchant des Détroits, il donna des inftruétions par écrit au Ca.
pitaine Towtfon & à Davis pour régler leur conduite en arrivant dans ha
Rade de Mocka. Elles avoient deux vûes; l’une de fe concilier les Turcs par
de bons procédés ; l’autre de fe garantir de leurs trahifons, dans l’idée que
les Anglois devoient avoir d’une Nation fi perfide. Le 13 au foir , ilsfetrou-
vérent à quatorze lieuës à l'Eft de l'entrée des Détroits, & feize à l'Oueft
d’Aden. On y jetta l'ancre, parce qu'on ne croyoit pas connoître affez la
Côte; & par la même raifon on l’avoit fuivie pendant tout le jour à trois ou
quatre lieuës de diftance, la fonde fans cefle à la main, pour ne rien don-
ner au hazard. Le fond s’étoit trouvé de fable, depuis quarante jufqu’à quin-
ze braffes. Le foir du jour füuivant , après une pluye abondante, qui étoitla
première depuis quatre mois, on fe crut fi près des Détroits, que l'obfeuri-
té faifant tout paroître dangereux, on aima mieux s'avancer vers la Côte
d'Arabie , [ où l’on ne trouva point de fond à cent braffes de profondeur.]f
Le 15, on fit fix lieuës Oueft quart au Sud, & l’on apperçut à une lieuë
& demi à l'Eft trois petites Ifles, [ qui portoient au Nord-Nord-Oueft, &1
dont la plus grande & la plus Orientale étoit défendue par un Château. I
fallut des foins & des efforts pour fe dégager d'un Courant, qui venoit du
Sud-Eft. Enfin, vers midi, on entra dans les Détroits, en trouvant depuis
trente jufqu’à neuf & fept brafles; & vis-à-vis une Maïfon blanehe qu’on dé-
couvre dans une p&.ite Baye fabloneufe au Nord-Eft , [ & un Roc, ou une
Pointe baffe, qu eft du même côté à l'Eft-Nord-Eft. ] On eut fix braffes fur
un fond de fable fort blanc (/). La latitude fut de 12 degrés 56 minutes.
Le fond n'ayant pas ceflé d’être excellent, on jetta l'ancre le foir, fur quinze
brafes & demi, à trois lieuës du rivage d'Arabie, & dix de celui des Abyf-
fins ; car le tems fe trouvant fort clair, on diftinguoit parfaitement A deux
: Ôtes.
(1) Angl, fable noir, R. d. E.
{lui fit do
##fe nommo
Côtes,
& quin
Nord q
une Ba
Nord-1
Eft qua
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tout-à-f
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Aus.
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fa bouch
que s’il x
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Renégat
& qui le
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refufa de
fa Religic
lui dire
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{
loupe,
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LE 17
un panier
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neur. Il
Aga, par
au Renég:
tF(m) Par
les Anglois
affaires, C’
Lèle, que
ns tou-
éritable
u'il en
e bafle
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a Baye.
long du
diftance
ord, on
meti, é-
it à huit
à l'Ett(
Un Cou-
n attente
reétion;
livrée de
qui rom-
t au Ca-
it dans la
l'urcs par
’idée que
ls fe trou-
à l'Oueft
> aflez la
trois Ou
rien don-
qu’à quin-
i étoit la
l'obfcuri-
s la Côte
tlui fit donner cinq piéces de huit, [
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. V. 543
Le 16 au matin, on porta Nord quart à l'Oueft, fur dix-huit, feize
Enfüuite on prit Nord &
Mais découvrant
Côtes.
& quinze braffes, jufqu’à quatre lieuës de Mocka.
Nord quart à l'Eft, fur neuf, dix, huit & fept braffes.
une Bañle, ou plûtôtun Banc, qui eft au Sud-Eft de la Ville, ils avancèrent
Nord-Nord-Oueft, tirant vers le Sud, jufqu’à ce qu’ils eurent mis la Ville
Eft quart au Sud à l'égard de la Flotte. Là, ils jetrèrent l'ancre, à la vûe
du Minaret de la grande Mofquée , qu’il faut avoir Eft-Nord-Eit pour être
tout-à-fait délivré du banc. C'eft le feul danger qu'il y ait en entrant dans la
Rade; mais il eft fi redoutable ve a peu de Bâtimens qui l’évitent, quoi-
u’avec un peu d'attention, cet écueil puiffe être apperçu à la couleur de l'eau.
th (Le Vaifleau nommé l'Incréafe y fut arrêté pendant plus de 24 heures.]
Auss1i-r ô r quela Flotte fut à l'ancre, le Gouverneur de la Ville envoya un
pauvre vieil Efclave dans un petit Canot, pour s'informer des motifs qui l’a-
voient amené. On le reçut civilement. Il déclara de fon propre mouve-
ment qu'un Général Anglois qui étoit venu depuis peu dans ce Port, y avoit
été fort maltraité par Regib Aga; mais que le Gouverneur, qui fe nommoit
Ider Aga, Grec de Nation, étoit ami des Etrangers & du commerce. Saris
fit donner deux piéces de huit à l’Efclave, & répondre au Gouverneur par
fa bouche, que lui & fes gens étoient Anglois, amis du Grand-Seigneur, &
que s’il vouloit leur envoyer quelqu'un avec qui ils puffent conférer, ils ex-
pliqueroient mieux les caufes de leur arrivée. Prefqu’aufli-tôt il leur vintun
Renégat Italien, vêtu proprement, qui leur renouvella les mêmes queftions,
& qui leur demanda s’ils avoient un Paffeport du Grand-Seigneur. Saris ré-
pondit que non-feulement ils avoient ce Paffeport, mais encore des Lettres
du Roi d'Angleterre pour le Bacha. L’ltalien fouhaitant de les voir, Saris
refufa de les lui montrer, par mépris pour un homme qui avoit abandonné
fa Religion (m}), mais il le chargea de faire ce récit au Gouverneur , & de
lui dire que pour faire honneur à leur Paffeport, les Anglois allcient faluer
la Ville d'un décharge de cinquante d'hes de canon. A le congédiant, il
une à ceux qui conduifoient la Cha-
loupe. ] Aufñfi-tôt l'artillerie de la Flotte s'étant fait entendre, celle de la
Ville lui répondit de cinq coups; & deux Galères, qui étoient dans le Port,
en tirérent fix. Ces deux Bâtimens étoient bien équipés ; leur Commandant
ondeur.| D fe nommoit Maami, [ & le Capitaine de la Ville s'appelloit Mohammed Rey.]
ine lieuë
eft, &]F
teau. Îl
enoit du
nt depuis
qu'on dé-
, ou une?
braffes fur
minutes.
ur quinze
les Abyf-
les deux
Côtes.
Le 17, Sarisreçut d’Ider Aga (n) un préfent de trois veaux , vingt poules,
un panier de fruits & deux de limons, avec beaucoup de complimens, par
lefquels il le prioit de defcendre au rivage. Il lui envoya de fon côté un
bon fufil de chaffe, en lui faifant dire par le Meffager Turc qu’il defcendroit
volontiers, pourvû qu'on lui donnât des ôtages convenables, & que les mo-
tifs qui l’obligeoient à cette précaution , ne pouvoïent être inconnus au Gouver-
neur. Il arriva au même moment un autre Meffager avec une Lettre d’der
Aga, par laquelle il demandoit aux Anglois quelle réponfe ils avoient faite
au Renégat Italien, qui fe nommoit Muftafa Tarziman , parce € agen
eux
tm) Par une conduite fi peu À fa place,
les Anglois pouvoient déranger toutes leurs
affaires. C’étoit moins-là un effet de leur
Lèle, que de leur Superitition,
cr(n) Ou Haydar Aga. Haydar eft un des
mots Arabes qui défignent le Lion; & il fe
trouve fouvent joint au nom des Defcendans
d'Aly.
SAR1S,
1612.
Danger de la
Rade de Moc-
Ka,
La Flotte y
ictte l'ancre.
On vient la
reconnoitre,
Préfens mu-
tuels des
Lurcs & des
Anglois,
Sar1s
1612.
Députation
dés Anglois à
l'Aga ‘Turc,
Lettre de l’A-
ga à Saris.
34 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
d'eux une bouteille de vin, il s'étoit tellement enyvré avant que de retourner à
la Ville, qu'il fe trouvoit hors d'état de parler. Ce nouveau Meflager Turc
étoit un Sécretaire de la Ville ou du Gouverneur. Son titre & fa fuite mar-
quant un homme de quelque diftinétion , Saris lui propofa de demeurer à bord,
tandis qu'il feroit defcendre deux de fes gens, Cocks & Bolton, qui fçavoient
la langue du Pays. Cette propofition fut acceptée, Le Sécretaire ne fe fit pas
preffer pour manger les alimens que les Anglois lui offrirent, mais il voulut
qu'ils fuffent préparés par les gens de fa fuite.
Cocxs & Bolton furent reçus à terre avec de grands témoignages de
joye, & conduits dans la Ville au fon des inftrumens, pour faire connoître
au Peuple qu'ils étoient amis du Grand-Seigneur. Ils avoient ordre de décla-
rer au Gouverneur que le Général Anglois étoit amené par des vûes de com-
merce, & qu'il étoit prêt à venir dans la Ville, lorfqu'il auroit reçu des ôta-
ges pour la fûreté de fon retour. Ils devoient ajoûter que les Anglois n'igno-
roient pas Îles torts que Sir Henri Middleton avoit reçus de Regib Aga ; mais
que s'ils trouvoient les Turcs mieux difpofés, ils promettoient d'enfevelir le
pañlé dans l'oubli, & de faire avec eux, füuivant le pañleport du Grand-
Seigneur, un commerce également avantageux aux deux Nations. Le Gou-
verneur leur fit une courte réponfe, & leur donna pour le Général Saris une
Lettre où fes intentions étoient mieux expliquées. Avant que de quitter la
Ville, on leur ôta les robes dont ils avoient été revêtus pour la cérémonie
de leur marche. À leur retour, Saris apprit du Sécretaire que cet ufage
s'obfervoit à l'égard de tous les Etrangers. Il affeéta d'en ufer plus géné-
reufement, en lui faifant préfent d'une demi piéce de camelot violet; en-
fuite, remettant à lire la Lettre du Gouverneur après fon départ, il le con-
gédia avec beaucoup de politefles. PurçhafT nous 4 çonfervé cette Lettre,
dont on lira volontiers la tradyétion: (0)
Lettre de V'Aga, écrite d'après les paroles de fa propre bouche.
é RES-DIGNE & trés-honorable Ami, j'ai parlé à ceux que vous m'a-
, vez envoyés, & je les aireçus avec tous les honneurs poflibles , fuivant
» les ufages de ce Pays, les ayant fait revêtir de robes & conduire avec la
» mufique de la Ville, afin que les Habitans puflent reconnoître que vousar-
» rivez & que nous vous recevons avec des fentimens d'amitié. Si votre plai-
» fir eft de me venir voir demain , je vous offrirai tous les divertiflemens
» qui pourront fe trouver ici, avec un cœur -éxempt d'artifice & de dif-
Anratien » & je vous envoyerai pour fôtage mon Sécretaire, ou tou-
te autre perfonne qu’il vous plaira de me faire nommer, par mon In-
terpréte, que je charge, dans cette vûe, de fe rendre fur votre bord avec
Faites-moi dire aufli à quelle heure vous fouhaitez de defcen-
J'écrivis hier à Jaffar Bacha, mais il fé pañlera quatorze ou
Écpendant , S'il vous
» plait,
par le Scha Bandar de Mocka; Cette Lettre
eft en caraétères & en langage Banian ; langa-
ge qui fe parle dans la plus grande partie des
Indes.] R. d. E,
LL
LA]
LE] 7
, les vôtres.
# dre-à terre.
» Quinze jours avant que je puifle recevoir fa réponfe.
(o) Purchaff a confervé aufli la figure du
cachet, qui n'étoit pas de cire, mais d’un
papier fi lequel on avoit tracé quelques ca-
raétères [avec de l'encre. Il a donné auffi
deux ou trois lignes d’une lettre écrite à Saris
lier de 1
qui ven
ris fe
Efquifs,
fit, à fo
ge le C
dans la
trompet
fe firent
l'entrée
bâtie de
une cha
Æ étoient.
ton avoi
gieiquel
e foye
les Angl
ne cha
tues, &
prit le
conduifit
mens, à
par Coc
rendoit «
Sécretait
le mit fi
Paffepor
(la
ré pour r
au lieu de
eft connu
Lyon. R. (
NB. Il d
Traduéteu
féré dans
dans Pur
II, P4
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. V, 34
x #» plaît, dans cet intervalle, d'snvoyer vos gens au rivage, pour acheter
er Turc , des provifions fraîches, ou toute autre chofe que vous defirerez dans cet-
Ke Mare , te Ville, ils y feront bien reçus & n'y recevront aucun fujet de plainte.
à bord, Ainf, je finis en attendant votre réponfe, De Mocka , le 25 de Moha-
ram, 1021 de Mohamed. Ous como bono amico, (p) Haypar Aa,
Aga de Mocka.
% [MacGré le filence de la Relation, il faut fuppofer que Saris fit fur le Les Turcs
champ, une réponfe convenable à cette lettre; car] le lendemain on vit ar- Dune oo.
river à bord Mohamed Aga, Amiral de cette Mer & Commandant particu- flot
lier de la Rade , avec Nafüf, Turc d'un âge avancé & d'une figure fort grave,
qui venoient, accompagnés de quelques Efclaves, pour fervir d'Otages. Sa-
ris fe prépara auñfi-tôt à defcendre avec tous fes Marchands , dans les trois
Efquifs, qui furent ornés de ce qu'il y avoit de plus galant fur la Flotte. On
8" fit, à fon départ ,une décharge générale de l'artillerie. Il trouva fur le Riva-
“ad faq ge le Capitaine des Galères & pluficurs autres Officiers, qui le conduifirent
ur “i L dans la Ville au travers d'une prodigieufe foule de M , précédés des
L Go à trompettes & des inftrumens de mufique, tandis que les canons du Château
7 véshes fe firent entendre à plufieurs reprifes. Après avoir paflé deux gardes, à Maifon de
l'entrée du Château, il fut introduit dans la Maifon du Gouverneur, quieft l’Aga& céré-
bâtie de fort belles pierres, avec un fort bel & grand efcalier, & reçudans Monies de
une chambre, dent le plancher étoit couvert d’un riche tapis. Les fenêtres PAdlenee:
Hétoient à l'Angloife, depuis le Le apparemment que Sir Henry Middle-
ton avoit fait à Mocka, pendant lequel il avoit pû communiquer aux Turcs
urner à
avoient e
: fit pas
_ voulut
ages de
Jnnoître
e décla-
de com-
des Ôta-
n'igno-
Saris une
uitter la
rémonie
et ufage
js géné-
let; en-
le con LA de nos ufages.] On étendit aufñli-tôt fur le tapis un autre dra
e foye beaucoup plus précieux, fur lequel on mit deux grands couffins ,
les Anglois furent priés de s’affeoir. Mais le Gouverneur fortit bientôt d'u-
ne chambre voifine, accompagné de cinq ou fix perfonnes , richement vê-
tues, & paré lui-même d’une robe de brocard d'or, bordée de martre. Il
prit le Général par la main, & baifant la fienne, qu'il mit fur fa tête , il le
| conduifit vers la fenêtre, où ils s’afirent enfemble. Après quelques compli-
ous m ä- mens, Saris lui préfenta les lettres du Roi d'Angleterre. Elles furent lues
, fuivant par Cocks, & expliquées par Bolton au Commandant des Galères, qui les
e avec la rendoit enfuite à l'Aga. Le Paffeport du Grand-Seigneur fut donné à lire au
e VOUS af Sécretaire ; après quoi, le Gouverneur le prit refpeétueufement , le baifa &
otre plai- le mit fur fa tête. Purchaff a cru nous devoir conferver la traduétion de ce
RTS Pafleport. (4).
ou ul s AE mes très-dignes, mes heureux , mes riches & grands Vicc- Pañport du
D ares ) Rois & Beglierbeys, qui êtes établis par Mer & par L'erre depuis Grand-Sci-
les » mon gueur.
AtOTZE ou (p}) Il cft étonnant qu'ayant cette fignatu- glois, où l'on trouve conftamment Ilaydar,
, S'il vous re pour régle on ait mis dans le texte Ider KR. d. E.
jé plaît, au lieu de Haydar, d'autant plus que Haydar 7 (q) PurchafT , qui aeu l'Original de ce
eft connu pour un mot Arabe qui fignifie Pafleport, en a inféré dans fa Colleétion, quel-
ette Lettre Lyon. R. d. T. ques lignes du commencement, avec la tigu-
jan ; langa- NB. !l eft plus furprenant encore que le re du Sceau du Grand-Scigneur. Toutes les
partie des Traduéteur, qui fait cette Remarque, aitpré- lettres Capitales étoient en Or, & les autres
féré dans fa ‘l'raduétion le nom ider, qui-eft en azur, avec du rouge entremêlés très pro-
dans Purchaff, & non dans l'Original An- prement,
II, Part.
Lettre,
SAIS
1612,
346 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
EL
LL
v
v
9
LE
mon trône impérial & glorieux, jufqu'aux confingdes Indes Orientales :
qui êtes en pofléflion de quelque portion de notré dignité, & à qui il ap.
artient de donner aide & fecours, au premier figne de notre volonté |
ans la caufe de Dieu & de la Religion Mufulmane, dont la puiffance &
la grandeur puiflent durer à jamais. A vous mes très-dignes & vaillans
Sangiacs, Beys, fubordonnés aufdits Beglierbeys, qui êtes dans la poffef.
fion & l'attente de grandes dignités & charges, &c. A vous, mes trés.
dignes, très-fages £ trés-prudens Juges & Miniftres de Juftice, qui êtes
fous l'autorité defdits Sangiacs, Beys, & de qui la fagefle, la prudence &
la juftice coulent comme d’une fource (r); que la pu & le méri-
te de votre fonétion puiflent à jamais continuer. vous , mes renom-
més, mes grands, mes très-dignes Capitaines & Beys de mes Navires &
Bâtimens qui nâgent fur la furface de l’eau. A vous, mes très-dignes
Commandans des Châteaux, Villes & Cités. À vous, dignes Officiers
de nos Douänes, demeurans fur les Côtes de Mer, fur les Rivières, Ponts,
& autres parts de nos domaines & des pays appartenans. A vous tous
enfin, qui fur la vûe de mon impérial commandement êtes obligés par le
plus étroit devoir, de vous lever pour lui rendre l’obéiffance & le refpe&
qui lui appartiennent.
,» CETTE Lettre eft pour vous faire entendre , que l’Ambafñladeur de la
Grande-Bretagne, réfidant aétuellement à notre très-heureufe & très-fu-
blime Porte, nous a fait les repréfentations fuivantes ; Que quelques Su-
jets du Roi de la Grande-Bretagne ayant, avec beaucoup de dépenfe &
de travail, découvert un commerce aux Indes Orientales , & d’ailleurs
étant informés qu'il y a dans quelques parties de nos domaines de gran-
des richefles & des efpérances de commerce, fouhaitent, dans leur pafa-
ge, de pouvoir vifiter ces Places pour l'utilité & l’aggrandiffement dudit
commerce; & dans cette vûe, afin que lefdits Sujets du Roi de la Gran-
de-Bretagne puiffent obtenir toutes fortesde faveurs & d’afliftance dans une
fi bonne & fi louable entreprife, ledit Ambaffadeur nous a prié, au nom
de fon Maître , le Roi de la Grande-Bretagne , de daigner leur accor-
der notre fauf-conduit & notre recommandation. En conformité de cet-
te demande, & en confidération de ce que nous & nos prédéceffeurs , de-
puis l’efpace d’un grand nombre d'années, fommes & avons été dans une
alliance & une amitié très-étroite avec ledit Roi de la Grande-Bretagne
& les Sujets de ce Royaume, qui ont aétuellement, comme ils ont eu de-
puis long-tems, la permiflion & la liberté du trafic dans tous nos domai-
nes & nos provinces des Mers Méditerrannées ; nous vous enjoignons &
ordonnons crès-expreflément, à vous tous nos Sujets & Officiers cy-def-
fus mentionnés, non-feulement de recevoir & traiter avec amitié & ci-
vilité les Marchands & Sujets de la Grande-Bretagne venans & paffans dans
nos domaines , fur-tout avec l'intention de commercer dans les Cantons
d’Yaman, d’Aden & de Mocka, ou pays appartenans , en les aidant &
les fecourant de tout ce qui leur eft néceflaire pour leurs perfonnes &
pour leurs Vaifleaux, mais encore de leur laifler la liberté de pafñfer par
» mer
Cr) Angl. & de qui la juftice , les juge- fource de fageffe & de prudence, R. d. E.
mens, & les difcours coulent comme d’une
ntales ,
ui il ap-
olonté ,
lance &
vaillans
à poftef.
nes trés-
qui êtes
dence &
le méri-
renom-
ivires &
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Officiers
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INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cnar, V.
» mer & par terre, d'aller, de revenir , fuivant
34?
e leurs affaires & leurs
,» befoins F grd le demander , & de s'arréter dans nos Domaines, nos
» Villes & nos Cités, en leur accordant toutes fortes de priviléges & deli-
» berté raifonnables pour le commerce, fans leur caufer , ou fouftrir qu'on
» leur caufe aucun empêchement, aucune injure & aucun trouble. Au con-
» traire, vous leur rendrez tous les bons offices & tous les témoign de
_» bienveillance & d'humanité qu'il eft jufte & convenable d'accorder à d’hon-
» hôtes Etrangers , qui auront entrepris un fi long & fi pénible voyage. Et
» fi nous apprenons que, contre nos ordres , & contre l'alliance & l'amitié
» qui eft entre ns à le Roi dela Grande-Bretagne, vous fafliez le moindre
» tort ou vous caufiez la moindre peine & le moindre fujet de plainte aux-
» dits Marchands dans leur commerce, ou autrement, apprenez certainement
» que non-feulement vous encourerez notre indignation, mais que vous ferez
» Punis pour l'éxemple des autres. Obéiflez donc à notre impérial comman-
» dement, & reconnoifléz ici notre feing impérial. Donné à Conftantinople
» le 15°. jour de la Lune nommée Zulbajjah , l'an 1019: (5).
(#) Le Gouverneur remit l'original de ce paile-port à Saris, après en a-
voir fait tirer une copie & l'affüra que fon arrivée étoit agréable à tous les
Turcs. Il le pria d'oublier tout ce qui s'étoic pallé à l'égard de Sir Henri
Middieton, cette querelle n'étant venue que de deux perfonnes yvres, & le
Gouverneur de ce tems-là, qui n’en avoit pasmieux ménagé les fuites, ayant
été déplacé pour cette faute. A l'égard du commerce, il lui dit qu'on ne
ourroit pas l’avancer beaucoup, avant la réponfe qu’il attendoit du Bacha de
Zénan, & qu’il ne pouvoit recevoir que dans dix ou douze jours; mais que
les Angiois n'en auroient pas moins la liberté de venir au Rivage, d'acheter
tout ce qui leur feroit néceflaire, & de régler d'avance une partie des affai-
res, afin que les Habitans de la Ville s’apperçuflent qu'on étoit dans une paix
arfaite & que tous les anciens reffentimens étoient oubliés. Saris jugea que
es politeffes du Gouverneur venoient de la crainte de perdre les dyoits du
commerce, foit avec les Anglois, foit avec les Indiens, à qui la Flotte An-
gloife pouvoit fermer l'entrée du Port. Aufli Saris avoit eu deflein de caufer
cette inquiétude aux Turcs en approchant fi près du Rivage; &, maître de
la Rade comme il étoit, il. ne crut pas qu'il y eût beaucoup de péril à laif-
Le quelques-uns de fes gens dans les Efquifs, pour acheter leurs
€Ioins,
LE Gouverneur les traita magnifiquement à diner , avec toutes fortes de
gibier, de volaille, de groffe viande, de confitures & de pâtifléries. On fut
fervi en vaiflelle d’étain, & tous les mêts furent préfentés dans un feul fervice,
“avant qu'on fe fut mis à table. [Il eft affez difficile de comprendre quel en é-
toit l'arrangement, lorfque] l’Auteur ajoûte que tous les plats furent placés
l'un fur l’autre, fans qu'on y touchât moins librement , & qu’ils formoient u-
ne pyramide de quatre ou cinq pieds de hauteur. Il ajoûte à la vérité qu'ils
Havoient tous un pied, comme nos foucoupés ; [ce qui peut faire juger qu'il
reftoit quelque vuide dans l'intervalle; mais dans l'abondance de mêts qu'il
repréfente ,
&(s) Cette année de l'Hégire, répond àl'an- .
née 1610 de l'Ere Chrétienne, & commence
au 15 de Mars,
(&) La 3e. Seétion de ce Chapitre commec-
ce ici dans l'Original. R, d, E,
Xx 2
Sante,
1612.
Difcours obli-
geans du Gou-
Verneur,
Sa politique:
Feftin que
l'Aga donne
aux Anglois,
Sante,
1612,
Cérémonie
des parfums,
Préfens du
Grand-Sci-
gneur à Saris,
Il fe proméne
dans lu Ville,
Hypocrifie du
Gouverneur
Lure,
348
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
repréfente , & furvis cout à la fois, la hauteur de la pyramide devoit furpaf,
fer la mefure qu'il lui donne. ] On ne préfenta , pour liqueur, que de l'eau
fimple, ou bouillie avec du caffé , que les Anglois ne connoifloient point en.
core, & dont le goût leur parut fort amer, Les convives étoient aflis à terre,
avec les jambes croifées, fans table & fans fidges,
Arnès le feftin, Saris fut conduit dans une chambre intérieure, où le Gou.
verneur & lui étoient attendus par quatre jeunes garçons, donc l'un tenoit un
réchaud avec du charbon allumé , le fecond quelques ferviertes, & les deux
autres un plat couvert d'ambre-gris, de bois d'aloës & d'autres parfums. le
Gouverneur ayant fait affeoir Saris fur un riche tapis, le pria de recevoir le
fervice des quatre enfans.
Il lui mirent une ferviette fur la tête, & cinrent
deflous pendant quelques momens le réchaud parfumé, dont l'odeur lui parut
fort agréable. Ils rendirent enfüite le méme oflice au Gouverneur & à deux
de fes principaux Officiers. Cette cérémonie eft en ufage parmi toutes les per.
fonnes riches du pays.
LA conférence ayant duré quelque temsentre le Gouverneur & Saris, trois
C
des quatre enfans revinrent charg
drap d'or, enveloppé d'un taffetas teint dans le faffran,
couleur de l'or; l'autre d'un turban broché d'or; [& fait d'une piéce d'étof.x#
s, l'un d'une robe, ou d'un caffetan, de
our conferver la
fe qui avoit vingt-deux verges en longueur ;] & le troifième d'un fabre de Da-
mas monté en argent. Le Gouverneur revêtit lui-même Saris de la robe &
lui mit le fabre au côté, en lui déclaran: que ce préfent ne venoit pas de lui,
mais du Grand-Seigneur.
Enfuite il le pria de faire un tour de promenade
dans la Ville avec le Cadi, qui eft le chef de la Juftice parmi les ‘l'ures, &
le Commandant des Galères , afin que le Peuple n'ignorût
liés d'une fincère amitié, On amena fur le champ un cheval richement équi-
pé; mais Saris demanda la liberté d'aller à pied, pour fe procurer plus aïic-
ment la vûe de la Ville. Il fe promena ainfi pendant plus d'une heure, & il
choifit même une Maifon pour en faire un Comptoir. A fon retour, le Com.
mandant des Galères lui fit accepter des rafraîchiffemens avec beaucoup de
galanterie & de magnificence; après quoi il retourna chez le Gouverneur,
qui vint le recevoir fur fon efcalier. On s'y renouvella mutuellement la pro.
mefle d'oublier tout ce qui s'étoit paflé dans le voyage de Sir Henri, & le
Gouverneur en demanda pour preuve , à Saris, d'envoyer fouvent les An-
lois au Rivage. Enfin, l'on ne fe fépara que le foir, au bruit du canon de
à Flotte & de la Ville. Saris étant retourné à bord, renvoya aufli-tôt les
Otages Turcs, après leur avoir fait divers préfens.
Le 21, Cocks fut envoyé au Rivage, avec quelques flacons de Rofu-/ülis,
ou Roffülis, que le Gouverneur avoit demandés à Saris, mais qu'il l’avoit prié
de lui faire apporter avec tant de précautions, qu'ils ne puffent être apperçus
des Turcs. On lui envoya de même deux robes de drap violet pour fes En-
nuques. Cocks avoit ordre de s'informer des droits d'entrée &c. de fortie, des
poids, des mefures, de la valeur des monnoyes, du-prix des toiles Indien-
nes, des étoffes de coton, & des autres marchandifes dont la Flotte pou-
voit fe charger. Il devoit aufli tâcher adroitement d'engager un Juif, quis'é-
toit trouvé fur l’Afcenfion, lorfque ce Bâtiment avoit fait naufrage, à venir
ois, & leur apprendre les
à bord pour y faire quelque liaifon avec les A
circonftances du féjour de Sir Hénri à Zénan
E
à Mocka.
oint qu'on étoit
L'REMARQUONS
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Il promit
Otages ;
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Anglois,
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LE 4:
pitaine T
k feule £
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar, V, 349
rpal, æ CRamanquons en paflant que la Rade de Mocka eft dangercufe , fur-tout Saurs
l'eau endant les vents d'Oueit; car elle eft découverte; & à un mille de la Vil. 16142.
WE Che [ei y a des bas-fonds; & lacerre eft au niveau de la mer, Les habitans
erre , difent qu'à la fin de Mai la chaleur fait tomber ces vents ; mais cela même
rend ce féjour encore plus dangereux, à caufe des maladies qui régnent dans
Gou- ce si
oitun , Le 31, Saris apprit du Commandant des Galères, que le Gouverneur a- Le. md
deux voit reçu la réponfe du Bacha; & qu'elle lui ordonnoit non-feulement de Eure Le
15. Le permettre le commerce aux Anglois, mais de leur faire toutes fortes deca- glois,
voir le reffes. Cette heureufe nouvelle leur parut d'autant plus fufpeéte, que deux.
inrenk heures auparavant Cocks avoit vû le Gouverneur, qui ne lui en avoit rien
parut dit. Le Commandant des Galères, à qui ils ne manquèrent pas de faire cette
à deux ubjeétion, répondit que le Gouverneur avoit eu des raifons pour fe taire, par-
es per ce qu'une Jelbe, qui fe crouvoit dans le Porc, devant partir au même inftant
our la Mecque, il avoit craint que fi cette nouvelle écoit portée à la Mecque :
5, trois e Chérif de cette Ville ne fe hatât d'écrire au Grand-Seigneur, pour faire
an, de révoquer la faveur du Bacha. Cependant un Arabe, nommé Ashraf, qui avoit Ils font dx.
ver la toljours eu de l'affeétion pour les Anglois, fic avertir Saris qu'il devoie bien hors à lu de:
d'étof-tf fe garder de defcendre à terre, fans avoir éxigé des Ôtages; qu'il ne falloit
de Da- pas fe fier au Gouverneur, quand il auroit juré par l'Alcoran, que lui & toute
obe & fa Cour étoient des Soldats, qui refpeétoient peu les fermens ; que jufqu'alors
de lui, la réponfe du Bacha n’étoit pas favorable aux Anglois ; mais que le Palle-port
nenade du Grand-Seigneur ne pouvant encore étre arrivé à Zénan, la prudence les
res, & obligeoit d'attendre cinq ou fix jours, après lefquels tout feroit éclairci.
n étoit Le 2 d'Avril, la Caravane du, Grand Caire arriva dans la Ville, avec un Arrivée d'une
t équi- grand nombre de Marchands, [qui furent charmés de trouver une l'lotte An Erravane &
de deux Vaif.
s aifé pu au Port de Mocka.7] Le 3, deux Vaiffeaux Indiens entrèrent dans la Rade, Anh
, Xi un de Chaul, l'autre de Cananor, chargés tous deux d'indigo, de calicos &
e Com- d'autres toiles des Indes, d'ambre gris, d'étoffes de coton, & d'environ qua-
oup de tre cens Pañlagers, qui apportoient d'immenfes richeffes. La Flotte Angloife
rneur , les falua de neuf coups de canon , auxquels ils répondirent de trois coups, par-
la pro ce qu'entre eux deux ils n'avoient que trois piéces d'artillerie, Saris leur envoya
, &le fon Efquif, pour s'informer de ce qui fe pañloit fur la Côte de Surate ; mais
es An- on apprit d'eux feulement qu'il y étoit arrivé crois Vaifleaux Anglois pour le
non de commerce. Vers le foir, le Commandant des Galères, accompagné de cinq
tôt les Janiffaires, vint déclarer pour la feconde fois, que le Gouverneur avoit reçu
ordre du Bacha de traiter favorablement les Anglois, & de leur accorder la
u-folis, liberté du commerce; fur quoi il invita Saris à defcendre le lendemain au
oit prié Rivage, en lui promettant qu'il 5 recevroit des explications dont il feroit fa-
perçus tisfait. Le fouvenir des avis d'As iraf rendit le Général Anglois fort défiant.
fes En Il promit néanmoins de defcendre, mais à condition qu'on lui envoyät des
tie, des Otages; & ne relâchant rien de fes civilités pour le Commandant, il fit tirer
Indien- vingt coups de canon à fon départ. Cet Officier fut fi fenfible à l'accueil des
te pou- Anglois, qu'il leur fit promettre fur le champ fes plus ardens fervices dans
| quis'é- toutes fortes d’occafions.
à venir LE 4 au matin, dans l’impatience d'apprendre les intentions du Bacha, le Ca-
dre les pitaine Toutfon fe rendit à terre fans attendre l'arrivée des Otages ; il fe fioit à
h feule garantie des deux Vaifleaux Indiens, qui avoient jetté l'ancre près de la
ARQUONS Xx 3 Flotte,
39, VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Sanrs Flotte, & qui étoient commandés par l'artillerie Angloife, Le Gouverneur parut tout pi
1612 charmé de le voir, lui fit préfent d'une robe ; mais l'affaire principale n'é- trois +
toit pas terminée. ge on lui confeilla d'engager Saris à faire partir defirée
r Zénan deux de fes principaux Faéteurs avec la letere & les préfens du vre de
toi d'Angleterre, en faifant entendre que c'étoit le feul moyen d'abréger les u'à vi
difficultés, Saris approuva ce confeil, & fe difpofa à l'éxécuter le jour fuivane, e fav
Lettres de Sir Mais lorfque fes Députés furent prêts à partir, il reçut, par les foins du Com. &, de
Mont à Sa. mandant des Galères , crois leteres de Sir Henri Middleton & du Capitaine ton fe:
gs rec, , Sharpey, qui croifoient alors aux Détroits de Bal-al-Mandel. Ils lui marquoient bien ne
qu'après avoir tenté le commerce à Surate, avec peu d'avantage & de fatif. trois-cer
filon, ils avoient pris le parti d'abandonner cette Côte; que le Capitaine glois, |
Hawkins, fa femme, & cous les mn qui étoient à Agra, où ils avoient vingt-fe
cfluyé les mêmes dégoûts, s'écoient déterminés à s'embarquer fur la Flotte à l'aune de
l'exception d'un feul, qui avoit entrepris de retourner par terre en Europe ; Le G
qu'ils s’étoient rapprochés de la Mer Rouge, pour chercher l'occafion de fe ven- faire def
ger des Turcs, & qu'ils le prioienc, s'il n'étoit pas trop engagé, de faire ren. voir l'or
trer' à bord tous fes gens & fes marchandifes, Un avis de cette importance fit duquel tc
changer toutes fes vües à Saris. 11 dépécha für le champ unde fes l'aéteurs aux d'entrer
Anglois de Bal-al-Mandel pour leur rendre compte de fon voyage & de l'ac- Anglois,
cucil qu'il avoit reçu à Mocka. La députation de Zenan fut fufpendue, En- devoit p:
fin la réfolution à laquelle on s'arrêta, fut d'attendre les explications des Turcs, chands'T
& de fe régler fur leur conduite. | la hardief
Cargaifon de Les deux Vaiffeaux Indiens déchargèrent fur le Port foixante quintaux de une conf
de M bois d'aloës & fix cens churles d'indigo ; cent cinquante bahars de canelle de rent enco
dssiopiss Ceylan, chaque Bahar revenant à trois churles & demi ; de l'osfar, qui ef que le Ca
une teinture rouge; du girofle, des toiles & des étoffes des Indes, [qui va-kr conduite «
loient depuis vingt jufqu'a quarante Réaux la Gorge; chaque Gorge étant ravane po
de vingt piéces ;] le prix de l'indigo étoit de trente à trente-cinq réaux le le comme
churle, | ie Port;
Le bruit s'étant répandu que Sir Henri avoit arrêté deux ou trois Jelbes, prefferoie:
ui venoient de la Côte des Abyffins avec des vivres, on en conçut tant d'ef. : ment une
roi dans la Ville, qu’il n'y avoit plus une + ni un Canot qui Ofaffent marchandi
quitter le rivage; ce qui n'empécha point Saris d'écrire au Gouverneur que vage,
sil vouloit lui procurer des marchandifes Indiennes à des prix raifonnables, Ouvre:
il en chargeroit un de fes Bâtimens. Il ajoûta que cette marque d'intelligen- noître les
ce ferviroit à convaincre Sir Henri de la bonne-foi des Turcs & pourroit lui qu'il fit à
faire ceffer les hoflilités. Mais pour réponfe à fa Lettre, il en reçut une mille fequi
qui lui apprenoit les intentions du Bacha. Elles étoient fi favorables en ap- te-fept mil
arence , que pour faire fentir aux Anglois toute l'étendue de cette grace, Sants:
e Gouverneur lui envoyoit la copie des ordres mêmes qu'il avoit reçus : confidéré
Ordres du Ba- ,, Haydar Aga, vous m'avez écrit qu’il eft arrivé à Moc a trois Vaifleaux tandis que
cha de Zen, | Anglois avec le Pañfeport du Grand-Seigneur. Mon plaifir eft que vous lut de dem:
» leur engagiez ma parole pour leur füreté, & que vous leur accordiez la dre dans qu
» liberté de prendre une maifon dans la Ville, pour éxercer le commer- moins re
» Ce pendant cette Mouflon. Vous m'écrivez aufi qu'ils veulent m'en- Mais le 1,
» Voyer ici deux de leurs gens; donnez-leur tout ce qui eft convenable pour vifs de fon
» le voyage. ,, que ne pou
A l'égard de la propofition de Saris, on lui répondoit, qu'il DRE Mier vent p
parut
n'é-
vartir
\s du
er les
vant,
Com-
itaine
ioient
: fatif
itaine
voient
lotte à
Fope ;
èe ven-
re ren
ince fit
urs aux
le l'ac-
ie, En.
Turcs,
aux de
nelle de
qui eft
qui va.
e étant
éaux le
Jelbes,
ant d'ef- |
Ofaffent
ur que
nables ,
elligen-
rroit lui
cut une
s en ap-
grace,
reçus :
aifleaux
ue vous
rdiez la
omimet-
t m'en-
ble pour
jendroit
tout
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cv, V,
trois Vaifleaux qu'un feul, Saris eut en même-cems l'information qu'il avoit
defirée pour les poids, L'inen contient deux rottales, & le rottale eftune li-
vre de Mocka, Dix inens, qui fonc vingt livres, reviennent un peu plus
u'à vingt-crois livres Angloifes , & même à vingt-quatre avec un peu
» faveur, Un churle d'indigo fait cent cinquante livres de leur poids ;
&, de celui d'Angleterre, entre cent foixante-fix & cent féptante, Le co-
ton fe vend par bahard, à dix-huit réaux chaque bahar, quand il eft bon &
bien nectoyé ; & le bahar faic crois [ cens ] rottales , c'eft-h-dire , entre
trois-cens quarante-quacre & quatre-cens trente-deux livres du poids An-
glois. La mefure de Mocka, pour les longueurs, s'appelle Pik, & contient
vingt-fept pouces, ou trois quartiers de la verge Angloife ; ce qui revient à
l'aune de l'landres.
Le Gouverneur envoya le 9 un Canot à bord, pour propofer à Saris de
faire defcendre quelques-uns de fes gens au rivage, où il promettoit de faire
voir l'original des ordres du Bacha, & de leur donner un ordre en vertu
duquel tous les Joncs Indiens qui échapperoient à Sir Henri feroient obligés
d'entrer dans le Port de Mocka pour y commercer tranquillement avec Îles
Anglois. Il ajoûtoit que fi Saris penfoit férieufement au commerce , il ne
devoit pas faire difficulté d'envoyer fes Faéteurs à terre, parce que les Mar-
chands Turcs & Indiens, effrayés des hoftilités de Sir Henri, n'avoient pas
la hardieffe de fe rendre fur la flotte, Cocks defcendit le lendemain. Il eut
une conférence avec le Gouverneur & le Capitaine Maami, qui lui déclaré.
rent encore qu'aucun Marchand ne vouloit rifquer d'aller für la Flotte »y &
que le Cadi même s'y oppofoit x que les l'urcs étoient offenfés par la
conduite de Sir Henri; que les Faëteurs du grand Caire, arrivés avec la Ca-
ravane pour acheter les marchandifes des Indes, ne commenceroient pas
le commerce avant que de fçavoir combien il en viendroit cette année dans
ie Port; que les Banians, Faéteurs ordinaires des Vaiffeaux Indiens, ne fe
prefferoient pas non plus de vendre, parce qu'ils prévoyoient infaillible
ment une cherté; enfin que fi les Anglois vouloient vendre leurs propres
marchandifes , il ne falloit pas moins néceflairement les apporter au ri-
vage.
Ourre le motif delacrainte, qui faifoit fouhaiter au Gouverneur de con-
noître les intentions de Saris, il avoit celui de l'intérét; car, fuivant l’aveu
qu'il fit à Cocks, la Douäüne de Mocka valoit alors chaque année quinze cens
mille fequins, qui, évalués à cinq fchellings piéce, faifoient la fomme de tren-
te-fept mille cinq cens livres fterling.
SAR1S affembla fon Confeil, pour délibérer fur les conjonétures. Après avoir
confidéré qu’il n’y avoit rien d'heureux à fe promettre pour le commerce,
tandis que Sir Henri continueroit d'arrêter les Vaiffeaux Indiens, on réfo-
lut de demeurer dans l'inaétion jufqu’au retour de la Mouffon, pour fe ren-
dre dans quelque autre lieu avec de meilleures efpérances, & de vivre néan-
moins en bonne intelligence avec la Ville, comme on l’avoit fait jufqu'alors.
Mais le 12, Saris reçut une Lettre de Sir Henri, avec des témoignages fi
vifs de fon affeétion & du defir qu'il avoit de lui communiquer fes deffeins ,
que ne pouvant fe défendre de tant d’inftances, il rétolut de profiter du pre-
Mer vent pour gagner Bal-al-Mandel. (Cependant il communiqua fa réfolu-
tion
351
tout par amitié, rien par force; & qu'on étoit auffi difpofé à charger fes
Sante,
1612,
lropor tlons
dus poids de
Moc,a à cvtix
des Angluis,
Oblsétions
& difficultés
du Gous HN ©
nour de Moc-
—
Aquoi mon
te le revenu
de la Douüne
à Mocka,
Suris fe dé.
termine à join.
dre Sir Henri,
52 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Sanrs tion au Gouverneur; &, pour entretenir l'amitié , il prit une Lettre de lui
1612. pour Sir Henri. et k
I letrouve Er arriva le 14 aux Détroits, où il trouva le Trade-Incréafe & quatre
aux Détroits, aiffeaux Indiens. Après avoir conféré avec Sir Jlenri, il affembla fon Con-
feil, pour lui repréfenter que les différends de Sir Henri avec les Turcs &
les Cambayens ne lui laiffant pas plus d'efpérance pour le commerce à Sura-
te & à Cambaye qu'a Mocka, le parti quil croyoit le plus avantageux étoit
de faire croifer l'Heétor & le Thomas entre Aden & Bal-al-Mandel, tandis
qu'avec le Clove il garderoit le Canal des Abyflins, pour couper le pallage
aux Bâtimens Indiens pendant la nuit ; qu'a mefure qu'ils en arréteroient
quelques-üns, ils fe déferoient de leurs draps, de leur plomb, de leur étain,
x 4 leur fer & de leurs dents d'éléphans, en les faifant prendre aux Indiens
pour des épices & des étoffes des Indes. 11 ajoûta que Sir Henri lui avoit
annoncé l'arrivée de deux grands Vaiffeaux, nommés le Rhemi & le Ha/ani,
dont le moindre avoit affez de richefles pour charger entièrement l'Eieétor,
Cette propofition ayant été approuvée de tout le monde, on ne penfa plus
u’à l'éxécuter au premier vent favorable,
Etrange tra: C£peNDANT il reftoit un Traité à faire entre les deux Généraux Anglois
A pour le partage des marchandifes échangées. On convint que les deux Flot-
co DA tes s’attachcroient également à fermer le paflage aux Bâtuimens de l'Inde;
que les deux tiers des marchandifes appartiendroient à Sir Henri, & la troi-
fiéme part à Saris ; & que les droits du Grand-Seigneur feroient payés fidé-
lement. Cette convention fut écrite & fignée refpeétivement. On y ajoûta
une défenfe rigoureufe à tous les Anglais des deux flottes de s’attribuer par-
ticuliérement la moindre part au buun, & de commettre la moindre injufti-
ce ou la moindre violence. ,
Le 18 au foir, il arriva un Vaiffeau de Cananor, chargé d'épices, de
drogues & d'autres commodités. Saris, [qui ne vouloit pas quitter Mocka
Saris retour- fans fçavoir fur quoi il pouvoit compter de la prt des ‘Turcs, | retourna l'E
ne à Mocka même jour dans la Rade; & le Gouverneur furpris de le revoir, le fit prier
Efpérances de lui envoyer fon Interpréte, pour l'informer de ce qui fe pafloit aux Détroits.
AE [On ne lui diffimula rien. Cette ouverture, qui fembloit devoir l'irriter, fer-#
vit au contraire à le rendre plus traitable.] Le 20, ilenvoya aux Anglois quan-
tité de rafraîchiflemens, & leur fit demander des effais de leurs marchandifes,
que Saris lui fit porter fur le champ. Il marqua du goût pour des daps de di-
verfes couleurs , promit d'en prendre, avec de l'étain & du plomb, jufqu'à
la fomme de mille piéces de huit: mais il ajoûta que plulieurs Négocians de
la Ville fouhaitoient du plomb & du fer ; fur quoi il pria inftamment les f'ac-
teurs Anglois d'en faire débarquer une certaine quantité, parce qu'à peine
auroient-ils commencé, leur dit-il, que le commerce prendroit une meilleu-
re forme & fe continueroit à la facisfaétion de tout le monde. Il envoya de
fon côté fur la Flotte trois effais d’indigo, mais dont aucun n'étoit de La-
hor, qui paffe pour le meilleur terroir. 11 mit le prix du churle à cent pié-
ces de huit, ce qui étoit fort au-deffus de l’eftimation des Anglois, qui ne
croyoient pas qu'aucune des trois efpèces valût plus de trente, quarante &
quarante-cinq pièces le churle.
[CE mêmejour Mohamed, Secrétaire des Galères fe chargeade faire par-X
venir par terre une lettre à Sir Henri, & à Toutfon.] Cependant Saris [s'ima- k
gina
gina
dans
une
cens
huit
de tr
expr
baha
entre
bord !
ve de
l'ancr
Indien
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leurs
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pieds ;
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mitié.
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+ l'Inde;
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yés fide-
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uer par-
re injuiti-
bices, de
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ourna le
fit prier
Détroits.
iter, fer-"h
oÏs quan-
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u’à peine
e meilleu-
envoya de
it de La-
; cent pié-
js, qui n€
arante
faire par-XF
is [s'ima- à
gina
cens livres.
INDES ORIENTALES, Iav. IV. Curar. V.
gina qu'un excès de défiance étoit fort fouvent nuifible au commerce; &
dans cette idée, il] confencit à faire tranfporter au rivage huit bales de drap,
une tonne de fer, unetonne de plomb & deux caifles d'étain du poids de fix-
353
Sante.
1612.
tente le
Les Turcs offrirent pour le meilleur drap trois demi-piéces de fmMmerce a
À à : a É = À / , , vec les Turcs.
Xhuit le pik, [qui eft ordinairement de vingt-fept pouces, mais qui auroit été *
de trente un, parce qu'on vouloit fe fervir d'une mefure particulière, faite
exprès J: pour le bahar d'étain, cent-vingt pièces de huit; douze, pour le
bahar
e fer, & quinze pour le plomb.
Faéteurs de la flotte, ils prirent le parti de retourner le foir à bord , avec
leurs Marchandifes.
Les cfpérances de Saris s'évanouirent entièrement après cette tentati-
ve, Il mit à la voile dès le 25 pour la Baye d'Aflab, où il trouva l'Incréafe
x& l'Heétor, avec onze Bätimens Indiens de divers Cantons.
Ces prix n'ayant pas fatisfait les
Il fe rend À
‘ la Baye d'Ar
[ Lors qu'on db,
entre dans cette Rade, il faut fe ranger du côté du Nord, en laïflant à itri-
bord un petit Roc, qu'on apperçoit facilement. Par cette manœuvre, on trou-
ve depuis douze jufqu'à fept brafles d'un fond fabloneux, où l'on peut jeuter
l'ancre a un mille durivage.] En arrivant dans la Rade, Saris envoya ordre aux
Indiens de ne pas s'en écarter fans fa permiilion.
De leur côté, ils le fup-
plièrent de s’accommoder promptement de ce qui lui conviendroit dans
leurs marchandifes, & de ne pas les expofer par de crop longs délais
à manquer la Mouflon pour Jeddah.
ter à bord les bales qu'il voudroit avoir.
cordée.
feaux.
Ils lui offrirent même de lui appor-
Cette fatisfaétion leur fut ac-
Saris eut la curiofité de faire mefurer leurs deux plus grands Vaif-
Le Rhemi, dans toute fa longueur , avoit cent cinquante- trois
pieds; quarante-deux de largeur, & trente-un de profondeur. Le Mahmudi
étoit long de cent trente-fix pieds, large de quarante & un, & profond de
vingt-neuf,
KChuit pieds; & la longueur de fa grande vergue ,de cent
x [ Les autres Bätimens égaloient à peu-près ces deux. ] Le 10 de Mai, Maa-
La hauteur du grand mât, dans le Rhemi (u), étoit de cent
trente-deux pieds.
mi arriva dans la Rade d’Affab, chargé par le Gouverneur de Mocka d’une
efpèce de négociation avec Sir Henri.
Il vint d’abord fur le Clove, où Sa-
ris, qui ne lui devoit que de la reconnoiffance, le reçut avec beaucoup d'a-
mitié.
Enfüite s'étant rendus enfemble à bord de l’Incréafe, Maami préfen-
ta deux Lettres à Sir Henri, l’une du Bacha de Zenan l’autre du Gouverneur
de Mocka, qui demandoient quelle pouvoit être la caufe de tant d'hoftilités,
auxquelles ils prétendoient n'avoir pas donné d'occafion ; car, s'ils avoient
offenfé les Anglois, difoient-ils, ils leur avoient donné des fatisfaétions, Là-def-
fus ils prioient Sir Henri de rendre la liberté aux Vaifféaux Indiens.
IL répondit que loin d’avoir reçu des fatisfaétions, c’étoit le reffentiment
de n’voir pû les obtenir qui l'avoit ramené dans ces Mers; & qu'il en de-
mandoit d'éclatantes pour le meurtre de fes gens, pour les outrages perion-
nels qu'il avoit efluyés , & pour la perte de la Mouflon qui avoit ruiné toutes
les e’pérances de fon voyage. Maamile pria de mettre fes prétentions par écrit,
en promettant que dans lefpace de quinze jours, il lui apporteroit la réponfe
du Bacha. Sir Henri le facistit aufMi-tôt. À
LES
(u). Angl. dans le Mahmudi. R. d. E.
II. Part.
Yy
Mefure des
Vaiilcaux {n-
diçns.
Plaintes des
CS.
Réponfe des
Aunglois.
SaAnt1s.
1612.
Vifite comi-
que d’un Prin-
cœ Abyffin.
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
354
Les Anglois eurent, le 15, un fpeétacle qui ne fut pas fans agrément au
milieu de tant de chagrins & de fatigues. Le Roi de Rahaita , petit
Prince fur la Côte d’Abyilinie, vint les vifiter avec fon cortège Afriquain.
Il étoit monté fur une Vache; nud, à l'exc + apte de la ceinture , autour de
€
laquelle il portoit un fort beau pagne d'étoffe des Indes; & de la tête, qui
étoit couverte d’un turban, avec une grande nacie de perle qui lui tomboit
fur le front. Sa Garde étoit compofée de quinze hommes () , armés de dards,
d’arcs & de fléches, d’épées & de targettes. Les deux Généraux Anglois
allérent au-devant de lui, avec cent Moufquetaires & un bon nombre de Pi.
quiers; car ils n'étoient pas fans défiance; & n'ignorant pas que les Turcs
avoient employé divers artifices pour foulever contre eux les Habitans du
Pays , ils doutoient fi cette civilité du Roi ne couvroit pas quelque trahifon.
D'unautre côté, ils ne pouvoient fe difpenfer de lui rendre des honneurs, par-
ce qu'ils avoient befoin des rafraichiffemens de la Rade d’Affab qui étoit fous
fa domination. Auñi le traitèrent-ils fuivant fon goût, en lui offrant quelques
bouteilles d’eau-de-vie, dont il but jufqu’à ne pouvoir plus fe foûtenir fans fe-
cours. [Ce prince dépendoit de l'Empereur des Abyflins, quoique trop éloi-4
gné de fa réfidence pour en recevoir des loix fort gênantes.] Il fit préfent
aux Généraux de cinq veaux gras, [& ieur promit tous les fecours qui dépen-ké*
.droient de lui. Ses fujets font Mahométans. Ils font laids, & ont les cheveux
frifés.
(y 4, même jour, Sir Henri eut la fatisfaétion de voir arriver le Pep-
per-Corn,. un des Vaifleaux de fa Flotte, pour lequel il n’étoit pas fans inquié-
tude. Dounton, qui le commandoit s’étoit faifi près d’Aden, d'un Jonc de
Sindi, chargé de beurre, d’huile & d'étoffes de Cambaÿye. Il raconta que le
grand Navire de Diu, commandé par Maleck-Amber, lui étoit échappé,
quoiqu'il lui eût donné quelque-tems la chaffe & qu’il lui eût envoyé quel-
ques volées de canon. C’étoit précifément le Vaifleau qu’il avoit ordre d’ar-
rèter, & que le Thomas & le Darling avoient attendu fi long-tems aux Dé-
troits. [Ce même jour, Saris reçutune note des prix des marchandifes à Sura-Xé
te. Un: piéce de drap large, pefant vingt-troislivres, y valoic vingt Mah-
mudis, c'eft-à-dire quatre piéces de huit: les créfeaux quatrevingt- quatre
* Mahmudis ; ce qui étoit au deffous de ce qu'on en avoit payé en Angleterre.
Le grand Maund de plomb, pefant trente-trois livres, fept Mahmudis & un
tiers. Le petit Maund d’étain, pefant ving-cinq livres, cinq piéces &. de-
mide huit, À Dabul, le Bahar de fer contenant cent foixante livres, fe vendoit
vingt-un réaux:. les dents d'Eléphants foixante-cinq Mahmudis le grand Maund.
Le prix de l’Indigo de Sirkefa (x) varioit fuivant la forte : la meilleure fe
vendoit quatorze roupies ; faifant une demi piéce de huit; la feconde cf
pèce, douze roupies ; & le grand Maund de la troifième efpèce, fe donnoit
pour huit. La valeur de l’Indigo de Lahor, qui eft le meilleur de tous, va-
rioit auf fuivant la forte, & il fe vendoit depuis vingt-quatre jufqu’à trente-
{ix roupies le Maund, de cinquante-cing livres. i
E
(x) Angl. Il étoit accompagné de cent cin: a#ÿ{z) Purchaff écrit Cirkefa, & d’autres di-
quante hommes. R. d. E, | fent Serkes ou Sherkes. C'eft un Village près
(y) La 4e. Seétion de ce Chapitrecommen- de Ahmed-Abäd, . Capitale de Cambaye.
ce ici dans l'Original, KR, d. EL.
com}
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vendoit
Maund.
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Dus., Va-
trente-
LE.
autres di-
illage pres
bay ee
INDES ORIENTALES, Li. IV, Cnar. V. 955
LE 23, quarante-neuf hommes s’embarquérent fur le Thomas, & prirent
la route de Sokotora, pour y acheter de T'Aloës; & delà ils devoiént aller
charger, du poivre à Priaman & à Tekou, dans l'Ifle de Sumatra.] T'ous les
jours fuivans furent employés aux échanges des marchandifes Indiennes, juf-
qu'au 31, que le Meffager du Bacha de Zenan, le Scha Bandar des Banians
e Mocka, & le Capitaine Maami arrivèrent dans la Rade, pour terminer
jes différends de Sir Henri avec les Turcs. Il eft inutile de répéter ici les
per rt de cet accommodement, qu'on peut lire dans les Relations pré-
cédentes.
XP [Le 23 de Juin, l'Incréafe quitta la Rade d'Affab pour fe rendre devant
Mocka; & la nuit fuivante , le Clove prit le même chemin. Les Anglois qui
montoient ces deux Vaiffeaux virent des Feux de joye, qu'on faifoit à Moc-
ka; & ils les regardèrent comme une bravade des Turcs qui cherchoient à
les infulter.
Le 26, Saris envoya fon Efquif à terre avec des Lettres pour l’Aga, le
Scha Bandar & le Capitaine Maami. 11 leur demandoit ce qu'ils pourroient
lui donner en argent, pour liquider les comptes qu’ils avoient avec les Vaif-
feaux Indiens. Le 29, il reçut une Réponfe du Gouverneur , remplie de
compiimens, mais où il n’étoit prefque pas parlé de l'affaire dont il étoit
queftion. Le 30, on retourna à la Rade d’Afiab. Le 5 de Juillet, Mir Mah-
mud Tûki, Capitaine du Rhemi, Vaiffeau qui étoit au moins de douze cens
tonneaux, vint à bord du Clove, füuivi de fes principaux Marchands: ils y
furent tous bien régalés. Le 11, l’Incréafe & le Pepper-Corn firent voile
pour Mocka, avec fept des Vaifleaux Indiens. Le 12, ils jettèrent l'ancre
devant la Ville. Le 15, le Clove &le Pepper-Corn s’avancèrent près d’un
Jonck, qui leur avoit paru s'approcher trop du rivage ; ils le virent envi-
ronné de Jelbes qui travailloient à le décharger. Ilsles écartèrent bientôt
par quelques coups de canon , qu’on ne leur rendit point ni de la Ville, ni
du Château, quoique la chofe eût pû fe faire.
Le 7 d’Août, on eut avis de l’arrivée du grand Vaifleau de Suez, & de
celle de quatre grandes Galères à Bogo, Ville fur la Côte d’Abyffinie ; & d’où un
Vaifleau peut fe rendre en un demi jour à Mocka. Le Gouverneur de cet-
te dernière Place écrivit ce même jour à Saris, pour lui dire que les Turcs
célébroient une fête, dans laquelle ils avoient coûtume de tirer le canon.
Il lui donnoit cet avis, pour qu’il ne regardât pas cette marque de réjouif-
fance, comme une bravade par laquelle on cherchoit à l'infulter; & qu'il ne
penfât pas à s’en venger. Sur le midi, on fit effeétivement une décharge de
dix-fept piéces de canon du Château & de quelques autres qui étoient ail-
leurs. Cela apprit aux Anglois qu’on les avoit mal inftruit, lorfqu'on leur
avoit dit qu’il n'y avoit dans la Place que deux piéces de Canon en état de
fervir.
LE.8, l'Heétor fit voile pour Priaman &pour Tékou. .Il étoit monté de
quatre-vingt huit hommes, qui fe portoient tous bien. Ce jour-là , les Capi-
taines des Joncs Indiens demandèrent à Saris des Paffeports , qui les mif-
fent à couvert de ce qu’ils avoient à craindre de la part des Vaiffleaux An-
glois qu’ils pourroient rencontrer: la chofe leur fut accordée.
Le 10, on régla les comptes avec trois de ces Joncs; quiétoient le Haf-
fani, le Kaderi, & le Mahmudi. Le lendemain, on en fit autant avec le
Yy2 Rhemi
Sants,
1612.
Accommode.
ment des An-
glois avec les
l'urcs,
356 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Sanis Rhemi& le Salameti. Toute la cargaifon dont on fe fournit dans cet en-
1612. droit, ne monta qu ‘a 46174 piéces de huit.
Pour qu'on puifle fe former une idée du commerce qu'on y fit, nous
joindrons ici les deux Quittances fuivantes (a). :
Quittances 4 Ja Rade de Mocka, dans la Mer Rouge, le 10 d'Août 1612. Moi Mohammed
chands In. Hashen Komal Adin Ashen, Capitaine du Haffani de Surate , ai vendu ou échan.
diens,
gé au Capitaine Jean Saris, Général dans le huitième Voyage aux Indes Orien.
tales, pour la fomme de fept mille quatre cens 14 Kéaux ,; en marchandifes dont
voici le détail.
Reaux,
Indigo de deux fortes; 86 bales, montant avec profit à
Etoffes de Cambaye; 316 Gorjes, 7 piéces & EL à
Trois Tapis évalués à . . , ' 0 + + 0.
Deux Matelas de Kottonia à 8o Reaux le Gori. . . . . . . . 8.
Ris, Beurre, Gingembre & Sucre, pour la valeur de
Dix-huit Verges d'étoffe large, . ,. .:. . , « . + + + + . 96,
Quatre bales de Gomme-lacque. 4, dre
———.
Somme totale. 7400!!.
meet
En payement de ces Marchandifes j'ai reçu,
28 & 1 Piéces d’étoffe large, montant à . . . . . . . . 45744
10 Piéces de Crefeau. , 5014
30 Bahars de Plomb . . . , , 720.
20 Bahars de Fer 480.
4 & : Bahars d’Etain es 6794.
15 Fufils de chafle. . . . . . 445.
Somme totale. 74ocii,
En fui dequoi j'ai appofé ici ma main € mon Cachet, au jour € année fujiits.
AUTRE QUITTANCE.
A la Rade de Mocka dans la Mer Rouge, ce 10 d’Août 1612. Moi Narkada Ha/-
Jan, Capitaine du grand Vaileau, nommé le Kawdrie de Din, ai vendu EŸ é-
changé, au Capitaine Jean Saris, Général dans le huitième Voyage aux In-
des Orientales, pour la fomme de deux mille neuf cens quarante fept ES ?, Réaux
de huit, en marchandi[es dont voici le détail. :
1994 %%*
Indigo de deux fortes, 31 bales, montant avec profit à .
Spicnard,
ŒT (a )*Ces Piéces femblent avoir été ajoûtées par Purchaff.
leurs G
‘le vent é
lumière
Spicr
Etotf
En f
Les
ce que
négocic
chaque
bre à S
Voyage
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arrèté 1
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Il difoit
tugais |
marchan
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pied il ei
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retour.
Le 8,
nuit, on
abfolume
[ Che
nous
mined
échan-
Orien-
s dont
Reaux,
463%
36.
20.
Réaus
994%:
icnard »
FF
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cunar. V. 357
‘Spichard, 1 bale. Turbith. I bale Canelle. 5 bales . . , . G4i.
Etoffes de Cambaye, 137 Gorjes, & crois piéces. . . ... . 11884.
o Somme totale. 2947r£.
cmt mms
En payement j'ai reçu les Marchandifes fuivantes.
6 Piéces d'Etoffes larges . . . , 89%
10 Piéces de Crefeau . . . , . . . . . : . + 4775
31 & } Bahars de Plomb . . . . . . . . . . . . ,. 7601.
20 Bahars de Fer ,: ,: : + , : + « « 4 + + + + 940,
1 Bahar @& 4 d'Etain . . . … . . . .
+ + + + + 226%
14 Funls de challe : , «4 + 0 : o 4 + «+ + ‘gp :
En argent pour folde de compte. ,. . . . . . . . 1
0 . . 2}°
Somme totale. 2947,
En foi de quoi j'ai appoé ici mæ main E mon Cachet, au jour Ë? année Jufdits.
Les Anglois vendirent peu de leurs Marchandifes au Port de Mocka, par-
ce que les Naturels du Pays font pauvres, & que les Turcs ne vouloient pas
négocier avec eux.] |
x Enxrii les deux Flottes Angloifes [firent voile de Mocka le 13, &] re-
pañlèrent les Détroits, auñi fatisfaites de leur butin que de leur vengeance,
chaque Vaiileau prit une courte différente, fuivant les vûes & les ordres de
kéleurs Généraux, pour fe raflembler à Bantam. [Saris arriva le 3 de Septem-
bre à Sokotora dans la Rade de Delischa ; après avoir été retardé dans fon
Voyage par un Courant qui portoit à l'Oueit & au Nord-Ouett. Il apprit
là que le Thomas, qui y avoit été trois mois auparavant , n2 s'y étoit pas
ee long-tems, parce qu'il n'avoit pas pû s'accorder pour le prix de l'A
oës.
LE 4,les Marchands defcendirent à terre, où ils furent fort bien reçus;
mais fans pouvoir non plus convenir du prix de l’Aloës. Le Roi ne vouloit
pas le donner à moins de quarante piéces de huit, le quintal de 140 livres.
I! difoit qu’il n’en avoit plus qu'une petite provifion, pour laquelle les Por-
tugais le follicitoient déja depuis longtems. Saris ennuyé de perdre le tems à
marchander, convint qu'on payeroit une certaine quantité d’Aloës à raifon
de trente Réaux le quintal, & une autre à raifon de trente-huit; & fur ce
pied il en acheta 4067 livres. Il ne fut pas content du. Roi, qui chercha à
le tromper en diverfes occalions; cependant il ne lui entémoigna rien, pour
ne pas nuire par-là au commerce qu'il pourroit faire dans ce même lieu à fon
retour.
‘le vent étant à l’Oueft-Sud-Oueft, on porta Eft quart au Sud. Environ mi-
nuit, on vit un fpeétacle qui intimida tout l'Equipage, pour lequel il étoit
abfolument nouveau. La Mer parut toute en i'eu, & répandoit unefi grande
lumière autour du Vaiffeau, qu'on pouvait lire aifément. On craignoit de
Yy3 bord.
Sants.
1612.
Saris fe rend
à Sokotora,
en jeu,
LE 8, on fit voile pour Bantam. Le 22, à 8 degrés 12 minutes de latitude La Mer paroït
SAR1S,
1612,
358 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
bord de tomber dans quelque danger ; mais la crainte fe difMipa à mefure qu'on:
avançoit, & l'on découvrit que l’on dévoit chercher la caufe de ce Phéno.
mène dans cette efpèce de Poiffons qu'on nomme Séches, Le 27 au matin, on
vit l'Ifle de Ceylan, & le 29 on fe trouva à®141 lieuës du Cap Comorin, qui
ortoit Eft quart au Sud. Les Terres étoient hautes, & paroifluient dou-
Êles du côté du Nord, Ce Cap eft mal-placé dans les Cartes qui le mettent
à 6 degrés 10 minutes; fa véritable latitude eft de 7 degrés 42 minutes au
Nord. On jetta la fonde dans cet endroit; mais fans pouvoir trouver de fond
nt bralles. Saris continuant fa route, ne vit aucune des Ifles qui font mar.
” quées dans les Cartes; il ne découvrit pas même une feule des Ifles Maldives
qu'on dit être en fi grand nombre.
Le 15 d'Oétobre, à 4 degrés, 49 minutes Sud, on fe trouva à la vûe de
Sumatra, dont la partie Orientale s'étend Eft-Nord-Eft. On fut éloigné de la
Côte par un violent Courant qui portoit au Sud. Lorfque ceux qui font voi.
le vers le Détroit de la Sonde, font parvenus à un degré 30 minutes de latitu-
de Sud, où commencent les Courans, ils doivent fuivre la Côte deSumatra,
en s’en tenant éloignés de 30 lieuës: & il faut qu'ils foyent toûjours fur leurs
gardes pour ne pas donner dans des bas-fonds que les Courans empêchent de
voir. ] fe 24, Sarisarriva au Port de Bantam. Il y revit les autres Bâtimens,
qui n'avoient pas fait moins heureufement leur courfe. [L'arrivée de tous ces fé
Vaifleaux augmenta confidérablement le prix des marchandifes. La valeur,
ar éxemple, d’un Pikul de Cloux de giroile, étoit montée de feize Réaux de
Di ,à quarante, & même au deflus.
LE 26, Saris fe rendit à la Cour, accompagné de plufieurs marchands, &
fit au Gouverneur, nommé Pangranlhamarra, divers préfens qui furent bien
reçus. Ce Pangran, ou Seigneur, avoit toute l'autorité entre les mains, &
il étoit comme le Tuteur du Roi, qui étoit cependant affez âgé pour pou-
voir s’en paffer. On lui demanda la permiffion de décharger les marchandi-
fes; il l’accorda, à condition que les Officiers de la Douäne feroient in-
ftruits de tout ce qu’on tranfporteroit à terre, pour ne rien perdre de leurs
Droits.
LE 28] une Lettre de William Adams, où les richeffes du Japon & la fa-
cilité du commerce dans cette grande Ifle, étoient repréfentées avec beau-
coup d'avantage, fit prendre à Saris la réfolution d'entreprendre un fi long
Voyage. [Ilvoyoit qu’il n’y avoit rien à faire, en prenant un autre parti.fé
Les Hollandois étoient ele les feuls maîtres des Molucques & de Banda;
l'Air de Bantam étoit fort mal-fain, & produifoit de très mauvais effets par-
mi les Anglois, qui fe ménageoient peu. Saris donc réfolut que l’Hector
retourneroit promtement en Angleterre, & qu'on acheteroit quatorze mille
facs de poivre, pour faire fa charge & celle du Thomas; & dans la crain-
te que la nouvelle de l’arrivée des Vaifleaux qu'onattendoit, ne fit haufler
encore le prix de cette marchandife; on en acheta d’abord deux mille facs,
a 127: Réaux de huit; mille facs, à 122 Réaux; & rrui: nille, a 150 pour
les cent facs.
LE 15 de Novembre, 8o Anglois fous les armes, pañlérent en revûe, de-
vant la Cour ; & cela à la requête du Gouverneur, qui célébroit ce jour-là
la fin du Carême des Mahométans. Il avoit demandé la même chofe aux Hol-
landois , qui la lui avoient refufée. L
LE
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APRÈS
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PHILIPPINES +2: à
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JV. Schley dre.
KAART van de FILIPPYNSE, CHHRRES en RUN MSERARNE
|
katra.
APrRèÈs s'être mis au large le lendemain, fur quatorze braffes, on reprit
à l'Eft-Nord-Eit, & le 23 au matin ,on eut la vûe des Ifles de Cherribon , à
montagnes
| (b) La 5°, Seition de ce Chapitre commence ici dans l’Original R, d, E.
50
EN.
snriréttis
| °6 degrés 10 minutes de latitude du Sud. [ Le 24 au matin, on découvrit trois
F2
INDES ORIENTALES, Liv, IV. Crar, V. 359
Le 17,Saris fit encore marché pour quatre mille facs de Poivre, à 16
Réaux pour chaque dixaine de facs, mais avec un rabais de 3 pour 100, Le
18, on vit arriver onze grands Vailleaux Hollandois, & le Thomas, qui re-
venoit de Priaman d'où il ne rapportoit que 312 Bahars de poivre, & 20
Taels d'or. Le 22, les Hollandois armés très proprement vinrent en bon or-
Sarts,
1612,
dre devant le Palais, où ils firent crois décharges de leur moufqueterie, A-
prés quoi le Gouverneur leur fit dire que le Roï les remercioit, & qu'ils pou-
voient s'en retourner chez eux avec leurs chapeaux de fer; c'eft le nom que
les Javans donnoient à leurs cafques. Le 28 , trois Vaiffeaux Hollandois firent
voile pour l'Europe, & cinq pour Banda & les Molucques, Le 4 Decembre,
il en arriva un de Coromentel Le 11, l'Heétor fe rendit à Morough, Place
fort commode pour s’y rafraîchir; & y attendit le Thomas. Le 28, un des
principaux Marchands Chinois régala à dîner les Officiers Anglois, & leur
donna le plaifir d'une Comédie, jouée par des Aéteurs Chinois, & qui réuf-
fit fort bien. Le 12 de Janvier, le Thomas, monté de trente fix Anglois &
trois Indiens , fic voile pour l’Angleterre.] Saris s'étant parfaitement radou-
bé, païtit le r4 dans le Clove, pour aller faire l'effai d'un commerce qui n'é-
toit point encure connu des Anglois.
(b) Il avoit pris, avec ce qui luireftoit de marchandifes d'Angleterre, fept
cens facs de poivre à Bantam. Son Equipage n'étoit compofé que de vingt-
quatre Anglois, un Efpagnol, un pese & cinq Indiens. Le matin du
jour fuivant, il porta ft quart au Sud & Eft-Sud-Eit, en laiflant à droite
Pulo-Lack, & dix ou onze petites [fles à gauche, Mais en s’avançant entre
deux autres lfles, qui font à l'Eft de Pulo-Lack, il donna malheureufement
fur une Bañle, où il demeura plus de trois heures dans un étrange embarras ;
& lorfqu'il s'en fut dégagé avec le fecours d'un vent fort impétueux , il s'ap-
perçut d’une voye d'eau fi terrible, que toutes les mains du Bâtiment fui
rent à peine pour en arrêter les progrès. Cependant l'habileté du Charpen-
ticr répara le défordre. Une trifte expérience apprit à Saris, que pour éviter
cer écueil, il faut fuivre l'Ifle aulli pres qu'il cft poltible.
Le 16, il mouilla contre le rivage, fur cinq brailes près d’un lieu nom-
mé Tingo-Fava, où l’eau eft excellente, à quatorze lieuës de Bantam, &
trois & demi à l'Oueft de Jackatra, Il envoya de-là quelques préfens au Roi
de Jackatra & à fon Scha Bandar, en leur faifant demander la permilfion
d'acheter ce qui lui étoit néceffaire, Cette politefle fur fi bien reçue, que
le lendemain il vit arriver un des principaux Officiers de cette Cour, avec
des remercimens & des préfens de la part du Prince. Il ufa, pour fes be-
foins, de la liberté de defcendre qui lui fut accordée; & le 21, il remit à
la voile, en portant Eft-Nord-Eft, près de la plus Orientale des deux Ifles
qui font vis-à-vis Tingo-Java. Bientôt il trouva un Courant fi impétueux,
qu'il fut obiigé de mouiller vers le foir, trois pecites lieuës à l'EIE de Jac-
1613.
Il entreprend
le voyage du
Japon,
Civilités qu'il
fait & qu'il re.
çoit à jakatra,
Iles de Cher.
ribon,
Sans,
1613:
Ifle Célbes
& fon Deuoit,
Ife de Tin-
gabaffe,
Deux Euro-
pcens au fervi-
ce du Roi de
Button,
no VOYAGES DES ANGLOIS AUX
montagnes pointues & l'on eut la pointe de Java au Sud-Eft quart au Sud,
l'on avança 28 licuës à l'Eft, fur vingt brafles d'eau, ] Le 26, à la pointe du
jour , on eut,la vûe de Pulo-Labuk, éloignée d'environ huit lieuts, On por-
ta El quart au Sud fur trente-cinq brafles, & vers cinq heures après-midi,
ce) on découvrit le Continent, qui fe préfentoie Sud-Eft & Sudi-Fift quart au
Sud,
& à l'Eft quart au Nord, ] Le 27, à 6 degrés 4 minutes du Sud, on ap
pes une Ile au Nord-Nord-Eit, [ & on fic 28 lieuës à l'EFE tirant au x
ord,
Le A , la latitude fe trouva de 5 degrés 57 minutes, & l'on fe crut par
les calculs, à deux cens vingt-quatre lieuës de Bantam. Vers crois heures
après-midi , on vit à cinq ou fix lieuës une Ifle baffe & plate, qui parut cou-
verte d'arbres,
on tourna au Nord quart à l'ESE moitié Nord, & l'on eut la vüe de deux
autres Ifles balles , dont l'une évoit à l'E & l'autre à l'Oueft ; versfix heu.
res du foir l'on eut au Nord moitié à l'EL l'Ifle couverte d'arbres, Ces trois
derniers jours, on eut toûjours la fonde à la main: mais on trouva par-tout
afez de profondeur, ] Le 31 au matin, on reconnut l'Ifle Célèbes , dont la
pointe Occidentale s'éleve comme une Ifle féparce. [A midi, on fut à 5 degrés tp
50 minutes Su‘. Après qu'on eut avancé 16 lieuës à l'A cirant au Nord,
l'on trouva un Courant qui portoit au Nord-Oueft. ] Le fo, on ferra les voi-
les pour s'approcher des Détroits de Defolam , que les Fabitans du Pays
nomment Solar; pendant toute la nuit on eut la fonde à la main , dans la
crainte d'une Bafñle qui n'eft qu'à deux tiers de lieuë de Célèbes, & fur la-
uelle on voit battre l'eau dans la baffe marée. ‘Tout le côté de Célèbes eft
fort dangereux, par la mulitude de Balles ou de terres abimces qu'on yren-
contre; mais quoique le plus für foit de fe jecter du côté de Defolam , on
eut fans crainte fuivre le Nord entre les deux Ifles, elles font éloignées
Fune de l'autre de cinq petites lieuës, qui fcnt la largeur du Détroit.
Le 2 de Février, à 5 degrés 52 minutes, lorfqu'on ne voyoit plus que la
partie Méridionale de Defolam éloignée d'environ dix lieuës, on porta li-
brement à l'EI quart au Nord, Le 3, au matin, on vit la pointe Sud de
l'Ifle Cambine, à neuf lieuës; & le lendemain après-midi, une Terre qu'on
prit pour l'Ifle Button ou Botun. Le 5, étant à trois ou quatre lieuës de
Cambine, on trouva que le Courant portoit au Nord, [ mais à la faveur de
l'Ifle même, on s'en dégagea facilement.] [Le 7 à la pointe du jour, l'on euty#
au Nord quart à l'Eft, la pointe Nord de certe Ile; & au Sud-Eft , une petite
terre haute, qui eft à 6 ou 7 lieuës de Button. ] Le 8 au matin, on apper-
çut une autre Îfle, nommée ZingabafJe. Le 9, on rencontra deux Batimens
Indiens, qui portent le nom de ÆAurrekures où Caricoles, L'Efquif, qui leur
fut envoyé, amena aufli-tôt deux hommes, qui fe firent connoître, l’un pour
un Anglois, nommé #elden, de l'Equipage du Vaiffeau Anglois l’Expédition,
& l'autre pour un Flamand. Welden s'étant arrêté dans l'Ifle de MT
aifoit
(c) L'Original dit qu'on découvritle Con- tre heures de l'après-midi , on fut à 9 lieuës
tinent vers neuf heures ; c'eft-à-dire vrai-fem- de Pulo Labuk , qui portoit Oueft quart au
blablement vers neuf heures du matin, car . Nord, KR. d. E.
immédiatement après il ajoûte , que, vers qua-
La latitude fut de 6 degrés 12 minutes, & l'on fit 22 lieuës à l'E , jf
On continua de porter Eft quart au Sud; [ à quatre heures ,1#
& [Le
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Button ,
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les deux Caricoles,
K? Détroits n'ont pas plus d'une lieuë de largeur,
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar, V. 46!
fuifoit le commerce du Roi aux Ifles de Banda, & commandoit aétuellement
[11 fe loul beaucoup de fa fituation & de fs efpérancus
de fortune. Son deflein, après s'écre enrichi, étoit de retourne: en Europe
fur le premier Vaifleau Anglois qui relächeroit à Button, Le Flamand, moins
heureux que lui, ne fe foütenoic à cette Cour que pur fa proteétion, Il y
droit venu de Makaflar, où s'étant attiré la haine d'un puiffant l'aéteur
Hollandois, il avoit mieux aimé fe retirer dans une Ifle peu fréquentée des
Européens, que de demeurer expofé aux perfécutions de En Ennemi, ]
ON étroit à 5 degrés 20 minutes du Sud. Saris raconte que voyant en-
core la pointe Orientale de Button , il remarqua que cette verre s'affaiffe cout-
d'un-coup & s'ouvre au Nord-Ouelt par deux ou trois grandes Bayes, qui
avec trois Ifles qu'elles ont au Nord, forment les Détroits de Button, Ces
: Leur entrée eft au côté Nord
de Button en venant du côté Oueft, quand on ft vis-à-vis de la pointe Nord-
Oueft de cette Ifle, il faut tirer à l'Eft-Nord-Eft & à l'Eft quart au Nord; &
lorfqu'on eft parvenu à l'extrémité Oueft on trouve deux longues Ifles qu'il
faut laifler à droite. Le 11, on fut à 4 degrés 8 minutes Sud ; & l'on fit 24 licuës
au Nord-Nord-Eft, ]
Le 13 au matin, à 3 degrés 41 minutes, on vit l'Ifle de Burro, qui eft
une haute terre, [ mais peu habitée, parce que le fond en eft extrémement
fabloneux & que l'eau y eft fort rare, ] Elle a au Sud-Oueft une autre Ifle
nommée Sula (d), qui en eft à 14 lieuës.
K& [Le 17, la partie feptentrionale de Button portant à l'Eft quart au Sud,
on découvrit du haut du grand mât trois Ifles au Nord-Eft quart au Nord.
Le 18 au matin, on fut à trois lieuës de la plus Orientale de ces Ifles, qui fe
irouva être celle de Sula. Le 20, à la latitude d'un degré 30 minutes du
Sud, on fic fept lieuës au Nord-Eft. ] Le 21 au matin, on étoit à quatre ou
cinq lieuës de Boa de Bachian, que les Mariniers nomment Haleboling, Ife
fort haute, & ronde dans fa forme, La latitude eft d'un degré 16 minutes
du Nord. Sept lieuës plus loin au Nord quart à l'Eft, on apperçut le 22,
de la 55°. minute de latitude , l'Ifle de Bachian, La variation, au foir,
étoic de 4 degrés 12 minutes.
Le lendemain, étant à trois lieuës de la pointe Oueft de Bachian , Saris
découvrit trois ou quatre autres Ifles à l'Eft, qu'on ne peut diftinguer aifé-
ment fi l’on n'en n'eft fort près. Elles font face à l'Eft-Sud-Eft ; mais laterre
s'ouvre à la pointe du Sud, qui eft éloignée d'environ quatre lieuës de la poin-
te de l'Oueft. Enfüite il fe préfente au Nord-Eft une grande Baye, qui et en-
vironnée de tous côtés par la terre, & quia par-tout beaucoup de profondeur.
L'fle de Bachian eft abondante en girofle. Mais Saris la trouva ruinée par
les guerres civiles, que les artifices des Flamands & des Efpagnols y entrete-
noient, dans la vûe d'affoiblir une Nation qu'ils vouloient réduire à l'efclava-
ge. Le 24, à deux mille de la pointe, Saris envoya fa Chaloupe au rivage,
pour chercher de l’eau. On n’en trouva point, & le befoin preffant qu'il en a-
voit, lui fit prendre le parti d'entrer dans la Baye, où il découvrit tout-d’un-
coup
(d) Angl. La partie Occidentale de Burro
eft fituée Sud moitié à l'Oucit, & Nord moi-
IT. Part. Zz
tié à l'Eft, à 14 lieuës de Sula, R. d, E.
Sani
1013;
Détroits de
Button,
Ifle de Burro
& de Sulu.
Situation de
l'Ifle de Ba-
chian,
Sante
1614.
Vort & Ville
des Hollan
doi $,
Sorls eft blen
recu d'eux,
Etat de leurs
forces, Fem-
mes guerrig-
[TR
Saris fatc fon-
der la Baye.
Propofition
qu'on lui fait
pour l'Ifle de
Machian,
gs VOYAGES DES ANGLOIS AUX
coup la Ville (: & le Fort des Hollandois, Le Port eft bâti régulièrement,
Il commande la Ville, qui paroît fort petite, Les Anglois jettèrent l'ancre à
la portée du canon de la terre, La Rade fe nomme #majan,
L étoit venu à bord, en entrant dans la Baye, un Ollicier du Roi, qui
offrit aux Anglois, de la part de fon Maîcre , coutes les proluétions du Pays.
Les Hollandois de leur côté, faluérent le Vaifleau de cinq coups de canon ,
qu'on leur rendit dans le même nombre ; x Saris dit à l'Officier Indien que
cette décharge fe faifoie à l'honneur du Roi, L'Amiral & plulieurs autres No-
bles de l'Ifle vinrent aufli vificer les Anglois au nom de ce Prince, Ils avoué.
rent que la crainte des Hollandois les tenoit dans un affujeciflemenc fi con-
tinuel, qu'à peine ofoient - ils faire fortir de l'Ifle un kau de girofle. Saris
leur ayant néanmoins déclaré qu'il venoit dans l'elpérance de lier commerce
avec eux & de laiffer même un Comptoir dans leur Ifle, ils répondirent qu'ils
ne defiroient rien avec tant d'ardeur, mais qu'ils doutoient s'ils auroient le
pouvoir de le fatisfaire, & qu'ils en parleroignt au Roi leur Maître,
Le Commandant du Force Hollanjois ne s'emprefla pus moins de rendre
vifite à Saris fur fon bord, Il lui parla, fans défiance, de l'écat préfenc de fes
forces , qui n'étoient pas capables d'infpirer aux Habitans touce la terreur dont
ils étoient remplis; mais les Flottes Hollandonrles, qui étoient venues fuccef.
fivement dans l'Ifle, y avoient laifé cette impreifion. Il n'y avoit dans le l'ort
que treize piéces d'artillerie fort médiocres, & crente Soldats, dont la plû-
art étoient mariés à des femmes du Pays, & quelques-uns à des Hollan-
oifes. À la vérité ces femmes de Hollande, qui étoient au nombre d'on-
ze, faifoient le fervice militaire comme leurs maris, & n'auroient pas ba-
lancé dans l'occafon à combattre les armes à la main. Elles étoient d'une
taille & d'une force extraordinaires, mais d'une phylionomie d'ailleurs auf:
fi bafle que leurs manières, Elles ne tardèrent point à fuivre leur Comman-
dant fur le Vaifleau ; & fe plaignant beaucoup de leur mifère, elles com-
mencèrent bientôt à vivre dans la dernière familiarité avec tous les Matelots
de l'Equipage.
Le 3 de Mars, Saris envoya ‘Efquif pour fonder tout le côté Oriental de
la Baye; & vers l'entrée, près d'une petite Ifle , on crouva un lieu com-
mode pour y jetter l'ancre fur douze, feize & vingt brafles d'un fond de co-
rail, hors de la portée du canon Hoilandois. On obferva aufli une Bañke,
au Sud, de deux ou trois cables de longueur. La latitude de la Baye eft
de cinquante minutes du Sud. Le lendemain, Saris reçut un préfent du Roi
[de T'ernate,] par les mains d'un Prètre Indien.
après le départ du Prêtre, avec des effais de cloux de giroñe , offrit aux
Anglois de leur en vendre une quantité confidérable, s'ils vouloient fe ren-
dre à Machian. Il étoit chargé de cette commiilion par un Négociant fort
riche de cette Ifle, qui fe trouvoit alors dans celle de Bachian. Saris ouvrit
l'oreille en apprenant que celui de la part duquel il recevoic ces offres , étoit
Frère du Roi de Ternate. Il fe nommoit Ray Malladaja,
CET honnête & noble Indien vint lui-même à bord le lendemain, & pro-
mit à Saris, non-feulement de lui donner deux de fes gens pour lui Ari
de
Ce) PurchalT l'appelle toñjours Bachan,
Xÿ° main [à
fe trouv.
Un More, qui vint à bordyÿ
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Le 16
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de
Kfrapparence d'eau fraîche.
nt à bordy$
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cnar, V, 363
de Pilotes jufqu'h [un endroie, nommé Tahanni, dans l'Ifle de] Machian,
mais de l'accompagner dans ce éd Cependant il le pria de partir a-
vant lui, pour l'attendre dans une ile qui fe crouvoit fur la route, ds
ta de bonne-foi que les Hollandois ne payoient que cinquante piéces de huit
pour le bahar, mais que les Anglois en payeroient foixante, Saris ne fut pas
rebuté du prix , & crouvunt au contraire un motif de confiance dans cette
déclaration, il promit de payer ce qu'en lui demandoit.
a IL fortit le 7 de la Rade d'Amafau, en portant Oueft & Oueft quart
au Nord, fous la direétion de fes deux nouveaux Pilotes, Le 10 ,on décou-
vrie Machian, qui eft une Ifle fort élevée au Nord-Eit de Tidor, On en
trouve plufieurs entre celles de Bachian & de Machian, ce qui forme diffé-
rens Détroits, Celui de Namurat, qui fe préfente le premier , eft à neuf licuës
de la Rade d'Amafan., UnCourant, qui alloit au Sud, força les Anglois de
mouiller le foir cinq lieuës au-delà de Namurat , à l'entrée d'un autre Dé-
troic. Le jour fuivant, quoique le vent fût au Sud-Sud-Eit , on pañla heu-
reufement fur 29 & 30 brafles. Enfuite, portant à l'Oueit, on eut la vûe
de Geylolo, qui eft une longue terre, couverte de plufieurs Ifles à l'Eft &
à l'Eft-Sud-Eft. L'Ifle qui forme le Détroit, de ce côté-là, fe nomme Ta-
à quelque diftance de la pointe qu'elle forme, on voit un Rocqu'on prendroit
de loin pour une voile.] On jetta l'ancre trois lieuës au-delà, fort près d'u-
ne autre Ifle nommée fimplement Tavalli, où Ray Malladaja s'étoit enga-
gé à rejoindre les Anglois. On y trouva du bois en abondance, mais nulle
[On s'y pourvut de Rottins, qui font très bons
pour faire des Cercles de tonneau, & qu'on peut avoir-là fort pa
ON attendit es jufqu'au 14 , avec affez d'étonnement de fa Jen-
teur, Mais par le confeil de fes pro res Pilotes, qui attribuërent fon retar-
dement à quelques foupçons des Hollandois , Suris fe décermina le lende-
ÿ$® main [à quitter Lattetatte, qui eft l'endroit ou l’on avoit jetté l'ancre, &
à continuer fa courfe vers Machian, dont on étoit encore à dix lieuës.
Kfe trouve dans cet efpace un grand nombre d'Ifles, [telles que l'Ifle de Gro-
chic, à 4 lieuës de l'extrémité Nord de Tadalli; & celles de a ma À
mais le fond ef fort libre entre Bachian & Geylolo , c'eft-à-dire au Sud-E
& au Nord-Oueft, On compte fix lieuës de largeur dans la plus étroite par-
tie du Canal, qui eft entre Bachian, Machian , Tidor & ‘T'ernate, Sa fi-
tuation eft Nord quart à l'Oueft & Sud quart à l'Eft.
Le 15 au matin, on pañla entre Batta-China (g) fur la Côte de Geylolo
& Käja, un peu @roublés par le Courant qui alloit au Sud. Sa latitude étoit
de 17 minutes, & la variation de 4 degrés 58 minutes Nord-Eft. L'Ifle de
Machian n'eft pas bien placée dans les Cartes ; elle y eft coupée par la
Ligne Equinoxiale, quoique dans la vérité, elle foit cinq lieuës plus au Nord.
Le 16 au matin, affez près de l'Ifle de Kaja, on vit du ni r du Nord,
un Vaifleau qui avançoit à pleines voiles, & qu'on reconnut pour un Hol-
landois qui alloit de Machian à Tidor, chargé de fago, qui eft une racine
Santa,
1613:
Sarls part de
a laye d'A
malan,
Détrolts.
Diverfes Iles
Hvalli-Bachian; [à l'Oueft on en découvre une autre , appellée Tamata , & 4% leur fitua-
tlon,
Batta-China,
Geylolo,Kaja.
Racine de
dont les Infulaires font leur pain. On pañla le 17, près d’un Fort Hollan- Sago
dois,
© (g) C'eft-là proprement le nom de la
, Partie Orientale de Gilolo.
La 2
(f) La fixième Scâion de ce Chapitre,
commence ici dans l’Original, KR, d, E
Gants.
1013.
Commence-
ment de com-
merce,
Oppoñitions
des Hollan-
dois & leurs
menaces,
Arrivée du
jeune Prince
de Ternate,
364 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
dois, nommé Tabolola, & l'on mouilla l'après-midi dans la Rade de da
proche de T'abanne (h), fur cinquante brafles, à la portée de la voix du
rivage, Cette Rade de Machian n'eft qu'à cinq lieuës de l'Ifle de Kaja ,
En on conçoit que c'étoit toûjours l'efpérance de voir arriver Kay Malla-
aja qui avoit rendu la navigation fi qi Quelques Infülaires spportérent
la nuit fuivante une petite quantité de giroïle à bord, & le prix fut fixé à
foixante piéces ou réaux de huit pour chaque bahar de deux cens katis, cha.
que kati étant de trois livres, qui ne revenoient guères à moins de cinq li-
vres Angloifes. Saris reçuc le lendemain une Lettre de Malladaja, que cet
Indien lui écrivoit de Bachian, pour excufer un retardement qu'il n'avoit pas
été libre d'éviter, & dont il efpéroit de voir bientôt la fin; mais il ajoûtoit
qu'ayant envoyé des ordres à fes gens, Saris pouvoit commencer le commer.
ce avec eux.
IL vint à bord un Saniaka, qui fit de grandes promeffes aux Anglois,
Mais il étoit accompagné de deux Hollandois , dont la curiofité parut fort
vive pour fçavoir qui avoit découvert cette Rade à Saris. Ils prétendirent
que ce ne pouvoit être qu’un Habitant du Pays, & que s'ils parvenoient à
le connoître , ils le couperoient en piéces aux yeux des Anglois. Ils ajoûté-
rent que Saris offenfoit la Hollande, en s'attribuant le droit de venir dans
un lieu que les Hollandois avoient conquis à la pointe de l'épée. Mais il les
renvoya dans leur l'ort, pour dire à leurs Commandans que s ils avoient be.
foin de quelque chofe , que les Anglois puffent fe retrancher, il les en accom-
moderoit volontiers à des prix raifonnables , & préférablement aux Indiens,
parce qu'il les reconnoifloit pour fes voifins & pour fes Frères dans la mé.
me Religion ; que d'ailleurs il ne voyoit Le quel droit ils avoient plus que
les Anglois fur un Pays qui étoit ouvert à tous les Négocians du Monde,
Ils partirent fort mécontens; & leur chagrin fe tournant vers quelques Indiens
qui étoient à bord, ils ne les menacérent de rien moins que la mort s'ils por-
toient la moindre quantité de girofle aux Anglois. Mais cette menace les
effraya fi peu, qu'ils en apportérent le même jour trois cens katis, qu'ils
échangèrent pour des étoffes de Cambaye, & quelque partie pour de l'ar-
gent comptant.
Le 19, les deux Hollandois revinrent à bord, & commencèrent à pren-
dre fur leurs tablettes les noms des Infülaires qu’ils y trouvèrent occupés du
commerce, Saris choqué de cette audace, les congédia fans ménagement,
avec défenfe de retourner fur le Vaifleau. Il envoya dès le même jour auri-
vage quelques-uns de fes gens, pour éprouver quel accueil ils yrecevroient
du Peuple. Ils allèrent hardiment jufqu’aux Villes de Tabanne &de Pelabry,
où ils furent traités avec beaucoup d’affeétion. Les Habitans leur dirent que
Ray Chilli Sadang, Fils du Roi de Ternate, arrivé nouvellement dans l'Ile,
s'étoit laiffé gagner par les artifices des Hollandois, jufqu'à déferdre fous pei-
ne de mort le commerce du girofle avec les Anglois; fans quoi tous les In-
fulaires fe feroient empreflés à leur en offrir. Vers le foir, ce jeune Prince
pañlanc près du Vaifleau dans fa Cariccle, Saris envoya fa Chaloupe, ornée
fort galamment d'un tapis de Turquie & de rideaux. de foye brochés d’or,
pour
(D) Aigl. Tahanne; & c'eft-là le véritable nom de ce liéu. R, d. E;
pour
fant p
LE
Caricc
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chian ,
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LE 25
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Anglois.
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Anglois.
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Maisilles
oient be-
1 accom-
Indiens,
ns la mê-
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. V. 363
pour le prier de venir à bord. Il parut fenfible à cette politeffe; mais s’excu-
fant pour ce jour-là, il remit fa vifite au lendemain.
Le 2r,un Oran-Kay ou Kaya étant venu à bord, raconta aux Anglois qu'une
Caricole du Fort avoit vifité fort rigoureufement trois ou quatre Canots Indiens
qui apportoient du girofle au Vaifleau ; qu'elle avoit enlevé leur cargaifon, en
menaçant de mort ceux qui entreprendroient le même commerce ; que le
Commandant du Fort avoit difperfé toute fa Garnifon dans l'Ifle, pour con-
tenir les Habitans par la frayeur, & qu'ils avoient envoyé à Tidor, où ils
avoient deux grands Vaifleaux de leur Nation, pour les faire venir à Ma-
chian, dans la réfolution de chaffer les Anglois de la Rade, En effet, dès
le jour fuivant, on vit paroître à la pointe de la Rade un des Vaiffeaux Hol-
landois, & cette vûe infpira tant d'effroi aux Habitans, que le commerce fut
entièrement interrompu. Le Navire de Hollande qui fe nommoit le Lion rouge,
& qui portoit trente piéces de canon, vint mouiller contre celui de Saris, qui
n’en parut pas fort effrayé; cependant les [nfüulaires, à quiles Iollandois du
. Fort avoient promis fièrement que l’arrivée de leur Vaifleau füffiroit pour fai-
re prendre aux Anglois le pass de la retraite , attendoient avec impatience
quel feroit le fuccès de ce différend. Kay Malladaja étoit enfin revenu de Ba:
chian ; mais l'éconnement qu'il eut de trouver tant d'agitation dans fon Ifle,
ne l'empêcha point d'envoyer un préfent au Capitaine Anglois. Le jeune Prin-
ce de T'ernate n'en eut pas auffi moins d’empreffement à rendre la vifite qu'il
avoit promife aux Anglois. Il fit avertir Saris de fes intentions, & l’on n'épar-
gna rien pour lui faire une réception fort galante.
IL parut le jour fuivant, accompagné de plufieurs Caricoles, avec lefquel-
les il fit trois fois le tour du Vaiffeau avant que de monter à bord, On le fa-
Un Vaifleau
Hollandois
vient s'0ppo-
fer au coin-
mcrce,
LePrince de
crnate vifité
plus que
les Anglois à
Monde,
s Indiens
s'ils por-
Pnace les
s, qu'ils
de l'ar-
t à pren-
upés du
Lgement,
our au ri-
evroient
Pelabry,
irent que
ans l’Ifle,
fous pei-
les In-
e Prince
, ornée
és d'or,
pour
lua de cinq coups de canon. Saris le conduifit dans fa chambre , qu'il avoit
fait orner de ce qu'il avoit de plus précieux. Le feflin qu’il lui donna n’au-
roit pas été indigne du Roi même de Ternate. Il fut accompagné d’un con-
cert de mufique; fur quoi l’Auteur obferve que c’eft une précaution fort utile
pour les Vaifleaux Marchands, d’avoir à bord quelques inftrumens de l'Euro-
pe. Le Prince charmé de cette fête & des civilités du Capitaine , promit d’ac-
corder aux Habitans la liberté d'apporter du girofle , & ne demanda qu’un
jour ou deux pour recevoir l'avis de fon Frère, qui étoit alors à Tidor. Sa.
ris lui fit pluficurs préfens, & fon départ fut célébré par une. décharge de
l'artillerie.
LE 25 au matin, une Caricole de Flamands vint à la rame autour du Vaif-
ord,
Railleries des
feau,. riant & chantant une chanfon qu'ils avoient compofée pour railler les Hollandois.
Anglois. Ils s’efforcérent en même tems de précipiter au fond de l’eau quel-
ques feaux qui étoient fufpendus. Saris ne balança point à faire équiper fa
Pinaffe, dont il avoit déja raffemblé toutes les piéces, & mettant quelques-
uns de fes plus braves gens à bord, il leur donna ordre de couler les Hoi-
landois à fond s’ils recommençoient leurs infultes. Ils revinrent en effet: la
Pinafle fondit fur eux fi impétueufement , qu'elle les couvrit d’eau en l’abor-
dant. Ils avoient à leur tête deux Capitaines de leur Fort, qui étoient armés,
comme le refte,. de moufquets &. de dards. Mais les Anglois n’étoient pas
moins en état de fe défendre; & les ayant tenus quelque-tems en refpeét ,
ils leur confeillèrent de prendre cette avanture pour leçon, s'ils ne vou-
loient en recevoir une plus rigoureufe. Vers le foir du même jour, un de
ZLz 3 leurs
366
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Sanis. . leurs Marchands vint à bord, avec un Ecrit revêtu de formalités légales,
pour fignifier à Saris: ,, Que tous les Habitans des Moluques avoient fait
1613.
Protc{tation
qu'ils font aux
Anglois.
le parti d'a-
bandonner
life de Ma-
chian.
LL
LL
»,
n
avec ceux un Contrat pe
leur fang & de leurs tréfors.
entreprendre de corrompre la fidélité d’une Nation,
conquife à la pointe de l'épée, & pour laquelle fes d
exceflives, qu'elle n’avoit pas trouvé d'autre moyen de fe faire payer des
Habitans qu’en girofle & en marchandifes du Pays.
entroit point dans les affaires & les intérêts d'autrui; qu'étant venu pour
étuel pour le girofle, à cinquante piéces de huit
nce pour les fervices que les Hollandois leur a.
voient rendus , en les délivrant de l'efclavage des Efpagnols au prix de
Les Anglois par conféquent ne devoient pas
ue la Hollande avoit
enfes avoient été fi
Saris répondit qu'il
le commerce, il ne penfoit qu'à l'éxercer, avec ceux qui avoieri des mar.
chandifes à lui offrir, fans éxaminer quel rapport ils avoient avec les Hol.
landois ou les Efpagnols. |
CEPENDANT les Officiers du Fort engagèrent le jeune Prince de Terna-
te à fe tenir fur la Côte dans fa Caricole, pour empêcher les Habitans de
porter des épices aux Anglois.
cette vûe, reçurent du Prince l'ordre de retourner au rivage.
elques Canots, qui étoient partis dans
Mais il fe
laffa bientôt de cette complaifance; & s’éloignant vers une pointe qui le fit
difparoître , il laiffa le champ libre aux Infülaires & aux Anglois.
voya la Pinafle à fa fuite, pour lui
Block, qui conduifoit la Pinafle, n'ayant
au rivage, où plufieurs Habitans s’empre
Saris en-
à lui-même quelques échanges.
À rejoindre le Prince, defcendit
érent de le venir recevoir, & lui
apportérent diverfes fortes de rafraîchiflemens. Deux jours après, on revit
le Prince dans fon premier pofte; mais c’étoit pour fe trouver à l’arrivée d’un
Navire Hollandois , nommé {4 Lune, qui venoit de Tidor, & qui jetta l’an-
cre près du Lion rouge.
n'eût pas plus de cinquante hommes d’Equipage.
Il étoit de trente-deux piéces de canon, quoiqu'il
Alors le Prince envoya
faire des excufes à Saris, de ce qu’il ne pouvoit retourner fur le Vaifleau
Anglois, comme il l’avoit promis. Il y eut le jour fuivant quelques démé-
lés fort vifs entre les Hollandois & les Anglois.
Mais , le premier d'Avril,
environ cent cinquante hommes, raflemblés de tous les Forts, parurent fur
Saris prend le rivage, Enfeignes déployées & tambour battant. Dans quelque vûe qu'ils
euflent pris les armes, Saris conçut qu’il falloit renoncer
l'efpérance du
commerce, fur-tout lorfqu’après de fi longs délais il fe perfuada que Malla-
daja ne fe fouvenoit plus de fes promeffes.
l'ancre au premier vent.
L'ordre fut donné pour lever
La latitude de la Rade de Pelabry ou Pelebere, ef
de 26 minutes du Nord, & la variation de 3 degrés 28 minutes.
ON mit à la voile le $, & l'on fortit de la Rade en fe laiflant conduire
au Courant, qui alloit versle Sud. Les deux Vaiffeaux Hollandois fuivirent
d
uelque tems; maïs le vent les jetta fi loin au Sud-Eft, que plufieurs Canots
e l'Ifle fe hâtèrent de joindre les Anglois & leur apportèrent encore une
Nrecoiten. fort bonne quantité de girofle. Il leur vint même un Oran-Kaya, qui leur en
offrit beaucoup davantage , s’ils vouloient fe rapprocher de la terre pendant
core du piro-
F Ja nuit. En effet Saris ayant mouillé le foir à la diftance d’un demi-mille,
fle des Infula
rcs,
envoya fa Chaloupe pour recevoir l’éxécution de cette promeffe. Mais une
Caricole Hollandoife, qui parut au long de la Côte, jetta tant d’épouvan-
te parmi les Indiens, qu'ils fe retirérent avec leurs marchandifes. Enfin les
. Anglois
Angloi
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d’épouvan-
Enfin les
. Anglois
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. V.
Angjlois prirent le parti de s'éloigner. Le 7 au matin, ils étoient à la hauteur
de Motir, qui eft éloignée de quatre licuës , Nord quart à l’Eft, de la poin-
te Occidentale de Machian. Du côte du Nord ils virent à 3 lieuës , l’Ifle de
Marro, & celle de Tidor qui en eft à deux lieuës, Le paflage entre ces If
567
les eft fans danger. [Là on vit les deux Vaiffeaux Hollandois du côté du Sud;
ui s'obftinoient encore à fuivre les Anglois.] Le 8, on ouvrit la pointe Eft
de Tidor & la pointe Oueft de Bachian, qui font Nord & Sud l’une à l'é-
ard dé l'autre. Entre Marro & Batta-China, il fe trouve une longue Baf-
e, qui s'étend au Nord-Elt & au Sud-Oueft. La furface eft blanchâtre en
Kpleine eau ; mais après la marée, le fable demeure à découvert ; [pour l’é-
viter , il faut s'approcher du rivage, au long duquel on trouve affez de pro-
fondeur.]
Le Fort re de Marro eft fur la Côte Orientale de l'Ifle du même nom.
Tandis que les Anglois l’obfervoient à quelque diftance, le vent leur man-
qua fi fubitement, que ne pouvant réfifter à la force du Courant, ils furent
pouffés tout-d’un-coup jufqu'au rivage. Onleur tira auffi-tôt du Fort , quelques
volées de canon ,. auxquelles ils répondirent. Mais Saris fit mettre l’Efquif
en mer, avec le Pavillon de paix. Il vit fortir immédiatement du Port une
Barque avec deux Efpagnols , qui furent reconnus de Hernando, Marchand
de la même Nation, que les Anglois avoient amené de Bantam. Ils étoient
envoyés par le Capitaine Général Dom Fernando Byfcere, pour s'informer
de quelle Nation étoit le Vaifleau, & pourquoi il venoit jecter l'ancre fi près
du Fort Royal. Saris les prefla de monter à boïd; mais ils s’excufèrent fur
des ordres contraires. On leur offrit du vin & du pain, qu’ils mangèrent a-
videment, fans vouloir fortir de leur Barque , quoiqu'il fit une pluye fort
violente. Saris répondit à leurs queftions qu’il étoit Sujet de la Grande-Bre-
tagne, comme ils pouvoient le reconnoître à fon Pavillon, & que le Roi
fon Maître étant ami de l’Efpagne, il demandoit au Capitaine Général la
permiflion de faire de l’eau fur la Côte. Les deux Efpagnols répliquèrent
que le Pavillon étoit une marque équivoque, parce que les Flamands, avec
qui l'Efpagne étoit en guerre, prenoient fouvent celui d’Argicterre ou d'E-
cofle, pour fe procurer les avantages qu’on leur refufoit ; que c’étoit par cet-
te raifon que l'artillerie du Fort avoit tiré fur le Vaifleau; mais que ne pou-
vant douter qu’il ne fût Anglois, ils l’affüroient que fon arrivée feroit agréa-
ble aux Efpagnols. En effet, à peine furent-ils rentrés dansle Portque Fran-
cifco Gomez, Pilote des Galères, vint leur offrir de la part du Capitaine
Général toutes fortes de rafraïîchiffemens, & la liberté de jetter l'ancre dans
le lieu qu’ils voudroient choifir. Comme la nuit commençoit à devenir fort
noire , 1l fe chargea lui-même de les conduire dans une petite Rade qui eft à
une lieuë & demie du Fort; & s'étant arrêté familiérement à fouper avec
eux, il les quitta dans le cours de la nuit, fous prétexte d'aller prendre des
Lettres que le Capitaine Général vouloit écrire à Ternate.
Saris fut furpris de découvrir, avec lejour , qu’il étoit fous le comman-
dément de huit grofles piéces d'artillerie. Il fe hâta de lever l'ancre, pour
s'avancer une lieuë plus loin au Sud. Gomez n'ayant pas manqué de revenir ,
Havec deux Efpagnols de fort bonne apparence , [fe défendit agréablement
du reproche d’avoir trompé les Anglois, en proteftant qu'il n’avoit penfé
qu'a leur propre füreté.] Il leur apportoit des rafraîchiffemens ne nom du
apitaine
S'Rr1S
1613. |
Paffe dange-
+reufe,
Saris eft ictté
contre l’'Ifle de
Murro,
Il
i
|
Accucil qu’il |
reçoit des Ef- 1m
pagnols, | If
SARTIS,
1015.
Sa confiance
renait,
Défaite du
Prince del'er-
naite par Île
Prince de T'i-
dor.
Caraétère du
Prince de Ti-
dor,
368 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Capitaine Général. Saris les reçut avec reconnoiffance, & fit offrir à fon
tour aux Efpagnols du Fort, tout ce que fon Vaiffeau pouvoit avoir d'utile
à leurs befoins, en confentant à prendre du girofle pour payement. Dans
cet intervalle, il apperçut les deux Vaiffeaux Hollandois , qui paroifloient fe
difpofer à venir jetter l'ancre près de lui. Cependant, après avoir affec.
té une efpèce d'incertitude, ils allèrent mouiller fous leur nouveau Fort de
Maricko.
LE jour fuivant, Saris reçut du Capitaine Général une invitation à demeu-
rer plus long-tems dans l’Ifle, avec promeffe de lui rendre le lendemain une
vifite à bord, & de lui mener le Sergent Major de Ternate, qui arrivoit a-
vec des Lettres du Meftre de Camp Dom Geronimo de Sylva, extrêmement
favorables aux Anglois. Elles leur permettoient le commerce, du moins dans
quelques parties. Saris fort fatisfait de cette liberté , prit laréfolution des’ar-
rêter (?). Le lendemain, lorfqu'il attendoit le Capitaine Général, il fut éton-
né d'entendre neuf coups de canon qu'on tiroit du Fort. Cependant il s’ima-
ina que le but de cette décharge pouvoit être de lui faire honneur. Mais il
çut bientôt que c’étoit pour l’arrivée du Prince de Tidor, qui revenoit de la
guerre à la tête d'environ cent hommes. Il avoit battu & tué depuis deux
jours Kay Chilly Sadang, ce même Prince, fils du Roi de Ternate, qui s’é-
toit laiflé perfuader par les Hollandoïs de défendre aux Infulaires de Machian
tout commerce avec le Vaifleau de Saris. L’artifice n’avoit pas eu moinsde
part à ce fuccès que la valeur. Ayant attendu Kay Chilly Sadang à fonre-
tour , il avoit fait d’abord avancer deux petites Barques de Pécheurs, aux-
quelles les ‘Ternatiens avoicent voulu donner la chaffe. Mais ils étoient tom-
bés dans l’embufcade du Prince de Tidor, qui avoit fait main-baffe fur [cent}r#
foixante hommes dont le cortège de Sadang étoit compofé. [Il lui avoit ôték
la vic de fa propre main , par l'emportement d’une vieille haine dont on a vù
les caufes dans plus d’une Relation précédente.] Il lui avoit coupé la tête,
qu’il rapportoit en triomphe [à fa Femme, qui étoit la Sœur de ce Prince.]t#
À la vérité, la fortune avoit commencé à fe ranger de fon côté, en faifant
tomber quelques étincelles de feu fur un baril de poudre que le malheureux
Sadang avoit acheté des Anglois à Machian, & qui avoit fauté au milieude
fes gens. Un autre Prince de fes Frères & le Roy de Geylolo avoient péri
dans la même occafion. [Vers le foir, le Sergent-major & le Sécretaire dex#
Ternate vinrent à bord, & invitèrent Saris à paîler chez eux, en lui pro-
mettant tout le girofle qu’ils pourroient raffembler. On confentit à leur pro-
pofition, parce que leur Ifle étoit fur la route qu’il falloit ol
Le 12, Saris reçut un Député du Prince de Tidor, qui lui faifoit faire
des excufes de ne lavoir point encore vifité, & l’offre d’une groffe provi-
fion de poivre (4) qu'il avoit réfervé, difoit-il, pour les Anglois. Il ajoûtoit
qu’il les iroit voir à bord le jour fuivant, Saris répondit par des remercîmens
fort vifs; mais dans la crainte de quelque trahifon, il doubla la garde fur le
Vaiffeau. Le Prince de Tidor pafloit pour un Guerrier déterminé, qui s’é-
toit rendu terrible aux Hoïlandois par divers exploits. Il avoit furpris un
| de
(5) La 7e. Section de ce Chapitre com-
mence ici dans l'Original. R. d. E,
(&) Angl. de girofle, KR. dE.
de leu
bruit «
vée d
d'eux
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& s'yé
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Siége et
difpenfé
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Ternate
folus à
rentrer d
Forts fui
IT, PA
rir à fon
ir d’utile
Dans vés d'une Galère Efpagnole qui revenoit de Batta-China, & qui fut près
foient fe d'eux avant qu'ils euffent pû s'en appercevoir. Cependant on répondit au
oir affec- Qui vive? Ffpagnols, vos amis ; & la Galère n'ayant de chaque côté que qua-
Fort de torze Rameurs, ceffa bientôt de leur paroître redoutable,
Sar1s obferve ici que dans toutes les Ifles Molucques un Bahar de girofle
à détnat der A ! : : k "6: Poids, état
À pèfe deux cens katis de cette Contrée, & qu'un kati revient à trois livres & prodution
main une cinq onces Angloifes; de forte que le bahar monte à fix cens foixante - deux .des Molu-
TriVOIt a- livres huit onces. Les Hollandois, en vertu de ce qu'ils nomment leur Con- ‘ue:
émement trat perpetuel, ne le payent que cinquante piéces de huit. Mais Saris trou-
1oIns dans vant encore beaucoup de profit à le payer foixante, étoit convenu de ce prix
on des are pour hâter fa cargaifon; ce qui rendoit les Infülaires fi ardens à lui vendre
| fut eton- leur girofle, que s'ils n'avoient point été retenus par les menaces & les obfer-
c il s'ima- vations concinuelles des Hollandois, le Vaifleau Anglois n'auroit pas eu befoin
r. Mais il d'un mois pour fe charger entièrement. |
noit de la L a plûpart de ces Ifles produifent le girofle en abondance. Mais les prin-
uis deux cipales, qui font fort bien habitées, n’en rapportent pas moins, l’une por-
e,quis e- tant l’autre, que trois mille neuf cens foixante-dix-fept bahars dans les an-
Machian nées communes. Ternate en produit mille; Machian, mille nonante;,Ti-
| moins de !
à fonre-
urs, aux-
oient tom-
fur [cent]K
| avoit ÔtéH
tonavi
$ Ja tête,
e Prince.]KF
en faifant
alheureux
à milieu de
ojent péri
retaire dexf
n lui pro-
à leur pro-
ifoit faire
ile provi-
Il ajoûtoit
ercimens
rde fur le
) qui s'é-
furpris un
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. V. 369
de leurs Vaifleaux pendant la nuit, & les Moluques retentifloient encore du
bruit de cette aétion. Les allarmes des Anglois augmentèrent lé foir à l'arri-
dor, neuf cens; Bachian, trois cens, Motir ou Motières, fix cens; Miaou,
cinquante, & Batta-China trente-cinq. Il eft remarquable que chaque troifié-
me année eft beaucoup plus féconde que les deux autres. Les Habitans la nom-
ment la grande moiflon (/). Mais ils avoient fouffert tant de ravages par les
guërres civiles, qu'une grande partie des richeffes qu'ils doivent à la nature a-
voit péri faute de mains pour les recueillir. Saris revint perfuadé qu'il ne fal-
loit efpérer de paix que par laruineentière de l'un des deux Partis. C’étoit dit-
il, un fpeétacle lamentable que l'état où la guerre avoit réduit toutes ces Ifles.
Il en apprit l'origine à la fource même. Les Portugais dans le tems de leur
première découverte avoient trouvé la guerre fort allumée entre les Rois de
Ternate & de Tidor, dont toutes les autres Ifles étoient alliées ou fujettes.
Ils avoient évité de prendre parti contre l’un ou l’autre de ces deux Princes;
mais pour allürer leur établiffement, ils avoient profité de la divifion des Infu-
laires, en conftruifant des Forts dans les deux Ifles; & par degrés ils étoient
parvenus à fe mettre en poffefion de tout le commerce du girofle. Cet avan-
tage étoit demeuré entre leurs mains jufqu'en 1605, que les Flamands ayant
paru dans ces Mers avec des forces confidérables, les chafférent de leurs Forts
& s'y établirent à leur place. Mais ils n'y jettèrent pas des fondemens affez
folides pour s’y foûtenir long-tems. Les Efpagnols, à qui la donation du faint
Siége en faveur des Portugais, avoit jufqu'alors fervi de frein, fe crurent
difpenfés des mêmes ménagemens pour les Ennemis de leur Religion. Ils vin-
rent des Philippines, chaflèrent les Hollandois, firent prifonnier le Roi de
Origine des
défordres qui
Ternate, qu'ils envoyérent aux Philippines, & fe rendirent les maîtres ab- Ontregné dans
folus à T'ernate & à ‘l'idor. Cependant les Follandois trouvèrent le moyen de
ces Ifles.
de rentrer dans quelques parties de leurs anciennes poileifions , & d'y bâtir les
Forts fuivans.
Trois
(1) Angl, la grande Mouffon. KR, d. E.
II, Part. | Aaa
SAR1IS,
1613.
Ils rentrent
auxMoluques,
Forts qu’ils y
ont bâtis.
Méthode du
commerce aux
Moluques.
an
La défiance
faît-lever l'an-
re à Saris.
39 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Trois à Ternate, Celui de Melagou, qui eft environné d'un mur & dé.
fendu .par trois boulevards. Toluko, qui a deux boulevards & une groffe tour.
Tokone, avec quatre boulevards & un mur.
A Tidor, ils ont le Fort de Maricko, muni de quatre bouievards. Dans
Vifle de Machian, 1°. le Fort de Tafafoa, qui commande avec quatre bou.
levards la Capitale de l'Ifle, ville affez peuplée, & nommée auili Tafafoa,
On compte mille Habitans dans la Ville, quatre-vingt Soldats Hollandois
dans le Fort, & feize piéces de canon fur les boulevards. 2°. Deux. Forts près
de la Ville de Nefokia, qui en eft aufli commandée; & de l'autre côté, un
troifième Fort fur le fommet d'une Colline qui commande la Rade , avec cinq
ou fix piéces d'artillerie, & une Garnifon de trente Soldats. 3°. Deux.Forts près
de la Ville de Tabalola, montés de huit piéces de canon, qui la commandent,
Leur fituation naturelle les rend capables d’une fi bonne défenfe que dix Hol-
Jandois fuffifent pour les garder.
Les Habitans de Nefokia ne paflént pas pour bons Guerriers, mais ilsont
l’habileté de. fe ranger toûjours du côté des plus forts. (On regarde comme
les meilleurs Soldats des Ifles Molucques ceux. de Tabalola, qui font venus
anciennement de Kayoa. Ils étoient autrefois mortels Ennemis des Portugais
& des Efpagnols, & l'on prétend qu'ils ne fouffrent pas plus volontiers la do-
mination Hollandoïife. Cette Ifle de Machian ef la plus riche en girofle.
Tous les Habitans affürent que dans la grande moiflon elle rapporte plus de
dix-huit cens bahars.
Daxs l’Ifle de Bachian, les Hollandois ont le Fort de Motières. qui eft
confidérable par fon étendue & par les ouvrages qui le défendent.
La méthode du commerce aux [fles Moluques confiftoit alors dans des
échanges de plufieurs fortes d’étoffes pour des cloux & de la fleur de girofle.
Les Habitans aimoient fur-tout les étuffes de Cambaye & de Coromandel. Sa-
ris nous donne un Etat des prix, qui n’eft utile qu'à nous faire connoître les
noms des marchandifes, tels du moins qu’il nous les a tranfmis. Pour les
kandaquins de Barrochie, fix katisde cloux. Kandakins Papangs ,trois katis.
Sclas, ou petits Baftas, fept & huit katis. Patta cher. Mallayo, feize ka-
tis Dragam chere Mallayo, feize. Cinq Kaflas, douze. Betellias & Tan-
koulos rouges, quarante-quatre & quarante-huit. Saraffas chere Mallayo,
quarante-huit & cinquante. Sarampouri, trente. Chelles, Tapfiels & Ma-
tafons, vingt & vingt-quatre. Kaffas ou Tankoulos blancs, quarante &
uarante-quatre. Dongerigus les plus fins, douze ; les plus gros, huit &
ix. Pontis Kaftellas, dix. Ballachios les plus fins, trente. Patta chere
Mallayo de deux brafles, huit & dix. (Grands Potas de quatre brafles, fei-
ze. Parkellas blancs, douze. Salalos Itam, douze & quatorze. Turias &
Tappe Turias, un & deux. Patolas de deux brafles, cinquante & foixante.
Les Velours, les Satins, les Taffetas & autres étoffes de foye de la Chine,
fe vendent aufli fort bien aux Moluques. Le riz &.le fago fe payent ordi-
nairement avec la Monnoye courante. Vingt-huit livres de ris valent une
piéce de huit. Le fago, qui eft une racine dont les Infulaires font leur pain,
& qui eft leur principale nourriture, haufle & baifle fuivant l'abondance des
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La. défiance prévalut enfin fur tous les intérêts du commerce, & fit pren-
dre à Saris le partidelever l'ancre. Les Efpagnols & le Prince de Tidor lui ré-
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recevroit du girofle en abondance, La vûe de plufieurs Galères, de quelques
Frégates & d'un grand nombre de Caricoles qui fe raffembloient autour du
Fort ne lui permit pas de douter qu'on ne méditât quelque trahifon. Il mit à
la voile le 13, avec un Courant qui le portoit au Sud. A fon départ on le
falua de cinq coups de canon, auxquels il répondit par le même nombre.
En phe. stmmne de la pointe de Tidor ; il vit quatre Vaiffeaux Hollandois,
qui croifoient devant le Fort de Maricko, & qui firent quelque mouvement
our le fuivre. Mais il porta drait au Fort de Ternate, dont il s'approcha
jufqu à la portée du canon. Une Barque qui lui fut envoyée aufli-tôt, avec
un Efpagnol fort bien mis, lui fit les mêmes offres qu'il venoit de recevoir
à Marro. Il balança. fur la confiance qu'il y devoit prendre : mais les précau-
tions qu'on éxigeoit lui parurent fi exceffives, que ne pouvant les croire dic-
tées par la bonne-foi, il remit à la voile.
IL avança peu les quatre jours fuivans, parce que la Mouffon étoit contre
lui. Le 18, il réfolut de gagner l'Ifle de Saycin, qu'il avoit vâe le jour d’au-
paravant, & d'y relâcher à l'Oueft, pour attendre un tems plus favorable.
Mais le vent s'étant mis. tout-d'un-coup à l'Oueit, il porta au Nord & au
Nord quart à l'Eft. Le 20, après-midi, il tourna vers une grande Ifle, que
les Habitans nomment Doy, dans le deffein d'y chercher des rafraîchiffemens.
Le or, il s’en trouva fort près, vers la pointe du Nord , qui eft fort baffe;
& l’Efquif s’étoit déja mis en mer , pour chercher un lieu propre à l’ancrage.
YF Mais le courant [qui n’avoit pas difContinué depuis Tidor ,] devint fi impé-
tueux à l'Eft, qu'il fut impoñfible de s'approcher du rivage. On découvrit
feulement une grande Baye, avec une Bafle fort large, qui eft fituée à la
pointe du Nord, à deux milles de la terre. Cependant, après avoir pañlé la
nuit à lutter contre l'effort du Courant, on entra le lendemain dans la Baye,
où l’on mouilla fur vingt-quatre braffes.
LE 23, Saris envoya l'Efquif, pour chercher de l’eau, & pour dreffer une
Tente, où ceux qui defcendroient puffent être à couvert. Letter, qui fut
chargé de ce foin, trouva un lieu commode, vis-à-vis du Vaifleau, avec des
traces de Daims, de Sangliers & d’autres animaux. Le Pays étoit couvert
d'arbres, tels que des Cocotiers, des Penangs, des Series des Palmiers.
Les Bécafles, les Faifans, & quantité d’autres oifeaux, s’y préfentèrent auf-
fi en abondance ; mais il ne paroifloit aucun Habitant. Saris defcendit avec
les Faéteurs. Il fic creufer plulieurs foffes, pour prendre des Sangliers au
piége. Ses gens s'exercèrent à la pêche, entre les rocs; mais, quoique le
poiffon n’y manquit pas, ils trouvèrent beaucoup de difficulté à le prendre.
On en eut moins à tuer quelques Faifans & deux Pigeons ramiers qui étoient
de la groffeur d’une Poule. Quelques Anglois paflérent la nuit fur le rivage,
pour obferver les Sangliers qui s’approcheroient des trappes.
LE 24, on vit plufieurs Sangliers d’une taille furprenante; mais on n'eut
pas la fatisfaétion d'en prendre un feul. D'ailleurs cette occupation fut trou-
blée par une éclypfe de Lune, qui dura trois heures & demie, & qui parut
(fort terrible aux Anglois. [Le 25 des Matelots apportèrent quelques oifeaux,
& des têtes de Palmier, qui boullies font aufi bonnes que deschoux (m).] Les
| Jours
(m) C'eft pour cela qu’on les appelle choux palmiftes,
Aaa 2
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. V. 371
pétérent en vain que s'il vouloit attendre feulement vingt-quatre heures, il.
Sarts
1613.
Il palfa àTer-
natc,
Ifle de Saycin.
Ifle de Doy,
Ce que les An-
glois y trou-
vent.
SAnts,
1613.
Saris entre-
pren! de fu
rendre droit
au japon,
Sa route,
Barques Japo-
noifes,
+ jours furvans turcnt employés à faire la provifion d'eau & de bois. Le pre:
3 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
mier de May, quelques "latelots furenc envoyés dans l'Efquif jufqu'à la poin-
te Oueft de la Baye, où ils crouvèérent l'sau fort profonde. Ayant pris ter-
re; ils appersurent des ruines de maifons, & d'autres veitiges de focieté hu-
maine, qui leur firent juger que l'Ifle n'avoic pas toljours été déferte, &
que la guerre en avoit détruit ou chaflé les Fabitans,
Le 12, on quitta l'Ifle de Doy , qui eft la dernière au Nord-Eft de Batta-
China ou de Geylolo. Sa latitude eft de 2 degrés 35 minutes du Nord, La
variation de $ degrés 20 minutes Eft, Saris prit de-là fa cour& pour le Ja-
pon , avec foixante-onze perfonnes à bord, [tant Anglois & Efpagnols, qu'in-
diens ramaflés dans les divers lieux qu'il avoit parcourus. ] Sa navigation fut
heureufe jufqu'au 2 de Juin, qu'étant à 25 degrés 44 minutes de latitude, il
trouva par fes calculs que depuis l'Ifle Doy il avoit fait trois cens cinq lieus
au Nord-Eft, 1l crut découvrir, dans l'après-midi du même jour, les Iles
dos Reys Magos, ou des Rois Mages ; mais en approchant de laterre, ilreconnut
qu'ils'étoictrompé. La Côte qu'il apperçue étoit celle d'une Ile balfe & défer:
te, quine lui fit pas naître l'envie d'y relacher. Le lendemain, il eut la vûe de
dix ou onze autres Ifles, qui font rangées du Nord-Eft au Sud-Oueft, à fi peu
de diftance l’une de l'autre, qu'il fut embarraffé pour trouver un pallage. Il
prit le parti, vers le foir, de porter à l'Eft; & le 3, il relicha dans une de
ces Ifles, qui lui parut la plus agréable qu'il eût rencontrée depuis fon dé-
part de l'Europe. Elle ne manquoit ni d'hommes ni d'animaux. Son deffein
étoit de s'arreter à la pointe Nord-Eft; mais le vent lui devint fi incommo-
de dans cette ftation , que n'ayant pû s'approcher de deux Barques, qui firent
auffi des efforts inutiles pour s'approcher de lui, il continua fa navigation au
Nord-Oueft. Il eut bientôt à l'Oueft-Nord-Oueft , la vûe d'une autre Ifle,
d'où il en apperçut encore une, à fept ou huit lieuës au Nord-Eft. S'étant
avancé vers celle-ci, il découvrit plufieurs rocs, qui font à deux milles du
rivage, l'un qui.s’éleve au-deflus de l'eau, d'autres à demi-fubmergés, con-
tre lefquels l'eau fe brife avec beaucoup d'écume. Il porta de-là au Nord
Oueft, pour éviter le Courant qui alloit au Sud. Le 7, il fe crut à vingt-
huit ou trente licuës de Tonan. [Mais il reconnut le lendemain fon erreur ,]"#
à la vûe [d'une Ifle ronde , fituée à l'Eft, &] de plufieurs autres Ifles qu'il
découvrit à cinq ou fix lieuës vers l'Oueit. [Depuis le 3, il avoit parcouru ,#
fuivant fon Calcul 51 licuës Nord-Nord-Eft. Alors il fut obligé d'avancer du
côté Nord-Oueit, & il vit quatre autres petites Ifles ftériles. Enfuite] ayant
repris au Nord quart à l'EfE, il eut, à quatre ou cinglieuës Eft quart au Sud,
la vâc d’une Ifle qui préfente trois Collines rondes, de la forme d’un pain de
fucre. Vers le foir il vit celle d'Ufzideke , qui s’éleve comme en deux par-
ties au Nord-Eft, mais qui eft fort platte du côté oppofé. Le lendemain, à
douze lieuës Nord-Eft & Sud-Oueft d'Ufzideke, il découvrit Amaxay, ou
Legue, & fix grandes Ifles qui font fur une même ligne. Amaxay en a un
grand nombre de petites: au long de fes Côtes. Un peu plus loin à l’'Ef, les
Anglois virent pleinement la haute terre de l’Ifle, qui eft nommée Xima dans
les Cartes, mais que les Habitans appellent Mashma.
Le 10,.à neuf heures du matin, en s’approchant de la terre qui ne leur
avoit paru qu'à dix lieuës, au lever du Soleil, ils virent approcher d'eux
quatre grandes Barques de Pêcheurs, dont chacune n’étoit pas moins que de
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(n) La
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car, V. 373
cinq ou fix tonneaux, avec quatre Rameurs de chaque côté, A l'aide des In Sasnis
diens qu'ils avoient amenés pour Interprètes, ils apprirent enfin qu'ils étoient 161 3;
vis-h-vis le Port de Nangnzaqui, & dans les Décroits d'Arima , quifonc for. 1er Angluls
més par l'Ifle d'Ufzideke, L'ancrage elt excellent à l'extrémité fepteñeriona. Pt
le des Détroits; & du côté oppofé on crouve l'entrée de Cochinock. Saris zaqui
fic marché avec deux Maîtres des Barques Japonoifes, pour lui fervir de Pi-
lotes jufqu'a lirando, qui étoit encore à rente lieuÿs, Une des quatre Bar-
ques appartenoit aux Portugais de Nangazaqui ; & l'équipage , qui étoit con-
verti depuis peu au Chriftianifime, avoit fuivi le Vaifleau Anglois, dans l'o-
pinion qu'il arrivoit de Macao, Mais reconnoiflant fa méprile, il fe häva de
porter cette nouvelle à fes Maîtres.
(n) Lus deux Pilotes Japonois portérent Nord quart à l'Oueft avec un In ferendent
vent fi favorable, que le 11 de Juin après-midi, on jetta l'ancre à une lieuë à Firundo,
de lirando, 1! fut impoflible de s'avancer plus loin , parce qu'on arrivoit
à la fin de la marée, Mais on n'y fut pas long-tems fans voir arriver à
bord le vieux Roi de l'Ifle, dé Sama, avec l'one Sama fon neveu , qui
gouvernoit fous fon autorité, Ils écoient accompagnés de quarante Barques,
ou petites Galères , les unes conduites par dix Rameurs, d'autres par un
plus grand nombre, Lorfqu'ils fe furent approchés du Vaifleau, k Roi Vifte que
donna ordre au cortège de demeurer à quelque diftance , .& montant à bord Saris reçoit du
avec fon feul neveu, il falua Saris à la mode du Pays. Cette falutacion con- "us
fifte à quitter d'abord leurs fandales, enfüuite à frapper d'une main dans l'au- & habillement
re & à les bailler coutes les deux jufqu'à leurs genoux ; après quoi repre. de ce Prince.
nant leurs fandales ils s'avancent à petits pas, en prononçant auyb, augb.
Les deux Princes écoient en robe de foye brochée d'or , fous laquelle il a-
voient une chemife qui leur couchoit la peau, & des haute-chaufes fort fem-
blables aux nôtres. Mais ils étoient fans bas, Chacun portoit au côté deux
Katans, qui font les Nr du Pays, l'une de la longueur d'une demi-aulne ,
l'autre moins longue de la moitié, Ils avoient le col nud, Jx devant de
leur tête étoit razé jufqu'au fommet ; & le refte de leurs cheveux , qui
étoient fort longs, formoit un nœud par derrière, Ils n'avoient ni bon-
net niturban, L'âge du Roi étoit environ foixante- douze ans, & celui de
fon neveu vingt-quatre, Pour unique efcorte, en montant à bord , ils é-
toient accompagnés chacun d'un Oflicier , qui avoit le commandement de
leurs Efclaves,
Sar1s fes conduifit dans la chambre de Pouppe, où fur l'avis qu'il avoit
reçu de leur vifite, il avoit fait préparer un fomptueux feftin, avec un con-
cert, qui parut les amufer beaucoup. Il préfenta au Roi les Lettres de Sa
Majefté Britannique, Elles furent reçues de ce Prince avec de grandes mar-
ques de fatisfaétion; mais il remit à les ouvrir au retour d’Ange , dont il
vouloit fe fervir pos Interpréte. Ange qui fignifie Pilote en Langue Japo- William A-
noife, étoit un Anglois, nommé William Adams, qui étant venu au ee Pres: Etes 2h
par la Mer du Sud dans un Navire Hollandois, avoit pris occafion d'une ré bon out:
volte des Mateiots pour demeurer dans ces Ifles, où il étoit depuis douze douze ans.
œans. [Les Lettres qu'il avoit trouvé le moyen d'écrire aux Faéteurs Anglois
de
(n) La ge, Seétion de ce Chapitré commence ici dans l'Original. KR, d, E,
Aaa 3
SARIS,
1613.
Empreffement
des Japonois à
voir lc Vaif-
fcau,
Les Anglois
entrent dans
le Port,
43 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
de Bantam , avoient été le principal aiguillon qui avoit fait entreprendre
ce voyage à Saris,] 11 étoit alors à près de trois cens lieuës de Firando à
[fans que l'Auteur nous apprenne ici où il pouvoit-être (0) dans un fi grand 4
éloignement.] |
Arrès avoir pañté plus d’une heure fur le Vaiffeau, le Roi rentra dans fa
Galère, & retourna au Rivage; mais toute la nobleffe qui l'avoit accompa-
gné voulut vifiter aufli les Anglois. La plûpart des Seigneurs Japonois por.
toient avec eux quelque préfent de gibier ou de venaifon, & Saris s'efforça
d’abord de répondre à leurs politefles; mais les Soldats fe préfencant à leur
tour, par un fimple mouvement de curiofité, il fut bientôt fi fatigué de cet-
te multitude de vifites, qu'il envoya prier le Roi de l'en délivrer, Un des
principaux Officiers de la garde vint aufli-«ôt à bord, avec ordre d'y demeu-
rer, pour mettre les Anglois à couvert de toutes fortes d'infulte. Il fe fic dans
la Ville une proclamation dans la même vûe. - La nuit fuivante , Henrick
Brouwer, Chef du Comptoir Hollandois de Firando, rendit une vifite à Sa-
ris, ou plûtôt chercha l'occafion d'apprendre ce qui s’étoit pailé entre le
Roi & les Anglois. Mais, déguifant fa jaloufie fous de grandes apparen-
ces de civilité & de zèle, il leur promit d'écrire le lendemain à William A-
dams, pour l’informer de leur arrivée. En effet, leur ayant tenu parole,
fa lettre fut envoyée par le Roi à Ofakkag premier Port du pays, où Wil-
liam Adams étoit à Voyage L’Auteur le nomme ici Ædwo, fi l’on ne veut
que ce foit une erreur,
à l'Empereur des raifons qui les avoient amenés dans fes états. ]
Les Japonois ne laiflèrent manquer aucune forte de rafraïchiffemens au
Vaifleau de Saris. Les bétes fauves & le poiflon y étoient portés enfi gran-
de abondance, que ne pouvant être qu'à trés-bon marché, [les gens de l'E.
quipage fe faifoient un amufement continuel de traiter ceux de qui ils les a-
chetoient.] Comme ils n’avoient pas ceflé de demeurer à l'ancre dans leur
première ftation, le Roi leur envoya un jour 60 Barques bien équipées, pour
les amèner dans la Rade. Saris, un peu allarmé de cette mulutude , alloit
les faire prier de ne pas s’approcher trop de fon Bord; mais le Roi qui étoit
à leur tête, fit figne de fon mouchoir au plus grand nombre de ne pas s'a-
vancer ; & montant lui-même à bord, il dit au Général qu’elles étoient ve-
nues par fon ordre, pour aider le Vaïfleau à pafler une pointe que la marée
rendoit fort dangereufe. En effet, l'eau fe trouva fi forte | que malgré le
vent, qui étoit favorable, on auroit été pouflé für les rocs de la pointe, fi
l'on n’eût açcepté le fecours des Barques pour tirer le Vaifleau à force de
rames. Pendant ce travail le Roi étoit à déjeûner avec Saris, qui voulut
récompenfer les Japonois de leur peine ; mais ce Prince leur défendit de
rien prendre des Anglois pour un fervice d'amitié On mouilla devant l'i-
rando, fur cinq brafles d’un fond bourbeux, fi près du Rivage qu’on pouvoit
(o) Ona lieu d'être furpris de cette ad- te; c'eft que William Adams étoit à Edoo:
dition du ‘Fraduéteur , puifqu'il eft dit ex- mais cependant il a mal rendu ce paflige, car
preflément dans l'Original que William Adams l'Original dit que la lettre de Drouwer fut d'a-
étoit alors à Edoo, qu'on nomme autrement bord envoyée à Ofakkag, ou Olakkay, pre-
Yedo & Jedo. R. 4. T.
noît ce qui à été dit dans la note précéden-
qu'on doive lire (p) Jedo. [II donna auffi avisé
mier Port de l’Ifle; & qu'enfuite clle fut ex-
(p) Voilà dorc le ‘l'raduéteur qui recon- pédiée par la pofte jufqu'à Edoo , ou Jedo.
R. d. E,
parler
de can
rando
barrica
A fi
kptes cor
deux &
me ils
offible
Æeurs «
fervant
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nombre
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à plufe
I y avc
Dames
Portuga
teture, [
fus, ] fa
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ruban de
cheveux
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à la blan!
par l’art
graftes,
faire les
que Saris
pouppe 4
de Ms
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rent d’ab
air plus]
de certai
qui, ave
cordes.
gauche,
d'yvoire.
(ga) Ang
Chrétienne
entendues
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Car: V. 375
rendre parler aux Habitans dans leurs maïfons. Saris falua la Ville de neuf coups Sanrs.
rando , de canon, auxquels les Japonois ne purent répondre faute d'artillerie. Ki. 1613.
igrand'h | rando eft fans canon & fans Fort. La feule défenfe confifte dans quelques
barricades, qui feroient à prie capables de réfifter à la moufqueterie,
dans fa A fi peu de diftance de la Ville, on fut plus expofé que jamais aux vifi- Redouble-
-ompa- ttes continuelles de la Nobleffe & du Peuple. [On eut entr'autres celle de ment de vifi
DIS Or - | deux Seigneurs dont l'un s'appelloit Nobufane, & l’autre Simmädone : com- "4
€itorça me ils étoient d’un rang très diftingué, on les traita avec tous les égards
it à leur | offibles. A leur départ l'un refta àbord, jufqu'a ce que l'autre fuc à terre.
de cet- air enfans & les principales perfonnes de leur fuite fe retirèrent en ob-
Un des | fervant la même cérémonie.] Quoiqu'on ne reçût que les plus diftingués,
demeu- on ne pouvoit empêcher qu'il n'y eût fans ceffe autour du Vaiffeau un grand
fic dans nombre de Barques, remplies de toutes fortes de gens qui confidéroient avec
Tenrick admiration la proue & la pouppe. Saris ne fe fit pas prefler pour accorder Femmes fac
€ à Sa- ë à plufieurs femmes de condition la liberté de venir le vificer dans fa chambre, ponoifes; leur
ntre le I y avoit un tableau de Venus & de Cupidon, dans un état affez libre. Les jabillement &
ah. . . . RTS A Act eur figure,
pparen Dames Japonoifes, qui avoient été converties au Chriftianifme par les Jéfuites
iam À- Portugais, fe jettèrent à genoux pour faire leurs dévotions devant cette pein-
parole , A orsture, [qu'elles prirent pour un portrait de la Vicrge Marie, & de l'Enfant Je-
où Wil- fus ans que les Anglois ôfaflent les avertir de leur erreur, dans la crainte
ne veut de fe faire reconnoître pour ennemis de ce culte, & par conféquent des Jé-
uffi avisXF fuites (4). Le Roi voulut procurer le même fpeétacle à fes femmes. Il vint à
| bord avec fes quatre favorites, qui étoient vêtues de plufieurs robes de foye
nens au fort légères, teltement pañlées l’une fur l’autre qu'on pouvoit les diftinguer
ii gran- toutes, & liées avec un ruban vers la ceinture. Elles avoient les jambes nues,
s del'E-Æ mais elles portoient aux pieds une forte de demi-fandale, liée auñi avec un
Is es a A ruban de foye, qui moptoit par plufieurs tours au-deffus de la cheville. Leurs
ans leur cheveux, qu'elles avoient noirs & fort longs, étoient noués galamment fur
es , pour $ leur tête. Il ne manquoit rien à leur taille, à la beauté de leurs traits, ni même
, alloit MA à la blancheur de leur peau ; mais n'ayant aucun teint naturel, elles y fuppléent
qui écoit par l’art. Communément les femmes font fort petites au Japon, extrémement
pas Sa- M grafes, & d'une politeffe, qui fait l'admiration des Européens. Elles favent
lent VE- M faire lesditinétions du rang, de l'âge & des qualités. Le Roi parut fouhaiter
a marée ® que Saris & l'Incerpréte fuilent les feuls qui demeuraffent dans la chambre de
algré le ® pouppe avec lui & fes femmes. Cet Interpréte, que les Anglois avoient amené
nte, fi M de Bantam, étoit né au Japon; & fçachant le Malayen, il répétoit à Saris dans
orce de Œ cette langue, ce que le Roï lui avoit dit en Japonois. Les femmes du Roïparu- Elles chan-
i voulut A rent d'abord un peu réfervées; mais à la prière de ce Prince elles prirent un ee jauent
ndit de M air plus libre & plus gai. Elles chantèrent diverfes €hanfons , elles jouèrent nes mitru-
vant l'1- de certains inftrumens qui reffemblent beaucoup au luth de l'Europe; mais
pouvoit A qui.avec le meme ventre, ont'eco pluslong & ne font montés que de quatre
paï- : cordes. Elles touchoient fort agilemens les cordes avec les doigts de la main
à ob A gauche, tandis que de la main droite elles les frappoient d'un petit bâton
affige, car d'yvoire. Cet éxercice paroiloit leur plaire beaucoup, Elles battoient la me-
rer fut d'a- fure.
skay ; Pre- :
lle fut ex- (g) Angl. Sans qu’elles ôfaffent s'avouër gnoicnt, & qui n'étoient pas dans les mêmes
ou jedo. Chrétiennes, qu'à voye baie, pourn'êt:epas fenumens, KR. d, E,
entendues des perfonnes qui les accompa-
Sanrs.
1613.
Mufique Ja-
ponoile,
Feltin que le
Roi de Firan-
do donne aux
Anglois.
Saris prend
une maifon à
l'irando.
Aitifices des
Hollandois.
Comédiennes
Japonoifes.
9 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fure. Elles chantoient & jouoient fur un livre où les airs étoient notés en Ii-
gnes & en efpaces, à peu près comme notre mufique de l'Europe. Saris leur fit
une réception fort galante, & leur offrit plufieurs bijoux, qui fe trouvoient
entre fes marchandifes. Enfüite il prit cette occafion pour demander au Roi
une Maifon dans la Ville. Elle lui fut accordée fans objeétion. Le Roi prit, à
fon départ, deux Faéteurs, auxquels il fit voir, en rentrant dans la Ville,
deux ou trois Maifons dont il leur laiffa le choix, après avoir ordonné aux
propriétaires de s’accommoder avec les Anglois pour le prix.
Le 13, Saris defcendit au Rivage, accompagné de fes Ufficiers & de fes
Marchands, avec les préfens qu'il deftinoit au Roi, & qui montoient à la
valeur de cent quarante livres terling. Il fut reçû avec des marques extraor-
dinaires d’eftime & d’affeétion, tracé avec toutes fortes de gibier & de fruits,
& réjoui par une infinité d'amufemens. Au milieu du feltin, le Roi fe fit
donner une coupe, qui avoit été apportée entre les préfens. Quoiqu'elle
ne tint pas moins d’une pinte & demie, il la fit remplir du vin de fon pays,
qui eft une diftillation de ris auifi forte que l’eau-de-vie de France, & décla-
rant au Général Anglois qu’il falloit la vuider à l'honneur du Roi d'Angleterre,
il en donna l'éxemple, que Saris s’'emprefla d'imiter. Enfüite faifant pafler la
coupe dans une fale voiline, où les Nobles étoient à dîner avec les Faéteurs
Anglois, il donna ordre qu’elle y fût vuidée à la ronde. Les Japonois mangent
à terre, aflis fur des nattes, & les jambes croifées à la manière des Turcs. Mais
ces nattes étoient richement bordées ; les unes de drap d’or, d’autres de ve-
lours, de fatin & de damas. [ies deux jours fuivans furent employés à pré-kés
parer & à faire des préfens. ]
LE 16, Saris convint du prix d'une Maifon avec le Capitaine du quartier
Chinois, dont le nom étoit Andafli, pour la fomme de quatre-vingt-quinze
piéces de huit, pendant la Mouflon, c’eft-à-dire, l'efpace de fix mois. An-
daffi s’engageoit, non-feulement à fournir aux Anglois le logement qu'ils .a-
voient déja choifi, mais à l’entretenir de nattes & des autres commodités
du pays, en leur laïiffant la liberté d'y faire, à leurs propres frais, les change-
mens qui leur feroient convenables. Le jour de ce traité, il vint fur le Vaif-
feau une fi prodigieufe foule de peuple, que Saris fut obligé de faire deman-
der des ordres au Roi pour fa tranquillité : on lui avoit dérobé quantité de
chofes; mais fes foupçons tombèrent plus fur fes gens que fur les Japonois.
Le même jour, on vit revenir de l'Ifle de Xima, ou Mashma ;un Flamand
qui s’y étoit rendu dans une Barque du pays, avec quelques pales de draps,
du poivre, .& des dents d’élephans. Quoiqu'il revint fans aucun refte de ces
marchandifes, il affeéta de fe plaindre beaucoup des difgraces qu'il avoit ef-
fuyées, en faifant entendre que fa petite cargaifon avoit été moins vendue
que pillée; mais l’Interpréte des Anglois apprit des Matelots qui l'avoient
conduit, qu'il avôit échangé fort avantageuiement fes marchandifes pour des
lingots d'argent, & que les Hollandois vouloient cacher à Saris cette heurcufe
€efpéce de commerce.
LE Roi de Firando avoit promis de procurer aux Anglois de nouveaux
amufemens fur teur Vaifleau. Il s’y rendit le 21, avec une troupe de fem-
mes, arrivées nouvellement dans la Ville pour y repréfenter des comédies,
à peu prés comme nos Comédiens d'Europe, qui courent de Villes en Villes
pour le divertiflement des Provinces. Elles écoient fournies d’habits & de dé-
corations
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COMÉAIES »
s en Villes
es & de dé-
çorations
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Crrar. V. 377
corations conformes à leurs Piéces, dont les füujets étoient des avantures de
guerre ou d'amour. Ces femmes dépendent d'un feul homme, dontelles font
efclaves, & qui les envoye dans divers Cantons, avec défenfe, fous peine
de mort, d'éxiger plus que le prix qui leur eft fixé pour les plaifirs qu'elles
donnent au Public. Leur état, quoique propre à les faire mener une vie dou-
ce & aifée, pale pour infime. Après avoir vêcu dâns la meilleure com-
pagnic, & fervi même de Maïtreffes aux premiers Seigneurs du Japon, qui
es préfèrent quelquefois à d’honnêtes-femmes , on leur met après leur mort
une bride de paille dans la bouche, avec laquelle on les traîne ignominieufe-
ment dans les ruës, & l’on abandonne enfüuite leurs cadavres fur un fumier,
aux chiens & aux oifeaux de proye.
LE 23, ona LR à Firando qu’il étoit arrivé à Nangazaqui, deux Joncs
Chinois chargés de fucre, malgré les rigoureufes défenfes de l'Empereur de
la Chine, qui avoit condamné nouvellement au dernier fupplice cinq mille
perfonnes & confifqué tous leurs biens, pour avoir éxercé le commerce étran-
er contre fes ordres. Les Marchands des deux Jrncs avoient corrompu par
eurs préfens divers Officiers de la Côte, fuccefleurs de ceux mêmes, qui a-
voient été enveloppés dans la Sentence de l'Empereur.
LE 29, il arriva au même Port un Jonc de Siam, chargé de Hollandois
qui apportoient au Japon du bois du Brézil & des peaux de différentes for-
tes. Saris apprit avec étonnement qu'ils prenoient le nom d’Anglois, & que
les Marchands de la même Nation étoient depuis long-tems dans cet ufage;
non que les Anglois fuffent dans une réputation fort glorieufe au Japon, car
les Portugais n’avoient pas manqué de les y faire connoître comme des Pyra-
tes & des Ennemis de la Religion Romaine; mais ils y étoient regardés
comme des guerriers redoutables, füur-tout depuis qu’un feul Vaifleau Anglois
s’étoit rendu maître de plufieurs Navires Efpagnols aux environs des Philippi-
nes. Le bruit de cet événement s’étoit répandu dans les Ifles du Japon. Il
y avoit été célébré par une chanfon, qui portoit le‘nom de Krofonia, & que
Saris prit plaifir à fe faire répéter. Les Japonoïis la chantoient avec des gef-
ticulations effrayantes , qui faifoient affez d’imprefion fur les enfans & les
XFfemmes, pour leur donner une idée terrible du courage des Anglois ; [ dela
même manière qu’autrefois en France, on intimidoit les gens par le feul nom
du Lord Talbot.
Le 1 de Juillet, il arriva que deux d’entr’eux prirent querelle & furent
fur le point de s’aller battre; ce qui les auroit tous jetté dans un très grand
danger; car la loi du Pays ordonne qu’un Homme qui prendra des armes .:
un mouvement de colère, foit mis en pièces fur le champ , quoiqu'il nen
ait fait aucun ufage; & que s’il en a bleffé tant foit peu quelqu'un, non-
feulement lui, mais encore toute fa famille foit mife à mort ].
LE 2, Saris s'établit enfin dans fa Maifon de Firando. Il y mit vingt-fix
hommes, aflez armés pour fe défendre dans les occafions de furprife, mais
trop peu pour infpirer de la défiance au Roi & de la frayeur aux Habitans.
À fon arrivée, il trouva que les Hollandois avoient beaucoup diminué le
prix de leurs draps, dans la vûe apparemment de s’en défaire avant que les
Anglois en euflent fait décharger. Il fe procura une conférence avec Brou-
wer, Chef de leur Comptoir, pour lui repréfenter que c’étoit faire un tort
égal aux deux Nations, & lui propofer de convenir d'un prix fixe & conf-
IT Pait. Bbb tant.
SAnts
1613.
Rigueur àla
Chine pour le
commerce É-
tranger,
Les [Hollan-
dois prennent
le noin d'An:
glois.
378 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Sante tant. Brouwer parut confentir à cette propofition. Mais dès le même foir,
5613. ilfit déclarer aux Anglois qu'il n’avoit j* reçû de fes Maîtres le pouvoir
de faire des traités. Le lendemain , il embarqua une groffe quantité de
draps pour différentes Ifles, avec ordre à fes Faëteurs de s’en tenir à leur
diminution.
pYORNQTS les Anglois arrivèrent dans cet endroit; le Poivre non cri- je
blé de Bantam, qui coûtoit à Bantam même, une Réale & trois quarts le
fac, valoit dix Tayes le Pikol; chaque Pikôl eft de cent Katis, ce qui fait
cent-trente livres, poids d'Angleterre. Un Taye eft cinq fchellings. Une
Réale de huit n’a cours-là daus les payemens ordinaires, que pour fept
Mas, c'eft-à-dire trois fchellings fix fols , monnoye d'Angleterre, Car un
Mas eft une Réale de Plata ou d'argent. L’Etain valoit trente Tayes le Pi-
kol;.les Dents d'Eléphant, quatre-vingt; le Fer en piéces, fix; la Poudre,
vingt-trois ; l'Aloës focotorin, fix Tayes le Kati ; un Fufil, vingt Tayes ;
les Calicos & autres Marchandifes de Coromandel & de Guzaratte, n’avoient
point de prix fixe, elles fe vendoient à proportion de leur bonté. ]
Le 7, le Roi de l'Ifle de Goto, qui n’eft pas éloignée de Firando, vint ren-
Le Roi de
Godin Vi- dre une vifite au Roi Toyna (r), fonparent, & fon Allié. Il étoit moins amené
ue par la curiofité de voir le Vaifleau An-
fiter les An. : A4
par l’empreffement de l'amitié, q ité ç
rloient avec admiration. Toyne fit prier le
glois,
glois, dont tous les Japonois pa | on. ent
Général de recevoir civilement un Prince dont la fatisfaétion lui étoit chère.
Les Anglois reçurent ordre à bord, de ne rien ménager pour rendre la fête
éclatante. Ils traitèrent le Roi de Goto avec autant de pompe & de refpeét qu'iis
en auroient employé pour fairc honneur à leur propre Souverain. L’artillerie fut
déchargée plufieurs fois, [le Vaiffeau paré de rideaux & de tapis magnifiques, 4
A
tous les Matelots vêtus galamment, & le feftin digne d’une Fêteroyale. Saris,
1 caufa tant de plaifir
ui avoit l’art de joindre beaucoup de grace à fes civilités,
d’admiration aux deux Rois, que celui de Goto, dans le mouvement de fa
reconnoiffance, le prefla de venir lui-même ou d’envoyer quelques Anglois
…. dansfon fe. ; :
Le 8, l'éxécution de trois Japonois , deux hommes & une femme, qui a-
nele, & forme VOient été condamnés à mort par la bouche même du Roi Foyne, donna aux
de ces châti- Anglois un fpeétacle terrible. Ils n’eurent d’abord que la tête coupée. Mais
mens au Ja- Jes fpectateurs s’approchant enfuite pour eflayer la bonté de leurs katans ou
b de leurs fabres, taillèrent les cadavres en piéces ; après quoi, plaçant les mor-
ceaux l’un fur l’autre, ils recommencérent encore cette fanglante boucherie,
pour voir qui couperoit le plus de morceaux à la fois. [Saris ne trouva pas moins
d’injuftice dans la Sentence que de barbarie dans l’éxécution.] La femme, dans
l'abfence de fon mari qui étoit allé faire quelque voyage, avoit donné un ren-
dez-vous aux deux hommes, à différentes heures. Celui qui devoit venir le
dernier, trouvant letemstroplong, s’étoit préfenté aflez tôt pour la furpren-
dre avec l’autre; & dans la rage de fe voir trompé, il s’étoit vangé à coups de
fabre. Le bruit avoit attiré les voifins, qui s’étoient faifis des trois criminels;
& fans mettre aucune diftinétion entre leur crime, le Roi les avoit condamnés nr
fur le champ à la mort. Les reftes des ttois cadavres furent D Lu M
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(r) Le Roi Toyna, cft le Roi Foyne. R. d. E.
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INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cap. Y. 379
chiens & aux oifeaux de proye. [Le 10, on éxécuta encore trois hommes dont Sunrs;
deux étoient frères, qui avolent enlevé une Femmede Firando, &l'avoient #61 3.
vendue à Nangazaqui il y avoit déja du sm Autant que la fin de ces
fpeétacles eft tumultueufe, autant l’on obferve d'ordre & de gravité dans
les préliminaires. La marche commence par une homme feul, qui porte une
hache fur l'épaule. Il eft fuivi d'un autre, qui porte une pioche, pour ouvrir
la foffe du coupable, lorfque la Sentence permet qu'il foit enterré. Un troi-
fième porte une petite planche, fur laquelle le crime & la Sentence font gra-
vés. Le quatrième eft le patient, les mains liées derrière le dos avec une
corde de foye, & portant fur la tête une petite bannière de papier, où fon
crime eft encore écrit en fort gros caraétères. Le Bourreau fuit, le katan au
côté, & tenant d’une main le bout de la corde dont le criminel eft lié. Deux
Soldats marchent, la pique à la main, de chaque côté du criminel , & tiennent
la tête panchée fur fon épaule pour lui ôter toute efpérance de pouvoir s'é-
chapper, Saris, qui en vit conduire plufieurs avec ces tragiques cérémonies ,
admira leur réfolution, & confefle qu'en Angleterre même on ne va point à
la mort avec cette fermeté. Il en vit éxécuter un pour avoir ‘lé un fac de
iris qui ne valoit pas plus de trente fols, [dans la maifon de : n Voifin, pen-
H dant qu'elle étoit en feu.] [Le vol eft commun au Japon, mais il n'eft puni
nulle-part fi févèrement.
i&æ [LE r1, trois Jones Chinois, chargés de foye, arrivèrent à Nangazaqui.
Le 19, le Roi Foyne (s) pria Saris de lui donner une piéce de Serpillière.
on la lui envoya; & aufli-tôt il s’en fit faire un jufteau-corps, que malgré
fa qualité & fon grand âge, il portoit appliqué immédiatement fur fa peau ;
le refte de la piéce fut employé à des mouchoirs dont il fe fervit tous les
jours. Le 20, il arriva encore à Nangazaquiun Jonc de la Cochin-Chine,
chargé de foye, & de très beau Benjoin. ]
LE 29, William Adams, qu'on attendoit depuis quarante-huit jours, arriva Arrivée de
heureufement à Firando, après avoir einployé dix-fept jours à venir de Soron- Willian A:
go. Dans les entretiens qu’il eut avec Saris fur les intérets du commerce, il mi.
lui dit que les conjonétures n'étoient pas toûjours également favorables, mais
qu’il ne doutoit pas qu'avec un peu d'habileté & de conftance, les Anglois ne
puffent y trouver leurs avantages, comme d’autres Nations qui les avoient pré-
cédés. Il fit d’ailleurs de grands éloges du Pays, pour Duel il fembloit avoir
pris beaucoup d’affeétion.
LE 13 au matin, un des Gouverneurs du jeune Prince fut coupé en piéces Crime & fup.
par l’ordre du Roi, pour avoir entretenu un commerce trop familier avec fa plice d'un
propre mère. Un Éfclave du coupable eut le même fort que fon Maître, pour S°uvereur.
avoir entrepris de le défendre. Le même jour, quelques Efpagnols, arrivés à
Firando, vinrent prier Saris de leur accorder le pañage jufqu à Bantam. Ils Efpagnols
étoient de l'Equipage d’un Amiral d'Efpagne, qui avoit été envoyé l'année iabandon-
précédente pour tenter de nouvelles découvertes au Nord du Japon. Pendant miral,
le féjour que leur Vaiffeau étoit obligé de faire à Jedo, pour attendre la
Mouffon qui commence à la fin de May , ils s’étoient révoltés contre leur Chef;
&F(s) L'Auteur de la Relation remarqueque la bravoure qu’il avoit témoignée, & des heu-
ce Prince pañloit pour un des meilleurs Sol- reux fuccès qu’il avoit eu dans les Guerres de
dats qu'il y eut dans toutle Japon, à caufede Corée,
Bbb 2
2
Sants,
1013.
Préfens defti-
nés à l'Empe-
reur du Japon,
Voyage de Sa-
ris à laCour de
l'Empereur,
Fukkate,
grande Ville,
339 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
& l'ayant abandonné avec la dernière perfidie , ils cherchoient à fe rappro-
cher de l'Europe. Mais Saris leur déclara, que ne pouvant prendre plus de
confiance que d'eftime pour des gens de leur caraétère , il n évoit pas difpofé à
les recevoir.
Le deffein des Anglois, tel qu'ils l'avoient communiqué au Roi de Firando,
étant de fe rendre à la Cour de l'Empereur du Japon , ils convinrent avec le
Roi, des préfens qu'ils devoient offrir à ce grand Monarque & à fes princi-
paux Officiers, du nombre d'hommes qu'ils devoient envoyer à Méaco, &
des préparatifs qui convenoient à leur députation. Les préfens furent bornés
aux fommes fuivantes, [fans que l’Auteur nous apprenne fi c'étoit en argent Æ
monnoyé, ou en valeur de marchandifes. ]
liv. fterl. fchel. fols.
Pour l'Empereur Ogoxofama....sssuss 87 ss 7 soso 6
Pour Xongofama, fils de l'Empereur... 43 sossosce DS vstssooisoptis ©
Pour Kodskedona, Sécretaire d'Etat... 15 sus 17 ssssssssssssss Ô
Pour Saddadona, fils du Sécretaire (f) 14 ss 3 sms 4
Pour Jhokora, Juge de Meaco...….. vo À oossvcsooonese HO svosssonenores 6
Pour l'ongo-Dona , Amiral d'Orongo.…. 9 ss 10 ss ©
_Pour Goto-Shoravero , Maître de la
MONNOYE...rrrrsnsnssssonrnsossrennnnse LE sssssoossnsees © versus ©
[CE détail n'a de curieux que le nom de l'Empereur & ceux de fes prin- +
cipaux Miniftres, car il n’eft pas fait pour donner une haute idée de l'Am-
baffade Angloife.] Cependant (v) le RoiFoyne, quiavoit pris beaucoup d'af-
feétion pour Saris, lui fit préparer une belle Galère, avec vingt-cinq Ra-
meurs de chaque côté, & foixante autres Japonois pour cortége. Elle fut
ornée fort galamment. Dix Anglois, choifis pour accompagner Saris, s'é.
quipérent particulièrement de ce qu'ils avoient de plus riche. Ils partirent
le 2 du mois d'Août, & Saris nous a laiflé une Relation fort éxaëte de ce
voyage.
Î se pañfèrent entre plufieurs Iflks, dont la plûpart leur parurent extrême-
ment peuplées, & remplies de fort belles Villes. Celle qui fe nomme Fuk-
kate, eft défendue par un Château de pierres de taille, mais fans artillerie &
fans garnifon ; ce qui parut d'autant plus étrange à Saris, que l'ayant obférvé
de sie, il le trouva bien entretenu, avec un foffé profond de cinq brafes,
& trois fois (x) plus large, un pont-levis & plufieurs guérites. On fut obligé
de relâcher au Port de Fukkate, parce que le vene.& la marée l’emportoient
fur les efforts des Rameurs. La Ville ne parut pas moins grande à Saris, que
celle de Londres, confidérée dans l’enceinte de fes murs. [Elle eft bien bâ-x$
tie, & les rues font fi droites qu’on peut voir d’un bout à l’autre.] Elle eft
plus peuplée qu’on ne peut fe l'imaginer, & les Habitans en font fort civils.
Cependant les enfans & la vile populace s’affemblèrent autour des Anglois &
(en
+ £ ) Angl. Sécretaire du Fils de l'Empereur. ce ici dans l'Original. R. d. E.
E
. E. (x) Angl. deux fois. R. d. E.
(u) La çe. Seétion de ce Chapitre commence
r'appro-
plus de
ifpofé à
irando,
avec le
| princi-
co , à
. bornés
| argentrh
fols.
LILI] O
fes prin-#
de l'Am-
coup d'af-
cinq Ra-
Elle fut
aris, s'é-
artirent
ête de ce
extrême-
ame Fuk-
rtillerie &
t obfervé
q brafles,
fut obligé
aportoient
Saris , que
Elle eft
ort civils.
Anglois &
des
t bien bà-Xxÿ
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car, V. 38:
des Le ar de la Galère , en criant avec un bruit épouvantable, Koré, ko-
vd, Rokord, ward, c'eft-h-dire, Cordens, cœurs perfides. On fut expofé au mê-
me traitement dans toutes les Villes où la Galère relâcha, & dans quelques-
unes on effuya quelques volées de pierres, fans d trouver d'autre reméde
. e ’ H u
que de pañler en filence, Au long de toute cette Côte, jufqu'à la Ville d'O-
zaka, Saris remarqua un grand nombre de femmes qui habitent fur l'eau , dans
des Barques , avec leurs enfans , tandis que les maris s'occupent fur le riva-
x à diverfes fortes de travail, [comme cela fe voit fouvent en Hollande.]
occupation des femmes eft de pêcher du poiflon en plongeant jufqu'à fept
ou huit braffes de eine Mais cet éxercice leur rend les yeux aufli rou-
ges que du fang, & leur profeflion fe reconnoît à cette marque, On mit
eux jours depuis Firando jururà Fukkate, A dix ou douzelieuës, dans le
Détroit de Xemina Seki, les Anglois obfervèrent une grande Ville, près de
laquelle ils virent à l'ancre un Jonc de neuf cens ou mille tonneaux , revêtu
de plaques de fer, avec une garde pour le garantir du feu & de toutes for-
tes d’accidens. 11 étoit fort bien conitruit, à peu-près comme on nous re-
préfente l'Arche de Noé. Les Japonois dirent à Saris qu'il étoit deftiné à
tranfporter des Soldats dans les Ifles, lorfqu'on étoit furpris par la guerre ou
par quelque révolte.
APrès qu'on eut pañlé les Détroits, il ne fe préfenta rien d'extraordi-
naire jufqu'aux environs d'Ozaka , où l'on arriva le 27 d'Août. La Galère ne
pouvant s'approcher de la Ville, il vint à fa rencontre une Barque légere ,qui
apportoit le Maître de la maifon où les Anglois devoient être reçus à leur
arrivée, Il leur préfenta des rafraïchiffemens de vin &de fruits. Pour remon-
ter le fleuve, la Barque fut tirée par des Matclots, avec une corde attachée
au fommet d’un mât. Ozaka eft une Ville de la même grandeur que lukka-
te. Elle a pluficurs ponts de bois, fur une rivière qui n'eft pas moins lar-
ge que la Tamife. Ses maifons ne font pas également belles, mais il s’en trou-
ve plufieurs d’une beauté extraordinaire. Ozaka eft un des principaux Ports
du Japon. Son Château eft d’une grandeur confidérable, fortifié par de lar-
ges & profonds foflés , avec plufieurs ponts-levis à chaque porte. Les murail-
les ont douze ou quinze pieds d'épaifleur , avec des ouvertures par interval-
les pour lancer des fléches, des dards & des pierres. Elles font de belles
ierres de taille, & foûtenues par un large rampart. Chaque pierre eft tail-
ée fi éxaétement pour remplir fa place, que fans aucun beioin de ciment, un
peu de terre fuffit pour remplir les jointures. |
Ce Château étoit la demeure de T'icofzma, Fils du dernier Empereur , qui
fe trouvant dans l'enfance à la mort de fon Père, avoit été laiflé fous la tu-
telle de quatre Seigneurs, dont Ogoxofama étoit le Chef. L’ambition de ré-
gner leur avoit bientôt fait violer tous les droits; mais Ogoxofama, feignant
de prendre les armes en faveur du jeune Prince, avoit défait fes trois ri-
vaux dans plufieurs batailles. Il en avoit tué deux, & forcé le troifiéme de
chercher fon falut par la fuite. Enfin lorfqu'il s’étoit vû fans concurrent,
il s'étoit fait proclamer Empereur , à l'extrême étonnement de ceux qui
ne l’avoient pas foupçonné de cette vûe; & s'étant faili du légitime hé-
ritier de la Couronne, il l’avoit marié à fa fille, comme le feul moyen dont
on pût efpérer une parfaite reconciliation. Mais il avoit confiné les deux
jeunes époux dans le Château d'Ozaka, & placé près d'eux, pour Garde con-
Bbb 3 tinuelle,
Santa.
10613.
Jonc de mil.
le tonneaux,
Ozaka, gran-
de Ville du Ja.
pon,
Ufurpation de
l'Empire par
Ogoxofama,
J Sante,
1613.
Ville deSakay.
Ville‘ de Fu:
chimi & fa
garnifon,
Ordre de la
Milice Japo-
noie,
Marche du
Commandant,
L!
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
382
cinuelle , un certain nombre de jeunes gens qu'il avoit fait élever depuis le
berceau , dans un dévouement abfolu à toutes fes volontés, Ainfi n'ignorant
pas les démarches & les plus fecrettes penfées du Prince, il gouvernoit l'Em.
pire avec une parfaite fécurité.
Vis-à-vis d'Ozaka , de l'autre côté de la rivière, on découvre une autre
Ville, nommée Sakay, qui eft fort inférieure en étendue, mais qui entretient
un grand commerce avec les Ifles voilines,
Le28, frésavoir laiflé, à quelques Négocians d'Ozaka, des effais de
marchandifes & leur prix, Saris partit fur une Barque pour Fuchimi, où il
arriva le 29, Cette Ville, qui eft fortifiée fuivant la méthode du Pays, a
pour fa garde trois mille Soldats, que l'Empereur y entretient dans la feule
vûüe de tenir en refpeét Ozaka & Meaco. On renouvelloit la Garnifon à l'ar-
rivée des Anglois. Ils virent fortir les vieilles Bandes, & les nouvelles pren-
dre leur place. Elles marchoient fur cinq hommes de front & dix de hauteur,
A chaque divifion, elles avoient un Ofhcier, [nommé Capitaine de cinquan-y#s
te, ] qui les entretenoit dans un ordre éxaét. La première étoit armée de Cali-
vers , Car les Japonois n'ont pas de pe 2 rar &n'en veulent pas prendre l'ufa-
ge. La feconde l'étoit de piques ; la troilième de katans, ou de fabres, & de
targettes ; la quatriéme d'arcs & de fléches ; la dernière, d'une forte de bâtons
ou de crocs garnis de fer, qui fe nomment dans le Pays Waggadashes, Ces
cinq divifions, avec leurs différentes armes, formoient une Compagnie , après
laquelle une autre füuivoit dans le même ordre, Mais il n'y avoit ni enfeignes, ni
tambours, ni trompettes, ni d'autres inftrumens de guerre, La première file des
katans avoit des fourreaux d'argent ; & la dernière, des fourreaux d'or [ou do-#
rés.] Toutes les Compagnies n'étoient pas compofées du même nombre d’hom-
mes. L'une étoit de cinq cens, une autre de trois cens, & les autres de deux
cens cinquante. Au milieu de chacune , trois chevaux en bride & en felle
richement caparaçonnés, avec les houfles de velours brodé ou de pelleterie
précieufe, étoient conduits chacun par trois Efclaves, qui les tenoient avec
des longes de foye. Les Capitaines marchoient à cheval, à la queuë de cha-
ue Troupe, mais les jambes croifées fur deux paniers, où leur lit & le refte
de leur bagage étoit renfermé. Les plus vieux avoient derrière eux une for-
te de dofier, contre lequel ils étoient appuyés dans une poflure affez com-
mode. Saris & les Anglois rencontrèrent le. Commandant de la Garnifon
deux jours après avoir vû la première Troupe; car chaque Compagnie mar-
choit à deux ou trois lieuës de diftance , pour la commodité des Jlogemens
& des vivres. [Celles qui fuivoient étoient toûjours mieux équitées quexf*
celles qui les précédoient ; & la dernière étoit la plus belle de toutes.] Le
Commandant étoit diftingué par la richeffe de fon équipage. 11 prenoit en
chemin le divertiffement de la chafle & du vol. Outre fes chevaux de ba-
gree, il en avoit fix de main , qui furpafñloient, au jugement de l'Auteur,
. . plus beaux Genets d’'Efpagne. [Ils étoient de petite taille, & bien-faits ; ils X$
avoient la tête fine & étoient pleins de feu.] Son palanquin, de velours cra-
moifi, étoit porté devant lui par deux hommes; mais il y en avoit fix, qui
fe relevoient tour-à-tour pour cet emploi.
IL régnoit un fi bel ordre dans la marche de cette petite armée , qu'on
n'entendoit parler d'aucune injure ni d’autres fujets de plainte. Comme cha-
cun payoit pour fes befoins, tous les Soldats étoient reçus volontiers sus
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Hété punis
dre obftac
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cnar. V. 383
les lieux de leur p , I n'y a point de Villes ni de Villages fur les rou-
tes publiques qui ne foient bien pourvûs de Cuifiniers, de Traiteurs & d'Au.
berges, où l'on peut fe faire fervir fur le champ ce que l'on delire, au prix
xquon veut employer, [depuis un Sol, jufqu'a deux Schellings par tête, ]
den communs dans tout le Pays font le ris, de diverfes fortes, entre
lefquels néanmoins le blanc eft le plus eftimé ; le poiflon frais ou falé ; tou-
tes fortes d'herbes, de pois, de racines j de la volaille, des oifeaux & du gi-
bier de coute efpéce, car l'Éurope n'a pas d'animaux qui ne foient en abon-
dance au Japon. Mais les Japonois n'aiment point la chair des animaux pri-
vés. 11 ont différentes efpèces de fromages, & ne font pas de beurre. Ils
n'ont pas non plus l'ufage du lait, parce qu'ils le confidèrent comme du fang.
Leur froment ne le céde point à celui d’ p. omant. mais la couleur en €
rougeâtre. Ils employent les bœufs & les chevaux à labourer la terre. Les
Anglois ne payèrent que trois fols pour une poule graffe , & le même pe
pour un faifan, Un excellent cochon de lait ne leur couta que douze fols ;
un cochon gras , cinq fchellings ; un bœuf, feize ; un chevreau , trois ; & la livre de
ris, un demi-fol. La boiffon commune du peuple eft l'eau pure, qu'ils font un peu
chauffer, & qu'ils regardent dans cet état comme un fouverain préfervatif contre
les vers. Leur unique liqueur eftune diftillation de ris, qui eft prefque auffi forte
ue l'eau-de-vie de France, & qui reffemble en couleur au vin de Canaric.
lle n’eft pas chère. Cependant après avoir tiré la meilleure & la plus forte,
ils font encore fur le marc une liqueur | foible, quieft à l'ufage des Pauvres.
Le 30, on fournit à l'Ambailade Angloife dix-neuf chevaux, aux dépens
de l'Empereur , pour tranfporter les préfens à Suragon , avec Saris & fa
fuite. Outre le cheval qui devoit lui fervir de monture, il y avoit pour lui
un palanquin , & fix hommes nommés pour le porter. 1 Officier, que le
Roi de Firando Jui avoit donné pour guide, prenoit foin, en vertu d'un or-
dre Impérial, de louër ces porteurs & ces chevaux de Ville en Ville. 11 é-
toit chargé aufli de la dépenfe & du logement; & füuivant l'ufage du Pays, le
convoy étoit précédé d'un Eftlave à pied , qui couroit la pique à la main.
Le voyage dura à dre 6 de Septembre , à quinze ou feize lieuës par
jour. Cette route eft la principale du Japon, Les foins qu'on a pris pour
l'applanir en coupant jufqu'aux montagnes , l'ont rendue fort commode &
fort unie. Elle eft divifée en lieuës, à chacune defquelles on a placé des
deux côtés une petite ere de moins pour avertir de la longueur du che-
min, que pour régler le | cp des chevaux & des porteurs de louäge, qui
n'eft que d'environ trois fols pour chaque lieuë, On trouve fur toute la rou-
te une quantité furprenante de Voyageurs. Les métairics & les maifons de
campagne font en fi grand nombre, qu'on n'avance point fans en découvrir
de nouvelles. On rencontre une infinité de Villages , plufieurs grandes Vil-
les & des pontons commodes fur chaque rivière. Il fe préfente aufñi des
Couvens dans quantité de lieux, ou des temples environnés d'un petit bois,
& bâtis, la plûpart, dans les plus agréables parties de chaque Canton. Les
Prêtres, qui font le fervice de la Religion, habitent ces lieux, & n’y man-
quent pas plus qu’en Europe de toutes les commodités de la vie, Aux en-
virons de chaque Ville, on trouve des croix chargées de criminels qui ont
Rété punis par ce fupplice. [Le préjugé de cet ufage n'a pas été le moin-
dre obftacle à la propagation de l'Evangile dans toutes les Ifles du Japon.]
La
LU
Sante,
16134,
Abondance,
de vivres dans
les routes pus
bliques.
Saris faitune
partie du
voyage par
terre,
Beauté ad.
mirable de la
route,
Obflarts on
Chr'iia ns
SARIS.
1613.
Suronga, fé-
jour de l'£m-
pereur.
Sariseft con-
duit à l'Au-
diance,
Il eit traité
favorable.
ent,
384 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
La Ville de Suronga où l'Empereur du Japon tenoit fa Cour, eft auñi
rande que Londres avec tous fes Fauxbourgs. On n'y fouffre point d'arti.
M dans l'intérieur, pour ménager le repos de l'Empereur & des Grands ,
qui ont leurs Palais au centre de la Ville. Aufñi ne trouve-t'on à l'entréeque
des boutiques , des magafins, & d’autres lieux de travail , où l’on ne voit
paroître que des Marchands & des Ouvriers.
Aussi-TÔT que Saris fut logé, il envoya William Adams à la Cour, pour
déclarer fon arrivée & demander une prompte expédition. On lui répondit
qu'il étoit le bien-venu, & qu'après s'être repofé un jour ou deux, il feroit ad-
mis à l'Audiance de l'Empereur. Le jour fuivant fut employé à préparer les
réfens & à fe procurer de petites tables du pays, avec des parfums, pour s’en
aire accompagner fuivant l'ufage. Le 8, Saris fut conduit dans fon palan-
uin du Château de Suronga, précédé de fes F'aéteurs, qui portoient les pré-
ens, 11 pafñla plufeurs ponts, dont chacun avoit fon corps de garde. Enfuite
ayant monté un grand efcalier de pierres choifies, il vit venir à farencontre
deux perfonnages d’une figure fort grave & fort impofante , Kodskedona ,
Sécretaire de l'Empereur, & Fungondona Amiral, qui l’introduifirent dans
une chambre nattée, où ils s’affirent les jambes croifées. Après queïques mo-
mens de repos, ils le firent entrer dans une autre chambre qui fe nomme en
langage du pays, la fale de préfence. On y voit le fauteuil, ou le Trône de
l'Empereur, qui eft de drap d’or, élevé d'environ cinq pieds & fort riche-
ment orné, mais fans dais au deflus. Saris & fes Anglois furent avertis de
le falucr ; après quoi ils furent reconduits dans la première chambre , où ils
n'attendirent pas moins d’une heure. Enfin, quelques Officiers de la Cour
étant venus annoncer que l'Empereur avoit paru, le Sécretaire & l'Amiral
prirent Saris fous les bras & le conduifirent à la fale de préfence ; mais ilsle
quittérent à la porte, en lui faifant figne d'entrer, & fans ofer eux-mêmes
jetter les yeux dans la fale. L’Auteur obferve que les préfens, c’eft-à-dire,
ceux du Roy d'Angleterre & ceux que l’Ambaffadeur offroit en fon propre
nom, fuivant l'ufage du Pays, avoient été placés fur des nattes, dans la fale
d’Audiance, avant l’arrivée de l'Empereur.
Sar1s accompagné du feul Adams, qui lui fervoit d’interpréte, s’avança ref-
peétueufement vers le Trône, [où l’Auteur ne nous apprend pas fi l'Empereur
eftoit affis, ni s’il étoit environné d’un nombreux cortège.] Après un com-
pliment fort court, Saris préfenta au Monarque du Japon lalettre du Roi d’An-
gleterre. Il la reçut de fa propre main, & l'ayant portée à fon front, il don-
na ordre à fon Interpréte qui étoit aflis derrière lui, de dire à William Adams,
qu’il voyoit les Anglois'avec plaifir, & que lorfqu'ils auroient pris deux ou
trois jours pour fe remettre des fatigues d’un filong voyage, il leur feroit don-
ner la réponfe qu’il vouloit faire au Roi leur maître. Enfuite il demanda au
Général Anglois s’il n’avoit pas deffein d'aller voir fon Fils, qui étoit à Fedo. Sa-
ris ayant répondu que c’étoit fon intention , l'Empereur donna ordre qu’on
lui fournît des hommes & des chevaux pour ce voyage. [L’'Audiance finit
par un figne de tête du Monarque, qui fit connoître aux Anglois qu’il étoit
temps de fe retirer.] Saris retrouva le Sécretaire & l’Amiral à la porte. Ils
le conduifirent jufqu’à l’efcalier, où il rentra dans fon palanquin pour retourner
à fon logement.
LE 9, il porta au Sécretaire les préfens qui lui étoient acftinés. ir cet
Officier
qui reg
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Adams
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IT.
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Fedo. Sa-
dre qu'on
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u’il étoit
orte. Ils
retourner
Mais cet
Officier
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Citar. V. 385
Officier refufa conftamment de les recevoir, en proteftant qu'il étoit lié par
une défenfe exprefe de l'Empereur fon maître, & qu'il y alloit de fa ke
Cependant il accepta quelques livres de tablettes d'Aloës, comme un rand
reméde pour fa fanté. Saris lui remit un Mémoire contenant les ie du
re A “ee à Le avoit quatorze; Kodskedona, qui les trouva trop longs,
se ; ‘ mel ent abrégés, par la feule raifon que les Japonois n'aiment
Le 10, Adams fut chargé de porter un abrégé des articles au Sécretaire
ui les communiqua auffi-tôt à l'Empereur. Ce Prince les approuva tous à
l'exception d'un feul qui regardoit les Chinois. Les Anglois n'ayant pû ds
tenir la liberté du commerce à la Chine, Saris demandoit qu'il ne fi does
mis d amener dans les Ports du Japon les prifes qu'ils feroient fur cette \
tion, & d'en vendre les marchandifes aux Japonois. L'Empereur n'avoit tits
qué d abord aucun éloignement pour cette propolition; mais après en ï
conféré avec un Miniltre de la Chine, qu'il avoit à fa Cour i Mate que
cet article ne feroit jamais accordé. ‘Tous les autres pafférent fous le 5
fceau, qui n’eft pas de cire, comme en Europe, mais qui confifte re
dans quelques caractères gravés en couleur rouge. Le Maître de la S
noye ne fit pas les mêmes difficultés que le Sécretaire , pour recevoir les +
fens des Anglois; mais il en marqua fa reconnoiffance à Saris, en We
voyant deux robes de taffetas du Japon. Avec l’Intendance de la monno lé.
il avoit la qualité de Marchand Impérial, ce qui le mit dans une corref de
dance plus étroite avec les Anglois, qui lui communiquérent divers cab de
leurs marchandifes. 11 étoit fort eftimé de l'Empereur; & ce qui au aps
toit beaucoup fon crédit, il s'étoit engagé par un vœu nat fe Ru
la mort de fon maître, pour fe délivrer de la douleur de lui furvivre ns
L £qQuiraGe qui devoit conduire Saris à Jedo, ayant été réparé
füivant l'ordre Impérial, il partit le 12, avec fon cortège. Le pays M tre
verfa lui parut fort peuplé. Il admira fur-tout un grand He je Fot “
ou de Temples, entre lefquels il en vit un fort célèbre par la ftatue dune
Divinité nommée Dabis. Elle étoit de cuivre, & creufe intéri ni
mais fi grande qu’elle n’avoit pas moins de vin rt & un où aus deut Die
de hauteur, quoiqu'elle fût dans la pofture d’un homme à Ha & L PRE
fes appuyées fur fes talons. Tous les membres étoient one foflour ‘
portionnée. Elle étoit couverte d’une robe, pour au entee là véné pes
du peuple , par la richeffe de l'habillement. On ne refufa point au Abbis
la permiffion d'entrer dans l'intérieur du corps, avec ie vs Eve
qui regardoient cette circonftance comme une partie de leur dévoten Le
SArts,
1613.
Réglement
des articles du
COIMMULCe,
Refus d'un
article.
Saris fait le
voyage de
Jedo.
Hloles & fu-
perftition du
pays,
retentiflement de la voix y caufoit un bruit terrible. Chacun prenant la li-
berté de graver quelques caraétères fur le cuivre, les Anglois y écrivirent
leur nom & l'année de leur pañlage. Ce Temple eff fitué fur le grand che
min qui conduit à Tenkadaÿ , autre lieu de pélerinage, où les Grand &
le Peuple fe rendent avec le même emprefflement de fuperftition Will
Adams, qui avoit eu la curiofité de faire ce voyage raconte que du
les mois on amene au Temple de Tenkaday une des plus belles filles di
pays;
(y) La 10°, Seûtion de ce Chapitre commence ici dans l'Original. R. d. E.
II. Part. Ccce
SaAR1s.
1613.
Saris arrive à
Jedo.
Beauté de la
Ville,
Rue fingu-
ficre,
Age & fitua-
tion du Roi de
Jedo,
Retour de Sa-
ris à Suronÿa.
386 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
pays , qu'on place avec beaucoup de bienféance , dans une chambre fort
ornée, Là, pendant certaines nuits, l'Idole Tenkaday fe préfente à elle
& la traite avec toute la familiarité d'un mari. Il lui explique toutes les
difficultés que les Bonzes, (c’eft le nom des Prêtres), la prient de lui pro-
ofer. Mais lorfqu'il la quitte, & qu'elle fait place à celle qui doit lui
Érccéder , elle fe trouve couverte d'écailles, qui reffemblent à celle d'un poif-
fon. On ignore enfuite ce qu’elle devient. L’Auteur paroît perfuadé que
c'eft le Diable qui fe joue ainfi de la crédulité des Japonois, fans faire réllé-
xion que l'intervention des efprits eft inutile au milieu des Bonzes.
L'Amsassape Angloife arriva le 14 à Jedo, Ville, non-feulement plus
rande que Suronga, mais beaucoup plus admirable par la magnificence de
es bâtimens. La plûpart font [ bâtis de belles pierres, & 7] dorés dans plu-
A [ Les montans des portes font aufli x$
fieurs endroits de açade & du toit.
dorés ou verniflés. ] Les fenêtres ne font pas de verre, mais elles n’en font
pas moins grandes; & les planches légères, dont les volets font compofés,
font chargées de dorures & de peintures. La principale rue de la Ville eft
formée par une chauffée qui régne continuéllement au-deflus d’une rivière,
avec une ouverture de cinquante en cinquante pas, pour la commodité de
l'eau. Les Villes de l'Europe ont peu de rues qui foient aufli larges que cet-
te chauffée.
APrRèÈs avoir fait avertir le Sécretaire d'Etat de fon arrivée, Saris fut
conduit le 17, à l’Audience du Roi. Ce Prince tient fa Cour dans le Chi-
teau de Jedo, qui eft beaucoup plus fort & plus beau que celui de Suron-
ga. Sa garde eft auffi plus nombreufe. Saddudona , fon Sécretaire , étoit
père de Kodskedona Sécretaire de l'Empereur. Son mérite & fon expé-
rience l’avoient fait choifir pour Crouverneur du jeune Prince, qui paroifloit
âgé néanmois d’environ quarante-deux ans. Saris fut reçu avec les mêmes
cérémonies & les mêmes témoignages de bonté qu'a Suronga. Le Roi pa-
rut fenfible à la lettre & aux préfens du Roi d'Angleterre: Il ordonna des
rafraîchiffemens pour les Anglois, & leur promit que fa réponfe & fes pré-
fens pour leur Maître feroient prêts dans peu de jours.
LE 19, il leur envoya deux armures complettes pour le Roi d'Angleterre ;
& une épée pour Saris, de celles que les Japonois appellent Tach,& quine
font à l’ufage que des guerriers du premicr ordre.
[CE même jour, trente-deux hommes ayant été renfermés pour dettes, le x£
Feu prit pendant la nuit à la maïfon, où ils étoient ;ils périrent tous dans les
flammes. |
Les Anglois quittèrent Jedo le 21; [depuis cette Ville jufqu’à la partie laX$
plus Septentrionale du Japon, on compte que la diftance eft telle qu’il faut
trente-deux jours à un Cavalier pour aller de l’une à l’autre. ] Au lieu dere-
venir à Suronga par le même chemin, les Anglois fe laifèrent volontiers con-
duire dans une Barque du Roi jufqu’àa Oringa, Ville maritime , d’où ils n’arri-
vèrent que le 29, à la Ville Impériale. Avec quelque empreffement qu’ils euf-
fent demandé leur congé, ils furent obligés d'attendre jufqu’au 9 d’Oétobre,
les lettres & les préfens de l'Empereur. Cependant on ne diminua rien des
civilités qu'ils avoient reçues jufqu’alors, & le Sécretaire d'Etat fit plufieurs
fois l'honneur à Saris de le vifiter dans fon logement. Enfin il lui remit la let-
tre de l'Empereur, que Purchaff a confervée dans les caraétères du Japon,
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fufhra d'en joindre ici la traduétion..
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obre,
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ufieurs
ca
on.
; Au:
EL
ss préfent de
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. V.
Au Roïr DE LA GRANDE BRETAGNE.
" apportée par votre fujet le Capitaine Jean Saris, le premier Anglois
de ma connoiflance qui foit arrivé dans une partie de mes Domaines,
» & je n'ai pas peu de joye d'apprendre quelle doit être la grandeur de vo-
» tre fagefle & de votre pouvoir pour réunir trois puiffans Royaumes fous
» Votre redoutable commandement. Je remercie Votre Majefté de la bon-
» té extrême qui l’a portée, fans aucuneraifon de ma part, à m'envoyer un
olufieurs chofes rares, telles que mon pays n’en produit point
» &qu'onn'enn’a jamais vû. É les reçois, non comme d’un Etranger, mais
» comme d’un Prince que j'eflime autant que moi-même, & dont je delire
» que l'amitié me foit continuée. Je fouhaite aufli que votre Hauteffe per-
ss (te dans la bonne intention d'envoyer fes Sujets dans les parties ou les
» Ports qu'illui plaira de ma domination, où j'ordonnerai qu’ils foient très-
» bien reçus; louänt beaucoup leur habileté dans la connoïffance admirable
» de la Navigation, qui leur a fait découvrir facilement un pays fi éloigné,
» fans que l'étendue d'un fi grand gouffre, &la crainte d’une infinité de tem-
» pêtes & d'orages, leur ait fait abandonner l'entreprife des découvertes &
7 F reçois avec plaifir la lettre obligeante de Votre Majefté, qui m'eft
\» du commerce, dans laquelle ils me trouveront toûjours prêts à les favo-
, tifer fuivant leurs defirs. J'envoye de mon côté à Vôtre Hautefle, par
5 votre même Sujet, un petit témoignage de mon affeétion, en vous priant
» de le recevoir comme de celui qui fe réjouit beaucoup de Votre Amitié.
,, Comme les Sujets de Votre Majefté ont defiré certains privilèges pour le
,») Commerce, & la permiflion d'établir un Comptoir dans mes Etats, non-
es feulement je leur ai accordé cette faveur, mais pour la rendre plus folide,
» je l'ai confirmée par mon grand Sceau. Donné dans mon Château de Su-
… ronga , le 4 du neuviéme mois, dans la VIII<, année de (x) notre Dary (a),
» fuivant notre manière de compter: demeurant l'ami de Votre Majefté, le
» plus haut Commandant dans ce Royaume du Japon. Signé plus bas. Minna
55 MONTTONNo. VEI. VE. VEASs.
Avec cette lettre, on remit àSaris la Patente des Privilèges pour le com-
merce du Japon. Il laiffa l'original à Cocks, qui devoit demeurer dans le
pays avec la qualité de premier Faéteur. Les caraétères de cette piéce
comme ceux de la lettre, différent beaucoup des caraétères Chinois. Leslet
tres de chaque mot font écrites l’une fur l’autre, & les lignes prennent du
haut du papier jufqu’en bas, en commençant à droite & continuant à gauche
jufqu’à la dernière, au bas de laquelle eft le Sceau.
Priviléges accordés par Ogoxofama, Empereur du Fapon, à Sir Thomas Smith ,
Gouverneur | 3 aux honorables Affociés de la Compagnie des
Indes Orientales.
S:rR:s.
1613.
Lettre de
l'Empereur
du Japon au
Roi d'Angle-
re,
Caractires &
? écriture du Ja
DOn,
» DREMIÈREMENT, nous accordons & donnons liberté perpetuelle aux | Patentes &
ÿ Sujets du Roy de la Grande Bretagne, c’eft-à-dire, à Sir T'homas
> Smith
(3) Angl. dans la XVIII, Année. R. d. E. gœ(a) ou Régne.
Ccc2
Priviléses du
commerce.
Sants.
1613.
388 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
LE]
LE
LE
LL
LE
LE
”
w ”
+
v
w
LE
je
Smith Gouverneur, & à la Compagnie de Marchands des Indes Orientales ,
de venir dans tons les Ports de notre Empire du Japon, avec leurs Vaif.
feaux & leurs marchandifes, fans aucun empéchement pour leurs perfon-
nes & pour leurs biens, d'y réfider, de vendre, d'acheter , de faire des é-
changes avec toutes fortes de Nations, d'y demeurer aufli long -tems
qu'ils le jugeront-à-propos & d'en partir fuivant leur inclination & leurs
befoins. -
» ITEM. Nous les délivrons des droits de la Douäne pour toutes les mar-
chandifes qu'ils ont apportées & qu'ils pourront apporter dans nos Royau-
mes, ou qu'ils voudront en tranfporter dans d'autres pays; & nous auto-
rifons les Navires qui arriveront d'Angleterre à procéder à la vente de
leurs marchandifes, fans avoir befoin de venir ou d'envoyer davantage à
notre Cour.
» ITEM. Nousdéclarons, que, fi quelque Vaiffeau d'Angleterre étoit en dan-
ger de faire naufrage dans notre pays ou fur nos Côtes, notre volonté ft
non-feulement que nos Sujets leur prêtent de l'afliftance, mais que les
Marchandifes qui auront été fauvées foient rendues au Capitaine, ou au
premier Marchand; ou à ceux qui auront leur Commiflion, Nous voulons
auf qu'ils ayent la liberté de bâtir pour la commodité de leur commerce
une ou plufieurs maifons , dans quelque Portde nôtre Empire qu’ils en ayent
befoin ; & qu'à leur départ ils puiffent la vendre,
» ITEM. Si quelque Marchand ou quelque autre Anglois fort de cette
vie dans l'étendue de notre Empire, les biens du mort demeureront à l4
difpofition du principal Faéteur. Si quelque Anglois commet une offenfe,
le droit de la juftice & de la punition appartiendra au principal Faéteur,
& nos Loix ne regarderont ni leurs biens ni leurs perfonnes.
» ITEM. Nous vous commandons, à vous, nos Sujets, quitrafiquerez avec
les Anglois pour quelque partie de leurs marchandifes, de les payer fidéle-
ment, fuivant les conventions, fans délai, fans remife, & fans qu'il vous
arrive de leur renvoyer les marchandifes achetées.
» ITEM. À l'égard des marchandifes propres à notre ufage, qu’ils ont
apportées, ou qu'ils apporteront à l'avenir, notre volonté eit qu'elles ne
foient jamais arrêtées ou confifquées, mais que füuivant les conventions dé
prix qui feront faites avec les Marchands, éiles foienc payées au momeut
qu’elles feront délivrées.
» ITEM. Si dans leurs entreprifes pour découvrir d’autres pays, ou pour le
retour de leurs Vaifleaux, ils ont befoin d'hommes ou de vivres, notre vo-
lonté eft que vous, nos Sujets, vous leur fournifliez, pour leur argent, les
commodités dont ils auront befoin.
» Conciusion. Nous voulons que fans autre Paffeport , ils puiffent travail-
ler à la découverte de Tradzo , ou de tout autre pays dans l'étendue & aux
environs de nôtre Empire.
» DE notre Château Le Suronha, ce premier jour du neuvième mois, dans
la VIII, année (b) de notre Dary, fuivant notre manière de compter.
Scellé de notre grand Sceau.
Signé plus bas. Minna Montrono. Yer. YE. YEas. (c). EN
(D) Angl. dans le XVILS. jour; & il fautlie d(c) Kempfer écrit ce nom de ectte manière
fans doute dans la XVLile. année. R, d. L. Sjejas.
EN
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inftruétions
Crucifié av
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te Ville qu
(d)
INDES ORIENTALES, Lav. IV, Car. V. 389
les ;. EN pañfant par Ori ï
in S :
'aif- les ValTeaux P, f ga, ass obferva que ce Port eft excellent, & que Sanitrs.
bd L Ale FF n 3 Ds pes sep 4 re que dans la Tamife au milieu de 1613
. F 18. entrée par la mer eft aufli urês-füre & tré : Cr : 2°
UE ra ; L Q és-facile. D'oùilcon- Excellence
à é clut que les Bâtimens Anglois doivent le préférer à celui de Firando, d'au- ‘Port d'os
ems tant plus qu’il n’eft qu’à quatorze ou quinze lieuës de Jedo. A la vé té l gi:
eurs beftiaux & leurs autres provifions ne s’y trouvent point dans la pp !
j f ’} ï: P > . £ 2 € e
D dance qu'à Firando; mais cette raifon même ne doit point empêcher qu'o |
mar- ne lui donne la préférence. Lise |
) au- 1 j Ve à ‘
Auto Mes eue ra: à se Does trouvérent dans cette Ville un Am- |
: | ar. , arrivé des Philippines, qui avoit obtenu fl jé |
e de dience de l'Émpereur, & qui lui avoi ifenté sets dr: eo der |
. reur, i lui avoit préfenté quelques pié : dati »
ge & la Chine, avec cinq gros flacons de vin de l'Europe, a re in |
a. ne ja En d sus gen à u Cour Impériale, Il venoit demander que |
L ugais es Efpagnols qui étoient : À , [ls
té eft fés par le Roi-d'Efpagne, ni fuffent Ass AA ut pe PI line 1
1e les Le . , Le à | LES aux 111D-
sa au ed _ rent “ ur rejetta cette demande, en déclarant que le Fac Liberté étu-
Lis ra 'e y: libre, d'où il vouloit que perfonne ne fût forcé de fortir. Ce- blie au Japon. |
nérce pass ; ne que fi l'Ambaffadeur pouvoit perfuader à quelqu'un de le
ayent Ambañlade ét ET NR AARNNANE de Ê 5 Gels Er eceaden. A soiré |
y ade étoit le befoin que les Efpagnols avoient d'hommes, pour défe |
dre les Molucques contre les Hollandoi À faifoi s PAU HSUAE
Le “ya ent ollandois, qui faifoient de grands préparatifs |
ù à lu P* d à RTS e ces Ifles. [Cet Ambailadeur ayant attendu inutilement
“As pendant tout le tems prefcrit à fon Ambañlade, prit enfin congé de la Cour |
ps a. fort mal ne du fuccès de fa négociation. Quand il fut prêt à s'embar- |
éteur, quer, on lui envoya un petit préfent de cinq R ; |
À obes sde |
Katans.] 1 du Japon, & de deux |
ÉTle- SARIS partit le 9 d'Oétobre, pour retourner à Firando. Après fon dé- |
éle 4 r! (4), l'Empereur, qui avoit peu d'inclination pour la Religion Chré-
il vous ie ordonna par une proclamation ,. que tous les Chrétiens fe retiraffent
Li à RER sise maritime, éloignée de l'irando d'environ huit licuës , &
M pe Melle AUS - mortel n'y en cit point d'afez hardis pour faire célébrer
ns dé fept. Ja ri res IX es de fa Cour. Quelques jours après, vingt- Perfécution
pt. Jepongiss is gens de quelque diftinétion , s'étant affemblés en fe- les
omeut A ct pour l'entendre dans un Fiôpital que les Chrétiens avoient fondé SEE
É É pour Lindos À l'Empereur, informé de leur hardieffe , les fit arrêter
pour le ne remit leur fupplice qu’au lendemain. ‘Tandis qu'ils pañloient la nuit
Lans de même priton, le hazard y fit amener un Idoltre , arrété pour det-
en 6 mad Jorfque les Officiers de la Juftice vinrent appeller les Chré-
iens Roue cs SoReLDe à la mort, en offrant la vie à ceux qui renonce-
M AE M Igion » cet nr qui avoit eu le bonheur de recevoir des
nc a nuit, fortit courageufement avec le re
crucifié avec eux. : ds ar ou
E N fuivant la route de S a Mé
h uron Ï à
TE Ne De ga à Méaco , les Anglois efluyèrent une fi Méaco, Ville
VA 1 q » O8 pû traverfer les rivières, ils n’arrivérentdanscet- très grade.
ille que le 1 tobre. Méaco eft la plus grande Ville du Japon, & re:
; n'eft
tre VvO-
nt» les
ravail-
Œ& aux
s, dans
mpter.
EN
manière
(d) Angl, environ un mois avant fon arrivée. R, d, E,
Ccc3
399 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
sSanis nef prefque compofée que de Marchands. On y voit le principal Temple voient
161%. du Pays, bâti de pierres de taille, & peu différent de Saint Paul de Lon. DY 4ux Ar
A cé dres pour la grandeur, Il cft orné d'arches & de colomnes. Un grandnom. ÆM d'ailleu
al bre de Bonzes y font entretenus aux dépens du Peuple, From les Prêtres j£ M Cux-mé
parmi les Catholiques.] Les offrandes, [qui fe mettent fur un Autel,] con. j# tres Off
filtent en ris & en petites piéces de monnoye , nommées Kondrijus, dont portoit
vinuc font le fchelling d'Angleterré. La principale Idole , eft une Statue marchai
coloffale de cuivre, à peu près femblable à celle de Dabis, dont on a vû Saris pi
la defcription, mais incomparablement plus grande , car elle s'éleve juf: d'emplo
qu'a la voute, Ce Temple, qui avoit été commencé par Tikofama, ve. commer
noit d'être achevé par fon Fils. Saris, curieux de fçavoir ce que c'étoit & [Ma
qu'une mäfle de pierres qu'il vit dans l'enceinte, avec une pyramide au-def. zéle de 1
fus, apprit qu’on y avoit renfermé les oreilles & les nez de trois mille Co. qui s’éler
réens , qui avoient été maflacrés à la fois. On nourrifloit foigneufement près WW les plus f
du Temple le dernier cheval que Tikofama avoit monté; & comme iletoi ME William
entretenu fans aucun éxercice, cette inaétion l'avoit rendu d'une groffeur monf. MS tant dem
trueufe. L'avenue qui conduit au Temple, a de chaque côtéun grandnom- Mi ils furent
bre de piliers (e) de pierre, à dix pas l’un de l'autre, fur lefquels on a plaignit 2
“e placé des lampes qui brûlent nuit & jour. Les Jéfüuites Portugais avoient es repro
Collégs de Gans Méaco un fort beau Callége, où plufieurs Religieux Japonois du même diffimula
a ite Po fe . e 4
EEE Ordre prêchent [avec autant de zèle que de liberté.] Ils ont traduit le Nou-& M
veau-T'eftament en langue vulgaire. On comptoit fept ou huit mille Chré-
étoit févé
tailler en
tiens Japonois dans la Ville; mais les Idolâtres mêmes ne faifant pas diff. aux Japon
culté d'abandonner leur enfans aux inftruétions chrétiennes, il y avoit beau- un Interp:
coup d'apparence que l'Evangile y feroit infenfiblement beaucoup de pro- fon retour
nières car
grès. Outre le Temple principal, la religion du Pays en a beaucoup d’au-
ja tous fes
tres à Méaco. Les artifans des différentes profeffions y font refferrés cha-
cun dans leurs quartiers & dans leurs rues, fans qu’on leur permette le mé- fait préfen
Jange qui eft en ufage dans nos Villes d'Europe. A © rcdema
Cerorr à Méaco qu'on devoit remettre aux Anglois, les préfens defti- MX ([Czrr
Préfent pour Æ menace du
le Roi d'An. n6$ Pour le Roi leur Maître. Ils quelques jours à les attendre, par-
gleterre. ce qu’il manquoit encore quelque chofe à la perfeétion du travail. C'étoient
dix grandes peintures, que les Japonois appellent Beobes, pour tendre une
chambre au lieu de tapriïeries.
Les Anglois Le 20, étant parti de Méaco, on arriva le foir à l'ufchinis. Le lende-
font infultés Main à midi, ils étoient à Ozaka, où la populace encore plus infolente qu'à
en retouruant Jeur premier pañlage, les fuivit en leur jettant des pierres, &criant Tin!
à Firando, Tofin! c'eft-à-dire, Chinois, Chinois; & d'autres, Koré , Koré, ou Coréens.
trouvérent
au fervice «
moindres lu
vû prendre
Francifco,
arriver Jea
pour Saris,
La Galère qu'ils y avoient quittée n'ayant pas ceflé de les attendre, aux lrpañloienc
frais du Roi de Firando, ils y rentrérent le 24, & le 6 de Novembre, ilsar- Î miellés des q
rivérent à Firando, où le Roi parut charmé de les revoir. de ce que le
PENDANT leur abfence, les Faéteurs qu’ils avoient laiffés dans cette Ville Japon , fan
Cufoit au
Rates, A lé
anilles fur
avoient tiré peu d'avantage du commerce. Saris en apporte deux raifons: f
Raifon de la :, Ë : ” > Af5
langueur du l'une, que n'ayant point encore la permiffion de l'Empereur, on n’ôfoit ex- |
commerce, pofer librement les marchandifes en vente; l’autre , que les Hollandois a- }
volent #
(f) L'O
(e) Angl. cinquante piliers, KR. d. E,
mr
emple
Lon- \f
jnom- :
2rêtres X$*
] con- x
, dont
Statue
n a vû
ve juf:
a, Ve-
c'étoit
au-def-
ille Co-
ent près
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els: on à
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ct Ë au-
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tte le mè-
endre , par-
C'étoient
endre une
Le lende-
folente qu'à
jant Tin!
ou Cordens.
indre ; aux
nbre , ils at-
PTE Et Rens tion ri PEN
ifens defti-
scette Ville !
x raifons:
n’ôfoit ex- k
ollandois 4 | |
volent à un
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. V,. 391
voient donné de faufles impreflions de leur valeur, en affeétant, pour nuire
aux Anglois, d'en rabaiffer le prix. Il ajoûte queles (pas fe prévenoient
d’ailleurs contre les draps de l'Europe, en voyant que les Anglois en faifoient
eux-mêmes peu d'ufage; car les Marchands, comme le Capitaine & les au-
tres Officiers, étoient vêtus de foye, & le commun des gens de l'Équipage ne
portoit que des étoffes groilières, Vous louez, leur difoient les Japonois, des
marchandifes pour lefquelles il paroït au fond que vous avez du mépris.
Saris prend occafion de ce préjugé, pour recommander à fes Compatriotes
d'employer conftammont à leur propre ufage les principales matières de leur
commerce, & tout ce qu'ils veulent mettre en vente aux yeux des Etrangers,
& [Mazcré l'inclination que le Roi Foyne avoit conçue pour les Anglois, le
zéle de l’ordre & de la juftice lui fit condamner fans ménagement les querelles
qui s'élevoient fouvent parmi eux, & qui alloient ARE jufqu'aux combats
les plus fanglans.] Le 8 (f), André Polmer, Controlleur du Vaifleau, &
William Marnell, Canonier, ayant paité la nuit à terre, fe querellerent avec
tant d'emportement, qu'ils en vinrent aux armes dans un duel régulier, dont
ils furent rapportés tous deux mortellement bleffés. Saris, à quile Roi s'en
plaignit amèrement, fe rendit auili-tôt à bord & fit affembler tout l'Equipage.
Ses reproches & fes menaces y répandirent la honte & la confternation. Il ne
diffimula point que le Roi, déterminé à ne pas fouffrir dans les Anglois, ce qui
étoit févé'. ment défendu aux habitans du pays, lui avoit protefté qu’il feroit
tailler en piéces à coups de fabre ceux qui donneroient cette forte de fcandale
aux Japonois. Et pour infpirer plus de terreur aux coupables, il fit paroître
un Interpréte du Roi, qui fit la même déclaration de la part de ce Prince. A
fon retour, le Roi lui rendit une vifite dans fa maifon, & ne reprit fes ma-
nières careffantes qu'après s'être fait affürer qu’il avoit infpiré plus de retenue
Ha tous fes geus. qu lui dit aufli que la piéce de Serpillière, dont il lui avoit
fait préfent, avoit été confumée, dans l'incendie de fa Maïfon. C'étoit-là
en redemander une autre ; aufli Saris lui promit-il de réparer cette perce]:
x [Cerenpanr il fe trouva quelques Anglois, fi effrayés, ou fi choqués de la
menace du fabre, qu'ayant abandonné le Bâtiment, au nombre de fept, ils
trouvèrent le moyen de fe rendre à Nangazaqui , où ils s'engagèrent fans doute
au fervice des Efpagnols. Saris fut quelques jours fans pouvoir fe procurer les
moindres lumiéres fur leur retraite. Mais ayant appris la route qu’on leur avoit
vû prendre, il fit à fi éclatantes, qu’elles allèrent jufqu’àa Domingo
Francifco , Chef des Efpagnols à Nangazaqui. ] Onfut furpris à Firando de voir
arriver Jean Comas, Marchand de cette Nation, avec deux lettres , l’une
À pour Saris, l’autre pour le Faéteur Cocks, & des préfens de confitures, qui ne
furpafloienc point en douceur, fuivant l’expreffionde l’Auteur, les termes en-
miellés des deux lettres. Domingo Francifco témoignoit beaucoup de chagrin
de ce que les fept déferteurs étoient arrivés dans fon abfence, & partis du
Japon, fans que lui ni les Jéfuites en euffent la moindre connoiflance. Il s’ex-
cufoit au d’avoir jamais dit que les Anglois fuffent des hérétiques & des Py-
rates, À l'égard des fept hommes, il croyoit que trois avoient pris la route des
Manilles fur quelque Jonc Japonois, & que les quatre autres étoient montés fur
(f) L'Onzième Seétion de ce Chapitre commence ici dans l'Original, R. d, E,
Querelles
entre les An-
glois.
Défertion
de fept An-
glois, :
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
392
Sante, un Bâtiment Portugais. Mais Saris comprit bien que ces excufes, qui faifoienc
1613. tomber la faute fur autrui, étoient autant de fables. Il fçavoit que les Efpa.
gnols haïffent les Portugais, n'aiment point les Japonois, & ne font pas plus
aimés des uns & des autres,
LA bonne intelligence régnoit fi conftamment entre le Roi Foyne & les An.
glois, que ce Prince faifoic fouvent demander à Saris du bœuf & d'autres pro.
vifions du Vaifleau, préparées à la manière Angloife. Ses deux Miniftres ren.
doient aufli de fréquentes vifites au Comptoir. Un jour qu'ils fe procurérent l'a.
mufement d'aller à bord avec le Faéteur Cocks, le feul defir d'entretenir la
paix & l'amitié leur fit répéter à l'Equipage toutes les raifons qui devoient fai.
re éviter les querelles, fur-tout les combats. Non-feulement les loix du pays
condamnoient à mort ceux qui prenoient des armes pour fe battre, mais elles
ordonnoient fous la même peine à ceux qui les rencontroient, de fe réunir
pour les tuer fur le champ Lecce de fabre. [L'Auteur lou+ beaucoup la bon-x
té du Seigneur (poupées nommé Nobezane, fans explique: les fervices qu'il
rendit aux Anglois, ni le rang qu’il tenoit dans l'Ecat.]
Le 14, Saris envoya fon Interpréte aux deux Rois, pour leur demander
une douzaine de Matelots habiles, qu'il fe propofoit de mener jufqu'en An-
gleterre. Les deux Princes étant alors engagés dans d'autres affaires, l'Inter.
préte ne put parler qu'aux Sécretaires, qui lui répondirent qu'une demande
de fi peu d'importance ne méritoit pas l'attention de leurs Maïtres, & qu'ily
avoit dans la Ville un grand nombre de gens défœuvrés qu'on trouveroit tol-
jours difpofés à partir. Ils ajoutèrent que les Follandois en avoient emmenés
plufieurs, mais qu'on ignoroit quel avoit été leur fort, & celui même du
Vaifleau.
Le 18, les Anglois reçurent la vifite du Roi, qui leur avoit fait offrir le
fpcétacle d'une danfe d'Ours. Il n'y eut perfonne au Comptoir qui ne s'at-
tendit effeétivement à voir des Ours apprivoifés. Mais c'eit un nom queles
Japonois donnoient à trois Courtifannes & à quelques Comédiens , [qui dan-
foient avec des peaux d'Ours. ] Ils amufèrent long-tems l'Affemblée par une
mufique & des figures de danfes , qui cauférent peu d'admiration aux Anglois.
Le 19, Saris fut vivement follicité par le Chinois de qui il louoit fa maifon,
& par un Faéteur Portugais, nommé Georges Duras, de s'employer auprés
Grace accor. du Roi pour la liberté de deux honnêtes Japonois, dont tout le crime étoit
déeäSais. d'avoir exhorté un Voleur à fe fauver par la fuite. Il n'étoit queftion que
d'un petit morceau de cuivre, qui ne valoit pas trois fols. Cependant le
Voleur n'ayant pû éviter d’être pris, fut condamné à mort; & ceux qui lui
avoient confcillé de fuir auroient fubi le même châtiment , fi Saris n’eût de-
mandé grace pour eux avec beaucoup d'inftances.
LE 20, Samedon, Roi de Krats, qui étoit venu rendre une vifite d'a.
Les Anglois
s'accordent
bien avec Îles
Japonois.
Saris fe pro.
cure des Ma.
telots du Ja-
pon,.
Danie d'Ours.
Vifite du Roi
Un : : mitié au Roi Foyne, fit prier les Anglois de le recevoir à bord , pour ad-
Suris, mirer toutes les curiofités de leur Vaifleau. Comme il devoit être accom-
pagné des deux Princes de Firando, Saris fe crut obligé de leur faire une
réception d'autant plus galante, qu'il commençoit à n'être pas éloigné de fon
départ. Elle commença par une décharge de l'artillerie, qui fut fuivie d’un
magnifique feftin , d’un concert de mufique, & de plufieurs danfes à l’An-
gloife. La fête finit, à la priére du Roïde Samedon, par un éxercice des
Canoniers Anglois, qu'on fit tirer à la marque pour un prix qui leur fut pe
pofé.
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po.
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. V. 393
pofé. Les crois Princes furent fi fatisfaits de la galanterie de Saris, qu'ils lui
envoyérent chacun deux piques Japonoifes & un Katan.
tr [Lx 22, Saris envoya au Roi de Krats un préfent, qui lui fut rendu dans
le tems qu'il étoic à déjeuner dans la maifon du jeune Roi. Ille reçut avec
olitefe, & il fit dire à Saris qu'il lui avoit une double obligation, tant pour
a manière dont il l'avoit régalé à bord, que pour le prés confidérable
qu'il venoit de lui faire: Quil n'avoit pas mérité cette faveur , & que pour
en témoigner fa reconnoiflance , il feroit charmé de voir les Anglois dans
les terres de fa dépendance. Le 26, on fit mourir avec les cérémonies décri-
tes ci-devant un Japonois convaincu de vol, ou fuivant d'autres, pour
avoir mis le feu à une maifon. ] ;
Les préparatifs des Anglois pour leur départ ne pouvant être cachés aux ha-
bitans de Firando, il s'en préfenta plufieurs à Saris, avec de grandes marques
d'inquiétude pour les dettes de quelques particuliers de l'Equipage. Leurs plain-
tes allarméèrent les Officiers du Vaiffeau, parce qu'elles pouvoient avoir d'au-
tres fuites. On prit le parti de payer fur le champ, tout ce qui étoit dû , en
fe réfervant le droit de déduétion fur les gages des débiteurs: & pour arrêter
la défiance des Japonois, Saris fit déclarer , qu'à l'éxemple des Hollandois, il
laifferoit dans fon abfence un Comptoir à Firando. En effet, quoiqu'il n'eût
pas d'ordre exprès de la Compagnie pour cet Etabliffement, f confidéroic que
d'autres Capitaines en avoient formé dela même nature à Siam & à Patane ;
que la Patente de l'Empereur lui en accordoit la liberté; & qu'il lui reftoit
affez de marchandifes pour fournir à l'entretien des l'aéteurs, jufqu'à l'arrivée
de quelqu'autre Vaifleau de la Compagnie. Le Confeil, qu'il aflembla pour
délibérer encore fur une affaire de cette importance, s'étant trouvé de mé-
me avis, il choifit pour com ofer le Comptoir, huit Anglois & cinq Japo-
nois; trois avec la qualité d'Interprétes ; deux avec celle de Domeftiques.
Richard Cocks, nommé pour les Commander , reçut ordre non-feulement de
joindre aux lumières qu'on s'étoit déja procurées fur le commerce du Japon
toutes celles qu'il pourroit tirer de l'expérience, mais encore d'étendre fes
recherches jufques dans la Corée, le Tushmay & les autres pays voifins
pour obferver s'il n'y avoit point des avantages plus confidérables à s’y pro
mettre.
Le $ de Décembre, Cocks & fes compagnons vinrent faire leurs adieux à
bord. On nous a confervé leurs noms: William Adams, qui ne fe laffoit
pas de vivre au Japon, après y avoir déja paflé douze ans. T'empeit Pen-
cok, Richard Wickam, William Eaton, Walter Carwarden, Edouard Sares
& William Nelfon. Leurs appointemiens annuels (g) étoient de cent livres
fterling. Saris, déterminé à mettre à la voile dès le même jour , fit la revûe
de fon Equipage, qui fe trouvoit réduit à quarante-fix Anglois, cinq Swarts
(h), quinze Japonois & trois Paflagers. [ Depuis fon arrivée dans cet endroit,
We étoit mort deux hommes; un troilième avoit été tué, & il en avoit
perdu fept par la défertion.] Par les obfervations, qu'il renouvella fort éxac-
tement, il trouva l’Ifle de F'irando au 33°. degré 30 minutes de latitude du
Nord; & pour variation, 2 degrés 50 minutes, Eft.
Le
_(g) Ængl. Les appointemens annuels de Wil-
lim Ada D
II. Part.
Indiens, R, d. E.
dd
(b) Ces Swarts font vrai-femblablement des
Sanrs,
1613.
Dettes des
Anglois
payées,
Saris établit
un Comptoir
à Firando,
Derniers a-
dieux & noms
des Facteurs.
3# VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Sante, Les plan de la navigation étoit de fe rendre à Bantam, en fuivant les Co-
161 FL tes de la Clrine. On eut d'abord le vent fi favorable, qu'ayant porcé au Sud
Le Vaifleau quart à l'Oueft, on fe trouva le lendemain à foixante-neuf lieuës de Firan-
ên À pi . Ce ne fut pas fans avoir fenti le grand Courant, qui fort entre la Co.
— rée (1) & la e, ni fans avoir éprouvé la violence de cette Mer, E.
tant an 29°. degré, on porta à l'Oueft-Sud-Oueft, pour doubler le Cap de
Lambor , [fur les Côtes de la rm La Mer étoit fi grofle & le vent fix$
impétueux , que les Matelots eurent befoin d'employer tout leur art.
& 12 avant le jour, la fonde donna trente-cinq brafles fur un fond bour-
beux. Le matin, lorfqu'on fe jugeoit fort proche des Côtes de la Chine, on
s'apperçut que ce qu'on avoit pris pour la terre n'étoitqu'une Flotte de plus
de trois cens Joncs , dont les moindres paroifloient de vingt ou rente ton-
neaux. Il en vint deux affez près du Vaiffeau. On ne fut pas tenté de les ar-
réter, après les avoir reconnus pour des Pêcheurs: mais on fit inutilement
toutes fortes de fignes pour engager quelques-uns de leurs Matelots à venir
Route depuis à bord, Avant midi,on découvrit, à quatre lieuës, deux Ifles qui fenom-
ét Ju ment les Pécheurs, vers le 25°, degré 55 minutes (4) de latitude du Nord.
AÉPREM: Enfuite on porta au Sud-Sud-Eft, en füuivani la terre avec un très-gros vent.
A fept heures du foir, la lumière de la Lune fit reconnioître un roc, qui
fe trouvoit direétement dans la courfe du Vaïifleau, & qui doit être, fui-
vant le calcul de Saris, à douze lieuës des Ifles des Pécheurs. On s’en ap-
procha d'environ deux fois la longueur du Vaiffeau , fans trouver moins de
trente brafles. Saris fit porter de-là au Sud, avec le vent conftamment en
oupe.
; Li E 13, On tourna au Sud-Oueft, en fuivant à cinq lieuËs les Iflesqui font
au long des Côtes de la Chine. Le 14, on tint la même courfe ; & le jour fui-
vant, On apperçut quantité de Bâtimens pêcheurs, auxquels la violence du
vent ne permit pas de parler; mais ils firent figne au Vaiffeau de porter à
l'Oueft. Ce fut du moins le fens qu'on crut devoir donner à leurs fignes,
parce qu'on n'étoit alors qu'à trois lieuës de la cerre. La latitude évoit ce
jour-là de 21 degrés 40 minutes du Nord ; & depuis le 12, on crut n'avoir
Erreur des pas fait moins de cent-quarante lieuës. Les Ifles qui bordent les Côtes de
Cartes, a Chine font plus au Sud qu’on ne les a placées dans les Cartes. Vers trois
heures après-midi, on eut la vûe de l’Ifle San-cha; & s’en étant approché
jufqu'à deux lieuës, on porta de-là vers le Sud-Oucft au long de la verre,
Le 18, la latitude étoit de 15 degrés 43 minutes du Nord ; & depuis le
15,0n crut avoir fait cent-quarante lieuës Sud-Oueft quart au Sud. A cinq
heures après-midi, on eut la vûe de Pulo-Kotan, à cinq lieuës de diftance.
Cette Ifle, qui pau fort haute, eft à vingt lieuës, vers l’Oueft, d’un fameux
rocher , nommé Plaxel. La fonde ne trouva point de fond dans cette grande
mer, Mais le matin du jour fuivant , on eut la fatisfaétion de reconnoître à
deux lieuës la Côte de Kamboya, qu'on fuivit Sud quart à l'Eft, fans perdre
la terre de vûe. On fe trouvoit à midi, au 13 degré 31 minutes du Nord,
après avoir fait quarante-quatre lieuës depuis le midi du jour précédent. [Com- x* !
me !
(i) I ya dans l'Original lle de Corée, fur- core longtems après que cette Rélation a été
ps les Auteurs Anglois remarquent que ce écrite. R. dE
ays a pallé effectivement pour une Ife, en- (k) Angl, 59 minutes, R. d, E,
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(1) La
PR
9m
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cnar, V, 305
me on fe croyoit à la hauteur de Varella ,] on continua d'avancer au Sud-
Sud-Oueft , fans trouver de fond à cinquante braflès, quoiqu'on fe vint con-
ftlamment à deux lieuts du rivage. Les Cartes mg Kamboya trop à l'Eft;
car la courfe qu'on eft obligé de prendre à que . + diftance pour fuivre les
Côves, fit connoître à Saris que cette terre elt Sud-Sud-Oueft & Nord-
Nord-Eit, Elle eft bordée de quantité de rocs, qui fe préfentent comme au-
tant d'Ifles, l'une à la diltänce d'une lieuë, l'autre d'une lieuë & demie, Mais
elle n'a point d'autres dangers, de ceux du moins qui peuvent s'appercevoir,
Saris obferve encore qu'on trouve les vents de commerce au long du riva-
ge. Le 20, on étoit au 10e, degré 53 minutes du Nord , après avoir fait cin-
mt re lieuës Sud quart à l'Oueft, Deux heures après, on eut la vûe
‘une petite Ifle, qu'on prit pour celle qui eft à l'extrémité des Bañles, &
qui fe nomme Pulo-Siti, On porta au Sud-Oueft, pour doubler cette Ifle ;
en confüultanc toûjours le den de Linfchoten, qu'on avoit pris pour gui-
de depuis lirando, & qui s'évoit trouvé fort éxaét (D. Le 21, on eut pour
latitude 9 degrés 43 minutes du Nord; &, fuivant les calculs, on avoit fait
trente-quatre lieuës, Pulo-Kondor fe fit voir à cinq lieuës le matin du jour
fuivant, & l'on crut avoir fait quarante-une lieuës, Sud-Oueft quart à
l'Oueft, en fe trouvant à midi au 8°, degré 20 minutes du Nord, On porta de-
là au Sud-Sud-Oueft, vers la verre qui fe nomme les Sept-Points.
Le 25, à quacre heures du matin, on apperçut Pulo-Timon, dont on
n'étoit qu'à cinq lieuës. La latitude, 2 gi de 38 minutes du Nord; & par
les calculs, on crut avoir fait cent-une licuës Sud-Sud-Oueft $ Oueft, de-
puis le 22. Le 28, après avoir fait quatre-vingt-deux lieuës Sud-Sud-Eft
depuis le 25, on crut pouvoir juger à la ve, qu'on n'étoit qu’à une lieuë &
demie de China-Bata, qui eit une terre baffle, couverte d'arbres & de ronces
vers la pointe Sud-Oueft. En porcant l'après-midi, au Sud-Sud-Eft , entre plu-
ficurs petites Ifles qui forment les Détroits de China-Bata, on trouva que ces
Détroits font éxaétement placés dans la Carte de Janfon Mole, Hollandois,
ui avoit fait préfent de ce fruit de fes obfervations au Capitaine Hippon,
Aogiois, de qui la Compagnie des Indes l'avoit reçu.
Le 29, un peu avant midi, l'eau changeant tout-d'un-coup de couleur , on jet-
ta la fonde, qui ne trouva que fept brafles & demi. Bientôt on apperçut un
roc affez élevé, qui paroît triangulaire & fort aigu du côté du Sud. Il n'eft pas
fort éloigné, à l'Oueft, de l'entrée des Détroits. Sa fituation eft dangereu-
fe, mais il eft placé fort éxaétement dans les Cartes ,avec fes profondeurs,
La latitude de ce jour, étoit de 4 degrés 6 minutes du Nord; & la courfe au
Sud quart à l'Oueit, de trente lieuës. La multitude de Baffes que la fonde fait
découvrir de tous côtés, obligea de jetter l'ancre le foir fur fept braflès d'un
fort bon fond de fable.
LE 30 au matin, on vit paroître le Vaiffeau Anglois le Darling, qui faifoit
voile à Coromandel. Son Equipage étoit de vingt-un Anglois, & neuf Swarts.
Saris-apprit d'eux la mort de Sir Henri Middleton & la perte du Vaiffeau le
Trade - Incréafe. On porta pendant le jour au Sud-Sud-Oueft, demi-Oucft ,
& l'on fit quinze lieuës. La nuit fuivante, tandis qu’on avançoit avec Bu
es
(1) La 126, Scétion de ce Chapitre commence ici dans l'Original, R. d. E.
Ddd 2
Sante,
1611,
Autre erreur
des Cartes.
On approche
deChina-Bats:
Ecueil fon
dangereux.
SARIS.
1613.
Dangers que
les Anglois
évitent,
1614.
Ts relichent
à Bantam.
Etat du
Comptoir de
Bantan, &
réparations de
Suris,
Terrible In-
cendie.
396 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
les voiles, quelques Matelots prétèrent heureufement l'orcille au bruit des
flots, qui battoient fur une chaîne de rocs abîmés. On laiffa aufñli-tôt couler
l'ancre, fur un fond de dix-fept brafles & demi. Cette précaution fauva le
Vaiffeau d’un péril d'autant plus preflant, que la marée commençant à baif-
fer, ilauroit pù demeurer engagé au milieu de cet écueil. Le matin du jour füi-
vant, on eut la vûe de la haute terre de Sumatra, & celle d’une Ifle. On paf-
fa enfuite au long d'une chaîne de rocs, qui n'étoient qu’à un mille fur la
droite, en laiffant de l’autre côté à deux lieuës, trois petites Ifles, qui préfen-
tent la forme d’un triangle. Cependant le fond fe trouvant depuis neuf jufqu'à
vingt-deux braffes, on fe feroit approché de la Côte de Java, qu'on voyoit
à fept ou huit lieuës, fi l'on n’eût été fixé tout-d’un-coup par un calme, qui
dura toute la nuit & tout le jour fuivant. Le 2 de Janvier , on eut un peu de
vent, à l’aide duquel on remit à la voile. Mais on ne regretta point d’avoir
été retenu plus de vingt-quatre heures, lorfqu’entre huit & neuf heures du ma-
tin, on rencontra l'Expédition, Vaifleau Anglois, qui retournoit en Europe. Il
n'y eut point d’Anglois, dans l’Equipage de Saris, qui ne profität de cette
occafon pour écrire à fes amis d'Angleterre.
LE 3, on entra heureufement dans la Radede Bantam. Mais la fatisfaétion
de Saris fut troublée, par le chagrin de n’y trouver rien de prêt pour fa car-
gaifon. L’excufe de ceux qu’il y avoit laiffés dans cette vûe, fut qu’ils ne s’é-
toient point attendus à le revoir fi-tôt. Cette négligence caufa beaucoup de
tort aux Anglois ; car lorfqu’on fut à Bantam, & qu'étant prêts de retourner en
Europe, ils vouloient charger du poivre, on en fit monter le prix à l'excès. Ke-
vi, Marchand Chinois, le déclara ouvertement à Saris, [
vendre pour douze Réaux & demi, les 10 facs.]
DE dix hommes dont le Comptoir de Bantam étoit compofé , au départ des
Anglois pour le Japon, il ne s’en trouvoit que cinq de vivans. Saris n’en
avoit perdu qu'un dans le voyage de Firando à Bantam. L'état du Comptoir
lui fit juger combien il étoit néceflaire de fe ménager la faveur du Gouver-
nement. Il rendit des devoirs affidus au Gouverneur de Bantam, & lui offrit
divers préfens. Mais il n’apporta pas moins de foins à rétablir l’ordre dans
les magafins & dans leur adminiftration. La dépenfe du Comptoir, qui étoit
exceflive en liqueurs fortes, fut réduite à de juftes bornes, & le nombre
des Efclaves Indiens diminué. Avec beaucoup d'attention à fatisfaire tout
le monde, Saris obtint que le prix du poivre fût modéré. Il en acheta mil-
le facs, de Kevi & de Lakmoy, deux des plus riches Négocians de la Vil-
le, à treize piéces de huit pour dix facs. Dans le poids,. il s’'apperçut de
quelques différences, qui n’étoient point à fan avantage. Loin d’en prenr-
dre droit de faire des plaintes trop dures, il n’employa que des politeiles
pour faire remarquer cette injuftice; & fes reproches furent accompagnés
d'un préfent de cinq piéces de huit, qu’il fit au premier Commis. Il en fut
dédommagé par des témoignages efficaces de zèle & de reconnoiffance. Au
milieu de tant de foins, il eut à fe défendre d’un accident terrible, qui lui
fut cependant moins funefte qu'aux habitans de Bantam. Le 16, étant fur
fon Vaifleau , il vit toute la Ville en flammes, & l’ardeur du-feu déchaï-
née avec tant de furie, qu’il jugea toutes fortes de remédes impoñlibles. Il
fe hâôta d'envoyer fes gens au rivage, pour donner au Comptoir des fe-
ours qu'il ne croyoit que trop inutiles. Ils trouvèrent la Ville entiere-
ment
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déchaï-
les. Il
des fe-
ntiëre-
ment
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. V. 397
ment brûlée; mais, par une faveur extraordinaire du Ciel, les Comptoirs
d'Angleterre & de Hollande avoient eu le bonheur d'échaper aux flammes.
Le 20, Saris pria Lakmoy & Lan-chinq, deux Négocians Chinois, de tra-
duire en langue Malayenne la Lettre du Roi de Firando au Roid'Angleterre.
Elle étoit en caraétères de la Chine. La voici, telle que l’Auteur a crude-
voir la conferver.
s RES puiffant Roi, je ne puis affez vous exprimer combien votre
s* Lettre affeétionnée & votre noble préfent, qui m'ont été rendus par
» votre Sujet le Capitaine Jean Saris, ont répandu de joye dans mon cœur,
» ni combien je m’eftime heureux de jouir de l'amitié de Votre Hautefle. Je
, Vous en fais mes remercîmens , & je vous en demande la continuation. Ma
» joye eft extrême d’avoir vû arriver vos Sujets dans ma petite Ifle, après un
» fi long & fi dangereux voyage. Mabonne volonté & mon fecours ne leur
» Manqueront point dans leur digne & louäble entreprife de découvrir de
» nouvelles terres & d’éxercer le commerce. Je ne puis trop éxalter leur
» diligence & leur zèle. Ainfi me rapjrortant à eux-mêmes du récit de ce que
» j'ai fait pour eux & des bons traitemens qu'ils ontreçus de moi, j'envoye
» à Votre Hauteffe une petite marque de mon eftime, & je lui fouhaite une
longue vie. De mon Château de Firando, le 6 de notre dixiéme mois.
» Vote affeétionné ami, le Commandant de l'Ifle de Firando au Japon.
FoyNE-Sanu-Masam.
Les deux Chinois ne s'accordèrent point fur la prononciation du nom du
Roi. Lanching vouloit que ce fût Foyne-Fofchi-Siam; & Lakmoy le pro-
nonçoit comme il eftici. L’Auteur obferve que cette différence vient d’un
défaut des caraétères Chinois, & que pour exprimer les noms propres, on
eft obligé à la Chine, d'emprunter les caraétéres des autres mots qui ont le
même fon ou qui en approchent le plus; ce qui caufe beaucoup d'erreurs.
On trouve la même remarque dans Jofeph Acoita.
Le 22, Bantam fut affligé d'un nouvel Incendie, qui confuma quelques
reftes de maifons échapées aux dernières flammes. Mais les Comptoirs de
Hollande & d'Angleterre furent encore préfervés.
LE 26, il arriva un Bâtiment de mille tonneaux, dont l’Equipage s’étoit
révolté dans l’Ifle Mayo, jufqu'a prendre les armes pour égorger fes Off-
ciers. Cet horrible complot avoit été découvert par un Ecofois ,. qui en a-
voit averti le Capitaine. Les chefs de la fédition avoient été furpris au mo-
ment marqué pour l’éxécution de leur crime & jettés fur le champ dans
q , J P
la mer.] 11 fe trouvoit fur le même Vaifeau plufieurs foldats Anglois & E-
coffois.
LE premier de Février, on fut furprisau Comptoir Anglois, de voir reve-
nir le Darling, qu'une tempête furieufe avoit mis dans la nécefité de fe ra-
douber. Il fut réfolu, dans une affemblée de tous les Chefs, qu’il remet-
troit à la voile inceffamment pour Sokadana, dans l’'Ifle de Bornco, & que
de-là il iroit à Siam & à Patane.
ENrIN Saris, ayant achevé fa cargaifon, leva l’ancre le 13 de Février. Départ de Sa-
Sanrts.
1614.
Deux Chinois
traduifent la
Lettre du Roi
de Firando,
Remarque
fur le nom,
Sédition fur
un Vaifleau
Hollandois.
IL obferva dans les Détroits de la Sonde, que la marée y monte pendant ris pour l'Eu-
douze heures à l'E, & que le reflux à l'Oueit dure aufi douze heures. Le ‘pe
Ddd 3 16
SARTS.
1614.
Il appaife les
Négres de
Saldanna,
Remarques
ajoûtées à fon
Journal,
Ville de
Machma dans
l'Ule d'Yed-
20,
-
398 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
16 de May, il arriva dans la Baye de Saldanna, où il trouva un Vaifleau de
Londres, nommé /a Concorde. Avant qu'il en eut pû recevoir des informa-
tions, quelques Habitans du Pays s'approchant dans leurs Barques, lui firent
des plaintes fort vives par leurs fignes. [ls accufoient l'Equipage de la Con-
cordc de les avoir infiicés fans raifon , & de leur avoir enlevé deux hom-
mes. À la vérité ces malheureux Négres s’étoient défendus, & reconnoif.
foient même qu'ils avoient bleffé quelques Anglois , mais n'ayant pas com-
mencé la querelle, ils demandoient que les deux Prifonniers leur fuffent ref.
titués, & que fi les Européens n'avoient pas befoin de leurs fervices, ils ne
vinffent pas troubler leur repos. Saris s'employa volontiers pour terminer
ce différend. Il en eut plus de facilité à fe procurer des rafraîchiffemens ,
pendant vingt-trois ue qu'il pafa dans la Baye ; &, prenant le parti de
faire faler une groffe provifion de chair de bœuf , il trouva, contre l'opi.
nion commune, que le fel y prenoit auffi-bien qu'en Europe. Un. Vaiffeau
Hollandois, qui faifoit voile à Bantam , fous la conduite du Capitaine Cor-
nelis Van-Harte, vint jetter l'ancre le 19, à la portée de la voix du Vaif-
feau Anglois.
LE 27 de Septembre ,Saris arriva heureufement à Plymouth, [où il eutt®
à effuyer, pendant cinq ou fix femaines ,un tems fort orageux; & fe trou-
va dans un danger plus grand qu'aucun de ceux où il avoit été, durant tout
fon Voyage.]
OX trouve à la fin de fon Journal quelques remarques détachées, dont il
vante la certitude. Yedzo, dit-il, en faifant remonter fes Leéteurs à l’an-
née 1613, eft une Ifle éloignée du Japon d'environ dix lieuës au Nord-Oueft.
Ses Infulaires font blancs, & de fort bon caitère, mais fi couverts de poil,
qu’à la première vûe, on les prend pour des finges. Ils n’ont point d’autres
armes que l'arc, mais leurs fléches font empoifonnées. L’Ifle produit dela
poudre d'or, que les Habitans donnent en échange aux Japonois pour les
néceffités de la vie. Ils ne connoiffent l'ufage des poids & des mefures que
fur le bord de la mer, où fe font ces échanges. Le plomb, le fer & le ris
font les principales marchandifes qu'ils reçoivent du Japon. Leur Ville Capi-
tale, ou plûtôt celle qui eft connue par le commerce , fe nomme Machma.
Les Japonois y ont plus de cinq-cens familles , & un l'ort dont le Gouver-
nent porte le nom de Machmadona. C'’eft-là que la plus grande partie des Infu-
Jaires vient tous les ans, fur-tout au mois de Septembre, pour y faire leurs
provilions. Au mois de Mars, ils y app-*'ent du faumon & d’autre poif-
fon fec. Les Japonois n’ont de commerce réglé qu'avec cette Ville, Plus
loin au Nord, on trouve d’autres Peuples d’une f1 petite flature, “ls ne
font connus que fous le nom de Nains ; [mais ceux qui habitent lee Côtesyæ
Méridionales , font de la taille des (#7) Japonois.] Entre l'Ifle d’Yedzo &
le Japon, il y a un Courant fort impétueux, qui part de la Corée, & qui
a fa direction à 'Eft-Nord-Eft. Les vents font ici généralement, comme au
Japon, Nord d‘puis le mois de Septembre jufqu’au mois de Mars , & Sud
pendant l’autre partie de l’année.
fur ces Eabitans de Yedzo, font encore plus
fabuleux. Voyez la Dejcription de la Chine
par du Halde, Vol. IL. pag. 238.
LATITUDES
7 (m) Tout ce qu'onditdecette race de
Pigmées, & de ces Hommes velus, eit pure
fétion, Les contes que les Chinois débitent
Cap de
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ls ne
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core plus
la Chine
UDES
INDES ORIENTALES, Liv. IV.
Cuar. VI
LATITUDES.
Iles d'Angoxas........… 16 205$. Bachian.….....................….…
Variation... jneniic 18 -00 Variation Eft........….
Ifle près de Mozambique... 16 32 Pole bre. lssesssscéosnenee
Longitude... 76 10 VariatiONsssses
Variation Ouelt...… 11 50 Fort Efpagnol à ‘Tidor....
Ifle de Moyella...........…. 12 13 Ifle DoYi...ssocsoosesssoosuse
Baye de Tamarin...... 12 35N. Variation Eft......…..
Variation Oueft...….. 18 42 FirandO sis sossscoisosscsssiése
Cap de Comorin..…......... 7 42 Variation Eft.........
Machian, ses © E$
PSC DD DEUTET | DT Det Je Dec DEC
C H A PI TRE VI.(a)
Divers événemens arrivés à Bantam €ÿ dans d'autres Parties des Indes
Orientales, depuis le mois d'Oëtobre 1605 , jufqu’au
même mois 1609.
#2]
VU © Ow O8 O
Un
le]
A Sy article eft annoncé dans le précédent, comme une fuite utile &
curieufe du même Journal. Mais il femble au contraire que fi l’on
confidère la fortune de Saris dans fes différens degrés, fon voyage au Japon
avec la qualité d’Amiral, & méine l'ordre fimple des années , T auroit dû
faire l'ouverture de cette longue Relation. Aufñfi les Auteurs de ce Recueil
n’apportent-ils pas d'autre raion pour juftifier un renverfement fi manifefte,
que le refpeét qu'ils ont cru devoir aux intentions de] l’Auteur. C'eft Saris
même. Il étoit Faéteur au Comptoir Anglois de Bantam , lorfqu'il prit la
peine de recueillir toutes ces obfervations, qui peuvent fervir de fupplément
a celles d'Edmond Scot. (b)
LE 7 d'Oftobre 1605, l'Amiral Henri Middleton, & le Capitaine Chrif-
tophe Colthurft, partirent de Bantam pour retourner en Angleterre. Les
Anglois du Comptoir tuêrent le 8, un Efclave de Keygno Varo, Seigneur de
Bantam, dans l’entreprife aétuelle de brûler leur maïfon.
LE 23, quelques Hollandois, arrivés fur un Jonc de Priaman , racontè-
tent indifcrétement que Sir Edouard Michelburne & le Capitaine Davis étoient
fur
399
(a) C'eft Te Chapitre XVII du lil. Livre
de l’Original. R. d. E.
@œ (b}) Voicile Titre que PurchafT Vol.
I. pag. 384. a mis à la tête de ces Remarques,
Obfervations du Canitaine Fean Saris faites pen-
dant fon féjour à Bantam , fur divers Evéne-
mens arrivés dans les Indes Orientales , depuis
le mois d'Oftobre 1605, jufqu'au même mois
16093 EP fur les Marchés 9 les Marchandifes
de es Contrées. Le tout rapporté d'après fapro-
pre Expérience , ou des Rélations d'autrui ;
Extrait de Jon grand Livre EP ajoûté ici comme
un fupplément à fon premier Voyage, ES à la
Rélation de Scot. À quoi on a ajoûté quelques
Remarques du-dit Auteur fur les Villes les plus
marchandes, ES les Marchandifes du plus grand
débit dans cette partie du Monde.
Saxts
1605.
Remarques
préliminaires,
Les Anglois
accufés de
violence.
SARTS.
160%.
Ils fe jufti-
fiunc à la Cour.
Les Hollan-
dois vont à la
découverte
d'une nouvel-
le Ife.
Plaintes des
Chinois de
Bantam con-
tre les An-
glois.
40 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fur cette Côte, & qu'ils avoient pris dans les Détroits un Jonc de Guzara-
te, qui venoit de Bantam à Priaman. Sur le bruit de cette nouvelle, les Anglois
du Comptoir furent appellés le 25,àla Cour. On leur demanda s'ils connoif:
foient Michelburne, & s'il étoit vrai qu'il eût commis une telle violence con-
tre les amis du Roi, qui ne lui avoient fait aucun mal? Ils répondirent qu'à
la vérité ils connoifloient un Anglois de ce nom, mais qu'ils ignoroient s’il
étoit dans ces Mers, & s'il s'étoit faifi d'un Bäciment Guzarate; ou que ne
l'ayant appris que par le récit des Hollandois, ils y ajoûtoient fi peu de foi,
qu'ils foupçonnoient au contraire de cette injuftice un Vaifleau de Hollande
qui étoit forti de la Rade de Bantam deux jours avant le départ du Guzarate.
Leur apologie fit fufpendre du moins les rélolutions de la Cour jufqu'à d'autres
éclairciflemens. Le 26, Verhagen, Amiral Hollandois, partit pour la Hol-
lande avec deux Vaifleaux ;[les Anglois proficèrent de cette occafon pour é-j#»
crire à la Compagnie l’état des affaires dans ces quartiers.] Michelburne arriva
le 29. On s’attendoit à voir renouveller la querelle du Guzarate ; mais foit
que la Cour eût réfolu de fe borner à fes premières plaintes, ou quelle crai-
gnit une réponfe trop ferme, cette affaire fut enfevelie dans le filence. Cepen-
dant Saris & Towtfon prièrent Michelburne de ménager les amis du Roi de
Bantam. Il s’y engagea par une promefle, Qu les deux laéteurs ne manqué.
rent pas de communiquer à la Cour; &, .e 2 de Novembre, il partit pour les
Détroits de Pallingban.
Le 13, à l'arrivée d’un petit Bâtiment Hollandois, nommé /e Petit-Soleil, x$
[ qui venoit des Moluques, ] il en partit un autre pour aller à la découverte d'u-
ne Jfle qu'on nommoit, fans la connoître, l'Ifle de la nouvelle Guinée, où
l'on prétendoit, fur divers bruits, qu’il fe trouvoit de l'or en abondance. [Le x@*
24, Vanfoult fit voile pour Coromandel.] "+ fecours auroit été néc:flaire aux
Hollandois dans !es triftes circonftances, vu leur Comptoir écoit réduit à Pa-
tane. Il y avoit été confumé depuis peu par les flammes, avec toutes leurs
marchandifes. Leur Amiral Warwick répara néanmoins une partie de cette
perte, par la prife d’une riche Caraque Portugaife, qui faifoit voile à Macao
avec fa cargaifon de foye crue & d’autres richeffes.
Le 2 de Janvier 1606, un Jonc de Bantam, frété par les Chinois de cette
Ville, mit à la voile pour Tamor. Sa cargaifon étoit compofée de plaques d’ar-
gent fort minces, de la grandeur de la main, de fer d'Angleterre, de porce-
laine groflière, de taffetas, de paons de la Chine (c) & de petites cloches.
Muis les Chinois revinrent bientôt (4) en faifant retencir leurs plaintes contre
Michelburne, qu'ils accufoient de leur avoir enlevé ce qu'ils avoient de plus pré-
cieux. Ils en demandérent la reftitution an Comptoir, [ qui ailégua pour fa dé-H
fenfe que le Vaiffeau de Michelburne n'appartenoit point à la Compagnie des
Indes Orientales, & que n'ayant aucune relation avec les Anglois de Bantam,
ils ne devoient pas répondre de fa conduite. ] :
L'Amiraz & le Scha Bandar, qui étoient affez bien difpofés pour les An-
glois, trouvèrent des moyens de concihation [ Mais la vengeance tomba fur ]#
une régate Hoilandoïfe, qui revenout alors (e ) des Moluques. Elle en appor-
toit
Chinois. R. d. E.
Ke) Ce mot alors doit s'entendre du 23 de
May. R. d. E.
(c) Ces Paons dela Chine, font dans l’O-
riginal des poëles, ou d’autres utenfiles à la
Chinoife. R. à. E.
(d) Ang, le 20, on vit arriver un Jonc
toit
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toit
du 23 de
toit les Marchands de cette Nation, que Baftianfon y avoit laiflés, & qui
KHfavoient été dépouillés & chaftés par les Efpagnois, [ qui avoient aufli enlevé
le Roi de Ternate qu'ils vouloient envoyer en Efpagne, à ce qu'on difoit. ]
Ayant rencontré à dix lieuës de Jakatra la Flotte de Bantam , qui revenoit
de Pallingban, où elle avoit porté la guerre, les malheureux Hollandois n'y
trouvèrent que des Ennemis & des Voleurs, qui achevèrent de les ruiner par
le pillage. En vain s'efforcérent-ils d'obtenir la reftitution de leurs biens à la
Cour de Bantam. On écouta leurs plaintes, mais fans leur accorder la moin-
Kdre fatisfaétion. La flotte Javane arrivale 29, [ de May, ] & ne fitqu'infulrer
à leur difgrace.
LE 15 de Juin, un Capitaine Chinois de Bantam, arrivé de Banda avec
une riche cargaifon de fleur & de noix de mufcade, apprit à Saris que les
Hollandois avoient découvert l’Ifle de la nouvelle Guinée, & que le Vaiffeau
qui avoit formé cette entreprife étoit aétuellement à Banda. Mais les gens de
l'Équipage racontoient qu'étant defcendus au rivage pour lier commerce avec
les Fabitans, is avoient été reçus avec une nuée de fléches , qui avoient tué
neuf Hollandois. Ces riches Infulaires n'étoient que des Payens barbares, &
même Antropophages. Ainfi les Avanturiers Hollandois étoient revenus fans
avoir tiré aucun fruit de leur courfe,
Le 6 d'Août, il y eut une Eclipfe de Lune, qui dura deux heures. lle
commença vers huit heures du foir. Les Chinois& les Javans firent un bruit
horrible avec leurs mortiers & leurs poeles, en criant de toutes leurs forces
que la Lune étoit morte. |
Le 4 d'Oétobre, un furieux Incendie confuma le Quartier des Chinois,
mais les Anglois eurent le bonheur de s'en garantir. Dans le cours de la mé-
kXfme nuit, une Caraque Hollandoife , chargée de [quinze] mille facs de poivre,
de loye crue & de fucre de laChine , mit à la voile pour la Hollande. Le 5, les
Hollandois virent arriver des Moluques leur Vaitleau le Oueft Frifland, qui en
avoit été chaîlé par les Efpagnols, & qui n'étoit qu'a demi-chargé de fleur
de girofle, de cloux & de coton. Le 9, il arriva de Sukadona une petite
Frégate, nommée /e Simon/on (f), avec fa cargaifon de cire & un grand nom-
bre de diamans. Le 13, à minuit, il y eut un tremblement de terre qui dura
peu, mais qui fut terrible.
Le 13 de Décembre, deux Jones Hollandoiïs, arrivés de Jor, racontèrent
qu'il y avoit onze V aifleaux de la même Nation devant Malaca. Leur Ami-
ké-ral, nommé l'Orangia, étoit commandé par le jeune Matteleefe (g), [les
autres Vaifleaux étoient l’Amfterdam Vice-Amiral ; le Middieton, le Mau-
rice, l'Erafme, le Grand Soleil, le Petit Soleil, le Naffau, les Provinces, le
Lion Blanc, & le Lion Noir. Le 22 de Mai, ] dans le deflein d'attaquer cette
Ville, ils avoient jetté l’ancre à l’entrée de la Rade, où les Portugais leur
avoient brûlé depuis peu une Caraque & quatre Joncs, & Matteleefe fit
débarquer une partie de fes gens. Mais il reçut avis prefqu’aufli-tôt (h) par
un de fes Bâtimens, qu'il avoit laiïflé à la garde d'une petite Ifle, nommée
Cap
(f) Angl. dont le Marchand s’appelloit (b) Angl. Mais, le 25 d'Août, ilreçut avis,
Clues Simonfon. KR. d. E. R. d. E.
(g) il faut lire Matclief, R, d. E.
IT Part. Ece
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuuw. VI 4os
SARIS.
1606.
Les Folle.
dois en por-
tent la peine,
Eclipfe de
Lune.
Tremblement
de terre.
Les Ioll1n-
dois attaquent
Mal Abies
SARTS
1606,
Combat na-
valentre eux
& les Portu-
gais,
1607.
Hollandois
tués à Banjar-
mallin,
Pyratcries
402 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Cap Rochado, qu'on voyoit paruître une Flotte Portugaife de feize grands
Vaiïfleaux, commandée par le Viceroi même. L'embarras des Hollandois
fut extrême. Ils avoient à terre la moitié de leur monde & prefque toute
lenr artillerie, Cependant les Portugais, qui s’étoient approchés , leur of.
frirent vingt-quatre heures pour faire rentrer à bord l:urs gens & leur ca-
non, avec la liberté de fe retirer. Mattelecfe en profita; mais étant forti
de la Rade, il fe mit en ordre de combat , & l'engagement commença bien-
tôt avec une extréme fureur. On fe bactit pendant quarante heures. Les
Hollandois perdirent deux Vaiff-aux, les Portugais trois; & l'Orangia, percé
de toutes parts, fut obligé de fe retirer avec le refte de la Flotte dans la Rade
de Jor, dont le Roi étoit alors uni fort étroitement avec les Follandois. Ils
y employérent un mois à fe radouber ; & retournant vers Malaca, ils y trou-
vérent fix Vaifleaux Portugais, qu'ils preffèrenc fi vivement , qu'après en
avoir brûlé trois, ils forcèrent les trois autres à fe brûler eux-méimes. Ilsfe
rendirent cufuite aux Ifles de Nicobar, où ils fçavoient que le Viceroi s'é-
toit retiré avec fept Vaifleaux ; mais il s’y étoit fortifié contre Îe rivage avec
tant de précautions, qu'ils perdirent l'envie de l’attaquer. Le 20, Mattelee-
fe arriva dans la Rade de Bantam, avec toute fa iloue,& partit le 29, pour
les Moluques.
Le 14 de May 1607, un Jonc Malayen, arrivé de Grefe, rapporta qu’un
Marchand Ilollandois, nommé Julius, & cinq autres Marchands de la meme
Nation, qui écoient partis de Bantam le 13 Novembre 1606, avoient fouf-
fert la mort à Banjarmañin, dans l'Ifle de Bornco, pour avoir parlé fans re
peét de la perfonne du Roi. Ce Prince informé de quelques expreffions indif.
crétes, qui leur étoient échappées contre lui, leur fit dire qu'il avoit quelques
affaires de commerce à leur propofer ;ils ne balancérent point dans cette con-
fiance, à fe rendre à la Cour ; maisils furent maffacrés en chemin, & tous leurs
biens confifqués.
IL arriva le 17 d’Août,un Bâtiment Hollandois de Coromandel, nommé
le Grand Soleil , & commandé par le Capitaine Peter Tfacfon, quirevenoit char.
gé d'un riche butin. Il avoit pris vers l'Ifle de Ceylan , un grand Vaiffeau Por-
tugais en. courfe pour Malaca, d'où il avoit tiré quatrevingt balles d'étof.
fes précieufes, & huit cens caifles de fucre. [’ s’étoit faifi, dans la Rade de
l'un Vaile: , N : ï rie
Re Mafüulipatan ,. d'un autre Vaifleau de la même Nation, richement chargé de
Hollandois,
Chaleurs ex-
traor dinares à
Malulipatan,
toutes les marchandifes qui font propres au commerce de cette Côte. C'é-
toient des cloux de Sirose, de la fleur de muitade & des noix, des taffetas
de la Chine, des velours & des damas de couleurs vives, car les blancs ne
font point en ufage dans ce Pays; de la porcelaine de la Chine, & fur-tout
de la plus grande. Ifacfon, [fier de tant d'avantages, | racontoit que les FTol-#
landois avoient trois Comptoks fur la inême Côte, dans crois Villes difré-
rentes, qui ne font pas fort éloignées l'une de l'autre; à Mafülipatan, à Pe-
tapoli & à Belligat; que la fituation de Mafulipatan eft à 17 degres de lati-
tude; que les provifions y font en fi grande abondance , que trente-deux pou-
les ne s’y achetent qu'une piéce de huit, & un bœuf au même prix; mais
qu'au mois de May, lorfque le vent foufle à l'Ouett , il y fait fi caaul!, que
l'air y eft infupporiable, fans qu'on puiffe fuër néanmoins jufqu'au coucher
du Soleil, après lequel tout le monde eft pris d'une fueur fort abondan':;
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INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar, VI. 403
que dans tout le cours de ce mois, perfonne ne quitte fa maifon qu'à l'en-
trée de la nuit, & que ceux qui rifquent de paroître pendant le jour ne man-
quent point d'être fufoqués (7).
LE 7 de Septembre, il arriva une groffe Pinañle Tollandoife d'une petite
Ife, nommée Sainte Lucie, à 24 degrés & demi de latitude du Sud, & fi
près de l’Ifle de Madagafcar qu'on y compte à peine un mille, Les Hollan-
dois avoient été forcés d'y relâcher, pour fe mettre à couvert d'une Cara-
que Portugaife, qui étoit partie de Madagafcar le 4 d'Oétobre 1656, & qui
ayant fait plufieurs voyes d'eau , s'étoit vue dans la néceilité de jetter trois
mille facs de poivre & d'autres marchandifes précieufes. Ils racontèrent aux
Anglois de Bantam que l'Ifle de Sainte Lucie eft un lieu fort commode pour
les rafraïchiflemens; que les Infüulaires n’y connoiffent pas l'argent ni d’autre
monnoye ; que pour une cucillière d'étairi, on obtenoit d'eux un bœuf, & un
mouton pour un petit morceau de cuivre; que l’ancrage y eft fort bon fur
fepc ou huit brafles, quoique le fond foit un peu rude.
Le 14 de Novembre, David Middleton, Capitaine du Confent , arriva de
Londres à Bantam.
(k) Le 17, Mattelcefe, Amiral Hollandois, revint des Côtes de la Chi-
ne, où l’efpérance du commerce l’avoit expolé aux plus grands dangers. En
vain s’étoit-1l préfenté aux Chinois , qui avoient rejetté toutes fes propofitions,
& jufqu'a l'offre de cent mille piéces de huit par lefquelles il avoit tenté de
gagner leur confiance & leur affeétion. Six Caraques Portugaifes, parties de
Macao, l'avoient forcé de gagner le large avec perte de fa Pinafle qu'elles
lui avoient enlevé. À fon retour, il avoit touché à Kamboya & à Pahang,
mais fans y pouvoir obtenir rien de plus que des vivres.
Le 17 de Décembre, on vitarriver le Gelierland, grand Vaiffeau de Hol-
lande. II écoit venu entre l’Ifle de Saint-Laurent & la Côte d'Afrique. Le
premier endroit où les Hollandois avoient relèché pour fe procurer des ra-
fraîchiflemens, avoit été l’Ifle Mayotta , une des Comores. Ils y avoient
frété leur Pinafle, dans une Rade à la vérité fort commode, mais dépour-
vûe de vivres, & fur-tout de beftiaux, De-là ils avoient fait voile à Calecut,
Ville qui leur avoit paru fi grande, qu'ils ne lui donnoient pas moins de cinq
mille de longueur. Le Samorin , qui eit le Roi du Pays, leur avoit rendu
une vifite à bord, vêtu fort richement, avec une couronne d’or fur la tê-
te, & l’épée nue à la main. Il leur offrit toutes fortes de faveurs & la per-
million d'établir un Comptoir dans fa Capitale; mais dans la crainte des Por-
tusais, qui étoient alors fort bien avec lui, ils avoient refufé fes offres. En
avançant vers Calecut, ils s'étoient faifis d’une Barque de la Mecque, char-
gée de ris & d’un grand nombre de Paflagers, auxquels ils avoient fait payer
Jeur rançon.
Le 27, l’'Amiral Hollandois, Paulus Van Carle, mouilla dans la Rade de
Santa,
1607.
Ifle de Sainte
Lucie près de
Madagafcar,
Les Hollan.
dois rebutés à
la Chine,
Ifle Mayotta,
une des Co:
mores.
Arrivée de
Bantam, avec fept grands Vaifleaux & une Frégate Portugaife dontil s’étoit Paulus Van
faifi cans fa courfe. Îl avoit pris des rafraïchiffemens au Cap de Lope Gon- ,
(3) L'Anglois dit fimplement qu'on ne rifque
was de paroître pendant le jour , parce que (k) La Seconde Seétion de ce Chapitre coms
plufieurs perfonnes ont été fufoquées par la mence ici dans lOriginal, K. d, E,
Fan
Eec 2
chaleur, R. d. FT,
Carle À Ban-
am,
SaAnts,
1607.
Iavoit atta-
qué Mozan-
bique,
Circonftances
du Siège,
Pyratsries de
Paulus Van
Carle,
404 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
falve (1), fur la Côte de Guinée, où il avoit trouvé de l'eau & du poiffon
en abondance, Après avoir pallé fix femaines, pour attendre le changement
du vent qui étoit au Sud-Eft quart à l'EfE, il s'étoit rendu à l'Ifle d'Anna-
ban fur la même Côte, Le 30 de Murs, il étoit venu mouiller au Port de Mo-
zambique , malgré le feu continuel de l'artillerie du Château ; & fans perdre
le cems d'abord à répondre à cette infulte, il avoit pris le parti d'attaquer à
la vûe des Portugais, une l'régate de leur Nation & deux Navires Guzarates
qui étoient dans le Port. Après s'en être faifñi & leur avoir enlevé toutes
leurs marchandifes , il avoit brûlé les deux Guzarates; mais la régase Portu-
aife lui avoit paru fi bonne , qu'il l'avoit confervée pour fon propre ufage. Le
endemain, ayant fait la revüe de fes forces, qui fe trouvèrent compofées de
neuf cens quatrevingt-quinze hommes ; il en mit à terre fept cens, avec
fept piéces d'artillerie, qui commencèrent aufli-tôt à battre le Château. Cet-
te attaque lui promettant peu de fuccès, il poufla fes tranchées fi près de
de l'Ennemi, que fes gens pouvoient jetter des pierres dans le Château. Mais
lorfqu'il comptoit d'employer la mine pour faire fauter les murs ,une furieufe
pluye l'obligea d'abandonner cette entreprife. Les Affiégés profitèrent du dé-
couragement des Hollandois pour lancer fur eux quantité de pots à feu, qui
les incommodèrent beaucoup. Une fortie, qu'ils firent en même tems, ache-
va de rebuter les Affiégeans, & les força de fe retirer après fix femaines d'un
Siége inutile, qui leur avoit coûté quarante hommes, fans compter un grand
nombre de bieffés, Ils rentrèrent dans leurs Vaiffeaux , pour fortir de la
Rade, Mais à la pointe d’un angle funefte, où ils ne pouvoient éviter le
canon du Château, ils furent fi maltraités de plufieurs coups, qu'un de leurs
Bâtimens fut coulé à fond, & deux autres percés dangereufement.
VAN Carle fe rendit à l'Ifle de Mayotta, pour réparer le défordre de fa
Flotte. La Rade qu'il choifit pour y jetter l'ancre fe trouva fi bien fournie
de bettiaux, qu'il y acheta fix cens vingt bœufs & trente-fix moutons dans
l'efpace de fix femaines. Les Infulaires connoiffent fi bien l’ufage de l'ar-
gent, qu'on ne peut rien obtenir d'eux que pour des piéces de huit. A l’ar-
rivée des Hollandois, le Roi défendit à tous fes Sujets, fous de rigoureu-
fes peines, de vendre les moindres provifions avant qu'il fe fut défait de
toutes les fiennes. Aufli-côt que les Hollandois fe crurent parfaitement ré-
tablis, ils retournérent vers Mozambique , pour recommencer l'attaque du
Château. Mais en entrant dansla Rade, ils apperçurent trois Caraques , nou-
vellement arrivées de Portugal. Cette vûe refroidit leur courage , & leur
fit prendre le parti de continuer leur courfe vers les Indes. A trente lieuës
de Goa , ils mirent à terre les Guzarates qu'ils avoient pris à Mozambique.
Le lieu qu'ils choifirent, pour fe délivrer de ce fardeau , fe nomme Seper-
don, [a 18 degrés de latitude du Nord. Ses habitans font des Mores grands X#
Ennemis des Portugais.] Ils y trouvérent toutes fortes de rafraïchifflemens
à bon marché, mais nulle autre marchandife qu'une petite quantité de poi-
vre. De-là s'étant avancés vers les Ifles Commodo, à fept lieuës de Goa,
ils fe faifirent d'une Caraque qui retournoit à Lisbonne, chargée prefqu'uni-
quement de piéces de huit. Ils la brülèrent après s'être emparés de toutes
fes
quelques-uns difent être une partie de la baffe
(1) Ce Cap cft à peu près à un degré de
Guince.
laticude Sul, fur les Côtes de Lcango que
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INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. VI.
495
fes richeffes. L'amorce d'un fi précieux butin les fit demeurer pendant plus Sanrs,
d'un mois dans le même lieu, pour attendre les crois Caraques qu'ilsavoient 1607.
+
rencontrées à Mozambique, Mais fe voyant trompés dans cette efpérance ,
ils Ce rendirent à Calecut, dans l'intention d'y parler au Samorin. Dix Galé.
res, qui y étoient arrivées de Goa, leur Otérent l'envie de s'approcher du
rivage, Cependant ils envoyérent au Samorin un préfent de deux piéces
fde fer, & d'une] de fonte, en le faifant prier de leur accorder
de l'eau. Cette faveur ne leur fut pas refufée; mais l'eau fe trouva fi mau-
vaife, qu'ils n'en purent faire aucun ufage. Ils tournèrent vers le Cap de
Comorin, fans en pouvoir trouver de meilleure; & leurs befoins étant de.
venus fort preffans, ils s'eforcèrent de gagner les Détroits de Malaca. Mais
les vents & les Courans leur furent fi contraires, qu'ils n'eurent point de ref-
fource plus prompte que de fe rendre à Bantam. Il y avoit près de vingt-
deux mois qu'ils étoient partis de Hollande. Van Carle, dont la haine nefe
rallentiffoit pas contre les Portugais, remit à la voile le 13 de Décembre,
pour aller croifer dans les Détroits de Malaca, où il fe promettoit de ren-
contrer les Vaifleaux de Macao. Mais la fortune le fervit fi mal dans cette
entreprife, qu'il revint le 4 de Janvier à Bantam, d'où il partit le 5, pour
faire voile aux Moluques.
Le 18, Mattelecfe leva l'ancre aufMi, pour retourner en Hollande, Sa Départ &
cargaifon étoit compofée de douze mille facs de poivre, quatre cens facs de ‘rrivie de di-
noix mufcades, de fucre, de bois d'ébéne, & de foye crue. versVaileaux,
Dans le cours de l'année 1608, il arriva un prodigieux nombre de Joncs
de la Chine & des autres parties des Indes. Le premier Bätiment de l'Euro-
pe fut l'Erafinus, Vaïffeau Hollandois, qui retournoit d'Amboyne en Hol-
I n'ôfe s'ap
procher de
Calccut,
1608,
xlande, chargé de fept cens bahars de girofle, [qu'il avoit acheté à Hitto.]
Le premier de Septembre, une petite Pinaffe de la même Nation, arrivée
de Machian, rapporta que deux grands Vaifleaux, la Chine & le Pigeon, a-
voient été fubmergés fur leurs ancres devant cette Ville , par un vent d'Oueft,
qui ne paroifloit point affez violent pour produire un effet fi terrible. Mais
le moindre orage qui vient de ce côté-là, caufe des agitations extrêmes dans
un Port où le fond eft fort mauvais & n’a pas moins de 70 ou 80 braffes.
La perte des Hollandois avoit été compenfée par la prife de Machian & de
Taffafal, qui ne leur avoit pas coûté un feul homme, Ils avoient mis dans
chacune de ces deux Places cent vingt Soldats. C'’étoit de la même manière
& par la même voye qu'ils s'étoient fortifiés dans le Château de Malayo.
Le 10, une Pinafle Hollandoïfe partit pour Sukadana, dans la feule vâe
de ramener les Négocians de cette Nation, qui y étoient accablés de mala-
dies, & qui ne pouvoient fe faire payer de ce qui reftoit dû à leur Compa-
gnie depuis le voyage de Claes Simonfon.
Invañons deg
Hollandois,
kæ [Le 23, le Vaiffléau nommé la Zélande, arriva de Banda , à moitié
chargé de fleur de mufcade, & de noix; fon port étoit de cent cinquante
Lafls (m}). Le 25, on vit arriver le Hay, venant de Coromandel; il appor-
toit diverfes fortes d’étoffes de Malayo, & de Cheara Java.]
LE 2 d'Oétobre, Keeling, Amiral Anglois, arriva de Priaman dans le L'Amiral Kee-
Dragon, & fe rendit le 7 à la Cour, avec une Lettre dy Roi d'Angleterre lingarrive à
GG Lantam.
C7 (m) ou 192 Tonneaux.
Eee 3
Mort tragl
que lu Gou-
Verneur,
Difgracces
du Vaifleau
l'Hector,
46 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
& des préfens, qui confiftoient dans cinq piéces d'arcillerie, une aiguière &
un baflin d'argent, & deux barrils (n) de poudre, Il fuc témoin avec tous
les Anglois du Comptoir, d'un forc crifke fpeétacle, Les lunguvas, le Scha
Bandar, l'Amiral, Kay Depacti, Utennagera, & plulieurs autres Seigneurs,
irrités depuis long-tems contre le Gouverneur du jeune Roi, qui abufoit quel-
quefois de fon autorité, fe réunirent pour le perdre, Ayanc choil lu nuit du
19, pour s'aflembler chez Kay Mas Pacti, ils fe rendirent fccrétement au Pa-
lais, où ils commencèrent par s'afflürer de la perfonne du Roi & de la Reine
Mère. Ils coururent enfuite à l'apparcement du Gouverneur, qu'ils efpéroienc
de fürprendre dans fon lit; mais ileut le cems de fe fauver par la ruelle, après
avoir reçu une blefüre à la tête, & de fe retirer chez le Grand-Précre, qui
fe nommoit Kay Finkkey. Le refpeët d'un azile fi facrd n'arréta point ces fu-
rieux, En vain l'inkkey paroiffant lui-même s'efForça de les arrêter par fes priè-
res & fes menaces, Ils forcèrent l'entrée de fa maifon, & le Gouverneur pé-
rit de mille coups entre leurs mains. [Le 18 , la Pinafle Hollandoife r:vine
de Sukadana ; & elle ramenoit les Négocians qu'elle étoit allé chercher, &
qui avoient été obligés de partir fans pouvoir fe faire payer de ce qui leur 6.
toit dû, Le 6 de Novembre, le Vice- Amiral de Van Carle fic voile pour retour-
ner en Hollande, avec cinq Vaileaux, chargés de cloux de giroile, de leur
de mufcade, de noix, de poivre & de diamans, Le 8, il arriva une petite
Pinafñle Hollandoife de Malaca , par laquelle on apprit qu'il y avoit dans ces
Mers treize Vaifleaux, quis'étoient emparés dans leur route , de deux Ca-
raques. Le 9, Samuel Plummer, partit pour fe rendre à Sukadana.] Kve-
ling leva l'ancre le 4 de Décembre, pour retourner en Angleterre: mais le
mauvais tems & les vents d'Oueft le repoullèrenc vers la Rade, Il remit à
la voile le 10, & l'on fut furpris de le revoir encore le 13. Il avoit rencon-
tré dans les Détroits l'Heétor, dont prefque tout l'Equipage étoit réduit à
l'extrémité par le fcorbut; [ & l’intéret de la Compagnie l'avoit obligé de
prêter fon fecours à ce malheureux Vaifleau. Il y avoit fait pañler une par-
tic de fes gens pour fuppléer à la manœuvre, Enfin fans cette rencontre impré-
vue, les Anglois de l'Heétor n'ayant plus la force de porter la main aux voi-
les, couroient rifque à tous momens de fe brifer contre les rocs ou d’échoutr
dans quelque Ie du Sond.] Ils avoient effuyé d'autres malheurs à Surate, où
les Portugais [ de Daman) leur avoient pris leur Chaloupe, avec dix-neuf de ff
leurs gens, & des draps d'Angleterre pour la valeur de neuf mille piéces de
huit, Mais ils s’étoient un peu dédommagés de cette perce, en f& failiffint
d'une Frégate de Columbo, dans laquelle ils avoient trouvé, entre autres mar-
chandifes, onze balles d’étoffes des Indes (0), & treize petites piéces d'Artille-
rie. [Leur arrivée à Bantam fitchanger de vûe à Kecling. ] [l.e 16 de Décem- y$s
bre, on vit arriver de Hollande un petit Bâtiment, qui avoit été en route 8
mois & dix jours. Il avoit rencontré, un peu au Nord du Cap de Bonne-Ef-
pérance deux Vaiffeaux qu'il croyoit etre Anglois. Il s'étoit rafraïchi à Pulo
Lamone, une des Ifles Comores, où il avoit acheté quantité de bœufs & de
chèvres, pour des vieux couteaux & des cuillières d’étain. Le 22 ,1l fit voile
pour
étofles qu'on nomme poulings, KR, d, E,
(a) Angl, un barril, R, dE,
(9) Angl. où il y avoittreize piéces de ces
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LE 21
moic lan
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fonniers I
loit fçavo
Saris fut q
des Prifor
inftamme:
d'autres af
la Vérité «
1] fçavoit
Joit par ci
d'inftances
mot ‘l'an
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cru, VI. 407
e &
tous pour Malaca , afin d'aller porter ordre à la Flotte Hollandoife de lever le Si-
cha ge de cette Place.] : | |
urs, Le 23, leCapiraine Towtfon partit pour | Angleterre dans le Dragon. Le r
juel- de Janvier 1609, Kecling monta dans l'Hleètor , pour fe rendre aux Ifles de
ik du | Banda,
x [Le 7,il arriva de Coroman let, deux Vaifeaux Hollandois & une Pinaf:
)
De fe, dont la charge condifloit en Évoffes, en partie prifes & en partie ache-
pient tes, Ces mémes Batimens s évoient auii emparés à Mozambique d'une Cu-
iprès + Le 15, ces deux, Viutleaux partirent avec le Gran Solcil, ]
qui 2 3 de l'évrier ; les Hlollandois , à qui le retardement de leurs Vaiffeaux
8 fu- commençoit à caufvr de l'impatience , eurent la fatistaétion de voir arriver
priè- . de Malaca Williamfon Verhoof, leur Amiral, avec une Flotte de douze grands
r pé- | Vaifleaux , dont fepe partirent immédiatement pour les Moluques. Le 9 de
vint Mars ,les Officiers qui reftoient à Bantam , accompagnés de tous les Faéteurs
r, & de leur Comptoir, demandèrent une affembléc des Pungavas, fous prétexte
ut É d'une affaire importante qu'ils avoient à leur greg 8 Cette faveur leur
tout - duant accordée, 1ls déclarèrent [avec beaucoup de faite, dans un Confeil fi
Meur nombreux ,] qu'ils avoient reçu des Lettres de leur Roi, titre qu'ils affec-
tosunt de donner au Comte Maurice porr fe procurer plus de conlidération,
tite
A ces par lufquelles ils apprenoient que la paix avoit été conclue entre eux & les
«x Ca- Portugais, Ils ajoûrérent qu'ils fe eroyoient obligés d'en informer la Cour de
Kce- Bantam, parce que devant vivre délormais en bonne intelligence avec le
ais le Portugal, ils ne pouvoient plus accorder de fecours aux Javans contre les in-
mit à fultes des Vaifleaux de cette Couronne, Les Pungavas reçurent ce difcours
MCÔN- avec de wrands éclats de rire, Ils connurent Lout-i un-Coup que le deffein des
duit à Officiers Hollandois, étoit de les prévenir par des jaloufics & des craintes,
igé de contre ceux dont ils fe reconnoifloient les amis, afin de rendre la Cour de
c par- Bantam plus réfervée fur tous les Privilèges qui pouvoient nuire au commer-
mpré- ce de Hollande. Aufñi répondirent-ils que les Javans étoient fans inquiétude,
x vol & que les Hollandois pouvoient fuuvre leur inclinauon,
houtt A Lic2o,lereuprita la Maifon d'un Chinois ; mais heureufement il n'at-
e, où wignit point le Magazin des Anglois qui écoit à côté, ] |
euf de té Le 21, Saris fut appellé à la Cour par le nouveau Gouverneur, qui fe nom-
ces de moic Pangram Arcumgalla, N-fe hata d'obér à cet ordre, avec la précaution
Giant ordinaire de porter un préfent. Le Gouwrneur lui dit qu ayant appris par des
arrière informations certaines , que les Anglois retenoient dans leur mailon deux Pri-
etille- fonniers pour dettes, & qu'ils les avoient méme chargés de chaînes, il vou-
)écem- x$s loit fçavoir fur quel fondement ils s'atiribuoient cette autorité. La réponie de
ute 8 Saris fut qu'ils avoient obtenu la permiflion du Roi; & produifant les billets
ne-Ef- A des Prifonniers pour prouver la reaicé & la juftice de la deute, il demanda
, Pulo inftamment qu'ils ne fuffènt pas déchargés fans avoir donné une caution .ou
| & de d'autres affurances pour le payement. Le Gouverneur repliqua qu'il fuppofoit
c voile la vérité de la dette, mais que pour la pernuilion d'enchaïner les Prifonniers,
pour il fçavoit que les Anglois ne l'avoient Jamais obtenue du Roi, & qu'il vou-
loit par conféquent qu'ils fuffent relachés. Enfin Saris obtint, aprés beaucoup
L. d'inftances, qu'ils demeurcroient en prifon, jufqu'a ce que l'un, qui fenoin-
moit ‘l'anyomges, & qui devoit au Comptoir cinq cens piéces de huit
t
Cp)»
Sais,
1060).
Arrivée d'u
ne Î te Hol.
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Les Hollan
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la raillerie du
Contcil de
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1609.
Efpérances
des Hollan-
dois à Borneo.
Poids & me-
fures de Ban-
da,
Saris retour-
ne en Angjle-
terre avec
Kecling.
408 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
(p),en eût du moins payé cent, & que l’autre , nommé Bungum, qui devoit,
avec la même fomme, cent facs de poivre, eût payé cent piéces & vinge
facs. Sur cette convention, le Gbuverneur envoya un de fes gens avec Sa-
ris, pour déclarer aux Prifonniers à quelles conditions ils pouvoient obtenir
la liberté. Cependant, le 24, il vint à Saris un nouvel ordre de fe rendre à
la Cour. 11 y trouva les Faéteurs Hollandois qui y avoient été mandés com-
me lui, & vers lefquels le Gouverneur fe vourna d’abord, pour leur deman-
der fi c'étoit l’ufage en Europe de mettre un homme en prifon pour fes dettes,
fans en avoir reçu la permiflion du Roi ou de fes Miniltres. Les Hollandois
ayant répondu que non, il donna ordre que les deux Prifonniers fuffent relâchés
fur le champ. En vain Saris lui repréfenta les conditions dont on étoit conve-
nu trois jours auparavant, un des Efclaves du Roi fut envoyé aufli-tôt pour
les délivrer. Saris ne douta point que cette mortification ne lui eût été füuf-
citée par les Hollandois, [qui avoient été poullés à cela par Lak-moy. Cet
Homme efpéroit que les Anglois n'ayant aucune juftice à attendre, n'ôfe-
roient plus fe fier aux Chinois, & que ceux-ci par conféquent viendroient à
Jui ; & qu'ainf il s’empareroit de tout le commerce. Les Hollandois y trou-
voient aufli leur compte, parce qu'ils lui fournifloient la plûpart des mar-
chandifes dont il avoit befoin.] Ils reçurent à leur tour un fenfible chagrin,
en apprenant par une Pinaffe, arrivée le 23 d'Avril, que Paulus Van Carle,
un de leurs Amiraux, avoit été pris à Ternate. Mais, fur quelques récitsde
l'Ifle de Borneo, le 21 de Mai, ils firent partir un petit Bâtiment pour Ban-
jarmaflin, dans la réfolution de faire parcourir toutes les Criques & tous les
coins de cette grande Ifle où ils avoient appris qu'on trouvoit de l'or & du
bézoar en abondance pour des grains de verre & pour les plus viles mer-
ceries.
LE 26 d'Août, Kecling revint de Banda, chargé de douze mille quatre cens
quatrevingt-quatre katis de fleur de mufcade, & de cinquante-cinq mille
huit cens quarante-quatre (q) katis de noix: qui lui revenoient à neuf, dix &
onze piéces de huit le bahar. Un kati, dans les Ifles de Banda, répond à
treize onces & demi d'Angleterre. Le petit bahar de fleur de mufcade eft
compofé de dix katis; & le petit bahar de noix, de cent katis. Le grand ba-
har contient cent katis de fleur, & mille de noix. Si quelqu'un vous doit dix
katis de fleur , & qu'il vous offre en payement cent katis de noix, la Loi du
Pays vous oblige d'y confentir.
Le 4 d'Oftobre, Keeling, qui avoit achevé fa cargaifon à Bantam, en y
joignant quatre mille neuf-cens facs [& trois katis] de poivre, leva l’ancrexÿ*
pour retourner en Angleterre. Saris, Auteur de cette Relation, monta fur
le même Vaiffleau, après avoir pailé quatre ans, neuf mois, onze iours au
Comptoir de Bantam. [Sans s'arrêter aux circonftances de fon retour, il joint
à fon Journal quelques obfervations curieufes fur diverfes fortes de drogues
& de marchandifes, & fur les lieux d’où les Européens tirent ces produc-
tions.
(Le bois d'Aloës , comme l'appellent les Anglois, eft nommé Garu par
es
(r) La 3e. Se&tion de ce Chapitre commen:
Z pi de huit. KR, d. E,
CP) Angl. 429 3 piéces de huit. R, d. E ce ici dans l'Original. R. d, E.
(ga) Angl. 59846 Katis. R. d. E.;
CRT
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dentales
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comme «
fin d'aut
pointe.
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bes ou dé
fi l’art s’é
plus luif
paifles,
chers. Sa
ans aus
@Cs) Purd
e Sumatra
te, qui de
DU ZI Par
INDES ORIENTALES, Li. IV. Cp. VL 409
levoit, ics Malayens. La meilleure efpèce vient de Malaca, de Siam & de Cambaye Sanre
vinge (s). 11 faut choifir celui qui eft en gros bâtons ronds, forc malif, noir, avec 1609.
ec Sa- des veines couleur de cendre, un peu amer au goût, d’une odeur agréable, & Obfervations
obtenir qui brûle au feu de charbon comme un morceau de poix; c'eft-à-dire, que fr divers
ndre à | s'il eft bon, il ne cefle pas d’éprouver une forte de friture, en jettant une parfums, gour
$ com- odeur fort douce, jufqu'a ce qu’il foit confumé. mes, &c.
deman- Lx Benjoin eft une gomme, que les us nomment Minniar. La meil- -
dettes, l leure efpèce vient de Siam. Elle eft pure, claire, blanche, avec de perites Benjoin.
landois 1 rayes couleur d'ambre. Sumatra en produit une autre forte, qui n'eft pas mé-
elàchés 4 prifée, quoique moins blanche. Une troifième efpèce, qui vient de Priaman
conve Li. & de Burroufe, eft rejettée des Anglois, parce qu'ils la trouvent trop grof-
Ôt pour : fière; mais elle eft fort eftimée à Bantam.
été fuf. i La Civette, fi l'on veut choifir la meilleure, doit être d'un jaune foncéqui Civette.
y. Cetx à tire fur celui de l'or. Celle qui eft blanchâtre fe vend beaucoup moins, parce
, n'ôfe- ï qu'elle cft ordinairement altérée avec de la graiffe. Cependant la Civette, en
oient à | général, eft blanchâtre quand elle eft fraîche, & ce n'eft qu'en vicilliffant
y trou- | qu'elle devient jaune.
$ mar- | Le Mufc eft connupar trois efpèces;la noire, la brune & lajaune. La pre-
hagrin, ; mière n'eft point eftimée. La feconde eft bonne, La troifième eft la meilleu-
| Carle, Aire. Celle-ci doit être couleur d'ambre foncé, [comme le Spicnard ,] & re-
récits de ® vêtue d'une fimple peau; car fi elle en a deux, commeil arrive fouvent, c’eft
ur Ban- un défaut. Elle ne doit point être trop humide, ce qui la rend pefante; ni
tous les trop féche, ce qui diminue quelque chofe de fon prix. Elle doit être fans pier-
r & du res, fans filamens (t), & d’une odeur douce &forte. Elle eft nuifible à quan-
tité de perfonnes, non-feulement par l'odorat, mais même par le palais, car
Saris a connu des gens qu ne pouvoient en goûter fans qu'elle pénétrât juf-
>s mer-
tre cens Ë qu'au cerveau. Elle ne doit pas fe fondre trop tôt dans la bouche, ni demeu-
q mille jé rer trop long-tems dans la main fans fe diffoudre. On doit bien fe garder de
dix & A Ja tenir pres d'aucune autre forte d'épice, fi l’on ne veut pas qu’elle perde
spond à MA bientôt fon odeur. |
ade eft ‘à Le Bezoar : il yen a de deux fortes, l’une qui vient des Indes Occi-
and ba [| dentales, l’autre des Indes Orientales. Celle-ci vaut le double de l’autre. Les
doit dix (A pierres de l’une & l’autre forte ne fe reffemblent poitit dans leur forme. Les
Loi du HA unes font rondes ; d’autres longues comme des noyaux de dattes; d’autres
comme des œufs de pigeon; d'autres comme les roignons d’un chevreau; en-
en y 4 fin d'autres ont la figure d’un gland. Mais il y en a peu qui fe terminent en
l'ancrex# M pointe. Leur couleur n’eft pas moins variée: car il s’en trouve d’un rouge
onta fur DA clair, de couleur de miel & de couleur de cendre. Mais la plûpart font d'un
ROUTE QU verd pâle. Les bezoars de l'Inde Orientale font compofés de plufieurs ro-
iljoint bes ou de plufieurs peaux, comme l'oignon, & ne font pas moins luifans que
ones fi l'art s’étoit employé à les polir. Qu'on en ôte une peau, la fuivante eft
Éadice plus luifante & plus claire que la première. Ces peaux font plus ou moins é-
P paifles, fuivant la grofleur des pierres. Les plus gros bezoars font les plus
chers. Saris donne une méthode certaine pour les mettre à l'épreuve. Qu'on
Garu par
prenne,
les
e commen: 4 ©(:s) Purchaff remarque qu'il en vient auffi être de l’Auteur même de la Relation.
DA de Sumatra, Potannie, Cauchau-chene. No- dt) Angl, fans plomb; avec quelques poils,
te, qui de même que plufieurs autres, paroît _R. d.
IL Part. Fff
Sant1s
1609.
Ambre.
! Marché de
Bantan.
Poids & me-
furcs,
di VOYAGES DES ANGLOIS AUX
prenne, dit-il, le poids éxaét de la pierre, & qu'on la mette dans l’eau pen-
dant quatre heures. Qu'on éxamine enfüuite fi elle ne s'eft pas fendue ; & qu'a-
près l'avoir bien effuyée, on la pefc une feconde fois. Si l’on trouve la moin-
dre différence dans le poids, on peut être für que la pierre n’eft pas bonne.
La plûpart des bezoars contrefaits viennent de Sukadana dans l’Ifle de Bor-
neo. Îl s’y en trouve néanmoins d’excellens, comme à Patane, à Banjarmaf-
fin, à Macaffar, & dans l'Ifle das Vaccas, qui eft à l’entrée de la Rade de
Kambaya.
L'Awsre: il y en a dedifférentes couleurs, tels que le blanc, le noir, le
brun & le gris. Le noir eft le moins recherché & le je pañle pour le meil-
leur. De cette dernière forte, choififfez celui qui eft le plus clair, le plus
pur, qui tire fur le blanc & qui eft mélé de veines couleur de cendre ou
blanchâtres. Il doit flotter fur la furface de l'eau ; & quoiqu'il y ait de l'ambre
contrefait qui flotte de même, on peut s'affürer que le véritable ne s’enfonce
jamais. 11 vient en abondance du Mozambique & de Sofala.
(o) BanTam cft le grand Marché d’une infinité de Nations pour quan-
tité de marchandifes. Cette Ville, qui eft fituée dans la grande Ifle de Java,
eft au 6e, degré de latitude du Sud; variation Oueft 3 degrés.
ne produit guéres, de fon propre fonds, que des vivres, du coton, de la
laine & du puivre. La récolte du poivre, qui fe faitau mois d'Oétobre , don-
ne ordinairement trente ou trente-deux mille facs. Chaque fac contient qua-
rante-neuf katis & demi de la Chine. Les Javans nomment le fac un tim-
bang. Deux timbangs font un pikul; trois pikuls compofent le petit bahar;
& quatre pikuls & demi le grand bahar, qui fait quatre cens quarante-cinq
katis & demi. Les Javans ont encore un poids qu'ils nomment kulak, &
dont l'ufage cft fort commun à Bantam. Sept kulaks font le timbang. Mais
quelque expérience qu'on puiffe acquérir dans tous ces poids , les Commis In-
diens, qui font toûjours des Chinois, donnent beaucoup d'avantage aux Mar-
chands 4 Pays, parce qu’ils ont l’art de diminuer ou de groflir à leur gré
les poids & les mefures.
Aux mois de Décembre & de Janvier, il vient à Bantam un grand nombre
de Joncs & de Pares, chargés de poivie de Cherringin & de Jamby, de forte
qu'a la fin de Janvier cette Ville a toûjours de quoi fournir à la cargaifon de
trois grands Vaifléaux. [La monnoye qui y a cours vient de la Chine.
font de petites piéces de plomb, rondes & minces: on les appelle Cashes.
Ces piéces ont un trou par où l'on fait pañler une fil. Mille de ces Cashes
ainfi enfilées, fe nomment un Peku, dont la valeur varie fuivant que la va-
leur des Cashes haufle ou baifle. Dix Pekus fontun Lakfau ; dix Lakfaus font
un Kati; dix Katis font un Uta, & dix Utas un Eahar.
IL y a deux manières d’enfiler les Cashes: l’une qu’on appelle Chuchuck
China, & l’autre qu'on nomme Chuchuck Java. Cette dernière eft plus avan-
tageufe que l’autre ; parce que fur le même fil on enfile 200 Cashes; au lieu
que füuivant la manière Chinoife, on n’en enfile que 160, ou 170: & comme
cinq de ces Chuchu:ks font un Peku, quand il s’agit d’une fomme confidé-
xable, on peut perdre beaucoup fi l’on eft payé en Chuchucks Chinois. Lorf-
que
(vu) La 4e. Sedtion de ce Chapitre commence ici dans l'Original. R. d. E,
Mais le Pays .
CXF SE Kde la
doit ê
quer.
x)
c'eft à-d
de cette
Mineurd
le en pr
ou Ia Vi
u pen-
K La
1 moin-
bonne.
le Bor-
jarmaf-
tade de
noir, le
le meil-
le plus
mdre ou
l'ambre
enfonce
ur quan-
de Java,
is le Pays
on, de la
bre , don-
tient qua-
C un tim-
tit bahar;
rante-cinq
kulak , &
ang. Mais
ommis In-
e aux Mar-
à leur gré
nd nombre
by, de forte
argaifon de
Chine. Ce
lle Cashes.
ces Cashes
ue la va-
Lakfaus font
e Chuchuck
ft plus avan-
shes ; aulieu
b: & comme
me confidé-
ainois. Lorf-
que
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cunar. VI art
+ a les Joncs font fur leur départ, on peut avoir pour une Réale 34 ou 35
ekus, qu'on peut revendre avant l'année fuivante de façon que 22 ou 20
valent une Réale, Ainf il y a la-deflus un grand profit à faire.]
Le poids pour lebezoar, la civette & l'or, fe nomme taël, & revient à
deux piéces de huit un quart, ou à deux onces d'Angleterre, Un taël Ma-
layen pefe une piéce & demie de huit, ou une once & un tiers d'Angleterre.
Un taël Chinois eft le poids d’une piéce & fept vingtièmes de huit, ou une
once & un cinquième d'Angleterre; de forte que dix taëls de la Chine font
précifément fix taëls de Java.
Les marchandifes Angloifes qui fe vendent à Bantam, font de Fer en bar-
res longues & minces, à fix piéces de huit le Pikul.
@ Le Plomb en pctites mafles, à cinq piéces [& demi] le Pikul.
DE la Poudre à tirer, vingt-cinq piéces le Barril,
«@ Draps larges, de couleur rouge, [trois piéces de huit la Gaffe, qui eft
KP de trois pr d'aune.] Opium de Mefri (x) qui eft le plus eftimé, [huit
XF piéces le
K°de Mallaya.] Corail à grandes branches, [cinq & fix piéces le Taël.]
ati] Ambre en gros grains , [fix pièces le Wamg & le demi l'aël
Mars les piéces de huit font la meilleure marchandife qu’on puifle porter à
E Pantam, [parce qu'avec de l'argent comptant, il n'y a rien qu'on ne fe pro-
kpcure fort au deffous de fon prix.] [ Aux mois de Février & de Mars, il yar-
rive trois ou op ete Chinois richement chargés de foye crue, & tra-
vaillée ; de cashes, de porcelaine; d’étoffes de coton. Lafoye crue de Nan-
king y eft la plus eftimée, & s’y vend cent quatrevingt-dix piéces de huit le
Pikul. Celle de Kanton, qui eft la plus groffière s’y donne pour quatrevingt
piéces le Pikul.] On s'y défait auffi fort avantageufement des taffetas, des
velours , des damas de toutes fortes de couleurs, des fatins blancs, dumuft,
du fil & du trait d'or, du fucre blanc, du fucre de Candie, des baflins de
porcelaine, du benjoin, du bois d’aloës, de l'alun, & de toutes fortes de
drogues.
1 Es étoffes de Coromandel (y) font fort en recommandation à Bantam, &
fur-tout celle qui fe nomme Gubar. Les calicos, les pintades, les ballachos,
les beaux tapis de Saint-Thomé, le muris, qui eftune forte de drap fortcher ;
toutes les étoffes Malayennes, & généralement toutes celles de coton quiont
XF de la largeur & de la longueur; [pour mefüurer la plûpart de ces étoftes on
fe fert du Hofta, qui eft une demi-aure, mefurée depuis le coude, jufqu’à
l'extrémité du doigt du milieu.]
Les droits du Roy font 1°. le chuckey, qui eft de huit pour cent fur le
poivre. 2°. le billabilian ; c’eft-à-dire, que s’il arrive dans la Rade quelque
Vaifleau chargé de draps ou d'autres marchandifes de cette nature, le Roi
doit être informé de la quantité & du prix avant qu’on en puifle rien débar-
quer. Enfüuite il envoye fes Officiers, qui achetent tout ce qui eft néceflaire
à fon
dx) Purchaff écrit Opium de Miferée ;
c'eft à-dire du Cairo. Le véritable nom Arabe
de cette drogue eft Afûün. Il y a dans l’Afie
Mineure une Ville fameufe par la quantité qu’el-
je en produit qui s’appelle Atiun Karchilfar,
ou la Ville noire de l'Opium.
(y) Les Portugais appellent cet endroit Cha-
ramandel; les François & les Italiens l’écrivent
Cara, ou Coromandel, par corruption de To-
romandolun, ou Toromandora; qui eft pro-
rement le titre qu’on donne au Roi, & dont
es Portugais ont fait un nom de pays.
Fff2
Sanrs,
1609.
TuëtMalayen.
Marchandifes
propres à Ban-
tin,
Droits duRoi.
Sanrs.
1609,
"Pays divers
d'où Bantam
tire fes richel-
(es,
Macalfir, Da.
A & Tymor,
fes de Banda,
non filée, KR. d. E,
c>(a) Macaffar a paflé pendant quelque tems
pour une Ifle, & méèine elle eft reprefentée
comme telle dans les vicilles Cartes, mais en-
4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
à fon ufage, pour la moitié du prix, [ou pour quelque chofe de plus] c'eft. kr
à-dire, que fi vous mettez le prix de votre drap à vingt piéces de huit le
ori, on ne vous en donne pas plus de quinze ou feize. L'ufage des Hol-
andois eft de faire préfent au Roi, de fept ou huit cent piéces de huit à leur
arrivée, pour fe délivrer de tous les droits. Le Ruba-ruba eft un droit pour
l'ancrage, qui monte à cinq cens piéces de huit pour fix mille facs de poivre,
Le droit du Scha Bandar pour la même quantité de poivre, eft de deux cens
cinquante piéces de huit; celui des Cominis pour les poids & les. mefures,
d’une piéce de huit fur cent facs. Les Jerotu is, qui font les Gardes de la
Douäne, ont aufli le droit d'une piéce de huit fur cent facs.
BANTAM tire beaucoup de vivres, de coton & de bois ( 3), du Canton de
Jorrain, [ou Serebaya ], qui eft fitué à l'Eftde Jakatra. 11
un grand nombre de Joncs, chargés de poivre. Banda lui fournit une petite
uantité de fleur & de noix de mufcade, qu'on envoye prendre dans quelques
Toues du Roi & de laVille. Macaffar (a) lui fournit de même des pierres, du be-
zoar, du ris & d'autres vivres. Bali qui eff une Ifle à l'Eft (b) de celle des Célèbes,
vers huit degrés & demi de latitude du Sud, envoye beaucoupde ris & de coton,
des Efclaves, & des étoffes grofliéres. Timor, qui eft à l’Eft de Bali, à dix
degrés quarante minutes de latitude du Sud, produit. une abondance de Chin-
danna, que les Anglois nomment wbite Janders (c). Il vaut à Bantam jufqu'à
vingt pièces de huit le pikul. Les Indiens font capables de beaucoup d'artifice
our contrefaire cette marchandife ou pour l'altérer par divers mélanges; de
orte qu'il eft toûjours à propos de la.rompre en piéces pour éviter l'impofture.
On porte pour échange à ‘limor, des couteaux ,. de petites merceries, de la
porcelaine groffière, des taffetas de diverfes couleurs, excepté les noirs, des
poëles de la Chine, de petites plaques d'argent battu, aufñli minces que des ou-
blies, & de la grandeur de la main. Ce commerce eft fort avantageux, car
les Anglois y ont gagné jufqu’à quatre cens pour cent.
BaANDaA, qui cit à cinq degrés de latitude du Sud, fournit avec la fleur & la
noix de mufcade, de l'huile de l’une & de l'autre. Certe Ifle n’a point de Roi;
mais elle eft gouvernée par un Scha Bandar, qui cftallié des Scha Bandars de
Nera, de Lantor, de Puloway, de Pulorin, & de Labatake, autres Ifles qui
font. comprifes fous le même nom, & qu dépendoient autrefois du Roi de
Ternate. Toutes ces Ifles ont trois moiflons chaque année, dans les mois de
Juillet, d'Oétobre & de Février ; mais celle de Juillet qui fe nomme la moif-
fon (4) d'Arepuri, eft la plus confidérable. Les marchandifes qui conviennent
aux Infulaires,. font les étoffes. de Coromandel, & toutes celles de Cheremal-
la, du drap d'Angleterre, les efpèces d'or, les piéces de huit, avec cette
différence , que pour la valeur de foixante-dix piéces de huit en or, vous aurez
ce qui coûrcroit quatrevingt-dix piéces en argent; les grands baffins de la
Chine, les damas cle couleurs vives, les taffetats, les velours, les boëtes de
la Chine, les jettons dorés, les chaînes d’or, la vaiffelle dorée, telles Le des
de | ietes
(3) Angl. de coton & de laine filée, & füiteona découvert que c’étoit une partie de
l'Ifle de Célèbes.
@(b) Il faudroit plûtôt dire au Sud-Oueit,
c) C'eft-à-dire Sandal blanc. R. d, E,
Ca Angl, la Mouflon. KR. d. E,
1! lui vient de Jamby j#
* Perles.
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. d. E
INDES ORIENTALES, Laiv. IV. Cuar. VI
afictes, des plats & des foucoupes, les armes de tête damafquinées & bien Sans
luifantes; les moufquets, les lames d'épée, mais retrouflées à la pointe. Le
ris eft encore une marchandife fur laquelle on trouve de grands profits dans les
Ifles de Banda, fur-tout dans certaines années où la racine de fagio, dont on
y compofe le pain, manque prefque entièrement.
Les Ifles Moluques, qui font au nombre de cinq, fort près de la Ligne
Equinoétiale, fe nomment Molukko, Ternate, Tidor, Geylolo & Machian (e),, "<*:
& produifent une grande abondance de girofle; mais chaque année n'eft pas
également fertile. C'eft la troifième qui donne toûjours une riche moiflon. Le
kati aux Moluques cft de trois livres cinq onces
deux cens katis. Dix-neuf katis de Ternate, en font cinquante de Bantam. Les
marchandifes qu'on demande aux Moluques, font les étoffes de Coromandel
& de Cheremalla, les ceintures de Siam, les falolos, les ballachos & les chel-
lis, les taffetas de la Chine, les velours, les damas, les grands bañlins, les jet-
tons vernis, les draps écarlate, l’opium & le benjoin.
SraM, dont la fituation eft à 14 degrés & demi de latitude du Nord, fournit
une grande abondance d’excellent ben
4 [tant de fon propre fond, que de celles] qu'on y apporte de Pegu.
Siam pefe deux Piéces de huit & un quart. On y trouve beaucou
vient du Japon; ce qui n’empêche pas que
huit n’y foient fi recherchées, que deux & demi, avec le coin, en valent
prefque trois en lingots, Le drap d'Angleterre de couleur éclatante, le fer
& les beaux Miroirs, font dans une haute eftime à Siam. Toutes les mar-
chandifes de la Chine s'y vendent beaucoup moins cher
Joncs Guzarates viennent à Siam aux mois de Juin & de
touché aux Maldives & à Ténafierim, où l’on trouve en tous tems cin
fix braffes d'eau. De Ténafferim, on peut fe rendre par terre à Siam,
l'efpace de vingt jours.
BorNeo eft à trois degrés de latitude du Sud. Cette grande Ifle pro-
duit beaucoup d'or & de bezoars, de la cire, des Rotans (f), du Kaijulac-
ka, & du Sang de Dragon, dont le principal commerce fe fait dans la Vil-
le de Banjarmaïlin. Les marchandifes qu'on y demande font les étoffes de Banjarmaffin
Coromandel, la foye de la Chine, les damas, les taffetas, les velours de |
toutes couleurs, excepté la noire; les draps de l'Europe & les Piéces de huit.
[ Les pierres de Bezoars’y vendent cinq ou fix piéces de huitle Taël, qui eit
le poids d’une piéce & demie de huit. ou une once & un ticrs d'Angleterre].
Sukadana eft une autre Ville de l'Ffle de Borneo (g}), dont la latitude eft d’un
degré & demi du Sud; on y compte cent foixante lieuës de Bantam.
grand commerce de cette Ville e
abondance, & qui pañlent
coup dans tous les tems de
ngloifes. Le bahar contient
oin, & beaucoup de belles
lingots, mais il
uillet, aprèsavoir
celui des Diamans, qui s’y trouvent en
our les meilleurs de lunivers. Elle en a beau- tarivière de
année, mais fur-tout aux mois de Janvier, d’A- li
vril, de Juillet & d'Oétobre, où l’ufage eft de les aller chercher dans des Pa-
res, au long de la Rivière de Lavi,.en plongeant comme l’on fait pour les
Perles. Cependant il arrive quelquefois aux mois de Juillet & d'Oétobre, que
(Ce) Les Ifles Bachian, & Monil font omi- pèces de Joncs. R. d. E.
«7(£g) Sur la Côte Occidentale.
(f) Ou plütôt des Rotins; ce font'des ef
. F
1609.
Ifles Molu-
à Six
Borneo..
Sukadana,
Diamans de
avi
Sanrts,
1613.
Quatre fortes
de Diamans,
Marchandifes
de la Chine.
am VOYAGES DES ANGLOIS AUX
les pluyes grofiffent exceflivement cette Rivière; au lieu que n'ayant dans
les deux autres mois que trois ou quatre brafles de profondeur, on y plonge
plus facilement,
+ [Les Marchandifes de débit dans cet endroit , font les Pintados de Mala- xÿe
ca, les fines Sarraffes, les Gubares, les Poulings, les charas de Java , les
toiles de Calico, les foyes de la Chine, les draps de couleur éclatante, les
Cashes Chinoifes, les piéces de huit, & fur-tout celles d'Or. ] Lorfqu'on fe
ropofe d'aller à Sukadana, le meilleur parti eft de fe rendre d'abord à Ban-
jarmaflin, où fans beaucoup d'embarras on peut fe procurer du bezoar &
des diamans pour de l'or. On y compte quatre fortes de diamans, qui font
diftingués par leur eau, que les Indiens appellent Verna. Verna ambon eft
le blanc [couleur qui eft la plus eftimée ];
le jaune; & Verna bei, une couleur entre le verd & le jaune. Les poids
fe nomment Sa Mas, Sa Kupang, Sa Bufuks, Sa Pead. Quatre Kupangs font
un Mas; trois Bulfuks un Kupang ; un Pead & demi fait le Bufuk, Îls ont auf-
file Paha, qui fait quatre Mas; & feize Mas font un Taël. C'elft avec ces
poids qu'on pefe l'or & les diamans.
Les marchandifes de la Chine, font la foye crue. La meilleure fe fait à
Nanking, & s'appelle dans le Pays How-/a. Elle fe vend quatrevingt piéces
de huit le pikul. Les taffetas, que les Chinois nomment Ju: les meilleurs
fe font dans une ph Ville nommée Hock-chu. Ils fe vendent trente piéces
de huitle gori. Les damas qu’on appelle Towne: c'eit à Canton que fe font
les meilleurs, à cinquante piéces le gori.
La foye à coudre, nommée Kou-fwa, à cent piéces de huit lepikul, Les
étoffes brodées nommées Pocy, qui fervent pour l'apifleries: les meilleures
ie vendent dix piéces.
LE fil d'or à coudre & à broder, nommé Kim-fwa, qui fe vend par chip-
pao, c’eft-à-dire par paquets, dont chacun contient dix papiers, & chaque
papier cinq échevaux, ou cinq nœuds. Trois chip-paos fe payent deux pié-
ces de huit.
Satins, nommés Lin, les meilleurs une piéce de huit.
Grands Baflins, nommés Chu-pao, trois pour une piéce de huit.
Le Sucre blanc, nommé Pe-tong, le meilleur une piéce le pikul.
La Porcelaine de même efpèce, nommée Pva, la meilleure une piéce de
huit le Kati.
Les boëtes à perles , nommées Cha-nab, les meilleures une piéce de
huit (h).
Las elours, nommés Tan-go Sounck, de neuf aunes de long, cinq pié-
ces de huit.
LA foye de manche, nommée Younck, la meilleure cent-cinquante piéces
le pikul.
Es mufc, nommé Sa-hu , fept piéces le Kati.
[Les Cases, foixante Pekus pour une piéce de huit ].
Les Draps larges, nommés J0-lo-ney Sa-foko , c'eft-à-dire, larges de troiské* M K°de Baro
quarts, fepc piéces de huit.
Les
{b) Angl. les meilleures cinq pièces de huit. R. d. E.
erna loud, le verd ; Verna fakkar , ge
vaillé:
comp
revien
fans a:
les table
foye, d
pañlées,
Le miel
(i) Le
& il n'eft
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Mala- Xe
LL, les
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piéce de
piéce de
cinq pié-
te piéces
x? ie Sandal b
XF
Les Miroirs de la plus grande largeur, nommés Ava, dix piéces chacun.
L'ETaAIN, nommé Sa, quinze piéces le pikul.
La Cire, nommée La, quinze piéces le pikul.
MousquerTs, nommés on À vingt piéces le barril,
DenrTs d'Eléphans, les plus groffes & les mcilleures, deux-cens piéces le
ikul,
d Les petites, nommés Ga, à la Chine, & par les Portugais Sereuclias,
cent piéces le pikul,
Les fables (i ) du Japon , nommés Sam-to, huit piéces de huit.
anc nommé Twa-whi, quarante piéces le pikul ].
d'a fur le Poivre, dans l'intérieur du Pays, eft d'un ‘l'aël fur cha-
ue pikul.
à Aù mois de Mars, les Joncs qui doivent faire voile aux Manilles, partent
enfemble de Chan-chu; g'eft-à-dire, que d'environ quarante qui font ce Voya-
ge tous les ans, il y en a toûjours fept ou huit, ou dix qui s'aflocient, à
mefure qu'ils font prèts au départ. Leur cargaifon eft de foye crue & tra-
vaillée , mais beaucoup meilleure que celle qui fe porte à Bantam. On
compte dix jours de navigation entre Canton & les Manilles. Les Joncs
reviennent au commencement de Juin, chargés de piéces de huit, Ils font
fans armes & fans aucune autre défenfe ; de forte qu'on n'a befoin que d'une
Chaloupe armée pour les arrêter, & pour les prendre.
Sar1s n'a pas laiflé des obfervations moins éxaétes fur les marchandifes
qui font recherchées au Japon. Il füuflira de les nommer, fans en marquer
les prix.] Les draps (k) larges de toutes fortes de couleurs, fans en excepter
les noirs, mais fur - tout les rouges & les jaunes. Les foyes, les bouracans
fimples & doubles, les étoffes de foye à gros grains ; les gros grains de Tur-
quie, les camelots, les fatins, les taffetas & les damas de l'Inde. Le fil de
toutes fortes de couleurs. Les tapis de table. Les cuirs dorés ou peints, à
fleurs & à figures. Les tableaux, & toutes fortes de peintures, fur-tout cel-
les qui repréfentent des hiftoires lafcives, & des batailles fur mer ou fur ter-
re, les plus grandes formes font toljours les plus eftimées.
LE vif argent, le vermillon, le rouge pour le vifage. ‘ Le cuivre en pla-
ques, le plomb en lingots, le plomt: .:: feuilles. L’étain en lingots. Le fer
en mafle, en barre & en plaques. : ‘.ierde toutes fortes de formes. Les
tentures de tapiflerie. La civette. Le 1. d'or à coudre, de la Chine. La caflo-
nade ou le fucre en poudre de la Chine. Le fucre de Candie. Les velours de
toutes couleurs. Les velours à fleurs. Les gazes. La foye crue. Le fil tors. Les
verres à boire de toute efpèce, les bouteilles, les cruches, & toutes fortes de
vafes & de vaifelles, fimples ou dorés, le papier, les Livres de Comptes &
les tablettes de poche. Le favon d'Efpagne. L'ambre en grains. Les bas de
foye, de toutes couleurs. Le cuir d'Efpagne, & toutes fortes de peaux bien
pañlées. Les Kandicks bleus & noirs de la Chine. La cire pour les bougies.
Le miel. Le poivre. Le famel de la Cochinchine. La mufcade. Le camphre
,s de troist* M K°de Barous & de Borneo. [Le bois de Sandal de Solier.] Le bois de Kalamba (1).
Le
LES
(5) Le mot de l’Original fignifie auffi fabre, (k) La 5€. Se&tion de ce Chapitre, com-
& il n'eft pas difficile de voir que c'eftcette der- mence ici dans l'Original. R. d.E,
nière fignification qu'il doit avoirici. R.d.E, gœ(1) C'eft le bois d'Aloës.
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar, VI. 415
Santrs,
1609.
Commerce
de la Chine
aux Manilles,
1613.
Marchandifes
propres au Ja-
on,
Saurs,
1613.
Ce qu'il y à
de meilleur au
‘pon,
Le l'aéteur
Cocks eft
chargé d'écri-
re les événe-
mens,
Départ du
Général.
416 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Le fapon , forte de bois rouge, Les dents d'éléphans, Les cornes de Rhinoce.
ros & de Cerfs, L'alun de roche, 11 eft en telle citime, que Sar,s vendit pour
cent florins ce qui ne lui en avoit coûté que trois,
Ce | rie trouve de meilleur au Japon eft une abondance d'excellentes tein.
turcs, bleues, reuges, noires & vertes. Les vernis, fur-tout en or & en ar-
gent, y font meilleurs qu'à la Chine. Le foufre, le falpécre, leris, le [ chan: xt»
vre ] & le coton abondent aufli dans la plüparc de ces Ifles.
LATITUDES,
Mañülipatan..…....... .17 oo N. Variation Oueft.....…... 3 00
Ifle Sainte Lucie, proche Je de Balises 8 30
Madagafear 24 930 S$S. lile de Timor... N ARE 1O 4o
Seperdone, près de Chau- Ifle de Banda... 5 oo
CR eoso000000008000 18 © N. Sukadana, dans l'Ifle de Bor-
Bantam..........….. sors OC © S. PC rssressssrensenrens ve 1 30
Lin 13e 2 9En ati en EED A9 25 Eh Elie EL x iLD AIS QUED KT En F2 KE FILS
CH A PI T R E VII (4)
Relation de ce qui fe palla dans l'Ifle de Firando pendant le Voyage
de Saris à la Cour de l'Empereur du Japon.
N s'apperçoit par degrés que l'attention des Marchands Anglois pour
(O les 2 inimess Moine, , & leur curiofité pour le caraétère les ufa- 9
ges des Nations étrangères, augmentent avec l'étendue & le fuccès de leur
commerce, Cocks, deftiné à gouverner le Comptoir de Firando, ne demeura
point oifif dans cette Ville pendant le voyage que Saris avoit entrepris à Su-
ronga. Avec le foin des marchandifes & des autres intérêts de la Nation, il é-
toit chargé de recueillir, dans un Journal éxaét, tout ce qui fe pafferoit d’in-
téreflant fous fes yeux. C’eft fa Relation qu'on va pe À
Le 7 d'Août, Saris, Général Anglois, partit avec William Adams pour la
Ville Impériale dans une Barque du Roi montée de quarante Rameurs. Il
rit avec lui douze perfonnes de confiance; Tempelt, Pencock, Richard
ickam, Edouard Saris, Watter Corwarden, Diego Fernandos, John Wil-
liams, Tailleur; John Head, Cuifinier ; Edouard Bartan, Chirurgien; John
Japan, Interpréte ; Richard Dale & Antoine Ferrea, Matelots; fans comp-
ter quatre Valets, deux à lui & deux à William Adams. On fit honneur à
fon départ, en tirant treize coups de canon.
L'AuTEuUR fe rendit aufli-tôt chez les deux Rois, comme par ordre du
Général, pour les remercier des ordres qu'ils avoient donnés en fa faveur. En
cffet ces deux Princes avoient poufté leurs attentions jufqu'à faire porter à Sa-
ris cent taëls, en monnoye du Japon, pour lui épargner les embarras du chan-
ge dans une fi longue route. Cette fomme fut acceptée, mais comme un prêt.
Quelques
(a) C'eftle XVIIL du IL Livre du l'Origina R. d E.
de le
nuits
mer «
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& s'al
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n; John
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rter à Sa-
du chan-
un pe
Quelques
”
INDES ORIENTALES, Lav. IV.
ne pria Cocks, auranc pour fon honneur que pour celui de fa Nation, d'avoir
l'œil ouvert fur la conduite de fes gens.
Leo9o,un {une pence: nommé Juan, qui parloit fort bien la Langue
Efpagnole, vint offrir fes furvices à Cocks pour neuf ou dix ans , fans en ex-
cepter le voyage d'Angleterre, qu'il promettoit de faire avec le Vaifleau:
il n'éxigeoit aucun pentes fixe ; fe contentant de ce qu'on voudroit
ui donner.] Miguel, l'
nterpréte qu'Adams avoit procuré au Comptoir, é-
tant d'un efbpric fort lourd, & fujet d'ailleurs à s'abfenter fouvent, le défa-
grément
offres de
de fa famille à Nangazaqui, & un Coufin à
pendant
u'on avoit fans ceffe de le voir manquer au befoin, fic accepter les
à ho C'étoit un nouveau Chrétien, qui avoit la plus grande partie
‘rando, Quoiqu'il eût fervi
trois ans un Efpagnol aux Manilles, il en étoit revenu fans avoir
embraffé le Chriftianifme , & les Jéfuites l'avoient baptifé à Nangazaqui.
[La curiofité de voir l'Europe parut étre le feul motif qui le faifoit tourner
vers les Anglois.]
” Ca 13, l'Auteur montra diverfes marchandifes Angloifes à des Marchands
e
éaco (b); mais ils n'achetèrent rien, & même ils regardèrent le cout a-
vec affez d'indifférence, excepté la poudre à canon.]
. . Û
Le 19 au foir, on vit commencer à Firando la grande Fête des Juponois,
qui conlifte à fe réjouir & à faire bonne chère toûtela nuit fur les tombeaux
e leurs parens, qu'ils invitent à ce feftin. Leurs réjouiflances durent trois
nuits confécutives.
On publia l'ordre de parfemer les rues de fable & d'allu-
mer des lanternes devant chaque porte. Ilen coûta la vie à un pauvre hom-
me pour avoir négligé d'obéir. Cocks ne fit pas difficulté de fe conformer aux
ufages du Pays. Non-feulement il fufpendic à fa
rte deux belles lanternes;
mais étant informé que les deux Rois devoient fe promener dans les rues,
& s'arrêter à fa maifon, il leur fit préparer un fouper digne d'eux. Cepen-
dant, après les avoir attendus jufqu'à minuit, il fut averti que d'autres oc-
cupations
voyer des préfens , fuivant l'ufage de la Nation.
leur avoicnt fait changer de deffein. Il ne laiffa point de leur en-
Plufieurs Seigneurs Japo-
nois, qui prirent l'occafion des l‘ètes pour vifiter le Comptoir, y furent re-
sus & traités avec autant de générofité que de politeffe.
Le 23, les Anglois ceflérent de débarquer leur poudre, dont ils avoient
déja Poe cinquante-neuf barrils au rivage. L’avidité du Roi à s’en pro-
a
curer &
facilité à leur en donner le prix qu'ils avoient demandé, fembloit
leur avoir fait oublier qu'ils en devoient conferver du moins leur provifion.
Mais le Lieutenant du
aifleau fe crut obligé de faire tranfporter, au Comp-
toir, quantité de petites merceries, que les Matelots commençoient à dé-
rober pour fournir à leurs débauches. On étoit au dernier jour des trois Fé-
tes. Trois Compagnies de Danfeurs fe promenèrent dans toutes les rues avec
des banières, & des poëles pour inftrumens de gg on ; S'arrêtant aux portes
des Grands,commeaux Sépultures & aux Pagodes,
joye, & des cris aufli extravagans que leurs danfes.]
Le 24,il y eutune autre illumination, à l'honneur du jeune Roi & de fon
«7(b) C'eft unc Ville dans l'intérieur du Pays, & l'une des principales du Japon,
IL Part.
avec des tranfports de
Frère,
Ggg
Cuar. VIE 417
Quelqu ; Anglois ayant caufé du défordre la nuit d'auparavant, le Roi Foy-
Cocxt,
1013.
Un Jeune Jan
ponols s'en
uage à fuivre
les Anglols en
Europe,
Grande Fête
des Japonois
pour leurs pa-
rens morts,
Vols desMa-
telotsAnglois,
Mafcarades
Japonoifes,
Sants,
1061:13.
Lettres arri-
vécsÀ Cocks,
exemple au
Japon.
pafler une partie de la nuit dans la joye , fit préparer pour la troifième fois teftère
un féftin, qui eut le fort des deux précédens, Le corcège royal toit finom- os
breux, que ce fut apparemment cette raifon qui empécha fl'oyne d'entrer bon .
chez les Anglois, gs
Lx lendemain, les Arpenteurs de la Cour mefurèrent toutes les maifons il le *ÿ
de la rue où les Anglois avoient leur Comptoir, pour les faire contribuer, ble. 1]
fuivant leur grandeur, aux frais de quelques nouveaux l'urtsque le Roi vou- ce. di :
loit entreprendre. Celle des Anglois ne Fut point éxemptée de cette taxe, N'en d
Cependant le deffein de ces ouvrages fut abandonné à l'occafion d’un Oura- crurent
an, qu'on appelle T'yphon dans ces Mers, le plus furieux qu'on fe fouvint de l'vv
Ouragan fans d'avoir jamais vû aux [îles du Japon. Ii renverla plus de deux cens mar!ons. tion Ÿ k
Il en découvrit un beaucoup plus grand nombre , fans épargner le Palais & fomms
Royal ,dont non-feulement tous les toîts, mais les murs mêmes de circon- Lieuten
vallation furent abbatus. La mer fut agitée par des fecouilles fi violentes, il aime
qu'elle mina un gran i Quai, fur lequel écoit fitué le Comptoir Hollandois , qu'au di
ruina un mur de grufles pierres , entraîna les degrés, mit en piéces deux repenti
ag VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Frère, qui allèrent en Mafcarade chez le vieux Roi Foyne, avec un cortège
fort nombreux. Les deux Princes étoienc à cheval, & le refte de la T'roupe pra
à pied. Nabefone, Gouverneur du jeune Roi, jouoit du fifre pendant la mar- dan
, f
che, &e cette mufique étoit accompagnée de celle que j'ai deja repréfentée, Cr
Cocks ayant appris que les Princes le propofoient, à leur retour, de vificer ;
le Comptoir Anglois, prépara un grand feftin. Mais ils ne s'en approché. du 1
rent qu après minuit, avec beaucoup de confufion, & méme quelques mar- beai
ques de mécontentement, Ilsne fe préfentèrent pas pour entrer, Brouwer, l'ac- FGF,
teur Hollandois , s'avança jufqu'à la porte , en affeétant de les regarder peu. Ils d'un
feignirent aufli de ne l'avoir point apperçu. pou:
[Le 27,les Anglois mirenc à terre crois Coulenvrines ; outre fix qu'ils y avoient 9» dent
déja. Dans le tems qu'ils étoient occupés à cela, le vieux Roi vince les voir pluy
travailler; comme ils n'étoient que vingt-fept, il leur offrit une centaine de "2 :
jee pour les aider, Mais À fuc bien füurpris de les voir expédier tout farm
‘ouvrage en fort peu de tems: il avouä que cent Japonois n'en féroient pas peine
venus à bout fi aifément, Il fut fi content de cela, qu'il fit venir unebarri- rene
que de vin, & quelques poiffons, qu'il diftribua aux Matelocs.] que 1
Cocxs reçut le 28 ,deux Lettres du Général, l'une du 19 , l'autre du 20, y fur
par le Gouverneur Schimonafco , qui fuivant quelque cérémonial inconnu aux gel |
Anglois, ne les envoya point au Comptoir , mais les fit porter au Vaifleau, de su
Comme l'une des deux Lettres étoit pour le Roi loyne, Cocks fe rendit au mg di
Palais, accompagné de Melsham &% de Hernando, Le Roi donna un ku- ce Re
tan au premier, une dague d'Éfpagne à l'autre, & à tous crois jme bot- pa lie
tes d'ail, [galanterie ordinaire au Japon.] Il leur accorda auñli la permitlion 4: Angl
de faire fécher leur poudre au fommet du Fort, en leur offrant le fecours de par le
fes gens pour ce travail. [Ce même jour l'Auteur reçut vingt-deux barres de j4 .
[N
plomb, & cent vingt-cinq boulets qu'il fit mettre dans le Magazin. }
Le premier de Septembre, le vieux Roi & toute fa Noblefle, fe donnèé-
rent le divertiffement d'une nouvelle Mafcarade, & rendirent vifite le foir
au jeune Prince. Les rues étoient éclairées par un nombre infini de lanter-
que
comm
Willia
Cune jr
moins
au Co
nes. Cocks, qui s'attendoit d'autant plus à recevoir le Roi, que deux j'a
auparavant, cé Prince lui avoit fait l'honneur de le furprendre chez lui, & d'y
grandes
rtège
roupe
| mar-
entée,
vifiter
rochè-
| mar -
‘, l'ac-
seu, ls
voient Xÿ*
# voir
ine de
ér tout
Ent pas
je barri-
: du 20,
nu aux
laifleau.
‘endit au
un ku-
jues bot-
million 4
cours de
barres de y»
donnè-
e le foir
e lanter-
eux lee
ui, & d'y
ème fois
it finom-
d'entrer
maifons
ntribuer,
Roi vou-
etté taxe.
‘un Oura-
fe fouvint
s mai!ons.
le Palais
e circon-
iolentes ,
ollandois ,
éces deux
grandes
INDES ORIENTALES, Le. IV. Cia VIL 4ra
grandes Parques, & fubmergea quarante ou cinquante autres petits Htimens
dans la Rade, Le mur de la Cuiline des Anglois, avec un four extrémement
épais qu'ils avoienc bâti nouvellement, furent mis au niveau de la terre,
te horrible cempête s'étant élevée pendant la nuie, la confufion & le bruie
du Peuple, qui couroit éperdu dans toutes les parties de la Ville, augmenta
beaucoup le déforire, La plûpart porcoient des brandons de feu pour s'éclai-
rer, Les étincelles qui voloient de toutes parts devinrent bientôt la caufe
d'une difigrace encore plus affreufe; car le feu prit à plufieurs maifons, & ne
pouvoir manquer de fe répandre dans toute la Ville, fi par un autre acci-
dent, qui n'accompagne jamais néanmoins les T'yphons, il n'étoit combé une
pluve fi prodigieufe , qu'on fe crut menacés de périr par l'eau, après l'avoir
dté d'écre écrafés par la chûte des malons, où d'étre enveloppés dans les
flammes, Le Vaiffeau Anglois, quoiqu à l'abri par fa fituation, fe foûcint à
peine fur cinq cables , donc il y en eut un de rompu, La Chaloupe & l'Efquif fus
rene emportés , & ne purent être retrouvés que deux jours après. On apprit
que le Port de Nangazaqui avoit beaucoup plus fouffert, Vingt Jones Chinois
y furent fubmergés; & le Vaifleau, qui avoit apporté l'Amballadeur Efpa-
gnol des Manilles, fut miférablement lracaflé,
Ces fléaux du Ciel n'empéchèrent pas les Matelots Anglois de fe livrer à
des défordres fi crians, que pour l'honneur de leur Naticn, les Auteurs de
ce Recuvil ont cru devoir les fupprimer, Mais ils ne font pas difficulté de
ublier ceux qui ne regardent que la difcipline nautique, pour apprendre à
l'Angleterre même, que ce n'eft pas toujours par l'injure des élemens, ou
par les fatigues d'un métier pénible , qu'e + anis un fi grand nombre de Ma-
telots. 11 fe pañloic peu de jours où l'arieur de la débauche ne Fit naître quel-
Le querelles entre les Anglois. Elles étoient prefque toûjours fanglantes ,
quelquefois mortelles. Après avoir éxercé leur fureur l'un für l'autre, ils
commencèrent à la tourner vers les Japonois. Un Matelot, nommé Francis
Williams, s'étant enyvré au rivage, prit un bâton, fans y être excité par au-
cune ppt & maltraita un Domeftique du Roi l'oyne, Quatre Japonois té-
moins de cette brutalité, eurent la fagefle d'engager loifenfé à fe rendre
au Comptoir Anglois avec eux; & faifant leur plainte aux Faéteurs, ils pro-
teftérent que s'ils n’obrenoient pas une jufte fatisfaétion , ils les porteroient
jufqu'au Roi. Cocks apprit au même moment que Williams s'étoit retiré à
bord, 11 y envoya un de fes gens, pour exhorter le Lieutenant du Vaiffeau
à donner un éxemple de févèrité; & déclarant fes intentions aux Japon,
il leur confeilla de fe rendre eux-mêmes à bord, pour reconnoître le coupa-
ble, Is y allèrent. Mais Williams, interrogé par le Lieutenant, eut l’auda-
ce de nier le fait, & l'impiété de foûcenir fon défaveu par un faux ferment.
N'en étant pas moingçondamné à des peines rigoureufes, les Japonois fe
crurent fatisPaits par la Sentence, & demandèrent grace pour lui en faveur
de l'yvreffe. Alors, ce furieux Matelot, plus fenfble à la honte de l'obliga-
tion qu'à la crainte du châtiment, fauta fur un croc de fer, dont il auroit af
h fommé les cinq Japonois s'il n'eût été retenu. [Il ne ménagea pas même fon
Lieutenant , ni le Député de Cocks. Enfin, ne s'étant rendu, qu’à la force ,.
il aima mieux demeurer à fond de cale, les fers aux pieds & aux mains juf-
qu'au départ du Vaifleau, que de réparer fon offenfe par des marques de
repentir. ]
Ggg 2 Lt
Cocxs
1613,
Les Ty:
hons ne font
Le Accor
paunés de
pluyu,
Corruption
& défi wdre
des Matelots
Anglois.
Brutalité
furieufe d'un
Matelot,
Cocrs.
1613.
Maladie du
Roi.
Autres ex-
cès des Mate-
lors Anglois.
Cocks em-
ploye l'autori-
té du Roi de
Firando pour
les contenir.
40 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Le 13, Cocks apprenant que le vieux Roi étoit tombé malade, Jui envo
ya l'Interpréte avec divers préfens qui convenoient à fa fituation. C'étoit un
rand flacon d’excellent vin, que Saris avoit fait conferver précieufement,
quelques boëtes de confitures. Ces petits foins, & l'attention que les Chefs
avoient continuellement de prévenir les Japonois par toutes fortes de poli-
telles, r‘paroient le tort que les Matelots faifoient à leur Nation. Le len-
demain au matin, Cocks reçut avis du Lieutenant, à qui Saris avoit re-
commandé de ne pas s'éloigner de fon bord, qu'une partie de l'Equipage
avoit pafté la nuit dans la Ville fans fa permiffion, & dans un tems où tous
les Matelots étoient d’autant plus néceflaires fur le Vaiffeau , que la marée l’a-
voit laiflé prefqu’à fec. Cocks, accompagné de Melsham &e l'Interpréte,
entreprit aufli tôt de les rappeller à leur devoir. II en trouva plufieurs dans
divers lieux de débauche, & ne ménageant ni les reproches ni les coups, il
les força de retourner à bord. La plûpart de ceux qu’il n’avoit pas découverts,
ne laiflèrent pas de fuivre l'éxemple des autres, & de rentrer dans la foûmif-
fion. Mais il en refta quatre, fur lefquels l’autorité ne fit pas plus d'impref-
fion que le devoir & l'honneur. Ils continuèrent leur débauche pendant le
refte du jour & la nuit fuivante; jufqu'à ce qu'ayant pris querelle entr'eux,.
ils fe battirent avec tant de fureur , qu'ils furent portés au Vaifleau à demi
morts de leurs bleffures. Ils fe nominoicnt Lambert, Colphax, Boles &
Evans.
Le 17, Cocks apprit qu'un Japonois, que les Matelots avoient nommé Baf-
tian, & qui tenoit une maifon de débauche, s’étoit vanté que files Officiers
Anglois reparoïfloient chez lui, pour e' chaffer leurs gens, il feroit main--
balle fur eux avec tous les fiens. Cette 1. :nace obligea les Faéteurs de porter
leurs plaintes au jeune Prince , parce que-la maladie du vieux Roi duroit en-
core. Ils l'engagèrent à faire publier une Ordonnance, qui défendoit fous de-
rigoureufes peines à tous les Habitans de la Ville, de recevoir les Anglois
chez eux après la fin du jour ; qui permettoit à Cocks & à fes Minittres d’en-
trer dans toutes les maïfons pour y chercher fes gens; qui ordonnoit aux Ja-.
ponois de lui prêter main-forte dans le befoin; enfin qui l’autorifoit à faire
enfoncer les portes, lorfqu'on lui refuferoit de les ouvrir. Le Prince fit dé-
clarer en même-tems à Baftian, que s’il arrivoit le moindre défordre par fa
faute, ou s'il entreprenoit de s’oppofer aux recherches de Cocks, il lui en
coûteroit aufli-tôt la vie. Malgré tant de précautions & de loix, les Mate-
lots Anglois proteftèrent qu'ils vouloient boire ; qu’ils boiroient en plein
champ, s'ils n’avoient pas la liberté d’entrer dans la Ville; & que s’il ne fe
trouvoit perfonne pour leur apporter de l’arrack, ils prendroient la peine
eux-mêmes d’enaller chercher dans les Villages , à quelque diftance qu'ils
fuflent du Port. Cependant il arriva, peu de jours apres que le vieux Roi
étant rétabli & fe promenant à pied dans la Ville, ‘fencontra deux Anglois
qui étoient à boire à la porte d'un Chinois. [Il prit la peine de s'arrêter; &
d'un air menaçant, ] il détacha vers eux quelques gens de fa fuite. [ Son def:
fin n’étoit que de leur faire demander s'ils avoient la permiffion de leurs
Officiers. Mais dans la crainte d'un traitement plus févère, ils prirent le parti
de s'éloigner en fuyant.] Cette avanture ayant fervi à leur perfuader que le
Roi même avoit lés yeux ouverts fur leur conduite, . ils commencèrent à s’ob--
ferver davantage.
LE
& de l’autr
L
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Hdifes.
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. VII
Le 27, Williams Paulin, Contre-Maître, mourut au Comptoir, d'une ma-
Jadie de langueur. A la prière de Cocks, le Roi permit qu'il fuc tranfporté
au cimetière des Chrétiens. Mais cette permiflion n’empêcha point les Dites
Japonois de s’oppofer au paflage du corps dans les rues de Firando, & füur-tout
devant leurs Pagodes. On fut obligé de te tranfporter par eau. Il fut fuivi d’un
rand nombre de Japonois, malgré les repréfentations des Prêtres, qui leur
aifoient un crime de leur curiofité. Mais lorfqu'on fut au lieu de la fépultu-
re, il ne s’en trouva pas un qui voulût prêter fes mains ni fes inftrumens pour
ouvrir la foffe. F
Ox publia le 29, un ordre du Roi, pour nettoyer & embellir les rues. Com-
me elles ne font pas pavées à Firando, cet embelliffement confifte à répandre
du fable & du gravier chacun devant fa porte, à vuider deux petits canaux
qui font de chaque côté pour l'écoulement des eaux, & à les parer de larges
pierres, enfin à ne laiffer aucune trace de faleté à la face des maifons L
diligence des Habitans eft admirable dans ces occafions. Il ne fallut qu'un jour
pour achever l'ouvrage, & les Officiers du Roi commencèrent leur revûe dés
le lendemain. Le Capitaine Chinois, de qui les Anglois louoient leur mai-
fon, prit ce foin pour eux.
Le 30, quelques Négocians de Méaco arrivés pour le commerce, vin-
rent au Comptoir & demandèrent feulement à voir les principales marchan-
Après avoir touc obfervé, [avec autant de curiofité que d'intelligen-
ce, ] ils s'arrêtèrent aux draps , pour lefquels ils n’offrirent néanmoins qu'un
prix fort médiocre. [ On refufa leurs offres; mais il fut aifé à Cucks de re-
connoître à leur langage qu'ils s'étoient laiffés prévenir par les intrigues des
42r
Cocxs,
1613.
Les Piêtres
Japonois s'op-
pofent à l'en.
terrement
d'un Anglois,
Ordre pour
l'embellifie-
ment des rues.
Hollandois. ] Le marché fut interrompu par le bruit d'un vent d'Et fi vio- Typhon pre
, HA ,, ie ’ À ñ L Tee
lent , qu'on le prit pour l'avant-coureur d'un nouveau T'yphon. Chacun s'é- dit par les
tant retiré chez foi, ne fut occupé qu’à fe garantir des malheurs dont on croyoit Bonzcs,
la Ville menacée. Cette opinion paroiïfloit d'autant mieux fondée, que peu
de jours auparavant ,un Bonze avoit prédit au Roi que le Typhon reCOMen-
ceroit bien-tôt fes ravages. Le -Chirurgien Anglois fe trouvant dans une
maifon, où le même Bonze prédifoit à quelques femmes le retour de leurs
maris , lui offrit trois fols pour apprendre autli quand le Général Saris & fes
Compagnons reviendroient à Firando. Le Bonze l’affüra qu’ils feroient dans
la Ville dix-huit jours après. Il précendoit que cette connoiffance lui venoit
d'une voix qui lui parloit à l'oreille, & qui ne fe faifoit entendre qu'à lui
Cependant la Viile en fut quitte pour des vents orageux, qui durèrent deux
jours fans y caufer aucun défordre.
Le 2 d'Oétobre, Cocks reçut avis du Vaifleau, qu'il en étoit parti fept Sept Anslois
Matelots dans l'Efquif. Il auroit envoyé fur le champ après eux, fi l'Interpré-
te des Hollandois ne l'eût. affüré qu’il les avoit vûs dans une maifon de la
Ville, où ils étoient à fe réjouir; mais il fe trouva que ceux qu'il avoit vüs
étoient une autre bande, & fon témoignage ayant empéché qu'on ne fit cou-
rir après les autres, leur donna le temsde.s’éloigner fans être pourfüuivis. La
nuit fuivante fut marquée par une autre difgrace. Le vieux Roi Foyne avoit
de l’autre côté de l’eau ,une maifon [de campagne où il prenoïit fouvent plai-
fir à pañler quelques jours dans la folitude. Il avoit prié les Facteurs Anglois
è y qe Fate quelques belles étoffes qu'il vouloit éxaminer à loifir,
, dans la confiance qu'ils avoient : amitié de ce.bon Roi, ils n'avoient pas
5663 fait
le éfertent avec
l'Efquif,
Cocrs.
1613
y» VOYAGES DES ANGLOIS AUX
fait difficulté d'y confentir. ] Fandis qu'il fatisfaifoit fa curiofité (c), avec
des cannes allumées qu'il cenoic à la main, quelques écincelles tombées fur
Palais duRoi Jes nattes mirent le feu à la maifon & la réduifirent en cendres avant le jour.
fou,
Autreprédic-
confumé parle Cocks l'ayant vifité le lendemain, le trouva moins afligé de
fa propre perte
! que de celle des Anglois. Cependant comme elle n'étoit point allez conli-
[e
crable pour pe beaucoup les Faéteurs, Cocks fe horna pour dédom-
magement à prier le Roi de lui faire retrouver fes Déferteurs, ] L'ordre fut
donné aufli-tôt de les chercher, avec d'autant plus d'efpérance, qu'on pré-
tendoit les avoir vûs dans une Ifle déferte à deux licuës de firando. Le Roi,
dans l’empreflement d'obliger Cocks, ordonna qu'ils fuflng ramenés morts
ou vifs.
(d) Le 4 d'Oétobre, fur une prédiétion des Bonzes , qui menaçoient la
tion des Bon- Ville de Firando d’un Incendie général, dont il ne devoit pas fe fauver une
CS,
Arrivée da
Gouverneur
de Nangaza-
qui.
Convention
feule maifon, il fe répandit dans toutes les rues un grand nombre de Crieurs ,
pour avertir le Peuple , avec des expreflions lamentables , d'éteindre foi-
gneufement tous les feux. C’étoit la nuit fuivante que ce défaftre étoit at-
tendu. Tous les Habitans, & les Anglois mêmes pour qui la fuperftition é-
toit contagieufe, la paffèrent dans des allarmes D Mais l'événe-
ment vérifia que le Diable eft toûjours l’efprit de menfonge.
LE Roi Foyne étant venule 5,au Comptoir Anglois, dit à Cocks qu'ilavoit
envoyé deux Barques bien armées à la pourfuite des Fugitifs. Il lui apprit
aufi que le Gouverneur de Nangazaqui (e), nommé Ben Diu, & l'rère de
l'Impératrice, devoit arriver le lendemain à Firando; für quoi il lui conféilla
de le faire faluer de quelques coups de canon à fon pañlage; [ {1 ajouta qu'il és
verroit aufli un autre Roi ou Gouverneur d'une Ville, nommée Seam. ] Pen-
dant leur entretien, il arriva un homme à cheval, avec une Lettre de la Cour
Impériale pour le Roi, & des nouvelles du Général Saris, qui devoit être :lans
huit ou dix jours à Firando. Le même jour, James Fofter, que les l’aéteurs
avoient député à Nangazaqui, revint avec l'Efquif, mais fans avoir pû obtenir
la reftitution des fept déferteurs, qui s’étoient mis fous la protcétion dela Vil-
le. On fçut par des informations certaines que Miguel l’Interprete, dont lof-
ter s’étoit fait accompagner, loin de fe rendre utile au fuccès de fon voyage,
avoit confeillé aux Fugitifs de perfifter dans leur défertion. Cocks prévit que
leur deffein étoit de pafler aux Manilles fur quelque Navire Efpagnoi, & qu'il
lui feroit impoflible.de s’y oppofer, s’ilnefe faifoit point un ami de Ben Diu.
Il ordonna qu’il fût falué de quatre coups de canon. Dés le même jour, ce
Gouverneur étant à fe promener dans la Ville avec le jeune Prince de Firan-
do , Cocks fortit du Comptoir pour lui faire fon compliment. Ben Diu s’ar-
rêta quelques momens pour répondre à cette civilité, & ne reçut pas avec
moins d’afeétion le préfent que les Anglois lui envoyèrent le foir. 1l leur
offrit fes fervices à la Cour de l'Empereur, & de fon propre mouvement, il
leur. parla des Déferteurs. Son intention étoit qu’ils fuilent pardonnés; mais
pour les 7 Dé Cocks demandoit queles Chefs fuient punis. Enfin, fur les inftances du Gouver-
ferteurs.
neur,on convint qu’ils obtiendroient grace fans exception. Cocks s’y engagea
par
mence ici dans l'Original. R. d. E.
Ce) Le véritable nom de cette Ville cft
Nagazaki,
(c) Angl. tandis qu’il montoit & defcen-
doit. K. d. E.
(d) La 2de. Seétion de ce Chapitre com-
tés qu
barril
avoir
par le
prit ca
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même,
& LE
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(f)
à Cocks
1CONS
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l'événe-
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Ben Diu.
jour, ce
de Firan-
Diu s’ar-
as avec
, dileur
ement, il
nés; mais
u Gouver-
y engagez
ar
Di...
tte Ville eft
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cunar. VIT 428
par un écrit de fa main, & promit de le faire confirmer par Saris au premier inf-
tant de fon arrivée ; fans quoi Ben Diu protefta qu'il ne fe préceroit à rien, parce
qu'il ne vouloit contribuer à la mort de perfonne. Quelques jours après, il
fit l'honneur aux Anglois de les vificer dans leur Comptoir, & d'y éxammer
leurs marchandifes; mais fans en rien acheter. Il tit préfent à Cocks d'un ka-
tan, qui lui fut payé avec avantage par quelques flacons d'excellent vin &
par quelques drogues médicinales dont il emporta une bonne provifion pour (f)
k# la fanté. [Il ne fe retira qu'après qu'on lui eût offert ane colation].
Cocxs ayant apprisque Ben Diu, & fon l'rère, qui étoient à fe baigner chez
les Hollandois, où il y avoit un bain chaud, fe propofoient de viticer le Bà-
timent, fe rendit lui-même à bord pour les y recevoir. Ben Diu lui fit pré-
fent de deux katans, & les Anglois firent une décharge de fept piéces à l'ar-
rivée de ces deux Seigneurs. À peine furent-ils retournés au rivage, fort fa-
tisfaits de l'accueil qu'ils avoient reçu, que le Frère revint à bord, pour de-
mander un petit finge qu'il y avoit vû, & qu'il vouloit porter à fa Belle-Sœur (g).
Cocks fe crut obligé à l'acheter du Maître-Canonier, à qui il appartenoit,
& le paya cinq piéces de huit; mais il fe réferva le mérite de le préfenter lui-
même à Ben Diu. Le Roi Foyne, par des raifons que les Anglois ne purent
pénétrer, envoya demander au Comptoir quels étoient les préfens qu'ils a-
voient faits aux deux Frères, & prit foin d'en conferver un mémoire. Il n'y
joignit point la lunette d'approche que Ben Diuavoit demandée avec beaucoup
d'inftances, mais qu’il renvoya prefqu'aufli-têt, paree qu'il ne la trouva point
à fon gré; ce qui n’empêcha pas que dans la reconnoiflance de tant de civili-
tés qu’il avoit reçues de la Nation Angloife, il ne fît porter au Comptoir deux
barrils de vin de Méaco. Son Frèré y =n envoya deux aufli, avec les mêmes
remercîmens.
Le 10, deux jeunes Japonois, fils d'un autre Gouverneur, vifitèrent les
Anglois dans leur Comptoir. Ils étoient nouvellement convertis au Chriftianif-
me, [& fort affeétionnés pour tout ce a portoit le nom d'Européen.] Cocks
leur fit voir toutes fes marchandifes, & leur offrit une colation déliccte, qui
fut accompagnée d’un concert de mufique. Pendant la fête, le Roi Foyne fur-
prit agréablement l’affembléé en y paroiffant tout-d’un-coup, & prit part de
bonne grace au divertiffement. Son goût s’étoit déclaré pour un mets dont
V’'apprét n’eft pas difficile, mais qui n’en eft pas moins ‘agréable à ceux qui le
connoiflent. C'eft du bœuf & du porc aux navets & aux oignons. Après en
avoir mangé beaucoup, il pria Cocks de lui en faire préparer un autre plat
par le Cuifinier Anglois, en lui avouänt qu'il le trouvoit délicieux. Cocks
prit cette occafion pour le faire fouvenir des Déferteurs , & lui envoya le
lendemain fon mets, qui fut feçu avec des tr'anfports de joye & mangé de
même,
k Le 12, Cocks rendit une. vifite à ce Prince, [ qu'il trouva endormi; &
delà il paffa chez le jeune Roi ] qui le remercia de l'accueil civil qu’il avoit fait
aux Gouverneurs de Nangazaqui & de Seam; vers le foir le vieux Roi lui fit
dire
CF) Angl. ifit préfent d’un petit Katan
à Cocks, qui de fon côté lui donna deux
flacons de verre, deux pots de fayance, &
environ un demi Kati de cloux de girofles
choifis, & qu'il vouloit garder pour s’en fer-
vir dans l'occafion comme d'un reméde.R.d.E.
(g) Angl. aux Enfans de Ben-Diu. R. d. E.
Cocxs.
1613.
Politeftes for.
cées des An-
glois.
Autres civi-
lités dont ils
ne peuvent fe
difpenfer.
Adreffe des
Japonois pour
tirer d'eux des
préiens,
Cocrs.,
1613.
l'eftin que
ke Roi fe don-
ne aux dépens n À .
des Etrangers. apporter quelques flacons de leur vin, qu'il trouvoit excellent.
Cocks cft
trompé par le
Gouverneur
de Nangaza-
qui.
44 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
dire qu'ayant appris qu'ils avoient acheté au Comptoir quelques marchandifes
dont ils avoient réglé le prix à leur gré, il vouloit fçavoir fl les Anglois ne fe
laignoient pas de cette injuftice. Cocks répondit qu'il ne pouvoit défavouër
a vérité du fait; mais que la même chofe fe pratiquant à Nangazäqui à l'é-
ard des Chinois & des Portugais, il avoit cru que c'étoit l'ufage du Japon;
qu'il n'étoit queftion d’ailleurs . de quelques pue: qui ne méri-
toient pas beaucoup d'attention. Foyne repliqua que l'ufage de Nangazaqui
n'étoit pas une régle pour Firando; que les Chinois étoient une Nation avec
laquelle on gardoit moins de ménagemens, parce qu'il leur étoit défendu par
leurs propres loix de faire le commerce au Fnon, mais qu'il prétendoit que
les Européens ne fouffriflent aucun tort dans les terres de fon Domaine, fur-
tout de la part de ceux qui J avoient aucune autorité. Cocks l'ayant remer-
cié vivement de la juftice qu'il faifoit rendre aux Etrangers, lui envoya le mé-
moire des marchandifes qui avoient été enlevées à des prix arbitraires. L'Au-
teur fait .obferver que s'il entre dans ces détails, c'eit pour faire connoître
qu’au fond les Anglois étoient des duppes, qui fe laifloient tromper par des
apparences de civilité & d'affeétion. Foyne ne leur faifoit aucune offre de fer-
vice qu'ils ne fe cruffent obligés de payer par des préfens; & toutes ces bel-
les promefles demeuroient prefque toûjours fans effet. Le 13, il pria Cocks &
deux autres Faéteurs à dîner chez les Hollandois, en leur recommandant d'y
Le dîner fut
trés-bien fervi, aux dépens du Comptoir de Hollande & du vin des Anglois.
Le Roi étoit à la première table, accompagné des Princes fes petits enfans.
Nabefone, fon Frère, fe mit à la feconde, & fit placer Cocks entre lui & Se-
midone, { autre Frère du vieux Roi.] Après eux étoit le Miniftre de Firando; +
&, de l'autre côté, plufieurs Japonois de la première Nobleffe. Brouwer ,
Chef du Comptoir Hollandois, ne s’affit point, & fe borna au foin de couper
les viandes, tandis que tous fes gens fervoient les deux tables à genoux; &
lui-même, à la fin du repas, fervit à boire aux Convives dans la même pof-
ture. Cocks furpris de cette formalité, lui en demanda la raifon. Sa réponfe
fut que le Roi faifoit le même honneur aux Etrangers, lorfqu'il leur donnoit à
dîner. En fortant de table, toute l’affemblée fe rendit au Comptoir Anglois,
où le Roi fe fit un amufement d’en vifiter toutes les parties. Cocks lui offrit
une colation, qui fut acceptée.
LE 16, deux hommes de mer, l’un Vénitien, l’antre Flamand, arrivés en-
femble de Nangazaqui, apprirent à Cocks que les fept Déferteurs avoient
été conduits fecrétement à Méaco dans une petite Barque. L’efpérance de ces
deux hommes étoit de fe faire recevoir fur le Vaifleau Anglois pour retour-
ner en Europe. Le Flamand avoit été pendant vingt-quatre ans au fervice
des Efpagnols. Il étoit venu d’Acafpulco aux Manilles, & les occafions ne
lui ayant pas manqué pour amaflér beaucoup d'argent, il demandoit la per-
miflion de le mettre à bord. Cocks lui répondit que dans l’abfence du Géné-
ral, il n’ofoit accorder une faveur de cette nature ; mais il confentit volon-
tiers à faire affürer le Roi que ces deux Etrangers n’étoient point Efpagnols,
ni Sujets du Roi d'Efpagne ; fans quoi,ce Prince ne les auroit pas foufferts à
Firando, depuis au’il étoit arrivé au Japon un Ambafñladeur Efpagnol des Ma-
nilles, pour demander à l'Empereur la permiflion d'emmener tous les Sujets
de l'Efpagne,
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Cockss»
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. VIL 425
Cocks, à la prière du Vénitien & du Flamand, fe rendit le lendemain avec
eux au Palais de Foyne. Ils lui apprirent en cheminque les Déferteurs Anglois
s'étoiant vantés à Nangazaqui, de n'être pas les feuls qui euffent pris la réfolu-
tion d'abandonner le Vaiffeau. Ils avoient publié que la plüpart des Matelots
étoient dans le même deffein, parce que leurs Oficiers les traitoient cruel-
lement; & joignant la perfidie aux plaintes, ils avoient affüré les Efpagnols,
qu'avec une Barque ou deux , il leur feroit aifé de s'emparer du Vaiffeau d'An-
gleterre. Le Roi Foyne reçut humainement les deux Etrangers qui lui furent
préfentés par Cocks. Il leur demanda des informations fur la guerre qui s’é-
toit élevée aux Moluques entre les Efpagnols, & les Hollandois. Mais lorf-
u'il apprit d'eux que les Déferteurs étoient paflés de Nangazaqui à Méaco,
fa furprife fut fi vive qu'a peine voulut-il s’en rapporter à leur témoignage.
Il répéta plufieurs fois, avec douleur , qu'il n’auroit pas cru Ben Diu capa-
ble de violer fes promefles. Le Flamand, qui connoifloit par un long ufage,
les difpofitions des Efpagnols, affüra Cocks qu'il n'avoit pas d'autre vengean-
ce à defirer de la trahifon de fes gens, que le traitement qu'ils recevroient
de leurs nouveaux Maîtres.
Le 18, entre dix & onze heures du foir, il y eut une Eclipfe totale de
Lune ; & dans le tems que ce phénomene allarmoit aflez les [abitans de Fi-
rando (b), le feu prit, avec tant de violence, à quelques maifons voifines
du jeune Prince, que fi le vent, qui étoit aa Nord-Eft, ne s’étoit appaifé
tout-d’un-coup, la plus grande partie de la Ville auroit été réduite en cen-
dres. Elle dût fon falut à la diligence des Anglois, qui ne put empêcher
néanmoins la ruine de quarante maifons. Les flammes fe rallumérent trois ou
uatre fois, & furent éteintes avec le même füuccès. Le vieux Roi, quine cef-
a point , pendant toute la nuit, de fe promener à cheval, dansles rues, con-
feilla aux. Anglois de mettre toutes leurs marchandifes dans les caves, & d’en
boucher la porte avec du fumier; mais le danger n'étoit plus affez preffant
pour les obliger de fuivre ce confeil. On ne put découvrir quelle avoit été l'o-
rigine de cet Incendie. Cependant le Peuple fe perfuada que les Bonzes l’a-
voient prédit; & peut-être l’avoient-ils commencé eux-mêmes, pour donner
du crédit à leurs prédiétions.
LE 20,au foir, Hernando Ximénes Efpagnol , que les Anglois avoient 2-
mené de Bantam, arriva de Nangazaqui où Cocks l’avoit envoyé pour l'af-
faire des Déferteurs. Il avoit fait ce voyage avec un Facteur pe ois nom-
mé Edouard Markes; mais quoiqu’à leur arrivée les Déferteurs fuflent en-
core dans la Ville, ni l’un ni l’autre ne put fe procurer laliberté de les voir.
Un Efpagnol , homme de diftinétion, dit à Markes qu’ils ñne feroient pas ren-
dus, & que fi les autres Matelots vouloient aufñli déferter, ils feroient reçus
volontiers, fur-tout s'ils amenoient avec eux le Vaifleau. Les Japonois, qui
avoient accompagné Markes & Hernando, ne permirent point à Markes de
fortir de fon logement pendant deux jours. Enfin Cocks ne put douter qu'il
n’y eût quelque artifice dans cette conduite, & défefpèra d'obtenir fes fept
Déferteurs. Le Roi Foyne l’affüra, pour le confoler, qu'il ne perdroit plus
de Matelots, s'ils ne trouvoient moyen, comme les premiers, de s'enfuir a-
vec
(b) Angl. la nuit fuivante à la même heure, R. d. E,
Part, Hhh
Cocus,
1613.
Perfidie des
Déferteurs
Anglois.
Accidens fÀ.
cheux.
Continuation
de l'affaire des
Déferteurs.
46 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Cocxs Vec l'Efquif. En effet, il fit défendre à tous les Japonois, par une Procla-
1613. mation publique, de conduire ou de tranfporter aucun Anglois fans fa per-
miffion & celle de Cocks.
Fête de Reli- Le 23, on célébra dans Firando une grande Fête de Religion, pour la-
gens Firan- quelle on drefla devant la Pagode un magnifique pavillon, où le Roi, toute
a Nobleffe & quantité d'Etrangers s'affemblérent. Chaque Scigneur écoit a:
compagné de fes Efclaves, les uns armés de piques , les autres de moulquets,
& les autres avec l'arc & les fléches. Ces préparatifs étoient le prélu le d'une
courfe qui devoit fe faire dans la grande Place, On avoit fufp:ndu un bou-
clier de paille, contre lequel tous les Aëteurs lancèrent des traits & des flé-
ches en courant à toutes brides. Au milieu de ces réjouiffances, le Roi in-
formé d'une prédiétion de quelques Bonzes qui menaçoient la Ville d'un In-
cendie , donna ordre que chaque maifon fe pourvût d'un tonneau d'eau pour
la nuit fuivante. Les An lois fe défiant plus de la malignité des Prêtres Ja-
ponois , que de leurs prédiétions, fe conformèrent volontiers aux loix de cet.
te Police. Ils entendirent, à l'entrée de la nuit, mille voix qui crioient d'un
ton Hpibres gardez-vous du feu. Mais les Bonzes, & l'efprit qui les in'pi-
roit, furent convaincus d’impofture.
[Le25, le Roi fe plaignit de l'Efpagnol Fernando, qu'il difoit être uns
joueur, qui avoit gagné beaucoup d'argent à diverfes perlonnes qu'il avoit
follicité à jouër avec lui. 11 l’accufoit aufñi d’avoir cherché à fe fauver la
dernière fois qu'il avoit été à Nangazaqui. Cocks qui fçavoit qu'il n'y avoit
aucune apparence dans cette accufation, en conclut que les habitans de j'i-
rando n'étoient amis ni des Efpagnols ni des Portugais.
La'nuit fuivante, quelques perfonnes mal intentionnées tâchèrent de mettre
le Feu en trois endroits de la Ville; mais heureufement on l'éteignit avant
qu'il eut fait aucun progrès confidérable,
Dans ce tems-là, Melsham étant malade, il eut la vifite de Zanzcbar, fui-
vi d’un Bonze ou Doéteur. Par leur avis, & avec le confentement du Chi-
rurgien Anglois, il prit un remède, qui devoit le guérir d’abord, mais qui
ne produifit cependant aucun effet. Le 26, on renvoya à bord tout ce qui é-
toit néceflaire pour la réception de Saris, qui devoit arriver dans peu. Pen-
dant la nuit, on mit encore le Feu à une maifon, mais bientôt l'Incendie fut
arrêté. Le lendemain, Melsham ennuyé de fon remède Indien, n'en fitplus
ufage; ce qui déplut très fort à Zanzebar & à fon Doéteur.]
“ Le 3o, les Anglois, pour fe conformer aux ufages du Pays, envoyérent
au Roi divers préfens. L'expérience leur avoit appris ceux qui étoient les plus
ji agréables à ce Prince. C’étoient plufeurs mets à l’Angloife, deux poules &
eoccafion, Un cochon de lait rôti, avec deux flacons de vin d’Efpagne, qui devoient
fervir le jour fuivant pour l'aëéte le plus brillant d'une l’ête. On avoit fait les
préparatifs d'une Comédie, qui devoit être fuivie d’un grand feftin. Le jeu-
ne Prince fit demander le foir aux Anglois une paire de hautes-chaufles, pour
un Aéteur qui n'avoit pl s’en procurer. Cocks l'ayant fait aflürer qu'il n’y
avoit rien au Comptoir dont il ne pât difpofer librement, lesdeux Princes le
firent inviter à la Comédie pour le lendemain.
Comédie Ja- IL s’y rendit avec deux de fes principaux Faéteurs. Le vieux Roi, quia-
PORTE TE yoit eu foin de leur faire préparer une place commode, s’approcha d'eux à
dre Û e { ù
préfentéc la vûe de tout le peuple, & leur fit fervir une colation fort galante. de i-
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done
INDES ORIENTALES, Lav. IV, Car, VI, 427
done leur en offrit une autre, au nom des jeunes Princes. Divers Seigneurs
du cortège du Roi vinrent enfuite, & leur en firent accepter unetroifième.
Les Aéteurs de la Comédie étoient le Roi même, les Princes & les premiers
Seigneurs. Ils-avoient pris pour füujet , les plus célèbres aétions de leurs Ancé-
tres, depuis l'établiffement de leur Etat, avec divers intermédes pour l'amu-
fement du Peuple. L'affemblée étoit extrémement nombreufe. Chaque mai-
fon de la Ville apporta un préfent au Roi, & tous les Habitans de l'Ifle vin-
rent lui rendre fucceflivement le même hommage.
La Poëfie, la Mufique & la Danfe eurent peu d'agrément pour les Anglois.
Cependant ils y trouvèrent de l'harmonie & de la jufteffe, Les inftrumens
de mufique écoient une force de petits tambours, de la forme des fables qui
marquent les heures. On bat deilus d'un côté avec la main, tandis que de
J'aucre, an ferre la corde qui lie l'inftrument, & qui en éleve ou rabaïle le
ton. On l'accompagne de la voix, ou de la flute, ou du fifre. Quoique tout
le fpectacle fût aflez grollier, Cocks aflüre qu’il n'en avoit jamais vû qui l'eût
tant alfeété, par un air de véritable grandeur que chaque rôle tiroit de la
réalité des perfonnages. Non-feulement c’étoient des aétions réelles qui étoient
repréfentées avec toutes leurs circonftances, mais tous les Aéteurs étoient
réellement ce qu'ils repréfentoient, c'elt-a-dire, Rois, Capitaines, Miniftres,
fuivant la diftribution du Sujet. Les Hollandois n’avoient pas été invités à la
Fête; ce qui pafla dans l’efprit même des Japonois (i) pour une marque ho-
norable de la préférence que le Foi donnoit aux Anglois.
Cocxs, à fon retour, trouva trois Hollandois qui l'attendoient avec impa-
tience. L'un vêtu à la Japonoife, étoit arrivé nouvellement d'une Ville nom-
mée Kushma, où il avoit vendu du poivre & d'autres marchandifes. Il fe
vantoit d'avoir jetté les fondemens d'un commerce fecret avec la Corée, ou
d'en avoir du moins des efpérances certaines; & fe croyant redevable de
cette ouverture à William Adams, il venoit offrir aux Faéteurs Anglois de
leur accorder quelque part à fon entreprife. Il n'étoit pas aifé de juger s'il
étoit fincère ; car Lernando, qui l’avoit déja vû au mptoir Hollandois,
ayant demandé à quelques-uns de leurs Faéteurs d'où cet homme arrivoit,
Brouwer , Chef du Comptoir, s'étoit offenfé de fa demande & luiavoit répon-
du qu'il n’avoit de compte à rendre à perfonne.
À l'entrée de la nuit, André Bulgarain, Génois, & Benito de Palais, Pi-
lote Major d'un Vaiffeau Efpagnol qui avoit fait depuis peu naufrage fur la
Côte du Japon, arrivèrent de Nangazaqui & firent prier les l'aéteurs An-
glois de leur envoyer leur Interpréte. Cocks leur ayant refufé cette grace,
ils lui rendirent fur le champ une vilite, accompagnés du Chinois Zanzebar
dans la inaifon duquel il étoit logé. Leur entretien fut d’abord affez froid ;
mais ils tombérent enfin fur l'affaire des Déferteurs, qui parut avoir été le
principal motif de leur voyage; & juftifiant les Jéfuites, fur lefquels ils n’i-
gnoroient pas que les Anglois avoient fait tomber leurs foupçons, ils préten-
dirent qu'il ne falloit rejeter la fuite des Déferteurs, que fur le Peuple de Nan-
gazaqui, dont on connoiffoit la méchanceté. Cocks, loin de fe prêter à leur
apologie, s'imagina que ces deux hommes étoient venus avec le deflein de
débauchcr
(5) Angl, dans l'efprit de Cocks. R. d. E.
Hhh 2
Poëfie, muft-
que & danfe
des Japonois
Propofition
d'un Hollau-
dois,
Suite de l'af
faire des Dé-
ferteurs.
Cocxs.
1613.
Incendies,
meurtres &
vols,
Fuite d'un In-
cendiaire,
428 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
débaucher les autres Matelots, Il recommanda au Lieutenant d'avoir les
yeux ouverts fur le Vaiffeau & fur l'Efquif, & d'obferver la moindre appa-
rence de liaifon entre les Matelots & les deux Efpagnols. Cependant on
reconnut à la fin,que le Pilote Major ayant quelques marchandifes entre les
mains de William Adams, étoit à Firando pour fes comptes, & que s'il
avoit d'autres vûes, elles étoient à couvert fous un précexte fi jufte, Les
Faéteurs Anglois ne firent pas difficulté dans la fuite de le recevoir & de
manger méme avec lui, quoique dans le premier repas qu'ils firent enfemble,
leur défiance allât ni dr prendre des mefüures contre le danger du poifon.
Les deux Efpagnols avoient apporté des Lettres de l'Evêque & des féfuices
aux deux Etrangers que j'ai déja nommés, pour leur perfuader de retourner
à Nangazaqui.
Le 2 de Novembre, on retomba dans la crainte des incendies, des vols,
des meurtres & des crimes les plus noirs. Le feu commença pendant le
jour , Cdans la rue aux poiffons, mais fans faire beaucoup de mal: & ceux quixé»
’avoient mis, s’échapérent. Les foupçons tombèérent fur trois perfonnes de
Méaco, fans que cependant on put trouver contr'elles des preuves convain-
cantes. Le Feu recommença peu de tems après, ] par la maifond'une pau-
vre famille, & fut bientôt éteint. [ Le Voleur qui avoit fait le coup, fe fau-X$»
va dans un bois qui fut dabord environné par plus de $oo hommes, mais
cela n'empécha pas qu'il ne trouvât le moyen de s'évader.] A l'entrée de la
nuit,on entendit un bruit épouvantable de gens qui crioient au meurtre, au
vol & au feu. On vint même avertir les Anglois qu'il y avoit des Voleurs
au fommet de leur maifon. Cocks y monta bien armé, & n'y trouva per-
fonne. Il vit de ce lieu tous les Japonois des maifons voifines dans les mé-
mes allarmes. Les cris continuoient fans interruption. Enfin lorfqu'on com-
mençoit à fe perfuader que c’étoient de fauffes terreurs, on vît les flammes
s'élever dans divers endroits de la Ville, & l'on apprit que dans le tumulte,
quelques maifons avoient été volées, deux hommes aflaflinés , & plufieurs
perfonnes de l’un & de l’autre féxe maltraitées avec beaucoup de violence,
Cependant le feu ne fit pas de grands progrès, par l'attention que tous les
honnêtes-gens apportèrent à la préfervation de leurs quartiers. Comme on
foupçonnoit de tous ces défordres une troupe de Vagabonds , qui étoient
arrivés depuis peu de Méaco, l'ordre avoit été publié pour tous les Habitans
de fe retirer chacun dans fa rue, & d'obferver les Etrangers. On découvrit
dans celle des Anglois un de ces fcélérats qui mettoit le feu à la maifon la
plus proche du Comptoir. Il fut po par un grand nombre de gens ar-
més, dont la multitude même nefervit qu’à faciliter fa fuite. Etant fortide
la Ville, il fe jetta dans un Bois voifin, où le Roi fe rendit avec quantité
de Seigneurs. Mais toutes les recherches furent inutiles, & Cocks ne douta
point que l’Incendiaire n'eût trouvé le moyen de fe mêler dans la foule, en
criant au voleur & au feu comme les autres. Le lendemain, raifonnant a-
vec le Roi fur la caufe de tant de malheurs ou de crimes, il apprit à ce
Prince que la méthode des grandes Villes en Europe, eft d'entretenir des
Gardes, pendant la nuit, pour la fûreté du Public. Cette ouverture fut fi
bien reçue, que dès le même jour , les ordres furent donnés pour l'établiffe-
ment d'une Patrouille, qui devoit marcher en plufieurs Troupes, & veiller
continuellement dans les ténèbres. On ordonna aufli, par le os de
ocks ,
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vrir. M:
mains de
ricufes P
INDES ORIENTALES, Lav, IV, Car, VIL 429
r les Cocks, qu'après une certaine heure, tous les Habitans qui fortiroient de leurs Cocxs.
ppa- maifons feroient obligés de porter de la lumière à la main, afin que toutle 1613.
t'on monde pût étre reconnu.
c les Le 5, Cocks reçut deux Lettres, l'une de Domingo Francifco , Am-
: sil baladeur Efpagnol des Manilles, dattée de Ximonafaque; l'autre d'un Né-
Les ægociant Portugais , nommé Georges [ Spallo, ] On lui demandoit, au prix
k de courant, certaines marchandifes dont les Éfpagnols n'ignoroient pas qu'il étoit
nble, bien fourni. [ Après quelques délibérations, 1l ne fe crut point autorifé par
fon. fes mécontentemens à leur refufer ce qui étoit expofé au Public, Mais il
fuites fut plus incertain s'il devoit fatisfaire la curiofité d'un] Jéfuice Efpagnol ,
urner qui étoit venu dans la même Barque avec les gens de l'Ambañadeur, &
qui demanda la permiflion de vifiter le Bâtiment Anglois. Cependant il : Un Jéfuite
vols, confentic enfin, non-feulement à lui laiffer la liberté d'aller à bord, mais à ok
nc le Ha donner ordre qu'il y fût reçu civilement, Il fçavoit, [ajoûte-t-il en bon fau Ain.
IX qui Xÿ* Proteftant, ] qu'il eft quelquefois néceflaire d'allumer une chandelle au i
es de Diable.
ivain- Le 6, à dix heures, le Général Saris arriva de la Cour Impériale, avec
> pau- toute fa fuite, fort facisfait de l'accueil qu'il avoit reçu de l'Empereur & des
le fau-Xÿ* avantages qu'il avoit obtenus pour le commerce. Il envoya aufli-tôt Cocks
mais au Roi Foyne, pour lui communiquer la joye qu'il rapportoit de fon voya-
de la ge. Mais elle fut troublée par un différend, qui chagrina beaucoup les An- Différend des
e, au glois pendant plufieurs jours. Quelques Marchands de Méaco étant venus Anglois avec
oleurs | acheter diverfes marchandifes au Comptoir , fe revirèrent après s'être acvor- or
1 per- dés pour le prix, & demandérent feulement qu'on prît la peine de les tranf- Méaco.
es mê- porter chezeux. On y confentit volontiers. Ils les reçurent fans explication ;
com- mais au lieu de les payer argént comptant, ils donnèrent la valeur à prendre
Limmes fur Semidone , qui étoit parti depuis ur ae jours pour un long voyage. Sa-
ulte, ris leur fit déclarer aufli-tôt, qu'il vouloit etre payé fur le champ, ou retirer
1fieurs fes marchandifes. Leur réponfe fut qu’il n’obtiendroit d'eux ni l’un ni l'autre.
lence, Cocks, chargé d’en faire des plaintes au Roi, commença par faire arrêter les mar-
pus les chandifes, qu'on avoit déja pris foin d'embarquer & qui étoient prêtes à par-
e on tir. Le Roi répondit d'abord que Sémidone étoit capable de facisfaire pour
toient d fes dettes , mais fans confentir néanmoins à fe faire fa caution. [ L'affaire trai-
bitans na pendant quatre jours, avec la feule confôlation pour les Anglois d'avoir
ouvrit fait arrêter la Barque des Marchands. Mais outre que la violence pouvoit
fon la être employée à tous momens pour la tirer de leurs mains, ils étoient obli-
ns ar- gés à de grands frais pour l'entretien des Gardes.] Enfin le Roi Foyne, fen-
orti de fible à cette injuftice, ordonna que les marchandifes fuflent reftituées ou.
antité payées. Les Marchands, à qui l'argent manquoit, n'eurent pas d'autre ref-
douta A ource que d'employer la caution de leur hôte, & les Anglois prirent le par-
le, en ti de l'accepter.
ant à- + [Le départ de Saris ayant fuivi de fort près fon retour à Firando, Cocks Remarque
à ce demeura chargé de l’adminiitration des affaires, avec la qualité de premier füurles articles
ir des Faéteur ou de Chef du Comptoir. On ignore s'il continua fon Journal, & fivins-
fut fi PurchafT rend témoignage qu'après quantité de recherches, il n’a pû le décou-
ablifre- D Ovrir. Mais ayant écrit du Japon plufieurs Lettres qui font tombées entre les Lettres de
veiller mains des Auteurs de ce Recucil, ils y ont trouvé des obfervations aflezceu- Cocks.
feil de A ricufes pour fe croire obligés d'en recueillir la fubftance, & de les faire en-
ocks ; Lhh 3 trer
Cocxs,
1614.
Cocks achete
un grand Jone,
pour l'en:
voycr à Siam,
Les Prètres
Chrétiens font
bannis du Ja-
pon,
Mort du Roi
Foyne,
Guerres civi-
les au Japon,
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
439
trer ici dans l'ordre des années,] La première (4) Leutre eit dattée de Firan-
do le 10 Décembre 1614, € eft-à-dire, près d'un an après le départ du Gé.
néral Saris; c'eft à lui même qu'on la croit adreflée, quoique l'enveloppe
en foit perdue, La feconde, qui et de la même date, eft écrice à T'homas
Wilfon, qui fut élevé enfuite à la dignité de Chevalier, Latroilième, dattée
le 15 Février 1617, eft au Capitaine Saris. 11 paroîe par cette Lettre qu'el-
le avo't été précédée d'une autre, en datte du 5 Janvier 16163 mais celle.
ci n'a pas été confervée, La quatrième, qui eft fans datte & donc il n'eft ref.
té qu'une partie, paroît adrellée, comme la précédente, au Capitaine Saris,
La dernière eft encore à Thomas Wilfon; & par l'effec du tems, qui acon-
fumé les caraétères (/), on ne lie pour daite que le 10 de Mars 1610, ce qui
fait douter fi c'eft le nombre 2 ou le zero qui cft altéré, & s'il faut entendre
1619 ou 1620. Mais je paile à la narration.
QUELQUES Fr après le départ du Vaifleau, Cocks apprit que dans un
Village , nommé Koch, éloigné d'un mille de Firando & licué fur la méme
Rivière, on avoit mis en vente un Jonc d'environ deux cens tonneaux, Il fe
hâta de l'acheter, pour l'envoyer à Siam , fous la conduite de William Adams
avec Wickam & Sayer 6m) pour Faéteurs. [Au moment qu'il mettoit à la voi-%
le, on apprit par la voye de Nangazaqui , que] M. Peacock avoit été maffacré
à la Cochinchine, & qu'on ignoroit le forc de Walter Carwarden , qui étoit
demeuré avec lui dans ce Comptoir.
AvanT la Lettre dont on
d'un fpcétacle auquel fa qualité de Proteftant ne l'avoit point empêché d'être
vivement fenfible.] L'Empereur avoit banni du Japon tous les Frètres, Jé-
fuites, Moines, & les avoit fait embarquer fur divers Bäcimens, les uns pour
Macao, d'autres pour les Manilles. Il avoit détruit toutes les Eglifes Chré-
ticnnes & tous les Monaitères. Enfin dans fa haine pour le Chriitianifine, il
avoit fait publier les plus rigoureux Edits contre ls nom Chrétien, Le Roi
Foyne étoit mort dans le même intervalle. Ufchandono, fon plus ancien Mi-
niftre, & deux autres de fes plus fidèles ferviceurs s'étoient ouvert le ventre
avec leurs katans, pour l'accompagner dans une meilleure vie, Leurs corps
avoient été brulés dans le même bucher, & leurs cendres renfermées dans
le nême tombeau. Le Japon étoit alors menacé d'une furieufe guerre, entre
Oguxozama, l’ancien Empereur, & lidaia Sama fon g:nire, fils de T'icofa-
ma, Ce jeune Prince s’étoit fortifié dans le Château d'Ozaka, où près de
cent mille hommes s'étoient raflemblés autour de lui, avec des provifions
pour trois ans, Le viel Empereur, réfolu de marcher en perfonne à la tête
de trois cens mille hommes, s'étoic rendu au Chäteau de Fl'ufchima, où fes
gardes avancées avoient eu quelques efvarmouches qui avoient déja coûté la
vie
exu de tout côté. Pour fe radouber, on por-
ta vers les {fes Lucryes, où l'on s'arrêta fi
longtems qu'on perdit le tems dela Mouilon;
& avec tout cela on ne put pas venir à bout
de boucher toutes les voyesd'eau duJonc; de fa-
çon qu’on fut obligé de revenir À Firando. [à
on remit le Jonc vn étit, & quand Sayer écri-
vit fa Lettre il étoit prèt à s'y embarquer de
nouveau, pour {& rendre à Siam.
(k) Le Chapitre XIX du HI, Livre del'O-
tiginal commence ici. KR. d.
(1) L'Origiaal d't fimplement qu'il y a u-
ne creur dans Ja date de cette Lettre. R. d.E.
WrCim) Saycr, dans une Lettre dattie du 5e,
Décembre 1615, rend compte à Saris du mau-
vais fuccès de ce Voyage, Il lui dit que peu
de tems après avoir mis en mer, ils eurent à
eïluyer un fi violent orage, que le Jonc fit
onne ici l'extrait, [Cocks avoit été témoin:k
rétabli
Dans c
frage el
traires
eu auc
Jandia ,
y (n) !
citée, di
semaiqu
bles dan:
È cut en
ui-ci, aje
pc favoi
fauvé, C
deux côt
de tués:
LA
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar, VIL 431
vie à quantité de braves Guerriers (n). Ozaka venoic d'être brûlé jufqu'aux
fondemens, Zaton, Faétezur Anglois, qui s'y écoit établi, avoit été forcé
de fe retirer à Sack2y, fans étre beaucoup plus à couvert dans cette Ville,
dont une partie avoit été confumée auili par les flammes.
Cocxs ajoûce que le Palais Impérial, qui étoit bâti nouvellement, &
dont tous les dehors croient dorés depuis la terre jufqu'au fommet, ayant été
renverfé par un terrible Ouragan ( , les Japonois Ijolätres attribuèrent cec-
te difgrace aux enc'iantemens des Jofuites bannis; [tandis qu'avec plus de lu-
mières & de raifon] les Japonois Chrétiens la regardoient comme un châ-
timent du Ciel, pour le banniflement de leurs Prétres & de leurs Miniftres,
Jedo s'étoit reflenti de la même tempête par la ruine prefqu'entière de fes
magnifiques édifices, On n'y avoit jamais vû d'exemple d'un T'yphon fiter-
rible, Les flots de la mer avoient inondé toute la Ville & forcé les Habi-
tans de chercher une retraite dans les Montagnes,
A l'égard du commerce, l'Empereur fans tourner fes menaces fur les Mar-
chands, s'étoit faifi de quelques piéces d'artillerie que Saris avoit laiffées au
X3" Comptoir Anglois, [avec une grande quantité de plomb, & dix barrils de
poudre.] Il avoit acheté une partie de leurs draps, en les payant à jufte
prix; mais il avoit rejetté les couleurs rouges, & fon goût s'étoit déclaré
kÿ= pour les jaunes & les blanches. [Les Anglois auroient cependant pû gagaer
davantage fur leurs draps, s'ils n'avoient pas été obligés de fe conformer
aux Hollandois, qui vendoient les leurs, au deffous de ce qu'ils auroient pû
en avoir. Ils fe défirent aufli fort avantageufement de leurs étoffes de Cam-
baye & d'une partie de l:ur Poivre de Bantam; ils auroient même vendu le
tout, fans les ruies de guerre qui commençoient alors à fe répandre.] Cocks Proict d
avoit conçu l'efpérance de Dour fon commerce à laChine, par l'entremi- con nerce à
fe d'un Capitaine Chinois, nommé Andreas, [& vrai-femblablement Chré- la Cine.
“en Mi- tien 1 qui fe flattoit, avec le fecours de fes deux Frères, de faire recevoir
D enA trois Vaifleaux Anglois dans un Port qui avoit des correfpondances établies
met avec la fameufe Ville de Nankin, & qui, dans une faifon favorable, n'étoit
Le x élopné que de trois ou quatre jours de navigation. [Cependant Mrs. Cocks,
re. entre Vickham, Eaton , Nealfon X Sayer tombérent malades, mais bientôt ils furent
# n'icofà- rétablis, à l'exception d'Eaton qui eut pendant quelque-tems la fiévre tierce,
: LE de Dans ce tems-là, on vit revenir Jacob Speck ; on croyoit qu'il avoit fat nau-
ous frage en allant aux Moluques ; parce qu'ayant eu le vent & les Courans con-
# la tête traires, il avoit été obligé de faire un grand tour , pendant lequel on n'avoit
eu aucune nouvelle de lui. Il revenoit comme Capitaine du Vaiffeau la Ze-
où fes h
MNT Jandia, & d'une Pinafle nommée Jakatra.]
LS
vié
Firan-
du Gé:
eloppe
‘homas
dattée
e qu'el-
s celle-
l'eft ref:
e Saris.
iacon-
>), ce qui
ntendre
Cocxes.
1014.
Ruine d'un
Pululs & de
pures vil
U#,
dans un
1 meme
x, If
n Adams
à la voi- 4
mafacré
qui écoit
f témoin'k
hé d'être
res, Jé-
ins pour
es Chré-
nifine, il
Le Roi
LEs
Her, On por-
n arréta fi
la Moutlon;
venir à bou
uJonc; de fa
| Firando. Là
d Sayer écri-
embarquer de
yCn) Sryer, dans la Lettre qui vient d'être
citée, dit un mot de l'iflue de cette guerre, Il
semaique qu'en 1615, il y eut de grands trou-
bles dans le Japon, caufés par la guerre qu'il
"eut entre l'Empereur, & Fidain Sama. Ce-
lui-ci , ajoute-t-il, perdit la bataille; fans qu'on
pûc favoir s'il avoit dié tué, ou s'il s'étoit
fauvé, Cette même Lettre dit auM que des
deux côtés, il y eut quatre cens millchommes
de tués: inais en marge ce nombre citréduit
À quarante mille.
Co) Angl. Cocks ajoûte dans fa feconde Let-
tre, que quant au Palais Impérial, qui étoit
un bâtiment fuperbe, & dans l'intérieur du-
quel il y avoit une nouvelle fortercffe, il fut
cxpofé a une fi violente tempête, que toutes
les Tuiles qui étoient dorées en dehors, furent
enlevées par un tourbillon, & difherfes fi
fort au loin, qu'on n'en put retrouver aur-
cune, R, d. E,
Cocrs.,
1614,
Plaintes des
Chinols con:
tre les Hollan
dois,
La Corée, &
fon commer-
LA
Efpérance
d'union entre
les Compa-
gnies de Hol-
lande & d'An-
gleterre,
a? VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Les Chinois avoient fait recentir leurs plaintes contre les Hollandois, qui
avoient arrêté leurs Jones & pillé leurs marchandifes, L'Empereur avoit pris
parti pour eux, jufqu'à refufer un eee qui lui avoit été offert par les l'ac-
teurs du Comptoir de Hollande, 11 avoit craité avec le méme dédain les
Portugais d'un grand Vaifleau, qui étoic arrivé de Macao, Les préfens des
Anglois furent acceptés, Saris s écoit imaginé que le commerce pouvoit fe
foûtenir au Japon fans les renouveler ; mais l'expérience apprit à Cocks
que l'Empereur artendoit un préfent à l'arrivée de chaque Vailicau, Com-
me un Jonc, ou cout autre Bâciment Japonois , n'auroit Ôfé partir fans la
permiflion de la Cour , on éxigeoit des Etrangers, qui étoient éxempts d'u-
ne loi fi rigoureufe, quelques témoignages de reconnoiflance pour certe fa-
veur,
Cocxs avoit employé inutilement toutes fortes de voyes pour établir la
communication de fon commerce de l'ufchima avec la Corée ; mais il n'a-
voit pù obtenir plus de liberté que les Habitans mémes de Fufchima, à qui
il n'étoit pas permis de pénétrer au-delà d'une petite Ville fur la frontière
Cependant fon ardeur s'enflammoit de jour en Pur par les récits qu'on lui
faifoit des richefles du Pays & d'une multitude de grandes Villes qui s'y ren-
contrent à chaque pas. On ajoûtoit qu'à la vérité, il étoit coupé par un grand
nombre de marécages, qui ne permettoient pas d'y voyager à cheval , ni mé-
me à pied; mais que l'induftrie des Habitans y fuppléoi par de ges cha-
riots à voiles (p), qui fervoient dans certaines faifons à tranfporter les hommes
& les marchandifes; que les damas, les facins, les caffetas & les autres écof-
fes de foye fe faifoient dans la Corée avec autant d'art qu'à la Chine; que
T'icofama, dernier Empereur du Japon, s'étoit propofé de faire pénétrer une
armée jufqu'a Pékin fur ces chariots à voiles, pour furprendre l'Empereur
de Ja Chine dans fa Capitale; mais qu'il avoit été prévenu par un Seigneur
Coréen, qui l'avoit empoifonné; & que le reffentiment de ce projet avoit
fait interdire l'entrée de la Corée à tous les Japonois, [où ils écoienc établis }#
depuis plus de vingt ans.
IL eît affez ordinaire de voir dans le Japon des Femmes qui tuent leurs en-
fans. l'Auteur en cite un éxemple; une fille avoit été engroilée par un hom-
me de l'Equipage du Vaifleau. Cocks lui donna deux Tais en argent pour quel-
le élevât fon Enfant: ce qui n'empécha pas quelle ne le tudt , dès qu'il
fut né.]
Das la feconde Lettre de Cocks, qui eft adreffée à Thomas Wilfon, on
trouve une Relation des injuftices que les Anglois avoient effuyées aux Mo-
luques, de la part des Follandois. Les Faéteurs de Hollande au Japon, ne
lailToient pas de fe flacter que les Compagnies des Indes d'Amfterdam & de
Londres s'uniroient bientôt, pour chaffer de ces Ifles les Efpagnols & les Por-
tugais: fur quoi l'Auteur obferve, que fi les deux Nations prenoient effeéti-
vement ce parti, il leur deviendroit fort aifé de s'emparer abfolument du
commerce des Indes Orientales, & de ruiner tous les autres Etablifflemens.
Les Efpagnols étoient déja fort affoiblis aux Moluques; L
encore que les Hollandois ne les chafluffent des Ifles Philippines.] Les Portu-
gais
Cp) Ces chariots font une fition des d'Afie, font très fertiles en pareilles inven-
ponois, qui, de même que les autres peuples tions.
[& ils craignoientkf f
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ment du
liffemens.
aignoientk?
es Portu-
gais Iles Moluques & aux environs, R, d. KE,
billes inven-
INDES ORIENTALES, Luv, IV, Cuar, VIT. 4
ais d'Ormuz, de Goa, de Malaca & de Macao ne craignoient pas moins
d'evre furpris, & demandoient tous les jours en Europe des fecours qu'ils ac
cufoient de lenteur, Cependant Cocks répète fans celle que lus Hollandois s'é-
toient rendus fort odieux aux Chinois, par l'obitinacion qu'ils avoienc à ft fai
fir de leurs Jones & de leurs marchandifes, Ouire le reflencimenc de fe voir
exclus, comme les Anglois, de tous les Ports de la Chine, ils écoient portés
à cecce pyracerie par de fi grands avantages, que des richellos qu'ils en ciroient
tous les ans, ils auroient pû fournir à l'encretien d'une Floce nombreufs, Hl
ne leur manquoit qu'un lieu propre à leur fournir des provitions, ear avec cet-
te reffource, ils auroient pû fe rendre allez forts pour enlever les Vaifèaux
mêmes des Japonois, fi l'Empereur eût entrepris de leur Over la liberté du
commerce Leur fivrté augmentoit de jour en jour jufqu'a méprifer les An-
glois, dont ils avoient reçu les premiers principes de la Navigation, & que
tout le monde reconnoiffoie pour leurs Maïîcres, A la vérité , ils s'écoient mis
en poffeffion de ges lorterefles près de Malaca (q)3 mais Cocks rend
témoignage fur des informations certaines, qu'ils écoient moins aimés des In-
diens que les Efpagnols. Quoique la hauteur infupportable des Officiers de
l'Efpagne eût fait delirer aux Peuples des Indes, l'arrivée des Hollandois, ils
s'étoient bientôt apperçus de la diminution des piéces de huic, qui leur ve-
noient en abondance des Efpagnols, Nation que fa fierté n'empêche pas d'é-
tre galante & libérale ; au lieu que les Hollandois, qui fervoient aux Indes
en qualité de Soldats, n'avoient qu'une paye modique, à peine fuffifance pour
leur nourriture & leur habillement, Les Commandans de Hoilande leur re-
tranchoient jufqu'aux profits qui devoient leur revenir de leurs prifes & de
leurs conquêtes, en répétant fans ceffe que cout devoit retourner aux Etats
K} Généraux. [ & aux Dircéteurs de la Compagnie. ]
Cocxs ne prétend pas décider à quoi cette conduite pouvoit aboutir ; mais
il étoit perfuadé , que fi les Hollandois ne changeoient pas de méthode, ils de-
voient renoncer à l'efpérance d'établir jamais leur commerce à la Chine. Au
contraire, il s'imaginoit que cette entreprife pouvoit réuilir d'autant plus fa-
cilement pour les Anglois, qu'ils ne demandoient que la liberté d'y envoyer
tous les ans trois Vaifleaux , & d'y laiffer un petit nombre de f'aéteurs pour
l'adminiftration de leurs affaires, fans y mener des Prètres ou des Miniftres,
que les Chinois, dit-il, ne recevoient pas volontiers (r). Il fe flatoit auiti,
que depuis l’arrivée des Anglois dans ces contrées, l'Empereur de la Chine a-
voit pris une fort bonne opinion de leur caraétère, furtout en apprenant que
le Roi de Firando & l'Empereur même du Japon les avoient comblés de ca-
reffes, & que la Nation Angloife s'accordoit mal avec les Efpagnols. Les
Marchands Chinois qui entretenoient Cocks dans ces idées, ajoütoient que
leur Empereur & les principaux Seigneurs de fa Cour prenoient plaifir à fe
faire raconter tout ce qui appartenoit au caraétère & au commerce des An-
lois. Ils demandéèrent à Cocks , fi dans la fuppofition que le commerce lui
ûc accordé à la Chine, ilempécheroit que les Hollandois ne pillaffent plus long-
tems
(4) Angl. de quelques Forterefes dans les nois ne peuvent fouffrir ; parce qu'ils four-
; millent dans ces quartiers, & qu'ils vont par
Cr) Angl. fans y mener des féfuites, où tout gucufant avec tant d'impudence eh
.k,
comme on les appelle des Pères, quelesChi- effronterie a tourné en provcibe, R.
IL, Part. lii
Cocrs
1014.
Remarques
fur! 0 progrès
des Elol'nris
dos & fur lour
curneltère,
Raifons qui
failoient efpé-
rer le com-
merce de la
Chine aux An-
glois,
Cocxs.
1014.
Circonitan-
ces de la mort
‘de Peacoks à
la Cochinchi-
ne.
Fauffe mon-
noyccmployée
par les Hol-
landois,
1617.
Bornes des
Anglois au
Japon.
Voladroit
de quelques
Chinois.
434 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
tems les Joncs Chinois. Cette queftion étoit embaraffante.
Cependant il leur
répondit, que le Roi fon Maître donneroit des ordres que les Hollandois fe. Pen
roient forcés de refpeéter. L . ; ac
ON apprit enfin au Comptoir de Firando, les circonftances tragiques de la es
mort de’ Peacoks, qui avoit été tué l'année précédente à la Cochinchine. Il & L
s'y étoit rendu fur un Bâtiment Indien, avec des Lettres du Roi d'Angleterre © atte
& des marchandifes, [ jufqu'à la valeur de fept-cens trente livres sons | ] Il ne :
avoit été fort bien reçu à Quinham, Port commode, où ils étoit propofé d'é- fix a.
xercer le commerce, Carwarden, qui l'accompagnoit en gui de Faéteur, tot
defcendit à terre, offrit des préfens, qui furent agréés, & vendit même au remit
Roi plufieurs piéces de draps d'Angleterre, [Les Hollandois témoins de lan artific
bonne réception qu’on lui faifoit, voulurent aufli renouër commerce avec ls dont
Cochinchinois: ce qui leur réufñit d'abord fi bien, que ] la confiance ayant ii] ar
paru bien établie, Peacoks ne fit pas difficulté de defcendre à fon tour, [avecr$ ÿ où fs
un de leurs rincipaux Marchands, ] pour recevoir le payement des Marchan- ‘il plus
difes. Mais Éorfgu il étoit prêt à furuir de l'Efquif, plufieurs Indiens fondirent " leur Ë
fur lui armés de crocs de fer, & le maffacrèrent avec fon Interpréte & quelques ñ s'ils n
autres gens de fa fuite. Carwarden, qui étoit demeuré für le Jonc, fortit heu- h ce. At
reufement du Port; mais on ignoroit encore ce qu'il étoit devenu. Les Chi- encore
nois & les Japonois parurent également perfuad s,que cette trahifon du Roi opiniât
de la Cochinchine, étoit venue du reffentiment qu’il confervoit contre les Hol- cé mal
Jandois, depuis qu’ils avoient brûlé fa Capitale & fait main-baffe fur tous les ennemi
habitans. Leur querelle avoit commencé par l'infidélité de quelques F acteurs Lis
de Hollande, qui avoient répandu quelques années auparavant de faufTes pié- feux d
ces de huit à Quinham & a les avoient donnés en payement pour diverfes Macao
Etoffes de foye. Le peuple Indien, qui s'en étoit apperçû, avoit pouffé la mé le I
vengeance jufqu’à piller le Comptoir des Hollandois & tuer un de leurs Fac- Firando
teurs; après quoi les Vaiffeaux de Hollande s'étoient crus en droit d'éxercer
toutes fortes d’hoftilités fur cette Côte, debrûler la Ville, & de pafñler au fil a
de l'épée jufqu’aux femmes & aux enfans. CR crue &
(s)Dans la lettre de l’année 1617, Cocks raconte qu'il s’étoit rendu à la Cour chargé |
impériale, pour faire donner plus d'érendue aux priviléges de commerce que
Saris avoit obtenus. Ils étoient bornés aux Ports de rirando & de Nangazaqui;
ou du moins les Vaifleaux ne pouvoient aborder dans aucun autre lieu, par la
feule raifon que c’étoientles premiers Ports où Saris étcit arrivé. Toutes les
follicitations de Cocks ne pûrent obtenir que cette ordonnance fut changée.
tres fur
retourné
leurs Py
crut ob]
x Dax:
L'année d'auparavant, Edouard Sayer avoit fac le voyage de la Cochin- a Ef,
chine fur un Jonc Japonois, avec une riche cargaifon. Mais à fon retour, gne, &
il avoit été volé par quelques Chinois, qui lui avoient enlevé tout le profit qu'il por
de fon commerce. Son argent étoit dans fa chambre, d’où il fe préparoit à pour le
le faire tranfporter au rivage. Les voleurs trouvèrent le moyen de percer États, il
une planche du Jonc, & de tirer avec des crochets une partie des facs, fans l'ordre d
que la garde en eût conçû le moindre foupçon. Quoique les auteurs du vol fon gend
ne fuffent pas connus, on avoit des preuves fi fortes que us des Chinois, Japon,
qu'avec l'approbation même de la Cour & des Habitans de Firan . Re reux pou
tenta un procès aux Marchands Chinois de cette Ville; ce qui ne Er À pour Li;
La
(s) La ade, Seftion de ce Chapitre commence ici dans l'Original, R. d. E, ] (e
il leur
is fe-
de la
e. Il
eterre
.] Ixé
fe d'é-
éteur,
me au
de la
vec l:s
ayant
Laveckæ
rchan-
ndirent
uelques
it heu-
es Chi-
du Roi
es Hol-
tous les
raéteurs
fes pié-
diverfes
oufté la
urs Fac-
'éxercer
er au fil
à la Cour
rce que
pazaqui ;
, par la
butes les
hangée.
Cochin-
retour,
le profit
paroit à
ë percer
ACS » fans
s du. vol
hinois,
Sayer 1f-
mpècha
points
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Crmav. VII. 435
point, après avoir mis fa caufe entre les mains d'un Japonois fort éclairé, Cocxe:
d'entreprendre un autre voyage, pour réparer encore plus fûrement fa dise 1617.
ace, Le grand Jonc, que Cocks avoit acheté à Kochi revint cette année
e Siam, où il avoic déja fait deux voyages forc heureux.
œ Les Hollandois envoyèrent des Moluques une flotte aux Manilles, pour Lestoltan.
attaquer celle d'Efpagne, [ qu'ils s'étoient laffés d'attendre dans le lieu mé- dois prefent
me qui faifoit le fujet de la guerre. ] Ils la cinrent bloquée pensant cinq ou les liaenols
fix mois, fans qu'elle ôfàt faire le moindre mouvement pour fe dégager de os,
cet efclavage. Enfin perdant l'efpérance de la forcer dans fes Ports, ils
remirent à la voile pour donner la chaife aux Joncs Chinois, avec l'indigne
artifice de fe couvrir du nom Anglois. Ils en prirent jufqu'à trente-cinq,
dont l’un étoit chargé de précieufes richefles. Cependant les Efpagnols é- Combaten-
tant enfin fortis de leurs retraites & les trouvant féparés, fondirent fur cinq tre ces deux
ou fix de leurs Vaifleaux, dont ils brûlérent & coulèrent à fond trois des Nations.
lus gros , entre lefquels on comptoit l’Amiral. La viéloire ne pouvoit
eur être conteftée, peut-être en auroient-ils recueilli d’autres fruits,
s'ils n’euffent pas eu l’imprudence de fe féparer à leur cour. Mais leur Vi-
ce- Amiral rencontra deux gros Vaifleaux Hollandois, qui n’avoient point
encore efluyé de combat, & qui le firent échouër après un combat fort
opiniâtre. Les Efpagnols aimérent mieux brûler de leurs propres mains
ce malheureux Bâtiment , que de le voir tomber entre les mains de leurs
ennemis.
Les deux Hollandois vinrent enfuite à Firando, avec deux autres Vaif-
feaux de leur nation, qui avoient attendu long-tems le Navire Portugais de
Macao, & qui étoient défefpérés de l'avoir manqué. L’un des deux , nom-
mé le Lion Rouge, fe brifa dans un grand orage, en entrant dans la Rade de
Firando; mais toutes fes marchandifes furent fauvées, quoiqu’avec beaucoup
d’altération. L'Empereur ayant déclaré juftes toutes les prifes qu'ils avoient
faites fur les Chinois, ils envoyèrent un des quatre Vaifleaux, chargé de foye
crue & d’autres dépouilles de la Chine, à leur comptoir de Bantam; un autre
chargé d'argent & de provifions, au comptoir de Malaca (+), & les deux au-
tres fur les Côtes de la Chine, pour y enlever tout ce qui fortiroit des Ports &
retourner à la Mouffon fuivante. La hardiefle qu'ils avoient eue de couvrir
leurs pyrateries du nom Anglois, étant venue jufqu’aux oreilles de Cocks, il fe
crut obligé de faire avertir les Chinois de cette impofture.
Dans fa quatrième lettre, il raconte l'arrivée de deux Jéfüites fur un Vaif. ,; &re
feau Efpagnol , avec la qualité d'Ambaffadeurs du Vice-Roi dela nouvelle Efpa- Deux Jefui-
gne, & des préfens pour l'Empereur. Maisce Prince, obftiné dans la haïne tes arriventau
qu'il portoit aux Chrétiens, refufa de les voir, & fe fervit de William Adams, Japon avec la
pour leur faire déclarer qu'ayant banni tous les Prêtres & les Religieux de fes DAS
Etats, il n'avoit pas changé de réfolution. Il fit joindre à cette déclaration
l'ordre de fortir immédiatement de fes Etats. On prétendoit que Fidaia-Sama,
fon gendre & fon ennemi, avoit promis aux Jéfuites la liberté de revenir au
Japon, fi la fortune favorifoit fes armes. Ainfi, conclut Cocks, il eft fort heu-
reux pour les Anglois & les Hollandois que la viétoire ne fe foit pas déclarée
pour lui; car nous aurions été pour jamais exclus du commerce du Japon.
[L'ANNÉE
(t) Angl. aux Moluques, KR, d. E.
liis
Cocrs
1618.
Les Hollan-
dois décla-
436 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
[L'année précédente un Efpagnol nommé Damian Marina ça s'étoit j$
engagé au fervice des Anglois, & s'étoit mis à bord du dernier lonc qu'ils
avoient fait partir. Juan de Lievana, auffi Efpagnol, s'étoit embarqué com-
me pañlager fur le meme Jonc, qui n'ayant pas réuffi dans fon voyage, étoit
rentré dans le Port de Nangazaqui. Peu de tems après, il arriva dans le mé.
me endroit une Caraque de Macao, qu. fe faifit de ces deux hommes, & les
mit aux fers, comme des Traîtres, qui fervoient les Ennemis de leur Prince.
Cocks ayant appris la chofe, obtint de l'Empereur un ordre, en vertu duquel
ces deux hommes furent relâchés; & envoyés enfuite comme pañagers à
Bantam; cette affaire fut un fujet de mortification pour les Efpagnols auffi
bien que pour les Portugais.
Dans ce toms-là, le Comptoir Anglois fut obligé de faire tranfporter fes
Marchandifes de lieu en lieu, pour les mettre en fûüreté durant là Guerre,
C£eTTe même année, William Adams partit encore pour Siam, accom-
pagné de Sayer. ]
Cocxs parle ici (x) d'une autre lettre, dans laquelle il avoit écrit à Tho-
mas Wilfon , les procédés impérieux des Hollandois contre la Nation An-
gloife; mais ils navoient jamais approché de ceux que le Comptoir Anglois
effuya cette année, parles emportemens d'Adam Wefterwood, Amiral, ou
rent la guerre Comme il fe faifoit nommer au Japon, Seigneur Commandat d’une Flotte
aux Anglois
de Firando.
Autres outra-
ges des Hol-
Jandois,
Hollandoife de fept Vaifleaux, qui étoit alors dans la Rade de Firando. Ce
furieux Amiral, fit déclarer folemnellement la guerre aux Anglois fur tous les
Bâtimens de fa Flotte, avec ordre à tous fes gens de prendre leurs Vaif-
feaux , de fe faifir de leurs marchandifes, de les pourfuivre & de les tuer
comme leurs plus mortels Ennemis. Après une démarche fi éclatante, les
Hollandois de la Flotte n° ceffèrent pas de renouveller fans cefle leurs outra-
ges & de venir braver Cocks jufqu'à la porte de fon Comptoir. Ils y feroient
entrés plus d’une fois, dans l'intention de le maflacrer, lui & tous les An-
glois, qui n’étoient pas un contre cent, s'il n'eût pris le parti d’implorer le
fecours des Japonois. La violence leur réuffiffant mal au Comptoir , ils fe
faifirent d'un Éfquif , qui appartenoit à Cocks & qui étoit marqué aux armes
d'Angleterre. Ils chargèrent de chaînes un Anglois qu’ils y trouvèrent, &
l'ayant conduit dans leur Comptoir, ils le menacèrent de le poignarder à coups
de couteau. Le jour d’après, ils bracquérent quelques piéces d'artillerie con-
tre deux barques Angloifes qui rentroient dans la Rade ; & les ayant manquées
avec le canon, ils fe faifirent de la moufqueterie, dont ils tuèrent deux Japo-
nois (y), employés au fervice des Anglois. Le Roi de Firando avoit reçû
de l'Empereur , l’ordre exprès d'arrêter ces excès de fureur; mais les craintes
dont il étoit rempli lui-même, ne lui permettoient guères d'employer le ton
de l'autorité; [& la feule grace qu'il fit à Cocks, fut de fouffrir que les habi-4 !
tans de Firando priffent {a défenfe. ]
ENTRE les Vaifleaux de la Flotte Hollandoife, les Anglois en reconnurent
deux qui avoient été pris fur leur Nation dans les Mers de l’Inde. Ce n'étoit
pas
a été écrite à Saris.
rx) C'ett ici que commence la 5e, Lettre
de Cocks écrite en 1619, où 1620.
(y) Angl. un Japonois, KR, d, E,
du) Dans la lettre on trouve.ici les mots
fuivants. Ce fut ce même homme qui penfa
aller une fois avec vous, € avec George Pe-
terjon De là nous concluons que cette lettre
prom
trente
ques
telots
trouve
la con
le mo
temen
ral éta
‘voit fd
me to
de fai
lors fà
‘effuyoi
avoien
de car
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mide,
PE
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qu'ils
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& les
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erre.
accom-
à Tho-
on Ân-
Anglois
ral, ou
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do. Ce
çous les
rs Vaif-
les tuer
inte, les
rs outra-
feroient
les An-
plorer le
r, ils fe
iX armes
rent, &
kr à COUPS
erie con-
anquées
eux Japo-
oit reçû
s craintes
ver le ton
onnurent
Ce n’'étoit
pas
la 5e, Lettre
o.
E.
les habi-Æ !
* INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cimr. VIL 437
pas le feul outrage qu'ils euffent effuyé de cettenature. La même Flotte leur
avoit enlevé deux autres Vaifleaux dans le Port de Patane , où ils avoient un
Comptoir. John Jordain , premier Préfident de la Compagnie Angloife dans les
Indes, avoit été tué dans cette occafon (2), avec plulieurs macelots; & de
quantité d'autres, qu’ils avoient arrêtés pour les engager à leur fervice, il ne
s'en étoit fauvé que fix, qui avoient gagné fort heurenfementlaterre. Wcfter-
wood eut la hardiefle de les faire redemander aux Anglois de Firando. Mais
Cocks répondit, d’un air ferme, en falloit commencer par lui faire voir en
vertu de quelle commiffion les Hollandois avoient ôfé fe failir des biens de fa
Nation & tuer les fujets du Roi fon Maître. Sur cette réponfe, ils pouflèrent
l'impudence jufqu'à s’adreffer à Tono, Roi de Firando, pour le prefler de
leur faire rendre leurs Efclaves Anglois (a). Il leur confeilla de s'adreffer à l'Em-
pereur, en leur promettant que fes ordres feroient éxécutés; mais il prit
foin d’ajoûter qu’on étoit fort éloigné de croire au Japon que les Anglois fuf-
fent efclaves de la Hoilande. Cocks vivement pénétré de tant d’infultes, im-
plore la juftice & l’honneur du Roi Jacques ,en faveur de fes propres fujets,
contre une race ingrate & perfide, telle, dit-il, qu’étoient alors les Hollan-
dois des Indes Orientales, quine connoifloient point d’autres loix , que la frau-
de, la violence & le pillage, & qui maltraitoient indifféremment leurs alliés
& leurs ennemis. |
WEsTERWOOD, ne mettant point de bornes à fa fureur, alla jufqu'à
promettre cinquante piéces de huit à qui lui apporteroit la tête de Cocks, &
trente pour la mort de chaque Anglois. Cette cruelle ordonnance coûta quel-
ques bleflures mortelles (2) à plufieurs perfonnes du Comptoir, que les Ma-
telots Hollandois obfervoient continuellement pour les poignarder. Il fe
trouvoit néanmoins fur la Flotté quantité d'honnêtes-gens-qui gémifloient de
la conduite de leur Amiral. H yen eut même quelques-uns , qui cherchèrent
le moyen de parler fecrettement aux Anglois Gt qui défavouèrent fes empor-
temens au nom de leur Nation. Ils apprirent à Cocks que ce fuperbe Ami-
ral étoit fils d'un vil artifan d'Amfterdam, & que tous les Capitaines qu'il a-
voit fous fes ordres n’étoient pas-d'une naiflance plus relevée. : Mais com-
me tout dépendoit de la force & qu’elle étoit entre leurs mains, il réfolut
de faire le voyage de Méaco, pour repréfenter à l'Empereur, -qui faifoit a-
lors fa réfidence dans cette Ville ,les indignes traitémens que les Anglois
‘effuyoient dans fes Etats, au mépris des graces & des priviléges qui leur
avoient été accordés par fa Majefté Impériale, 1 fat reçu avec beaucoup
de carefles. On lui promit toutes fortes de proteétions, & l'Empereur lui
fit dire qu’il avoit envoyé là-deflus des ordres au Roi de Firando. Mais les
Hollandois n’en furent pas moins infolens, ni le Roi de Firando moins ti-
mide.
PENDANT que Cocks étoit à la Cour, plufieurs Marchands Efpagnols &
Portugais y vinrent rendre leurs hommages à l'Empereur , cérémonie qui s’ob-
‘ferve toûjours à l’arrivée des Vaifleaux étrangers. Il y avoir à Méaco dans
le Palais même, un Hollandois qui ayant pailé près de vingt ans au Japon,
parloit
d?{3) On dit qu'il fut tué en trahifon, pen-
dant qu’on négocioit un Traité. (Ch) Angl. quelques bleffures quine furent
Wa) Purchall remrqueici, queles Ang'ois pas mortelles. KR. d. fi,
Iii 3
rachetérent ces gens de leur efclavage.
CocKxs.
1018.
L'Amiral Iol-
landois met [a
tête de Cocks
à prix,
Cocks a re-
cours à l'Em-
pereur du Ja.
pon.
HardiefTe
d'un Hollan-
dois confon-
due,
Cocrs,
1618,
Perfécutions
contre le
Chriftianifme.
433 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
parloit facilement la langue du pays, Fe vivoit familièrement avec les pré.
i igneurs de la Cour; homme ailleurs qui n'avoic rien de plus re-
cmd ch uc fon effronterie & quelque bien qu ilavoitamaiTé.] Se trou-
vant avec Cocks & les Députés Efpagnols, en préfence de uelques Loti
Japonois qui prenoïient plailir à les voir, il eut la hardiefle de re ee par
de grands éloges le Roi de Hollande, & de le repréfenter comme le p "
grand Monarque de l'Europe. Cocks entendoit la langue du Japon, pour!
affeétät toûjours d'employer un interpréte. Dans l'in MAUR rs d'im-
poitures, qui ne lui avoient d'abord caufé se de la füurpri \ , il les a
rompit tout-d'un-coup pour répondre en Japonois > que c ch autant de
menfonges; que la Hollande étoit un Pays de gs petite étenc Fr À qui pi
voit pas de Roi; qu'elle étoit gouvernée par un ( RUES où. R ût À pu Nr
Comte étoit gouverné iui-même par les Hollandois ; ; que 8 7 se i qu r
que Roi dont elle dût faire l'éloge, c'étoit celui d'Angleterre, ne Japro rs
tation duquel il n’éxifteroit point un petit Etat , qui Fi pen n hi Pas je
Cette réponfe Ne a de confufion, & réjouit ég
ponoi agnols. su
pus Q Das fe réléchoie pas dans fa haine contre les Stan , füur-
tout contre les Japonois qui étoient demeurésattachés à l'Evangile. pas ae
qui étoient découverts recevoient immédiatement la fentence de mort. Coc
en vit éxécuter tout à la fois cinquante-cinq à Méaco, [pour n'avoir pas vou- +,
i (d) Catholique, ] & dans ce nombre, plufieurs enfans de
x M ae ns cn brûlés DA dans les bras de leurs méres en in-
pe le nom de Jefus. Cinq furent brûlés à Nangazaqui 5 onze décapi-
np leurs corps coupés en piéces, liés dans des facs & précipités au fond
?
de la mer. PE er échèrent leurs Corps, & en firent des Reliques.]f#
1
rando lufieurs autres Villes en contenoient une multitu-
” on à tous D le fupplice ; & la rigueur de sai pere
fécution en ramenoit fort peu à l’Idolâtrie. Malgré la ruine d ue in es
d’Eglifes, il en étoit refté quelques-unes à Nangazaqui. Le PisAs ère de L
Miféricorde avoit été épargné auñi dans cette Ville, avec les Pres
les autres lieux de fépulture. Mais par de nouveaux ordres de l'Empereur,
on recommença cette année les démolitions. Les T'ombeaux furent cute,
les os des morts brûlés, & leurs cendres répandues dans les pu nfin
pour effacer jufqu’au fouvenir du pan ca pire ours es .
& l'on bâtit des maifons dans les lieux où les Egli i jte nr
igni avec des fondations de Prêtres Idolâtres, des éta
tes ap de à la Religion Renne Il y. ver que MEET
i i é par la dévotion des Chrétiens, i-
. + me A fouffert la mort pour la défenfe de la F oi.
On y avoit élevé un Autel, & la crainte du fupplice n empêchoit pas qu un
grand nombre de Japonois n’y allaflent tous les jours offrir au Ciel leur ing
i ra la preuve dans les
is. R. d. E. . des Japonois. On en ver Ja preuve
à cn A nn caufe de leur Relations de HN in quelques autres,
croyance qu'ils furent mis à mort; mais parce qu’on D SA a East ar
qu'on découvrit que leur Religion tendoit au (e) Angl.
renverfement duGouvernemnent & de laReligion
aux fre
tourné,
pendan
périale
pas de
ils con
fils de
caché
faux rar
été recd
dans l'e
laifoit à
étoit vi
guerrier
DA:
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mée, P
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té de ma
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gleterre
qui avoit
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> trou-
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que Île
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lande.
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as VOU- j$x
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décapi-
au fond
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multitu-
tte per-
infinité
re de la
iéres &
pereur ,
ouverts,
s. Enfin
iles rues
. ny
des éta-
s de Nan-
rs Jéfui-
le la Foi.
Das qu'un
eur fang
ve dans les
es autres;
R, d. E.
& leurs priéres.
ftances terribles.
INDES ORIENTALES, Laiv. IV. Cuar. VII.
Les Arbres, les Edifices, l'Autel, tout fut renverfé & ré
439
L'Empereur affeéta de le faire détruire avec des circon
. Cocxs.
+ 1618.
duit en cendre. La terre fut renouvellée & changée en plaine où l'on fit paf-
fer la charrue,
un des
lus
Alafin de l'année précédente, SE Pro avoit dépouillé Tay-Frufchama,
plus de foixante ou quatrevingt T'er-
res qu’il poffédoit, en lui laiffant pour toute retraite un petit canton du côté
rands Princes Ne ge e
Réfolution
d'Etat au Ja-
pon,
du Nord. On s’attendoit que cet événement produiroit de grands croubles,
arce que tous les Vaffaux de Tay-Frufchama ayant pris les armes , s'étoient
ortifiés dans la Ville de fon nom, avec des munitions
our une longue dé-
fenfe. Mais le Tay fe trouvant encore arrêté avec fon fils àla Cour de l'Em-
pereur, ce Prince les força d'écrire à leurs fujets, pour leur perfuader de quit-
ter les armes. Cette démarche réufñlit, & l'Empereur pardonna aux Rebelles :
maisiln’en donna pas moins les biens du Tay à deux de fes propres Parens ; &,
pour fignaler encore plus fa vengeance, il fit abbatre le Château de Frufchama
ui étoit d'une beaute & d'une grandeur extraordinaires. Toutes les pierres
les autres matériaux furent tranfportés à Ozaka, dans la vûe de rebâtir
le Château de cette Ville qui avoit été détruit dans la dernière guerre. Les
Rois Tributaires reçurent ordre de contribuer chacun dans quelque partie
aux frais de cette entreprife; ce qui les chagrina d'autant plus, qu'étant re-
tournés depuis peu dans leurs Etats, dont ils avoient été long-tems éloignés
ques: ils fe voyoient dans la néceflité de revenir à la Cour Im-
pendant la
périale , &
e s'engager dans de nouvelles dépenfes. Mais on ne leur laiffoit
pas de troifième choix entre ce parti & celui de s'ouvrir le ventre. Cependant
ils conçurent quelques efpérances fur le bruit qui fe répandit que Fidaia-Sama,
fils de Tico-Sama, n'étoit pas mort comme on l’avoit publié, & qu'il vivoit
caché à Méaco, dans le Palais du Dairi (f), ou du Chef de la Religion. Ces
faux rapports, qu'on avoit pris plaifir à femer plufieurs fois, avoient toûjours
été reconnus pour des impoftures. Mais ils jettoient du moins des allarm:s
dans l'efprit de l'Empereur; & tandis qu'il étoit livré à fes inquiétudes , il
laifloit à fes Vaffaux le tems de refpirer. On ne doutoit pas que Fidaia, s'il
étoit vivant, ne lui caufat beaucoup d’embarras ; car cetufurpateur étoit moins
guerrier que politique.
Dans le cours de Novembre & de Décembre 1618, il parut deux Comé-
tes au Japon. La première s'étant levée à l'Eft fous la forme d’une grande p u- Jon.
tre de feu, prit fa direétion vers le Sud, & difparut avant la fin du mois.
L'autre venant auffi de l'Eft, avec l'apparence d’une grande étoile enflam-
mée, prit vers le Nord, & difparut près de la grande Ourfe. Les Pretres du
Japon firent regarder ces deux Phénomenes comine les préfages d’une infini-
té de malheureux événemens ; mais il n’arriva rien de plus éclatant que la dé-
pofition du Tay-Frufchama.
Les Efpagnols & les Portugais publièrent au Japon, qu’on avoit vû en An-
gleterre une croix fanglante au deffous des nuës, qu'un Frédicateur Proteftant
qui avoit eu la hardieffe d'en parler fans refpeét, avoit perdu tout-d'un-coup
l'ufage de la langue; & que le Roicfirayé de ce miracle avoit fait demander au
«7 (f) C'eft l'Empereur Eccléfiaftique du Japon,
l'ape,
Cométes au
Fable inven-
técr- les EC
pagnols.
Cocrxs,
1619,
Deux Let:
tres de Sayer
ajoutées à Cet-
te Relition,
Raifons qui
font publier la
Eettre fuivan-
te au Roi de
Hollande.
449 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Pape, des Cardinaux & d'habiles Eccléfiaftiques pour rétablir dans fes Etats , la
Religion Romaine, Cocks raille beaucoup les Efpagnols & les Portugais fur
Ja facilité avec laquelle ils avoient reçu cette hifloire, jufqu'a foûcenir , dit-il
que c'étoit lui-même à qui les premieres informations en étuient venues d'An-
gleterre. [Il termine fa lecre en difant qu'il fe propofoit de profiter de la x
première occafion pour retourner en Angleterre.]
PurcHass ajoute aux Relations de Saris & de Cocks deux Lettres d'E.
douard Sayer, dattées de l'irando au Japon. Sayer étoic un des l'aéteurs du
Comptoir Anglois de cette Ville, La première de ces deux Lettres eft du s
Décembre 1615, & la feconde du 4 Décembre 1616. Quoique l'airefle ne
fe foit pas conférvée, on conclut de quelques expreffions, qu'elles furent tou-
tes deux écrites à Saris. Il n'y a rien dans la première qui ne fe trouve dans
[les notes ajoûtées à ] la Relation de Cocks. La feconde contient quelques
circonftances d'un voyage de Sayer à Siam, dans un Jonc de la Compagnie
commandé par William Adams. 11 raconte qu'ayant acheté à Siam plus de
marchandifes que le Jonc n'en pouvoit recevoir, il en avoit fretté un autre
dont il avoit pris la conduite (g). L'année étant déja fort avancée, il avoit
efluyé depuis le 1 de Juin jufqu'au 17 de Septembre un fort mauvais tems entre
Siam & Schachmar, avec d'autant plus de danger qu'il étoit fort mal en Pi-
lote. Le Chinois, qu’il avoit été obligé de prendre pour cet oflice, ignoroit
la navigation , jufqu'à ne pouvoir reconnoître où il étoit, lorfqu'il avoit perdu
de vûe la terre. Enfin ce mauvais guide étant tombé malade, Sayer, fans
s’attribuer beaucoup plus d'habileté, s'étoit vû dans la néceflité de prendre
lui-même le gouvernail, au hazard d'être mille fois fubmergé. Il eut néan-
moins le honheur de conduire fon Jonc à Schachmar, où il arriva le 17 de
Septembre , après avoir perdu vingt hommes par la maladie & le befoin d'eau.
En rentrant dans la Rade de Firando, ilne lui en reftoit que cinq qui fuflent ca-
pables de fe foûtenir fur leurs jambes. [ Comme il étoit arrivé fi tard, il nex#
put pas retourner cêtte année à Siam; mais le Jonc remit à la voile, fous le
commandement de William Eaton, qui étoit accompagné de Robert & Jean
Burges, deux Pilotes Anglois.]
[ A la fin de cet article, les Auteurs du Recueil n’ont pas cru devoir fup-%
primer une Lettre de l'Empereur du Japon au Roi de Hollande, qui n’eft pas
moins curieufe par le fond que par fon titre. L'original fut apporté en 1610
fur le Vaifleau le Lion Rouge, qui arriva au Téxel le 22 de Jullet. [On ne
nous apprend pas comment elle eft paflée entre les mains des Anglois; mais
leur vûe, en la publiant, eft de la faire fervir de preuve à quelques obfer-
vations fur les Hollandois, qu'il eft inutile de répéter.]
Lettre de l'Empereur du Fapon au Roi de Hollande.
és OI, l'Empereur du Japon, je fouhaite au Roi de Hollande qui en-
» voye de fi loin pour me viliter, toutes fortes de profpérités.
» JE me réjouis beaucoup de la volonté que vous avez eûe de m'écrire &
» d'envoyer vos gens vers moi. Je fouhaiterois que nos P:ys fuffent plus
» proches
(g) Angl. un autre où Benjamin l'ary, qu'il devoit s'embarquer pour prendre foin
principal Faéteur du Comptoir de Siam, crut des Marchandifes. KR. d. E.
ts, la
is fur
dit-il,
d'An-
de la x$s
8 d'E-
urs du
t du 5
efle ne
nt tou-
re dans
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1pagnie
plus de
n autre
il avoit
ns entre
l'en Pi-
ignoroit
it perdu
er, fans
prendre
ut néan-
le 17 de
in d'eau.
uflent ca-
rd, ilnex
+, fous le
t & Jean
evoir fup-H
i n’eft pas
en 1610
[On ne
ois; mais
es obfer-
de qui en-
ités.
"écrire &
uffent plus
proches
prendre foin
+
=
INDES ORIENTALES, Lav. IV. Car, VIL 44
proches l'un de l'autre, afin que l'amitié commencée entre nous, pût con-
tinuer & s’accroître plus facilement, Cependant le fouvenir de votre Ma-
jefté ne m'eft pas moins agréable, depuis la libéralité & l'affeétion qu'elle
m'a marquée fans me connoître, en me faifanc offrir quatre préfens; &
quoique je n'en euffe aucun befoin , je n'ai pas laifé de les recevoir avec
une joye & une confidération extraordinaires, parce qu'ils viennent de vous.
ët comme les ollandois, fujets de Votre Majefté, defirent d’éxercer le
commerce dans mon Pays avec leurs Vaifleaux, & d'avoir un lieu de ré-
fidence près de ma Cour, dans la vûe de tirer plus d'avantages de ma pro-
teétion , j'aflüre Votre Majefté que fi je ne puis les fatisfaire aétuellement
dans toute l'étendue de mes defirs, à caufe des troubles qui nous agitent
je ne veux néanmoins rien négliger pour leur témoigner mon affcétion ,
comme j'ai frit re he préfent, & je Suneril ordre à tous mes Gouver-
neurs & Sujets de-les traiter avec faveur & amitié, eux, leurs Vaiffeaux
& leurs marchandifes, dans quelques Ports & quelque licu de mes Etats
ilsarrivent, A cet égard, Votre Majefté , & tous fes Sujets n'ont à crain-
re aucune contravention ; ils peuvent arriver ici aufi librement que dans
les Ports & le Pays de Votre Majefté. Ils peuvent-rcfter dans les miens
pour éxercer le commerce, & fe perfuader que l'amitié qui eft commen-
cée avec vous par moi & mes Sujets, loin d'être jamais alcérée de ma part
ne fera qu'augmenter & fe fortifier à l'avenir. Je reffens de la confufion de
ce que Votre Majefté, qui eft fi connue & fi renommée dans le monde par
fes nobles exploits, a bien voulu condefcendre à me faire vifiter de fi (bin
par fes Sujets, dans un Pays auffi indigne de fon attention que le mien, &
à m'offrir des témoignages d'amitié que je mérite fi peu. Mais confidérant
que ce foin procède de votre affeétion, je ne puis me difpenfer de bien re-
cevoir vos Sujets & de confentir à leurs demandes. Auf cette Lettre leur
fera-t'elle caution que dans tous les lieux, les Pays & les Ifles de mon Etat
ils peuvent trafiquer & bâtir des Maifons propres à leurs marchandifes & À
leur commerce; ils peuvent, à préfent comme à l'avenir, vaquer au foin de
leurs affaires avec une entière liberté, s’affûrer qu'on ne leur fera point de
tort ni d'injure, & compter que je les fupporterai & les défendrai comme
mes propres Sujets. Je promets auffi que les perfonnes qui doivent être ici
laiffées, comme on me le fait entendre, me feront à préfent & à l'avenir
dans une particulière recommendation & que ma proteétion & ma fa-
veur ne leur manquant jamais, elles trouveront en moi les mêmes fenti-
mens que dans les voifins & les amis de Votre Majefté. A l'égard des au-
tres affaires, qui ont été traitées entre moi & les Sujets de Votre Ma-
jefté, comme il feroit trop long d'en parler ici, je m'en rapporte à leur
propre récit. »
II. Part. CHAPITRE
ADnams.
1598.
Obfervations
préliminaires.
Naiffance,
éducation &
progrès d'A-
dams,
Adreffe fin-
gulière d'une te Lettre, ouune fimple copie ,ou feulement les nouvelles qu'elle contient , d quelques per- .
Jonnes de ma comnoiffance, foit 4 Limehoufe, foit à Gillingham. [ Cette Lettre quixé»
Lettre,
442
VOYAGES DES ANGLOIS AUX
UD «6Db A 120 «UD GED ELLE WORD GED GED in ete KID MED T ED «110 TN ED il
CH A PIT RE VI. («)
Voyage ËŸ Avantures de William Adams , Dilote sllandois
aux Îfles du Japon.
C° voyage s'étant fait par la voye du Sud-Oueft, il fembloit devoir étre
placé naturellement avec ceux de la même efpèce, fuivant l'ordre qu’on
s’eft propofé dans ce Recueil. Mais le nom de l'Auteur eft revenu fi fouvent
dans les Relations de Saris & de Cocks, qu'on s'eft déterminé à ne pas le
féparer de deux Voyageurs avec lefquels 1l fe trouve joint par les mêmes af-
faires & les mêmes intérêts. William Adams étoit né à Gillingham, dans la
Province de Kent, à deux milles de Rochefter, & un mille de Chatam, prin-
cipale ftation des Vaifleaux du Roi. Dès l’âge de douze ans, il fut amené
à Lim Houfe, près de Londres, où il apprit pendant onze ou douze ans le
métier de la Mer, fous Nicolas Digines. Enfuite, ayant fervi en qualité de
Pilote fur les Vaifleaux de la Reine Elizabeth, il fut employé par la Com-
pagnieides Marchands de Barbaric, jufqu'à ce que les Hollandois commen:
cèrent le commerce des Indes. Adams, pafñlionné pour connoître les métho-
des de navigations qui font propres à ces Mers éloignées, fe louä pour pre-
mier Pilote au fervice de la Flotte Tollandoife qui devoit faire voile à la
Mer du Sud en 1598. La néceflité ayant fait relâcher les Hollandois au Ja-
pon, il y parvint à la faveur particulière de l'Empereur, qui lui accorda une
enfion, dans la fuite une Terre füuflifante pour l'entretien d'un homme de
iftinétion. Mais Adams éloigné de fa femme & de deux enfans qu'il avoit
laiffés à Londres, étoit moins fenfible aux avantages de fa fortune qu’au cha-
grin d’être féparé de ce qu’il avoit de plus cher. Enfin trouvant l'occafon de
quelque Jonc Indien: pour écrire dans l’Ifle de Java, où il fçavoit que les An-
glois avoient quelques Marchands, il y envoya comme au hazard une Lettre
datée le 22 d'Oétobre 1611, avec cette étrange füufcription, dans la langue de
fon Pays: Ames Amis € mes Compatriotes inconnus , que je prie de faire tenir cet-
fe trouve dans PurchafT (2), eft füivie d’une autre Lettre écrite par l’Auteur
(c) à fa femme, & qui contient des particularités qui ne fe trouvent pas dans
la premicre ; c'eft du contenu de ces deux Lettres qu'on a tiré cette Relation.]
UNE des vâûes d’'Adams, en écrivant aux Anglois de Bantam, étoit fans
doute d’exciter les Anglois au commerce du Japon. Mais il femble qu'ils
avoient déja tourné les yeux de ce côté-là, puifque le Capitaine Saris étoit
parti de Londres, fix mois avant la date de la Lettre, pour entreprendre
ce dangereux voyage. L’Angleterre continua d'envoyer tous les ans plufieurs
Vaiffeaux
fonnement d'Adams à Ozaka. Purchaf pré-
tend que le refle a été fupprimé par la mail
ce de ceux qui en furent les porteurs,
(a) C'eft le XX Chapitre dulIIfe. Livre dé
Original. R,.
63" (b
Ce" à
d. E.
(b) Pilgrims. Vol, I. pag. 125.
(ce) Ctie lerue s'étend jufju'à l'emptis
ils :
s'ari
nom
grac
faufl
für |
caufe
Le n
de Lo:
fut ar
{i rare
le 29
Cepend
attend
fallut d
tous fe
fournit
y eft fi
qués dé
manqué
néceffit
quatre
ne fit qu
& auS
r être
qu'on
ouvent
pas le
nes af-
dans la
1, prin-
amené
ans le
alité de
a Com-
ommen-
| métho-
ur pre-
ile à la
s au Ja-
orda «ne
mme de
il avoit
au cha-
añon de
e les An-
e Lettre
angue de
tenir cet-
lques p2r- .
l'Auteur
pas dans
elation.]
toit fans
ble qu'ils
Saris toit
reprendre
s plufieurs
Vaifleaux
eurs,
LA
archafT pré-
par La mail:
PER x LM
Re
dé
SA
Lettre quix? |
INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cmar. VII, 443
Vaifeaux au Japon; & William Adams fit de-là diverfes courfes dans les Pays
voifins, en qualité de Capitaine ou de Pilote. Cependant, étant goûjours
retourné au Ypo comme à fon centre, & remettant fans ceffe à partir pour
l'Angleterre , la mort le furprit à Firando en 1620 ou 1621. Du moins
Purchaf affüre qu'on apprit à Londres en 1621, la nouvelle de fa mort, par
le pes , Vaiffeau de la Compagnie.
.A Flotte Hollandoife étoit compoféce de cinq Bâtimens, équi és par Pe-
ter Vanderhach & Hans Vander Vikes Chef de la Compagnie Hollandoife
des Indes Orientales. L'Amiral étoit un Marchand, qui fe nommoit Jacques
Mayhay, & qui reçut William Adams pour fon Pilote, Ils partirent du T'éxel
e 24 de Juin 1598 ; & perdant de vûe les Côtes d'Angleterre le 1 de Juillet,
ils arrivèrent le 21 d'Août à St, Jago, une des Ifles du Cap-Verd, où ils
s'arrétèrent vingt-quatre jours. Pendant ce long féjour, ils eurent un grand
nombre de malades, & l'Amiral même ne fut point à couvert de cette dif-
grace commune. La raifon qui les arréta fi long-tems dans ces Ifles fut une
faufle efpérance d'y trouver beaucoup de chèvres & d’autres rafraîchiffemens,
fur la parole d’un Capitaine qui avoit déja fait cette courfe, mais qui comp-
toit mal-à-propos fur fa mémoire, Adams, ayant été appellé au Confeil avec
kes autres Pilotes, ne fit pas difficulté de condamner hautement le parti qu'on
avoit pris fans l'avoir confüulté; ce qui fut fi mal reçu par tous les Capitai-
_ Age prirent entr'eux la réfolution de ne plus admettre les Pilotes au
onfeul.
Le 15 de Septembre, on quitta l'Ifle de St, Jago. Mais les maladies n'ayant
fait qu'augmenter après qu'on eut palté la Ligne, on eut le chagrin de perdre
l'Amiral à trois degrés de latitude du Sud. Les vents, la pluye, les orages,
& toutes les difgraces de la navigation forcèrent la Flotte de relâcher fur les
Côtes de la bafle Guinée, au Cap de Spirito Sanéto. On reconnut que la
caufe de tant de malheurs venoit d'être partis dans une faifon trop avancée.
Le nouvel Amiral réfolut de gagner le Cap de Lope Gonfalves fur la Côte
de Loango, dans la vûe de s’y procurer des rafraîchiffemens. Mais quoiqu'il
fut arrivé avec beaucoup de bonheur, l'air s’y trouva fi mauvais, & les vivres
fi rares, qu'il lui mourut un grand nombre de malades. J1 remit à la voile
le 29 de Septembre, déterminé à paller direétement les Détroits de Magellan.
Cependant à la vûe de l'Ile d'Annobon, fur laquelle il tomba fans s’y être
attendu, il ne put réfifter à l'efpérance d'y trouver d'utiles fecours.
fallut employer la force & fe rendre maître de l’ffle, pour y faire débarquer
tous fes malades. La Ville ne contenoit pas plus de vingt maifons. Le Pays
fournit en abondance des Beftiaux, des Oranges & d’autres fruits; mais l’air
y eft fi mal fain qu’à mefure qu'un Matelot fe rétablifloit, deux étoient atta-
qués de la même maladie. D'ailleurs le bifcuit, le vin & l'eau commençant à
manquer, on fut forcé de lever l'ancre le 22 Décembre (4), avec la trifte
néceflité de réduire tous les gens de l'Equipage à une livre de pain pour
quatre jours, en gardant la même proportion pour l’eau & le vin. La difette
ne fit qu'augmenter , & les vents ne ceffèrent pas de fouffler au Sud quart à l'Eft
& au Sud-Sud-Eft jufqu’au quatriéme degré de latitude du Sud qu'ils tournèrent
au
(d) Angl. de Novembre. R, d. E.
Kkk 2
APAMS,
1598.
Mort d'A:
ams,
Départ de la
Flotte Hollan-
doife dont il
toit Pilote.
Les Pilotes
font exclus de
Confuil,
Fâcheufe re.
vigation,
Côte de Loan-
o dans la
baffle Guinée,
Iflc d'An-
Mais il nobon,
ADAM,
1599:
La Flotte ar-
rive aux Dé-
crolts de Ma
gellun,
Difficultés
pour en {ur-
ur,
Orages &
Courans dans
la Mer duSud.
Adams relÀ-
che fur la Cô-
te de Chili,
«y VOYAGES DES ANGLOIS AUX
au Sud-Eft, à l'Ef-Sud-Eft & à l'Eft, Dans une navigation fi languiffante,
ui fit employer près de quatre mois depuis l'Ifle d'Annobon jufqu'au Détroie
e Magellan: quantité de Matelots affamés mangèrent jufqu'aux cuirs qui
couvroient les Cables, Enfin le 29 de Murs, on eut la vüe de la terre à cin-
quante degrés de latitude.
Le 3 d'Avril, on tomba au Port Santo, & l'on entra le 6 dans le premier
Détroit de Magellan. Le 18, on palla le fsond avec un fort bon vent, Ici
l'on jetta l'ancre contre l'Ifle des Pengoins, où les Chuloupes furent bien-
tôt chargées de ces Oifeaux , qui font plus gros que des Canards, Toute la F'loc-
te fe trouva fort foulagée par ce rafraîchiflement, Le 10, elle remic à la voi-
le, avec un vent capable de la dégager bientôt des Détroits, Mais l'Amiral
voyant les Côtes garnies de bois & trouvant l'ancrage excellent dans plufieurs
endroits, ne voulut pas aller plus loin pour faire fa provifion, 11 penfoic
aufli à former une Pinalle de quinze ou feize tonneaux, Cette double vûe lui
fic choifir le premier endroit favorable pour relicher, L'hiver fe faifoit déja
fentir dans ces contrées, Il y comba beaucoup de nége. Les Matelots ayant
également à fouflrir du froid & de la faim s’affoiblifloient de plus en plus.
Après avoir manqué l'occafon de fortir des Détroits avec un vent qui fouf-
fla au Nord-Eft pendant cinq ou fix jours, on ne retrouva pas la même fa-
cilité L qu'on voulut l'entreprendre. Le vent étoit tourné au Sud, & le mois
d'Avril tirant vers fa fin, il comba une prodigieuft quantité de pluye & de
nége, qui fut fuivie de gelées & de vents impétucux. On fe trouva dans la
néveflité de chercher un Port commode, pour y pañler l'hiver, & l'on reri-
contra heureufement, à quatre lieuës au Nord, la Rade ou la Baye d'Elifa-
beth. L'hiver, dans ce quartier du Monde, qui eft à cinquante-deux degrés
trente minutes du Sud. dure pendant les mois d'Avril, de Mai, de Juin, de
Juillec & d'Août. Ce long intervalle ne fe paffà point fans quelques bons vents,
dont la l'lotte auroit pü profiter pour forcir des Détroits ; Mais l'Amiral s'y
oppofa toûjours. On demeura dans la Baye d'Elifabeth jufqu'au 24 d'Août
(e), & les provifions étant prefqu'entièrement épuifées, plufeurs Matclots
moururent de faim,
EN entrant dans la Mer du Sud, on trouva des Courans fort impétueux,
qui jettèrent les Hollandois juiqu'au cinquante-quatrième degré du Sud, dans
un tems où le froid étoit encore fort vif. Enfin les vents étant devenus fa-
vorables, on avança vers la Côte du Pérou. Mais au bout de cinq ou fix
jours, un orage plus furieux qu'on n'en avoit encore éprouvé, difperfa la
Flotte, & la repouila jufqu'au 54°. degré & demi du Sud. L’Amiral perdit
pendant quelques jours la vûe des autres Vaifleaux, & ce ne fuc que le 9 de
Septembre , qu'ilrecommença à les découvrir. Sept ou huit jours après, un
autre orage lui enleva fa voile d'avant, & lui fit perdre encore la compa-
gnie des autres. Alors William Adams prit le parti de porter vers la Côte
du Chili, au quarante-fixième degré. C'étoit le rendez-vous dont on étoit
convenu, dans les plus facheufes fuppofitions. 11 y arriva heureufement le 29
de Septembre.
Les Habitans de ce Pays étant d’un fort bon caractère, on obtint d'eux
des
Fe) Dans la première Lettre, l'Auteur dit jufqu’au 24 de Septembre,
des
avo
Xe
cou
cer
quat
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qu'à
obliy
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d,dans
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fperfa la
al perdit
: le 9 de
prés, un
compa-
s la Côte
on étoit
ent le 29
int d'eux
des
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cunarv, VII 445
des rafraîchiffemens , par des échanges de peu de valeur, Cependant après
avoir donné avec plaifir quelques Moutons & des Paraces pour des fonnetces
& de pecits coûteaux, la crainte des Efpagnols leur fit abandonner tout-d'un-
coup le rivage, fans que rien Fe capable de les rappeller. L'Amiral profita de
ce repos, pour faire équiper la Pinafle qu'il avoit apportée [de Londres] en
quatre parties, On paila vingt-huit jours fur cetre Côte, fuivant le terme qui
avoit deé réglé dans un Conieil; aprés quoi levant l'ancre on s'avança juf:
qu'à l'entrée de la Baye de Baldivia, ais le vent devint fi fort qu'on fut
obligé de tourner vers l'Ifle Mocha , où l'on arriva le jour fuivant, qui é-
toit le premier de Novembre. Elle eft au 38°, degré de latitude du Sud N°
trouvant aucun Vaiffeau de la Flotte, on porta vers l'Ifle de Sainte Marie
& le lendemain, on mouilla au deffous du Cap, à une lieuë & demi de l'If-
le du côté du Sud; mais le rivage paroiflant couvert de monde, fans qu'on
nût deviner quelle étoit l'intention de ces Infülaires, on prit le parti de dou-
bler le Cap & d'aller jetter l'ancre fur quinze brailés, dans une Baye d'ex-
cellent fond,
ON envoya la Chaloupe à terre, pour lier commerce avec les Habitans,
qui ne s'étoient pas aflemblés avec moins de promptitude qu'aux environs du
Cap. Mais ils reçurent les Hollandois à coups de iléches, & dans la premiè-
re furprife ils en bleflèrent plufieurs. Cependant, comme les vivres recom-
mençoient à manquer, l'Amiral fit débarquer trente hommes biens armés
qui écartèrent bientôt les Sauvages. Les lignes d'amitié & les témoignages
de paix furent employés pour leur faire comprendre qu'on n'en vouloit ni à
leurs biens ni à leur liberté. On leur montra de loin du fer, de l'argent &
du drap. Ils comprirent enfin ce qu'on leur demandoit, & la plüpart ap-
ortèrent au rivage du vin, des patates & des fruits. Enfuite s expliquant
à leur tour par des fignes, ils promirent de revenir le lendemain avec des
vivres & d'autres provifions, Comme il étoit fort tard, les Hollandois re-
tournèrent à bord; & quoiqu'il y en eut peu qui fuflent éxempts de bleflu-
res, la joye d'avoir parlé aux Habitans X l'elpérance des rafraïchifemens
fervirent à les confoler, Le lendemain, qui étoic le 9 de Novembre plu-
ficurs Officiers du Vaiffeau fe mirent dans la Chaloupe , avec les plus braves
gens de l'Equipage. Ils étoient convenus de s'approcher du rivage, mais de
n'y débarquer que deux ou trois hommes, parce que les Habitans étant en
grand nombre, il y avoit de juftes raifons de s’en défier. Lorfqu'ils furent
proches de la terre, ils furent invités à deftendre par des fignes, Leur Cher
déclara d'abord par les fiens ,qu'ilne venoit pas avec cette intention, Mais
alors quelques Habitans s'avancèrent dans l'eau jufqu'à la Chaloupe, avec un
vifage riant & des vafes remplis d'une efpèce de vin, en le preffant de fe
fier à leur Nation, & lui faifanc entendre qu'ils avoient à peu de diftance plu-
ficurs fortes de Beftiaux. Le Chef Hollandois, tenté par l'efpérance des pro-
vifions, que les befoins du Vaiffeau lui auroient fait préférer à tout l'or du
monde, oublia fes réfolutions & fit débarquer vingt-trois hommes, armésde
fabres & de moufquets. Cette petite troupe marcha vers quelques maifons,
qui n'étoient pas éloignées. Mais à peine eurent-ils fait deux cens pas, que
plus de mille Sauvages fortant d'une embufcade, tombérent fur eux avec les
armes dont ils ont l'ufage, & les maflacrèrenc jufqu'au dernier. ‘Thomas A-
dams, frère de l'Auteur, étoit malhcureufement de ce nombre. Ceux qui é-
Kkk 3 tojent
Anans,
1599.
Baldivia,
Ile M cha,
Ifle Sainte
Mure,
Trahifon qui
fait perdre
vinst-trois
hommes aux
Hollandois,
ADAM,
1599.
Roncontre
d'un Vuifoau
de la bloc
dans l'itle de
Sainte Marie,
Adrelle que
les Hoilandois
cmployent
pour fe procu-
rer des vivres.
KRaifons qui
conduifent los
deux Vaif
feaux au Ja-
pon.
46 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
toient reftés dans la Chaloupe n'eurent pas d'autre reffource que de retour.
ner promptement à bord, pour y porter certe trifte nouvelle,
ON leva l'ancre dès le lendemain ; & gagnant l'Ile de Sainte-Marie, à
trente-fept degrés douze minutes de latitude du Sud, on y trouva un des
Vaiffeaux de la Flote , qui étant parti de Mocha un pe avant l'arrivée de
l'Amiral , n'y avoit pas été reçû avec plus de faveur, Le Capitaine & vous les
Officiers y avoient éié bleffés à terre { f). Cependant les deux Batimens fe
confolèrent par le bonheur qu'ils avoient de fe rencontrer, On tint Confeil fur
le moyen de fe procurer des vivres; car les befoins devenoient preffans, & la
plus grande partie des deux Equipages étant accablée de maladies, il y avoit
eu d'apparence de pouvoir fe faire 4 px ar la force, ‘Tandis qu'on évoit
délibérer, il vine à bord un Efpagnol qui obtint la permiflion de voir le
Vaifleau, Il revint le jour fuivant, & l'on ne fit pas plus de difficulté de le
laiffer retourner à terre. Le troifième jour, il en arriva deux, qui montè-
rent fur le Vaiffeau avec auffi peu de précaution, L'Amiral, fans aucun def:
fein de leur nuire, prit la réfolution de les arrêter ; & leur proceftanc qu'il
ne croyoit bleffer aucun droit, puifqu'ils écoient venus fans fa permiflion, il
leur déclara que pour obtenir la liberté il falloic fournir aux deux Vaifeaux
Hollandois, qui manquoient de toutes forces de provifions, un certain nom-
bre de moutons & de bœufs. La néceflité les força d'y confentir, & les
Beftiaux furent amenés à bord au tems dont on étoit convenu. Ce fecours
rendit le courage aux Hollandois. [Cependant un certain Hudcope, jeune xÿ»
homme qui n'avoit aucune connoiflance, & dont tout le mérite étoit d'avoir
fervi l'Amiral, fut fait Général, & Jacob Quaternak, Commandant du Vaif-
feau où étoit Adams, fur nommé Vice-Amiral.] Hudcope propofa de brûler
l'un des deux Vaiffeaux , parce qu'il n’y reftoit point affcz de monde pour les
conferver tous deux; mais la difficulté de décider fur lequel des deux tom-
beroit cette fentence, en fit retarder l'éxécucion. Alors Adams, & T'imo-
thy Schotten, autre Pilote Anglois, qui avoit fait le voyage autour du mon-
de avec Thomas Candish, furent appellés au Confeil pour donner leur avis
fur la fituation des deux :ltimens fur le projet du voyage. Outre les
embarras préfens, on fçavoit que les Efpagnols avoient mis en Mer quel-
ques Vaifleaux pour les chercher, & la fuite vérifia cette information, car
un des trois autres Bâtimens de la Flotte, fut pris quelques-jours après à
San-Jago. Il étoit donc fort dangereux de s'arrêter plus long-tems dans
cette Mer. On avoit à bord beaucoup de draps. Un matelot nommé Der-
rick Gerritfon, qui avoit fait le voyage du Japon avec les Portugais, fut le
remier Auteur des confeil qui fût approuvé de tout le monde: il repré-
en que les Draps de l'Europe étoient fort recherchés dans cette Ifle, &
qu'indépendamment des autres raifons , il y avoit plus d'avantage à s’y pro-
mettre qu'aux Moluques & dans les autres parties des Indes Orientales, où
la chaleur ne permettoit pas de croire que les Draps de laine fuflent de fi
bon ufage. :
IL refta fi peu d'incertitude après cette ouverture, qu'on ne penfa plus
qu’à quitter l’Îfle de Sainte-Marie. L’Ancre fut levé le 27 de Novembre, &
tournant
a(f) Dans la feconde Lettre, l’Auteur rent tués à Mocha.
dit que le Général & vingt-fept hommes fu-
Jaifla te
quantic
ment.
lots Jag
divers
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‘4
INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cuar. VIIL 447
tournant direélement les voiles au Japon ,on paf la Ligne avec un bon vent,
qui ne fe démentie point pendant p ufieurs mois, Dans une fi longue courfe,
on tomba vers le fuizième degré de latitude du Nord, au milieu de certai-
nes lfles, dont les habitans fonc Antropophages, Sept où huit hommes de
l'Equipage s'étanc approchés de la cerre dans un Efquif, furent furpris par ces
Barbares, & mangés, comme on le fuppofe , fans pouvoir être délivrés de
leurs mains, On prit néanmoins un Infülaire, qui fut conduit à bord de l'A-
dmiral; [mais on ne lui crouva qu'une flupidicé féroce, qui ne permit d'enti-
rer aucune lumière. ] Dans coute l'étendue du 27 & du 28° degré de latitu-
de, les vents furent extrémement variables, & le tems fiorageux, que le 24
de Février ,l'Amiral fut perdu de vûe, pour ne plus reparoitre, [ Adams avoit
changé de Vaifléau dans l'Ile de Sainte-Marie] Il continua fa courfe juf-
u'au 24 de Mars, qu'il découvrie une Ifle nommée Una Colonna, Les mala-
ies faifoient tant de ravage dans fon Bütimenc, qu'il y étoit mort quantité
de perfonnes , & qu'entre ceux que la mort avoit épargnés, il n'en reftoit que
neuf ou dix qui puffent fe fervir de leurs jambes e leurs mains. À la
hauteur de trente degrés, Adams chercha, fuivant les Cartes, le Cap Nord
du Japon, mais inutilement, puifqu'il eft à trente-cinq degrés trente minutes,
& que toutes les Cartes particulières, les Globes, les Mappe-Mondes fe font
également trompés fur fa ficuation.
Enrin, le 19 d'Avril, à crente-deux degrés & demi, on eut la vûüe de
l'Ile, après une navigation de quatre mois & vingt-deux jours, depuis le Cap
de Sainte-Marie, En arrivant fur la Côte, le Vaïfèau n'avoit plus que fix
hommes, avec William Adams, qui puffent fe foûtenir fur leurs jambes, On
Jaifla tomber l'Ancre à deux milles d'un lieu nommé Bungo. Il vince aufitôt
quantité de Barques, qui ne marquèrent aucune intention de nuire au Bâti-
ment. Cependant après avoir reconnu la foibleffe de l'Equipage , les Mate-
lots Japonois montérent à bord fans attendre l'ordre du Capitaine, & firent
divers vols qu'on leur fit enfuite payer bien cher. Le lendemain, un Officier
du Roi vint à la cete de quelques Soldats, pour mettre les biens des Hol-
landois à couvert par une garde continuelle, Deux ou trois jours après, le
Vaiffeau fut conduit dans un excellent Port, pour y demeurer en fureté , juf-
qu'à ce que le Roi principal, ou l'Empereur du Japon fut informé de fon
arrivée, & lui fit déclarer fes intentions, Mais dans l'intervalle, les Ho!-
lanuois obcinrent la liberté de débarquer leurs malades , & de fe procurer
une maillon, où ils ne manquérent d'aucun rafraîchifflement. De vingt-qua-
tre, fans ou malades, qu'ils étoient en arrivant, il en mourut trois le jour
d'après, & crois aucres dans la fuite ; mais le refte fe rétablit parfaitement.
L € gala cinq ou fix jours, après lefquels il vint de Nangazaqui () un
es accompagné d'un autre Portugais, Ce fut un malheur pour les Hol-
andois qu'on leur eut envoyé le Jéfuite pour incerpréte, parce que l'averfion
qu'il ne manqua pas de concevoir pour des Proteltans, le porta auffitôt à pu-
blier que c'étoient des Pirates, dont il falloit fe défier. Les Japonois qui à-
voient cé nommés pour la garde du Vuifeau, étant aufi Catholiques, toute
la Ville reçut biencôt les memes impreflions, & la haine devint un fentiment
fi général
r(g) Cette Ville eft appellée dans PurchaT prononciation des Portugais de ce tems-là,.
Langalacke ; conformément fans doute à la
ANLE LE
1600,
Iles habitses
par dos Antro-
pophages.
Faute poñ.
tion du Japon
dans les Car
ts,
Trifte état du
Valfloau à fon
arrivée au Ja«
pon,
Embarras que
s Portugais
futcitsnt au
Vailleuu,
48 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Anams. fi général que les Piollandois s'atténdoient à tous momens d'être crucifiés.
1599 C'eft le fupplice en ufage au Japon pour les vols & quelques autres crimes
(b). Mais leur crainte fut encore augmentée par la défercion de deux de leurs
gens, qui s'engagèrent au fervice du Roi de Bungo, & qui fe joignirent aux
Portugais pour la ruine du Vaifleau. L'un qui fe nommoit Gibert Conning,
de Middelbourg, fe donna pour le principal Marchand du Vaifleau; & de
concert avec l'autre, dont le nom étoit Jean Abelfon Van Owater, non.
feulement il s'efforça de fe mettre en pofleffion de toutes les murchandifes,
mais il découvrit aux Portugais cout ce qui s’étoit pañlé dans le cours du
Vovage. :
Adans el Neur jours après l'arrivée du Vaiffeau, l'Empereur envoya cinq Frégates,
Cour Imperin. Pour faire amener les Chefs des Hollandois à Ozaca, où il tenoit fa Cour. [LetH
le. Capitaine, qui avoit reconnu de l’efprit & de la fermeté à William Adams, le
pria de fe charger de la députation, & lui donna deux Matelots pour corté-
ge. | En arrivant à la Cour, Adams fut préfenté à l'Empereur. Ce Prince ne
lui parla d'abord que par divers fignes, qu'il n'entendit pas également. [ Lesk
Hollandois ayant difpenfé le Jéfüuite de leur fervir plus long-tems d'interpré-
te, iln'avoit pas voulu s’obftiner à fuivre Adams malgré lui.] Cependant on
fit venir un Japonois qui parloit affez bien la langue Portugaife, & l'Empereur
nu VEcisee s'en fervit pour faire quantité de queftions au Député des Hollandois. il leur
teur, demanda quel étoit l’état préfent des Royaumes de l'Europe & particulière-
ment du fien; quelle route il avoit prife pour venir au Japon, quelle efpè-
ce de Marchandifes il avoit apportée &c. Adams répondit que fon Pays é-
toit alors en guerre avec l'Efpagne & le Portugal, mais qu'il étoit ami de
toutes les autres Nations. A l’égard de la route, il prit une Mappe-Monde,
qu'il avoit apportée; & lui faifant remarquer la difpofition de toutes les par-
ties du Globe terreftre, il lui traça la courfe du Vaifleau par les Détroits de
Magellan. Toutes ces idées furent fi nouvelles pour l'Empereur, qu'il parut
douter fi ce n’étoit pas autant de fables. Adams lui apprit enfuite quelles é-
toient les marchandifes du Vaifleau; & lorfqu'après un long entretien, il le
vit prêt à fe retirer, il lui demanda pour fes Compatriotes la même liberté
de commerce qu’il accordoit aux Efpagnols & aux Portugais. L'Empereur lui
Il ef empri- fit une réponfe qu’il n’entendit point & qui ne lui fut pas expliquée. Mais en
fonné, fortant de l'audience il fut renfermé, avec fes deux Matelots, dans une Pri-
fon où il fut fort bien traité.
Autreentre. D'EUX jours après, il fut rappellé à la Cour; & l'Empereur lui demanda
tien avec quels pouvoient être les motifs qui l’avoient amené dans un Pays fi éloigné du
l'Empereur, fien. Adams répondit qu’il étoit venu par le penchant commun à toute fa Na-
tion, de cultiver l'amitié & le commerce avec les autres Peuples du Monde,
en faifant , à leur avantage mutuel, des échanges de marchandifes & d’autres
richefles. La curiofité de l'Empereur fe réveilla fort vivement fur les guerres
des Anglois contre l'Efpagne & le Portugal. Il en demanda la caufe & les divers
événemens. Adams reprit les différends de l’Europe dans leur origine, & fit
un récit auquel le RONDE du Japon parut très attentif, mais qui ne l'empé-
cha point de renvoyer l'Orateur en prifon. Cependant le lieu fut changé, &
1 Ou tro
dans 1
IL,
(b) La 2e. Section de ce Chapitre commence ici dans l’Original, R. d. E.
cifiés.
rimes
c leurs
nt aux
nning ;
& de
, non-
ndifes ,
urs du
égates,
ar. [Let
ams, le
* corté-
ince ne
t. [ LesH
nterpré-
dant on
mpereur
. Il leur
iculière-
lle efpé-
Pays é-
- ami de
-Monde,
sles par-
étroits de
vil parut
uclles É-
ien, il le
e liberté
sereur lui
Mais en
s une Pri-
demanda
loigné du
te fa Na-
Monde,
ÿ d’autres
es guerres
les divers
ne, & fit
e l'empê-
hangé, &
les
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. VIIL. 449
les traitemens beaucoup plus favorables. Cette captivité dura trente-neuf jours
endant lefquels Adams n'apprit aucune nouvelle du Vaifleau, & s'attendoic
ans cefle au dernier fupplice.
Les Portugais s'efforcèrent dans cet intervalle de prévenir l'efprit de l'Em-
pereur par toutes fortes d'accufations contre les Anglois. Ils les repréfentèrent
comme des voleurs & des brigands, raffemblés de toutes les Nations, à qui la
juftice impériale ne pouvoit laiffer la vie, fans expofer le Japon aux ‘dacaiers
malheurs. Leur éxemple, difoient-ils, alloit expofer les Japonois à l'invafon
de toutes fortes de Corfaires ; au lieu qu'une punition rigoureufe ôteroit aux
ennemis des Japonois l'envie de troubler leur repos. Ces noires follicitations
étoient fecondées par le crédit de tous les amis que les Portugais avoient à la
Cour. Cependant leur malignité demeura fans effet. L'Empereur, après les
avoir écoutés long - tems, leur répondit enfin, que jufqu'alors ces Étrangers
qu'on lui peignoit avec de fi odieufes couleurs, n’avoient caufé aucun mal ni
à lui ni à fes fujets, & qu'il ne pouvoit par conféquent leur ôter la vie, fans
bleffer la raifon & la juftice ; que files Anglois étoient en guerre avec l'Efpa-
gne, il ne voyoit rien qui obligeât les Japonois de s’y intérefler ; & bien moins
qui l'obligeât lui-même de condamner au fupplice des Etrangers qui ne l'avoient
point offenfé. Cette réponfe confondit les Ennemis d'Adams , & les for
déformais au filence. FE
Depuis qu'il étoit prifonnier, le Vaiffeau avoit été conduit auffi près d'Oza-
ka qu’il étoit poflible; [ & fi l'Equipage étoit gardé foigneufement, on ne lui
refufoit aucune forte de commodité. ] L'Empereur , s'étant fait ramener Ad
le quarante-uniéme jour de fa prifon, lui demanda s’il fouhaitoit de cui 1e
Compagnons. Sur la réponfe à laquelle il avoit dû s'attendre, il lui déclara
qu'il étoit libre & qu'il pouvoit fatisfaire fon empreffement. Adams, fans pré
tendre à d’autres explications, ne douta pas qu'une faveur qu’on ne limitoie
par aucune défenfe, n'eût des effets encore plus heureux qu'il ef éra de l'a.
venir. Il fe mit dans une Barque, qui le conduifit au Vaifleau. 13 Ca itaine
& le refte de l'Equipage étoient rétablis dans une parfaite fanté ; mais Los
titude de leur fort, & la crainte où ils avoient été long-tems de ne jamais cp
voir leur Député, avoient rendu leur vie fi trifte, que, dans le ne mou-
vement de la joye commune , tout le monde verfa des larmes de plaifir & d'ad-
miration. Tout ce qui appartenoit au Vaiffeau & à la Compagnie, avoit été
tranfporté à terre par les Japonois, jufqu'aux inftrumens mathémati ues d’A-
dams. Mais l'Empereur, qui n'avoit point eu de part à cette injuflice ordon-
na que la reftitution fe fit immédiatement, avec des peines rigoureufes our
ceux qui feroient convaincus d’avoir fouftrait la moindre partie des Hachai
difes ou des meubles. Cependant comme les effets fe trouvoient difperfés dans
un nombre infini de mains, l'impofibilité de les raffembler entièrement porta
ce Prince à faire donner.au Vaifleau cinquante mille piéces de huit, à de de
dédommagement. Il fe fit rendre compte de l'éxécution de cet ordre ; & ne dé-
daignant pas d’autres détails, ii fic publier dans la Ville de Sackay “où le Bà-
timent étoit à l'ancre, que ceux qui abuferoient de l'ignorance des étrangers
pour les tromper ou pour leur nuire, feroient punis fort févèrement ÿ
IL y avoit trente jours que le Vaiffeau étoit à Sackay, grande Ville à deux
ou trois lieuës d'Ozaka. Il fut conduit par l'ordre de l'Empereur à celle d'Eddo
dans la Province de Quanto, partie Orientale de l'Ifle, éloignée d'environ
IL. Part. | LI cent-
ADAM:.
1600.
Mauvais of’.
fices des lor-
tugais.
L'Empereur
prend parti
our les Hol
andois,
Faveurs qu'il
leur accorde,
Le Vaiffeau
Hollandois eft
conduit à Ed-
do,
Abams.
1600.
Adams en
demande la li-
berté & ne
l'obient pas.
Induftrie des
Hollandois
pour s'attirer
de la confidé-
ration,
450 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
cent-vingt lieuës d'Ozaka. Les vents contraires rendirent ce paflage fort long :
& fortennuyeux ; de forte que l'Empereur , étant parti long-tems qu les Ho
landois, pour faire le même voyage par terre, arriva beaucoup plutôt qu'eux.
(Is avoient pris jufqu'alors la qualité d'Anglois ; & ne tirant que de l'avantage:
e cette fuppoñition, ils n’auroient pas penfé à détromper les Japonois, fi
quelques les ayant reconnus à la différence du langage, n’eufent dé.
couvert de quelle Nation ils étoient. Ce fut alors que dans la vûe de foûtenir
leur crédit & l'opinion qu’Adams avoit donné d’eux, ils dns les fonde.
mens de la Royauté du Comte Maurice, & de toutes les fables qu'ils augmen-
tèrent dans la fuite à mefure que leur confidération s'accrut dans ces Mers.]
Aufi-tôt qu’ils furent arrivés à Eddo, 1is adrefèrent leurs fupplications à l’Em-
pereur, pour obtenir l’ufage libre de leur Vaiffeau, & l1 permiffion de fe
rendre dans les lieux où ils efpéroient trouver quelque établiffement de leur
Nation. Cette demande leur coûta beaucoup de tems & d'argent ; [ mais 4
dans l'intervalle, ils eurent l’occafion d'apprendre la langue rponoile & de
fe lier avec les Habitans par diverfes encreprifes d’induftrie & de commerce.
Un de leurs artifans, qui, avec plus de génie que d'expérience, fe fouve-
noit d’avoir vû travailler en Hollande à la conftruétion des Canaux, offrit
fes fervices à l'Empereur pour conduire de l'eau dans fon Palais & dans 1r-
Places de la Ville. Divers effais qu'il fit dans les maifons particulières donné-
rent tant de confiance à fes offres, qu’il fut mis à la tete d'un grand nom-
bre d'ouvriers, avec une autorité fort étendue & des appointemens confidé-
rables. Il trouva le moyen non-feulement d'embellir le jardin du Palais par
des canaux & des cafcades, mais d'introduire des:tuyaux dans les Apparte-
mens & d'y fournir mille commodités que les Japonois ignoroient. De:-là il
fut envoyé à Ozaka & à Méaco, pour y rendre les mêmes fervices. Un.
autre Hollandois rendit fes connoiffances utiles en perfeétionnant les voitu-
res. L'Empereur furpris de l'habileté de ces étrangers, ne douta pas qu’ils
ne fuffent capables d’éxécuter tout ce qu'il leur feroit entreprendre. ] Ïl fit
un jour appeller William Adams, pour lui ordonner de conftruire un Vaif-
feau. Cette propofition embarraffa beaucoup Adams, qui n’avoit aucune
teinture d’un art fi difficile. 11 déclara naturellement qu’il n’étoit pas Char-
entier, & qu'il ignoroit les régies de la Conftruétion. Mais l'Empereur,
infiftant fur fes ordres, lui dit qu’il vouloit un Vaifleau, de quelque manière
qu’il fût conftruit. Dans la néceflité d'obéir, il prit fes plus habiles ouvriers,
quoiqu'il n’y en eût pas un qui fut capable d’une fi grande entreprife, &
Adams conf. réuniffant tous leurs efforts, ils compofèrent un petit Bâtiment à l’Angloife,
truit un Vaif-
feau fans en
fçavoir l’art.
Faveur où il
parvient au-
près de l’Em-
pereur.
d'environ quatrevingt tonneaux. L'Empereur parut charmé de cet ouvra-
e ; il le vifita plufeurs fois , il l’'éxamina foigneufement , & la dépenfe ne
ft point épargnée pour l’embeliir. La faveur d’Adams ne fit qu’augmenter
de jour en jour. Outre l'honneur d’être appellé fouvent à la Cour & de fe
voir confulté dans toutes les occafions , il obtint des préfens confidérables,
qui furent fuivis à la fin, d’une Terre du revenu annuel de quatrevingt du-
cats (i), avec deux livres de ris par jour. Il profita de la familiarité dans
Jaquelle il commençoit à vivre avec l'Empereur, pour infpirer à ce FhReS
| e
(5) Angl. foixante & dix ducats. R. d. E.
pées
l'Equ
diftri
par j
Holla
mutin
ques-l
Æ reur :
encore
landois
dans le
Pour dé
Anglois
reur ré
fon Pa
ne part
Er
pour le
velles d
Lettres
ayant c(
INDES ORIENTALES, Lav. IV. Car. VIII. 451
Je goût des Mathématiques; il lui en apprit quelques parties ; & ne fe fai- Anams.
long fant pas moins goûter par fon caraétère & fa politeffe , il s'acquit rant de 1600.
Hol- . confidération à la Cour qu'il ne s’y faifoit plus rien fans l'avoir confüulté.
)
rs Les Portugais & les Jéfuites mêmes, qui l'avoient vû d'abord de fi mauvais
tagc œil, commencèrent à le traiter avec autant de refpeét que d’admiration.
s, fi Ils fe crurent heureux de pouvoir obtenir fa proteétion auprès de l'Empe-
ee reur; & dans plus d’une affaire importante, ils fe trouvèrent bien de l'avoir
employée.
onde- L avoit déja plus de deux ans, que les Hollandois follicitoient la liberté
quere 4 de partir dans leur Vaiffeau. Mais tout ce qu’ils avoient fait pour l'obtenir
Jers.] : n'ayant fervi qu'a les rendre plus neceffaires à l'Empereur , ils eurent le cha-
gr grin de s'entendre enfin déclarer qu’il falloit demeurer au Japon pour le fer-
rh vice de fa Majefté Impériale. Ils demandèrent du moins que la fomme qui
» leur leur avoit été accordée fût divifée entr'eux, pour la faire fervir à ren-
Cmaist£ dre leur fituation plus douce. Quoique cette libéralité dût retourner à la Miberfon de
& de . : . e et l'Equipage
Compagnie Holladcif: des Indes, dont les marchandifes avoient été difi- xolandois.
robes pées, le Capitaine du Vaifleau jugea, comme Adams, que dans l’état où
foie l'Equipage avoit été réduit, la première loi étoit de vivre. La fomme fut
ES Le diftribuée, & l'Empereur y joignit pour chaque Matelot deux livres de ris
ps à | par jour, avec une penfion annuelle de douze ducats. Mais à peine les
donne- Hollandois eurent-ils touché leur argent, qu'à la perfuafion de deux ou trois
L'nom- mutins de l’Equipage, la plûpart s’échapèrent par différentes voyes; quel-
onfidé- 1 ques-uns pour s'établir dans d’autres Villes du Pays, où la bonté de l'Empe-
ais par Æreur voulut encore qu'ils fuffent fuivis de leurs penfions. [ D’autres cher-
pparte | chérent le moyen de fortir du Japon; & de ce nombre, étoient les fept qui
De-là il s'adreffèrent enfuite à Saris pour obtenir leur pafage.
s. Un Apams & le Capitaine continuèrent de vivre à la Cour, avec aflez d'a- Adams fol.
A grémens pour rendre leur condition fort heureufe, fi le repos & l'abondance licite inutile-
H fit avoient pû leur faire oublier leur Patrie. ] Mais Adams languifloit de revoir à Lx
Vai£ fa femme & fes enfans. Après cinq ans d’une mortelle impatience, il réfo-
n ver Æ lut.de renouveller fes follicitations, [en y joignant la promeffe de revenir
st avec fa famille. ] L'Empereur irrité de cette deruande lui répondit nettement
wi É qu’il devoit avoir renoncé depuis long-tems à fa Patrie, & qu'il s’étonnoit
Le que toutes les faveurs, dont il étoit comblé au Japon, ne lui euffent point
|
encore fait perdre cette penfée. Malgré des refus fi formels, quelques Hol-
landois ayant appris que leurs Compatriotes avoient commencé à s'établir
dans les Ports d’Âchin & de Patane, Adams prit occaficn de cette nouvelle
pour demander encore la permiflion de partir, en promettant d'engager les
Anglois.& les Hollandois à tourner leur commerce vers le Japon. L’'Empe-
reur répondit qu’il fouhaitoit beaucoup de voir une liaifon bien établie entre
fon Pays & ces deux Nations; mais qu'il fufhifoit de leur écrire, & qu’Adams
vriers,
rife, &
ngloife,
ouvra-
benfe ne
gmenter
& de fe
érables ne partiroit pas. | LR | | |
k td 4 ENFiN défefpérant d'obtenir jamais la liberté, il fe réduifit à la demander 11 obtient
à dans pour le Capitaine Hollandois, dans l’efpérance de donner du moins des nou- celle du Capi-
K Prince velles de fon fort à fa famille, & d’infpirer peut-être aux Anglois, par fes taine.
Lettres, le delir de porter leur commerce aux Ifles du Japon. L'Empereur
ayant confenti tout-d’un-coup à fa prière, il ne fut plus queftion que de faci-
LI] 2 liter
le
ADAMS.
1602.
Le Capitaine
trouve à Jor
une flotte
Hollandoife,
& périt dans
un combat,
Adams conf-
truit un fe-
cond Vaif-
feau.
1609.
JLobtient u-
ne Seigneurie
de l'Empe-
reur du Japon.
4% VOYAGES DES ANGLOIS AUX
liter le départ du Capitaine. Tous les reftes de l'Equipage étoient difper:
fés, & ce n'étoit pas fur le Vaifleau de Hollande qu'il falloit efpérer d'en-
treprendre un fi long voyage. On trouva des Matelots Japonois qui avoient
déja fait celui de Patane, & qui s'offrirent à le recommencer fur un Jonc de
leur Pays. Le Capitaine accoutumé à leurs ufages, ne fit pas difficulté de fe
livrer aux vents fous leur conduite. I] partit avec des Lettres d'Adams, &
leur navigation fut heureufe. Mais n'ayant pas trouvé les Bätimens Hollan-
dois à Patane, ils affèrent toute l'année à les attendre inutilement. De-
là ils fe rendirent à be. où non-feulement ils eurent le bonheur de ren-
contrer une Flotte Hollandoife de neuf Vaifleaux, fous le commandement
de l’Amiral Matalcefe; mais un des Capitaines étant mort à leur arrivée,
fon employ fut donné à celui que la fortune fembloit avoir amené pour le
remplir. Mais peu de jours après, il fut tué près de Malaca , dans un
combat contre les Portugais. Adäms ne recevant pas de fes nouvelles, &
doutant que fes Lettres püflent être rendues fidellement, écrivit par d'au-
tres Joncs Japonois; voye moins füre encore, & dont l'incertitude lui fit
prendre le parti de recourir à l'étrange expédient que j'ai rapporté dans l'In-
troduétion.
Le Vaiffeau qu'il avoit fait pour l'Empereur ayant été mis à l’effai dans
deux voyages confécutifs, il reçut ordre d'en faire un plus grand fur le mé-
me modéle. Cette feconde entreprife ne lui réufñfit pas moins heureufe-
ment. Le nouveau Bâtiment qu'il conftruifit étoit dé cent-vingt tonneaux.
il l’éprouva lui-même, en faifant le voyage de Méaco à Eddo,. & l'Empe-
reur fut extrémement fatisfait de fon ouvrage. En 1609, ce Prince le prêta
au Gouverneur des Manilles, qui ne fit pas difficulté d'y mettre quatrevinge
hommes pour les envoyer à Acapulco, & qui pria l'Empereur de lui en ac--
corder la propriété au retour de ce voyage, en lui offrant la valeur en mar-
chandifes & en argent. Il l’obtint, comme une marque particulière de confi-.
dération; & dans le tems que l’Auteur écrivoit la Lettre dont on recueille ici
les circonftances, les Efpagnols fe fervoient encore de ce Bâtiment aux Ma-
nilles.
[Dans ce tems-là, un grand Vaiffeau nommé le St. Francifco, d'environ kÿ=
mille tonneaux, fit naufrage fur les Côtes du Japon, à la latitude de trente-.
cinq degrés, cinquante minutes. Après avoir perdu fon grand mat, il avoit
été obligé de porter fur le Japon; mais pendant la nuit, ayant donné contre
le rivage plûtôt qu’on ne s’y attendoit, il fe brifa, & de 486 hommes, dont
fon équipage étoit compofé, il y en eut 136 de noyés. Le Gouverneur de
Manille, étoit fur ce Vaifleau & retournoit comme paflager à la Nouvelle
Efpagne.]
CE fut dans la même année, que l'Empereur revêtit Adams d’une Seigneu-
ne confidérable, qui lui affüujetifloit plus de quatrevingt Fermes, avec des
droits & des honneurs dont il n'y avoit pas d'éxempie en faveur d’un Etran-
ger. [Il paroît furprenant que Saris & Cocks n’en ayent rien rapporté dansH
leurs Journaux. Mais ils y parlent du moins de cet heureux Pilote, avec une
diftinétion extraordinaire ; & la reconnoiffance dont ils font profeilion pour
fes fervices, ne laifle pas douter du pouvoir qu’il avoit eu de les rendre. Pour
Jui, qui n’avoit aucun intérêt dans fa Letre , à groflir fes avantages , aux dé-
pens
Æ plufie
ment
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ion pour
dre. Pour
; aux dé-
pens
INDES ORIENTALES, Liv. IV. Ctur. VIIL 453
pens de la vérité, puifque le bonheur de fa fituation ne l'empêchoit pas d'en
gémir, il confeffe que fans les juftes raifons qui portoient la tendrefle de fon
cœur vers l'Angleterre , il y auroit eu peu d'hommes au monde qui euflent
dû fe louër autant que lui de la fortune. Il avoit des Terres, de l'Argent , des
Efclaves; & ce qui le flattoit encore plus, il jouifloit d’une faveur fi conf-
tante à la Cour Impériale, que les Seigneurs mêmes du Japon avoient quel-
quefois recours à fon crédit. En parlant fi fouvenc de l'Empereur & de fes
bontés , il a négligé de nous apprendre le nom de ce Prince; mais il femble
que ce ne pouvoit être que Tico-Sama, puifqu'à l'arrivée de Saris l'ufurpa-
teur Ogoxama étoit depuis peu fur le Trône, & venoit de s'y établir folide-
ment, en faifant épouler fa fille au jeune Prince fils de fon prédeceffeur. Il
en faut conclure qu Adams ayant eu le crédit de fervir Saris à la Cour d'O-
goxama, il n'avoit rien perdu de fa confidération après la mort de fon pre-
mier bienfaiéteur.
IL s'étend peu fur les propriétés du Pays, quoiqu'il dût les connoître, après
y avoir demeuré fi pe se L'Ifle du Japon, dit-il, eft fort grande ; [ mais
il femble, à ce langage, qu'il n'ait pas fçû qu'on en compte plufieurs.] La
partie du Nord, ajoûte-t-1l eft au 482, degré de latitude ; & la partie la plus
Méridionale, au trente-cinquième. Il remarque que l'Ifle eft prefque quar-
rée, Sa longueur (k) Nord & Oueft quart au Sud (car telle eft fa pofition)
n’a pas moins de deux cent vingt lieuës Angloifes; & fa largeur, du Sud
au Nord, contient treize degrés, qui en les comptant à vingt lieuës, font
deux cent foixante lieuës. Les Habitans, fuivant fon témoignage ,. font
d'un excellent naturel, généreux , polis, vaillans à laguerre. La juftice s'é-
xerce au Japon avec autant d'intégrité qe de rigueur.- La politique y eft fon-
dée fur les plus judicieufes maximes. Adams ne croit pas qu'il y ait au mon-
de de Pays mieux gouverné. Mais la fuperftition y combat la prudence; &t
fous les influences d’une prodigieufe mulcitude de Prêtres ,. quifont divifésen
æpluficurs feétes, [mais qui fe reffemblent tous par la malignité & l'emporte-
ment, il eft impoïifible que la fageffe des Confeils ne foit pas troublée fouvent
X#par l'artifice ou la violence.] [Il y a dans cette Ifle plufieurs Jéfuices , & plu-
fieurs Moines de l'Ordre de Saint-François: ils ont fait un grand nombre de
Profélytes; & ont plufieurs Eglifes.]
Les premiers Vaiffeaux Hollandois qu’Adams vit arriver au Japon, entrè-
rent dans la Rade de l'irando en 1609, après avoir attendu inutilement fur
les Côtes de la Chine le Vaiffeau Portugais de Macao. Ils étoient deux. Les
Capitaines fe rendirent à la Cour Impériale, où ils furent reçus avec beau-
coup de careffes. Adams n’épargna rien pour leur faire obtenir la permiflion
qu'ils demandèrent à l'Empereur, d'envoyer tous les ans un ou deux Vaif-
feaux dans fes Ports; & {i le Gouvernement la fit attendre pendant quelques
femaines , ce fut dans l’unique vûe de la faire defirer avec plus d’ardeur.
Cependant les Hollandois n'envoyèrent pas de Vaiffeaux en 1610, mais l’an-
née d'après il en arriva un, chargé de draps, de plomb, de dents d’Elé-
phans, de damas, de taffetas blancs, de foye crue, de poivre & d’autres
commodités. Les Marchands firent des excufes de n'être pas venus l’année
précédente, & furent extrêmement careffés. Adams obferve qu’il n’eft pas
befoin
Q7CR) Ef quart au Sud.
Lila
ADaAMs,
1609.
Ses Remar-
ques fur le Ja-
pon.
Origine du
commerce des
Hollandois au
Japon.
ne 7 “2
454 VOYAGES DES ANGLOIS AUX
Anams. befoin d'apporter, de l'Europe , de l'argent & de l'or au Japon: parce qu'a.
1609. vec des Marchandifes on y en trouve aflez pour le befoin qu'on en a dans
Marchandi- d'autres Pays. 11 ajoûte que les marchandifes dont on y tire le plus d'avanta-
mt ge, font la foye crue , les damas, les taffetas noirs, les beaux draps, noirs &
mieux. rouges, le plomb & les autres commodités d'ufage. A la vûe des Vaifleaux
Hollandois, fon efpérance étoit toûjours de trouver l'occafon de partir avec
eux. ques l'Empereur , qui fe défioit de fes intentions, ne manquoit point%
alors de l’attacher plus particulièrement à fa Cour par diverfes commiffions
qui l’approchoient de fa perfonne. Cette contrainte ne dura vrai-femblable.
ment que jufqu’au régne y grnes » puifqu'on ne voit pas dans le journal
de Saris, qu’on lui ait refufé la permiflion de fe rendre à Firando, fur les
premières nouvelles qu'il reçut de l'arrivée des hp. aus Il paroît même in-
Remarques croyable , qu'après tant de foupirs poullés vers l'Angleterre, après des impa-
fur le fort d'A tiences fi vives de revoir fa femme & fes deux enfans, la penfée de i
4 I : », Rp partir
l'ait comme abandonné au moment qu’il en avoit le pouvoir. Mais tous les
détails qu'on vient de lire étant tirés de fes Lettres, qui avoient précédé l’ar-
rivée de Saris, & qui avoient même été le motif de fon voyage, on ignore
ce qui put le retenir encore; fur-tout lorfque dans la relation de Cocks, on
lui voit entreprendre le voyage de Siam avec une liberté à laquelle on n'ap-
porte aucun obftacle, & qu’on le voit retourner enfüuite au Comptoir An-
lois & dans fa Terre , aufli librement qu'il en étoit forti. Peut-être l’ardeur
e fervir fa Nation, dans l’origine de cet établiffement, l’emporta-t-elle fur
la tendrefle conjugale & fur l'affeétion paternelle. ]
LATITUDES.
Ifle de Sainte-Marie dans Ifle Mocha............…… 38
la Mer du Sud... 37 12S. Cap Nord du Japon... 35
Fin du Livre Quatriéme éÿ de la Seconde Partie.
méma
Car,
man
u'a-
Le
ranta-
oirs &
eaux
“avec
oint Ki
iffions
blable-
ournal
fur les
me in-
impa-
partir
ous les
dé l’ar-
ignore
"À on
n n'ap-
oir An-
l'ardeur
elle fur
38 00
35 3°
T À B LE
DES CHAPITRES ET PARAGRAPHES
CONTENUS DANS CE VOLUME.
LETTRE de M. nr dre de la Marne à M. l'Abbé
PREVOST, - - - - se + - - + Page ij
LIVRE ÏIIL
Premiers Voyages des Anglois aux Indes Orientales, entrepris par une
Compagnie de Marchands.
HAPITRE Î. Pryage du Capitaine James Lan. ling, à Bantam €? à Banda a:
Cr caler, en 1601, - - Pag. 1. Cnar. V. Poya age du Capitaine David à M dateton
Cuae. il. Voyage du Capitaine Middietun en 1604, à Bantam E$ aux Moluques, en 1607, + 136.
au nom de la Compagnie des IndesOrientales, 28. Cuar. VI. Voyage du Qu taine Aléxondre cr
Parag. 1. Voyage du Capitaine Colsburf} de Ban- pey, en 1608, - -
tam à Banda, - 33 Car. VII. Autres cireomflances du mms Fou
ans: li. Supplément aux deux Relations “précé. ge par Thomas ones, - 166.
lentes, - Ciav. VI. Po .
Cuar. jet page du * Chevalier Edouard Mob. nd dans a. = Av Capiraine 8 Roues à Pris
burne antam, en 1605 Cuir, dt Oupitai
Cuar. IV. Voyage du Cabraine William F4 à Fava g à à Bande , ” 160 Dovid ddr
LIVRE IP.
Premiers Voyages des Anglois aux Indes Orientales, entrepris par une
Compagnie de Marchands.
Cane 1. Voyage de Sir Henri Middieton, Cnar. V. Voyage du Capitaine Fobn Saris à la
Cie Rou si àSurate, en 1610, Pag. 198. Mer Rouge, aux Moliques d au Jopon, en
Fournal de Nicolas Dounton, Capitaine du Pep- 1611, - - . 334:
gros dans la Flotte de Sir Henri ar Char. ŸL Divers événemens amivés à Bantam
en 245. dans d'autres Parties des Indes Oriental
Car. IL. Woyage d’ Antoine Hippon à le Cüte de né le mois d'Oltobre 1605, juju au nes
Coromandel , à Bantam € à Siam en 1611, 300. mois 1609, - i
Cuar. III. ourhal de Peter Williamfon Floris, : Char. VII. Relation de ce qui fe ga dons PI Pie }
premier Faëteur du Coptoie Hippon _ ; de Firando pendant 2 Po38e 4 ris à la se
méme Voyage, - - de’ NÉ + du = + 416
Cuar. IV. Voyage de Samuel Ca/hleton à Pria- CHar. VII. Pryage Faure de William A.
man, 6m 1612, - - - + - + - ‘3206 dams, Pilote Hollandois, aux Ifles du Fapon. 442.
FIN DE LA TABLE DES CHaPriTRES Du I. Vorumz.
De L'Imprituerie de Pierre Vos, à la Haye.
” En , è L 1
AVIS AU RELIEUR
POUR PLACER LES FIGURES
DUSECOND VOLUME,
ARTE de toutes les Ifles connues fur la Côte’ de Zanguébar & de Ma-
dagafcar, que l'on trouve dans la route de l'Inde, - - - . Pag. 2)
Circoncifion du Roi de Bantam. - - - - + + - - . . . . (65.
Baye de Sierra Leona & - .- . =
Vüe de l’Entrée de la Baye de Sierra Leons. . 9 :.% SA
Vüûe des Montagnes , nommées Sierra Leona - -
Maifons de Sierra Leona. - - - - - - - - COURENT TE
Jeune Crocodile, deffiné vivant à Londres au mois d'Oétobre 1739. - 95./
SE à
D Carte de la Côte Orientale d'Afrique depuis le XIII. degré de Latitude Mé-
rid, jufqu'an XVIe. de Laltude Septentr. - - - . D» “+
Vüe du Cap-Verd. - 5
Autre Vûüe du Cap- -Verd dans l'éloignement. - RS
Vüûe du Cap de Bonne-Efpérance, - - - - - - - - - . . - 9248.
Carte du Golphe de Bengale. - - - + - - - . - . . - . 300..
Carte des Ifles de Java, Sumatra, Bornéo, &c. Les détroits de la Sonde, Ma-
laca, & Banca, Golphe de Siam, &c. - - - - - - - - - II
Vüûe du Cap-Verd à trois lieuës en mer au Sud-Sud-Oueft.
Vûe du Cap-Verd à trois lieuës en mer au Sud-Sud-Et. re + er
Feitin du Gouverneur de Mocka. + - - - - - - + - - . . 947.
Carte des Ifles Philippines , Célèbes, & Moluques. - : - ot 3 20.
Carte des Ifles du Japon, & la Prefqu’Ifle de Corée, avec Î0s Côtes de Ja Chi-
ne, depuis Pékin jufqu'! à Canton. - - - - - - 972. (
Supplices du Japon. - - - - - - - - - - - - . . . - 378.
Marche Militaire du Japon. - - - + - - + + - - 382.
Carte des Côtes de Cochinchine, Tunquin, & partie de celles de la Chine. 394.
Ein de la Seconde Partie.